Johnkôôl Records est un label parisien 3.0, réunion de Quentin du Collectif Sin et Colin de DR(DR)ONE sur l’autel d’une électronique inspirée, ludico-abstraite. Chantres depuis près d’un an d’abondantes mixtapes via leur site, les deux amis, concevant leur travail tel un creuset d’incubation, sortiront le 17 juin prochain leur première référence discographique : un EP d’un jeune producteur français répondant au patronyme de Losange. Bien décidé à s’installer dans le paysage avec décontraction, Johnkôôl Records organise une seconde soirée à l’Olympic ce samedi 30 avril (Event FB), avec la ferme intention de présenter les forces vives du label. En prémisses, le duo nous offre une mixtape répondant au même dessein – elle est intitulée Coucou C’est Nous – en plus de répondre à nos quelques questions.

Johnkôôl Records l’interview

Johnkôôl Records
Johnkôôl Records est un jeune label. Pouvez-vous nous dire d’où venez-vous, quel est votre parcours et ce qui vous a conduit à créer ce label ?

Colin : Salut Hartzine, avec Quentin on s’est rencontrés à Paris il y a quelques années, rue du Chemin Vert. Et pour te dire on venait du Père Lachaise. Tout deux passionnés de musique expérimentale et électronique ainsi que d’installations sonores, nous avons rapidement collaboré sur de différents projets / évènements (Black Mass Rising, Zoo Arena…)

A l’époque je jouais principalement avec DR(DR)ONE, FareWell Poetry et Prison Food Sucks. Je m’occupais également du net-label LEEP/CJC records, sur lequel paru le 1er album du collectif sin~ intitulé : Sous-Contrôle TV.

Ensuite je suis parti en résidence à Berlin pendant plus d’un an et Quentin est parti avec son collectif à Bruxelles. De retour à Paris nous avons tout naturellement décidé de lancer un nouveau label ensemble.

Quentin : Colin a été la première personne à croire à mes activités musicales, qui se sont mêlées vite au collectif sin~ avec Paul, Erwan et Flavien, et Colin était notre producteur. Zoo Arena par exemple, c’est le genre d’infiltration permise par Colin et sa vision de la musique. On était au milieu du Trianon avec 1000 personnes à jouer de la noise super violente, c’était un joli court circuit.

Ensuite on s’est un peu émancipés, et lorsqu’on s’est retrouvés avec Colin après Berlin, on était sur la même longueur d’onde, on voulait passer un step et faire en sorte que des projets musicaux que l’on aime existent. On a décidé de monter ça ensemble, ça va faire plus d’un an maintenant.

Fais-tu la part entre ton travail d’artiste et le label ?

Q : Colin et moi on a une démarche assez différente et complémentaire, moi je sectionne toutes mes activités même si elles se répondent. J’ai l’impression de me sentir quelqu’un d’autre selon que je suis artiste ou producteur. Ça me semble pas être le même travail, ça ne demande pas la même énergie.

C : L’un est au service de l’autre, je le vois comme deux faces d’un même prisme.

Q : Oui d’ailleurs beaucoup d’artistes font la démarche de développer leur propre système de diffusion. C’est très utilisé par la scène berlinoise, qui est ultra prolifique, et qui cherche à aller le plus loin possible au service de leur propre musique, sans compromis, à l’aide de leurs micros labels.

Le label a un peu plus d’un an. Pouvez-vous nous indiquer les étapes importantes de cette aventure ? D’où vient cette lubie d’éditer des mixtapes ?

Q : On réfléchit sur une échelle longue pour Johnkôôl Records. C’est un peu le projet qui nous permet de sortir la tête de l’eau, on tente vraiment quelque chose qui nous sorte de notre sempiternelle galère artistique parisienne. Déjà rien que le fait de se poser et de réfléchir à monter une structure de production, c’est un moyen de porter plus loin la musique que l’on aime. Du coup dans un premier temps avec Colin on s’est retrouvés pour mixer, parce qu’on collectionne beaucoup de musique et notre rôle de DJ a pris de plus en plus d’importance dans nos pratiques respectives. De là on s’est sentis d’utiliser cette position pour incuber les projets des autres, les jouer en soirée, se servir de notre rôle de DJ pour diffuser la musique des artistes.

La mixtape, ça nous semble être le format fédérateur. Nous ça nous permet de nous phaser sur nos références respectives, de les faire écouter aux gens, et de préparer un auditoire pour nos prochaines sorties. C’est un peu des cartes de visite. Et puis nos futurs artistes sont conviés à en faire, il peuvent présenter leur univers avant de sortir leur projet. C’est un peu comme se retrouver entre potes pour se faire écouter des sons qu’on aime, et faire écouter le résultat aux auditeurs. C’est hyper kiffant à faire en plus d’être un bon format à écouter.

C : Nous avons sélectionné tous les projets qui nous tenaient à cœur et contacté de nombreux artistes en tout genre et de tous horizons. Avec Quentin on a pris l’habitude de mixer de la musique ensemble, en confrontant vinyle et digital, sur scène aussi bien qu’en studio. Le logo du label illustre exactement çà, les yeux émerveillés de deux diggers. Il y a une résidence à l’Olympic Café, le Johnkôôl Sound System. C’est assez difficile de transcrire l’intensité de cette communion avec le public. On était vraiment halluciné pour la dernière édition, du coup on attend avec impatience celle de samedi prochain.

Par rapport à notre obsession concernant la mixtape, c’est tout d’abord un format gratuit. Comme l’explique Quentin, c’est l’occasion parfaite pour découvrir un artiste et se laisser embarquer. On vient de cette culture et la question ne s’est jamais posée, c’est plutôt une évidence. C’est comme un rendez-vous anonyme, c’est notre labo, notre campus, un véritable terrain de rencontre entre tout les producteurs et DJ avec qui l’on échange. C’est un aller-retour incessant entre le studio et le dancefloor.

Losange - visuel EP

Quelle est l’esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

Q : On n’a jamais vraiment réfléchi la cohérence globale du label, je crois que ça se fait au plaisir, on incarne notre esthétique, on pousse juste plus loin notre envie de faire exister vraiment la musique qu’on aime… On va juste produire de la musique qui nous fait du bien, et qui pourrait faire du bien aux autres.

Moi j’aime beaucoup le Label Stones Throw, c’est ce label qui m’a permis de découvrir les freaks du hip-hop, les DJ sets complètement dingues de Madlib, la Funk du futur de Dam Funk. Et puis il y a Pan European, sur lequel est signé Flavien Berger un membre du collectif sin~, ainsi que le collectif sin~ lui même ! On vient de sortir un disque plutôt expérimental chez eux, un maxi sur lequel on a enregistré du vent, complété d’un remix. Il y a que ce label pour sortir des projets aussi différents les uns des autres.

C : Je ne sais pas vraiment, pour être honnête. On partage une vision qui pourrait tendre vers des labels comme Domino, Thrill Jockey, Constellation, Anticon, Brainfeeder, Type, Innervisions, Tzadik, Zaun records, Vaatican records….

C’est une esthétique composite en pleine élaboration. C’est surtout quelque chose qui nous échappe plus qu’autre chose et c’est très bien comme ça.

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le vôtre et jusqu’où avez-vous envie de le pousser ?

Q : Le label, ou la maison d’édition phonographique comme on disait, s’occupe bien de produire des supports d’écoute pour les projets musicaux. Et comprendre ça c’est déjà une grosse avancée pour appréhender la complexité de la chaîne de l’industrie musicale. Je collectionne beaucoup de vinyles et je m’intéresse énormément à la musique par ce biais, car il raconte les rencontres, les regroupements d’artistes sous la chapelle de tel ou tel label… Produire un label c’est donc produire aussi des supports, et s’inscrire dans cette lignée. J’aimerais bien que des diggers redécouvrent dans 20 ans un vinyle qu’on aura produit cette année, j’aimerais participer à cette magie.

C : On adore l’objet autant que le virtuel, du coup on fait des éditions limitées de nos mixtapes sur cassettes avec CESS 3000 et des patches brodés avec le 4TH, 75NTM. Ça nous permet d’illustrer les différentes étapes de création. L’artwork et la production de singles, d’EP et de LP c’est évidemment un sujet très important pour nous. On essaie de suivre au maximum nos artistes. Ça nous permet d’envisager de nouvelles esthétiques et de travailler avec tout un panel de talents. De découvrir de nouvelles inspirations et de s’inter-connecter avec notre petit réseau.

Q : On est des gros accros aux goodies rares… C’est un peu notre plaisir coupable. Moi je collectionne le max de trucs rares que je peux dégoter à propos du Grateful Dead, j’ai envie que les hommes du futur fassent la même chose avec Johnkôôl Records.

Quel est le futur proche de Johnkôôl Records, notamment en termes de sorties, de formats ? Pouvez-vous nous en dire plus sur Losange ?

Q : On est vraiment en train de faire du bootstrapping, on part de rien, on n’a que des ressources humaines et de la bonne musique en stock. Notre stratégie c’est d’utiliser le digital, qui coûte moins cher à produire que du vinyle, pour diffuser des artistes. Dans un second temps on produira des supports physiques. On tient beaucoup au vinyle. Dans l’ordre on a Losange qui arrive très bientôt avec un premier EP, qui sortira le 17 Juin. On a le single de Dr Drone qui arrive juste avant l’été, et puis on reprendra la rentrée des classes avec un projet qui s’appelle Never Use After Midnight. Colin l’a trouvé dans son studio du squatt à Vincennes, la Jarrie. C’est un DJ et producteur qui sévissait début 2000 avec un sound system HardCore et la Mushroom Corps. Et on va sortir son EP

C : Losange, c’est le premier EP du projet solo d’un musicien basé dans le sud de la France, Benoit Baudrin. C’est aussi le premier EP pour le label. On vous invite à la release party en Juin !

Q : Losange je suis tombé amoureux de sa musique il y a plusieurs années alors qu’on travaillait ensemble sur un workshop de design sonore. C’est un mec hyper fin, hyper maniaque, sa musique mérite d’être défendu là où on souhaite l’amener.

Johnkôôl Records 3

Quelles sont les approches musicales qui vous inspirent le plus en ce moment ?

Q : Salut C’est Cool viennent de nous mettre la claque du siècle en construisant leur propre sound system. C’est un truc qu’on prophétise depuis longtemps au collectif sin~, et nos amis ont complètement assuré. C’est a dire qu’en ce moment, un groupe de musicien est propriétaire de son propre moyen de diffusion, sans contrainte, et qu’ils n’appartiennent pas à une culture musicale passée. C’est la culture sound system de maintenant, une sono sur laquelle on entend pas que de la hard tek ou du reggae. Je les remercierais jamais assez pour avoir ouvert la voie.

C : Le R’n’B et la techno.

Q : Colin il passe pas par quatre chemins quoi.

Vous été basés à Paris. Cela influence votre travail ? Vous imagineriez-vous poursuivre le label ailleurs ?

C : Le label est né à Paris mais il n’est pas enchaîné à cette ville. Si l’aventure nous amène ailleurs j’en serai ravi.

Q : Moi je vais partir vivre à la campagne très bientôt. J’ai envie de reconstruire un mode de vie ou j’arrive à allier cette envie de m’éloigner de la spirale parisienne avec la production de musique. Je suis sûr qu’on va trouver une solution. Je crois d’ailleurs que je préfère me mettre au vert pour produire de la musique, c’est toujours dans ce contexte que j’avance le mieux. Je trouve pas très inspirant le fait de travailler à Paris. Mais on est un binôme, et je pense que Colin gardera son fief sur Paris, qui l’a vu naître. J’imagine mal Colin ramasser les patates avec moi en Dordogne. On va rester différents et complémentaires.

Peux-tu nous présenter en quelques mots votre mixtape ?

Q : Cette mixtape est entièrement dédiée aux productions de nos artistes. Ce sont des inédits qui sortiront, ou pas d’ailleurs, sur Johnkôôl Records dans le futur. On préférait faire ça à une compilation pour présenter nos artistes, c’est aussi un moyen de tester comment mixer notre catalogue. Elle est pas tout a fait évidente, à l’image du label, on essaie de bosser dans la finesse et d’emmener l’auditoire sur des territoires un peu mystérieux, un peu comme le groupe de hip-hop Clouddead, qui s’empare d’un genre pour l’amener dans des zones inexplorées.

C : Losange, Dj Kôôl, Never Use After Midnight, Prison Food Sucks, Salopecia, Dem Leedz…

Que va-t-il se passer le 30 avril ?

Q : Le 30 Avril c’est la deuxième soirée qu’on a baptisée JOHNKÔÔL SOUND SYSTEM. Le concept est simple, on joue de la bonne musique, on invite nos potos de Promesses, un super trio de DJ qui mixe que du vinyle, peu importe le genre et le style, l’idée c’est de retrouver la pure fibre originelle du DJ qui mixe des références hyper riches et qui fait danser l’auditoire en leur proposant des choses qu’ils connaissent pas forcément. Nous avec Colin on va mixer aussi, et puis il y aura un Live d’un artiste très prometteur qu’on va bientôt sortir, il s’appelle SALOPECIA. C’est un artiste qui produit du hip-hop. Il est américain et il nous met des doses coté culture hip-hop, il y a tellement de trucs qui n’ont jamais traversé l’Atlantique…
Ça se passera à l’Olympic Café, dans le 18e à Chateau Rouge. Un café qui possède une super sono ça fait plaisir ça devient rare.

C : Le 30 Avril c’est un rendez-vous précieux. Synchronisation Kick Baskets à l’Olympic Café, rue Léon dans le 18e. Pour l’occasion Ismaël ouvre le bar en bas et on balance le son de 18h30 à 1h30 avec Dj Kôôl et Promesses. Et en special guest, un live de SALOPECIA, le son futur boogie garage hip-hop de St Ouen à San Francisco.

Q : AHAHAHAH, on vous attend, “ COME EARLY, DON’T MISS THE PARTY”…

Mixtape

Teaser