RE(FLUX) 13

Marc St. Gil, Lake Charles, Louisiana, June 1972RE(FLUX) n’est pas une mixtape. RE(FLUX) est un revue « passé, présent, futur » de disques que l’on ne peut se résoudre à passer sous silence. RE(FLUX) est une publication (presque) mensuelle changeant de mains et d’optique à chaque numéro. RE(FLUX) à vocation à être sommaire, partiel et subjectif. RE(FLUX) n’est pas une mixtape, mais peut s’écouter – en fin d’article – comme une mixtape.

RE(FLUX) 13

Pharmakon - Bang Bang (Nancy Sinatra)

Son album Abandon est incroyable mais au final c’est juste un mélange de Diamanda Galas et Maria Zerfall. N'en déplaise à Martijn Van Gessel du label culte hollandais Enfant Terrible (lire),  Margaret Chardiet et son alias  ont un truc, un vrai, dont recèle chaque plage de son EP Abandon paru l'année dernière sur Sacred Bones Record. Intérêt d'autant plus vivace qu'elle sera à l'affiche le 4 juin prochain de la soirée In Paradisum dans le cadre de la Villette Sonique (lire). En attendant, la New-Yorkaise nous gratifie d'une reprise d'un classique de Nancy Sinatra, Bang Bang, à l'occasion d'un quatrième volume des compilations Todo Muere qu'éditera la structure de Caleb (lire) le 18 avril, lors du Record Store Day avec Amen Dunes, Zola Jesus, David Lynch, Pop. 1280 et Lust for Youth au tracklisting.

Marie Davidson - Je Ne T'aime Pas

Déjà à l’œuvre au sein d'Essaie Pas, dont l'EP Nuit de Noces sorti sur Teenage Menopause a créé plus d'un remou (lire), et des Momies de Palerme, la Québécoise fait à nouveau parler d'elle mais cette fois-ci en solo via le label belge Weyrd Son Records. Après trois sorties en 2013 dont un split réunissant Mushy et Meddicine, la micro-structure livre Perte d'Identité et ses compositions synthétiques et poétiques telle une ode fantasmagorique à l'opacité des sentiments. Je Ne T'aime Pas et son tourbillon mélancolique figurent ici, mais finalement tout l'album aurait pu y contenir, un LP récemment dévoilé via Noisey.

Rude 66 - Radio Peace and Progress

Toujours là où il le faut, Gooiland Elektro, ramification dark-techno d'Enfant Terrible, dégoise un maxi de Rude 66, duo vétéran de la scène acid hollandaise ayant squatté les sillons du mythique Bunker Records. Ambiances sombres aux résonances gothiques, instrumentales mais accompagnées sur le reste du 12' par  Beta Evers et Sololust, Rude Sixtysix et Shaunna Lekx, que l'on croise également via diverses rééditions sur le label d'Otto Kraanen Bordello A Parigi, se produiront au Batofar à Paris dans le cadre d'une cinquième édition des soirées Rendez-vous le 9 mai prochain (Event FB).

Dust - Feel it By / Acid Freak

Le duo new-yorkais Dust fondé par Michael Sherburn et John Barclay, sporadiquement épaulé par les musiciennes Angela Chambers et Greem Jellyfish, et dont on avait évoqué non sans admiration les précédents EP Past Future et Onset of a Decimation (lire), s'invite à nouveau sur les dancefloors déviants et le label Mannequin, tout auréolé d'un 12" acid techno aussi psyché que cinématique, et dont les deux morceaux Feel it By et Acid Freak sont à découvrir ci-après. Une putain d'orgie analogique et auditive.

Stage Hands - The Populating of Empty Space

De Stage Hands, on ne sait pas grand chose, sinon que le duo composé de Brandon Locher et du multi-instrumentiste Gerald Mattis vient de Pennsylvanie et que leur label My Idea of Fun est un puits sans fond pour qui se repaît de divagations abstraites et trans-genres. Ayant sorti leur premier EP Regardless en fin d'année dernière, force est de constater que leur syncrétisme ne connaît que peu de limites, à la fois synthétique, tropical et afro-pop sur les entournures.

Colours - You Can't See Me / My Memory Is a Maze

Loin d'être un inconnu dans ces pages, l'Australien basé à Londres Tom Crandles s'échappe du duo Au.Ra qu'il forme avec Tim Jenkins pour réouvrir le chapitre Colours qu'on avait découvert via Free Loving Anarchists (lire) et depuis deux ans en hiatus. Celui que l'on avait playlisté dans notre compilation Beko il y a déjà trois ans (écouter) et qui avait bénéficié d'une mise en images de son morceau Lost in a Sea par The KVB (lire), fait paraître un 7" You Can't See Me / My Memory Is a Maze par le biais de Father/Daughter Records et entièrement écoutable ci-après. Le shoegaze ensoleillé, oui ça existe, la preuve par deux.

Thee Oh Sees - Transparent World

Grand retour des Friscains de Thee Oh Sees, qu'on ne fera pas l'affront de présenter, et qui sortiront via Castle Face Records le 19 avril prochain l'excellent LP Drop au psyché garage drôle et dopaminé. L'occasion idoine de présenter le documentaire de la danoise Ada Bligaard Søby, Petey & Ginger - A Testament to the Awesomeness of Mankind, relatant la vie de deux de ses amis, Petey Dammit, bassiste de Thee Oh Sees, et la diseuse de bonne aventure brooklynoise Ginger Partington, qui ne se connaissent pas mais qui travaillent tout deux dans l'industrie US du sexe. Du beau linge.

https://www.youtube.com/watch?v=sVBOU12OzMo

The Moles - Bury Me Happy

Attention, groupe culte alternatif australien passablement sous-coté de ce versant de l’hémisphère et qui mérite la gloire et les lauriers pour tout admirateur de Pavement. Le groupe de Richard Davies, The Moles, voit ressortir ses admirables frusques du placard indie pop par l'excellent label Fire Records qui publiera à l'occasion du Record Store Day Flashbacks and Dream Sequences: The Story of The Moles. Dont Bury Me Happy fait partie, forcément.

Slint - Pam Rough Mix Spiderland Outtake

Pour Slint il y a plusieurs options, toutes indicibles : lire ce qu'en pense Stuart de Mogwai (lire), écouter l’entièreté de la version remasterisée de Spiderland via NPR - et bordel qu'est-ce que c'est bon -, ou prendre d'ores et déjà sa place pour le 3 juin prochain à la Gaîté Lyrique (par là). Pour le reste, inutile de dire qu'on attend de pied ferme le documentaire Slint Documentary Breadcrumb Trail (lire), avec du beau monde au casting.

Mixtape

01. Pharmakon - Bang Bang (Nancy Sinatra)
02. Marie Davidson - Je Ne T'aime Pas
03. Rude 66 - Radio Peace and Progress
04. Dust - Feel it By
05. Dust - Feel it By / Acid Freak
06. Stage Hands - The Populating Of Empty Space
07. Colours - You Can't See Me
08. Colours - You Can't See Me
09. Thee Oh Sees - Transparent World
10. The Moles - Bury Me Happy
11. Slint - Pam Rough Mix Spiderland Outtake


Thee Oh Sees – Castlemania

Maniaque prolifique de la scène de SF depuis presque quinze ans, c'est avec Thee Oh Sees que John Dwyer nous a gentiment attirés dans les tréfonds de son garage fantasque. Se plaisant à asséner à l'auditeur une moyenne de 1,5 albums par an, la formation s'est pourtant parfois illustrée, à défaut de se faire oublier,  dans le dispensable. Castlemania, dont le titre n'a franchement rien à voir avec la pochette qui filerait des cauchemars old-school a n'importe quelle tête blonde, ne l'est heureusement pas.
Constat : le groupe n'a pas oublié de manger du Mr Pharmacist en entrée et du Dirty Water en dessert. Le plat de résistance, étrangement, rappelle à de nombreuses reprises la farce hystéro-hippie foutraque de Zappa We're Only in It for the Money. Et croyez-le ou non, l'ensemble est pourtant relativement homogène, pavé de quelques pépites et d'interludes noisy et/ou étranges, mais  pas assez affirmés non plus pour aller titiller le concept-album.


Car le format reste pop, ce qui le rend tout à fait charmant d'ailleurs. L'intérêt majeur du disque se tient en effet dans la noble tâche réussie de servir un garage psyché où fuzz outrancière et voix nimbée d'écho crado s'élèvent de leur côté brouillon par une production légère et des formats courts qui nous laissent en outre le plaisir de seize titres. Parmi ceux-ci, le I Need Seed d'ouverture se détache immanquablement de l'ensemble, entrainant et cabot. Diablement bien composée, la rengaine pentue de A Wall, A Century 2 et le charmant côté Sonics roublard de Corrupted Coffin font respectivement siffloter et taper du pied dès la première écoute.
Alors nous sommes d'accord, ce disque reflue ses influences par tous les pores. Qu'importe, finalement, puisque la démarche est assumée : cerise sur le gâteau, Castlemania se clôt par trois reprises éclectiques et honorablement revisitées. L'hommage est rendu aux pères fondateurs avec le I Won't Hurt You du West Coast Pop Art Experimental Band susurré par le mélange des voix masculines et féminines. Tout aussi évident, le If I Stay Too Long des Creations part joliment en apothéose. Plus surprenant, What Are We Craving emprunte au répertoire de Norma Tanega, chanteuse folk des années soixante et un temps compagne de Dusty Springfield. Une sortie toute en douceur.
Non content de se reposer sur les lauriers des heures glorieuses du garage punk, Castlemania reste bien un disque moderne. Heureusement travaillé sans en avoir l'air, nouvelle preuve du talent de compositeur de John Dwyer, il ne se complait ni ne s'ennuie. Et il saura peut-être, en outre, faire tomber les ressassés Nuggets des mains des gamins et faire sourire les puristes à l'étroit entre Music Machine et Atlantis Philarmonic qui retrouveront, on l'espère, foi en l'ère moderne.

Audio

Vidéo

Tracklist

Thee Oh Sees - Castlemania (In the Red, 2011)

1. I Need Seed
2. Corprophagist (A Bath Perhaps)
3. Stinking Cloud
4. Corrupted Coffin
5. Pleasure Blimps
6. A Wall, A Century 2
7. Spider Cider
8. The Whipping Continues
9. Blood On The Deck
10. Castlemania
11. AA Warm Breeze
12. Idea For Rubber Dog
13. The Horse Was Lost
14. I Won’t Hurt You
15. If I Stay Too Long
16. What Are We Craving