Suicide - Dream Baby Dream / Cheree

Si l'histoire de ZE Records nous étaient contée, nous n'aurions pas assez d'une seule vie. Le label instigué en 1978 par Michael Zilkha et Michel Esteban sur les décombres encore fumantes de la No Wave New-Yorkaise, dénombrait d'entrée parmi ses compagnons de route les sulfureux James Chance, Fonda Rae de Kid Creole and the Coconuts et Lizzy Mercier Descloux. Mais aussi Alan Vega et Martin Rev qui dégoisèrent par le biais du Red Star Records de Marty Thau, l'ancien manager des New-York Dolls, et de ZE Records, deux des maxis qui créèrent le mythe Suicide, le drapant d'un voile avant-gardiste, sensuel et provoquant, en plus de préfigurer la synth-wave à venir : Cheree d'abord, extrait de l'album inaugural et éponyme datant de 1977, ô combien référentiel pour une foultitude de groupes encore aujourd'hui, puis Dream Baby Dream au glaçant minimalisme. Et comme ce fut récemment le cas pour l'ensemble des albums de Lizzy Mercier Descloux et James Chance, ZE Records retravaille l'ensemble de ses premières saillies discographiques, sortant alors en rafale, s'attaquant désormais aux New-Yorkais dont le culte fut inversement proportionnel au succès commercial. L'occasion idoine de réécouter en intégralité ces deux maxis, de les choper d'urgence par ici, et de se presser à La Parole Errante à Montreuil où se produira dans le cadre du festival Sonic Protest (lire) Martin Rev - en compagnie de Sister Iodine et Somaticae (Event FB).

Audio (PREMIERE)

Concours

On fait gagner deux places pour le concert du 9 avril avec Martin Rev. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert.

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Tracklisting

Suicide - Dream Baby Dream (ZE Records, 2016)

01. Dream Baby Dream
02. Radiation
03. Dream Baby Dream (Extended)

Suicide - Cheree (ZE Records, 2016)

01. Cheree
02. Remember


On y était : Festival MIMI 2014

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Festival MIMI 2014, 2 au 6 juillet 2014

Ce n’est pas tout à fait le cas le reste de l’année, mais pendant la première moitié de juillet, Marseille est une sorte de gros festival de la culture contemporaine, fourni en musique, cinéma et arts vivants comme en bonne teuf. Depuis son année 2013 de capitale européenne, ça commence d’ailleurs à se savoir, même un peu trop. Institution indéboulonnable, le MIMI est un des peak times de ce rush de début d’été et sa 29ème édition a encore donné son lot de moments rares ou foutraques.

Le 2 juillet, l’ouverture se veut intimiste et locale, nichée dans le sous-sol de l’U.Percut, sympathique nouveau lieu orienté jazz alternatif dans un quartier en cours de boboïsation accélérée. Après le synth-punk de carnaval fun et régressif de Sugarcraft qui doit autant aux Chicks On Speed et à Adult qu’à la performance, Postcoïtum, duo phare du très bon label Daath, déploie toutes ses capacités sur cette petite scène pourtant guère adaptée à ce genre de son. Avec une simple formule électronique/batterie, le groupe développe des pièces encore plus ambitieuses que sur disque et dépasse le stade de post-rock/électro instrumental élégant auquel ce genre de configuration se prête souvent. Moins bourgeois qu’Aufgang, et plus tendu que les très proches Odei, Postcoïtum tente des combinaisons rythmiques à rebrousse-poil, utilise les traitements électroniques avec un juste décalage et se lance dans des compos denses, même si tout n’est pas encore en place.

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Le lendemain à la Friche La Belle De Mai, l’enchaînement entre l’ethno-jazz festif de Camel Zekri et Josephine Foster est plutôt bancal, mais c’est une habitude délibérée du MIMI. Alors improvisée en dancefloor bon enfant jusque là, le concert de l’Américaine plonge la salle dans un quasi-silence attentif et n’accroche qu’une petite portion du public. Ça restera pourtant le moment le plus précieux et étincelant du festival, une heure de grâce rare et un brin perverse. De prime abord, le folk pointu et très référencé de Foster semble être cousu d’un fil tendre et pur qui en font un plaisir innocent, mais une poésie quelque peu vicieuse se cache derrière ces ballades tout juste effleurées entre lieder et blues/jazz psychédélique. Ses musiciens jouent avec précaution et pesanteur, comme s’ils enfonçaient un couteau dans du beurre, et Josephine dodeline en toute indolence avec ses airs de Joni Mitchell sous champis. Les courts morceaux qu’elle interprète seule à la guitare en mangeant ses mots se situent à la limite de l’indicible, et laissent un souvenir irréel, comme si rien n’avait vraiment eu lieu.

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Pendant ce temps, dans la branche musique du FID Marseille, on est exposé à des objets souvent insaisissables : une vidéo électrisante découpant le mouvement d’un violoniste exécutant une pièce de Berio, ou un documentaire déprimant et loufoque sur le quotidien actuel d’Yxymalloo, Japonais proto-électro qui sort des K7 dans l’ombre depuis les 80's et travaille à l’usine à Tokyo ou s’occupe de son mari atteint de la sclérose en plaque en Irlande. Samedi soir, un court film un peu confus de Marie Losier nous donne un aperçu de la vie domestique d’Alan Vega à 75 ans, désormais rangé des voitures avec femme et enfant adoptif. C’est le même Alan qu’on retrouve sur l’Île du Frioul le soir, pour un concert de 50 minutes quelque peu borderline avec sa moitié Martin Rev, à guichet fermé. Des spectateurs sans prévente se sont quand même rendus sur l’île pour tenter de rentrer dans l’hôpital Caroline, preuve s’il en est de l’hystérie que le duo techno-punk new-yorkais suscite encore. Après une première partie typiquement improbable (Sevdah Mon Amour, sorte de Conchita Wurst bosniaque et somme toute bluffante sur fond d’électro-fusion surjouée), Suicide entre en scène comme on trébuche dans un caniveau. Ayant laissé de côté ses habituels bandana et lunettes-écrans, Vega ne ressemble plus à Kadhafi, et ses yeux écarquillés indiquent qu’il ne sait plus trop ce qu’il fait ni où il est. Appuyé sur une canne, il invective ponctuellement le public et intervient quand il en sent la nécessité sur des standards quasi-indiscernables, qui sonnent désormais comme du rockabilly-gabber. Martin Rev a d’ailleurs la bonne idée de nous épargner les morceaux récents, et de laisser tourner cette bonne vieille boîte à rythme mono-rythme qui nous assomme joyeusement. Après s’être fait hugger de force par quelques excités du public, Vega ne quitte plus son siège, lance quelques fuck et sort de scène au bout de trente minutes. Il ne remontera qu’avec sa femme et son fils, auquel il confira la tâche de terminer le concert à sa place, comme on passe un flambeau. C’est donc un adolescent de 14 ans d’origine mexicaine, en short et baskets, qui saluera le public en chantant ce qui ressemblait à Dream Baby Dream, effarant happening rappelant la nature toujours conflictuelle des concerts de Suicide, dont on imagine que celui-ci était un des derniers.

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La soirée du dimanche semble forcément plus consensuelle en comparaison, mais également plus qualitative. Peut-être pas assez rôdé, on ne comprend pas très bien où le duo AIE veut en venir, mais on discerne quelques bonnes idées chez ce tandem harpe électrique/batterie. Clôture idyllique de ce week-end insulaire, Richard Pinhas et Etienne Jaumet nous gratifient d’une session stellaire opposant la guitare modifiée de l’un et les interventions analogiques de l’autre. Même si les boucles à la Robert Fripp du légendaire philosophe SF se verront écrasée par les structures électro de Jaumet sur la fin, c’est bien le genre d’architecture sonore qui prend toute sa grandeur dans le décor quasi-mystique du MIMI. L’île décollera-t-elle pour la 30ème édition ?


Vic Chesnutt (1964-2009)

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C’est le jour de Noël, les enfants, arborant des sourires joyeux, s’empressent de déballer leurs cadeaux. Quelqu’un allume la radio, comme dans un de ces vieux films noirs des années 40. Et la nouvelle tombe, rapide, sèche, brutale. « Vic Chesnutt est mort ». Ces quelques mots me rappellent l’ambiance inquiétante et plombante de l’introduction de Lost Highway. Quelques mots lointains, adressés à vous-même, et qui vous font sentir que les choses ne seront plus tout à fait pareilles.
En effet, c’est le jeudi 24 Décembre 2009 que le petit Boss nous a quitté, celui qui à nos yeux restera cet être frêle encerclé profondément dans son cercueil roulant de métal mais qui dans nos cœurs demeurera ce génie trop méconnu dont la voix nasillarde nous chatouillait de sa poésie ténébreuse.
Décédé suite à  une overdose médicamenteuse, l’artiste avait placé sa vie d’un halo noir. Orphelin, il grandit dans une petite ville de Georgie, et se retrouve cloué dans un fauteuil roulant à l’âge de 18 ans suite à un accident de voiture. Il survie en s’accrochant à sa guitare qu’il gratte du bout de ses dents et forcera le respect de ses ainées en pondant en 1990 « Little », un album country-folk au doux parfum de Louisiane, sur lequel Chesnutt fait également montre de ses talents d’auteur-compositeur. Suivront « West of Rome » et « Drunk » dans lesquels l’homme de fer exorcise ses fantômes à coup de bottleneck et chante la Georgie des romans de Harry Crews.
En suivi une période très prolifique, qui permis enfin à ce tailleur de pierres précieuses de faire reconnaitre ses talents d’orfèvre auprès grand public et d’accéder enfin à la renommée qui lui est due. Il s’associe à de grandes causes en compagnie de son ami Michael Stipe (Leader de R.E.M pour les incultes), qui voue pour Chesnutt une admiration sans bornes, et l’aida à décrocher de la drogue quelques années plus tôt. Il publia également parallèlement « About to Choke » et « The Salesman and Bernadette » aux côté de Lambchop qui marquèrent son passage vers un songwriting plus lumineux, mais toujours teinté de mélancolie.
Le passage au nouveau millénaire marqua l’entrée d’une nouvelle ère pour ce troubadour aux mélodies inépuisables. Véritable mère courage pour ses pairs et source inépuisable de rimes glissées sur les cordes de sa guitare acoustique, Chesnutt se démultiplia, se divisa, et donna jusqu’à l’épuisement. De cette décennie folle s’en extirperont quelques essais flamboyant comme l’introspectif et incandescent « Silver Lake» ou le collégial « North Star Deserter », qui voit entre autre le folkeux Georgien collaborer avec les non-moins impressionnants Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestral, soit une rencontre qui sent la poudre. Et la presse s’empresse d’allumer la mèche.
Plus personne n’ignorait le talent de Vic Chesnutt. Plébiscité et pillé, l’aura de l’artiste semble pourtant décliner. Ombrageux et sur le fil, ses deux derniers albums parus cette année, « At the cut » et « Skitter On Take-Off », rappellent à ses début et dégagent une colère qui jusqu’à présent semblait contenue.  On sait l’artiste dépressif et en proie à de nombreux démons, n’arrivant plus à se supporter, ni à faire face aux créances qu’il doit endosser pour se soigner. La suite, nous l’avons reçu comme un coup de marteau en jour saint de Noël.
L’ombre de la mort n’aura cessé de planer sur les multitudes morceaux que nous lègue ce musicien hors-pair, cet écorché vif, qui trouvait sa place entre le spleen de Jeff Buckley et la chronique urbaine et bluesy de Bruce Springsteen. On espère que Vic Chesnutt aura trouvé le sourire qui lui faisait défaut là où il trouve. Et si il nous reste une mine inépuisable de trésor sur lequel se consoler, rien ne remplacera la grâce de cet artiste qui savait trouver les mots pour définir les sentiments enfouis au plus profond de nos êtres. « Vic Chesnutt est mort ». Cette phrase résonne dans ma tête, et n’en a pas fini faire écho. Adieu l’ami.

Akitrash

Audio

Retour en quelque titres sur la discographie pléthorique de Vic Chesnutt

Vic Chesnutt  - Rabbit Box extrait de l'album Little (Texas Hotel, 1990)

Vic Chesnutt  - The Night The Lights Went Out In Georgia extrait de la compilation Star Power! (Pravda Records, 1995)

Vic Chesnutt - New Town extrait de l'album About To Choke ( Rough Trade, 1996)

Vic Chesnutt - Bernadette & Her Crowd extrait de l'album The Salesman and Bernadette (Velocette Records, 1998)

Vic Chesnutt - Buckets Of Rain extrait de la musique du film Crossing Jordan (2003)

Vic Chesnutt  - In My Way, Yes extrait de l'album  Silver Lake (New West, 2003)

Vic Chesnutt - Like A Monkey In The Zoo extrait de l'album The Late Great Daniel Johnston: Discovered Covered (Eternal Yip Eye , 2004)

Vic Chesnutt - Strange Language extrait de l'album Is The Actor Happy? (New West, 2004)

Vic Chesnutt - Dodge extrait de l'album Drunk (New West, 2004)

Vic Chesnutt -You Are Never Alone extrait de l'album North Star Deserter (Constellation, 2007)

Vic Chesnutt - Little Fucker extrait de l'album Dark Developments (Orange Twin, 2008)

Vic Chesnutt - Flirted With You All My Life extrait de l'album At The Cut (Constellation, 2009)

Vic Chesnutt - Dick Cheney extrait de l'album Skitter On Take-Off (Vapor Records, 2009)

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