Mogwai - Special Moves / Burning

Quelque chose d'imperceptible traversa le visage de mon père, ses yeux scrutaient un immense vide, incommensurable, s'étalant du plafond au plancher. Et surtout, indécelable pour moi. Le temps et son palimpseste musical. Ses mains glissaient lentement sur la pochette de chacun des vinyles soutirés. Les Stones changeaient de mains, les Doors, les Pink Floyd... Trop occupé à détailler les notes de pochettes, j'étais loin de saisir l'ampleur du remue-ménage soudainement entrepris derrière ce regard tendrement embué. Sans un mot et quelques soupirs, défilait l'histoire d'une vie, d'une jeunesse enfouie entre 68 et 81, où les futiles histoires de copains s’entremêlaient aux méandres des grands évènements. L'histoire d'une vie et la bande-son qui va avec. Ce que je ne comprends désormais que trop bien.

Sans rester complétement insensible, l'onirisme saturé des Ecossais de Mogwai coloriait d'autant moins ma bulle sonore que celle-ci se projetait d'impatience dans une quotidienneté vertement pétrie d'angoisses. Comme si leur musique était derrière moi et non plus devant, recouverte d'un voile imprégné d'une trouble nostalgie.

Une histoire qui débute en 1997. D'abord par un flirt radiophonique, avec comme mère maquerelle Bernard Lenoir, l'inimitable John Peel français. Puis par la sortie, quasi concomitante sur Chemikal Underground, de Ten Rapids et Young Team, deux disques ébauchant la puissance d'un mythe et d'un style consacré, deux ans plus tard, par le mirifique Come On Die Young. De ce côté-ci de l'Atlantique, le post-rock se cherchait un maître du genre, il trouvait bien plus : sa plus haute expression, son modèle indépassable, irréfutable. Un après du rock cousu de cimes instrumentales et électriques dantesques (Summer, Mogwai Fear Satan, Ex-Cowboy, Christmas Steps), de cotonneuses descentes, nimbées de pluies acides et dissonantes, et de silences inquiets charriant l'avarie (Like Erod). Un avenir à mille lieux de l'expérimentation théorique ou romantique des pères (Tortoise, Slint), un ailleurs entièrement braqué sur l'émotivité et la sensitivité de compositions explosant les carcans, tant en termes de durées - frôlant parfois le quart d'heure - que de structures. Certains connurent à dix-sept ans le punk, sa verve dégobillée et sa table rase faite du passé. Je découvrais moi, à dix-sept piges, un au-delà aux profondeurs infinies, mouvantes, s'infiltrant dans ma vie à mesure que l'opaque fumée s'éprenait de mes poumons. Glissement délétère. Il y eut ce rituel saugrenu, ce refuge face aux doutes d'une existence brinquebalante. Au moindre refus, témérités vexées, je me retrouvais vautré sur le lit, remplissant précautionneusement une douille de marqueur en féraille fichue entre deux doigts. Cody investissait mes écouteurs hi-fi tandis que le crépitement de l'herbe violemment consumée précédait l'exhalation blême. Les yeux mi-clos, je contemplais la céleste cartographie sonique projetée par les Ecossais sur l'envers de mes rétines atrophiées, entre vastes plaines désolées, sauvagement submergées de larsens, et reliefs insensés, éventrés d'aspérités mélodiques. Des heures entières d'une solitude tintée d'émerveillement, où la mélancolie glisse sur l'âme telle une larme spontanée. Puis vinrent les albums d'une maturité pleinement assumée, entre engagement musical, marqué au fer rouge de leur label Rock Action (Errors, Part Chimp, Papa M - soit David Pajo, figure de proue de Slint, Kling Klang, Envy...), et transition sereine vers des territoires à la brutalité évincée. Rock Action en 2001, puis Happy Songs for Happy People en 2003, scellent dans un registre certes différent - pop pour l'un, avec notamment la participation de Gruff Rhys des Super Furry Animals sur Dial:Revenge, rock pour l'autre - l'aboutissement d'un son à la complexité indicible, où l'intensité dramatique se substitue aux telluriques saillies de guitares du quintette. Mogwai change, ma perception avec. Une influence étiolée malgré une bienveillance inoxydable : Mr Beast, en 2006, égrainant sa consistance insoupçonnée (Friend Of The Night, Travel is Dangerous, Glasgow Megasnake), et The Hawk Is Howling, deux ans plus tard, au goût âpre et revêche (I'm Jim Morrison, I'm Dead, Batcat, Scotland's Shame), désarmant de maîtrise. Deux classiques en somme, mais deux classiques attendus comme tels. Sans étincelle. Presque sans curiosité. Un foutre mal obstruant mes réflexes d'antan.

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C'était sans compter Special Moves, enregistré lors de trois dates successives données l'an passé par le groupe au Music Hall de Williamsburg de Brooklyn, et son pendant filmique, Burning. Quoi de plus logique ? Dès la première écoute, les évidences s'ordonnent naturellement : la scène est essentielle à Stuart Braithwaite et ses acolytes, quand la qualité des bandes confectionnées en terre yankee s'apparente à une véritable épiphanie ravivant sur le champ la flamme des premières rêveries. Non que les morceaux - piochés équitablement dans leur entière discographie - soient bouleversés ou revisités d'un œil neuf et averti. Non. C'est la justesse de ton et le raffinement des interstices qui interpèlent l'oreille, faisant de Special Moves un live à part, moins conçu comme une version en direct des titres joués qu'à la manière d'une révélation intégrale de ceux-ci. Comme si la bête était trop à l'étroit en studio, comme si l'intérêt n'avait finalement résidé que dans la potentialité scénique des dites compositions. Une incarnation définitive que scénarise à merveille Burning, filmé lors de ces trois mêmes soirées new-yorkaises par Vincent Moon et Nathanaël Le Scouarnec, initiateurs entre autres des fameux concerts à emporter. Fidèle à son regard intimiste et décalé, qui a fait la renommée actuelle de la Blogothèque, et optant ici pour un rendu uniquement en noir et blanc, le duo subjugue la magie glauque du groupe, suintant des déserts industriels de Glasgow et transvasée ici dans un univers d'acier, dans un état d'esprit plus proche d'Instrument, documentaire réalisé en 1998 par Jem Cohen sur Fugazi, que de celui écolo-optimistes d'Heima (2007), film de Dean DeBlois consacré aux islandais de Sigur Ros. Un film, par sa beauté, que l'on aurait pu considérer tel un panégyrique live testamentaire. Il n'en est rien, le futur des Ecossais s'écrivant toujours au présent : un huitème LP - en comptant Zidane : A 21st Century Portrait - produit par Paul Savage, déjà responsable de l'inaugural Ten Rapids, est prévu en février prochain. Ou comment boucler la boucle, avant de repartir pour un tour. En attendant, le groupe a confectionné une mixtape pour nos confrères d'International Tapes. De quoi apaiser ces quelques réminiscences d'impatience, à nouveau gauchement dissimulées.

Une projection de Burning aura lieu à l'Élysée Biarritz le 10 novembre prochain à Paris. Stuart Braithwaite et Nat Le Scouarnec y participeront. Pour en savoir plus, cliquez par .

Audio

Mogwai - Cody
Mogwai - 2 Rights Make 1 Wrong

Tracklist

Mogwai - Special Moves (Rock Action, 2010)

01. I'm Jim Morrison, I'm Dead
02. Friend Of The Night
03. Hunted By A Freak
04. Mogwai Fear Satan
05. Cody
06. You Don't Know Jesus
07. I Know You Are But What Am I
08. I Love You, I'm Going To Blow Up Your School
09. 2 Rights Make 1 Wrong
10. Like Herod
11. Glasgow Megasnake

Mogwai - Burning DVD

01.The Precipice
02. I’m Jim Morrison, I’m Dead
03. Hunted By a Freak
04. Like Herod
05. New Paths To Helicon Pt1
06. Mogwai Fear Satan
07. Scotland’s Shame
08. Batcat

Vidéo


Yuck l'interview

90506099_640On n'a pas calé officiellement d'interview en cette fin de Midi Festival. Mais après les ratés de la veille, on se devait de dénicher un entretien pour clore avec cette inoubliable aventure hyèroise. En trainant durant les balances de l'après-midi, on tombe sur le seul survivant du groupe Yuck, le chevelu Daniel ; les autres membres du groupe profitant de la plage. Lui déteste le soleil et nous prévient d'entrée de jeu qu'il est assez chiant mais nous accorde tout de même une brève interview dans les loges. Et on s'est bien marré.

Yuck vient de signer chez Fat Possum Records et sortira un single le 24 novembre prochain joliment nommé Georgia.

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Yuck - Georgia

Live


Breton - Sharing Notes

sharingnotesepartLes Londoniens de Breton me chuchotent à l'oreille telle une voix d'outre-tombe portée par le vent. Non pas que le quatuor soit l'énième émanation d'un crédo witch house déjà sursaturé, mais bien l'ambivalente réincarnation de ce à quoi ressemblait le futur de la pop à l'orée des années 2000. Mélangeant les genres et les arts, le duo formé par Roman Rappak et Adam Aiger, rejoint plus tard par Ian Patterson et Daniel McIlvenny, "dans un entrepôt du sud-est de Londres", revigore ce que Steve Mason n'a plus le courage de porter sur ses frêles épaules : l'héritage d'un Beta Band déjà recouvert d'un épais linceul cousu d'oubli. Et pourtant. Si les déjantés de Django Django s'évertuent à réhabiliter les débuts et le Three Ep du combo écossais, les quatre Breton s'attachent eux au versant hip-hop de ces derniers et de leur second album éponyme. Dépoussiérant ce bon vieux syncrétisme pop, mariant structure rock, phrasé hip hop et mélodie synthétique, le groupe dispense sur Sharing Notes, second volet d'une trilogie entamée par Practicals, une habile et cohérente incartade dans les terres de l'expérimentation et d'un bricolage attenant à leur vision pluri-artistique de la création musicale. A la manière des étudiants en cinéma qui composaient le gros des troupes du Beta, Roman Rappak et Adam Aiger sont également metteurs en scène et ne se privent pas pour catapulter dans une dimension visuelle, via le Breton Labs, la puissance cadencée de morceaux tel que 15x. Pétri de bonnes intentions - l'extended play "physique", sorti le 5 juillet dernier sur youWILLBEfollowing, inclut un circuit imprimé, histoire de retoucher soi-même chacun des six titres - et faisant preuve cette année d'un activisme du remix à faire palir Dayve Hawk (Local Natives, Is Tropical, Hatcham Social, Penguin Prison...), Breton alterne frénétiquement rythmes lourds, teintés d'une mélancolie viciée (Penultimate), low-tempo panoramique (Sharing Notes) et math-rock scandé (Watertight, 15x), et ce, sans jamais se départir d'une imagination à la fertilité très britonne. Et rien que pour cela, on parie quelques penny sur la troisième pierre de l'édifice, annoncée pour la rentrée.

Audio

Breton - Penultimate

Local Native - Who Knows Who Cares (Breton rmx)

Vidéo

Tracklist

Breton - Sharing Notes (youWILLBEfollowing, 2010)

01. The Well
02. Penultimate
03. Sharing Notes
04. Episodes
05. Watertight
06. 15x


Fujiya & Miyagi

fujDeux ans à peine se sont écoulés depuis Lightbulbs, objet sonore narcotique pour dancefloor sub-aquatique, que le trio britannique Fujiya & Miyagi s'apprête à remettre le couvert. Toujours attaché à injecter une bonne dose de krautrock dans ses mélodies suintant la pop paranormale, Sixteen Shades of Black & Blue, second extrait du futur Ventriloquizzing, ne fera pas défaut à ses habitudes... On retrouve sans déplaisir la voix trainante de Maître Miyagi trottinant sur une ligne mélodique électro-blues écorchée, pincée de quelques accords de synthé aux échos inquiétants... Une sublime mise en bouche en attendant leur show de ventriloquie prévu pour le tout début d'année prochaine.

Audio

Fujiya & Miyagi - Sixteen Shades of Black & Blue


Standard Fare – The Noyelle Beat

standardfare_thenoyellebeatN’en déplaise aux habitants de la commune du nord de la France mais y a-t-il endroit moins rock et glamour que Noyelles-sous-Lens ? C’est pourtant à cette ville que Standard Fare a décidé de dédier son premier album. Cela mérite quelques explications : depuis quatre ans, Music Transfer Protocol organise des échanges musicaux entre le Nord‑Pas‑de‑Calais, la Belgique et l’Angleterre.Un festival composé des groupes issus des trois pays est programmé à Noyelles-sous-Lens tous les printemps. C’est lors de sa participation à l’édition de l’année dernière que Standard Fare, trio originaire du nord de l’Angleterre, a heureusement trouvé le son qu’il cherchait depuis sa formation… La jeune bande a donc logiquement baptisé son opus The Noyelle Beat.

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Enregistré en six jours, The Noyelle Beat rassemble 13 morceaux « radio edit » qui évoquent avec humour, maladresse séduisante et énergie pubertaire la difficulté d’établir des relations. Emma Kuppa, chanteuse très peu féminine mais personnage attachant, précise : « Nos influences majeures sont les relations et les expériences. Il y a souvent des points communs dans la nature des relations qu’elles soient amicales ou amoureuses. Chaque chanson de The Noyelle Beat est ce que nous avons voulu dire à quelqu’un mais les mots ne sont pas sortis de la bouche en temps voulu… Les chansons sont basées sur des faits réels, nous sommes donc restés un peu vagues volontairement… »
Standard Fare arrange ses morceaux de manière minimaliste (basse, batterie, guitare, voix) et aurait pu ne susciter aucun intérêt s’il n’était pas aussi délicieusement anglais, frais et drôle. Par exemple, sur Fifteen, Emma Kuppa évoque avec ironie l’attirance d’une personne adulte de 22 ans pour un(e) adolescent(e) de 15 ans ou sur Wrong Kind of Trouble s’interroge sur le genre d’ennuis qu’elle veut se créer (« Sleeping with the enemy, sleeping with the hired help, seducing friends of the family, and flirting with anyone else. Oh that's the kind of trouble I want to get into »).
On pense beaucoup à The Housemartins ou un peu à The Shins sur Love Doesn't Just Stop. Standard Fare est un jeune projet sans prétention qui ne demande pas à mûrir. À consommer sans modération ici.

Tracklist

Standard Fare - The Noyelle Beat (Sheffield Phonographic Corporation, 2010)

1. Love Doesn't Just Stop
2. Nuit Avec Une Ami
3. Philadelphia
4. Wrong Kind of Trouble
5. Fifteen (Nothing Happened)
6. Let's Get Back Together
7. Secret Little Sweetheart
8. I Know It's Hard
9. Married
10. Edges and Corners
11. Dancing
12. Be In To Us
13. Wow


The Pipettes l'interview

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Earth vs. the Pipettes. Un titre parfait et prémonitoire si l'on s'en tient aux premières critiques qui proviennent d'Outre-Manche du deuxième album de The Pipettes. En effet, le second opus des jolies Anglaises est sorti il y a quelques semaines en Angleterre et le moins qu'on puisse dire est que la presse britannique n'est pas tendre avec le groupe. Les plaisanteries ne manquent pas et la plus facile concerne leur titre Stop The Music ("Arrêtez la musique") que la presse espère avec médisance être un projet imminent pour The Pipettes...

Depuis 2006, des membres sont partis, d'autres sont arrivés, la pop bubblegum a été remplacée par de la pop synthétique des 80's... Pourquoi ces changements ? Hartzine a voulu comprendre et surtout donner la parole aux victimes avant que toute la Terre ne soit contre The Pipettes pour perpète...

Qu'ont fait The Pipettes ces quatre dernières années ?

Après le premier album, nous avons tourné pendant deux ans. Ensuite, nous avons commencé à écrire le second, nous l'avons enregistré, et voilà !

Avez-vous pensé à changer le nom du groupe étant donné que presque tous les musiciens et chanteuses ont quitté The Pipettes ?

Non, nous n'y avons sincèrement pas pensé. The Pipettes, c'est davantage un idéal que juste une somme d'éléments. Cet idéal n'ayant pas changé, il n'y avait aucune raison de changer le nom.

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Le nouvel album est assez différent du premier dans le sens où il est beaucoup plus commercial ; en êtes-vous conscientes ? Etait-ce un choix délibéré ? Avez-vous eu envie de toucher un public plus large ?

Ah bon ? Vous trouvez vraiment que notre musique ressemble aux chansons commerciales actuelles ? Ce serait le cas si nous étions en 1983, tout comme notre premier album aurait été commercial s'il était sorti en 1957 au lieu de 2006. Toucher un large public n'est pas une fin en soi pour un groupe comme le nôtre. Rechercher un objectif tel que celui-là irait à l'encontre de la manière dont nous avons envisagé notre carrière depuis le début même si tout le monde n'est pas d'accord avec cela... Mais la chance nous a souri jusqu'ici alors nous continuons de garder la foi...

Ne craignez-vous pas que ce changement de direction déçoive vos fans et la presse indie en France aussi ? Qu'aimeriez-vous leur dire pour les convaincre qu'ils ont tort ?

Je suppose que c'est une question de goût. Il est clair qu'il est moins dangereux de miser sur un groupe de filles des années 60 que sur Stock Aitken and Waterman. De toute évidence, cela n'allait pas plaire à tout le monde. En fait, cette nouvelle direction prend tout son sens si vous comprenez ce que nous, The Pipettes, essayons de faire. Nous n'avions pas envie de nous répéter sur ce deuxième album et nous ne l'avons pas fait ! Là, nous pensons déjà au troisième et nous sommes extrêmement enthousiastes ! Quoi de plus ennuyeux et prévisible qu'une couverture médiatique identique pour chaque album ! La plupart des critiques que nous avons lues jusqu'à présent pointent du doigt la différence entre les deux albums et le changement de certaines des chanteuses. Or, c'est précisément ce que nous avons toujours voulu !

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La nouvelle direction pop semble attacher moins d'importance à l'ironie... Dans les textes aussi. Est-ce vrai ou est-ce juste une impression ?

Nous ne pensons pas que l'ironie soit bénéfique à la musique en ce sens qu'elle implique un manque d'engagement émotionnel et un certain dénigrement de son public. En réalité, nous ne pensions pas vraiment être ironiques à l'époque de notre premier album... Bien sûr, il y aura toujours de l'humour dans la musique de The Pipettes mais il sera toujours sincère.

Etes-vous nostalgique de l'époque « Stock, Aitken et Waterman » ?

Ils ont toujours été une influence. Ils ont écrit quelques supers chansons et nous admirons leur méthode « usine à tubes pop » et leur esthétique aussi... Nous sommes fières de pouvoir dire que nous avons certains idéaux en commun.

Préparez-vous une tournée mondiale ? Pensez-vous venir en France ? A quoi ressembleront vos concerts ?

Nous allons bientôt pouvoir annoncer des dates. La grande différence cette fois-ci, c'est que ce sont les hommes qui porteront les robes à pois. Il n'y a pas de raison que nous soyons les seules à avoir cette chance ! Sinon, nous comptons toujours chanter des chansons entraînantes et amusantes sur l'amour et l'amitié, qui donnent envie de positiver et, le plus important, de danser!

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PVT - Church With No Magic

WARPCD198 PackshotComme quoi, il ne faut jamais aller trop vite en besogne. Parfois le coup de cœur, parfois le coup de pompe. Et l'écriture, essentiellement irrévérencieuse sous l'emprise de l'émotion, se trouve être l'écrin de velours dans lequel manigance l'acier des convictions. Il s'en faut donc de peu que Church With No Magic, des trois PVT, soit rabroué par mes soins tel l'indigne successeur d'O Soundtrack My Heart (Warp, 2008), jadis considéré comme l'une des plus audacieuses perspectives du label de Sheffield. Une première écoute effarée, gorgée d'angoisse acrimonieuse : ai-je remué ciel et terre pour avoir la primeur de chroniquer cette galéjade, dénaturant par d'inexpugnables sur-ajouts de voix et de synthés, l'équilibre hautement efficace des morceaux d'alors ? La motivation fait défaut mais une telle évolution sonore titille la curiosité : je reprends l'album aléatoirement, dépiautant ça et là les structures alambiquées, les mécanismes rythmiques à la précision métronomique. Peu à peu, la lumière se fait et si mutations il y a, celles-ci demeurent finalement assez anodines par rapport à la permanence d'un son estampillé Pivot / PVT. Bien plus qu'avec le changement de patronyme, perdant ses voyelles suite à un risque de bataille juridique avec un groupe américain du même nom, la mue de PVT s'opère tant par le chant de Richard Pike que par cette nouvelle promiscuité permettant au trio de fonctionner en véritable groupe : car si l'Anglais Dave Miller est présent depuis 2005 aux cotés des Australiens Richard et Laurence Pike, lui qui instigua ce substrat d'électronique, devenu marque de fabrique, et qui fut à la base du rapprochement avec l'écurie Warp, jamais ces trois-là ne composèrent, ni n'enregistrèrent, dans le même studio. L'épaississement de leurs volutes sonores, comme l'échafaudage de leurs prétentions mélodiques, n'en sont donc que plus aboutis. Produit, comme son prédécesseur, par le touche-à-tout Richard Pike, Church With No Magic distille d'ailleurs un venin autrement plus lent mais délectable à ingérer : l'aréopage PVT emprunte des chemins de traverses, s'entichant aussi bien de procédés chers à Animal Collective, s'agissant notamment du traitement des voix, qui par moment se superposent en cascade, que des lubies atmosphériques et contemplatives propres à . Point de hasard donc à ce que celui-ci ait participé à l'enregistrement de l'album lors d'un court séjour à Sydney. La progression cadencée - et l'étiquette math-rock qui va trop facilement avec - s'estompe et fait ainsi place aux vertus de l'apesanteur, révélant, dans un fourbi de claviers analogiques, la profondeur d'écriture du combo : investissant le terrain d'une pop sombre et tourmentée, PVT essaime ses expérimentations vers des contrées que Battles, son faux frère de label, ne daigne pas encore sonder, mettant en abîme son carénage rythmique - pourtant consistant - au profit de vocalises désormais omniscientes. Window, single entêtant au vidéo-clip des plus novateurs - le trio tentant de retranscrire un show live vécu de leur point de vue - en est la parfaite expression. Si le pont entre O Soundtrack My Heart et Church With No Magic ne se distingue qu'en filigrane, les instrumentaux Community et Waves & Radiation, dans leur brume synthétisée, ne portant pas même les stigmates de la fièvre électrique d'alors, Light Up Bright Fires comme Timeless n'en prennent pas moins à la gorge, cravatant d'entrée de leur densité physique. Des rivages incertains et méandreux de Crimson Swan, Circle Of Friends ou du conclusif Only The Wind Can Hear You, à l'aquatique morceau-titre Church With No Magic, où la voix de Richard Pike se pare d'intonations qu'Alan Vega ne renierai pas, s'opère cette conversion du fond et de la forme intronisant PVT parmi les dignitaires des hautes stratosphères de l'ombre. Susurrant de tels cantiques, on ose à peine subodorer la suite.

Lire notre dossier Warp : vingt ans d'histoire, deux mixes

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PVT - Timeless

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Tracklist

PVT - Church With No Magic (Warp, 23 août 2010)

1. Community
2. Light Up Bright Fires
3. Church With No Magic
4. Crimson Swan
5. Window
6. The Quick Mile
7. Waves & Radiation
8. Circle Of Friends
9. Timeless
10. Only The Wind Can Hear You


SARAH RECORDS : THIS IS IT, ISN'T IT ?

sarahrecordsA la fin des 80's, alors que toute l'Angleterre des introvertis opprimés pleure la mort de The Smiths, deux jeunes de Bristol vont diffuser la pop douce qui soignera toute une génération.

Les origines

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En 1986, Le New Musical Express propose une cassette audio de 22 titres savamment nommée C86. Excepté The Wedding Present, Primal Scream et The Pastels, les autres groupes ne feront que peu parler d'eux par la suite... L'hebdomadaire avait pourtant qualifié cette cassette de réelle révolution indie, d'heureux présage pour la musique pop. Ce commentaire, qui avait fait sourire bon nombre de lecteurs du NME à l'époque, était malgré tout porteur de vérité. En effet, la C86, plus qu'une simple compilation de groupes banals allait devenir un genre...

La philosophie

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La C86 a le mérite d'avoir ravivé une philosophie comparable à l'esprit punk provenant du Velvet Underground : le DIY (do it yourself). Ce mouvement encourage les simples mortels qui n'ont ni la carrure de Bowie, ni de Morrissey à développer leur art même s'ils ne le maîtrisent pas. C'est justement ce dont les jeunes ont besoin à ce moment-là : se retrouver complètement dans les maladresses des autres. « It sounds like crap, so you know it's made by real people! ». Il convient également de rappeler qu'à cette époque,  la séparation de The Smiths, le groupe anglais le plus original depuis The Kinks, bouleverse tous les ados d'Angleterre et du monde... C'est dans cet état d'urgence, d'absence de référence et d'encouragement au « tout est possible»  par le DIY, que Sarah Records peut voir le jour.

Sarah et la pop douce

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Matt Haynes dirige « Sha-la-la » et Clare Wadd « Kvatch ». Deux jeunes pour deux fanzines qui diffusent, outre des interviews et des articles, des flexi-discs des groupes qu'ils aiment. The Sea Urchins et The Orchids ont été les tout premiers groupes appartenant au mouvement C86 à avoir été remarqués par les jeunes Bristoliens.

Matt Haynes et Clare Wadd décident de réunir leurs forces et leur passion pour fonder Sarah Records en 1987. Ils signeront des groupes dont le point commun sera l'appartenance à la famille Twee Pop (provenant de Sweet Pop) étiquetée de pop douce et mièvre. Ainsi,  The Orchids, The Sea Urchins, 14 Iced Bears, Even As We Speak, The Wake et les autres ne sont virtuoses que dans leur discrétion élégante.  Ils arrivent à toucher la sensibilité des auditeurs et à susciter leur intérêt par leur timidité maladive mais séduisante et attachante... à l'image d'un boyscout qui adresserait une reprise simplifiée de  There is a Light that Never Goes Out à sa dulcinée en grattant sa guitare tout en fixant ses pieds.

Beaucoup de jeunes vont donc se reconnaître dans la Twee Pop proposée par Matt et Clare et, très vite, par le bouche à oreille, par le biais de fanzines, de feuillets présentés en courtes histoires à la presse musicale, et surtout grâce à John Peel sur Radio1, Sarah Records prend de l'ampleur.

Le choix du nom du label tient plus du domaine de la fantaisie que de la revendication féministe. Certains journalistes ont malgré tout profité de la dénomination du label pour qualifier ses productions de prévisiblement maladroites et faibles. En proposant une pop fragile étincelante, Sarah Records arrivera à tirer parti de cette faiblesse et même à devenir une référence pop internationale.

De 1987 à 1995, Matt et Clare produisent sous des formats différents (5, 7, 10 et 12 pouces) des singles (du Sarah 01 jusqu'à la compilation Sarah 100, qui porte le nom d'une rue de Bristol, «There And Back Again Lane »), des maxis, des albums et des compilations numérotés. Leurs productions ont toutes la caractéristique d'être emballées dans des pochettes monochromes ou bichromes pour des raisons économiques. Ce graphisme est toutefois devenu complètement indissociable du mouvement.

The Field Mice

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Heavenly (anciennement Tallulah Gosh) et surtout The Field Mice sont deux des groupes les plus populaires signés par Sarah Records. Ce dernier était un groupe originaire de Londres né en 1988. Pendant trois ans, ils ont proposé une Twee Pop aux accents électroniques à la fois proche de The Smiths et de New Order. Let's Kiss And Make Up (repris par Saint-Etienne), Sensitive , If You Need Someone , The End of the Affair... sont de réelles pierres précieuses pop taillées tout en grâce et discrétion. Leurs lignes de basse brodées autour de quelques notes influencent encore les groupes actuels (Beach Fossils).

Après 1991, on a pu retrouver des membres de The Field Mice dans Northern Picture Library et plus récemment Trembling Blue Stars. Where'd You Learn To Kiss That Way? (Shinkansen rcds), double compilation des morceaux du groupe londonien sortie en 1999  a été vendue à plus d'exemplaires que tous ses disques sortis entre 1988 et 1991.

L'après Sarah


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En 1996, Matt Haynes fonde Shinkansen Records. Certains artistes du catalogue de Sarah auront l'opportunité de participer à l'aventure Shinkansen. Depuis quelques années, des productions de Sarah Records sont à nouveau disponibles sur El Records et LTM Recordings. Aujourd'hui, plusieurs groupes, dont Belle and Sebastian, sont autant influencés par la Twee Pop de Sarah que par ses pochettes.

Pour ceux qui ne savent par où commencer...

Sarah 402 : The Field Mice - Snowball (1989) : Les morceaux les plus dansants et/ou spontanés de The Field Mice, une merveille.

Sarah 603 : Heavenly - Heavenly Vs. Satan (1991) : Un mélange d'énergie et de douceur mené par la craquante Amelia Fletcher.

Sarah 376 :  Temple Cloud Compilation (1990) : Encore pour The Field Mice et pour découvrir les perles de The Orchids, Brighter, St. Christopher, The Wake et des autres.

Vidéo


The Divine Comedy - Bang Goes The Knighthood

divinecomedybanggoestheknighthoodLa première fois que j'ai été déçu par Divine Comedy, c'était en 1994. Un concert donné à Bruxelles. Il s'agissait du dernier concert de la tournée « Promenade » et l'Irlandais était bien décidé à fêter l'événement : « We have to be extremely drunk tonight !» Chose promise, ... Ce qui a donné un concert-foutoir. Neil était ivre et s'évertuait à faire de l'humour bon marché. Ainsi, sur The Booklovers, Enzo Scifo et les autres joueurs de l'équipe de foot belge avaient détrôné Emily Brontë, Franz Kafka etc.
Par la suite, après avoir été amoureux des albums Liberation et Promenade, j'ai détesté Regeneration, Absent Friends et Victory for The Comic Muse et me suis souvent demandé pourquoi Neil Hannon voulait tant ressembler à Jacques Brel ou Sweeney Todd, et s'éloigner de l'Europop-pop et de Scott Walker. A maintes reprises, il a quitté sa pop baroque emphatique mais grâcieuse pour nous présenter une grosse tarte rococo à souhait.
Quatre années de silence (ou presque) depuis le Victory for the Comic Muse et voici le nouvel album écrit et produit par mon ex-crevette-en-costard-préférée.
Deux cd, le 1er contient 12 nouvelles chansons et le 2e est un cd bonus live enregistré à la Cité de la musique en 2008 à conseiller aux fans de Vincent Delerm.
Neil Hannon maîtrise sa voix dès Down in the Street Below. Elle est impeccable et se fait sobre parfois même (sauf sur la fin à la Luis Mariano de Can You Stand Upon One Leg). Les arrangements sont toujours classieux, la retenue est souvent de mise mais Divine Comedy franchit encore parfois la frontière de la sobriété et nous ressert la pâtisserie redoutée.
Plusieurs morceaux sont toutefois vraiment réussis. Et parmi ceux-ci, Neapolitan Girl, At the Indie Disco, Assume the Perpendicular, et surtout le délicieux duo Island Life comptent parmi les meilleurs morceaux de Divine Comedy de ces dernières années.
Au final, un album bien meilleur que ses trois précédents mais qui présente quelques fautes de goût. Je ne suis pas fâché sur toi, Neil. Je suis même heureux de savoir que tu vas mieux. Simplement, je n'attends malheureusement plus que tu me bouleverses.

Audio

The Divine Comedy - Neapolitan Girl

Tracklist

The Divine Comedy - Bang Goes the Knighthood (Divine Comedy Records)

1. Down In The Street Below
2. The Complete Banker
3. Neapolitan Girl
4. Bang Goes The Knighthood
5. At The Indie Disco
6. Have You Ever Been In Love
7. Assume The Perpendicular
8. The Lost Art of Conversation
9. Island Life
10. When A Man Cries
11. Can You Stand Upon One Leg
12. I Like


On y était - Band Of Skulls

band-of-skulls-38-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Band Of Skulls, Le Nouveau Casino, Paris, 25 mai 2010

Band Of Skulls... un groupe au nom prometteur dont le premier album mi-figue, mi-raisin, Baby Darling Doll Face Honey, m'avait laissée sur une impression de pas assez. Commencer sur l'excellent Light Of The Morning et finir sur un Stun Me All Wonderful relativement chiant, c'était comme offrir un repas sans mousse au chocolat : frustrant. Les très bons morceaux de la première partie de la galette (I Know What I Am, Patterns, Impossible) étaient ainsi plombés par un final feignant et mou du genou. Probablement la faute au trop grand nombre de compositeurs au sein du groupe - trois membres sur trois, mon capitaine -, qui rendait difficile le mélange homogène de la mixture. Néanmoins, on m'avait dit le plus grand bien de leur dernière performance à la Flèche d'Or et depuis ce rendez-vous manqué, j'attendais patiemment de pouvoir constater de mes yeux de quoi il en retournait.

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Malheureusement pour le trio de Southampton, la concurrence était rude ce soir-là. Voyez plutôt : Muse au Casino de Paris, Gossip au Zénith... que des poids-lourds (ha ha). La salle a du mal à se remplir et l'ambiance n'y est pas bien folichonne, malgré l'effort conséquent des ados du premier rang qui se racontent leurs exploits : "La dernière fois, tu te souviens, j'ai fait un sourire au batteur, hi hi hi, attends je te prends en photo." Et puis il faut dire qu'aucun groupe ne s'est dévoué pour assurer la première partie et tenter de réchauffer l'atmosphère. Car oui, malgré les 30°C extérieurs et l'orage qui gronde, il ne fait même pas trop chaud dans la fosse. Un comble.

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Le groupe arrive donc sur scène comme un cheveu sur la soupe un peu avant 21h. Le suspense est à son comble : vont-ils réussir à se dépêtrer de cette situation catastrophique ? En balançant d'entrée le fameux Light Of The Morning cité plus haut, Emma, Russel et Matt soulèvent en un pincement de corde la fosse neurasthénique. Enfin on a déjà vu mieux, mais étant donnée la situation, on salue l'effort. Ce morceau, qui ouvre parfaitement l'album, ne vaut pas moins en live. Son riff dépouillé, sa batterie cinglante et son chant asséné comme une lame tranchante en font presque un manifeste qu'on pourrait intituler Trois leçons pour réussir son entrée. Le groupe a beau compter deux chanteurs dans ses rangs, c'est bien Russel Marsden qui mène le jeu, brillamment secondé par une Emma Richardson sombre et racée - comme quoi on peut oublier son soutien-gorge au vestiaire et être sexy ; j'aurais au moins appris un truc ce soir. Sa basse incisive cisèle lourdement les morceaux, leur donnant cette assise blues qui a sans doute incité Rolling Stone à les comparer à The Dead Weather. Emma, plus grande et plus élégante qu'Alison Mosshart, n'a d'ailleurs pas grand chose à lui envier, si ce n'est ce magnétisme sexuel qui a rendu célèbre la chanteuse des Kills - mais ça, ça ne s'apprend pas, jeune Padawan. Un court moment, le couple se rapproche pourtant, Russel pose sa tête un instant sur l'épaule de son immense comparse, mais le résultat est plus tendre qu'érotique. Pendant cet attendrissant interlude, Matt Hayward tient la chandelle derrière sa batterie qu'il honore de litres et de litres de sueur. Gage de qualité ? Dans ce cas-là, oui. Quoi qu'il en soit, on ne m'avait pas menti : même les morceaux les moins intéressants sont ici plus convaincants que sur l'album. Bien que le plus souvent cantonnés à leur portion de scène, on sent une plus grande cohérence entre les membres du groupe que celle dont ils ont fait preuve en studio. Studio où on espère qu'ils vont remettre les pieds rapidement, leur stock de morceaux étant épuisé en quarante-cinq minutes. Et moi qui pensait naïvement qu'après plusieurs mois passés sur la route et mille occasions de composer, Band Of Skulls aurait un peu plus à nous proposer...

Mais il n'est même pas 22h que le public est déjà raccompagné sur le trottoir sans avoir eu droit à son dessert. Dans le ciel, encore le jour, et sur mes lèvres un goût de trop peu.

Photos

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Setlist

1. Light Of The Morning
2. Death By Diamonds And Pearl
3. Friends
4. Patterns
5. Fires
6. Cold Fame
7. I Know What I Am
8. Bomb
9. Blood
10. Impossible


Steve Mason - Boys Outside

masonCher Steve Mason, tu crois sincèrement t'en tirer comme ça ? D'une chiquenaude confinant à la minauderie ? Tu penses nous semer, nous faire oublier qui tu es ? De King Biscuit Time à Black Affairs, tu imagines que l'on n'a pas démasqué la supercherie ? Te tapir dans l'ombre reste pourtant l'une de tes meilleures idées tant tes ersatz euphorisant ne vaudront jamais une demi-mesure de ton Beta Band galvaudé et très tôt mis à mal. Comment ne pas haïr ta mièvrerie désormais resplendissante, collant à tes basques telle une ombre ostentatoire à ton talent ? Va-t-on t'excuser en brandissant tes déboires amoureux, ta dépression et ton sombre bilan psychiatrique ? On ne pardonne qu'aux innocents, tu le sais bien. C'est salaud, mais tu connaissais la règle du jeu avant de lancer les dés de cette renommée vertement glanée. Souviens-toi et fais la parallèle. A l'époque Animal Collective ne trustait pas les charts de l'avant-garde, c'était le temps béni du rien, du néant, de la porte ouverte à vos élucubrations dégingandées mais absolument géniales, toutes contenues dans The Three EP (1998). Le futur de la pop semblait contenir dans votre vision cinétique de la création, entre boucles électro, guitares folk et mantras hippies fredonnés jusqu'à satiété. Et si le grand bug de l'an 2000 fut une escroquerie à peine maquillée, que dire de cet album éponyme imbuvable et des deux autres qui ont péniblement suivi dans la même veine éculée et ampoulée ? Qu'ajouter sur l'unique LP de King Biscuit Time que tu as mis cinq ans à pondre, Black Gold (2006) et que tu qualifias non sans ménagement, une fois balancé en pâture à l'auditeur désabusé, de "pure daube", quitte à te brouiller une seconde fois avec ta maison de disque (Regal puis Poptones d'Alan McGee) ? Tu joues désormais à la sainte-nitouche clean et conventionnelle, rependant ton spleen amoureux à chaque plage éthérée d'un disque, Boys Outside, sorti le 3 mai dernier sur Double Six / Domino. Et tu supposes sans doute que débaucher Richard X à la production (Saint Etienne) suffira à calmer ma fièvre réprobatrice ? Tu ne manques pas de toupet ! Dégoiser ainsi tes évidences stylistiques sur de telles platitudes électro-acoustiques (Am i Just a Man, Hound On My Hell) confine à la basse provocation et confère d'invariables envies de carnage. Surtout lorsque que tu daignes exhiber d'infimes réminiscences de beauté céleste suspendues à la nonchalance légendaire de ton chant (Boys Outside, Yesterday) ou lorsque tu nargues ton monde en figurant d'amorphes bribes stellaires le futur hypothétique d'un Beta Band à jamais congédié par ta faute dans les affres de l'oubli (Lost and Found, Stress Position). Il n'y a plus rien à faire de toi et de tes disques. La haine et l'amour, c'est pareil qu'on nous dit, qu'un papier de cigarette les sépare, et que passer de l'un à l'autre nécessite juste un peu de folie et de vexation. C'est pas faux, loin de là, mes lèvres écument ce terrible ressentiment, celui que tu n'as de cesse d'aviver en singeant ta verve créative, ma bouche se déforme à mesure que ton disque renâcle à mes oreilles ton passé pas si lointain. En gardant pour la première fois ton état civil sur la pochette d'un disque tu réussiras peut-être à brouiller les pistes et à te faire passer pour le suceur de boules en guimauve que tu n'es pas. Mais je suis loin d'être le seul à ne pas être dupe. Alors un conseil, fais gaffe à ton ombre.

Bio

001The Beta Band

Tandis qu'à Glasgow, dès 1995, les ébauches bouillonnantes de Mogwai font trembler les murs, mariant le post-rock hérité d'oncles de Chicago (Slint, Tortoise) au son brut des Pixies, le ciel d'Edinbourg, lui, demeure gris. Placidement gris, lorsque, l'année suivante, débute l'une des aventures les plus tordues que l'histoire de la pop ait connu avec la décision de Steve Mason et Gordon Anderson de fonder The Pigeons. L'arrivée de deux autres acolytes et la sortie d'un premier EP, Champions Versions (1996), précipitent les choses et un nouveau nom, The Beta Band. Le sang des rock critic londoniens ne fait alors qu'un tour : la révolution folk rock, attendue sur terre depuis tant d'années, couve très certainement dans l'imaginaire de ces quatre étudiants en cinéma. Compilant avec dextérité une nébuleuse incroyable d'influences autour de mélodies foutraques et déglinguées, d'une demi-douzaine de minutes chacune, The Beta Band préfigure un son folk psyché, bidouillé et synthétique. Avec la parution de deux autres EP, The Patty Patty Sound et Los Amigos del Beta Bandidos (1998), leur réputation n'est plus à faire d'autant que leurs prestations scéniques captivent. Ils s'amusent, se déguisent et ne comptent pas les minutes. Les trois premiers EP sont alors regroupés au sein d'un disque marquant d'une pierre blanche leur emprise fin de siècle. Dès 1999, sort leur premier disque, éponyme. Il sonne comme le début de la fin. Déjà. L'expérimentation tourne au bordel sans nom, au capharnaüm pas forcément dénué de charme, mais bien loin de ce qu'avait laissé présager The Three EP. En bisbille perpétuelle avec leur maison de disque, Regal, ils côtoient les cimes des charts le temps d'un single To You Alone (2000) avant de sortir leurs deux derniers disques, inégaux et plus conventionnels, Hot Shot II (2001) et Heroes to Zeros (2004). Si la machine tourne à vide, leur talent pour l'arty cinématographique perce avec humour et inventivité l'écran cathodique, en attestent les clips ici et . Gondry n'est pas loin. La séparation inéluctable est effective en 2004. Chacun dérive depuis, avec plus ou moins de justesse, au gré de divers projets parallèles (King Biscuit Time, The Aliens, The General and Duchess Collins).

Audio

Steve Mason - Boys Outside

The Beta Band - The House Song

Vidéo

Tracklist

Steve Mason - Boys Outside (Double Six, 2010)

1. Understand My Heart
2. Am I Just A Man
3. The Letter
4. Yesterday
5. Lost & Found
6. I Let Her In
7. Stress Position
8. All Come Down
9. Boys Outside
10. Hound On My Heel


Jamie Lidell - Compass

jamielidellimagedtail22353Jamie, Jamie… C’est pas un nom de gonzesse ça ? Déjà le sixième album et le cinquième sur l’écurie Warpienne pour le sale gosse de la soul, se rêvant en Michael Jackson blanc et électro du troisième millénaire. J’ai une bonne nouvelle pour le super Jamie, sa carrière est morte, comme son idole. Et dire qu’à l’aube des années 2000, son association à la star de l’IDM, Cristian Vogel, avait donné naissance à la boursouflure dark-soul perverse bien nommée Super Collider dont certains ne se sont toujours pas remis. Inoubliable clip de Darn (Cold way O’lovin), et ce vieux faciès de Jamie caché derrière cette immense touffe de cheveux. Depuis qu’il se Multiply, le vocaliste sombre, opérant sa métamorphose en Jim, et surnage grâce à Rope Of Sands, ma foi plus proche de Chris Isaak
Quelque part j’aurais préféré que cet album me traverse et qu’il passe sans que l’on ne s’aperçoive de rien. Malheureusement, ce ne sera pas le cas, les beats s’accrochent, s’agrippent, dérangent… La voix chargée de « hhmmm ! » « ooooooouuuh ! » et diverses onomatopées, irrite et crispe l’auditeur qui appuie constamment sur stop. Oui mais et ma chronique alors ? Après tout comme le dit lui-même le musicien anglais : Enough Is Enough. On prendra un simple plaisir sadique à se moquer des titres à se pisser dessus de rire : I Wanna Be Your Telephone, Completely Exposed… Côté production, j’ai pris plus de plaisir sur le Future Sex/Love Song du pourtant agaçant Justin Timberlake que sur ce Compass croisant baile-funk,soul, country-folk, le tout passé à la moulinette par un ex-génie qui se la joue Calvin Harris. J’exagère certes, mais à peine. Aucune finesse dans des titres comme Coma Chameleon ou You Are Walking, caloriques et indigestes comme une fondue savoyarde un jour de canicule. Seul Gypsy Blood reste relativement écoutable, et pour de mauvaises raisons puisqu’il s’agit en effet du morceau le plus court de ce nouvel essai, mais également le titre le moins identifiable de son auteur.
Bref, en résumé ce cru 2010 se révèle être une vraie tannée mais également le premier faux pas du label hétéroclite de Sheffield de ce début de décennie. Allez hop, le disque au broyeur. Aïe, j’avais oublié qu’on me l’avait envoyé en format digital. Quoi qu’il en soit, Jamie Lidell, lui, n’aura pas le droit à l’Apple Care et a dû intituler son album Compass non pas parce qu’il faisait chavirer l’audience mais plutôt parce que lui-même avait perdu le nord. Une qualité ? La pochette est très jolie, je trouve.

Audio

Jamie Lidell - Compass

Vidéo

Tracklist

Jamie Lidell - Compass (Warp, 2010)

01 - Completely Exposed
02 - Your Sweet Boom
03 - She Needs Me
04 - I Wanna Be Your Telephone
05 - Enough's Enough
06 - The Ring
07 - You Are Waking
08 - I Can Love Again
09 - It's A Kiss
10 - Compass
11 - Gypsy Blood
12 - Coma Chameleon
13 - Big Drift
14 - You See My Light


Young Marble Giants l'interview

Young Marble Giants 2

Quatuor avant-gardiste gallois formé par Alison Statton, Peter Joyce, Philip et Stuart Moxham, les Young Marble Giants sont les auteurs d'un unique Album Colossal Youth sorti sur Rough Trade, label collectiviste fondé par Geoff Travis et véritable plaque tournante indépendante de la création musicale anglaise d'alors. Chacun de leurs morceaux - aussi brefs que lumineux - résonne tel une ode assumée au dépouillement lo-fi et à un minimalisme érigé en véritable révolte à l'encontre de la fièvre névrotique punk. Développant un son aride, encensé plus tard tel un doux radicalisme, employant à la guitare pour ce faire la technique du muting (consistant à étouffer les vibrations des cordes en posant la main droite dessus), couplé à une basse au son rond et mélodique, "s'apparentant presque à du tricotage" selon les propres mots de Stuart, la musique des YMG tire avant tout son originalité du chant presque susurré d'Alison Statton au timbre si ordinaire mais pourtant terriblement séduisant. Adoubé par John Peel, célèbre animateur de la BBC Radio One et catalyseur de la scène musicale indépendante britannique, popularisant la si fameuse chanson Final Day du jeune combo, les YMG égrainaient selon Simon Reynolds une musique "pour introvertis, par des introvertis", Stuart Moxham déclarant à l'époque chercher "à obtenir un son semblable à celui d'une radio coincée entre deux stations, qu'on écouterait dans son lit, à quatre heures du matin, avec ses super sons d'ondes courtes et ces fragments venus d'autres fréquences". Dépassant les dissensions internes qui eurent raison du groupe après seulement deux ans d'existence, les YMG sont de retour et peut-être pas que pour une série de concerts événements. C'est en tout cas ce que nous révèle Stuart dans une interview retranscrite ci-dessous et qu'il a eu la gentillesse de nous accorder la semaine dernière.

"La musique des Young Marble Giants consistait en un singulier mélange : riffs nasillards en trémolo façon Duane Eddy, guitare rythmique tranchante à la Steve Cooper, cadences hachées par la new-vave de Devo" Simon Reynolds - Rip it up and Start Again, éd. Allia, p. 275.

Le "doux radicalisme" des Young Marble Giants, entre dépouillement des arrangements et calme des compositions, était-il une réaction envers le punk et l'agitation qui s'en suivit ?

Oui, ainsi que la volonté de se fondre dans la force du minimalisme en soi. Nous devions aussi parvenir à nous faire remarquer dans une province lointaine, raillée, traditionnellement ignorée par le monde de la musique londonien ; nous devions créer quelque chose qui sortait de l’ordinaire.

Rétrospectivement, quel regard portez-vous sur le succès immuable, populaire et critique et de votre album Colossal Youth (Rough Trade, 1980) ?

Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes, et c’est extrêmement gratifiant de voir que cet album a connu une trajectoire quasi-verticale, sur le plan critique, du point de vue des ventes, comme source de chansons pour les bandes originales de nombreux films, et cetera (des titres secondaires de YMG apparaîtront dans la nouvelle série d’HBO « Bored To Death », par exemple). En gros, je peux vivre et mourir heureux parce que cette musique m’a permis d’accomplir en tant qu’artiste tout en m’assurant le statut d’immortel. Comme le dit la chanson, « Dreams can come true ».

Aviez-vous eu l'impression d'appartenir à la mouvance post-punk anglaise ? Quelle image en gardez-vous aujourd'hui ?

Je pense que oui. C’était une bonne chose, qui offrait aux gens la possibilité d’être vraiment expérimentaux. Je vous recommande la lecture de « Rip It Up And Start Again » (de Simon Reynolds), une excellente façon de se faire une idée de l’esprit de ce temps-là.

Vos projets respectifs (Weekend, The Gist...) ont-ils subi l'ombre de YMG ?

Jusqu’à présent, oui. Mais mon prochain album, “Personal Best”, sortira le 31 mai sur mon propre label (très post-punk) hABIT Records UK ; il s’agit d’un échantillon de mon œuvre après la dissolution d’YMG.

De quel groupe ou scène actuelle vous sentez-vous le plus proche ?

Je ne me suis jamais trouvé de points communs avec d’autres groupes.

Vous avez enregistré Colossal Youth en trois jours pour 1000 £. Le dénuement de vos arrangements et le minimalisme de vos compositions seraient-ils toujours les mêmes avec le développement actuel des technologies et des techniques d'enregistrement ?

Oui.

Vous sortez d'un silence de presque trente ans seulement interrompu par quelques concerts (entre 2006 et 2008) et une compilation (Salad Days, 2000). Quelles sont les motivations de votre actuel retour sur scène ? Votre futur proche est-il fait d'un prolongement discographique ?

La composition. Mais nous avons dévié vers le live, beaucoup plus facile. J’insiste toujours pour que le groupe se remette à composer, car je sais qu’il reste encore beaucoup de musique en nous.
Propos recueillis par Thibault. Merci à Stuart, Adrien & Hamza.

Video


Ian Curtis (80-010)

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Cette semaine on a fêté, et c'est peu de le dire, les 30 ans de la disparition (que rajouter ici comme synonymes, éminemment tragique peut-être, anormalement évidente sans doute) de Ian Curtis, mythe indépassable s'il en est avec Kurt Cobain et Nick Drake du chanteur aliéné par son propre génie. Beaucoup d'entre-nous n'étions pas encore vivants, trop jeunes ou tout simplement pas au fait de l'actualité culturelle de Manchester lorsque le chanteur fut décidé à résumer sa courte vie par un geste que lui seul pouvait considérer comme salvateur ; nous obligeant ainsi à appréhender son œuvre post-mortem l'oreille toujours portée vers le passé et ce sentiment frustrant de finitude absolue, avec comme posture possible celle de l'homme devant rendre hommage. Mais que dire de plus qui n'ait pas déjà été dit. Alors que certains, Peter Hook le premier, s'acharnent à vouloir invoquer l'esprit de l'idole pour remplir salles et festivals - entreprise vouée à l'échec artistique puisqu'on ne peut rendre à une œuvre désincarnée sa forme auratique - nous avons décidé de vous faire réentendre quelques morceaux captés en décembre 79 aux Bains Douches, six mois avant la disparition du leader de Joy Division, afin d'au moins rendre faussement proche cette histoire de plus en plus lointaine et de rendre et laisser aux morts ce qui leur appartient.

Audio

Joy Division – Shadowplay (live)
Joy Division – A Means To An End (live)
Joy Division – 24 Hours (live)
Joy Division – Love Will Tear Us Apart (live)


Bonobo - Black Sands

bonobo_black_sands_albumcover_kIl y a mille et une façons de découvrir un artiste. Évidemment, il y a cette source incommensurable qu’est le web, mais il y a aussi votre charmant disquaire ou vos amis… Pour ma part j’ai découvert Bonobo au cours d’une soirée de dérive télévisée, scotchée devant une de ces émissions hasardeuses du PAF, dont je tairai le nom, histoire de garder un minimum de crédibilité à vos yeux. Si pour vous Bonobo n’évoque rien d’autre qu’un petit chimpanzé, sachez que Simon Green est un musicien/producteur anglais signé sur le respectueux label Ninja Tunes qui est diffusé dans un nombre conséquent de publicités/séries/films. Et si vous tendez l’oreille aux morceaux Flutter ou encore Ketto issus respectivement de Dial M for Monkey (2003) et Days to Come (2006), un magnifique « MAIS OUIIII » sortira de votre bouche (promis). Comme une suite logique, Black Sands arrive et pour ceux qui hésiteraient encore à tendre l’oreille, suivez mon périple en terre conquise. Cet album, c’est avant tout une invitation au voyage, à la ville comme en rase campagne, en Asie, comme aux frontières de l’Amérique. Nous entamons donc ce court séjour, au milieu d’un temple asiatique avec un Prelude doux et harmonieux qui s’enchaîne religieusement bien avec Kiara, gagnant en rythme et en gimmick si chers à notre guide. Notre chemin se poursuit avec Kong, la grande ville, le mouvement, la foule, la vie. Toujours cet esprit électro jazz omniprésent et si parfaitement maîtrisé qui sait si bien nous charmer. La talentueuse Andreya Triana prend alors part à notre voyage, de sa voix suave et veloutée, elle donne tout un relief à cet album. C’est au tour de l’Espagne désormais en suivant El Toro qui sait se faire entendre en proposant un large choix de percussions, au milieu de saxophones et de violons, orchestrés de mains de maître. We Could Forever est sûrement l’un des titres qui marquera l’album. Cette sensation de liberté nous imprègne, et du bout des doigts nous caressons les oiseaux, nourris de cette magnifique envolée de flûte traversière qui nous maintient en équilibre. En 1009 nous retrouvons le côté électrique, électronique de la ville pour ensuite perdre pied dans un ascenseur émotionnel avec All In Forms entre joie et mélancolie. Dans une cave aux lumières tamisées, The Keeper et Stay The Same, marquent cet esprit jazzy, et comme un fondu entre deux scènes d’un film soviétique noir et blanc arrive Animals qui note la patte du label, titre qui aurait tout aussi bien pu se trouver sur la tracklist de Man With a Movie Camera des Cinematic Orchestra. C’est maintenant la fin du voyage, toujours difficile, ici marquée par Black Sands aux tons mélancoliques, qui nous fait doucement redescendre de notre nuage.

Audio

Bonobo - Eyesdown (feat. Andreya Triana)

Tracklist

Bonobo - Black Sands (Ninja Tune, 2010)

1. Prelude
2. Kiara
3. Kong
4. Eyesdown
5. El toro
6. We could forever
7. 1009
8. All in forms
9. The keeper
10. Stay the same
11. Animals
12. Black Sands