Zola Jesus - Fall Back (PREMIÈRE)

Zola Jesus - VersionsSi Conatus (2011) n'a pas emporté la même et unanime adhésion que son précédent LP Stridulum II (2009), la diva gothique Nika Roza Danilova - plus connue sous l'alias Zola Jesus - ne s'est pas pour autant démontée. Invitée à se produire au Guggenheim de New-York, la nymphe en profita pour demander à JG Thirlwell de convertir les soubassements électroniques de ses mélopées en arrangements pour quartet à la patine néo-classique. Versions, à paraître sur Sacred Bones le 20 août prochain, est né de cette rencontre entre l'une des voix les plus envoûtantes du vingt-et-unième siècle et Fœtus, pionnier des musiques industrielles du début des années quatre-vingt au travers de ses multiples formations (Manoerxia, Steroid Maximus ou Wiseblood). Celui-ci, par son savoir-faire et sa compréhension des aspérités et silences que réclament les compositions de la jeune femme de vingt-cinq printemps, va réinitialiser certains morceaux de Conatus en œuvres lyriques, dépouillées de leurs nappes de synthétiseurs originelles. Le résultat, préalablement défloré avec Avalanche (slow), saura par sa légèreté faire taire les sceptiques (ou pas), tout en intimant à l'américaine une direction artistique autrement plus féconde. En témoigne l'inédit Fall Back, expiration spectrale et ascensionnelle d'une créativité régénérée, troquant ses oripeaux gothiques pour un angélisme classique assumé.

Zola Jesus et Fœtus se produiront ensemble le 4 octobre prochain au Café de la Danse dans le cadre d'une mini-tournée européenne.

Audio

http://www.youtube.com/watch?v=hvycDDxH2cM

http://youtu.be/9HFw3yOuauw

Tracklist

Zola Jesus - Versions (Sacred Bones Records, 20 août 2013)

01. Avalanche (Slow)
02. Fall Back
03. Hikikomori
04. Run Me Out
05. Seekir
06. Sea Talk
07. Night
08. In Your Nature
09. Collapse
10. Avalanche


Zola Jesus – Conatus

Beaucoup aimeraient voir en Nika Roza Danilova un poussin à peine sorti de l’œuf. La jeune Américaine d’origine russe n’en est pourtant pas à son premier coup essai. Si Stridulum II marqua certainement un tournant dans la carrière de cette artiste candide, il n’en reste pas moins que Conatus sera déjà son troisième album, si on oublie de compter le split sorti sur Not Not Fun avec LA Vampires, ainsi que ses collaborations aux côtés de Burial HexPrefuse 73 ou Former Ghosts. On notera que question carrière, notre chanteuse au physique de pilleuse de parcmètres aura eu du tarin, passant rapidement de l’underground au gratin arty de L.A. Cet ultime recueil passe à la moulinette l’accumulation de nombreuses influences, triturées avec sensibilité et hardiesse autour d’un effort presque définitif pour Nika de se libérer de quelques chaînes, comme le suggère le titre. J’en appelle à vos cours de latin de classe de cinquième.

Pour être totalement franc, la première réaction face à Conatus est la peur. Si Stridulum II séduisait par son ambiance feutrée, noirâtre et quelque peu ambiguë, ce chant lyrique qui nous avait captivés dès les premières écoutes devint rapidement insupportable, allant jusqu’à écorcher nos tympans. Ce nouvel opus allait-il porter en lui les mêmes stigmates que son prédécesseur ? Visiblement pas : ne se contentant plus de gémir à porte-voix, Nika Roza déplie un éventail d’émotions qui se bousculent à travers le gosier, donnant à son timbre à la Bonnie Tyler un véritable charme empruntant multiples facettes. Et pourtant, si les premiers titres sont d’une beauté mirifique, ils laissent un arrière-goût de re-edit (Swords, Avalanche, Vessel). Il faudra attendre Hikkimori, complainte amoureusement synthétique dégoulinante d’inspiration dark-wave, pour véritablement apprécier les couleurs blafardes de Conatus. Un track qui n’est pas sans rappeler les collaborations de la jeune femme au projet de Freddy Ruppert. Plus inattendue, la mélodie de Seekir s’appuie sur une rythmique dance, mêlée de hululements incantatoires en écho. Une transition radicale pour le moins déconcertante, aussi rondement produite qu’un tube techno slovaque et aussi ennuyeuse qu’un titre francophone concourant à l’Eurovision. Le très witch-haus Ixode fait très vite oublier cet intermède raté, capitalisant sur ce que l’artiste sait finalement faire de mieux. Un crescendo de beats syncopés sur lesquelles la prêtresse attise son flegme gothique, se posant languide, ensorcelant de sa voix vénéneuse, tandis que l’air s’embrume d’une aura de désespoir. Une recette qui fera également des merveilles sur le très dark-indus Shivers. Et pourtant, c’est en se dénudant de ses glorieux artifices que Zola Jesus perfore au plus profond nos carcasses. Capable de mélodies plus minimalistes, comme le prouve le splendide Lick the Palm of the Burning Handshake, à la fois héroïque et désenchanté, mais c’est surtout Skin et sa ritournelle au piano qui marqueront nos esprits - cantabile écorchée dont le dépouillement sacrificiel des instruments appuie l’esthétique funeste et poétique de cette pièce délicatement lacérée.

Dire que cet effort tient de l’orfèvrerie serait quelque peu exagéré. Zola Jesus livre avec Conatus un album bien plus immédiat, homogène et modeste que le précédent. Nika Roza recycle ses inspirations et ses expériences tout au long de onze titres qui, sans tous être mémorables, apportent une touche de sincérité qui n’est pas sans déplaire et invitera l’auditeur à se replonger dans ce florilège de saveurs aigres-douces. L’amateur ne n’y trompera pas.

audio


vidéo

Tracklist

Zola Jesus – Conatus (Souterrain Transmissions/Sacred Bones, 2011)

01. Swords
02. Avalanche
03. Vessel
04. Hikikomori
05. Ixode
06. Seekir
07. In Your Nature
08. Lick the Palm of the Burning Handshake
09. Shivers
10. Skin
11. Collapse


Bilan de l'année 2010

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Une année 2010 résumée en deux morceaux par tête de pipe. A écouter ci-dessous et à télécharger par ici.

Histoire de joindre la lecture à l'écoute, retrouvez notre bilan 2010 par .

Tracklist

01. Trentemoeller - The Mash And The Fury
02. Tristesse Contemporaine - 51 Ways To Leave Your Lover
03. Porcelain Raft - Tip Of Your Tongue
04. Terror Bird - Shadow in the Hall
05. Ikons - Slow Light
06. Tame Impala - Make Up Your Mind
07. Braids - Lemonade
08. Blank Dogs - Another Language
09. Wavves - Post Acid 
10. Daedelus - Stampede Me (feat. Amir Yaghmai)
11. Caribou - Odessa
12. Destroyer - Chinatown
13. Summer Camp - Jake Ryan
14. Coma Cinema - Her Sinking Sun
15. Gil Scott-Heron - Me And The Devil
16. Beach House - Silver Soul
17. Zola Jesus - I Can't Stand
18. Julianna Barwick - Sunlight, Heaven


On y était - Former Ghosts + Zola Jesus + Xiu Xiu à la Fondation Cartier

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Former Ghosts + Zola Jesus + Xiu Xiu, La Fondation Cartier, Paris, 18 novembre 2010

Les adorateurs de Nika Roza en auront eu pour leur compte, enfin façon de parler... Car étonnamment, Zola Jesus, au sein de cette formation triangulaire semblait être l'entité la plus attendue du public parisien. La jeune femme ne cessant de fasciner par son flegme gothique et son aura mystique. Les moins cultivés la rapprochant tendancieusement de Fever Ray, avec qui elle partagea une partie sa récente tournée, les plus prétentieux la désignant héritière du testament musical légué par Siouxsie Sioux et ses Banshees, qui dois-je le rappeler, n'est pas disparue. Et me souvenant alors que la salle affichait complet depuis des semaines, je fus surpris de la surface encore disponible. J'aurais pu m'allonger sur le sol ou dresser une nappe pour pique-niquer que mes voisins n'en aurait pas été plus gênés. Et d'ailleurs, en scrutant un peu plus le public, je remarquai de plus en plus l'absence de Monsieur Lambda. Ici un attaché de presse, par ici un responsable éditorial, à ma gauche une journaliste, à ma droite le staff promo d'un label... Mais où était donc passé Monsieur tout-le-monde ? Ce concert prenait d'un tour des allures de prestation artistique mondaine. Accrochez les artistes à des toiles et sortez les petits fours. Mais connaissant le mauvais goût de nos musiciens, attendez-vous à ce que quelqu'un ait dégueulé dans les tartines de foie gras.

Loin de refléter l'Art contemporain comme l'ambitionnent les multiples expositions de la Fondation Cartier, Former Ghosts confirme par ailleurs le talent de Freddy Ruppert pour exhiber les plaies des êtres blessés sous leurs formes les plus animales et larmoyantes. Accompagné de Jamie Stewart, le duo entame le set par le strident The Days Will Get Long Again. Les saturations de guitares s'accompagnent de cris, tandis que Freddy fracasse une grosse caisse avec hargne. New Orleans ne se fera pas attendre, la voix grave du chanteur tranchant l'aorte de spectateurs pourtant égarés. On retrouve dans le morceau toute la crispation et la douleur qui nous avaient saisi lors de sa première écoute en format domestique. L'auditoire ne semble pourtant pas convaincu, restant patiemment à attendre la venue de Nika Roza. Ce qui sera d'ailleurs relativement hilarant, puisque personne ne semblera la reconnaître lorsque celle-ci grimpera sur scène pour interpréter Chin Up. Ce morceau qui avait pourtant ravi à l'écoute de New Love peine à convaincre lors de son passage en live. Une faiblesse dans la voix de la chanteuse n'y sera pas étrangère et ne sera pas sans inquiéter pour la suite. Taurean Nature sera le dernier morceau de ce (trop) rapide concert de Former Ghosts, laissant Freddy Ruppert seul face à un public qui commence seulement à s'immerger dans sa musique. Poussée à son paroxysme, la dramaturgie de cette chanson explose littéralement à la gueule de l'auditoire et laisse le chanteur en larmes. Celui-ci prononcera quelques mots brefs concernant l'accident mortel qui le poussèrent écrire cette chanson, avant de quitter la salle la tête basse. Ceci n'est pas un show, c'est de l'émotion brute mise en musique. Il est regrettable que le public ne l'ait pas apprécié à sa juste valeur. Moi, oui.

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Une lourde pause permet de souffler un peu. Dommage, il n'y a pas de bar pour se soûler la gueule. Peu importe, je profite de ce moment de répit, pour m'allonger sur le sol et passer un appel longue distance. Quand je vous disais qu'il y avait de la place. A vrai dire, j'ignore ce qui prendra autant de temps aux techniciens pour effectuer le changement de plateau, car le battement sourd et introductif d'I Can't Stand semble venir de nulle part. C'est sur une scène quasi nue que grimpe la toute petite mais énergique Nika Roza. Cependant, les premiers sons expulsés par la chanteuse nous rassurent quant à l'état de sa voix et celle-ci exécute avec brio ce qui restera, il faut bien l'avouer, l'hymne tortueux de Stridulum II. Il y a dans ce morceau une puissance douloureuse qui tiraille jusqu'aux larmes et déchire l'âme. La chanteuse se donne corps et âme, se balançant sur elle-même et poussant sa voix dans ses derniers retranchements. Et pourtant... Les titres s'enchainent avec une certaine répétitivité, et la chanteuse commence à nous lasser par ses gimmicks et ses allers-retours le long du plateau. Même l'aide d'Angela Seo, totalement en retrait, ne lui sera d'aucun secours. Il manque à cette voix l'âme d'un groupe, qui fasse vivre les compositions pourtant enivrantes recrachées ici, bêtement par un lecteur MP3 (SIC !). Bizarrement, au-delà de toute comparaison, le timbre de Nika Roza, ne me fait ni penser à Siouxie Sioux ou à Jarboe à qui l'on a pu la comparer si souvent, mais à Kim Carnes pour son ton grave, voir Cindy Lauper pour l'éraillement strident de sa voix et sa facette punkette-trash... N'y voyez-là aucun mauvais jugement, malgré leurs carrières pop, ces nanas avaient du coffre. Enfin quoiqu'il en soit, malgré un répertoire bien fourni, Stridulum et Run Me Out en tête, le spectacle en forme de cérémonie aura grand peine à rassasier une assistance qui en attendait beaucoup plus, et moi le premier.

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Cela dit, malgré tout le respect que je dois aux artistes précités, Le Gros Morceau de la soirée restait Xiu Xiu. Et si je n'avais malheureusement pu assister à leur unique date donnée cet été au Point Ephémère, je ne pouvais immanquablement rater l'occasion de me faire un avis sur la prestation live de mon entité musicale chouchou. Si l'installation du matériel nécessaire à leur prestation semble tirer sur la longueur, le jeu en vaut cependant la chandelle. Il y a une sorte d'alchimie muette entre Jamie Stewart et Angela Seo qui semble rendre l'utopie accessible. Le duo accorde fureur, supplication, ironie, grotesque et sériosité avec un rare sens de la mélodie, la repiquant ensuite d'extravagances les plus folles. Je ne vais pas vous faire une description musicale de l'univers des Californiens, vous y êtes déjà probablement familier, je dirai simplement que le show auquel je pus assister était bien supérieur aux émotions dégagées par les multiples écoutes qu'avaient pu me procurer n'importe quel album du groupe. Comment ne pas céder à l'affolement d'un Crank Heart électrique ou au bouillonnement contagieux de Gray Death, comment rester de marbre devant le traumatisme saisissant de Pox ou l'électronica boulimique de Chocolate Makes You Happy. Jamie se jetant à corps perdu dans chaque morceau, se laissant à chaque fois une bonne minute de récupération. Et alors que le public attends avec lubricité Boy Soprano, je me régalerais d'un I Love the Valley Oh ! joué à la perfection, et qui sera l'occasion pour l'artiste aux multiples talents de montrer comment utiliser une Nintendo DS à d'autres fins que récréatives. Après tout, à chacun son classique ! Sur scène, la très magnétique et charnelle Angela Seo attise les regards, tout en gardant une distance imperturbable. A eux deux, nos musiciens symbolisent parfaitement le feu et le glace. Après un Save Me, glissant doucement dans l'affliction, Xiu Xiu termine son concert autour des deux titres crève-cœurs Dr.Troll et Sad Pony Girl Guerilla, livrant au spectateur deux comptines douces-amères emplies de tristesse et d'affection, avant de le laisser seul face aux méandres de la solitude.

Je repartai donc avec un sentiment de suffocation, d'étranglement, de profond désenchantement, un sourire narquois en coin. L'illusion d'avoir passé la soirée en compagnie des rejetons de Brett Easton Ellis et Jay McInerney. Je vaquai donc dans la nuit, bercé par les gouttes, le regard perdu, sachant pourtant pertinemment qu'en me réveillant le lendemain matin, les choses ne seraient plus tout à fait pareilles...


Zola Jesus - Night (vidéo)

65024054_640 La part sombre des années 80 revue et corrigée par Zola Jesus, nouvelle prêtresse d'une Dark Wave revenue des enfers de l'ignorance. On attend d'ailleurs la demoiselle de pied ferme fin mai à l'occasion du festival Villette Sonique. Mais finalement la jeune femme n'est qu'un prétexte introductif pour saluer ici le travail remarquable de la vidéaste Jacqueline Castel qui, à la tête de l'agence new-yorkaise FUTURE PRIMITIVE FILMS, met en boite l'avant-garde du rock américain de Moon Duo à Blank Dogs en passant par US Girls. Les films qu'elle réalise sont de véritables expériences visuelles marquées du saut de l'intelligence artistique, expériences qui, ajoutées à celles, cette fois-ci sonores, de la musique que ces images accompagnent susciteront sans doute en vous l'étonnement et ça c'est le signe que vous n'avez pas encore totalement basculé dans ce que Georg Simmel appelait le caractère "blasé" de la vie moderne.

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