Deaf Wish - Pain

© Helen Grose

Photo © Helen Grose

Il faut sans doute avoir arpenté en leur temps les friches du rock dans ses formes alternatives pour apprécier la chronologie chaotique de Pain, le dernier album de Deaf Wish, sorti le 4 septembre via Sub Pop. Et il faut peut-être effectivement en appeler à la surdité. Pas cette pathologie dont sont victimes 5% de la population mondiale mais ce handicap volontaire, et recommandable à l’occasion, d’anesthésie au mainstream sédatif, au consumérisme musical qui veut que la nouveauté dicte le plaisir otique, qu’elle soit radiophonique, matérielle ou bien logicielle. En revisitant avec soin les genres musicaux alternatifs entre les années 60 et 2000, le quatuor australien nous rappelle qu’avant d’être une valorisation sociale, la musique est un vecteur, un médium transgénérationnel dont le réexamen a posteriori renvoie à une époque, à ses valeurs et, en étirant ses racines à quelques récentes décennies, il durcit la frontière entre récupération commerciale et propos nostalgique.

Le monde a mal, et Deaf Wish l’éructe à la sauce protopunk rudoyée par un lourd accent australien dans Pain. Le morceau, qui donne son nom à l’album, est une diatribe désabusée et alcoolique sur l’autodestruction sociale (“If you got a bottle, pass it around / If you got a shovel, we dig in the ground”) faisant écho aux accords punks énervés de Newness Again et au coup de fouet de The Whip, dont les cinglantes cymbales violentent le nerf auditif sans jamais le mettre à mal: plutôt que rendre complètement sourd, l’hypoacousie devient un filtre naturel qui valorise le fond sans noyer la forme. Ponctuellement, l’indiscutable dominante punk est adoucie par des œillades en direction d’un rock alternatif plus standard mâtiné de shoegaze, et les vocalises féminines de Sex Witch ajoutent un parfum de Breeders exhalé comme une fragrance surannée. Voilà un équilibre qui trouve sa justesse dans une complémentarité de personnalités qui ont, un jour, décidé non pas de s’accorder, mais de jouer ensemble: “Let’s not make anything that’s going to last. If we’re together for just two shows, then that’s what it is.” Advienne que pourra.

Et c’est un peu le bordel, les transitions entre certains morceaux frisant la rupture d’ambiance et les voix multiples donnant parfois l’impression d’écouter une compilation revival. Mais on est loin du créneau d’un best of RTL 2 tant les compositions parviennent à se maintenir dans cette frange confortable entre concert en sous-sol et radio edit. En réalité, chaque morceau possède son propre caractère, qu’il hérite du membre qui l’a influencé: tour à tour, les quatre melbournians passent derrière le micro pour nourrir de leur contribution personnelle les égarements protéiformes d’un groupe libertarien dans lequel l’individu prime sur le clan. C’est une pseudo-anarchie qui colle à leur étiquette et reste, on ne sait comment, cohérente à défaut d’être structurée, se rapprochant d’une forme d’entropie domptée qui fait oublier un temps le déterminisme musical qui caractérise beaucoup de productions contemporaines.

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Tracklist

Deaf Wish - Pain (Sub Pop, 4 septembre 2015)

01. The Whip
02. Newness Again
03. They Know
04. Sunset’s Fool
05. Eyes Closed
06. Pain
07. Sex Witch
08. On
09. Dead Air
10. Calypso


The Notwist - Close To The Glass

Close to the Glass marque enfin le retour aux affaires de nos précieux amis teutons de The Notwist. Et on peut révéler ici qu'avant même la moindre écoute, on applaudissait déjà des deux mains, après six longues années d'impatience depuisThe Devil, You + Me. Le quatuor prend certes son temps, mais toujours à bon escient : six ans, c'est ce qui leur avait déjà fallu pour donner une suite au merveilleux Neon Golden, chef-d’œuvre intemporel dont beaucoup ne se se seraient jamais remis, le génie mélodique et la gloire faisant place, à l'heure d'écrire le prochain acte, à l'angoisse de la page blanche et au ratatinement artistique. Les Allemands, eux, avaient relevé le défi avec brio, refusant de choisir entre rupture et continuité mais optant résolument, comme à leur habitude, pour le mouvement. Close to the Glass relève du même état d'esprit et constitue un nouveau sommet dans une discographie déjà riche de nombreuses cimes parnassiennes. Passé maître dans l'art d'une pop déviante à la croisée des chemins électronique et organique, le groupe promène à nouveau sa douce neurasthénie dans des territoires tantôt arides, tantôt luxuriants, peuplés de guitares rageuses ou doucereuses, de rythmiques chirurgicales, et éclairés par le chant crève-cœur et toujours aussi captivant de Markus Acher. Il est impressionnant de constater à quel point The Notwist est capable de trouver un point d'équilibre parfait entre expérimentation et classicisme, extraversion et sobriété de chaque instant. En découlent ici 12 titres au fil desquels on retrouvera toutes ces qualités, qu'elles résident dans une électronique tempétueuse aux beats malades - l'introductiveSignalsClose to the Glass - ou dans une laptop pop plus immédiate, au raffinement constant, comme en atteste le tube en puissance Kong - meilleur single du groupe depuis Pilot - ou les spleenétiques ballades Casino et Steppin' in et leurs cordes délicates. Pas à une audace prêt, le groupe se permet même le temps d'une 7-Hour-Drive une convaincante embardée shoegaze qui ferait presque passer The Pains of Being Pure at Heart pour des charlatanset de donner une leçon d'hypnotisme à Geoff Barrow sur l'obsédante Into Another Tune et son inquiétante boucle de clavier.

Véritables eugénistes pop modernes, les Notwist prouvent une fois encore avec Close to the Glass leur talent unique pour l'hybridation sonore, se jouant des codes  et des genres avec une facilité déconcertante, créant des potentialités inédites et se faisant les architectes de constructions à la fois éminemment complexes et pleinement accessibles. On en est désormais sûr, The Notwist boxe définitivement seul dans sa catégorie.

Audio

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=qOOB8q8pX88

Tracklist

The Notwist - Close to the Glass (City Slang / Sub Pop, 25 février 2014)

01. Signals
02. Close to the Glass
03. Kong
04. Into Another Tune
05. Casino
06. From One Wrong Place to The Next
07. Hour-Drive
08. The Fifth Quarter of the Globe
09. Run Run Run
10. Steppin’ In
11. Lineri
12. They Follow Me


Mogwai - Rave Tapes

Barry Burns, claviériste des Glaswégiens de Mogwai, avait déjà annoncé la couleur, au cours d'une entrevue en 2011, peu de temps avant de monter sur scène à Saint-Malo : nous n’avons aucun message à faire passer. On veut juste que les gens tirent de notre musique ce qu’ils veulent, en espérant qu’ils l’apprécient (lire). En version sous-titrée, on comprenait alors entre les lignes et les expressions amusées que la bande de copains soupait les interviews comme d'autres marchent vers l'échafaud, à reculons. En soi, rien d'étonnant, leurs compositions instrumentales et monumentales se suffiraient à elles-mêmes, notamment pour cultiver le paradoxe jusque dans la perception de ces dernières : on les dépeint à l'aune de mille superlatifs, eux ne retiennent que l'accident heureux né d'une session en studio, on érige leur musique en tombereaux pour mélancoliques, eux n'éprouvent qu'un bonheur certain à jouer celle-ci. Il ne faut y voir aucune offense, ni même un plaisir du contre-pied gratuit : ainsi s'intime l'âme écossaise, ne se souciant que de l'essentiel, burinée jusqu'à l'os par la dureté des éléments. Parler de musique avec eux semble accessoire, à rebours d'un triptyque on ne peut plus assumé : nation, foot et whisky. Un terreau fertile dans lequel on peut creuser à dessein, entre référendum d'auto-détermination de l'Écosse - Stuart Braithwaite lâchant d'un souffle une sibylline phrase, si l'on arrachait notre liberté, là je pourrais être fier, faisant écho à celle de Mark Renton dans Trainspotting  : putain regarde autour de toi, on n'a même pas été foutu de se faire coloniser par une race supérieure ! -, Celtic Glasgow - club fondé par des immigrants irlandais - et mise en fût de son propre élixir malté. Et si Rave Tapes, sorti le 20 janvier dernier via Sub Pop et leur propre label, Rock Action, était l'occasion de démentir une telle assertion s'agissant de leur mutisme, inutile de préciser qu'on y croyait à peine plus qu'une victoire du Celtic, la veille, contre le Barça. Les cinq buts pris dans le buffet par l'équipe de Samaras n'aideront d'ailleurs en rien à délier les langues de Stuart Braithwaite et John Cummings, courtois et rigolards, mais somme toute impatients d'en finir. Nous on supporte le Celtic, les autres on s'en fout.

MOGWAI

La lumière décline, dehors le taxi ronronne, les réponses se feront, elles, de plus en plus laconiques. Non, je ne pense pas que nous referons un album de remixes. il y en aura peut-être deux ou trois, on verra ce que l'on en fera. Il y a beaucoup de gens avec qui nous aimerions collaborer mais on leur demandera avant de balancer leurs noms en interview. Les deux guitaristes de Mogwai sont ainsi, sans fioritures dans le discours et sans ambages quant aux idées. La ligne est claire, rectiligne, inflexible et si sens caché il y a, il revient à chacun de s'en faire sa propre opinion. Il n'y a pas d'histoire derrière Blues Hour, c'est juste un titre de chanson. Le chant a été posé à la dernière minute. Quand d'autres vendraient femmes et enfants pour composer ne serait-ce qu'une esquisse d'un tel morceau à l'intensité dramatique déconcertant de maîtrise, les deux Écossais, fidèles à leur réputation ne se privent pas pour matraquer toute once de romantisme supposée dans leur écriture, appliquant le même tarif à quelque visées capillotractées : Rave Tapes ? C'est juste un autre album, il n'y a pas de changement radical dans notre façon d'écrire. On a travaillé dur pour essayer d'être créatif, ce qui n'est jamais simple, mais on ne croit pas aux concepts, il s'agit d'une photographie de ce que l'on a fait à une période donnée : cet album est la musique que l'on a composée en 2013. Un propos qui tranche doublement, avec les communiqués de presse d'une part - actionnant une nouvelle fois la plausible incartade électronique du quintet -, mais aussi et surtout avec l'étonnant chambardement esthétique octroyant à Rave Tapes une pochette presque aussi hideuse que le disque n'est réussi, lardant le tout d'un logotype fleurant bon le rétro-futurisme comme on le pratiquait au milieu des années quatre-vingt-dix, à la fois criard et périmé dès sa sortie. Notre évolution est lente et graduelle, on ne se pose pas de questions, ça se passe naturellement. Rave Tapes n'est qu'un nom inspiré des cassettes de raves techno qu'on écoutait quand on allait à l'école, au milieu des nineties, ça ne va pas plus loin que çaJe comprends que l'on puisse faire des comparaisons avec Rock Action, du fait des morceaux avec des beats électroniques, structurés par une alternance entre couplet et refrain. Back to basic donc, l'album s'égraine de fait à la lisière du plus pur des classicismes, aux frontières des miscellanées parcourant de quelques revers de manches dix-sept ans de carrière dans la domestication de l'électricité. Paru en single deux mois auparavant, Remurdered (lire) est la seule des compositions à rompre dans son approche la filiation de Rave Tapes aux efforts précédents, incluant dans son ADN une bouillonnante saillie teintée d’électronique - rappelant en cela les rejetons d'Errors, signés sur Rock Action (lire). Remurdered est une chanson qui fonctionne bien toute seule, elle sort un peu du lot, c'est notre préférée sur ce disque, à quelques miles de l'émouvante The Lord's Out of Control qui ne doit son salut sur le disque qu'à la volonté du réalisateur Antony Crook de la mettre en images, il avait une idée précise donc on a choisi celle-là. Pour le reste, sans ciller, le groupe remet le couvert, jouant de tous les éléments ayant coulé leur marque de fabrique dans l'acier de nos certitudes, entre les guitares de Master Card aussi agressives que celles obscurcissant The Hawk Is Howling (Wall of Sound, 2008), le morceau clin d’œil sur l'histoire du rock'n'roll - Repelish remémorant les samples d'Iggy Pop sur Punk Rock et reprenant le prêche d'un pasteur taxant Led Zeppelin de satanique -, le vocoder de The Lord Is Out of Control ressuscitant le mésestimé Rock Action (Matador, 2001), ou encore le phrasé-susuré à la codéine de Blues Hour, mettant en orbite l'indépassable Come On Die Young (Chemikal Underground, 1999) - album bientôt réédité en version remastérisée. Pas de rupture, mais pas non plus de continuité toute tracée, malgré les apparences, entre la récente bande originale composée pour la série Les Revenants (lire), et Rave Tapes débutant par la délicate Heard About You Last Night, parsemée d'un piano ressemblant à s'y méprendre à celui boisant ladite BO. Notre travail pour Les Revenants n'a pas eu la moindre influence à l'heure de composer Rave Tapes. Je comprends qu'on puisse penser cela, mais c'est un concours de circonstances : de toutes façons, nous aurions composé ce type de morceaux. 

À vrai dire, et je l'avoue sans peine, l'écoute de Rave Tapes m'a insidieusement fait replonger dans celle, compulsive et hypnotique, de Come On Die Young. Peut-être parce que ce chef-d'œuvre enfanté par les Écossais, alors âgés de 23 ans, est indépassable esthétiquement et émotionnellement, peut-être aussi parce qu'il était temps pour moi de retrouver cet abîme méandreux, où chaque morceau confine à la perfection dans cet art subtil de dépeindre l'irascible mélancolie, rendant la tristesse presque belle. Malgré cet horizon quasi infranchissable, Mogwai reste donc capable de sortir d'indispensables disques et Rave Tapes en est un.

Mogwai sera en concert le 3 févier 2014 à l'Olympia de Paris, le 29 mars à Nîmes et le 3 avril à Lille.

Interview & traduction : Alexandre P.

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Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=KbwIFzxD1-w

Tracklisting

Mogwai – Rave Tapes (Rock Action / Sub Pop, 20 janvier 2014)

01. Heard About You Last Night
02. Simon Ferocious
03. Remurdered
04. Hexon Bogon
05. Repelish
06. Master Card
07. Deesh
08. Blues Hour
09. No Medecine For Regret
10. The Lord Is Out Of Control

MOGWAI MALT


Mogwai - Remurdered

Mogwai - Rave TapesLes écossais de Mogwai révèlent enfin un secret de polichinelle : leur prochain album studio, Rave tapes, sortira le 20 janvier prochain par le biais une nouvelle fois de Rock Action - leur label - pour l'Europe, et de Sub Pop - pour les Etats-Unis. Une année après leur bande originale livrée pour Les Revenants (lire) et trois printemps après leur dernier effort studio (lire), la bande à Stuart Braithwaite remet le métier sur l'ouvrage, confiant les clés de l'enregistrement à Paul Savage - responsable entre autres de Young team - , et semble définitivement opter l'incorporation de claviers, délaissés sur Hardcore Will Never Die, But You Will. Ce que met en lumière Remurdered de la plus belle des manières, a contrario d'une pochette au design pour le moins cheap.

Mogwai sera en concert le 3 févier 2014 à l'Olympia de Paris, le 29 mars à Nîmes et le 03 avril à Lille.

Audio

Tracklisting

Mogwai - Rave Tapes (Rock Action / Sub Pop, 20 janvier 2014)

01. Heard About You Last Night
02. Simon Ferocious
03. Remurdered
04. Hexon Bogon
05. Repelish
06. Master Card
07. Deesh
08. Blues Hour
09. No Medecine For Regret
10. The Lord Is Out Of Control


Still Corners - Strange Pleasures

Je n’écoute plus Creatures of an Hour. Ou plutôt, je ne l’écoutais plus. Non pas par sentiment de lassitude mais par peur de retomber dans l’état de contemplation addictive ayant accompagné la découverte de cet opus alliant le sentiment masochiste et éprouvant de vouloir boire le calice jusqu’à la lie tout en sachant que les Danaïdes le remplissent sans fin. Après une telle invitation au voyage, que pouvait-on attendre de Still Corners, figure de proue d’un renouveau musical spleenétique et hypnotique lancé au début de cette décennie, ayant dépassé les limites du genre avec cette œuvre, véritable pierre angulaire d’un nouvel élan musical, étouffant et réduisant à néant la concurrence dans un domaine parfois si propice à la suffisance et l'autosatisfaction ?

La formation, à l’orée de sa nouvelle odyssée musicale, aurait légitimement pu se demander si elle avait à choisir entre confirmation et surprise. Régénérer la richesse d’un premier essai qui prend de plus en plus de valeur au fur et à mesure que la concurrence s’évertue en vain à tenter de l’atteindre ou se réinventer dans le but de s’inscrire définitivement comme la formation audacieuse et originale du moment. Plaisir étrange, force est de constater que la bande à Tessa Murray a opté pour la seconde solution, semblant avoir saisi que son salut passerait obligatoirement par là.

Car point de méandres afin d’atteindre la félicité à l’écoute de Strange Pleasures sorti chez Sub Pop ; se perdre sciemment dans un dédale d’émotions plus intenses les unes que les autres n’est plus de mise, le fil d’Ariane tissé tout au long des douze travaux que propose cet album apportant liant au propos tel un itinéraire certes atypique mais délibérément assumé. En effet, évolution et sérénité caractérisent avant tout le second essai du combo. Si l’inaugural et envoûtant The Trip s’avère être une parfaite transition avec l'effort précédent, sonnant comme un nouvel envol du phénix renaissant de ses cendres, une guitare au son clair avare de tout excès rappelant les plus belles heures de Mazzy Star, dès Beginning to Blue, le « nouvel ordre » est donné : le ton sera plus affirmé, la voix de Tessa Murray plus assurée et le son plus organique. Mais soyons honnêtes, la surprise n’en est pas vraiment une car le collectif avait, en amont de la sortie de Strange Pleasures, intelligemment pris soin de dévoiler ses desseins au travers de deux morceaux aussi antagonistes que complémentaires : Fireflies au rythme midtempo et la production voluptueuse aussi sucré qu'une pomme d'amour et surtout le bien-nommé Berlin Lovers, petite pépite électro d’à peine deux minutes trente tendant vers le minimalisme synthétique qui aurait fait excellente figure entre Chromatics et Desire sur la bande originale de Drive. Des univers différents, donc, constamment servis par un chant irréprochable et une production au diapason. Car si la belle Tessa Murray domine différemment les débats avec plus d'insistance encore que sur Creatures of an Hour, la bête de studio Greg Hugues fait preuve d'une ingéniosité débordante afin de servir au mieux sa muse comme sur Midnight Drive où le fantôme de Robert Smith vient jouer les invités surprises au beau milieu de la fête (pas trop) triste ou encore Future Age avec ses allures de tube après lequel Beach House court vainement.

Still Corners band photo

Mais force est de constater que sur la longueur, certains morceaux ne parviennent pas à s'accaparer leur propre identité. Beatcity ou We Killed the Moonlight lassent tout simplement parce que dans cette voie rendue presque obligatoire après l'intouchable Creatures of an Hour, Still Corners saute à pieds joints dans les parterres de fleurs sauvages essaimés par Chromatics et Glass Candy et se frotte de ce fait à son tour à l'inaccessible... Italians Do It Better, indeed. On regrette alors que des morceaux comme le bien nommé Going Back to Strange, jolie comptine aux allures d'inédit des Walkabouts version 2.0, esseulé au cœur même de l'opus, n'aient pas fleuri de-ci de-là car c'est finalement dans cet exercice mêlant sincérité, humilité et délicatesse sous couvert d'une pointe de mystère savamment cultivée que la formation se trouve définitivement être la plus convaincante.

Je n’écoute plus Creatures of an Hour. Ou plutôt, je ne l’écoutais plus. Car il me faut bien avouer que j'ai reporté mon attention dessus afin de chercher à comprendre Strange Pleasures dont le titre apparaît sous cet angle bien évocateur. Essai courageux et non dénué de remarquables fulgurances, il marque avant tout l'effort d'un groupe très certainement victime de son propre coup de maître. L'intérêt du propos n'en demeure cependant pas vain, les protagonistes étant assez talentueux et ingénieux pour détourner l'attention et ainsi contourner la comparaison mais il semble marquer comme un aveu de faiblesse de l'Artiste face à sa propre Création. Puisse ce Strange Pleasures être la transition nécessaire vers un prochain Unknown Pleasures nous renvoyant à la découverte de contrées aussi mirifiques et délicieusement inquiétantes que celles explorées dans un passé pas si lointain.

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http://youtu.be/52-OszXrQwU

Tracklist

Still Corners - Strange Pleasures (Sub Pop, 2013)

1. The Trip
2. Beginning to Blue
3. I Can't Sleep
4. All I Know
5. Fireflies
6. Berlin Lovers
7. Future Age
8. Going Back to Strange
9. Beatcity
10. Midnight Drive
11. We Killed the Moonlight
12. Strange Pleasures


Mogwai - A Wrenched Virile Lore / Les Revenants

L'esprit vagabond, le regard aspiré par le vide, une modulation spectrale se dessine peu à peu dans les écouteurs et embrasse d'un même mouvement les teintes diaphanes du présent immobile et celles grisâtres d'un passé racorni de mélancolie. Le visage fouetté par le vent, la pluie déchirant chaotiquement le ciel, la musique inoculée par la bande à Stuart Braithwaite s'appréhende comme il se doit, tel un hymne contemplatif, transcendé d'une irrépressible volonté de puissance. Soit la transcription poétique et émotionnelle du lien unissant l'homme aux éléments. Renfrogné, les mains dans les poches, déambulant au gré d'une amertume consommée, le ciel et quelques bouts d'immeubles impersonnels se reflètent sur le trottoir détrempé à mesure que ne s'égrainent les quelques vingt nouveaux morceaux de Mogwai parus récemment à l'occasion de la sortie d'un nouvel LP de remixes, A Wrenched Virile Lore, et de la bande originale de la série Les Révenants. Deux moyens détournés de renouer avec le quintet écossais, après l'intense Hardcore Will Never Die, But You Will (lire) paru l'année passée, mais non deux moyens inusités, l'un comme l'autre ayant été préalablement éprouvés : Kicking A Dead Pig (1998, Eye-Q) voyait My Bloody Valentine, Surgeon, Arab Strap, Alec Empire ou Hood relire des morceaux de l'initiatique Young Team - dont la phénoménale Mogwai Fear Satan -, quand Zidane: A 21st Century Portrait (2006, Wall Of Sound), incarnait une véritable œuvre dans l'œuvre - que Mogwai interprétera lors de la prochaine édition du Midi Festival - magnifiant celle des réalisateurs Douglas Gordon et Philippe Parreno.

Six ans après, force est de constater qu'avec Les Revenants la virtuosité des natifs de Glasgow pour l'exercice de style n'a pas pris une ride : tricotant toujours dans l'abîme de notre inconscient avec une grâce hors du commun, les instrumentations déployées exaltent tout autant les passements de jambes du divin numéro dix que l'ambiance inquiétante et claustrophobe développée par la série de Fabrice Gobert. Si Hungry Face et Wizard Motor s'affirment tels les points d'orgue de la bande originale, notamment dans leur utilisation télévisuelle, Kill Jester, Relative Hysteria ou Portugal sonnent démesurément juste, à mille lieux d'une vulgaire commande, insufflant un piano pour la première fois de bout en bout et centrant sur celui-ci l'ensemble des arrangements. D'une beauté rare à faire pâlir tout documentaire sur l'Islande, il s'avère d’autant plus simple de déconnecter la musique de la série que la reprise What Are They Doing in Heaven Today? de Washington Phillips - entonnée par Stuart lui-même - ponctue l'ensemble d'un spleen boisé, si typiquement écossais. A contre-temps d'un tel lyrisme ouvragé, la compilation de remixes A Wrenched Virile Lore s'inscrit telle une preuve supplémentaire de l'imbrication de Mogwai pour la scène actuelle - en plus du label Rock Action : les échappés de l'écurie Not Not Fun (lire), Xander Harris et Umberto signent d'ailleurs, chacun dans leur style, deux des plus remarquables relectures avec celles d'How To Be A Werewolf et Too Raging To Cheers, quand Letters To The Metro transfiguré par Zombi donne dans le film spaghetti d'épouvante et que San Pedro revisité par The Soft Moon fait parler la poudre, l'explosion et le détonateur à la fois. Mais bien au-delà de petits jeux entre amis - la technophile réappropriation de Rano Pano par Klad Hest, qui n'est autre que Matt Loveridge de Beak et Fairhorns - l'essentiel tient aux "deux morceaux en un" de Robert Hampson qui, sur La Mort Blanche, clôture l'album d'une version agrégée, aéré et fantasmée de White Noise et Death Rays. A écouter, l'esprit vagabond, le regard aspiré par le vide.

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Tracklisting

Mogwai - A Wrenched Virile Lore (Nov 2012, Rock Action / Sub Pop)

01.George Square Thatcher Death Party (Justin K Broadrick Reshape)
02. Rano Pano – Klad Hest (Mogwai)
03. White Noise (Cylob)
04. How To Be A Werewolf (Xander Harris)
05. Letters To The Metro (Zombi)
06. Mexican Grand Prix (RM Hubbert)
07. Rano Pano (Tim Hecker)
08. San Pedro (The Soft Moon)
09. Too Raging To Cheers (Umberto)
10. La Mort Blanche (Robert Hampson)

Mogwai - Les Revenants (Fev 2013, Rock Action / Sub Pop)

01. Hungry Face
02. Jaguar
03. The Huts
04. Kill Jester
05. This Messiah Needs Watching
06. Whisky Time
07. Special N
08. Relative Hysteria
09. Fridge Magic
10. Portugal
11. Eagle Tax
12. Modern
13. What Are They Doing in Heaven Today?
14. Wizard Motor


Shabazz Palaces - Black Up

Issu des Digable Planets, l'un des groupes les plus novateurs de l'âge d'ôr du hip-hop, l'artiste qui se cache derrière le nom de Shabazz Palaces s'offre ici une intrigante renaissance. On est vite frappé par la richesse formelle de certains morceaux : les constructions subtiles témoignent d'une incroyable explosion de créativité. Chaque titre est une plongée passionnante dans un univers parallèle en perpétuelle expansion. Guidé par d'étranges échos électroniques et trébuchant sur d'improbables empilements synthétiques, on découvre des rythmiques imprévisibles, un pouls extraterrestre qui cache à l'occasion des breaks en forme de failles spatiotemporelles. Les basses, profondes, laissent entrevoir en transparence et par éclair des éclats de jazz ou des racines de funk futuriste qu'on pourrait retrouver dans les cultures d'Antipop Consortium ou de Flying Lotus. Mais les trajectoires kaléïdoscopiques proposées par Shabazz Palaces pour exposer une dizaine de points de vue panoramiques sur sa lointaine galaxie restent fondamentalement uniques. Le rappeur devient navigateur cosmique, ses textes des récits de voyages dont il nous livre la primeur avec autant d'urgence que de spontanéité : "I won't be there for a long time" lâche t-il sur Are you?..Can you?..Were you? (Felt). Le flow soutient une imagerie qui s'installe dans les sous-sols de l'esprit.

Aux questions qui fusent, Shabazz Palaces ne donne qu'une seule réponse, à tiroirs, nous laissant divaguer sur les reliefs accidentés d'interprétations infinies. C'est que Shabazz Palaces a des convictions et s'il sème de l'irréel, ce n'est pas pour provoquer une avalanche de réactions et s'offrir du sensationalisme :  il sait qu'on l'écoute et cette écoute est la seule condition pour que sa vérité soit transmise (Endeavors For Never (The Last Time We Spoke You Said You Were Not There. I Saw You Though). Et quand cette vérité se fait brumeuse voire fantômatique, Shabazz le signale sans faux-semblant (Recollection Of The Wraith). Le final est un pointillé : quelques astres-cailloux lâchés sur un sombre et immense escalier en colimaçon dont il ne tient qu'à nous d'éclairer les marches.

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Tracklist

Shabazz Palaces - Black Up (Sub Pop, 2011)
1. Free Press And Curl
2. An Echo From The Hosts That Profess Infinitum
3. Are You… Can You… Were You? (Felt)
4. A Treatease Dedicated To The Avian Airess From North East Nubis (1000 Questions, 1 Answer)
5. Youlogy
6. Endeavors For Never (The Last Time We Spoke You Said You Were Not Here. I Saw You Though.)
7. Recollections Of The Wraith
8. The King’s New Clothes Were Made By His Own Hands
9. Yeah You
10. Swerve...The Reeping Of All That Is Worthwhile (Noir Not Withstanding)


Sebadoh - Bakesale (Réédition)

Un môme d’à peine deux ans aux cuissots légèrement potelés, planté au milieu d’une salle de bain carrelée et contemplant le fond des chiottes ; Bakesale, album datant de 1994, s’offre une nouvelle jeunesse et revient pour nous rappeler l’exploit pop que les Américains de Sebadoh avaient alors accompli.

La nostalgie des années 90 gagne les esprits depuis quelques années déjà. On se les rappelle avec un sourire niais, notre propre enfance devenant une part de l’histoire. (Le coup de vieux est même plutôt rude lorsque l’on constate que le nom de François Mitterand rend les gamins d’aujourd’hui perplexe : « C’est qui celui-là ? ») Nous sommes donc à l’orée des années 90, nombre de jeunes se blindent les oreilles du souffle ravageur d’Eddie Vedder, du hip-hop d’Infamous Date Rape interprété par A Tribe Called Quest ou encore des premiers rugissements entonnés par la Britannique PJ Harvey. Cantona est en passe de devenir le king des footeux anglais et les préados ne vont plus tarder à dériver honteusement du côté des boys bands. Nous sommes à une époque que certains appellent la fin de l'histoire. Mais sur fond de crise, beaucoup se cherchent. D’inspiration, la jeunesse en est riche. Riche également de désillusions et de craintes. Reagan et Tatcher sont passés par là. En quelque sorte, le terreau idéal à l’émergence de scènes alternatives exaltées et un poil énervées. Sur les terres étasuniennes, le rock indé prolifère, le son lo-fi s’affirme, les saturations et les voix rock scabreuses incarnent toute une génération qui prend foutrement son pied sur des bandes-son qui circulent à la fois sur le réseau MTV et surtout sur le réseau underground.

Aux côtés de Pavement, Guided By Voices et de plein d’autres, Sebadoh navigue sur des voies peu en vue des radars médiatiques. La scission du groupe Dinosaur Jr ayant opéré en 1989, Lou Barlow peut désormais entièrement se consacrer à son projet jusqu’alors resté secondaire. Transgressions de la chose musicale, les LP Sebadoh III et Bubble and Scrape innovent et expérimentent des sonorités rock mal ajustées, crados et incisives. L’album Bakesale, sorti originellement en 1994, marque, quant à lui, une évolution. Le trio légèrement remanié prend une direction plus pop et plus cadrée. Les compositions proposées par Lou et également par son compère Jason Lowenstein s’accordent et s’harmonisent de mieux en mieux. Entre fraîcheur mélodique et tension bouillonnante, une ligne plus homogène que précédemment se poursuit sur les 15 titres. Quant aux dissonances lo-fi, elles gardent leur place mais sont davantage régulées.

Le label Sub Pop nous donne aujourd'hui l’occasion de réécouter ces fameux titres sous une version remasterisée. Troisième réédition pour la bande originaire du Massachussets, le filon est désormais connu et sera agrémenté d’une série de concerts européens cet été. Entre Licence To Confuse et Drama Mine, les riffs s’enchaînent, les guitares s’énervent, les mélodies captivent. On retiendra la rage juvénile de Lowenstein sur Not Too Amused et la splendeur pop de Barlow sur Skull. Sur un second disque sont également écoutables 25 titres bonus datant de la même période. Tous n’ont pas le même intérêt. Vous accrocherez ou pas avec les versions acoustiques de Magnet’s Coil ou de Rebound. Personnellement, j’attribuerais une mention toute spéciale à la ballade électrifiée sobrement intitulée 40203 et à Punching Myself in the Face Repeatedly, Publicly. Dans l'attente de leur concert français de la Route du Rock, nous vous conseillons de découvrir ces morceaux qui n’avaient pas eu droit au feu des projecteurs, restés jusqu’alors cachés dans de douillettes faces B de singles et d’Ep.

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Tracklist

Sebadoh - Bakesale (Sub Pop, 2011)

Disque 1

1. Licence To Confuse

2. Careful

3. Magnet’s Coil

4. Not A Friend

5. Not Too Amused

6. Dreams

7. Skull

8. Got It

9. S. Soup

10. Give Up

11. Rebound

12. Mystery Man

13. Temptation Tide

14. Drama Mine

15. Together Or Alone

Disque 2

1. MOR Backlash

2. Not A Friend

3. Foreground

4. 40203

5. Mystery Man

6. Drumstick Jumble

7. Lime Kiln

8. Fancy-ass / Destitute

9. Perfect Way

10. Give The Drummer Some

11. Cementville

12. Social Medicine

13. On Fire – acoustique

14. Magnet’s Coil – acoustique

15. Rebound – acoustique

16. Punching Myself in the Face Repeatedly, Publicly

17. Sing Something / Plate Of Hatred

18. III Screams – wet synth mix

19. Monsoon

20. Rainbow Farm

21. Hank Williams

22. Careful – bonus version

23. Dramamine – bonus version

24. Not Too Amused – bonus version

25. S. Soup – bonus version

 


Mogwai - Hardcore Will Never Die, But You Will

Quinze années à bourlinguer au quatre coins du globe, huit albums, dont un live, Special Moves (lire), doublé d'un film haletant, Burning. Le rythme est soutenu et la machine de l'histoire bien en marche, octroyant de facto au quintet écossais Mogwai les galons de groupe "culte", voire générationnel, et écrasant de fait la concurrence d'un seul arpège en matière de post-rock. En somme, quinze années de labeur et de dévouement à la cause indépendante - notamment par la création du label Rock Action - pour avoir à se coltiner une stature insupportable en plus d'une étiquette comme le critique musical les aime tant, à savoir sans queue, ni tête. Presque vingt ans après l'album éponyme de Tortoise, quelqu'un n'a-t-il d'ailleurs pas remarqué que le rock, comme toute forme d'art, ne cesse de se renouveler par la double manivelle de la répétition et de l'expérimentation et qu'au final, d'après, il n'y en a pas et il n'y en aura probablement jamais ? Et que dire de la panacée commerciale désormais inversement proportionnelle à l'implication artistique des-dits groupes "cultes" ? Qu'ils sortent un disque et chacun se l'arrache, les plus jeunes le portant aux nues sans même un coup d'œil dans le rétro discographique, les plus vieux le dénigrant justement parce qu'avant c'était mieux, plus authentique. Les charognards de toutes sortes rodent donc, prêts à enterrer la bête au moindre faux pas, mais qu'importe, Mogwai, avec Hardcore Will Never Die, But You Will prouve qu'il reste une entité créatrice bien vivante, fermement décidée à ne pas se laisser leurrer par son propre mythe.

Bien sûr, il y a ces clins d'œil au passé. Si la production du précédent The Hawk is Howling était confiée à Andy Miller, Hardcore Will Never Die, But You Will bénéficie pour sa part de la contribution de Paul Savage. Ces deux-là sont précisément les dépositaires du premier LP des Écossais, Young Team, les ayant révélés au monde. Et si le violon de Luke Sutherland s'était brusquement effacé depuis l'abyssal Xmas Steps, le voici de retour sur Too Raging To Cheers. De là à dire que Mogwai se réinvente un futur sur le dos de son passé tellurique, il n'y a qu'un pas qu'on ne saurait franchir tant le jeu des comparaisons entre albums semble vain, ne faisant qu'effleurer de sa futilité toute pertinence. Oui, Mr. Beast est aussi accessible que The Hawk is Howling n'est sombre, non, Hardcore Will Never Die, But You Will n'est pas la somme de ces deux facettes puisque, dans un cas comme dans l'autre, dès les premières notes, vous savez à qui vous avez à faire. Tant par sa discographie que par ce "son", charriant le silence pour mieux tutoyer les cimes, Mogwai incarne l'Écosse dans toute sa dimension sensible, quelque part nichée entre les grands espaces des Highlands et les friches industrielles de Glasgow, où pintes de bière, franche camaraderie et football ne font décidément qu'un. Sans conteste moins cryptique que les Canadiens de Godspeed You! Black Emperor et moins boy scout que les Islandais de Sigur Rós, le quintet grave à dessein cette géographie émotionnelle selon une grammaire instrumentale connue de tous, qui, à défaut de surprendre par son contenu, imprègne avec toujours autant d'intensité les visages d'un quotidien passager, grimé d'espérance comme de violence, d'alcool comme d'ennui.

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Pour la première fois enregistré de manière séparée, chacun étant disséminé aux quatre coins du globe durant sa conception, Hardcore Will Never Die, But You Will s'ouvre sur deux des morceaux figurant à merveille ce dont l'album recèle, entre classicisme épuré (White Noise) et nouvel adage sonique (Mexican Grand Prix), sonnant ici telle une référence explicite à la "motorik" qui animait dans les seventies les baguettes de Klaus Dinger, batteur de Neu!. Oscillant entre ces deux extrêmes, Rano Pano, par ses guitares revêches, semble reprendre les choses là où Batcat les avait laissées au sein de The Hawk is Howling, tandis que les introspectifs périples, mâtinés de claviers, Death Rays et Letters to the Metro conservent le sel d'effusions lacrymales propre à l'indicible Come On Die Young. Caréné d'une basse contondante et porté par une voix passée au filtre d'un vocoder présent par deux fois sur l'album, George Square Thatcher Death Party tranche par son immédiateté et sa fulgurance mélodique, insufflant sur ses braises deux compositions ostensiblement rassérénées, How To Be A Werewolf et Too Raging To Cheers, malgré leur dissemblance rythmique. Au-delà de son titre en forme de boutade - grande spécialité maison -You're Lionel Richie s'arroge une place de choix dans le classement des morceaux conclusifs du groupe, évoquant les atours de l'indépassable Mogwai Fear Satan, quand des deux inédits accompagnant, l'un le single Rano Pano, l'autre la sortie deluxe de l'album, ce dernier, Music for a Forgotten Future, immense pièce musicale d'une vingtaine de minutes, offre la vision panoramique d'une mélancolie ardemment chevillée au corps et dénuée d'électricité. Celle d'un groupe et, par là-même, celle de toute l'Écosse. Come on the Bhoys !

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Tracklist

Mogwai - Hardcore Will Never Die, But You Will (2011, Rock Action Records / Sub Pop)

01. White Noise
02. Mexican Grand Prix
03. Rano Pano
04. Death Rays
05. San Pedro
06. Letters To The Metro
07. George Square Thatcher Death Party
08. How To Be A Werewolf
09. Too Raging To Cheers
10. You're Lionel Richie


No Age - Everything In Between

no-age-everything-in-betweenEverything in Between, des Californiens de No Age, est disponible depuis le 28 septembre dernier. Depuis l'encre a vertement fusé quand les claviers ont crépité dans un véritable tintamarre sentant bon la discordance d'opinions. Ça castagne sévère même. Et s'il est parfois bon de prendre du recul, sans se pâmer avec pusillanimité sur le saignant d'avis plus que divergents (les louanges du chef d'œuvre, l'avanie de l'imposture), une chronique, même tardive, n'a pas vocation à compter les points. Surtout lorsque l'on décante avec patience son avis s'agissant des sempiternelles questions qu'impose à la critique la sortie du second effort d'un groupe au coup d'essai plébiscité. Les No Age feront-ils du No Age ? Tiendront-ils le cap ? Feront-ils mieux ? Moins bien ? Feu de paille ou confirmation ? Les interrogations s'agglutinent au bord des lèvres telles des mouches sur le cul d'une vache et ce dans une atmosphère plus proche de l'auto-validation de points de vue d'alors que de l'analyse du contenu proposé par Everything in Between. Entre daube avérée et génie révélé donc. Un bref recadrage s'impose, avec en toile de fond cette question hautement existentielle : un groupe doit-il continuer à faire ce qu'il sait le mieux faire ? Adoubé par Pitchfork, sous le sceau rutilant de l'avant-garde bruitiste, le duo composé de Randy Randall (guitare) et Dean Allen Spunt (chant et batterie) - fort d'une kyrielle de maxis, regroupés en partie sur Weirdo Rippers (Fat Cat records, 2007), et d'un album, Nouns (Sub Pop, 2008), porté aux nues de la critique - avait pourtant préparé le terrain : les quatre morceaux de l'EP Losing Feeling (Sub Pop, 2009), chroniqué par ici, conjuguaient déjà l'urgence punk et les distorsions shoegaze du tapageur Nouns avec une écriture pop plus évidente, laissant clairement supposer l'évolution d'un son jusqu'à présent ébauché. Une lubie en forme d'épidémie de ce côté-ci de la Californie, noage_10puisqu'avec le récent King of the Beach (lire), Nathan Williams et ses acolytes de Wavves se prennent à lorgner eux aussi du côté d'une maturation censée enrichir un répertoire sans pour autant ennuyer l'auditeur. A tort ou à raison. Mais comment reprocher à un groupe d'affiner son approche musicale histoire de ne pas reproduire indéfiniment le même disque ? Dans un monde dardé de distorsions réverbérées, où le boucan peut vite tourner à vide, seul un groupe dénué d'imagination ne daignerait jamais se risquer sur les voies inconfortables de l'expérimentation, ni celles de la transition, fut-elle assumée dès le second album. A ce titre Everything in Between est un véritable cas d'école, extirpant de Nouns ses fulgurances mélodiques (The EraserTeen CreepsRipped Knees), tout en carénant celles-ci d'une ossature sonore qui, à défaut d'être totalisante et imperméable, soutient sans fard leur puissance et leur efficacité. Quand la voix de Dean Allen Spunt semblait lutter pour exister et s'immiscer dans le ferraillage en règle de Randy Randall, créant cette folle dialectique entre harmonie et chaos, on sent, tout au long d'Everything in Between, l'impressionnante entreprise de domestication d'une électricité désormais chevillée à l'intensité jubilatoire des morceaux. Que ceux-ci soient ouvertement pop (Life Prowler, Glitter), avec de sinueux larsens en guise de fils conducteur, ou plus immédiatement rentre-dedans (Fever Dreaming, Shed and Transcend), on décèle écoute après écoute ce clin d'œil appuyé aux éternelles nineties (Sebadoh, Nirvana), aboutissant à l'implacable Skinned, esquissant en deux temps, trois mouvements, la potentialité roborative inouïe du duo. S'il ne déroge pas à la règle de ses prédécesseurs, distribuant son lot d'instrumentaux flagellant de leurs saturations blêmes, dépourvues de rythmiques, quelques troubles rêveries opiacées (Katerpillar, Dusted, Positive Amputation), Everything in Between aligne tout de même d'inhabituelles balades rassérénées (Common Heat, Valley Hump Crash) dont la conclusive Chem Trails que certains aficionados de la première heure se doivent de considérer tel un véritable parjure à expier le plus rapidement possible. Quoi qu'il en soit, c'est en discutant le bout de gras avec les deux compères, le temps d'une interview, bientôt dévoilée et réalisée dans le cadre de leur récent concert au Point Éphémère, que l'on saisit où ils veulent en venir. Le concept tient en deux mots : dream-punk. Suffisait de l'énoncer, l'évidence s'impose.

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No - Age - Skinned

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Tracklist

No Age - Everything in Between (2010, Sub Pop)

01. Life Prowler
02. Glitter
03. Fever Dreaming
04. Depletion
05. Common Heat
06. Skinned
07. Katerpillar
08. Valley Hump Crash
09. Sorts
10. Dusted
11. Positive Amputation
12. Shed and Transcend
13. Chem Trails


Hartzine Session : Avi Buffalo

avi0001A l'occasion de leur passage à Paris, les Californiens d'Avi Buffalo nous ont accordé une petite session. Je vous vois venir : Buffalo qui ? Avi Buffalo est le groupe du leader Avi Zahner-Isenberg, jeune produit de Long Beach à peine sorti du lycée. Il rêvait petit d'être un grand skateur et surtout d'avoir une Game Boy qu'il réclamait souvent à ses parents. Mais ces derniers ne cédèrent pas et pour le calmer lui offrirent une guitare à 12 ans. C'est comme cela que tout commença. Après quelques d'années d'expérimentations dans le garage familial et avoir trouvé ses trois compagnons de route au sein du même lycée, Avi Buffalo était enfin créé. Repéré sur MySpace via leur single What's In It For? par le label Sub Pop, ils ont sorti leur premier album sobrement intitulé Avi Buffalo en avril dernier. Dix ballades pop qui montrent déjà la maturité musicale de ces bambins. Dans l'ambiance rose bubble-gum des loges du Réservoir, Avi, accompagné de Rebecca, nous interprète What's In It For? et  Summer Cum.  Ils ne sont pas trop attachants ?

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Dum Dum Girls - I Will Be

dumdumOn aurait tôt fait de ranger I Will Be des Dum Dum Girls sur la même étagère que les innombrables singles de Best Coast parus depuis l'année dernière. A savoir, coincé entre une édition vieillotte d'Ask the Dust de John Fante et une anthologie époussetée de la surf music des années cinquante. A dire vrai, c'est ce que j'ai fait, rapprochant sans une once de doute les saturations sourdes de Bethany Cosentino à celles éraillées du combo de Kristin Gundred, élégante brune à la peau diaphane, se faisant désormais appeler Dee Dee. Toutes deux citoyennes de la Cité des Anges, je me figurais, en fermant les yeux, cette ville fournaise que le désert tente de coloniser, ce Los Angeles flétri d'Arturo Bandini et de son Bunker Hill poussiéreux où "le long des bicoques en bois mangées par la suie, les palmiers sont étouffés par le sable, le pétrole et la crasse, ces palmiers si futiles qui se tiennent là comme des prisonniers moribonds, enchaînés à leur petit bout de terrain, les pieds dans le goudron." A l'instar de la branleuse invétérée de Best Coast, désireuse d'écrire encore et encore "des chansons sur l’été, le soleil et l’océan”, et de leurs turbulents amis Wavves et No Age, je m'imaginais les Dum Dum Girls, et leur premier LP sorti le 06 avril dernier sur le label Sub Pop, comme les derniers avatars d'une résistance toute Pacific à Big Apple et à son incandescent rayonnement culturel. A tort.

C'était sans compter l'attrait de Dee Dee pour la nuit new-yorkaise et son underground obnubilant : “I Will Be n’est pas totalement à l’image de Los Angeles, parce que je ne suis pas moi-même à l’image de cette ville. (...) J’aime quand il fait gris, qu’il pleut, quand les choses changent du jour au lendemain, qu’il faut s’adapter. Là-bas, il fait beau tout le temps et il suffit de se laisser porter.” Exit donc le soleil et son groupe d'alors, Grand Ole Party, au sein duquel elle chantait en jouant de la batterie, et première rencontre loin de sa terre natale : Mike Sniper, increvable activiste aux mille projets parmi lesquels Blank Dogs, caverneux groupe de synth-pop et Captured Tracks, effervescent label basé à Brooklyn. De cette collision de talents naît une éphémère collaboration, The Mayfair Set, où les guitares de Dee Dee se refroidissent au contact des claviers nauséeux de Sniper. Malgré un lot non négligeable de bons morceaux (Junked, Dark House, Three For Me), l'EP Young One passe quasiment inaperçu en novembre 2009, à l'heure des bilans et de la consécration des hippies hypes collectifs. Mais l'insatiable Kristen avait déjà embrayé la seconde avec Frankie Rose, autre connaissance new-yorkaise, qui n'est autre que la batteuse des Crystal Stilts et la cofondatrice des Vivian Girls. Forte d'une myriade de chansons aux réverbs crasses et à l'électricité moite, Dee Dee la débauche en plus d'une amie de son musicien de mari, Brandon Welchez, chanteur-programmeur des Crocodiles. Les Dum Dum Girls prennent alors rapidement leur envol autour d'une relecture itérative de morceaux déjà composés dont Blissed Out, cassette sortie en début d'année via le label Art Flag, en est l'émanation. Pas franchement renversante, cette collection hétéroclite de chansons bancales et distordues contient cependant quelques pépites noise dont le saignant Catholiced et le naïf Mercury Mary. La reprise Throw Aggi Off the Bridge, scelle par ailleurs une communauté d'esprit rêvée entre elles et les Black Tambourine, groupe shoegaze du début des années 90 parmi les premiers à avoir signé sur le légendaire label Slumberland Records (Velocity Girl, Stereolab, St. Christopher).

En enrôlant sans coups férir les demoiselles, au nom en forme d'hommage à The Vaselines et leur album Dum Dum sorti en 1989 sur Sub Pop, ledit label se doutait fort bien qu'en plus de perpétuer un certain héritage maison, il s'offrait l'un des groupes féminins capable de conjuguer avec le plus de justesse romantisme twee-pop et fièvre shoegaze. Évoquant par leurs guitares abrasives le défunt mouvement riot grrrrrl, les Dum Dum Girls ne se démarquent pas moins du punk féministe tant par la teneur émotive de leurs morceaux que par une recherche constante d'harmonies et de mélodies faisant d'I Will Be un disque à l'efficacité pop et à la production lo-fi hautement réfléchie. C'est en ce sens que Kristin Gundred s'est entourée de Richard Gottehre (Blondie, The Go-Go’s), lui assignant la difficile mission "d'associer le côté noisy des guitares à une certaine clarté du chant". Ne s'embarrassant que de l'essentiel, entre couplets, ponts, refrains et crépitements, le pari est dans sa globalité tenu sur les trente-deux minutes pour onze chansons que compte l'album. Débutant sur les chapeaux de roues avec It Only Takes One Night et son rythme binaire échevelé, on se laisse très vite engrener jusqu'au trépident single Jai La La et ce malgré une faute de parcours évidente - le pénible Bhang Bhang, I’m a Burnout. Si Jai La La et Yours Alone font figures de tubes garage en puissance, entre grammaire rock minimale et refrains entêtants, Blank Girl constitue le véritable sommet de l'album. Chanté en duo avec son mari, la grâce romantique qui s'en dégage fait inévitablement penser aux canons sixties d'une surf music au son vaporeux. S'ensuit I Will Be qui, de la même manière qu'Everybody’s Out un peu plus loin, enroule de frémissantes guitares à l'impureté chaleureuse autour d'une rythmique galopante quand la voix chaloupe l'oreille d'une beauté savamment réverbérée. La volubile ballade dénuée de batterie, et assurée seule par Dee Dee, clôt I Will Be sur une touche mélancolique gravement magnifiée de cordes à peine effleurées. Qu'on ne s'y trompe pas, malgré sa brièveté et son dépouillement un tant soit peu clinique, il faut rendre à Dee Dee ce qui est à Kristin : un excellent disque et une route toute tracée dans cette fascinante Amérique. La belle a d'ailleurs créée son label : Zoo Music. I Will Be porte bien son nom.

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Dum Dum Girls - Blank Girl
Dum Dum Girls - Throw Aggi (Black Tambourine cover)
Mayfair Set - Three for Me

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Tracklist

Dum Dum Girls - I Will Be (Sub Pop, 2010)

1. It Only Takes One Night
2. Bhang Bhang, I’m a Burnout
3. Oh Mein M
4. Jail La La
5. Rest of Our Lives
6. Yours Alone
7. Blank Girl
8. I Will Be
9. Lines Her Eyes
10. Everybody’s Out
11. Baby Don’t Go

Dum Dum Girls - Blissed Out (Art Flag, 2010)

01. Ship Of Love
02. Hey Sis
03. Throw Aggi
04. Catholicked
05. Let It Be Me
06. Mercury Mary
07. Brite Futures
08. Put A Sock In It
09. M.Y.O.B.
10. Longhair
11. Dream Away Life

The Mayfair Set - Young One (Captured Tracks, 2009)

1. Junked
2. Let it Melt
3. Dark House
4. Three for Me
5. I’ve Been Watching You
6. Cease to Be


AFCGT – afcgt

6167AFCGT, c'est avant tout un groupe composé d'ex A-frames. Ces derniers avaient sortis 2 ou 3 LP's d'un post punk incompris par la grande majorité, encensé par les autres. Depuis, un des mecs d'A-Frames est parti monter The Intelligence, le reste de la troupe a quant à elle visiblement eu envie de rattraper le temps perdu et a fondé The A Frames and the Climax Golden Twins (AFCGT). L'album éponyme qui s'en ait suivi, se compose de 7 titres qui m'ont rappelé des scènes embarrassantes durant lesquelles on simule de l'intérêt ou de la compréhension pour les musiques dites expérimentales. Inutile donc de se lancer dans un procès en fausse érudition, le terme « expérimentale » appliqué au champ musical est sûrement celui à l'origine d'un nombre croissant de fanfares publicitaires et de branlettes intellectuelles. Pour faire vite : de la piste 3 à 7, tous les morceaux sont dispensables. Le reste de l'album sonne comme du sludge pété (Black Mark) et un master class western rock sous drogues (Two legged Dog).

Nicolas

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AFCGT - Black Mark

Tracklist

AFCGT – afcgt (Sub Pop, 2010)

1. Black Mark
2. Two Legged Dog
3. Nacht
4. New Punk 27
5. Reasonably Nautical
6. New Punk
7. Slide 9


Beach House - Silver Soul en vidéo

beach_houseSalut les bouffeurs de nems et les brouteuses de gazon, c’est George Abitbol, l’homme le plus classe du monde. Aki fait actuellement la sieste, et d’ailleurs j’en profite pour vous révéler que cet imposteur n’a de niakoué que la taille de la bistouquette, et qu’en réalité c’est le fils non-avoué d’une figurante toxicomane de l’épisode 236 de Côte Ouest. Enfin… Bon les p’tits gars, si je suis là, c’est pour vous parler de Beach House. Attention, pas ces pédés hippies de Beach Boys. Non, Beach House. J’aime bien me passer leur dernier album Teen Dream dans mon Walkman cassette Toshiba dernier cri, lors de mes ballades à cheval. Mais la révélation les enfants, c’est ce clip de Silver Soul. C’est marrant, la photographie me rappelle un peu le Goth Star de l’autre mongolien qui aime bien s’enturbanner de PQ… Ah oui, Pictureplane. Il est sacrément con celui-là aussi. Mais ces mignonnes petites pépés en tutu argentés ça ma rappelle l’époque où j’avais invité à diner Maureen O’hara, et qu’elle avait fini par… Et mais attendez une minute, Hartzine… C’est pas nazi votre truc ? Oh monde de merde.

Akitrash

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No Age - Loosing Feeling

NoAge_LP_FRONTLes No age en remettent une couche. Tout juste remis d'une tournée haletante avec Deerhunter et Dan deacon, le rocambolesque "No Deachunter tour", soldée pour le guitariste du groupe, Randy Randall, par une luxation de l'épaule suite à un concours de break-dance aussi scabreux qu'aviné, les deux acolytes, via leur label Sub Pop, ont sorti début octobre l'EP Losing Feeling, . En droite ligne des deux albums précédents, Weirdo Rippers (Fat Cat records, 2007) et Nouns (Sub Pop, 2008), les quatre morceaux que contiennent Losing Feeling concassent, avec efficacité, un ineffable sens de la formule pop, aux fulgurance noise-punk revêches et accrocheuses. Marchant sur les pas de géant d'Husker Dü, Dean Allen Spunt, chanteur et batteur du groupe, et Randy Randall, affinent dans Losing Feeling la production de leurs compositions ramassées tout en conservant l'urgence comme valeur cardinale. La vidéo - toute fraîche - illustre à merveille ce que le duo d'activiste skateurs vocifère, à savoir une franche déconnade, ébouriffée et addictive. Pas mal pour des végétariens. En écoute, pour rappel, Here Should Be my Home, l'un des hymnes noise du groupe présent sur Nouns.

Thibault

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No Age - Here Schould Be My Home

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Tracklist

No Age - Loosing Feeling  (Sub Pop, 2009)

01. Losing Feeling
02. Genie
03. Aim At The Airport
04. You’re A Target