UVB 76 est un jeune duo français qui rassemble les compétences de Tioma Tchoulanov – étudiant en master musicologie à Paris 8 – et Gaëtan Bizien – graphic designer et artiste vidéo. À la tête du collectif parisien Dot Data, les deux artistes tentent de proposer un univers atypique par l’utilisation de vidéos, photos et field recordings : découpés, ré-arrangés, et modulés à travers de multiples logiciels de CAO. En club (La Machine du Moulin Rouge, Astropolis, la 75021) ou en concerts plus expérimentaux (Centre Pompidou, Transient Festival), la formation pluridisciplinaire tente régulièrement d’inscrire la vidéo au sein de ses différentes prestations. Nous avons donc décidé de partir à leur rencontre quelques semaines après leur passage au Transient festival. Propos recueillis par Amir Bacar.

UVB 76 l’interview

Vous étiez invités à jouer pour le Transient festival, quel bilan en tirez-vous ?

Une belle expérience. Outre le fait de voir des artistes qui nous inspirent, références pour certains ou pionniers pour d’autres, le festival propose un croisement entre arts numériques et musiques électroniques inhabituel pour la scène parisienne. On est heureux d’avoir participé à cette deuxième édition et d’avoir pu proposer notre performance aux côtés d’artistes impliqués dans la même sphère artistique (mention spéciale à UNN, Maotik et Trdlx). Même si les initiatives sont présentes sur Paris (Biennale Némo, Gaïté Lyrique, etc.), les ponts entre musiques électroniques et arts visuels sont trop peu mis en avant. On remercie l’équipe de Sinchromatic Prod de nous avoir impliqués dans ce projet mais aussi de nous offrir un évènement ou Robert Henke côtoie Luke Vibert, belle prise de risque.

Vous êtes à la fois DJ, vidéaste, graphiste, pouvez-vous nous présenter votre duo ? Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

G — Il y a quatre ans, on a emménagé sur Paris pour suivre des études dans nos domaines respectifs, design graphique pour moi et son/cinéma pour Tioma. L’idée d’une formation s’est imposée naturellement. On se voyait assez régulièrement, Tioma composait, on a commencé à ajouter des images, faire des collages vidéo et musicaux. Tout ça est devenu plus sérieux puis on a fondé un collectif de création A/V (Dot Data) avec Sébastien Palluel (Soul Archive) en parallèle de nos premières dates en club.

T — On joue chacun un rôle complémentaire. Gaëtan s’occupe de l’aspect graphique du groupe et de notre collectif, tandis que je gère le montage et la composition sonore. On répartit les tâches par domaines de prédilection (image, son, logiciels). Chacun apporte ses connaissances techniques et ses idées. Et on cherche des solutions.
On a rapidement voulu insuffler cette idée d’intermédialité, en club comme en performance.

G — Actuellement, je suis motion designer freelance et Tioma suit un Master Musique CAO à Paris VIII, on navigue de dates en dates depuis deux ans et nos futurs projets sont encore à définir. Nous travaillons sur un nouveau live club ainsi qu’une formation avec Soul Archive pour un nouveau concert A/V.

T — L’acquisition de nouvelles machines pour le son et la vidéo nous permettra d’explorer de nouveaux formats. On travaille cette année sur une pièce A/V à 360° en 8.1 pour le projet Cinechamber. Pour le reste, le Transient Festival nous a donné de nouvelles idées. On tâche d’organiser tout ça.

Il y a peu votre premier EP vinyle est sorti sur le label Midi Deux Entertainement, comment s’est déroulée la réalisation de cet EP ?

Enter 513 est le fruit de longs mois d’enregistrements et de réflexion. On a commencé l’été 2014 à faire des fields recordings pour composer la banque de donnés qui nous servirait par la suite. 
Pendant quelques semaines, on a enregistré toutes sortes de mécanismes robotiques et métalliques ; des accidents sonores, percussions, impacts et transports en commun. La majorité dans des zones industrielles de la banlieue parisiennes ou en campagne. L’EP a été conçu uniquement sur ordinateur via Ableton. Malgré le son noise et agressif qui peut ressortir de nos productions nous n’avons pas encore intégré de machines analogiques.
On aime ce côté raw propre à la scène industrielle mais on tente de se créer une patte sans se limiter aux sonorités d’une machine, propre à un genre. Le résultat prime sur les moyens employés. L’aspect cinématographique de la musique est au coeur de notre démarche. Et sans logiciel, il est complexe de décomposer un morceau comme on le voudrait. Chaque track est l’aboutissement d’une idée. Certains morceaux sont directement inspirés et composés suite à un flash cinématographique, la vision d’une scène, d’une ambiance. D’autres, résultent de sessions live et concerts passés. Le défi avec ce vinyle reposait sur la conciliation entre l’univers rave et techno propre au label et nos influences premières, plus sombres. Il fallait un résultat brutal et travaillé, dédié à une écoute à domicile mais dansable en club. On aura essayé !

Enter 513 EP

Nous avons d’ailleurs pu assister à une très belle release party le 23 octobre dernier à la Machine du Moulin Rouge, comment s’est-elle passée pour vous ? Quel lien avez-vous avec les Rennais de Midi Deux ?

Très bien, c’était l’occasion pour nous de jouer notre Live Set A/V pour la première fois à Paris. Malheureusement on a eu des problèmes d’écran, toutes les salles ne sont pas équipées pour ce format. Mis à part ça, le public était au rendez-vous (amis, connaissances, curieux) malgré de nombreuses soirées intéressantes (Objekt à la Concrete, Regis au Gibus…). Midi Deux se fait progressivement une réputation sur Paris et Théo [Théo Muller, NDR] prend grand soin de la programmation de la Chaufferie. Pour nous c’est à la fois des mentors et des amis qui ont su nous guider. Des conseils et une confiance qui nous ont permis d’apprendre, de l’intérieur, à mettre en place des projets et faire nos premiers pas. Ça fait maintenant 3 ans qu’on est passés sur scène grâce à eux et c’est intéressant de voir l’évolution de chacun au sein (et en dehors) de cette grande famille qu’est Midi Deux. Faire autant confiance à ses poulains malgré les dictats musicaux propre à la scène club est une vraie preuve de leur personnalité.

Vous êtes également à la tête du collectif Dot Data, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce projet ?

Dot Data est un collectif et une plateforme artistique qui nous permet de créer des projets et Å“uvres sonores et visuelles en tant qu’artistes indépendants. Mais aussi de diffuser les travaux de jeunes compositeurs français et internationaux. Dot Data est à la fois label A/V, série de podcasts, structure d’organisation… Elle nous permet de labéliser notre travail et nos expérimentations sans contrainte et de manière auto-financée. Sortir de la musique physiquement était le premier moteur du collectif. Nous avons donc créé notre sous-label, OKVLT, sorte de champ d’exploration sonore dédié aux musiques rituelles, à l’ambient et à l’idée d’occulte dans la musique électronique. Un sous-label DIY tape-only (et peut-être vinyle un jour) accompagné de créations papiers imprimées en risographie (cf. Riso Presto). Nous avons réalisé une première V/A, tape only, il y a de ça 3 ans et ce mois-ci la deuxième cassette est sortie. Le LP Felix Culpa de Sebastian Melmoth, formation londonienne mélangeant dark-jazz, ambient, non-sense poetry… Du rock déviant et barré. En janvier sortira Hermetica, album rhytmic noise sauce voodoo de l’ami AIR LQD. Pote de Maoupa Mazzocchetti, ces deux-là s’évertuent à bouger la scène bruxelloise à coup de machines, on est très heureux de sortir son premier album.

UVB 76-2

Photos © Antoine Henault

Que peut-on vous souhaiter pour cette fin d’année ?

On vient de trouver un booker (ou plutôt, il nous a trouvé), chez Kongfuzi. On est fiers de faire partie de leur roster et on espère que ça lancera une série de dates variées. On travaille sur une nouvelle version de Transmission (notre performance A/V) qui sera présentée le 16 Janvier à la Manufacture 111 (Paris). On bosse sur un nouvel EP, un nouveau live « club » et on démarche des festivals d’arts numériques.

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