Who are you Atelier Ciseaux?

En cinq ans d’existence, le label français Atelier Ciseaux s’est appliqué à se construire sans trop l’intellectualiser une légitimité forte qui fait de lui l’une des structures amateurs les plus en vue par chez nous ces dernières années. Surtout reconnu pour ses perles pop, AC capitalise aujourd’hui sur un catalogue plus varié qu’il n’y paraît, s’appliquant à ne répéter qu’un seul schéma : celui de ne jamais être totalement là où on l’attend, et de le faire bien. Plus singulier, le label jouit aujourd’hui d’une cote de sympathie réelle, que l’on doit beaucoup à la qualité du travail réalisé, aux noms qui s’y sont succédés mais aussi à la personnalité de son discret frontman. Très DIY sans jamais tomber dans l’arty à outrance, la démarche d’Atelier Ciseaux est l’occasion d’embrasser un peu plus largement la vision défendue sans véhémence par le label : il y a encore une place pour ceux qui veulent promouvoir la musique autrement, tout en sortant de la micro-niche de puristes du genre. Déjà interviewé par Hartzine à ses débuts il y a quatre ans (lire ici), Rémi Laffitte fait le point sur le chemin parcouru et sur l’identité d’Atelier Ciseaux aujourd’hui. Tout à son image, avec justesse et humilité.

Entretien avec Rémi Laffitte

Comment tu as fêté les 5 ans d’AC, récemment ? Il a réellement existé ce gâteau avec écrit « Atelier Ciseaux » dessus ?

Haha ! Je ne maîtrise pas suffisamment Photoshop pour être jugé coupable d’une telle escroquerie. Il était bien réel, il a été préparé avec un peu — beaucoup — d’aide, de patience (comme une interminable partie de Docteur Maboul !) et d’après une vieille recette de ma mère. C’est un gâteau chocolat/ banane avec un soupçon (un bon paquet en réalité !) de paillettes comestibles pour le lettrage. Il a été englouti en quelques heures. Si tu veux, je peux te faire suivre la recette… succès garanti dans tes soirées d’anniversaire.

Tu travailles seul sur AC en ce moment ? Comment tu t’organises pour tout gérer — les pressages, la promo, écouter les démos, faire les envois, planifier le travail des semaines à venir… ?

Nous avons commencé le label à deux, avec Marine, et cette folle envie de sortir le disque de François Virot en vinyle. C’était courant 2008. J’ai ensuite continué seul pendant quelques mois avant que Philippe ne rejoigne le label. Même si je m’occupe de pas mal de tâches, c’est un projet commun où les décisions sont prises à deux. Philippe est parti vivre à Montréal peu de temps après mon retour de poutine-ville. C’est sûr que la distance ne rend pas toujours les choses faciles mais jusqu’ici on s’en sort pas trop mal, je crois.

Nous ne sommes pas très branchés tableurs ou rétro-plannings. Tout est quasiment dans nos têtes, à force d’avoir le nez constamment dedans, tu n’as plus vraiment besoin de coller des post-it partout. J’ai la chance, depuis quelques mois, d’avoir beaucoup plus de temps à consacrer à AC et d’avoir une aide précieuse pour l’envoi des paquets. Parfois c’est du sport mais cela te maintient en éveil.

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Il y a une facette que je trouve fascinante chez AC : c’est cette capacité à aller chercher des instants pop un peu étranges, mais vraiment super addictifs, et qui sont liés les uns les autres, finalement : Francis Lung, Street Gnar,  TOPS, Dominant Legs, François Virot… Ça donne l’impression que tu ne sors que les disques que tu es capable d’écouter en boucle, c’est toujours le cas ? Personnellement, j’en suis à 120 écoutes d’A Selfish Man et je continue encore.

120 écoutes, vraiment ? Wow ! J’ai un côté obsessionnel et cette manie d’écouter un titre en boucle quasi infinie. C’était déjà le cas, enfant, quand je passais et repassais sur mon tourne-disque ces tubes de variété française que tu peux parfois entendre sur Radio Nostalgie aujourd’hui. Ado, il m’arrivait d’enregistrer un morceau en boucle sur une K7. Face A et face B. J’ai — définitivement — un côté monomaniaque, ‘disque rayé’. C’est donc peut-être normal que tu ressentes ça avec certaines de nos sorties. En tout cas, j’espère que tu n’es pas le seul à les écouter autant !

Tu collabores essentiellement avec des groupes anglo-saxons. C’est simplement parce que tu cherches en priorité dans tes relations en Angleterre, au Canada, aux États-Unis, ou tu y trouves quelque chose de différent, que tu ne trouves pas en France ?

AC est partisan de l’ouverture des frontières et de la libre circulation des productions discographiques. Plus sérieusement, nos choix ne se font jamais en fonction d’une quelconque zone géographique prédéfinie. Peu importe où vit le groupe, on sort ce qui nous plaît, c’est le seul critère. C’est vrai, en effet, que nous avons principalement travaillé avec des groupes nord-américains ou anglo-saxons mais, crois-moi, une partie de notre futur sera écrit sur de nouveaux murs.

J’imagine qu’avoir un blaze en ‘céfran’ peut prêter à confusion mais nous n’avons jamais eu l’intention de créer un label français destiné à sortir uniquement des groupes français ou qui s’adresserait au seul public français. À nos débuts, à l’étranger, les médias faisaient souvent allusion à nos origines ‘sans-culottes’ mais aujourd’hui cela arrive de moins en moins. Tant mieux !

Tu t’es déjà demandé pourquoi les musiciens acceptaient de collaborer avec AC ? Qu’est-ce qu’ils viennent y chercher, selon toi ?

Ça m’est arrivé au début mais pas si souvent. J’ai seulement posé la question à Phil Elverum/Mt Eerie. Je crois que j’aime garder une certaine part de mystère par rapport à ça. Je pense que notre motivation, notre envie de bien faire sont de bons atouts. Ce qu’ils viennent précisément chercher… c’est peut-être exotique pour certains de sortir un disque avec un label français. Ils s’imaginent gambader dans les prairies drômoises ou déguster des croisantes.

Certains projets, comme la série de splits, ont permis de réaliser des choses plus ‘anecdotiques’, si je peux formuler cela comme ça, de sortir des disques entre copains comme ça a été le cas pour Jeans Wilder/Best Coast et Melted Toys/Dominant Legs.

Selon moi, le plus dur pour un label c’est de parvenir à dépasser les sorties de disques pour construire une identité un peu plus profonde, mettre sa ‘patte’ sur les sorties. Tu penses y être parvenu, en quelque sorte ?

Avec 200 mètres de recul et en toute honnêteté, je crois qu’il y a un petit quelque chose de spécial chez AC. Quand tu mènes un projet comme celui-ci, il y a un aspect très personnel. Je ne suis pas du tout en train de te dire que je suis quelqu’un de spécial, mais forcément cet investissement personnel est différent pour chacun et il te guide vers une certaine identité. Nous n’y mettons pas tous les mêmes intentions, les mêmes intonations.

Mais on ne va pas se voiler la face, nous n’avons absolument rien inventé et nous ne le ferons pas, ce n’est pas le but, et qui peut encore le prétendre aujourd’hui ? Nous avons souvent eu des demandes de conseils de la part de personnes qui souhaitaient monter un label. J’imagine qu’AC a dû leur inspirer quelque chose. Quoi ? Je ne saurais pas te le dire par contre.

Mettre sa ‘patte’ va beaucoup plus loin que le simple facteur ‘musique enregistrée’. La qualité du papier, soigner ses newsletters, être réactif lors d’un problème avec une commande, etc. Toutes ces petites choses qui ne sont pas de la simple coquetterie. Comme le chantait si bien France Gall : « C’est peut être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup…« .

Si pour moi il y a une réelle cohérence entre nos sorties, je sais qu’il peut être difficile de passer des synthétiseurs sombres de Police Des Moeurs aux tubes popesques de Francis Lung, pour ne citer que des disques récents. On se permet des ‘écarts’ totalement contrôlés en refusant de suivre un sillon parfaitement gravé. Et malgré cela, nous avons des shops, des médias, des personnes qui nous suivent à chaque fois. J’imagine que c’est un signe de confiance, surtout après cinq ans d’existence.

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Depuis quelques temps, vous vous adonnez moins aux singles 7″ que par le passé. C’est une volonté de vous tourner vers du plus long format en priorité ou juste une coïncidence ?

Nous nous basons uniquement sur l’alignement des planètes. Quand Jupiter se retrouve dans l’axe de Saturne, ses anneaux ressemblent étrangement à un vinyle 12″. C’est un signe auquel nous accordons une grande importance et qui marque une période d’abstinence pour le 45T, haha !

Non, non, le choix de format est vraiment le fruit du hasard, des projets rencontrés. Le 7″ est mon format préféré. C’est sans doute un héritage que je dois à ma discographie punk mais avec le 7″, il y a cette possibilité, vu la durée, de sortir facilement des splits, comme nous l’avons fait à de multiples reprises, et de permettre la découverte, l’écoute de deux chouettes groupes en un coup et pour un prix raisonnable. En 2013, nous avons sorti trois EP et un LP, nous célébrons cette nouvelle année avec la sortie du 45T de Francis Lung. Nous avons le projet, l’envie d’en sortir au moins un autre dans les prochains mois même s’il faut reconnaître que ce n’est pas le format le plus facile à vendre ces derniers temps.

Comment tu évalues le suivi des médias en général sur tes sorties et le travail d’AC ? C’est un point que tu travailles particulièrement ou juste le minimum, quand tu peux ?

À ma connaissance, ils sont généralement très positifs et encourageants. Je ne lis pas tout non plus ou je le fais en diagonale. On a eu la chance de répondre à pas mal d’interviews pour de chouettes médias. La promotion est une étape primordiale et obligatoire surtout quand tu penses à la quantité de disques qui sort. Ce n’est pas ce que je préfère dans l’activité du label mais on se doit de faire au mieux pour chaque disque, chaque groupe. C’est un engagement tacite.

Nous faisons toujours une newsletter en français et une autre en anglais pour chaque sortie et nous essayons de contacter le maximum de médias susceptibles d’être intéressés, qu’ils soient petits ou plus gros. C’est un travail long et tu peux facilement partir dans tous les sens si tu n’es pas un minimum organisé.

Ce qui me gêne parfois chez certains (une minorité, je précise !), peu importe qu’ils soient pros ou non, c’est leur facilité à omettre de citer les crédits, d’ajouter un lien, etc. Mon but n’est pas d’avoir le nom du label partout, ce n’est pas non plus un immense besoin de reconnaissance, mais on oublie parfois que derrière tout ça, il y a des groupes, des labels, comme nous, qui consacrent du temps, de l’énergie et de l’argent pour rendre ces petites choses possibles. Je crois que derrière chaque lien Soundcloud il y a un humain, non ?

Les sorties AC sont relativement bien suivies par les auditeurs, si je me fie à ce que je vois ici et là, et au fait qu’elles sont rapidement sold out (seuls les trois derniers vinyles en date sont encore dispos). Ça ne te donne pas envie d’essayer de ne plus te limiter à 300 ou 350 exemplaires mais 500 ou 600 exemplaires pour les prochains, et à tenter de faire progresser l’exposition du label ?  Ou tu estimes que tu as atteint un objectif commercial qui te suffit et qu’aller au-delà serait trop compliqué ?

J’ai l’impression que tu n’as pas bien relu tes fiches, héhé ! Nous avons déjà pressé plusieurs disques (François Virot et Jeans Wilder) à 500 exemplaires. Nous le referons sans aucun doute. Avant tout, et surtout, il faut réussir à cerner ce qui est réaliste et raisonnable au niveau des quantités. Notre budget est assez limité et il est important pour nous, vital même, de rentabiliser rapidement une sortie. Chaque disque vendu permet de financer le suivant.

Même si c’est plus avantageux de produire en plus grande quantité, nous préférons qu’un disque soit rapidement sold out plutôt qu’il prenne la poussière chez nous ou se retrouve abandonné dans un bac de disquaire. Presser plus c’est une chose mais il faut arriver à le promouvoir et à le distribuer correctement. Pour certains formats, comme le 7″, ce n’est pas toujours évident. Surtout qu’aujourd’hui la durée de vie d’un titre, d’un album, est assez limitée.

Certaines de nos sorties ont été tirées à très peu d’exemplaires comme cela a été le cas pour la cassette de CVLTS, limitée à 30 copies. Nous avons acheté 30 vieilles cartes postales/icônes religieuses et chaque cassette a été peinte à la main. Notre but n’est pas de créer une euphorie sur Discogs ou d’engendrer une frustration éphémère mais avec une sortie comme celle-ci, il faut également prendre en compte la réalité ‘physique’. Je ne nous voyais pas peindre 500 cassettes.

Stocker, envoyer 300 ou 500 disques ce n’est pas non plus la même chose. Cela prend beaucoup plus de temps et d’énergie. Et tout ça sans réel distributeur. Chaque projet est différent et il faut agir en conséquence.

Dans le même ordre d’idée, tu vends toujours davantage à l’étranger qu’en France ? Je me souviens d’une époque pas si lointaine où tu affirmais que la France était un peu distante vis-à-vis des sorties d’AC. Ça a changé, notamment grace à l’exposition accrue de certains musiciens présents sur le catalogue du label ?

Si je devais conter nos débuts à de jeunes enfants, je crois que l’histoire commencerait comme ceci : « Il était une fois un label gaulois nommé Atelier Ciseaux. La première fois qu’il reçut une commande d’un village voisin, il fut si troublé qu’il eut l’impression d’envoyer un disque dans un pays totalement inconnu, peuplé d’étranges forêts« . J’exagère un peu, beaucoup, etc. On oublie le blockbuster-pop corn à succès mais c’est vrai qu’on recevait (exception faite pour le disque de François Virot), très peu de commandes de France.

Forcément tu te poses quelques questions : « Ok, on sort le disque d’un Américain, donc c’est normal que l’on vende plus aux USA, non ?« . Mais analysant tout ça d’un peu plus près, tu te rends comptes que tu vends aussi plus en Espagne, en Allemagne, etc. qu’en France. Aujourd’hui c’est bien moins le cas. Il est parfois même plus difficile, à cause de la valeur de l’euro et de l’augmentation incessante et scandaleuse des frais postaux, de vendre le disque d’un Américain aux USA. Ces derniers temps, nous avons reçu des commandes d’Israël, d’Indonésie, du Chili ou encore du Pérou. Ça c’est vraiment cool !

L’exposition de certains groupes a, sans aucun doute, permis au label d’avoir plus de visibilité mais, comme je te le disais, nous sortons des disques parfois assez différents les uns des autres, ils ne s’adressent apparemment pas toujours aux mêmes auditeurs, médias ou shops. Ce qui fait que rien n’est gagné d’avance.

Tu as vu récemment que les ventes de LP vinyles aux États-Unis ont explosé en 2013 ? 32% de hausse par rapport à 2012 et 250% de hausse entre 2002 et 2012 ! 6 millions d’albums vinyles vendus en 2013, il y en avait tout juste 4 millions en 2011. Même si la valeur absolue reste ridicule (environ 2% des ventes totales d’albums aux États-Unis l’année dernière), est-ce que cette évolution t’inspire quelque chose ? Tu y vois juste un effet de mode ou un mouvement un peu plus profond que ça ?

Je suis assez peu captivé par les chiffres, les courbes et les statistiques. On ne peut pas nier qu’il y ait eu, il y a quelques années, un effet de mode. Est-ce que c’est encore le cas aujourd’hui ? Je n’en sais rien. Le vinyle a regagné du terrain, ça c’est incontestable. Les grosses machines, les marchands de disques-tapis en proposent de plus en plus. Je suis peut-être naïf, inconscient, idiot ou trop barricadé derrière mon mur de vinyles mais pour moi, il y aura toujours des gens passionnés par l’objet. Que ce soit un vinyle, un CD ou une cassette.

L’année dernière, j’ai répondu à une interview, pour un média généraliste, sur le retour de la cassette. Hype ou pas hype, si les labels/groupes prennent plaisir à en sortir et les gens à en acheter c’est le principal. Après, il y a un sale business de l’objet limité chez certains plus gros.

Je n’ai jamais eu le sentiment, l’envie, d’appartenir à une scène, à un mouvement quelconque de résistance qui prône la suprématie du vinyle. Notre ambition, si on peut l’appeler comme ça, c’est de défendre une certaine façon de sortir des disques (et bien sûr l’objet) mais je ne suis ni pro-vinyle ni pro-cassette, ce sont simplement des formats que j’aime. Faire du ‘silloné’ s’est imposé à moi comme quelque chose de naturel. Si un jour on souhaite sortir un CD, on le fera.

Depuis quelques années, à cause de mes nombreux déménagements, j’achète beaucoup moins de disques. Je n’ai pas l’âme d’un collectionneur et stocker des disques que je ne peux pas écouter immédiatement ne m’intéresse pas. Tout cela pour dire que ma participation à l’évolution des ventes est assez maigre…

Avec le recul de cinq ans, je me dis maintenant qu’ AC est un label ambitieux sans prétention, où le travail semble fragile et précis, mais avec un côté émotionnel trés prononcé. Est-ce que c’est une l’image que tu souhaitais renvoyer quand tu as commencé ce projet ?

Merci beaucoup, je prends cela comme un véritable compliment. Je crois que je n’ai pas cherché à intellectualiser quoi que ce soit. C’était une démarche instinctive, naturelle et qui me représentait à l’époque. C’est toujours le cas aujourd’hui. Le label est en quelque sorte un miroir de ce que nous sommes, de ce que nous aimons. Et pas uniquement au niveau musical.

Avec le recul, je trouve que ta définition a du sens. L’ambition c’est celle de bien faire, la précision, ce souci des détails et le côté émo, sans la mèche, correspond à l’investissement personnel que l’on y met. Enfin, il me semble…

Il y a quatre ans, lors de ta première interview sur Hartzine, tu disais que tu ne te projetais pas plus loin que dans un an pour les projets d’AC. Comment c’est aujourd’hui ? Tu commences à te dire que le label pourrait être envisagé sur du moyen terme ? Comment le label s’inscrit aujourd’hui dans ta vie ?

2010-2014 même — prose — combat. Ce que j’avais répondu à Thibault à l’époque est toujours valable aujourd’hui : « Nous n’avons pas de fantasmes de carrière, pas de pyramides à bâtir sur un ramassis de bonnes intentions. Nous avons pas mal de projets/envies mais à moyen terme« . Bien sûr, nous avons envie de développer au maximum le label et de continuer tant que cela fera boom boom dans nos cœurs. Le jour où cela ne sera plus le cas, on arrêtera, discrètement, comme nous avons commencé, en espérant avoir laissé de chouettes souvenirs à certains.

À l’exception de quelques sorties qui ont pris du retard, nous n’avons jamais planifié à plus de 8-10 mois. Je dois reconnaître que nous aimons conserver une certaine spontanéité. Décider d’une sortie pas prévue en deux jours et trois courriels est super excitant. Et puis, avec notre budget on ne préfère pas s’engager sur cinquante projets à la fois et frustrer tout le monde si nous n’arrivons pas à les assumer.

La place du label dans ma vie ? Ça c’est une question de divan ! Très (trop ?) importante. Sans vouloir faire couler une larmichette sur ton beau visage, j’ai ‘sacrifié’ pas mal de choses pour AC mais je ne regrette rien, non, rien de rien. Je l’ai choisi et je ne m’en plains pas, c’est une belle aventure. Depuis mes 15 ans, j’ai cette idée de monter mon propre label. À un moment, j’ai pris un peu de recul car tout cela devenait beaucoup trop fusionnel. Quand quelque chose ne fonctionne pas c’est difficile de ne pas le prendre à coeur ou personnellement. Et puis, contrairement à un job 9-17h avec pause sandwich, tu es le seul à te fixer des limites, des contraintes, te dire : « Ok stop ! J’ai fait le maximum« . Ce qui n’est pas toujours évident.

Aujourd’hui je me soigne en essayant de trouver un certain équilibre.

Et du coup, comme je suis vicieux, j’ai envie de te reposer la même question qu’il y a quatre ans : peux-tu nous dire comment tu imagines Atelier Ciseaux dans dix ans ?

Demain c’est loin ! Je n’ai toujours pas pris rendez-vous avec Madame Irma et son vinyle de cristal. Sincèrement, je pense que dans dix ans, AC aura déjà été brûlé et enterré au pied d’un vieil arbre dans un coin paisible. Je ne suis pas en train de rédiger discrètement sa nécrologie ou d’annoncer la fin du label mais dans dix ans, le label en aura 15. C’est une longu-u-u-u-e histoire et je préfère la vivre au jour le jour. C’est une liberté qui n’a pas de prix.

Je dois t’avouer que parfois, tard le soir, quand la TV est hantée par des fantômes, il m’arrive de me dire : « Ok j’arrête« . Cela ne dure jamais très longtemps, quelques jours, une semaine tout au plus. Tu fusionnes tellement avec ton projet et cela te demande, l’air de rien, beaucoup de temps, d’investissement et de motivation. Cela se produit dans des moments de fatigue, de doute, mais j’imagine que c’est normal, Doc ?

J’ai eu d’autres projets avant AC et j’espère en mener d’autres après mais je préfère ne pas penser au vide que je ressentirai le jour ou tout s’arrêtera. Quoi qu’il arrive, cela restera LE projet de ma vie.

Si AC existe toujours dans dix ans, j’espère qu’on ne remarquera pas trop ses rides et ses cheveux blancs. Que sa motivation principale sera toujours l’envie, « l’envie d’avoir envie« . Qu’il continuera selon ses aspirations premières et peut-être (et surtout) qu’il sera entouré par un super team de passionnés. Si vous voulez déjà postuler c’est par ici que cela se passe : atelierciseaux@gmail.com. C’est tout ce que je lui souhaite !

Tu peux nous annoncer quelques projets à venir pour 2014 ?

Arrêter de fumer ou réduire considérablement, aller voter même si… Enfin, j’imagine que ce n’est pas le genre de scoops que tu attends. Nous avons pris l’habitude de ne plus annoncer nos sorties trop à l’avance. C’est sans doute de la superstition ou l’envie d’annoncer ça au petit matin, comme une surprise.

Tout ce que je peux te dire c’est qu’il y aura des revenants et des voyages où l’on ne cause pas anglais.

Le meilleur moyen pour se tenir au courant, si vous le souhaitez, est de nous suivre sur les réseaux sociaux ou, encore mieux, de vous abonner à notre newsletter.

Pour finir, la question qui fâche : à quand une version française du site web d’AC, qui est indiquée pour « bientôt » depuis toujours ?

Haha ! Je vois que cela te chagrine encore ! Cette version ne verra jamais le jour. Je t’explique : à l’origine nous voulions un site avec deux entrées, l’une en français et la seconde en anglais. Puis, comme tu l’as souligné plus tôt, à ce moment-là nous vendions plus de disques à l’étranger qu’ici. Donc, petit à petit, nous nous sommes tristement désintéressés de cette partie jusqu’à l’abandon total. Le fait d’avoir laissé le « bientôt » en ligne est un clin d’œil à cette période. Mais ce n’est pas pour autant que nous avons oublié notre vocabulaire. Dans la section anglophone, nous avons l’habitude de mixer les deux langues et cela va rester définitivement comme ça avec la venue du nouveau site sur lequel nous travaillons actuellement.

Je suis attaché, comme notre nom le prouve, à notre langue et je trouve cela chouette d’avoir les deux côte à côte. Cela permet aux étrangers qui se baladent sur notre site de ne pas oublier la beauté du verbiage français.

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