Who are you Arbutus Records?

Arbutus by Marilis CardinalLorsqu'un saut calendaire d'une année sur l'autre se profile, il est désormais coutume de dresser des listes exhaustives classant les groupes et morceaux ayant fait l'année, en plus de labels sans cesse plus nombreux à assumer les risques de la production vinylique, et ce, malgré ou grâce à la musique en ligne et au téléchargement. D'ailleurs, on ne déroge pas à la règle (lire). Mais au-delà du coup d'éclat, à quoi se jauge un bon label ? A son identité, ses sorties, son activité mais aussi et surtout à son modèle de développement : un bon label est un label qui dure, qui s'inscrit dans le temps et qui par ses choix imprime une esthétique à la fois multiple et référentielle. Le label créé une unité visuelle et stylistique, permettant à l'auditeur déjà acquis de s'y fier presque aveuglément, tout en conservant une diversité musicale intrinsèque. Dans la musique indépendante contemporaine, si l'on veut s'extraire de la ghettoïsation engendrée par les modes de production lo-fi - digital et cassette - il n'y a pas trente-six solutions. Il y a quelques années déjà, au cours d'un long entretien (lire), Julien Rohel, instigateur de Clapping Music, nous livrait de but en blanc l'une des recettes les plus réalistes : aujourd'hui notre modèle économique est quasi le même que celui d’il y a dix ans : tout juste suffisant pour vivoter et se débrouiller. Dans dix ans ? Le même mais avec plus de moyens et avec un ou deux groupes ayant bien explosé, permettant de financer le reste… Pas un truc de masse mais de bons disques qui marchent et qui permettent à la structure de grossir pour se développer et produire dans de meilleures conditions. Je reste persuadé qu’avec les groupes qu’on a, il y a la potentialité de sortir du cercle un peu trop étriqué du réseau indépendant français… Si l'on reste convaincu de l'acuité d'un tel constat, inutile de préciser que les exemples qui viennent à l'esprit pour l'illustrer ne sont pas légions en France quand d'autres, Outre-Atlantique, se posent là, tout auréolés d'une flopée de disques ayant fait date en 2013. Ce qui n'est pas rien à l'heure où tout se perd et se confond dans un fil d'actualité continu, noyant littéralement l'auditeur de nouveautés et rééditions après l'avoir sevré de si longues années. Parmi ceux-ci, les labels Arbutus Records et Mexican Summer (lire), chacun ayant soufflé en 2013 sa cinquième bougie, méritent un éclairage tout particulier, cristallisant l'attention, par de-là leurs spécificités respectives, autour d'un triptyque de valeurs cousu d'amitié, d'intégrité et d'éthique.

Entrevue avec Sebastian Cowan

Sebastian Cowan by Emily Kai Bock

2012 aura été l'année de Claire Boucher qui, avec son troisième album Visions sous le patronyme de Grimes, réussit le tour de force de conjuguer succès critique et engouement populaire. Propulsée par une alliance entre son label de toujours Arbutus Records et l'anglais 4AD Records, la Canadienne fit d'Oblivion un véritable hymne d'une jeunesse n'arrivant pas à se décider entre gimmick pop et sonorités électroniques. Pile le creuset de la structure fomentée en 2008 par Sebastian Cowan qui, à la force du poignet, convertit ce qui au départ n'était qu'une histoire d'amis se côtoyant aux alentours de La Brique, squat d’artistes à Montréal, aujourd'hui fermé, en véritable label à l'exigence avérée et à l'aura dépassant allègrement les frontières. De Sean Nicholas Savage publiant en 2008 successivement les trois premières références d'Arbutus, deux CD-R et un LP, de Grimes donc, égrainant en 2010 son inaugural Geidi Primes, en passant par Blue Hawaii, Tops, Braids, Doldrums, Tonstartssbandht, et plus récemment Majical Cloudz, chaque sortie est étudiée, ne laissant que peu au hasard - Sebastian, rejoint par Marilis Cardinal, trouvant pour chacune d'entres elles le format adéquat, le réseau idoine, se saignant presque pour les faire tourner aux États-Unis et en Europe, dans des salles de moins en moins confidentielles. Si tu lances un label avec des potes, tu n'as jamais l'impression de bosser - une bien belle maxime qu'il coucha sur papier pour Impose (lire) et qui explique un tel dévouement s'exprimant même pour les projets plus confidentiels de ses amis regroupés au sein d'une division digitale et libre de téléchargement du label, dénommé Movie Star, avec, entres autres, Kool Music et Solar Year en plus des side-projects de David Carriere de Tops, Paula, d'Alex Cowan de Blue Hawaii, Agor, et d'Edwin Mathis White de Tonstartssbandht, Eola. Histoire de commencer l'année 2014 sous les meilleurs auspices, le label québécois dropera Bermuda Waterfall le 13 mai prochain de son éminence Sean Nicholas Savage, véritable coqueluche du Hog Hog Festival.

Quelles ont été tes premières expériences musicales ?

Je ne peux parler qu'en mon nom, j'ai grandi à Vancouver où j'allais aux concerts punk tout public dans les centres communautaires. Je jouais dans des groupes et j'aidais à organiser des concerts. À 17 ans j'ai déménagé à Londres et je suis tombé à fond dans la dance et le son Warp du début des années 90. Puis je suis arrivé à Montréal en 2007. J'ai rencontré Marilis. Au départ, j'avais besoin de quelqu'un pour faire la com', elle était fan des groupes et s'en chargeait déjà plus ou moins. C'était logique de commencer à bosser ensemble.

Dis-moi comment Arbutus est né.

Quand j'ai emménagé à Montréal, c'était pour monter un espace de concert DIY dans un entrepôt. Il y a eu de nombreux changements mais le plus durable et le plus significatif pour moi impliquait une règle selon laquelle un de mes amis devait jouer à chaque concert. Le nombre de mes amis a vite augmenté et ça a effectivement permis à une certaine scène d'émerger et de grandir. J'ai commencé Arbutus afin d'enregistrer et de partager la musique au-delà de ces murs.

Arbutus est plus qu'un simple label. Pourquoi ?

L'éthique à son origine, celle des valeurs punk et DIY, imprègne encore tout ce qu'on fait. Derrière, il y a une communauté très soudée. On habite tous dans le même coin et notre bureau sert à la fois de local de répétition et de studio d'enregistrement. Tout ce qu'on fait, on le fait ensemble.

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Peux-tu expliquer le nom du label ?

C'est un arbre de la côte ouest. J'ai passé la majorité de mon enfance sur cette petite île du golfe qui en était recouverte. J'ai toujours aimé la façon dont l'écorce s'écaillait en été comme un parchemin afin de laisser apparaître le bois blanc, avec des colonies de fourmis faisant des allers-retours. Il prend toujours racine dans les endroits les plus surprenants, en haut des falaises surplombant l'océan.

Peux-tu nous expliquer pourquoi La Brique est un lieu important pour Arbutus ?

La Brique est le centre de tous nos efforts créatifs. C'est dans le même bâtiment où était Lab Synthèse - le lieu où tout a commencé - et c'est à cinq minutes à pied, au-delà d'une barrière et d'une voie ferrée, de là où nous habitons tous. Notre bureau s'y trouve et je fais souvent des journées de douze heures. Donc j'y passe beaucoup de temps et j'y vois les choses s'y produire. C'est au quatrième étage et il y a une très belle vue sur la voie ferrée.

Y a-t'il une esthétique, un concept auquel vous essayez de vous tenir à chaque sortie ?

En plus de tout ce dont j'ai déjà parlé, je pense qu'il y a quelques caractéristiques communes à tous les artistes d'Arbutus. C'est vrai que les styles sont tous un peu différents mais à l'origine, nous somme tous très semblables. On vient du même univers, on fait tous quelque chose de similaire. Il y a quelques principes que je considère comme essentiels à l'existence et que j'essaie d'encourager dans la mesure du possible chez les artistes et leur musique. Un exemple serait l'humour. C'est si important de garder le sens de l'humour face aux aléas de la vie et c'est très certainement une qualité que l'on retrouve au travers de nos productions.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?

Je regarde parmi mes amis les plus proches. Aussi mince/limité que cela puisse paraître, si une personne fait de la musique vraiment magnifique, je me retrouve attiré par elle - et on devient très proches en peu de temps.

Quels sont les rapports entre les groupes et le label ?

Très liés. Je travaille très dur et j'accorde énormément d'importance à ce que je fais, ce serait impossible si je n'aimais pas chaque individu avec lequel je travaille. C'est la base de tout. Les artistes sont impliqués dans chaque décision prise par le label, et à divers degrés, je suis presque toujours impliqué dans la musique.

Claire Boucher fait plus qu'une apparition sur le label. Comment expliques-tu le succès de Grimes ?

Claire travaille beaucoup. Elle a tout sacrifié pour que ce succès se produise. Non pas que les autres groupes n'en aient ni la volonté ni la possibilité, mais son succès est le résultat d'un immense travail. Claire est une personne intelligente et a une idée très précise de ce qu'elle veut faire. Ceci, conjugué avec une compréhension profonde de la culture et une conduite/attitude exceptionnelle a vraiment aidé son succès.

Eola et Doldrums font partie des sorties de 2013. Peux-tu nous renseigner sur eux ?

Doldrums c'est Airick Woodhead. Il est de Toronto mais vit ici maintenant. J'ai fait deux tournées internationales avec lui et Grimes, ce qui nous pas mal rapprochés. Sa musique est une parfaite représentation de sa personnalité. On pourrait dire la même chose d'Eola, qui est Edwin White de Tonstartssbandht. Eola est plus un projet axé sur des boucles de voix et un des disques les plus joués dans notre bureau.

Quelle est la sortie dont tu es le plus fier ?

Je ne peux pas choisir.

Qu'est-ce qui s'annonce pour Arbutus ?

On est en train de faire la transition afin de devenir un label viable. Un label qui puisse subvenir aux modes de vie de ses artistes et sortir de la musique à échelle mondiale. C'est une période excitante.

Audio

TOP 5 LP Arbutus 2013

01. Blue Hawaii - Untogether
02. Braids - Flourish//Perish (lire)
03. Sean Nicholas Savage - Other Life
04. Eola - Deo Gracias
05. Doldrums - Lesser Evil

Vidéos

http://vimeo.com/37084272

http://vimeo.com/31626231

http://vimeo.com/84574181

http://www.youtube.com/watch?v=WU2M10f0dzE

http://www.youtube.com/watch?v=_Xk-s4fCCwc


Tonstartssbandht l'interview

Encore un groupe signé sur Arbutus Records et encore un groupe qui détonne et fascine. Qui détonne ? Parce que rien ne ressemble, de près ou de loin, à la musique assénée par les frères White. Qui fascine ? Parce que jamais expérimentation et improvisation n'ont fait si bon ménage avec l'écriture pop. Bien sûr, il y aura toujours un connard pour radiner Animal Collective sur les braises de la discussion, mais honnêtement, à part le traitement en échos et en cascade des voix, Tonstartssbandht est aussi radical dans sa démarche que n'est imprononçable son patronyme. Hallucinations psyché, mantras éraillés et triturations stroboscopiques, les frangins empruntent au punk cette manie consubstantielle de briser les conventions stylistiques pour ébaucher facétieusement les leurs. Loin, très loin du sérieux accaparant les franges d'une scène expérimentale s'émoussant le petit en communauté restreinte, Andy et Edwin s'évertuent à donner corps à leur idéalisme musical, foutraque et perturbé, sans jamais abandonner cet humour et ce second degré leur collant aux basques. L'expérience se vit alors généreusement, à fond la caisse, dopé à l'énergie et à l'affect, dans le brouhaha apocalyptique d'une cyclotomie déroutante, entre divagations psychédéliques, agressions rythmiques et drones vrombissants. À l'occasion de leur tournée française, les presque siamois - à l'origine d'une pléthore de projets parallèles, dont Eola, Sugar Boys et High Rise 2 - se sont prêtés avec entrain au jeu des questions-réponses. D'évidence, les promesses esquissées - "Merci d’être venus nous voir et nous écouter, je fais ce truc pour m’ouvrir à vous, j’espère que vous pourrez vous lâcher et à votre tour et vous ouvrir à nous pour que toute cette énergie cérébrale s’envole et nous reviennent en flèche, histoire d'alimenter de nouvelles sensations et de nouvelles idées !" - ne tomberont pas dans l'oreille de sourds.

Pour participer au concours MU X w/ Tonstartssbandht & DZ Deathrays, le 18 mai à l'Espace B, cliquez ici.

Audio

Entrevue avec Andy et Edwin

Andy et Edwin, qui êtes-vous ?
Andy and Edwin, who are you? 

Edwin : Nous sommes deux frères divins d’Orlando en Floride. Nous faisons de la musique quelque soit l’endroit où nous vivons. Brooklyn pour moi et Montréal pour Andy. Nous sommes deux chiens universels, bouffons cosmiques, propriétaires de sang, de béton et oiseaux infantiles. Rois réticents de deo gracias y michelangelos de amor y dem UnbekanntenVive le sabre de la connaissance. Mis amigos siempre se ríen. Et maintenant ? Parole aux allumés.

Edwin: We are sibling gods from Orlando, Florida making music wherever we live, which is Brooklyn for me, Montreal for Andy. We are universal dogs and cosmic fools, concrete blood owners and infantile birds. Reluctant kings de deo gracias y michelangelos de amor y dem Unbekannten. Vive le sabre de la connaissance. Mis amigos siempre se ríen. Et maintenant? Let the goofs speak

Pouvez-vous présenter Tonstartssbandht en quelques mots ?
Can you describe Tonstartssbandht in a few words?

E : Libre, Éphémère, Aucune Attente, un Projet Artistique, une Facette d’une Relation, une Tranche de Temps Immangeable.

E: Free, Ephemeral, No Expectations, An Art Project, A Facet of a Relationship, a Slice of Inedible Time

Pouvez-vous expliquer le choix du nom du groupe, Tonstartssbandht ?
How did you guys come up with the name Tonstartssbandht?

E : J’ai fait un collage de mots pris dans un journal.
E: I made a collage of words from a newspaper

Comment définiriez-vous votre musique et pouvez-vous citer vos principales influences ?
How would you describe your music, and what/who are your biggest influences?

E : Parfois c’est genre boogie psychédélique, d’autres fois c’est plus pop vocale « expérimentale ». On est profondément influencé par tout ce qui est canon occidental ou par des diamants orientaux qui passent à travers les mailles du filet. Tous les maîtres de la mélodie, du rythme et de l’harmonie nous inspirent, tout autant que les mecs qui font du ''noise'', les vrais prophètes.

E: At times it's like a psychedelic boogie, at times it's "experimental" vocal pop. We're profoundly influenced by the whole of the Western canon, and all the gems that slip past the filters over from the East. Any and all masters of melody, rhythm and harmony inspire us, as well as the folks making "noise", the true seers.

Si vous deviez vous exiler sur une île déserte, quels disques emporteriez-vous ?
If you were stranded on a desert island what records would you want to have with you?

E :  Dans l’idéal, tous les disques que je n’ai jamais écoutés, la vie semblerait plus inédite. Mais de ma collection… Peut-être Tony Conrad et Faust – Outside The Dream Syndicate, ça serait marrant. Le jouer en 45 tours pour l’exercice matinal puis en 33 tours le soir pour se détendre, réfléchir et dormir. Honnêtement, un seul disque pour l’éternité me semble plus relever de la torture que du bonheur.

E: Ideally all the records I've never heard before, so life would feel fresh. But from my own collection ... perhaps it would be fun to bring Tony Conrad and FaustOutside the Dream Syndicate, and play it at 45 rpm for morning's exercise, and back at 33 rpm at night to unwind, think and then sleep. Honestly, any one record for eternity sounds to me more like torture than bliss.

Quelles places occupent expérimentation et improvisation dans votre musique ?
Talk about experimenting and the improvising in your music.

E : Pour créer, il faut improviser. C’est tellement stimulant. Quelque chose peut en ressortir à l’enregistrement, ou pas. J’écris de la musique que j’aimerais entendre et que réellement, j’écoute. On illustre une culture et un style de musique qu’on ne cherche pas à représenter et que d’ailleurs, on ne pourrait probablement pas atteindre. C’est nous qui vous montrons comment nous nous sentons, ce pourquoi on vit, ce qui en découle lorsqu’un « truc » se passe entre nous. Le résultat révèle quelque chose qu’on ne contrôle pas mais qu’on essaye de modeler d’une certaine façon avant de le laisser filer. Les PES du cerveau, un clash d’egos, des émanations de pathos humaniste, essayer d’être honnête en pensée comme dans l’action, la peur et l’amour, une euphorie sublime... Coincé à l’intérieur ça ne fonctionne pas, ça doit partir et revenir, partir et revenir en ramenant à chaque fois plus d’informations sur les sensations humaines avec lesquels ça a grouillé.

Pendant les lives, on n’a pas de structure fixe, c'est-à-dire qu’on survole nos chansons dans une forme de medley. On improvise sur la base de thèmes établis et on s’appuie sur notre propre énergie spirituelle brute pour dicter le rythme et donner au set son ressenti. Nos humeurs, notre bien-être physique ou émotionnel et l’atmosphère peuvent soit stimuler la chose et la porter vers une apogée délirante, soit révéler notre propre médiocrité, nos défauts, ou parfois même, faire tomber le tout à plat. Mais si tu regardes les statistiques, je suis certain que tu verras que dans la plupart des cas, ça fonctionne plutôt pas mal.

E: You must improvise to create. It's so exciting. Perhaps that comes through in recordings, at times perhaps not. I write music that I'd like to listen to, and that I do listen to. We're manifesting a culture and a music that we don't wish to seek out, nor that we could ever find. It's us showing you how we feel and what we live for, and what comes out when we connect. The product reveals something that we can't control, but that we try and shape a certain way before we let it go. Brain ESP, the clashing egos, the humanistic pathos emanating, trying to be honest in actions and thought, love and fear, sublime euphoria -- it's no good stuck inside, it must leave and come back, leave and come back, each time bringing back more information from the human feelings it's swarmed amongst.

In a live performance we use loose structure - in that we prefer to touch upon our songs in the form of medleys. We improvise upon established themes, and we rely on our own raw spiritual energy to conduct the pace and feeling of the set. Mood, physical and emotional well-being and atmosphere can either encourage this template toward an ecstatic climax following cathartic release, or it can reveal our own mediocrity, shortcomings and perhaps even fall flat. If you analyzed it mathematically though I'm confident you'd find that in most cases these things go "really well".

Aviez-vous des attentes particulières avec Sinkhole Storm and Standwich ?
Did you have specific expectations from Sinkhole Storm and Standwich?

E : Je pense que l’intention c’était de : 1) Mettre pour une fois la voix humaine de côté. Elle est pour nous généralement très dynamique, nous l’utilisons beaucoup et elle se trouve souvent au premier plan de notre musique ; 2) Laisser tomber le studio : fuir les merveilles de l’overdub pour un temps et essayer de trouver de la richesse dans cette période éphémère, où toutes les choses que tu entends sont aussi nouvelles que la seconde qui suit. La face A de la cassette est complètement live, nous deux sur la bande, et la face B contient un minimum de guitares superposées. C’est le premier enregistrement que nous sortons qui essaie de montrer au monde comment nous fonctionnons dans un contexte live, loin des possibilités sans fin de la création studio ; 3) Passer de la transe à l’euphorie. Pas de paroles, des changements rapides ou des morceaux très courts pour interrompre votre connexion mentale avec la musique. Les faces de 18 minutes, c’est un truc génial.

E: I think the intent was 1) to allow ourselves to let go of the human voice for once. For us, it is a huge asset. We have them and we use them, they are often at the forefront our our music. 2) to let go of the studio, to eschew the wonder of the overdub for a time and to find richness in that ephemeral moment, where all things heard are as new as the next second. The A-side of that cassette is completely live, recorded to tape, just the two of us, and side B has very minimal guitar overdubs. It is our first released recording that tries to show the world how we interact in a live setting, away from the endless possibilities offered by studio creation. 3) it's meant for trance inducing bliss. no words, fast changes or quick song breaks to severe your mental connection to the music. 18 minute sides are a wonderful thing.

Now I Am Become est un superbe album. Pouvez-vous me raconter dans quelles conditions vous l'avez composé ? Tous les morceaux ont une histoire particulière pour vous où naissent-ils spontanément ?
Now I Am Become is a magnificent LP. Can you tell me in what conditions you composed it? All the songs have a particular story for you or were they spontaneously born?

Andy : Now I Am Become est composé d’enregistrements de chansons soignées qui ont pris des années de modification, d’enregistrement et de mixage, ainsi que des impros qui ont donné quelque chose en très peu de jours. Le son le plus ancien sur la version finale de l’album date de 1967, c’est la voix d’Otis Redding qui chante Dock of The Bay, on l’utilise comme contre-mélodie sur l’un des morceaux. Le son le plus vieux qu’on ait enregistré pour cet album date d’octobre 2007 et le dernier d’automne 2010. Certains des morceaux de base (guitares, batterie pour la plupart, ainsi que de l’orgue de temps en temps) proviennent de bœufs enregistrés dans notre salle de répèt' quand on vivait tous les deux à Montréal. D’autres viennent de sessions d’enregistrement plus « sérieuses » avec Sebastian Cowan à La Brique, toujours à Montréal. Et puis on a enregistré nous-mêmes la plupart des superpositions et du chant dans nos appartements au fil des années. Deux chansons en particulier (Big Day Today et plus spécialement Holiness Aside) contiennent du chant enregistré dans un très grand loft en ciment désaffecté pas loin du studio de Sébastian. L’acoustique naturelle de l’espace lui donnait une bonne grosse réverbe.

Rétrospectivement, je trouve que Now I Am Become c’était vraiment pas un album marrant. C’est l’association de beaucoup de mes plus intenses sessions de travail inspiré et productif à des épisodes pas faciles : suicides d’amis, le cancer, moments de dépression, détester et mépriser les gens en général. Mais je suis fier de la musique qui en est sortie et je ne pense pas que les émotions associées à ces jams puissent se ressentir directement à l’écoute ; on y trouve de l’espoir donc, dans le fait que les morceaux peuvent être écoutés et interprétés sans qu’on n’y sente trop l’influence d’une main qui te guide et te dicte tes émotions. J’adore la tournure qu’a pris ce disque et j’aurai toujours du respect et de la fierté pour le travail et les efforts que nous avons fournis avec mon partenaire de composition (mon frère) et nos amis de chez Arbutus, le label qui a sorti le disque.

Andy: Now I Am Become features recordings of some meticulous songs that took years of tweaking, recording, and mixing, and also some jams that came together in a total of just a few days. The oldest sound on the finished record is from 1967, it's otis redding's voice singing Dock Of The Bay used as a counter melody on one of the tunes. The oldest sound that we recorded ourselves for the album is from October 2007 and the last sound to be recorded was in the fall of 2010. some of the base-tracks (mostly guitar and drums, with some organ also) are from jam session tapes recorded at our practice space when we both lived in Montreal, some are from some focused recording sessions with sebastian cowan at La Brique in montreal, and most of of the overdubs and vocals were self-recorded in our apartments and homes across the span of those years. 2 songs in particular (Big Day Today and especially Holiness Aside) feature vocals recorded in a large vacant cement loft next door to Sebastian's studio, using the natural acoustics of the space for long thick reverb.

In retrospect I find Now I Am Become to be a huge bummer of a record. I associate alot of my most intense stretches of inspired and productive work on this record with some heavy episodes: friends' suicides, bouts of depression, getting cancer, and being spiteful and hateful of people in general. But I am proud of the music that came out of it, and I dont think that the emotions I associate with these jams necessarily translate literally or directly to the listener; so its hopeful in that people can hear the tunes and interpret them without too much of a guiding hand conducting how they should feel after hearing them. I absolutely love how the record turned out, and I know i will always look back on the making and releasing of it with respect and pride for the job and efforts put forth by my songwriting partner (my brother) and our friends at Arbutus who put it out.

Now I Am Become et Sinkhole Storm and Standwich sont sortis sur Arbutus Records. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre histoire avec ce label ?
Now I Am Become & Sinkhole Storm and Standwich were released on Arbutus Records. Can you say a few words about your history with this label?

E : Avant qu’Arbutus ne soit un label, c’était deux frères canadiens qui géraient une salle de concert dans un loft à Montréal. Ils avaient de l’importance au sein de la communauté ainsi que pour notre musique. Ils nous ont aidés à mûrir en tant que musiciens en organisant des concerts et des événements dans lesquels nous pouvions jouer. L’endroit a fini par fermer mais ils ont continué à travailler avec les artistes qu’ils avaient rencontrés là-bas. Alors que nous avions toujours sorti notre musique nous-mêmes sur notre label Does Are, nous avons réalisé que si nous voulions finir par travailler avec d’autres labels et distribuer notre musique autrement que par nos propres moyens, nous ne pourrions le faire qu’avec des amis et des gens dignes de confiance. C’est ce qu’Arbutus a été pour nous. Ils nous fournissent la liberté dont nous avons besoin pour sentir que nous ne sommes pas en train de créer un produit purement commercial, mais une œuvre d’art dont nous pouvons être fiers et qui supporte nos idéaux. C’est pour tout cela que nous leur en sommes très reconnaissants.

E: Before Arbutus was a label it was two Canadian brothers running a loft venue in Montreal. They were important for the community and for our music as well as they would host shows and events that allowed us to mature as musicians. After the venue was shut down they wanted to continue their work with the artists they'd befriended in that space. While we have always self-released our music on our label Does Are, we realized if we wanted to finally work with other labels and means of distributing our music beyond our means, that it could only be with friends and people we trusted. Arbutus has been that for us. They allow us the amount of freedom we need to feel like we aren't creating a product for someone else to sell, but an idealized piece of art that we can stand behind and be proud of forever. They are good to us and for that we are very thankful.

J'aime beaucoup Eola. Avez-vous d'autres side-projects ?
I like Eola a lot. Do you guys have any other side-projects?

E :  Eola c’est mon projet solo, c’est mortel, faut que t’écoutes. Andy a sorti trois trucs en solo depuis 2011 sous le nom d’Andy Boay. Il s’agit de diverses et superbes créations à la Andy qu’il faut aussi absolument écouter. On joue également tous les deux dans un groupe nommé High Rise 2 avec Jess Hicks de Montréal, on y fait des reprises, de High Rise et de Mainliner pour la plupart. Andy et Jesse jouent tous les deux dans Sugar Boys avec Riley Fleck (Hammond Ri, TOPS) à Montréal. On peut dire de ces deux projets qu’ils sonnent genre ''heavy-speed-psych''.

E : Eola is my solo project, it's sick you must hear it. Andy has 3 solo releases from 2011 under his name Andy Boay, which are diverse creations of Andy-beauty which you must also hear.  Together we are currently in a band called High Rise 2, with Montreal's Jess Hicks where we cover songs mostly by High Rise, and Mainliner. Andy and Jesse both play in Sugar Boys with Riley Fleck (Hammond Ri, TOPS) in Montreal. Both of these side projects could be described as heavy-speed-psych. 

Qui sont vos amis ? Comment trouvez-vous la scène musicale au Canada ?
Who are your friends? What is the music scene like in Canada?

A :  Nos amis sont les artistes qui nous inspirent à travers leur façon de faire de la musique, ceux qui en ont une approche intéressante, décomplexée, sans prétention, libre, positive, ouverte et séduisante. Des créateurs qui apprennent d’eux-mêmes et des autres et qui partagent volontiers leur stimulation créatrice avec ceux qui les entourent. La scène musicale au Canada est similaire à celle des États-Unis : certains la représentent plus que d’autres, mais elle existe bel et bien et continue d’être un chapitre actif et stimulant pour ce que nous faisons moi et mon frère, notre engagement.

A: Our friends are the artists who inspire us with their interesting, unapologetic, unpretentious, free, positive, open, and engaging approach to making music, the musicians who aren't stimulated by bullshit or excited by hype. Creators who teach themselves and ask to be taught, who share the excitement of creation willingly with everyone around them. The Music scene in Canada is similar to that of the states, in that it has people who embody this and some people who don't, but its quite alive and has been (and continues to be) an active and exciting chapter in me and my brother's engagement.

Vous venez bientôt jouer en Europe et à Paris. Quelle importance a la scène pour vous ? 
Soon you will be playing in Europe and in Paris. How important being on stage is for you?

E :  Je pense qu’on compte sur la scène pour se lâcher, faire un peu de provoc', se faire mal, se faire peur et au final, pour finir par se sentir hyper bien à chaque fois. C’est genre : « Merci d’être venus nous voir et nous écouter, je fais ce truc pour m’ouvrir à vous, j’espère que vous pourrez vous lâcher à votre tour et vous ouvrir à nous pour que toute cette énergie cérébrale s’envole et nous revienne en flèche, histoire d'alimenter de nouvelles sensations et de nouvelles idées. »  Les concerts c’est important, c’est l’arène de l’artiste. C’est la pierre à aiguiser de nos talents musicaux et en fin de compte, c’est une excellente façon d’occuper vos soirées.

E: I think we rely on that stage to let loose, reveal some bravado, get hurt, get scared and ultimately, every time, feel amazing. It is "Thank you for listening, thank you for watching, this is me doing something for you to reveal myself to you, to open myself to you, and in turn hopefully you'll let go and open yourself up to us, and we'll all let those brain spirits out to fly around and swoop up new feelings and ideas and then return". The live setting is an important arena for an artist. It's a sharpening stone for our musical talents and ultimately, a great way to spend your evenings.

Traduction : Matthieu Ortalda

Tournée

18 mai - PARIS @ L'ESPACE B
19 mai - NANTES @ STACKHANOV
22 mai - MARSEILLE @ L'ENTHROPY
24 mai - DIJON @ DEEP INSIDE
25 mai - LYON @ SECRET SHOW


Eola - Ancient Hill

Certes on peut faire le pitre sur une vidéo YouTube, avoir une bonne tête de nerd, secouer sans raison quelques branches dans la nuit, surfer dans sa cuisine en chaussette, avec les replay, faire du skate sur un terrain de tennis et se la donner dans un cimetière tout en bâtissant par ailleurs, sous le nom d'emprunt à peine imprononçable Tonstartssbandht (Does Are Records), d'incroyables arabesques soniques avec son jumeau de frère. En vrac, Krautrock lo-fi, psychédélisme mal dégrossi, et pourtant tribalisme si magnétique. Mais le pire, c'est lorsqu'on s'appelle Edwin White et que l'on peut faire le pitre sur une vidéo YouTube, avoir une bonne tête de nerd, secouer sans raison quelques branches dans la nuit, surfer dans sa cuisine en chaussette, avec les replay, faire du skate sur un terrain de tennis et se la donner dans un cimetière tout en composant, sous le nom d'emprunt bien plus prononçable Eola (Does Are Records), seul et à l'arrache, un morceau comme Ancient Hill, aussi étrange qu'attachant. Et que dire de cette reprise de Panic des Smiths : là où d'autres se pètent avec fracas le râtelier, le gamin nous délivre quelques bonnes acrobaties, sans les mains.