Thieves Like Us

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Si vous êtes des lecteurs fidèles d'Hartzine, vous savez que la sortie du dernier album des Thieves Like Us a donné lieu à un échange savoureux entre certains membres de la rédac et le groupe lui-même.
Ceux convaincus par l'album verront d'un bon oeil l'édition de la version remixée de ce dernier. Sont conviés Nite Jewel, Cécile, Rikslyd mais également Minitel Rose.  Les Thieves Like Us ont pour leur part récemment remixé un track d'un groupe fantôme ayant tourné un maximun sur la blogosphère à la fin de l'année dernière : le Purple Stuff de Hounds of Hate. Disco d'autoroute de nuit et jackin'pop, LE remix de cette fin d'année.

Audio

Hounds of Hate - Purple Stuff (Thieves Like Us Jack Body Records)


Thieves Like Us l'interview

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Après que Thibault ait défoncé allègrement le dernier LP de Thieves Like Us lors d'une récente publication, il me semblait évident de donner la parole à la défense. Pontus, batteur du groupe en question, s'en est chargé en citant un pote de Francis Zegut et en invoquant des arguments irrévocables tels la primauté des groupes jouant des « lives réellement lives » et le fait que nous, Français, ne comprendrons jamais réellement les musiciens étrangers.

Votre dernier CD a été mal reçu par mes collègues de la rédac et je me devais de faire contre-poids. Je pense qu'ils n'ont pas compris l'album qu'ils décrivent comme de la musique pour dancefloor juvénile. Perso, j'ai toujours perçu Thieves Like Us comme un groupe dédié à pas mal d'activités de la vie de tous les jours (cf. les pochettes de vos singles) mais en aucun cas comme un groupe « dancefloor ». Je suis dans le vrai ?

Déjà, on n'en a rien a foutre de ce qu'un jeune de seize ans avec des boutons pense de notre musique, ni de la musique en général. On fait de la musique parce que c'est un besoin. C'est notre vocation, il n'y a rien que l'on ne fasse mieux. C'est plus grand que des mots, des interprétations individuelles, et des fausses suppositions. Dirais-tu la même chose du blogging ? Le journalisme musical est, traditionnellement, un domaine qui attire les ratés. Pour citer notre ami David Lee Roth : "Les journalistes musicaux aiment Elvis Costello parce qu'ils ressemblent à Elvis Costello."

Maintenant pour répondre à ta question : Nous avons certains morceaux qui fonctionnent sur le dancefloor et d'autres qui fonctionnent mieux dans ton casque après une bouteille de Chablis et de la bonne herbe, mais nous ne sommes jamais juvénile, personne de réfléchi ne ferait cette supposition, ni ne la mettrait sur internet pour que tout le monde lise ça.

Drugs In My Body ressortait clairement du premier LP, le second semble plus homogène même si vous semblez accorder beaucoup d'importances au format single. Vous ne craignez pas de vous enfermer dans cette image de groupe à single ?

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Chaque année, internet raccourcit la durée d'attention de deux secondes. L'année prochaine elle n'existera plus. Personne ne télécharge un album entier sans avoir écouté au moins une chanson individuelle, les singles servent à attirer l'attention. Drugs In My Body servait comme appât (la dynamite ou le ver de terre) pour que les gens écoutent toute notre musique, même l'étrange album instrumental que l'on distribue gratuitement. Personnellement je préfère les albums, mais je suis une espèce en voie de disparition, et les albums le sont aussi, et cela fait un bon moment que je n'ai pas écouté d'album entier, du début à la fin.

Sur votre bio, j'ai lu que vous aviez créé le groupe en réaction à toute la musique électronique merdique que vous aviez écoutée/vue à Berlin. De quel type de musique parlez-vous ? Celle qui se fait derrière un laptop ? Vous concevez l'idée du live comme celle d'un groupe d'individus jouant de la musique avec de vrais instruments ?

Beaucoup de questions. La scène musicale en 2004, quand nous avons commencé a faire de la musique, n'était pas super. Le meilleur album de 2004 était Destiny Fulfilled. La scène berlinoise était particulièrement merdique, avec des gars perchés sur leur laptop, plissant les yeux à la foule... ou pire, des kids faisant des performances, se cachant derrière l'art pour ne pas montrer leur manque de talent et le fait qu'ils font du playback.Je comprends l'utilisation de loops et d'un backing track, même nous le faisons sur certaines chansons, mais ça devrait être aussi modéré que possible. Je comprends que tu ne puisse pas amener toute ta section cuivres en tournée, mais quand une personne est sur scène, elle devrait jouer ou foutre le camp. Jouer en live veut dire créer une experience unique, qui ne peut pas etre reproduite, qui ne peut seulement être appréciée par les personnes présentes.
Je pense que la scène musicale d'aujourd'hui est déjà bien meilleure, il y a un revival des lives réellement lives.

J'ai entendu dire que vous viviez désormais chacun dans une ville différente (Paris, Berlin et il me manque la troisième), ça ne doit pas faciliter les choses pour la vie du groupe, les concerts, etc. Comment vous organisez-vous ?

Trouver un endroit où vivre et travailler est toujours difficile, mais on est comme ça. On ne veut pas vivre à un endroit, ça devient ennuyant. L'herbe est toujours plus verte sur l'autre berge...

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Justement pour ceux qui ont quitté Paris récemment, que retirez-vous de votre passage dans cette ville ?

C'est une ville très belle et très individuelle, mais pour une personne pas française, c'est pratiquement impossible de vraiment s'intégrer. Je n'arrive toujours pas à me faire comprendre.

Vos paroles parlent parfois de filles froides et distantes. Pourtant en consultant la blogosphère, j'ai pu me rendre compte que vous aviez pas mal de retombées positives sur des blogs féminins quelque part entre une recette de cuisine et un accessoire Hello Kitty. Je dois en déduire que votre public féminin est un peu une arlésienne ?

Haha ! Il faut que tu me donne ces liens s'il te plaît ! Peut être que notre look est assez original pour un groupe, d'une manière un peu 70's. C'est peut être ce que les filles reconnaissent... Mais nous avons un nombre égal de fans mecs, homos, lesbiennes, travestis, transsexuels... des guérisseurs et des drogués. Peut être que tous nos fans ont un truc en commun : c'est des marginaux. Les gens qui aiment notre musique sont en général des gens qui n'ont aucune appartenance.

Votre but ultime est, il me semble, la création d'une BO, vous avez avancé là-dessus ?

C'est dans les mains des mauvais gens. Quand était la dernière fois que t'as vu un film sans une bande-originale merdique ? Des années 50 aux années 80, les bandes originales étaient composées par des artistes et compositeurs célèbres, et aujourd'hui c'est toujours un nerd dans un studio surround-sound en train de bidouiller son orchestre midi... C'est plus fait par des artistes. J'aimerais bien entendre comment sonnerait une bande originale composée par Ariel Pink.

Je vous laisse le mot de la fin, parlez-nous de vos projets, vos side-projects, vos envies...

Écoute Anima Latina par Lucio Battisti. C'est tout.

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Thieves Like Us - Forget Me Not

The Drums - Forever And Ever Amen (Thieves Like Us Remix)

Vidéo



Holiday for Strings - Favorite Flavor + Thieves Like Us - Again and Again

cover1Thieves Like Us, souvenez-vous, a sorti son premier album, Play Music, en décembre 2008 chez Sea You records et distribué en France via Kitsuné. Drugs in my Body, le débilitant single d'un album plutôt bon dans sa tentative pop cold wave, empruntant autant à New Order qu'à la trilogie berlinoise de Bowie, résonnait dans nos oreilles pile poil au sommet de la hype pour l'onéreuse marque au renard. Maintenant que les compilations Kitsuné en sont au volume 31 et que Gildas et Masaya, les créateurs du magasin de fringues / label, s'adonnent aux interviews filmées à Figaro Madame (), inutile de préciser qu'il s'agissait pour le trio suédo-américain basé à Paris de fiche le camp et de voguer là où le courant se veut porteur. Fini les pompes pointues et les gilets à deux cent boules, il convient de se mettre à nu pour être cool et vendre des disques. C'est ce qu'ont dû baratiner les petits nouveaux de deBonton, qui par leur positionnement électro-pop enfantin, tendancieusement inspiré, ont récupéré le bébé, Again and Again, enregistré dans une cave parisienne voilà un an et sorti le 7 mai dernier, en plus de l'eau du bain, tiède et gorgée d'un tenace sentimentalisme à la mousse bien trop éphémère. Ce deuxième effort porte si bien son nom qu'il est inutile de se le fader encore et encore, une seule et unique écoute suffisant pour le juger, sans pitié et sans remord, telle une daube intégrale au sein de laquelle il s'avère tristement difficile de s'y retrouver afin de sauver ne serait-ce qu'un seul titre. Gloubiboulga nauséeux, débordant de formules maintes fois ressassées, chaque morceau tente - avec cette même réussite proche du risible - le pari de s'affranchir de Play Music et de ses beats délectables pour titiller à nouveau les dancefloors d'une jeunesse passant ses plus belles heures à guincher mollement dans l'excès. Faut-il être jeune et con pour accepter une si piètre invitation à l'ennui ? Probablement. Encore que le pot aux roses est sacrément rose et ostensiblement triquard. Qui a dit "dommage" ? Pas moi.

hfs_cdsleeveLe plus surprenant dans tout ça, au delà de l'écueil monumental du si fameux "second disque", séparant pour le commun des mortels le bon grain de l'ivraie, c'est qu'en quasi simultané les cinq Holidays for Strings sont tenus pour coupables d'un LP, Favorite Flavor, sorti fin mars sur Sea You records, faisant suite à leur anecdotique disque éponyme étrenné en 2006 (Still Recordings). A priori pas de quoi sauter au plafond rayon coïncidence, à ceci près qu'il s'agit d'un projet comprenant un Thieves Likes Us à la batterie (Pontus Berghe), un Peter, Bjorn and John au piano, à la guitare et aux percussions (John) et trois anciens "chefs" (!) scandinaves dont Magnus Magnusson et Oscar Tillman. Dire que Peter, Bjorn and John est un groupe soupe au lait, tout juste bon à fomenter une palanquée de jingles cathodiques, confine à l'euphémisme pur et dur, ce qui par voie de conséquence fait reposer le génie - oui, le génie - d' Holidays for Strings sur les épaules de nos trois apprentis musiciens à l'allure de bûcherons ayant perdu trace de leur rasoir. Nuance de taille, les Suédois ont l'air bien plus créatifs et productifs une fois rapprochés de leurs racines : enregistré dans les faubourgs de Stockholm à l'Imperial Murlyn Studios, autrefois connu pour être la résidence estivale du Roi de Suède, Favorite Flavor égraine neuf morceaux balayant de son souffle cold wave les immensités géographiques d'un pays fait de glace et de mystères tout en égayant paisiblement le coeur du profane étourdi par l'indolente candeur d'une disco atmosphérique et lancinante. Favorite Flavor, morceau-titre de l'album, distille une multitude de contrastes résumant à eux seuls la profondeur d'une musique explosant ses carcans initiaux : loin de se conformer à son ornement disco, éthéré et fuyant, le morceau s'emballe littéralement sous la puissance d'une guitare saturée et insistante, avant de s'évaporer par de lointains beats claquemurés. Calling Out, morceau repris d'un double 7" paru  en 2008 sur Kanine Records, résonne telle une invitation à se mouvoir irrémédiablement d'un pas syncopé, tant la basse saturée prend aux tripes, laissant libre cours à un chant transfigurant de la plus belle des manières cette reprise du compositeur américain Arthur Russell. Love comme  Light Years Ahead marquent un break inspiré, où la répétition est dressée en exercice de style, empruntant en cela les maîtres maximes kraut, quand les instrumentaux - le discoïde Practice, posant une subtile griffe vintage à leur divagation, et le lunaire Shelter Island, étourdissant l'oreille par sa langueur molletonnée - apportent une touche plus expérimentale à l'édifice sonore. Véritable pièce maîtresse, Unvilling Not Able est une longue mélopée ne trouvant son chant, telle une caresse suave surgie d'un dancefloor du siècle dernier, que trois minutes après une amorce drapée de nappes de claviers à peine cisaillées ça et là d'une lead guitar s'amusant d'un motif sonore répété jusqu'à satiété, lorsque l 'instrumental I Cry clôt Favorite Flavor par sa rythmique hypnotique et sa basse minimale réverbérée. S'avérant être la reprise d'un morceau du groupe The Egyptian Lover, tiré du premier album On the Nile (1984) des pionniers de la dance music américaine, I Cry jette un pont à travers le temps - à la manière de l'album - des plus convaincants. Obnubilé, on en redemande.

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Thieves Like Us - Shyness

Holiday for Strings - Unvilling Not Able

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Tracklist

Thieves Like Us - Again and Again (DeBonton, 2010)
1. Never Known Love
2. Shyness
3. Mercy
4. One Night With You
5. Silence
6. Lover Lover
7. Love Saves
8.The Walk
9. So Clear
10. Forget Me Not

Holiday for Strings - Favorite Flavor (Sea You records, 2010)

1. Favorite Flavor
2. Calling Out
3. Love
4. Light Years Ahead
5. Particles
6. Two Of You
7. Shelter Island
8. Unvilling Not Able
9. I Cry