Coma Cinema - Stoned Alone

comacinemaBienvenue à Colombia, Caroline du Nord. Huit cents âmes s'amusant délectablement des vaguelettes d'un Océan Atlantique à l'écume argentée. Le soleil irradie de son zénith les rues désertes, bordées de chaque côté de maisons blanches aux jardins soignés et aux auvents ombrageux. Les minutes sont suspendues à un silence déchiré d'éparses rafales venteuses. Pas un bruit. Ou si peut-être, un beat sourd émane d'un garage non loin de là. Chaz Bundick boucle une version lo-fi de son projet Toro y Moi. Lui qui s'est fait connaître pour être l'un des fers de lance d'une chillwave envahissant blogs et playlists. Le vacarme s'amplifie pourtant. Quelques boîtes aux lettres plus loin, c'est Tyler et son groupe Phillip Oskar Augustine qui cisaillent de quelques déflagrations vaporeuses la paisible atonie d'un bled sans histoire. Le sable fin est au bout de l'allée. Entre effluves sonores bienheureuses et tendre jubilation estivale, une chaise longue, négligemment disposée sur la plage carte postale, s'offre à l'empire des sens dévoyés. Se prélasser en attendant le sommeil, puis cette chère Bud au goût lavasse mais agréablement fraîche. Demain, il sera peut-être question de partir, de remonter en voiture, de gagner New-York. Demain, ou après. Les paupières s'affaissent, la bouche s'assèche. Une guitare anémique s'invite au bal d'une houle tourneboulant au loin. Ondulant placidement au rythme effacé d'une mer sans colère, un jeune type à la chevelure ébouriffée s'épanche dessus avec cette agilité propre aux vieux briscards à la peau burinée. C'est Mat Cothran. Il a vingt-et-un ans et s'apprête à sortir début juillet son second disque, Stoned Alone, sur Arcade Sound Ltd, label altruiste et raffiné (Bye Bye Blackbird, Memoryhouse, MillionYoungTeen Daze). Celui-ci, comme son premier, Baby Prayers, paru l'année passée, sont disponibles en téléchargement ici en vous laissant le choix de l'obole. S'approcher et écouter, sans feindre le ravissement.
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Sous le patronyme cotonneux de Coma Cinema, l'angelot revisite le son lo-fi cher aux nineties muni d'une évidence mélodique impitoyablement épurée. L'édifice gracile de ses compositions se pare d'instruments à mille lieux de la crasse du genre (trompette, piano, tambourin) sans jamais risquer le chevauchement ou le télescopage indigeste. Projet à géométrie variable, Coma Cinema connaît un géniteur unique mais une foultitude de praticiens, contribuant à déployer les diverses facettes d'une identité ancrée dans une pop condensée d'ultraviolet. On devine le coeur tendre s'épanchant dans la chaleur de l'été (In Lieu Of Flowers, Only) ou au coin d'une braise mal éteinte (Have You?), on perçoit l'amateur foutraque d'une joie paisible et diffuse (Black Birthday CakeBath Of TimeCome On Apathy!) ou encore le fervent dévot d'un Elliot Smith à l'aura plus qu'intacte (Stupid BloodBath Of Time, Tall Grass). Dispensant tour à tour d'un spleen lové autour d'une voix bien peu commune (Stoned Alone) ou d'une éloquence martelée sous le signe des reformés Pavement ou Sebadoh (Sucker Punch), Mat Cothran épèle sur ses formats courts, oscillant entre une minute et deux minutes trente, l'orthographe luminescente d'un disque plus cohérent et solitaire que le précédent mais non moins évocateur d'une effarante atemporalité. Et comme toute galaxie, la sienne ne cesse de s'étendre, par-delà la blogosphère et par-delà les étiquettes sans queue ni tête. Pour preuve, les quelques remixes subis avec superbe par quelques-uns de ses morceaux, et non des moindres - l'ondoyant Only, ci-dessous en écoute. Le séjour à Colombia risque de s'éterniser. New-York peut attendre.

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Coma Cinema - Sucker Punch
Coma Cinema - Only (Gobble Gobble remix)

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Tracklist

Coma Cinema - Stoned Alone (2010, Arcade Sound Ltd)

(à télécharger ici)

Face A

A1. In Lieu Of Flowers
A2. Black Birthday Cake
A3. Stupid Blood
A4. Only
A5. Sucker Punch
A6. Stoned Alone

Face B

B1. Her Vore
B2. Bath Of Time
B3. Tall Grass
B4. Come On Apathy!
B5. She
B6. Blissed
B7. Have You?


How To Destroy Angels - How To Destroy Angels

preorder-coverA trop miser sur nos idoles d’antan, on se retrouve parfois déchu. Pourtant, j’ai beau savoir pertinemment que ceux par lesquels me vint ma boulimie musicale ne me procureraient plus jamais autant de plaisir que dans mes jeunes années, je plongeais à chacune de leurs nouvelles sorties. Pourtant, il faudra bien s’y résigner, Nine Inch Nails n’est plus… Et derrière le mécanisme huileux et viscéral, Trent Reznor tente tant bien que mal de faire perdurer la magie qu’il insuffla lui-même à un monstre qui le dévora corps et âme durant de longues années. Et c’est peut-être ça le hic.Construit autour de l’incommensurable souffrance et troubles autistes de son auteur, le projet fascinait par sa répulsion maladive et choquante, mais attaché à la sincérité d’un homme de se livrer totalement à travers la musique. Les sonorités torturées de Nine Inch Nails devenant le miroir de nos propres psychés tourmentées et révélatrices de nos peurs les plus profondes.Malheureusement, la nature humaine est parfois vicieuse. Alors que nous trouvions une fascination malsaine à voir l’homme se détruire, nous nous en détachâmes aussi vite lorsque le souffreteux opéra sa mue, et emprunta une voie rédemptrice.Comme quoi le voyeurisme existe bel et bien aussi en musique.
On pourrait se pencher longtemps sur les pathologies de sieur Reznor, mais force est d’avouer malgré toutes excuses possibles et imaginables, que les derniers opus de son groupe ne resteront hélas pas dans les annales. Un split en bonne et dûe forme est prononcé, tournée d’adieu, tirez le rideau. Mais tout ceci était sans compter sur la récente suractivé du multi-instrumentiste. Très récemment marié à la jeune chanteuse Mariqueen Maanding, Reznor s’apprête à dérouter un peu plus ses fans de la première heure en activant How To Destroy Angels, projet auquel s’adjoint sa compagne et le producteur/compositeur, Atticus Ross. Si ce nom ne vous est pas inconnu, c’est parce qu’il fait tout simplement référence au premier album de Coil, référence majeure de l’ex-leader de NIN. La première réelle surprise, on la doit au choix du lead vocal assuré entièrement par Mariqueen dont la voix doucereuse et calme n’est pas sans rappeler celle de Kelli Ali à l’époque de Sneaker Pimps. Et si comme chaque album pondu par notre champion du rock industriel, il faudra attendre plusieurs écoutes pour se faire un avis prononcé sur la globalité de l’œuvre, la patte de son auteur, elle, est immédiate. Des écorchures en guises de mélodies dont les structures éclatent en milieu de morceau (Fur Lined),nappes volatiles égratignées, éraillées, éraflées (The Belivers)… A notre plus grand étonnement, il se dégage de l’ensemble de ce premier EP une ambiance romantico-crade, à l’image peut-être de ce premier single, The Space In Between, embrassant une part électro-gothique assumée. A y regarder de plus près, c’est à des artistes comme Robert Smith ou Gary Numan que Trent Reznor semble vouloir rendre hommage à travers ce nouveau projet, références plus discrètes dans la carrière de l’artiste mais toujours revendiquées. Car ne cherchez pas plus longtemps, How To Destroy Angels a peut-être une saveur plus pop que Nine Inch Nails et semble laisser l’auteur de Closer en retrait, mais ne vous y méprenez pas l’homme derrière les machines, c’est bien lui.
Et puisque Trent Reznor fut l’un des tout premiers musiciens à soutenir le téléchargement légal et à s’affranchir des toutes puissantes maisons de disques pour abonder dans ce sens avec NIN, il semblait normal qu’il en fasse de même avec How To Destroy Angels. Pas besoin de mettre la main au portefeuille donc pour découvrir cet EP déroutant, il suffit de cliquer ici. Un album devrait voir le jour d’ici l’hiver, voici de quoi combler les plus impatients.

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How to destroy angels – Fur lined

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Tracklist

How To Destroy Angels – How To Destroy Angels (2010)

1. The Space In Between
2. Parasite
3. Fur Lined
4. BBB
5. The Believers
6. A Drowning


Light Pollution - Apparitions

light-pollution-apparitions_frontAvez-vous déjà entendu parler de pollution lumineuse ? Oui ? Non ? Donc petit rappel pour ceux qui s'ébahissent devant leur éclairage 10 000 Volts digne d'une armée d'atomic 3000 : une partie de la faune se meurt car les ténèbres sont aussi capitales à sa survie que la lumière naturelle l'est à l'homme. Vous saisirez peut-être un peu mieux le contexte dans lequel se place notre quatuor venu tout droit de Chicago. Armés de leurs instruments de musique en guise de lampe torche, nos quatre petits gars s'épanchent sur leurs dérèglements internes et leurs désorientations face au monde de la manière la plus lunaire qu'il soit. Il y a parfois de la beauté lorsque l'on sonde l'obscurité.

Et là je vous vois venir... Non, non, Light Pollution n'est ni un croisement de Panda Bear et de Yeasayer, ni une copie de Grizzly Bear, c'est bien plus que ça. Non mais c'est dingue aussi, sous prétexte d'avoir un peu la tête perchée dans les étoiles, vous vous retrouvez si vite catalogué. Mais Drunk Kids versant adroitement dans la ligne des tubes fifties balaiera rapidement les idées perçues. Neuf tracks à la croisée des genres, sublimés par la voix à la fois profonde et diaphane de James Michael Ciccero, dont les intonations sublimes vous feraient verser quelques larmes même sur les morceaux les plus shoegaze. Et à ce jeu, le leader de Light Pollution rappellera celui d'Animal Collective, mais aussi de nombreux Anglais comme MorrisseyIan McCulloch,Ian Brown... Il ne semble donc pas hasardeux que le label Carpak (Toro y MoiBeach House...) ait décidé d'en faire sa nouvelle coqueluche.

light-pollution Apparitions se parcourt d'une traite comme un rêve éveillé, ou non pardon, plutôt comme un circuit sillonné à l'aveugle, éclaboussé par le trop plein de lumière rendant nos sens oculaires insignifiants. De là, on se laisse embarquer par les flux new-wave d'un Fever Dreams qui rappelle à nos sens la signification du mot « désorientation ». On s'égare en chemin, porté par un Deyci, Right On empreint de mélancolie, dont les sonorités aquatiques nous laissent avec une sensation de flottement. Cette même impression est poussée à l'extrême tout au long d'un Ssslowdreamsss élégiaque et neurasthénique, mais d'une beauté que seuls les êtres nyctalopes arrivent à percevoir. Le réveil se fait d'autant plus dur sur un Bad Vibes terriblement sec et douloureusement introspectif. Confrontation brute de l'obscurcisme  et de l'embrasement dans un bouillonnement orchestral où le groupe révèle un talent bouleversant pour les mélodies micro-apocalyptiques.

Ce premier album ne devrait donc pas laisser indifférent tant par ses mélodies tortueuses, ses atmosphères nébuleuses, ses sous-entendus angoissants que par son halo éblouissant, son confinement chaleureux et angélique. Un premier opus dont la noirceur vous éclairera les nuits les plus sombres.

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Light pollution – Bad Vibes

 

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Tracklist

Light Pollution– Apparitions (Carpak, 2010)

01. Good Feelings
02. Oh, Ivory!
03. Drunk Kids
04. Fever Dreams
05. Deyci, Right On
06. Bad Vibes
07. All Night Outside
08. Witchcraft
09. Ssslowdreamsss


Kurt Vile - Square Shells EP

kurt_vileLe garçon traîne ses guêtres et sa drôle de tignasse dans les rues d'un Philadelphie suranné, noyant son amertume d'une nonchalance éperdue. Sa réputation le précède, la gloriole lui pend au nez, fendillant subrepticement son visage anguleux d'un sourire esquissé. Kim Gordon se repait de ses balades étirées, cahoteuses, nimbées d'électricité réverbérée. Et pourtant, il vous toise timidement, préférant dans l'instant mirer cette boue sèche auréolant ses godillots. Sa voix fait défaut au duo The War On Drugs quand sa guitare confère à celui-ci l'écrin d'un unanime enthousiasme. L'Amérique, orpheline d'un Kurt éteint d'une balle en pleine tête, s'en cherche un autre, flirtant tout autant avec l'insidieuse obsession du morbide. Et c'est Matadors Records qui rapièce le spleen décharné du bonhomme, au nez et à la barbe de ses précédents labels (Woodsist, Mexican Summer et Richie), sur un album, Childish Prodigy (2009), à la luminescence automnale, baigné de saturations chaotiques. Sans gamberge aucune, l'illustre homonyme - à deux lettres près - du musicien allemand Kurt Weill, ami et collaborateur de Bertolt Brecht, se meut en stakhanoviste de la bande faisant étal en deux courtes années de trois disques flanqués de deux EP, dont le dernier en date, Square Shells, sorti le 25 mai, me sert de prétexte à l'évocation dans nos pages de ses divagations psyché-pop à l'épure vagabonde. En porte-à-faux d'une transhumance chill-wave ou noise-surf, Kurt Vile décline, sur de variables durées, un songwriting trouvant ses aïeux dans la verve pop d'un Elliott Smith, plus froid que jamais, ou d'un David Freel, architecte du regretté duo Swell, tout en dépeignant des paysages sonores attelant au Mystery Train d'un Jim Jarmusch dévotement mentionné (Losing Momentum - For Jim Jarmusch). Tour à tour enjoué (Ocean City), enivrant (Invisibility: Nonexistent) ou lunaire (I Wanted Everything), Square Shells se fait le parfait prélude cotonneux à un quatrième effort prévu pour novembre en compagnie de son backing band, The Violators, et enregistré derechef par un pape du son nineties, John Agnello (Sonic Youth, Dinosaur Jr, Madrugada). D'ici là, sa flegme versatile matinée de delay aura eu le temps de s'inviter à nouveau à vos oreilles, sur scène comme sur disque. Ne la loupez pas.

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Kurt Vile - Invisibility: Nonexistent

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Tracklist

Kurt Vile - Square Shells EP (2010, Matador)

01. Ocean City
02. Invisibility: Nonexistent
03. Losing Momentum (For Jim Jarmusch)
04. I Wanted Everything
05. I Know I Got Religion
06. The Finder
07. Hey, Now I'm Movin'


Jon Wayne - Texas Funeral

coverMettez quatre musiciens de studio qui s'ennuient comme des rats morts dans une bouteille de schnapps. Secouez. Branchez. Enregistrez.
Ce doit être à peu près l'histoire de Jon Wayne, groupe mythique de punk à vache originaire de la Cité des Anges dont Third Man Records a réédité il y a quelques mois Texas Funeral, le non moins légendaire premier album de 1985 épuisé depuis moult. Je ne pourrai pas vous dire grand chose de son histoire, la page Wikipédia de la formation se résumant à deux lignes laconiques. Et puis je ne suis pas une encyclopédie et je n'étais même pas née à l'époque. Allez courir l'Internet mondial ou les bibliothèques si le cœur vous en dit ; personnellement, je me fous de savoir qui sont vraiment Jon Wayne, Jimbo, Earnest Beauvine, Billy Bob et Timmy Turlock. Je préfère les imaginer en train d'enregistrer Apple Schnapps, titubant sous le coup de l'alcool.

- Est-ce qu'il y a un ou deux micros, Jimbo ?
- On n'a plus rien à boire, bordel, qu'est-ce qu'on en a à foutre de ton micro !
- C'est pas l'ingénieur du son qui vient de se barrer en courant là ?
- Merde.

Oui, Texas Funeral est bien un album de branleurs de saloon enregistré par des piliers de bar lassés de jouer pour les autres de la musique qu'ils n'aiment même pas. C'est un disque entier, désinvolte, à peine mélodique, presque jamais chanté. Une récréation poussiéreuse. Du foutage de gueule. Un truc génial. Une bouse de vache. Une pépite d'or.

Jon Wayne est plus sobre que Scout Niblett et John Lee Hooker réunis. Quoique je ne suis pas certaine que "sobre" soit le terme le plus adapté à ces dégénérés. Pourtant, malgré les relents de whisky bon marché, leurs quinze titres sont dépouillés de tout artifice, de toute odeur désagréable, de tout effluve nauséabond. C'est qu'ils tiennent bien l'alcool, les bougres. Assez pour délivrer un cowpunk découpé au lasso dans ce que la country a fait de meilleur, en tout cas. Jon Wayne chante comme un Johnny Cash grivois, et le résultat ressemble à une version paillarde du Man in Black.

Texas Studio, le dernier titre, conclut avec classe - si l'on peut dire, ehem - cette élucubration caverneuse : complètement imbibé - et je ne doute pas du fait qu'il l'était réellement à ce moment-là -, Jon Wayne tente une conversation hallucinée avec ses camarades alors qu'il n'arrive même plus à articuler. Grâce aux effets spéciaux dernière génération, l'auditeur est plongé au fond son esprit comateux, à deux doigts du sommeil, ou de la mort.

Mais certaines auditrices ne voient pas encore assez flou pour ignorer cette sublime réédition limitée en vinyle rose et noir, vendue uniquement au Third Man Pop-Up Store à Austin entre le 17 et le 20 mars 2010 et que toutes les vraies groupies se devraient de traquer sur ebay. Mais moi d'abord.

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Jon Wayne - Texas Funeral

Tracklist

Jon Wayne - Texas Funeral (Hybrid Records, 1985 / Third Man Records, 2010)

1. But I've Got Texas
2. Texas Funeral
3. Mr. Egyptian
4. Texas Cyclone
5. Texas Jailcell
6. Workin' Man's Blues
7. Shades
8. Texas Wine
9. Is That Justice?
10. Texas Polka
11. You And The Kitten
12. Apple Schnapps
13. Truckin'
14. One Hundred And Fifty-One Owl Caricatures
15. Texas Studio


Ganglians

ganglians

Il faut bien le dire, certains groupes font tout pour échapper à la moulinette critique. Deux mois que Monster Head Room et sa pochette colargol traînassent sur le coin de ma table, me rappelant sans cesse ô combien l'art de la procrastination est irréductible à ma volonté. Avec Ganglians, les natifs de Sacramento ont de toute évidence voulu, par ce nom de scène si peu ragoûtant, se soustraire à la verve abrasive de tous ceux pourfendant l'incurie néo-hippie. Et une rapide et allusive écoute avait sonné le glas d'un intérêt bien placé : le supplice aurait dû être de courte durée. Sauf que la bête est tenace et truste actuellement quasi tous les festivals de notre vieille Europe. Alors soit, ne crevons pas idiots et jetons-nous à l'eau. Si Monster Head Room n'est pas une franche réussite, bien trop inégal pour y prétendre, certains morceaux de bravoure hallucinée mérite bien l'acte de contrition. Sur l'autel de l'ignorance, je confesse ce trop peu d'attention renégat et j'incline ma bonne foi sous les cieux de cette pop à haute teneur en THC. Le trio de troufions parle de "pure acid pop naïve" s'agissant de ses comptines mutantes. A vous de vous faire une idée avec Valient Brave et The Void. Pour ma part, je vois bien les Beach Boys et leur candeur mélodique se fondre dans l'expérimentalisme béat du Beta Band de The Three Ep's. Ok, demain j'arrête.

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Sleepy Sun – Fever

ssfeverwebC'est à peine si j'ai eu le temps de terminer de siffloter les dernières notes de White Dove, que les Sleepy Sun nous reviennent déjà avec un nouvel album intitulé Fever. Hmmmm ! Rien que le titre me fait frissonner. Pas rassasié des élans chamaniques et des vapeurs de Quechua émanant de leur précédent single, c'était tout naturellement que j'allais me jeter sur ce bonbon qui fait mal à la tête le lendemain. Ainsi pour ceux qui ne les connaissent pas, Sleepy Sun fait partie de ce que l'on nommera la vague néo-psychédélique. Enfin il ne s'agit là que d'un terme choisi par l'un de nous autres scribouillards, cataloguant comme tel chaque groupe donnant un peu trop de reverb' ou s'amusant un peu trop longtemps sur ses pédales à effets.  Pourtant, bien qu'un maigre degré de filiation avec des artistes contemporains comme The Black Angels ou Black Mountain ne soit pas à exclure, ce second album prouve que nos six petits coyotes californiens n'ont pas été élevés pour rien dans la Mecque de la musique psyché. Il y a un peu de Love et de Jefferson Airplaine qui coule dans leur veine.
Dès l'ouverture de Marina, le sextet pose les bases de son album. Une grosse distorsion lance les festivités, quelques notes poussées dans la saturation, puis vient le matraquage de batterie, aussi sec que mesuré. Le tempo ralentit et nos deux chanteurs soufflent de leurs voix suaves sur ce qui se révèle être l'une des plus belles mélodies folk entendues cette année. Mais nos petits Indiens s'emballent et font monter la cadence. Rythme tribal et danse de la pluie, les voix de Bret Constantino et de Rachel Fannan se croisent autour d'un dernier couplet héroïque qui se clôturera comme il avait commencé. Cette recette deviendra peu à peu la marque de fabrique du groupe tout au long de l'album et Wild Machines en est un autre exemple parfait. On dénote d'ailleurs cette remarquable envie de se démarquer, de ne jamais rééditer un morceau semblable que ce soit dans la narration ou bien dans la structure harmonique. Et à ce jeu, les Sleepy Sun se révèlent fortiches. Rigamaroo ressemble à une de ces vieilles comptines folk que l'on fredonnerait autour d'un feu, perdu dans le désert aride de la Vallée de la Mort alors que Desert God renverra l'auditeur autant vers le rock psyché de The 13th Floors Elevators que le stoner de Kyuss. Là où White Dove avait marqué les esprits sur Embrace, Open eyes devrait en faire de même sur ce Fever décidément brillant. Pierre angulaire stigmatisant tout le savoir-faire de notre jeune révélation, ce morceau construit en montagne russe hypnotise et captive de par sa construction en chausse-trappe, de son habillage faussement calme, de sa voix vocodée...  Un track rusé dans lequel sombrerait même le plus hardi des cowboys. Et si Freedom Line ne surprend guère, réutilisant une recette rôdée tout au long de l'album, le schéma mélodique continue de fonctionner à merveille grâce à une gymnastique  basse/batterie incroyable.
Fever se clôt sur l'immense Sandstorm Woman, faramineux morceau psy-folk qui soulève une dure question : « Les Sleepy Sun sont-ils des têtes à claques ? ». Une pointe de jalousie ne peut être contenue après l'écoute de ce second effort. Il aura fallu moins d'un an au juvénile band californien pour s'affirmer en tant que référence même d'un mouvement à suivre. Plus qu'une simple copie, Sleepy Sun impose un son unique, une décontraction  à toute épreuve et un sens de la mélodie qui n'a rien à envier à ses pairs. Encore un disque qui devrait scotcher longtemps vos platines cette année.

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Sleepy Sun – Open Eyes

Tracklist

Sleepy Sun – Fever (ATP, 2010)

1. Marina
2. Rigamaroo
3. Wild Machines
4. Ooh boy
5. Acid love
6. Desert boy
7. Open eyes
8. Freedom line
9. Sandstorm woman


Holiday for Strings - Favorite Flavor + Thieves Like Us - Again and Again

cover1Thieves Like Us, souvenez-vous, a sorti son premier album, Play Music, en décembre 2008 chez Sea You records et distribué en France via Kitsuné. Drugs in my Body, le débilitant single d'un album plutôt bon dans sa tentative pop cold wave, empruntant autant à New Order qu'à la trilogie berlinoise de Bowie, résonnait dans nos oreilles pile poil au sommet de la hype pour l'onéreuse marque au renard. Maintenant que les compilations Kitsuné en sont au volume 31 et que Gildas et Masaya, les créateurs du magasin de fringues / label, s'adonnent aux interviews filmées à Figaro Madame (), inutile de préciser qu'il s'agissait pour le trio suédo-américain basé à Paris de fiche le camp et de voguer là où le courant se veut porteur. Fini les pompes pointues et les gilets à deux cent boules, il convient de se mettre à nu pour être cool et vendre des disques. C'est ce qu'ont dû baratiner les petits nouveaux de deBonton, qui par leur positionnement électro-pop enfantin, tendancieusement inspiré, ont récupéré le bébé, Again and Again, enregistré dans une cave parisienne voilà un an et sorti le 7 mai dernier, en plus de l'eau du bain, tiède et gorgée d'un tenace sentimentalisme à la mousse bien trop éphémère. Ce deuxième effort porte si bien son nom qu'il est inutile de se le fader encore et encore, une seule et unique écoute suffisant pour le juger, sans pitié et sans remord, telle une daube intégrale au sein de laquelle il s'avère tristement difficile de s'y retrouver afin de sauver ne serait-ce qu'un seul titre. Gloubiboulga nauséeux, débordant de formules maintes fois ressassées, chaque morceau tente - avec cette même réussite proche du risible - le pari de s'affranchir de Play Music et de ses beats délectables pour titiller à nouveau les dancefloors d'une jeunesse passant ses plus belles heures à guincher mollement dans l'excès. Faut-il être jeune et con pour accepter une si piètre invitation à l'ennui ? Probablement. Encore que le pot aux roses est sacrément rose et ostensiblement triquard. Qui a dit "dommage" ? Pas moi.

hfs_cdsleeveLe plus surprenant dans tout ça, au delà de l'écueil monumental du si fameux "second disque", séparant pour le commun des mortels le bon grain de l'ivraie, c'est qu'en quasi simultané les cinq Holidays for Strings sont tenus pour coupables d'un LP, Favorite Flavor, sorti fin mars sur Sea You records, faisant suite à leur anecdotique disque éponyme étrenné en 2006 (Still Recordings). A priori pas de quoi sauter au plafond rayon coïncidence, à ceci près qu'il s'agit d'un projet comprenant un Thieves Likes Us à la batterie (Pontus Berghe), un Peter, Bjorn and John au piano, à la guitare et aux percussions (John) et trois anciens "chefs" (!) scandinaves dont Magnus Magnusson et Oscar Tillman. Dire que Peter, Bjorn and John est un groupe soupe au lait, tout juste bon à fomenter une palanquée de jingles cathodiques, confine à l'euphémisme pur et dur, ce qui par voie de conséquence fait reposer le génie - oui, le génie - d' Holidays for Strings sur les épaules de nos trois apprentis musiciens à l'allure de bûcherons ayant perdu trace de leur rasoir. Nuance de taille, les Suédois ont l'air bien plus créatifs et productifs une fois rapprochés de leurs racines : enregistré dans les faubourgs de Stockholm à l'Imperial Murlyn Studios, autrefois connu pour être la résidence estivale du Roi de Suède, Favorite Flavor égraine neuf morceaux balayant de son souffle cold wave les immensités géographiques d'un pays fait de glace et de mystères tout en égayant paisiblement le coeur du profane étourdi par l'indolente candeur d'une disco atmosphérique et lancinante. Favorite Flavor, morceau-titre de l'album, distille une multitude de contrastes résumant à eux seuls la profondeur d'une musique explosant ses carcans initiaux : loin de se conformer à son ornement disco, éthéré et fuyant, le morceau s'emballe littéralement sous la puissance d'une guitare saturée et insistante, avant de s'évaporer par de lointains beats claquemurés. Calling Out, morceau repris d'un double 7" paru  en 2008 sur Kanine Records, résonne telle une invitation à se mouvoir irrémédiablement d'un pas syncopé, tant la basse saturée prend aux tripes, laissant libre cours à un chant transfigurant de la plus belle des manières cette reprise du compositeur américain Arthur Russell. Love comme  Light Years Ahead marquent un break inspiré, où la répétition est dressée en exercice de style, empruntant en cela les maîtres maximes kraut, quand les instrumentaux - le discoïde Practice, posant une subtile griffe vintage à leur divagation, et le lunaire Shelter Island, étourdissant l'oreille par sa langueur molletonnée - apportent une touche plus expérimentale à l'édifice sonore. Véritable pièce maîtresse, Unvilling Not Able est une longue mélopée ne trouvant son chant, telle une caresse suave surgie d'un dancefloor du siècle dernier, que trois minutes après une amorce drapée de nappes de claviers à peine cisaillées ça et là d'une lead guitar s'amusant d'un motif sonore répété jusqu'à satiété, lorsque l 'instrumental I Cry clôt Favorite Flavor par sa rythmique hypnotique et sa basse minimale réverbérée. S'avérant être la reprise d'un morceau du groupe The Egyptian Lover, tiré du premier album On the Nile (1984) des pionniers de la dance music américaine, I Cry jette un pont à travers le temps - à la manière de l'album - des plus convaincants. Obnubilé, on en redemande.

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Thieves Like Us - Shyness

Holiday for Strings - Unvilling Not Able

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Tracklist

Thieves Like Us - Again and Again (DeBonton, 2010)
1. Never Known Love
2. Shyness
3. Mercy
4. One Night With You
5. Silence
6. Lover Lover
7. Love Saves
8.The Walk
9. So Clear
10. Forget Me Not

Holiday for Strings - Favorite Flavor (Sea You records, 2010)

1. Favorite Flavor
2. Calling Out
3. Love
4. Light Years Ahead
5. Particles
6. Two Of You
7. Shelter Island
8. Unvilling Not Able
9. I Cry


How To Destroy Angels

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C'est avec un nom inspiré une nouvelle fois du répertoire de Coil que nous retrouvons Trent Reznor, puisque How To Destroy Angels fait référence au premier album du band indus monté par Peter Christopherson et John Balance. Adjoint  de sa femme Mariqueen Maandig au chant et d'Atticus Ross à la programmation, l'ex-NIN reprend du service comme il l'avait promis en tout début d'année.  Après A Drowning, premier single plutôt propre, The Space In Between dessine une facette plus sombre, dont le romantisme morbide rappelle les heures «fragiles » de son auteur. L'imagerie choc et percutante du réal Rupert Sanders illustrant parfaitement la musique indie-goth du trio. Aussi atmosphérique que brutal.

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The Dead Weather - Sea Of Cowards

pochette-sea-of-cowardsIl y a un an à peine, la nouvelle bande réunie autour du prolifique Jack White donnait son premier concert dans les locaux de Third Man Records, à Nashville. C'était en mars 2009. Les réactions ont d'abord été prudentes : side-project de trop, The Dead Weather incarnait l'énième menace qui retardait une fois de plus le retour des White Stripes. Mais il a suffit d'un seul concert à la Cigale trois mois plus tard pour que les médisants - du moins les médisants parisiens - revoient leur avis. Sur scène, c'était une évidence : Alison Mosshart et Jack White avaient été créés pour jouer ensemble. Cette ressemblance physique, ces voix qui s'entremêlaient jusqu'à l'unisson... Quelque chose de divin. Il y avait entre eux une alchimie tellement parfaite qu'elle nous dépassait, nous, pauvres humains, ridicules microbes désespérément pendus aux lèvres de la chanteuse des Kills. Mais ce couple de l'enfer aurait fini par s'étouffer ou s'entretuer s'il ne s'était adjoint les services de deux loyaux comparses qui traînent avec Jack depuis ses débuts à Détroit. Jack Lawrence et Dean Fertita apportaient juste ce qu'il fallait d'oxygène, d'équilibre et de solidité sans lesquels ce tandem infernal aurait sombré dans l'antichambre du génie, là où les talents s'étouffent et s'annulent. Le premier, post-ado imberbe à lunettes et joueur de banjo émérite d'un naturel plutôt discret, s'est trouvé transcendé par ce nouveau projet qui a poussé son sombre jeu de basse dans ses retranchements les plus puissants. L'autre, enfin, le seul vilain petit canard à n'avoir pas les cheveux noirs, est venu napper l'ensemble de la substance mélodique qui lui manquait. Quelque chose de divin, définitivement, une rencontre comme seul le hasard sait les arranger. Un groupe suprême, dont le mystère était encore épaissi par un artwork dépouillé, presque gothique. The Dead Weather était né pour incarner l'élégance rock, l'ultime classe.

"One day I'm happy and healthy, next I ain't doing so well."

Quelques mois, trois concerts et des centaines d'écoutes plus tard, The Dead Weather trouvait toujours grâce à mes yeux. Enfin presque... Avec le temps et le recul, je me suis presque lassée de leur premier album, Horehound. Difficile à expliquer quand, pourtant, ceux qui l'avaient conçu remplissaient absolument toutes les conditions qui me font dire d'un groupe qu'il est parfait. Rien à faire, je n'arrivais pas à imaginer The Dead Weather comme une entité qui tiendrait le coup des années, ni comme davantage qu'un projet éphémère porté par un artiste qui a peur de s'ennuyer. J'ai eu tort, car depuis l'annonce de leur association, les quatre fantastiques n'ont cessé de tourner aux quatre coins du monde. Et il est de notoriété commune que le fait de partager un tour bus constitue l'épreuve ultime d'admissibilité au sein de la sainte dynastie des groupes de rock, des vrais, de ceux qui sont capables de braver ensemble les odeurs de chaussettes sales, les pizzas froides et les aires d'autoroute. Et même si je ressentais moins le besoin d'écouter Horehound, je devais bien me résoudre à l'idée que Jack s'était rarement autant surpassé que sur Cut Like A Buffalo, qu'aucun couple ne serait jamais aussi sulfureusement sexy que celui de Treat Me Like Your Mother, qu'Alison avait rarement été aussi désirable que sur 60 Feet Tall, et que les White Stripes étaient probablement bel et bien morts.

"Yeah, all the neighbors get pissed when I come home, I make 'em nervous."

De toute façon, l'hystérie ne m'a jamais quittée. Jack White a l'art et la manière d'entretenir la névrose de ses fans. Depuis mars 2009, il ne s'est pas passé une semaine sans que Third Man Records ne distille une information exclusive, une vidéo, une image, l'annonce d'un événement ou la sortie d'une édition limitée. Il n'a pas cessé un seul instant de souffler sur les braises de ma passion. Jusqu'à ce mois de mars 2010 où un nouveau single a été mis en ligne. Les trépignements d'impatience ont rapidement laissé place à la déception : Die By The Drop ressemblait un peu trop à un laissé-pour-compte de Horehound qu'on nous aurait refilé pour nous faire patienter. J'ai eu peur que le deuxième album, annoncé pour le 10 mai, ressemble une nouvelle fois à un heureux jam réalisé par quatre virtuoses réunis par l'opération du Saint-Esprit. Si les Dead Weather voulaient exister comme un vrai groupe, il fallait qu'ils fassent leurs preuves maintenant. J'ai laissé le temps faire son oeuvre, me doutant bien que les membres du Vault - le club secret des fans de Third Man Records - auraient droit à un deuxième avant-goût. Au mois d'avril, nous avons en effet eu le privilège d'écouter Gasoline, un morceau au titre évocateur qui ravivait les souvenirs poussiéreux et l'odeur de souffre du clip de Treat Me Like Your Mother. Deux minutes et quarante-quatre secondes de blues-rock violent et crasseux. La bête s'était enfin réveillée.

"I don't want a sweetheart, I want some machine."

Vint enfin le 1er mai, où j'allais pouvoir rendre mon verdict : Third Man Records annonçait que le nouvel album serait disponible en streaming pendant vingt-quatre heures. Ce soir-là, calée devant mon écran, j'ai regardé le vinyle tourner pendant plusieurs heures (oui, Jack White n'est pas homme à se contenter d'un simple mp3 ou d'une diffusion sur YouTube). Et j'ai regretté d'avoir douté. Je me suis pris en pleine face les onze déflagrations de Sea Of Cowards, manifeste blues-garage expérimental éminemment plus mélodique que Horehound. L'opus, incroyablement lourd et orageux, traîne derrière lui des histoires tragiques qu'on ne dit qu'à demi-mot, des amours dramatiques qu'on préfère asperger d'essence, des prières inavouables. Infiniment plus fouillé et mieux produit que le précédent, l'album, dont les transitions sont maîtrisées à merveille, sonne si vintage qu'il en est vraiment moderne. Les Dead Weather vivent dans un monde où tout est excessif, un espace au sein duquel Alison, Jack, L.J. et Dean se lâchent comme si personne ne les regardait. Ce groupe semble être un catalyseur qui révèle les plus grandes qualités de chacun, grâce auquel ses membres repoussent leurs limites musicales et humaines.
Jack White, qui chante moins souvent que sur Horehound, semble avoir trouvé sa juste place : son aura n'écrase plus ses acolytes mais les transcende. Il est désormais The Invisible Man, la partition, l'homme de l'ombre, mais plus le leader. Difficile en effet de garder le devant de la scène face à une Alison plus déchaînée que jamais, qui enchaîne The Difference Between Us - qui a un curieux air de Smells Like Teen Spirit - et I'm Mad, sommets de l'album, avec une furie qui glace le sang. On peine à reconnaître la chanteuse des Kills derrière cette bête à l'apogée de son art. Le fauve qui tournait en rond dans sa cage est désormais retourné à l'état sauvage. Borderline du début à la fin, elle nous assène sans interruption ses feulements agressifs. Elle en fait sûrement trop, imite souvent le chevrotement de la voix de Jack White, mais ne sonne jamais faux. Celle qui, cachée derrière sa tignasse, ouvre à peine la bouche dans la vraie vie, transpire ici le stupre et la luxure. Difficile de s'attacher à décrire chacun des titres en détail quand on s'est pris une telle claque. On remarque néanmoins l'harmonie des instruments, la richesse de leurs stratifications, bien plus réussies que sur le premier album, et surtout ce clavier qui baigne l'oeuvre d'une musicalité inédite dans ce groupe et qui permet aux morceaux de s'enchaîner parfaitement jusqu'au dernier et tragique titre, Old Mary, une sorte de requiem dédié à une Marie-Madeleine encore plus pécheresse que dans la version originale.

"Carry this burden now until the moment of your last breath."

Beaucoup plus expérimental et complexe que bien des projets de Jack White, Sea Of Cowards a le mérite de prouver que The Dead Weather n'est pas une lubie sans lendemain. Au contraire, cet album apparaît comme l'une des productions les plus abouties de la tête pensante de Third Man Records, qui n'en est pourtant pas à son coup d'essai. Et s'il a toujours l'air aussi sûr de lui, on ne peut pas nier que Jack s'est mis en danger en se mettant en retrait au sein du groupe et en laissant une Alison fiévreuse et hors de contrôle mener la barque vers des récifs dangereux. Mais la belle sait tourner la barre au dernier moment et maîtriser son excès. Jamais un faux pas quand elle nous emmène, douée d'intentions perverses, au bord de l'abîme, et qu'elle s'amuse à nous y faire presque sombrer. She's mad, et son ricanement diabolique me hantera encore longtemps.

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The Dead Weather - I'm Mad

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Tracklist

The Dead Weather - Sea Of Cowards (Third Man Records, 2010)

1. Blue Blood Blues
2. Hustle And Cuss
3. The Difference Between Us
4. I'm Mad
5. Die By The Drop
6. I Can't Hear You
7. Gasoline
8. No Horse
9. Looking At The Invisible Man
10. Jawbreaker
11. Old Mary


U.S. Girls - Lunar Life EP

lunarlife_cover2Dans nos pages, l'Atelier Ciseaux n'est plus à présenter. Si certaines zones d'ombre persistent, qu'à cela ne tienne, plongez-vous dans l'interview de Rémi Laffitte, son fondateur émérite, publiée par ici il y a peu. Si vous l'avez lue, et accessoirement encadrée dans votre salon, vous vous en souvenez aussi bien que moi : Hartzine a eu la primeur du morceau Lunar Life du nouveau 7" d'US.Girls à paraître via l'Atelier Ciseaux le 15 juin. Et c'est peu de dire que nous avons goûté avec une délectation certaine ce plaisir, d'autant que Meghan Remy, se cachant derrière ce patronyme faussement patriotique et jouant de ses vieilles bandes magnétiques, agrémentées d'effets de guitares et d'un chant tourmenté, vient de sortir, il y a quelques mois, l'halluciné Go Grey sur Siltbreeze. Succédant à Introducing (2008), Go Grey subjugue autant qu'il émeut par sa poésie crasse, sa peinture en négatif d'un Philadelphie intensément urbain, déclinant de ses neuf morceaux un univers sombre, interlope mais étrangement réconfortant. Noise et déstructurée, garage et fuyante, la musique d'US. Girls ne convoque pas la facilité sur l'autel de ses toiles évasives, invitant plus pernicieusement l'ensemble des fantômes et des âmes errantes, sillonnant les confins d'un rêve américain éreinté de réalité, pour colorer d'un gris naturaliste ses compositions. Comme nous l'indique Rémi, "dans sa musique flirtent les spectres de Bruce Springsteen, The Kinks et des Ronettes. (Telle une) carte postale usée d’un rêve américain emballée dans un sac en papier kraft". La première face du 7", Lunar Life résonne d'ailleurs comme une ode désespérée que l'on pourrait imaginer destinée à tous les bannis du remugle économique actuel, la langueur des notes de synthé figurant ces luttes perdues d'avance, empreintes d'une sourde mélancolie que la voix agonisante de Meghan ne fait que magnifier. Take Over Dynamix, par un son plus brut et un ton plus vindicatif, tinte à nos oreilles à la manière d'une réaction d'orgueil spontanée de l'underground face au marasme précédemment évoqué. La rouille du quotidien s'offre ainsi une splendeur contre-nature que l'on avait oublié d'évoquer depuis Under and Under du groupe de Mike Sniper, Blank Dogs. Quand les nuages s'accumulent, assombrissant irrémédiablement notre horizon, autant se dire que ce n'est pas plus mal, et c'est en boucle que Lunar Life tourne, tourne et tourne sur ma platine. Pour le pre-order, c'est par .

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US Girls - Lunar Life

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Tracklist

US Girls - Lunar Life EP (Ateliers Ciseaux, 2010)
1. Lunar Life
2. Intro
3. Take Over Dynamix


Ghost Society - The Back Of His Hands, Then The Palms

ghostsocietyCertains disques mettent du temps à arriver à nos oreilles, étant plus dénichés là, au hasard de quelques recherches noctambules, que par le biais de personnes vous invitant à les chroniquer. Pour autant, aucune date de péremption ne figure nulle part et l'envie reste intacte d'en parler, quand bien même The Back of His Hands, Then the Palms est paru en janvier. D'ailleurs je pourrais très bien vous dire qu'il sort dans deux semaines, vous n'y verriez que du feu. Les Danois de la Ghost Society portent si parfaitement leur nom qu'ils demeurent malencontreusement dans les limbes de la renommée, à mille lieux des formes visibles du mainstream. Pourtant, bien qu'éloignés de nos contrées, les Scandinaves ne sont pas les derniers venus ni connus puisque la Ghost Society réunit Sara Savery, chanteuse des élégants People Press Play, signés sur l'excellent label berlinois Morr Music, Tobias Wilner aka Bichi, laborantin du groupe The Blue Fondation pillé à des fins cinématographiques (Miami Vice, Twillight), Lasse Herbst des Choir of Young Believers que l'on avait très peu goûtés lors d'un concert d'Atlas Sound au Point FMR et Frederik Sølberg, guitariste des Lake Placid. Du beau monde donc pour un premier album empreint de cette grâce vaporeuse chère aux groupes nordiques et qu'ils partagent aussi bien avec leurs compatriotes exilés à Brooklyn d'Alcoholic Faith Mission qu'avec leurs voisins suédois du label Labrador (The Radio Dept). Tout au long de l'album, les voix éthérées de Sara et Tobias s'entremêlent délicatement dans un halo de brume nimbé d'une électricité shoegaze au souffle glacial et à la précision clinique. L'évanescente mélancolie (Road, The Fool), tout comme l'incurable onirisme (Falling Leaves, Isolated), qui se dégagent de The Back of His Hands, Then the Palms, se parent de ces distorsions froides et immaculées, les recouvrant tel un écrin de neige sur lequel se réfléchit avec splendeur la lumière du jour naissant. Et si l'étincelant hymne dreampop Recognize évoque les sœurs Haden de That Dog, jouant de leurs synthés dans un immense frigidaire, Under the Sun comme Twisted Mind suggèrent, de leur beauté diaphane, la rémanence d'un sentiment amoureux arraché au domaine des possibles. A peine égratigné de déflagrations instrumentales du plus bel effet (Dark Moon), ce premier album de la Ghost Society recèle de cette infinie évidence mélodique qui tournoie encore et encore dans la nuit. Blotti que l'on est dans sa couette à regarder défiler par la fenêtre ce monde des ombres, tout se passe comme si l'hiver se dissipait, laissant flotter à dessein l'une de ses plus belles émanations. De la neige en été chantait Diabologum.

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Ghost Society - Under the Sun

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Tracklist

Ghost Society - The Back of His Hands, then the Palms (A:larm, TBA, 2010)

1. Intro
2. Better Days
3. Road
4. Falling Leaves
5. The Fool
6. Recognize
7. Twisted Mind
8. Under The Sun
9. Dark Moon
10. Isolated
11. Love Love
12. Back Of His Hands
13. Rush Hour


On y était - Black Rebel Motorcycle Club

brmc-32-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Black Rebel Motorcycle Club, Le Bataclan, Paris, mercredi 12 mai 2010

Ce soir-là, le boulevard Voltaire est envahi par les uniformes noirs et les blousons en cuir de bikers qui ont préféré le métro à la moto pour se rendre au Bataclan, éphémère lieu de rendez-vous des aspirants rebelles venus prendre leur dose de cambouis musical. Le Black Rebel Motorcycle Club, malgré un nouvel album décevant, joue à guichets fermés. La réputation, que voulez-vous, celle qui fait qu'on admire le chef du gang alors qu'en réalité, il n'est même pas foutu de changer une roue.

Le public, encore clairsemé pendant la première partie, Zaza - qui concoure au nom de groupe le plus ridicule du monde, bravo, vous avez gagné - se densifie peu à peu et fait monter la température de la salle de quelques degrés. L'un des roadies - une pâle copie de Jack Lawrence ; honte à toi, usurpateur de style - scotche la setlist au pied des micros, et j'en profite pour y jeter un œil curieux. Pas envie de garder la surprise, je veux m'assurer que le groupe va jouer autre chose que les morceaux ennuyeux de Beat The Devil's Tattoo. Rassurée, je retrouve l'impatience qui m'avait presque manquée avant le concert.

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L'arrivée sur scène de Robert Levon Been, Peter Hayes et Leah Shapiro ne provoque pas l'hystérie à laquelle je m'attendais ; c'est à peine si je suis bousculée. BRMC a choisi d'ouvrir avec deux morceaux du nouvel album, War Machine et Mama Taught Me Better, qui ne remportent pas franchement l'adhésion du public. Le mutisme et les visages fermés des deux leaders ne sauvent pas vraiment cette entrée molle du genou. Chacun à une extrémité de la scène, apathiques, les deux motards ont du mal à faire chauffer le moteur. Après deux premiers toussotements décevants, ils démarrent enfin franchement le concert avec un Red Eyes And Tears repris en choeur par le public. Finalement, la machine est lancée et ne s'arrêtera plus pendant les presque deux heures de show. Tandis que Peter fascine par ses mouvements lents et hallucinés, Robert, plus nerveux, provoque sauts, slams et cris de groupies en nombre. Il faut dire que physiquement, il est bien plus charismatique que son copain édenté et double-mentonné. On se demande comment la nouvelle batteuse, Leah, peut garder une telle classe face à tant de testostérone. Régulière et précise, sexy dans son t-shirt informe et trop large digne d'une Alison Mosshart des années Discount, elle n'est en aucun cas la minette de la bande. Personne ne semble d'ailleurs regretter son prédécesseur, Nick Jago.

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Après douze titres incandescents, elle et Peter quittent la scène pour laisser Robert seul face au public. Assis sur un retour, presque dans la fosse, il finit de conquérir le coeur des filles - et sûrement celui de quelques garçons aussi - avec une reprise de Dylan émouvante. Ses camarades le rejoignent pour un Shuffle Your Feet acclamé et achèvent leurs fans avec six morceaux grondants et un Shadow's Keeper final à peine éclairé par mille lasers verts dessinant une étrange galaxie sur les murs du Bataclan. Emu aux larmes, Levon Been quitte à regret la scène en remerciant son public avec force sanglots dans la voix. A son "You're beautiful, take care..." de sainte N'y-Touche, on aurait quand même préféré un bon "Adios, motherfuckers !" ; honore ta réputation de black rebel, Robert, nom de dieu !

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Quoiqu'il en soit, il faut croire que ce dernier n'en avait pas encore eu assez. Sur le trottoir, entre un Lavomatic et un vendeur de panini, il improvise un show acoustique devant les centaines de fans ébahis qui avaient tardé à quitter la salle - à raison. Au milieu d'une foule pressante qui escalade tout ce qu'elle peut pour apercevoir un bout de guitare, il chante des titres de Howl dont un The Line intense, murmuré en choeur par l'assistance. Il y a deux heures, je n'aurais pas cru que celui qui a débarqué sur scène la basse au niveau des genoux, désinvolture faite homme, aurait pu offrir un moment si généreux. C'est tout un art d'être heartbreaker.

Photos

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Bonus

Robert Levon Been joue The Line sur le trottoir

Setlist

1. War Machine
2. Mama Taught Me Better
3. Red Eyes And Tears
4. Bad Blood
5. Beat The Devil's Tattoo
6. Love Burns
7. Ain't No Easy Way
8. Aya
9. Berlin
10. Weapon Of Choice
11. Annabel
12. Whatever Happened To My Rock’n'Roll
13. Visions Of Johanna (Bob Dylan)
14. Shuffle Your Feet
15. River Styx
16. Half-State
17. Conscience Killer
18. Six Barrel Shotgun
19. Spread Your Love
20. Stop
21. Shadow's Keeper


Unkle - Where Did The Night Fall

unkle_where_did_the_night_fallAhhh! Si le ramage de James Lavelle se rapportait au plumage de Dj Shadow…Bien des années ont passé depuis le mythique Psyence fiction, transformant Unkle en véritable usine à collaborations, surfant sur les courants musicaux avec plus ou moins de dextérité.Et bien que chaque nouvel album s’inscrive dans une continuité cohérente et appliquant une politique de métamorphose perpétuelle, il manque à l’ensemble une touche personnelle qui distancie trop l’objet de son auteur.
La où Psyence fiction et pas forcement Never, Never Land portaient la marque d’un auteur tentant de sortir le trip-hop de son ghetto, s’appuyant sur des featurings puissants et d’une production balèze, carré, acéré… devient par la suite un vaste foutoir (War Stories) où l’ex boss de Mo’Wax semble se laisser bouffer par des invités toujours plus nombreux, imposants leur patte sur la sienne. Le Dj/Producteur anglais paraissant posséder une liste de contacts grosse comme un botin. Mais quantité n’a jamais rimé avec qualité. Exit donc Ian Brown, Tom Yorke, Robert « 3D » Del Naja…. James Lavelle préfère voguer sur l’effet de mode en s’assurant les services d’artistes bien en vue comme Sleepy Sun ou encore Katrina Ford des Celebration (attention pas les gateaux !). Donc bien entendu ce nouveau morceau bravoure prend une tout autre couleur. Un premier vrillage dark-psyché grâce aux monstrueux Black Angels (On attend toujours le nouvel album !) qui donneront l’orientation de The Answer, marqué par la présence du gigantissime groupe post-punk : Big in Japan. Gavin Clark et Joel Cadbury, fidèles auxiliaires du projet s’il en est signent les plus beaux titres de ce Where did the night fall. Falling Stars, pop-song à vif, susurré de la voix écorchée du leader de Sunhouse et Ever rest, inquiétante piste stratosphérique, à la fois entêtante et venimeuse. Le timbre enrouée de Mark Lanegan remplace au pied levé celui plus au perché de son comparse Josh Homme des QOTSA, et pose sa grogne habituelle sur quelques notes de pianos inoffensives et une ligne de guitare grasse, rendant le track ennuyeux et rapidement oubliable.
Where did the night fall est au final un album plutôt sympathique, mais tellement charnu qu’il en devient parfois écœurant. James Lavelle n’arrive pas à reprendre le contrôle du projet qu’il avait lui-même lancé, le laissant partir en roue libre, pour le meilleur à condition qu’on ne le savoure que par petite bouchée. Une conduite qui n’est pas sans rappeler celle de Massive Attack sur son dernier bébé d’ailleurs. Et bien qu’on ne puisse lui reprocher que son manque d’homogénéité, le fan hardcore se retranchera rapidement sur End titles… Stories for film qui n’en finit plus de nous livrer tous ses secrets.

Audio

Unkle - Falling Stars feat. Gavin Clark

Tracklist

UNKLE – Where did the Night Fall (Essential, 2010)

01. Nowhere
02. Follow Me Down feat. Sleepy Sun
03. Natural Selection feat. The Black Angels
04. Joy Factory feat. Autolux
05. The Answer feat. Big In Japan
06. On A Wire feat. ELLE J
07. Falling Stars feat. Gavin Clark
08. Heavy Drug
09. Caged Bird feat Katrina Ford
10. Ablivion
11. The Runaway feat. ELLE J
12. Ever Rest feat. Joel Cadbury
13. The Healing feat. Gavin Clark
14. Another Night Out feat. Mark Lanegan


Beach Fossils - s/t

beach-fossils-cvoerDustin Payseur est un doux rêveur qui s'embarrasse de peu de réalité pour entreprendre ses projets. Pour un millier d'autres avant et après lui, il y a largement matière à repartir la queue entre les jambes dans sa Caroline natale et remiser sa gratte au profit d'un beau tablier de serveur de fast-food. Oui mais voilà, le jeune homme, fraîchement débarqué à Brooklyn dans l'espoir de vivre de sa lo-fi crasseuse, a suffisamment la musique dans le sang et de compositions derrière les fagots pour attirer l'attention sur son groupe, étrangement dénommé Beach Fossils, dans lequel il compose seul, se faisant uniquement accompagner lors de ses tumultueux concerts. Ce qui n'est pas une mince affaire tant la jungle musicale est dense à Big Apple. Pourtant l'idylle new-yorkaise aurait pu tourner court mais Dustin a le cul bordé de nouilles : pile au moment de remballer son baluchon, le label de Mike Sniper, Captured Tracks, l'invite à distiller sur un EP, Daydream / Desert Sand 7', deux de ses pop songs irradiées de soleil et de réverbérations. L'histoire s'emballe quelque peu grâce à la ferveur de la blogosphère et le voilà parti pour enregistrer un LP autoproduit à paraître le 25 mai 2010. Tel son jeune compatriote et voisin de quartier That Ghost, les guitares de Beach Fossils possèdent ce code génétique indie-américain que Galaxie 500 et Pavement ont transmis à toute une génération de fieffés slackers et qui a engendré, bon gré mal gré, une palanquée de pâles copies aussi jetables qu'interchangeables. Sauf qu'avec Dustin, l'évidence mélodique transperce immédiatement le mur de sonorités garage que les morceaux de son LP éponyme dressent à nos oreilles. Là où on aurait pu dire, "ok, un de plus...", on se prend à battre la mesure du pied en écoutant son disque les yeux fermés. Alors, on s'imagine rêvasser à l'ombre d'un cocotier en s'envoyant à petites gorgées une bière bien fraîche, laissant dériver le temps et ses méandres de quotidienneté. Émanant d'un substrat sonore homogène, recouvrant de part en part l'album d'un voile d'échos et de distorsions granuleuses, la puissance évocatrice de ces onze morceaux tient autant au dénuement des arrangements cher au label (Blank Dogs, The Beets, The Mayfair Set) et laissant libre court à une lead guitare minimaliste au son clair (Youth, Twelve Roses), qu'à la voix du jouvenceau remémorant par moment un Jeremy Jay éraillé et dénué de ses atours de dandy européen (Daydream). Oscillant entre mélancolie juvénile (Golden Age, Gathering) et surf music joyeusement démantibulée (Vacation, The Horse), les Beach Fossils de Dustin parviennent benoitement à remettre en cause toute certitude calendaire : l'été, cette année, commencera avec un mois d'avance. On est prévenu.

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Beach Fossils - Youth
Beach Fossils - The Horse

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Tracklist

Beach Fossils - S/T ( Captured Tracks, 2010)

01. Sometimes
02. Youth
03. Vacation
04. Lazy Day
05. Twelve Roses
06. Daydream
07. Golden Age
08. Window View
09. The Horse
10. Wide Awake
11. Gathering