Wang Wen l’interview

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Huit albums, le double d’années au compteur, depuis ses débuts laborieux, le groupe venu de Dalian a su s’imposer auprès d’un public chinois d’afficionados, sans céder aux sirènes de la renommée si puissantes dans le monde musical chinois, mais en restant fidèle à la ligne fixée dès les débuts : travailler, trouver à chaque étape l’impulsion nécessaire à la recherche de l’inconnu. Au hasard des rencontres humaines, Wang Wen a su tisser de solides liens de connivences avec certains grands noms du post-rock: Mogwai, Mono, Pg. Lost. A l’occasion de leur troisième tournée en Europe afin de présenter leur album Eight Horses paru en juin dernier et distribué sur le vieux continent via Pelagic Records, et de leur premier passage à Paris le 16 mai à l’Espace B (concours), rencontre avec le membre fondateur du groupe, Xie Yugang.

Antoine Roset

Wang Wen l’interview

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Pour commencer, pouvez-vous vous présenter au public français et nous raconter l’histoire de votre groupe ?

Nous venons de Dalian, une ville portuaire du nord de la Chine, notre nom « Wang Wen » vient d’un proverbe chinois dont nous n’avons gardé qu’une moitié, qui signifie « ne pas avoir entendu ». Wang Wen est né il y a 16 ans, et entre-temps nous avons sorti 8 albums. Nous avons déjà fait une tournée en Europe, mais pas encore en France. C’est une première pour nous, et c’est une occasion que nous attendons tous avec impatience.

Wang Wen est généralement considéré comme le groupe emblématique du post-rock chinois, pourtant, en écoutant l’ensemble de votre discographie, on a l’impression que ce n’est qu’au terme d’un long processus que vous en êtes arrivés à faire du post-rock. C’est peut-être une fausse impression, mais il semble que votre musique à reçu des influences beaucoup plus riches et que vos sources d’inspiration dépassent largement le domaine du post-rock.

C’est en effet le cas. En réalité, la musique de Wang Wen n’a cessé d’évoluer avec le temps. Finalement la musique n’est que le reflet à différents moments de la situation existentielle d’une personne. Avec Wang Wen, nous n’avons jamais cherché à créer un certain style définitif de musique, et nous n’aspirons pas à être catalogués sous une certaine étiquette. Je trouve d’ailleurs ce phénomène assez inquiétant car le première moteur de la création musicale est l’exploration de l’inconnu. C’est peut-être la raison principale pour laquelle Wang Wen continue à créer jusqu’à aujourd’hui. A chaque époque, Wang Wen a puisé son inspiration dans des musiques et des expressions artistiques différentes. Il y a une évolution parallèle entre l’évolution de la musique de Wang Wen et le développement personnel de chacun de ses membres.

Vous n’avez jamais signé de manière permanente pour un label. Est-ce une position de principe ? Est-ce une condition nécessaire pour continuer à créer de manière indépendante ?

Wang Wen a toujours fonctionné en suivant son propre rythme. A vrai dire, le modèle commercial des labels traditionnels est révolu, ça n’a pas de sens de signer sur un même label. Et Internet offre des possibilités inédites de diffusion de la musique. La vrai question qu’il faut se poser, c’est ce que la musique recherche, le résultat ou le but qu’elle souhaite obtenir. En travaillant avec des partenaires qui partagent les mêmes aspirations, il est possible d’arriver à un résultat avec beaucoup plus d’efficacité qu’avec les labels traditionnels. Depuis trois ans, Wang Wen travaille avec le label New Noise, qui n’est pas un label au sens traditionnel mais qui se concentre principalement sur la promotion et l’organisation de concerts. Notre collaboration est idéale: les groupes expliquent quels sont leurs attentes et leur plans et New Noise se charge de définir un projet à partir des attentes des groupes. En gardant pour principe le respect mutuel, les deux parties peuvent conserver leur identité et leur indépendance.

En 2012, vous avez produit un album très abouti avec le groupe suédois pg.lost. Pouvez-vous nous raconter votre histoire avec ce groupe ? Comment êtes-vous parvenus à une telle osmose.

Nous avons fait la connaissance de pg.lost à l’occasion de leur concert à Dalian, la ville où nous habitons. A l’époque je m’occupais de l’organisation du concert. Nous nous sommes rapidement rendus compte qu’on partageait beaucoup d’idées, et c’est à partir de là que nous avons réfléchi à faire quelque chose ensemble. Nous sommes tombés d’accord sur le format split, qui semblait le plus adapté. L’année dernière, à l’occasion du 5ème anniversaire de New Noise, nos deux groupes ont passé plusieurs jours ensemble à Dalian, ce qui fut l’occasion d’une beuverie ininterrompue et d’échanger des idées en matière de musique. Nous avons le projet d’aller l’an prochain à Norrkping, la ville de pg.lost, pour y produire un disque ambient.

J’ai personnellement un petite faible pour vos deux derniers albums 0.7 et Eight Horses. Tant du point de vue des mélodies que de l’orchestration, il y a beaucoup de maîtrise dans ces deux albums. Est-ce que Wang Wen serait parvenu à une certaine maturité ?

A chaque nouvel album, j’ai toujours l’impression que c’est ce que Wang Wen a fait de mieux. Mais ça ne dure que six mois. Au bout de six mois, ce sentiment disparaît. C’est pourquoi pendant les concerts nous essayons toujours de jouer des morceaux qui n’ont pas encore été enregistrés. J’ai toujours une préférence pour les morceaux les plus récents et ce sont ces morceaux que j’ai le plus envie de partager en live.

Quelles sont vos attentes pour cette tournée européenne ?

Ce qui nous intéresse le plus quand nous arrivons dans un endroit inconnu, c’est de découvrir de nouvelles architectures et un nouvel urbanisme, de faire la connaissance avec des personnes différentes. Mais je trouve assez ennuyeux de me contenter de faire du tourisme, c’est pourquoi, pour un musicien, les tournées sont le meilleur moyen pour découvrir un nouvel endroit. Evidemment, nous espérons partager notre musique avec un nombre plus important de Terriens.

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