On y était - Heart of Glass, Heart of Gold

hoghog2013

Sept heures de voiture sur une autoroute du soleil qui n'aura jamais aussi bien porté son nom et on arrive sur le site idyllique du festival Heart of Glass, Heart of Gold près de Ruoms en Ardèche. On prend nos quartiers dans un bungalow tout confort avec vue dégagée sur la vallée et après la bière de rigueur au bord de la piscine, on déambule pour se familiariser avec ce qui va être notre terrain de jeu pour les deux prochains jours.

Les festivaliers sont toujours en train d'arriver lorsque les premiers groupes commencent à jouer sur la grande scène extérieure, et la première chose que l'on remarque c'est la qualité du son. On n'est pas chez les ploucs ici et la sono est à la hauteur des conditions d'accueil grand luxe. On finit par se poser pour apprécier le set très classe d'Au Revoir Simone. Les trois belles distillent leur dream pop voluptueuse entre nonchalance et retenue et tout semble facile, ça commence bien. Gramme prend le relais et on change d'univers. L'équipe de darons balance son néo-disco survitaminé à la gueule du public et force est de constater que ce dernier est conquis. Ça danse, ça crie, mode fête définitivement activé. C'est d'ailleurs l'autre truc que l'on remarque : ici pas d'attitudes blasées, les gens sont venus pour faire la fête. Devant les groupes, pendant les DJ-sets, ça respire la joie de vivre sans temps morts, fait suffisamment rare pour être souligné.

Zombie Zombie attaque son set et prouve une nouvelle fois qu'il s'agit probablement du groupe français le plus intéressant du moment. C'est en formation à trois (Mister Jaumet aux machines, claviers, sax et deux batteurs) qu'ils vont gifler l'auditoire. Certains regretteront la présence de ce deuxième batteur car Cosmic Neman semble en faire un peu moins derrière les fûts mais si l'aspect spectacle est modifié, je retiendrai pour ma part la scénographie qui claque et la synchro impressionnante de cette section rythmique inédite. Retour au bar pour se remettre de nos émotions et profiter du kara-okay piloté de main de maître par Retard, véritable communion alcoolisée entre artistes et festivaliers, à l'image du Purple Rain de Connan Mockasin (voir la vidéo).

Ensuite, c'est l'heure des choix : Cold Pumas sur la petite scène extérieure ou Fairmont dans le club ? Désolé les p'tits chats mais je file vers notre Canadien préféré car j'ai beau le voir régulièrement, je ne me lasse jamais de son électro raffinée et intense. Ce qui est intéressant, surtout au vu de l'interprétation de ses derniers titres, c'est l'impression de voir muter un artiste purement électro en quelque chose de plus pop avec l'utilisation qu'il fait des claviers et de la voix. Tout ça pour dire que je retournerai encore le voir. Seul petit bémol, la qualité de la sono du club laisse à désirer. Mais ce léger couac sera corrigé dès le lendemain avec l'arrivée d'un nouveau système son. En plus d'être adorable, elle est pro cette équipe du HoG HoG. La fête se poursuit jusqu'au petit matin. Fade out.Il fait toujours aussi beau et on part se soigner la gueule de bois du côté de la piscine. Trempette, toboggan, toboggan, trempette, transat, bronzette. On est bien. Un petit tour au village histoire de déguster des produits du terroir (Ardèche, gros) et retour sur la petite scène pour Sean Nicholas Savage. On a le droit à la formation à cinq et les gars forment un mélange de looks improbable (mention spéciale au clavier et à son bel ensemble slip/chaussettes). Il est 18h mais la bouteille de tequila a déjà bien tourné sur scène et c'est un Sean bien éméché qui envoie ses compositions swing nostalgiques avec l'attitude théâtrale d'un Morrissey maigrichon qui s'est niqué les dents en BMX. Mais au-delà d'avoir un vrai talent de stand-up, le mec chante surtout très bien et le groupe assure sans oublier de finir consciencieusement la bonne copine mexicaine. Loose and tight, ils m'ont collé le sourire.

Place à Motorama sur la grande scène. Malgré un problème technique avec une pédale du guitariste, la sensation twee pop du moment répond présent et délivre un super set énergique et sincère, une vraie petite machine à tubes. Et puis c'est bien la première fois que je trouve l'anglais avec l'accent russe mignon. La Russie m'a toujours fait flipper.

La belle musique en costard d'Efterklang et l'intimisme psyché au parfum de Syd Barrett de Connan Mockasin poursuivent une soirée qui avait déjà très bien commencé. Et puis le ton monte avec Fuck Buttons. Avec le dispositif vidéo et les nappes progressives soniques qui les caractérisent, le public est plongé entre transe et hébétement. Au-delà de l'électro et au-delà du rock, ce qui divise fédère. Agressive mais belle, frénétique et contemplative à la fois, l'expérience en galvanise certains et en pétrifie d'autres, c'est parfait.

C'est au tour d'I.R.O.K. Ce groupe n'a jamais réussi à me convaincre sur disque mais le fils du punk et de la noise que je suis se devait de vérifier l'affaire sur scène. Gros son, rythmique afro-punk de feu, mais je ne suis pas dedans. Peut-être parce que l'on voit exactement où tu veux en venir avec tes gesticulations, Mickey. Le contrôle de la scène et du public façon gourou, c'est cool, mais même tes "Sit down! Sit the fuck down!" de petit dictateur n'en feront rien, toi et ta vilaine peau ne pouvez vous permettre ce genre de facéties sans que ça fasse plouf, c' est pas du David Yow. Le frontman de The Jeus Lizard a 50 piges mais c'est la catégorie de troll au-dessus. Finalement c'est les derniers relents de Rage Against The Machine qui auront raison de moi, direction le club.

La dernière fois que j'ai vu un DJ-set d'Étienne Jaumet à Paris, c'était pas terrible, mais là le mec enchaîne une playlist pointue et les interventions micro dont il nous gratifie depuis sa cabine sont en parfaite adéquation avec l'ambiance camping. Pendant ce temps-là, les machines analogiques s'entassent sur la scène et Arnaud Rebotini prend place au milieu de sa tour de contrôle. chemise ouverte, chaîne en or qui brille - c'est pas pour autant que le gars danse le mia. Deux heures durant il va masser la foule de fêtards avec force. Le bouc est rasé mais ça pèse toujours aussi lourd, performance taille patron, comme toujours, bonne nuit.

Vidéos

SEAN NICHOLAS SAVAGE

SUMMER CAMP

GRAMME

ACTION BEAT

CONNAN MOCKASIN


Summer Camp - Summer Camp

Il est peu de dire que le premier album des Londoniens de Summer Camp, Welcome to Condale, nous avait enchantés (lire). Déclaration d'amour à l'endroit du meilleur des eighties, le duo avait su magistralement désamorcer toute critique sur l'aspect rétrograde de la chose par une honnêteté, une fraîcheur et une spontanéité désarmantes. Et surtout par un sens inné de la pop song synthétique parfaite, à grands coups de gimmicks entêtants, de beats accrocheurs et de refrains super glu. On était donc curieux et un peu anxieux à l'idée de découvrir ce nouvel effort du duo. Et autant le dire tout de suite, c'est plutôt une réussite, qui donnera donc lieu au même type de réactions que pour l'album précédent, c'est-à-dire sans demi-mesure : que ceux qui ont eu envie de vomir la première fois à l'écoute de l'über-pop de Summer Camp passent leur chemin sous peine d'être à nouveau nauséeux. Pas de révolution ici. Certes, succès oblige, Jeremy Warmsley et Elizabeth Sankey ont confié la production à un crack des studios, Stephen Street - The Smiths, Blur, entre autres - dans l'unique but, selon eux, d'avoir une meilleure qualité de son. On les croit, sauf que la production était déjà excellente sur Welcome to Condale. Heureusement, Street a été assez intelligent pour ne pas tout alourdir, se contentant de faire rutiler les petits bolides du groupe, tout en mettant cependant plus en avant la voix de Sankey. Ce qui n'est pas forcément toujours la meilleure des idées, comme sur l'inutile ballade Fighters ou l'éreintante I Got You. On ne va pas vous mentir, des ratages, il y en a. Ainsi, on préférera oublier I Got You, donc, et sa mélodie elle aussi touchée par cette peste asiatisante dont le patient zéro semble avoir été Phoenix il y a quelques semaines. On reste aussi circonspect à l'écoute de la conclusive Pink Summer, ou à celle d'Everything Has Changed, avec ses chœurs et son refrain tout droit sortis d' un album des Pussycat Dolls, paroles à part. Pour le reste, tout roule, à commencer par l’irrésistible single Fresh et sa guitare funky, la martiale Crazy et son beat ravageur, ou encore Two Chords,  menée au galop par des synthés qu'on jurerait offerts gracieusement par un James Murphy des bons jours.

Sur ce disque, Summer Camp reste globalement une machine à tubes fleurant bon l'amour de la pop song sucrée et de la danse, réussissant une nouvelle fois à redorer le blason des eighties en les rafraichissant habilement, là ou d'autres espoirs, tel Dominant Legs, ont relativement échoué (lire). Transpire également de ce LP l'amour de l'adolescence et de ses questionnements aussi futiles qu'essentiels, bande-son idéale, à l'instar de leur premier album, d'un film de John Hugues, référence assumée du duo. En cette rentrée, on est donc déjà prêt à repartir en colo avec eux, le poing levé.

Audio

Tracklist


Summer Camp - Summer Camp (Moshi Moshi, 2013)

1. The End
2. Fresh
3. Crazy
4. Keep Falling
5. Two Chords
6. Fighters
7. I Got You
8. Everything Has Changed
9. Phone Call
10. Night Drive
11. Pink Summer

 


Summer Camp - Welcome To Condale

Nous vivons une époque atypique. Alors que tout semble s'accorder pour offrir au quidam la possibilité de s'ouvrir sur le monde et ce, sans limite aucune, l'instinct de préservation semble prendre le dessus et la vie s'articule de plus en plus au pire dans l'espace restreint et confiné d'un appartement à grands coups de dialogues virtuels avec ses semblables, au mieux au grand air mais les yeux inexorablement rivés sur son téléphone portable. L'évolution de la musique et notre approche vis-à-vis d'elle suit irrémédiablement cette tendance. Désormais, une bonne partie des artistes que nous vénérons l'espace de quelques jours, au mieux quelques semaines, avant de passer au nouveau "meilleur groupe que j'aie entendu depuis hier matin", se labellisent de productions souvent homemade au sens propre du terme ; la musique se conceptualise, se crée et se diffuse initialement au sein même du lieu de vie. La sensibilité de cette musique, logiquement, est empreinte de ces conditions recluses : ça n'est pas un hasard si les vagues Sarah Records et shoegaze de la fin des années 80 et du début des années 90 connaissent un revival tout à fait remarquable ; l'heure est en effet à chuchoter plus qu'à clamer, à regarder ses chaussures plutôt que les horizons lointains.

Dans ce contexte, Welcome To Condale (Moshi Moshi Records), premier album de Summer Camp, duo formé du songwriter londonien Jeremy Warmsley et de son amie Elizabeth Sankey, vient bousculer de la plus attrayante des manières cet ordre établi. L'orientation est claire : vénérer la décennie eighties sous toutes ses formes (concept résolument assumé jusque dans le choix des illustrations du livret du disque qui suffisent à elles seules à vous faire revivre les années Reagan), chanter haut et fort son adoration pour les beats synthétiques, les gimmicks accrocheurs et ainsi pondre une mine de tubes taillés pour les soirées entre amis ou le dancefloor. Et force est d'avouer que le résultat est une réussite incontestable.

C'est au travers de l'entêtante ritournelle Ghost Train, présente sur cet album, que nous avions découvert le duo il y a un peu plus d'un an. Une rumeur circulait alors que derrière Summer Camp se cachait un collectif de sept personnes s'étant rencontrées dans un camp de vacances en Suède et bien décidées à partager le même engouement pour la composition de pop songs ensoleillées et sucrées. Secret rapidement levé, ce groupe n'était pas le nouvel I'm From Barcelona et l'éclectisme ainsi que la richesse des morceaux proposés sur ce premier LP est là pour le prouver. Car au détour de ces compositions faussement kitsch et servies par une production exemplaire, les références assumées se succèdent, s'entremêlent avec une implacable aisance. L'ombre de Billy Idol plane sur l'arrogant Brian Krakow pendant qu'Abba et Madonna jouent les inspirateurs pour donner couleur et relief au morceau Summer Camp. Alors que Chrissie Hynde se serait assurément volontiers invitée sur le single Down, le duo joue de la plus belle des manières la carte de l'échange amoureux façon Black Kids (dernier groupe en date à être parvenu à ressusciter cet esprit vintage sans être rétrograde) en pleine maturité sur un Losing My Mind de très haute volée. A ce petit jeu de l'art de revisiter tout en rénovant subtilement, le principe atteint son excellence sur ce Done Forever, modèle de maîtrise vocale et technique qui n'est pas sans rappeler le monumental I Feel Love de Donna Summer, mais dans sa version 80's interprétée par Jimmy Sommerville et Marc Almond. On ne pourrait omettre d'évoquer le "tubesque" I Want You qui ferait presque passer le Can't Get You Out Of My Head de Kylie Minogue pour une chansonnette de collégienne tant le pouvoir érotique et entêtant de ce morceau tout en crescendo s'accapare votre corps et votre âme avec une aisance contre laquelle il serait vain de lutter.

Welcome To Condale n'est pas le disque révolutionnaire d'un genre ou d'une époque mais la finesse et le talent de Summer Camp suffisent largement à en faire un album original rempli de petites merveilles dépassant largement le pouvoir de vous faire tapoter du pied. Alors, prêts pour la colo ? On vous assure, les moniteurs sont sympas et leurs activités au grand air des plus saines. Welcome !

Summer Camp sera en concert le 24 novembre au Petit Bain. Hartzine vous y invite, cliquez par .

Audio

Vidéo

Tracklist

Summer Camp - Welcome To Condale (Moshi Moshi Records, 2011)
1. Better Off Without You
2. Brian Krakow
3. I Want You
4. Losing My Mind
5. Summer Camp
6. Nobody Knows You
7. Down
8. Welcome To Condale
9. Done Forever
10. Last American Virgin
11. Ghost Train
12. 1988


Bilan de l'année 2010

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Une année 2010 résumée en deux morceaux par tête de pipe. A écouter ci-dessous et à télécharger par ici.

Histoire de joindre la lecture à l'écoute, retrouvez notre bilan 2010 par .

Tracklist

01. Trentemoeller - The Mash And The Fury
02. Tristesse Contemporaine - 51 Ways To Leave Your Lover
03. Porcelain Raft - Tip Of Your Tongue
04. Terror Bird - Shadow in the Hall
05. Ikons - Slow Light
06. Tame Impala - Make Up Your Mind
07. Braids - Lemonade
08. Blank Dogs - Another Language
09. Wavves - Post Acid 
10. Daedelus - Stampede Me (feat. Amir Yaghmai)
11. Caribou - Odessa
12. Destroyer - Chinatown
13. Summer Camp - Jake Ryan
14. Coma Cinema - Her Sinking Sun
15. Gil Scott-Heron - Me And The Devil
16. Beach House - Silver Soul
17. Zola Jesus - I Can't Stand
18. Julianna Barwick - Sunlight, Heaven