En ouvrant sur une ambient sibylline aux modulations acides et au bourdonnement métallique angoissant, Új Bála circonscrit sur-le-champ la portée philanthropique des six pistes de son Boka: elle n’existe pas. Le Hongrois n’est pas là pour faire dans l’empathie mais pour flanquer son auditoire dans une ambiance stridente où il débite à la scie rouillée des échantillons sonores de sous-sol — grattements, grincements, raclements, goutte-à-goutte — pour en isoler des séquences sonores évocatrices et puissantes qu’il superpose en strates et dont il retravaille la hauteur et la réverbération pour jouer sur une profondeur qui, si elle éloigne du huis-clos, n’en définit pas moins un espace à la superficie parfois claustrophobique.

Pour ses motifs, Gábor Kovács s’appuie sur une approche bruitiste traditionnellement électroacoustique mais dont il s’amuse à rejeter le support essentiel, l’enregistrement, préférant reproduire, recréer « from scratch », à partir d’un rien, d’une rayure, chaque instance de façon complètement numérique. Le résultat du processus peut se lire comme le field recording composite d’un univers binaire, d’une réalité alternative où les chevaux eux-mêmes s’égosillent en d’électroniques hennissements (I Break Horses) et qui sourde une imminence constante, dans les brèves et rythmiques sirènes d’Anti-Slim Fit Territories comme dans les boucles organiques haletantes qui concluent Casting.

Tout au long de l’écoute, Boka souffle, ahane, vocifère sous les efforts de son créateur pour ne pas détacher ses inflexions expérimentales d’un fond clubbing alimenté de kicks techno, de clappings, de percussions plastiques ou métalliques appuyées par les accents sud-américains de Que Mala Suerte. C’est une musique dense et physique, un son de dancefloor pour club en sous-sol, pour free parties en pénombre, le prolongement d’esthétiques musicales mainstream qu’un détournement rugueux fait vriller jusqu’à la griserie, jusqu’à ce que le grain finisse par définir sa propre musicalité indépendamment des sonorités qu’il habille, et par résonner au bout du compte comme la substance même de l’album.

Vidéo

Új Bála – I Break Horses

Audio

Új Bála – Boka

Tracklisting

Új Bála – Boka (Baba Vanga, 24 mars 2016)

1. Casting
2. I Break Horses
3. Anti Slim-Fit Territories
4. The Sad Thing
5. Que Mala Suerte
6. Weedbelly