Young Marble Giants 80's Live performance

Un concert datant de novembre 1980 du mythique trio Gallois Young Marble Giants - devant environ une assistance très polie - a été repêché dans ses archives par la non moins mythique salle de Vancouver Western Front. Invitation à ce replonger dans la courte interview qu'ils nous avaient accordé à l'occasion de la Villette Sonique (lire) en 2010, la vidéo produite par Alex Varty et filmée par Elizabeth Chitty est disponible via ce lien. De quoi baigner cette après-midi d'une saine mélancolie.


On y était - Midi Festival Hiver

midi4Midi Festival, vendredi 10 et samedi 11 décembre 2010, Toulon.

Jour 1 : Still Corners, Darkstar & Young Marble Giants

On arrive là où le vent est trop fort. Gare Saint-Charles. Grise mais parcellée de lumières, elle est un couloir qui appelle les chansons. Le MIDI est encore à quelques encablures mais on rêve un peu déjà. Le train n'est pas un tape-cul, il défile lentement pourtant. On sort des quartiers aux immeubles roses sales immenses, quelques décharges aux multitudes de rouilles vocifèrent près des collines. Wire puis The Beach Boys dans les écouteurs, on regarde les vieilles usines qui défilent, les habitations ouvrières, les motels aux enseignes édentées. Très vite, après quelques ruines, l'épaisse campagne, les bouts de mer, la Madrague. Au loin la Ciotat puis Bandol et sa petite plage amoureuse. Les villas blanches et ocres entourées des lourds pins maritimes. Toulon s'amène vite. Il n'y a qu'à descendre illico presto de la gare pour débouler vers le carré massif. L'opéra donc. Et ce soir, Still Corners, Darkstar et Young Marble Giants vont épancher leur musique vers des balcons à l'italienne. L'endroit offre une classe et une dignité certaines. Le froid lui, offre au ciel un bleu Klein. Quelques fumeurs s'époumonent avant de rentrer. Il y a gentiment du monde. En entrant dans cette salle immense fondue de noir, on est impressionné, comme il faut.

midi-stillStill Corners lentement évapore sa musique en ombres chinoises, seule la flammèche blonde de la chevelure de la chanteuse brille dans l'ombre. Le combo anglais tisse des toiles musicales émouvantes, on y retrouve un peu de Slowdive, Mazzy Star ou Blonde Redhead notamment sur Endless Summer. L'apparat romantique est parfait. Les guitares fiévreuses vont toucher le plafond en fabuleux artifices. Jolie réussite. Puis toutes nos bières doivent s'évacuer : on va aux pissotières à la Stark siffloter les romances de Still Corners. Bon, enchaînons sur Darkstar. Trois types, trois synthétiseurs - niveau scénique, c'est du Beckett. L'apparente sobriété est vite rattrapée par un chanteur - James Buttery - qui se roule dans l'excès, l'ultra théâtralisation de chaque mèche de cheveux rejetés en arrière nous refile un large sourire. C'est amusant. Partenaires Particuliers croisant Yeasayer circa Odd Blood. On ne sait si on doit rire ou aimer, bref, on va chercher de quoi boire. Mais ces resucées de Human League colleront tout de même au palais. Bien. La première soirée se termine avec Young Marble Giants (lire). Quel putain d'amour on a eu pour ce seul opus - Colossal Youth. C'est dire les oreilles de noceurs qu'on pouvait avoir... et puis on était bien, juste ivre pour s'oublier. La gentille troupe n'a pourtant rien donné. Les chansons étaient là, bien effectuées. Rien à dire et c'est bien terrible, oui, rien à dire et un peu ennuyeux. On se force à l'enthousiasme mais apparemment rien n'y fait. On participe aux rappels, on joue le jeu - clap, clap, clap - pourtant on sait que l'on va bien vite oublier pareille prestation. Le reste de la nuit s'effectuera dans un minuscule bar aux bières tchèques. Plus tard, en marchant près du port, bien bourré, on pouvait voir l'ombre méchante d'un cuirassé. Les nuits d'hiver sont trop longues.

Jour 2 : Summer Camp, Marnie Stern, Yussuf Jerusalem

L'alcool donne ses colères rythmiques. Le mieux c'est de se lever tôt, de longer la côte en voiture, d'aller sur une petite plage appelée le Monaco. La Méditerranée est rudement belle avec des yeux entourés de cernes. C'est donc requinqué que l'on se rend le soir au Théâtre des Variétés. On débute avec Summer Camp. Projection de photos de famille kitsch + un duo. Le show se révèle efficace. On gigote dans la salle, la chanteuse joue les Sarah Bernard. Pathos rutilant qui convole avec des ambiances Eurovision - on n'est pas loin des soirées sur les croisières Costa. Jeremy Warmsley est artistiquement laid, quel talent ! Les petits Anglais terminent leur rafraîchissante prestation avec Round the Moon. On applaudit à tout rompre. Les gens semblent ravis et s'offrent des verres entre eux. C'est beau les amitiés furtives. Enfin, on ne la voit pas arriver. Elle est petite. Sa longue chevelure d'adolescente la rajeunit grave. Le bassiste est un ours. Le batteur a perdu un pari et se retrouve avec des tatouages ridicules.

midi-2Mais Marnie Stern est là et va envoyer la foudre. On se souvient des morceaux dépuceleurs de Terraform de Shellac et bien, là, c'est devant nous. Cela soulève le slip sévère. Rythmique martiale et syncopée. Basse en acier, lourde et épique. Elle, elle pousse des cris insensés, son jeu de guitare est virtuose, l'énergie dégagée est précieuse. On se régale. On est amoureux. C'est le cœur de la soirée. Nos oreilles fondent sous des sauvageries à la Unwound ou Fugazi. Les trois personnages discutent, ont le sens de l'humour. C'est d'un paganisme jouissif ! Sueur, alcool, semence, rock. C'est excellent comme une bonne nuit de baise. Vraiment, courez voir ce combo s'il passe près de chez vous. Parfait. Après pareille dévastation, on plaint les suivants. Mais les Yussuf Jerusalem donneront à cette soirée une véritable cohésion. Leur set énergique et tendu offre les miroirs fracassés du MC5 et des Seeds. Une voix granuleuse, un son crasseux et agressif. On apprécie encore plus nos bières, on regarde d'autant plus les jolies femmes. Parfois on pense aux autres drogués de Pretty Things - un truc à choper la chaude pisse quoi. Puis il cause Gilles de Rais le Yussuf et ce groupe n'est pas loin de nous refourguer des messes noires. C'est donc dans des vapeurs dignes du 13th Floor Elevators que l'on quitte la salle, que l'on va se perdre dans les rues toulonnaises, que l'on va cuver toute cette musique et tout cet alcool. A l'aube, on croisera le fantôme d'Elvis Costello. Ah ! les promesses de l'aube ....

Crédits photos : Cécilia Montesinos


On y était - Arto Lindsay, Young Marble Giants & Owen Pallett

Arto Lindsay, Young Marble Giants & Owen Pallett, Paris, Festival La Villette Sonique, La Grande Halle, le 01 juin 2010.

La Villette Sonique, qui se déroule du 31 mai au 6 juin 2010, est un festival à part sur la cartographie des événements franciliens : la programmation, plus exigeante que jamais, constitue un sempiternel pari sur le degré d'adéquation du public avec les artistes présentés. A voir la Grande Halle quasi bondée - mille deux cent personnes massées sur les gradins, où il est interdit de boire (bye bye rock'n'roll) - et le nombre de réponses à notre jeu concours, organisé en partenariat avec la Villette Sonique, on se dit que, quelque part, il n'est pas suffisant d'enfiler les têtes d'affiches du moment pour organiser un festival digne de ce nom. Cultiver l'altérité et l'expérimentation n'est pas mère d'indifférence. Du moins pour les curieux, les nostalgiques ou ces fameux indés, que le tout un chacun aime autant tailler que ne le sont les hippies. A tort pour les artisans de la cause, à raison pour les usurpateurs de la barbe mal taillée. Après une soirée d'ouverture ayant vu la diva psyché-folk, Joanna Newsom, accompagnée d'un sextet de circonstance, ébahir la Grande Halle, cette seconde affiche promettait monts et merveilles à tout érudit des années post-punk comme à tout mélomane se repaissant de cordes sensibles. J'avais d'ailleurs eu l'honneur de faire les présentations au cours d'un article rapidement démenti dans le running order annoncé : Owen Pallett monte sur scène une fois le livre d'histoire refermé et bien rangé.

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Chantre de la No Wave d’alors au sein de DNAArto Lindsay, son allure dégingandée et son quatuor composé de musiciens afro-américains taillés dans la pierre, s'emparent mollement de l'attention d'un public ne badinant pas avec les horaires. Celui qui jadis dévoyait le jazz et le rock d'une posture noise radicale et avant-gardiste avec DNA et The Lounge Lizards, et ce dans un même élan que James Chance - aperçu il y a peu au Sunset en piano solo - ne le faisait avec ses Contorsions, revisite désormais les berges d’un tropicalisme conçu comme un pont entre ses origines et sa ville de toujours, New-York. Psychédélisme instigué par Gilberto Gil et Caetano Veloso, mixant rock et musique traditionnelle brésilienne, on en reconnaît ici la virtuosité mate, l'élégance rare d'un son feutré provoquant un léger déhanchement de bassin, laissant flirter l'imagination et les guiboles sur les abords d'une chambre à coucher dégageant une intimité moite et orgasmique. Insidieusement pourtant, on sent sa libido s'effeuiller à mesure que l'ennui ne guette et rattrape au vol l'enthousiasme évanescent des trois premiers morceaux. On hoche la tête et l'on se prend à étreindre d'infimes préoccupations bien plus matérielles que fantasmées : tu devais pas me payer un coup toi ?

Première désillusion ? Non, je m'y attendais. Une affaire de style et de goûts. DNA a fait partie d'un mouvement, la No Wave, à l'aura encore forte : Lydia Lunch, qui sort Déséquilibres Synthétiques, livre récemment traduit en français par Virginie Despentes, en atteste, tout comme celui de Thurston MooreNo Wave: Post-punk. Underground. New York. 1976-1980, sorte de compilation de clichés de cette éphémère avant-garde ayant secoué le Lower East Side. Le fait que l'un de ses suppôts se fasse la malle sur des terres débarrassées d'une discrépance pugnace tout en marchant sur les plates bandes d'un Stan Getz au timbre métissé n'implique en rien l'adhésion ipso facto. Le bonhomme serti de ses petites lunettes est un personnage. Et je penche pour le gimmick indé, j'y étais moi, ouais, j'y étais.

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Si Arto Lindsay à la bougeotte musicale, il en va tout autrement pour les Young Marble Giants, autre groupe phare de l'ère post-punk. Ceux qui suivent savent que Stuart Moxam nous a gratifié d'une interview dans laquelle le quinqua laissait entendre qu'il pourrait y avoir, éventuellement, une suite à ce monument minimaliste qu'est Colossal Youth sorti en 1978 sur Rough Trade : "J'insiste toujours pour que le groupe se remette à composer, car je sais qu'il reste encore beaucoup de musique en nous". Soit. En tout cas, en trente ans d'absence et quatre ans de concerts sporadiques, Stuart n'a vraisemblablement pas assez insisté : le set d'une heure ne comporte aucun nouveau morceau. Je suis même tenté de dire qu'il ne comporte aucune nouveauté par rapport à l'album et la compilation Salad Days, parue une fois le groupe dissout dans l'acide de la mésentente. N.I.T.A, Include Me Out, Music for Evenings, Final Day défilent et l'on se rend bien compte à quel point rien ne change, pas même le son de la rythmique autrefois dévolue à une boîte à rythme et désormais assurée par un autre Moxam, Andrew, singulièrement atteint de catalepsie, tandis que Phil délaye toujours sa basse au compte-gouttes sans l'ombre d'une grimace. On ne doit pas se marrer tous les quatre matins au sein de la fratrie. Alison Statton, de marbre face à son micro, reste également ce qu'elle fut à la fin des années soixante-dix : une égérie au visage anguleux, fredonnant plus qu'elle ne chante.

Loin d'être désagréable à écouter sous la voûte céleste de la Grande Halle, leur musique, que nombre de fans comme moi se sont appropriée aux détours de circonvolutions discographiques diverses et variées, se pare des atours d'une musique cadenassée pour le néophyte. Et c'est là que le bât blesse : il faut avoir écouté, aimé et humé au préalable l'essence de ce culte pop gallois pour se délecter ne serait-ce que d'une once de leur set millimétré. L'assistance applaudit, mais ne lui faites pas confiance, on sent bien une certaine politesse obligée. Leur minimalisme est un brin passéiste et il n'arrive pas à s'inscrire dans l'actualité autrement que sous la forme de références bien senties. The XX en est la pleine incarnation. Première désillusion ? Oui, sans aucun doute.

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Le clou de la soirée est enfoncé par le violon d'un seul homme, Owen Pallett, dont le troisième album Heartland s'impose telle la pierre angulaire d'un édifice sonore d'une rare beauté altière. M'imaginer devant un blanc bec trifouiller son violon pendant une heure et quart me semblait au-delà de mes forces, le sommeil me manquant de toute part, quelques nuitées découchées à Barcelone en préalable à ce début de festival. A mon état farineux, rajouter les souvenirs indomptables, André Rieux, son brushing et son satané violon. Et... bonjour l'angoisse. Très vite cependant, celle-ci se dissipe, sublimée par la magistralité de la démonstration d'un Owen virevoltant et accompagné avec parcimonie par un guitariste-percussionniste, véritable antithèse esthétique du jouvenceau à la mèche brune élégamment ciselée. Celui qui se produisait jusqu'à il y a peu sous le nom de Final Fantasy et qui possède un curriculum vitae de collaborations long comme un bras (Arcade Fire, Picastro, Hidden Cameras, Jim Guthrie), égraine ses faveurs par de somptueuses pyramides de boucles de violon, de voix et de clavier et ce sans jamais tomber dans la facilité d'une surcharge de décibels inaudible. Le Canadien fait feu de tout bois, déployant une ferveur hors du commun pour diriger en grand architecte ses plans sur la comète. Sa pop symphonique nous entraîne dans une voltige ascensorielle, loin des cimes connues et des formats rabâchés. Essentiellement construit autour des morceaux d'Heartland, c'est une véritable ovation que déclenchent les ultimes notes de son set et les timides gestes de reconnaissance que l'angelot adresse à une foule conquise et tressaillant d'un bonheur fragile mais inaliénable dans l'instant.

L'objectif avisé de Robert Gil était évidement présent. Retrouvez ses clichés de Young Marble Giants , ceux d'Arto Lindsay ici et ceux du magicien Owen en cliquant sur ce lien.


Villette Sonique : Arto Lindsay & Young Marble Giants + Concours

bandeauLe festival parisien musicalement le plus pointu fait son retour dans maintenant moins d'une dizaine de jours : La Villette Sonique ouvre ses portes du 31 mai au 6 juin 2010. A cette occasion, Hartzine s'associe à la Villette Sonique pour vous faire gagner deux places de l'une des nombreuses soirées placées sous le signe de l'excellence, réunissant le 1er juin à la Grande Halle, artiste en devenir, prédicateur expérimental et véritable légende post-punk.

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La soirée débutera avec l'ineffable Owen Pallett, dont le troisième album Heartland, "à la croisée de la pop symphonique et de la bande originale pour conte de fées, puise son inspiration autant des cantiques religieux de cathédrales que du lyrisme lo-fi extrait de l’imaginaire de son auteur" (Chronique). S'étant fait connaître sous le nom de Final Fantasy et ayant collaboré avec ses compatriotes d'Arcade Fire, le violoniste canadien s'est octroyé une réputation scénique des plus louables, déclinant, accompagné d'un guitariste-percussionniste et au milieu d'une forêt de pédales, une dentelle altière et précieuse de boucles et d'effets. De la haute voltige pop.

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Arto Lindsay nous invitera ensuite dans son univers à l'éclectisme si particulier. Chantre de la No Wave d'alors au sein de DNA, Arto Lindsay revisite désormais, entouré de son groupe, les berges d'un tropicalisme - psychédélisme instigué par Gilberto Gil et Caetano Veloso, mixant rock et musique traditionnelle brésilienne - qu'il conçoit tel un pont entre ses origines et sa ville de toujours, New-York. Ville dont il reste l'une des figures de proue de l'expérimentation la plus complexe et la plus syncrétique, inspirant et collaborant notamment avec le mouvement radical illbient, genre hybride de jazz, de hip-hop, de drum and bass et d'IDM (DJ Spooky, DJ Soul Slinger ou Sub Dub). En somme, une sommité méritant les égards d'une curiosité bien placée pour les néophytes et d'une passion satisfaite pour les convaincus de la première heure.

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Cette seconde affiche de l'édition 2010 de la Villette Sonique sera conclue par l'un des mythes les plus mystérieux des années charnières 1978-1984, années ayant vu éclore de son agitation post-punk, "soit entre la séparation des Sex Pistols et l'explosion de MTV", une foultitude de groupes défricheurs et fondateurs, tel Pil, Devo, Joy Division, Talking Heads, Wire, Gang of Four, ou Cabaret Voltaire, jetant les bases de ce qui nous préoccupe toujours aujourd'hui. Quatuor avant-gardiste gallois formé par Alison Statton, Peter Joyce, Philip et Stuart Moxham, les Young Marble Giants viendront faire revivre à nos oreilles leur immense et unique album Colossal Youth sorti sur Rough Trade, label collectiviste fondé par Geoff Travis et véritable plaque tournante indépendante de la création musicale anglaise d'alors. Chacun de leurs morceaux - aussi brefs que lumineux - résonne tel une ode assumée au dépouillement lo-fi et à un minimalisme érigé en véritable révolte à l'encontre de la fièvre névrotique punk. Développant un son aride, encensé plus tard tel un doux radicalisme, employant à la guitare pour ce faire la technique du muting (consistant à étouffer les vibrations des cordes en posant la main droite dessus), couplé à une basse au son rond et mélodique, "s'apparentant presque à du tricotage" selon les propres mots de Stuart, la musique des YMG tire avant tout son originalité du chant presque susurré d'Alison Statton au timbre si ordinaire mais pourtant terriblement séduisant. Adoubé par John Peel, célèbre animateur de la BBC Radio One et catalyseur de la scène musicale indépendante britannique, popularisant la si fameuse chanson Final Day du jeune combo, les YMG égrainaient selon Simon Reynolds une musique "pour introvertis, par des introvertis", Stuart Moxham déclarant à l'époque chercher "à obtenir un son semblable à celui d'une radio coincée entre deux stations, qu'on écouterait dans son lit, à quatre heures du matin, avec ses super sons d'ondes courtes et ces fragments venus d'autres fréquences". Dépassant les dissensions internes qui eurent raison du groupe après seulement deux ans d'existence, les YMG sont de retour et peut-être pas que pour une série de concerts événements. C'est en tout cas ce que nous révèle Stuart dans une interview retranscrite ci-dessous et qu'il a eu la gentillesse de nous accorder la semaine dernière.

Pour faire partie des deux gagnants de notre jeu-concours en partenariat avec la Villette Sonique, rien de très compliqué : il vous suffit de nous écrire avant le 30 mai à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou de remplir le formulaire ci-dessous. Les deux chanceux - écopant chacun d'une place - seront tirés au sort et prévenus le 31 mai par mail. Dans tous les cas, pour assister à cette soirée qui s'annonce inoubliable, vous pouvez d'ores et déjà réserver vos places ici.

[contact-form 5 "concours Villette"]

"La musique des Young Marble Giants consistait en un singulier mélange : riffs nasillards en trémolo façon Duane Eddy, guitare rythmique tranchante à la Steve Cooper, cadences hachées par la new-vave de Devo" Simon Reynolds - Rip it up and Start Again, éd. Allia, p. 275.

Stuart Moxham : l'interview

Le "doux radicalisme" des Young Marble Giants, entre dépouillement des arrangements et calme des compositions, était-il une réaction envers le punk et l'agitation qui s'en suivit ?

Oui, ainsi que la volonté de se fondre dans la force du minimalisme en soi. Nous devions aussi parvenir à nous faire remarquer dans une province lointaine, raillée, traditionnellement ignorée par le monde de la musique londonien ; nous devions créer quelque chose qui sortait de l’ordinaire.

Rétrospectivement, quel regard portez-vous sur le succès immuable, populaire et critique et de votre album Colossal Youth (Rough Trade, 1980) ?

Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes, et c’est extrêmement gratifiant de voir que cet album a connu une trajectoire quasi-verticale, sur le plan critique, du point de vue des ventes, comme source de chansons pour les bandes originales de nombreux films, et cetera (des titres secondaires de YMG apparaîtront dans la nouvelle série d’HBO « Bored To Death », par exemple). En gros, je peux vivre et mourir heureux parce que cette musique m’a permis d’accomplir en tant qu’artiste tout en m’assurant le statut d’immortel. Comme le dit la chanson, « Dreams can come true ».

Aviez-vous eu l'impression d'appartenir à la mouvance post-punk anglaise ? Quelle image en gardez-vous aujourd'hui ?

Je pense que oui. C’était une bonne chose, qui offrait aux gens la possibilité d’être vraiment expérimentaux. Je vous recommande la lecture de « Rip It Up And Start Again » (de Simon Reynolds), une excellente façon de se faire une idée de l’esprit de ce temps-là.

Vos projets respectifs (Weekend, The Gist...) ont-ils subi l'ombre de YMG ?

Jusqu’à présent, oui. Mais mon prochain album, “Personal Best”, sortira le 31 mai sur mon propre label (très post-punk) hABIT Records UK ; il s’agit d’un échantillon de mon œuvre après la dissolution d’YMG.

De quel groupe ou scène actuelle vous sentez-vous le plus proche ?

Je ne me suis jamais trouvé de points communs avec d’autres groupes.

Vous avez enregistré Colossal Youth en trois jours pour 1000 £. Le dénuement de vos arrangements et le minimalisme de vos compositions seraient-ils toujours les mêmes avec le développement actuel des technologies et des techniques d'enregistrement ?

Oui.

Vous sortez d'un silence de presque trente ans seulement interrompu par quelques concerts (entre 2006 et 2008) et une compilation (Salad Days, 2000). Quelles sont les motivations de votre actuel retour sur scène ? Votre futur proche est-il fait d'un prolongement discographique ?

La composition. Mais nous avons dévié vers le live, beaucoup plus facile. J’insiste toujours pour que le groupe se remette à composer, car je sais qu’il reste encore beaucoup de musique en nous.
Propos recueillis par Thibault. Merci à Stuart, Adrien & Hamza.

Audio

YMG - Include Me Out

YMG - Collossal Youth

Video