Somaticae l'interview

Que se soit sous son alias Somaticae (lire) ou avec ses side projects comme Balladur et Couleur TV, Amédée de Murcia se fait le gardien d'une musique intransigeante et sans concession. Orfèvre de l'architecture sonore et adepte de l’expérimentation depuis ses débuts, ce personnage discret de la scène techno tisse un univers bien à lui où l'on croise autant la science fiction paranoïaque de H.P. Lovecraft que l'électro déglinguée de Pizza Noise Mafia. Il était temps de lui accorder un entretien au long cours à l'occasion de la sortie de sa cassette, Le Premier Matin, chez Fougère Musique.

Peux-tu nous présenter ta cassette qui sort chez Fougère Musique ?

Le Premier Matin est une compilation d'improvisations enregistrées et éditées durant l'été 2017 dans mon studio, 12 avenue Paul Kruger.

Comment décrirais-tu musicalement cette nouvelle sortie ?

C'est un mini album qui mélange l'electronica, la techno, la musique électro-acoustique et les fields recordings. Par cet album, j’ai voulu retranscrire l’environnement des livres de SF qui m’ont marqués comme ceux de K. Dick, Borges ou Lovecraft mais aussi le roman Paranoïa de Christophe Siébert. Chaque morceau raconte un peu une histoire. Par exemple, Le Premier Matin de la Communauté raconte l’histoire d’une communauté qui, dans un futur proche, s'est retirée du monde. Ce premier matin est celui qui suit une nuit d'ingestion de psychédéliques par le groupe. Durant cette matinée, les habitants se prélassent dans leurs jardins et jouent de la musique, entourés d'animaux, en savourant les effets sensoriels et visuels qu'ils ressentent. Dans cette expérience communautaire décrite par le morceau, la notion du temps et des individualités est effacée. Quant au morceau Le Dieu Crapaud de Siébert, il raconte la scène ou Népès s'accouple pour la première fois avec le dieu crapaud Zoga dans son roman Paranoïa.

Il y aussi l'oeuvre vidéo de Martin Le Chevalier, Félicité, dans laquelle j’ai trouvé un écho à certains de mes morceaux. Cette oeuvre raconte une société si utopique qu'elle en devient effrayante, le monde égalitaire merveilleux qui y est décrit témoigne en creux de notre société. Le Premier Matin est donc un album qui parle de créatures de science fiction, d'utopie et d’une communauté psychédélique imaginaire.

Est ce que la littérature, le cinéma ou d'autres domaines influencent ta musique ?

Il y a donc la littérature de science fiction qui m’influence, mais aussi les livres de Noam Chomsky sur la dictature de l'impérialisme américain appuyé par la CIA ou encore ceux de Slavoj Žižek qui démonte l'idéologie de notre société en citant le cinéma hollywoodien. J'aime aussi beaucoup lire des revues comme Tacet, Audimat ou Revue & Corrigé. Ça me permet de prendre du recul sur ma pratique et de découvrir d'autres points de vues sur la musique. Le cinéma est important aussi, je citerai notamment trois films qui ont nourri l'imaginaire de l’album :

- Valérie au Pays des Merveilles, de Jaromil Jires, qui raconte le voyage onirique d'une jeune fille dans un monde à la fois merveilleux et inquiétant. On y trouve de fortes symboliques sur la tyrannie des adultes, des premiers émois sexuels et de la puberté.

The Wicker Man, de Robin Hardy, qui interroge sur ce qui constitue la marginalité dans notre société. Le héros est un inspecteur catholique qui se retrouve sur une île où les habitants vivent ouvertement un rite païen de fertilité ; tout ce qui est amoral pour lui (et pour nous) ne l'est pas sur cette île, et inversement.

- Les Conspirateurs du Plaisir, de Svankmajer, qui raconte les préparations solitaires de rituels érotiques étranges, rituels orchestrés secrètement par des gens ordinaires. J’aime aussi beaucoup l'art vidéo de Lionel Palun, Xavier Querel, Joris Guibert ou encore Electroncanon.

Est-ce que le processus créatif a été différent pour cette nouvelle sortie ?

Oui et non. Ce n'est pas la première fois que j'improvise en studio pour en faire un album mais, par rapport au précédent (Djinn Larsen, ndlr), les techniques ont été un peu différentes. Pour ce disque, j'ai fonctionné systématiquement ainsi : tout d'abord je me préparais un premier dispositif d'instruments issus de mon studio (boîte à rythmes, samples, effets), puis quand je trouvais une base de réglages de paramètres qui me plaisait, j'enregistrais et j'improvisais sur six ou sept minutes. Ensuite, cette première base était raccourcie et je cherchais d'autres éléments à ajouter en transformant mon dispositif d'instruments initial. J'enregistrais alors une seconde piste improvisée en m'imprégnant de la première, puis une troisième et ainsi de suite. Enfin, je cherchais des fields recordings d'animaux qui me rappelaient les sons que j'avais créés et je les glissais par intermittence. Il me semble que c’est une manière simple et amusante d'intégrer des éléments de réel aux sons électroniques afin d'évoquer des paysages ou des scènes de vie imaginaires.

Est-ce que l'expérience du live t'intéresse plus que le studio ?

J'adore tout autant le live et le travail en studio, et j'ai besoin de passer de l'un à l'autre pour confronter mes idées et en découvrir de nouvelles. Je fais bien sûr une distinction entre ces deux expériences. L'expérience du studio, c'est être seul dans une pièce avec une acoustique assez neutre, où il y a des enceintes d'écoute très précises (de monitoring). C'est un cocon aseptisé qui permet de travailler le son de façon chirurgicale afin de créer un enregistrement qui comporte le moins de différence possible lorsqu'il sera diffusé sur différents systèmes sonores. Dans ce lieu hermétique et intime, je travaille seul tout en imaginant bien sûr les réactions de l'auditeur futur.

Le paradoxe, c'est qu'il y a à la fois plus de liberté de création par rapport à un live (car il n'y a pas de limitation de durée d'expérimentation, pas de public réel), mais en même temps il y a plus de contraintes puisqu'on élabore le futur enregistrement qui sera par la suite à jamais figé numériquement. L'autre chose importante pour moi, c'est que le studio me permet aussi d'élaborer une composition non figée, spécialement prévue pour le concert où je viendrais soumettre une interprétation au public le soir venu - en ce moment, je n'improvise pas mes lives.

Le live, au contraire, c'est être dans un lieu où tous les paramètres externes comptent et sont insaisissables ; le soundsystem et l'acoustique de la pièce mais aussi l'affluence du public et son comportement, ce qu'il a consommé, s'il est attentif, s'il est venu pour la tête d'affiche, etc. Avec aussi, bien sûr, l'heure de la nuit et mon état moi-même. Je souhaite toujours jouer en bas, au milieu du public, afin d'entendre le même son que les gens mais aussi dans l'espoir de créer un rapprochement et une émulation entre l'artiste et le public, de casser cette image du musicien en haut, sur un piédestal. Le live et le studio, c'est donc indissociable, très différent mais tout aussi vital pour moi.

Peux-tu nous parler du podcast que tu nous as concocté ?

Ce podcast est un petit best of personnel des artistes qui m'ont inspiré ces derniers temps. Les samples percussifs et polyrythmiques de Jake Meginsky et de Raymonde m'ont pas mal impressionné par exemple. J'ai aussi beaucoup appris des jeux de distorsions sur les basses de boîte à rythmes ainsi que les delays sur les rythmiques avec C_C. J'apprécie beaucoup le minimalisme et la précision chirurgicale dont peut faire preuve Yann Legay ou encore Exoterrism, que ce soit en live ou sur disque. J'ai vu à plusieurs reprises des très bons lives de Terrine et j'ai été frappé par les textures très pures et dures, façon Pan Sonic ou Autechre, qu'elle peut générer avec uniquement la drum machine, ça m'a donné envie de pousser plus loin mon sampler octatrack. Il y aussi le jeu très surprenant de Typhonian Highlife qui peint un univers d'extraterrestres sur ses vieux synthés digitaux, je l’ai vu faire un beau concert l’été dernier à Grrrnd Zero. Il y aussi d'autres artistes dont j'aime beaucoup les concerts et les disques mais que je n'ai pas pu mettre sur le podcast : Accou, Jean Bender, Pizza Noise Mafia, Low Jack, Homnimal, Pierre Berthet.

Quel est ton parcours musical ? Comment es-tu arrivé à l'expérimentation ?

J'ai adoré écouter de la musique très tôt : dès mes onze ans, j'empruntais des disques à la médiathèque avec une préférence pour l'électronique. Ainsi, Homework des Daft Punk a beaucoup tourné quand j'étais en sixième. Mais très vite, en piochant dans les bacs de la médiathèque, je suis tombé sur Aphex Twin, Autechre et Amon Tobin, et là ça été une première révélation. Je voulais absolument faire quelque chose qui ressemblerait à ça. Seulement je n'avais pas les mêmes moyens ! Alors j'essayais des choses sur une vieille boîte à rythme et un 4-pistes emprunté à mon père, puis sur des logiciels sur ordinateur où je m'amusais à ouvrir des fichiers images sur des logiciels de son ou à enregistrer avec un micro de webcam les objets de la maison qui me passait sous la main et les tartiner d’effets. Donc l'expérimentation a été là dès le départ, et au fur et à mesure j'ai été capable d'imiter mieux mes idoles et les styles que j'aimais en maîtrisant mieux les logiciels. Depuis j'essaie de mélanger un peu de tout ce que j'aime en essayant d’utiliser les éléments de différents styles non comme références mais comme des outils pour la création.

Peux-tu nous parler de tes autres projets ?

Depuis cinq ans, j'ai un duo très pop qui s'appelle Balladur. En ce moment, on s'amuse beaucoup à mélanger des éléments de pop africaine ou indonésienne, du dub, de la new-wave ou encore du rockabilly. J'ai aussi formé un duo avec Edouard de C_C (parfois rejoint par Hugo Saugier à la vidéo), ça s'appelle OD Bongo et c'est plutôt drum et bassline, on s'inspire beaucoup de Muslimgauze et de Jah Shaka. Avec Hugo Saugier, on a monté un duo audiovisuel qui s'appelle Couleur TV. On travaille sur des samples et des larsens vidéos, en synchronisation avec des samples audios, dans une esthétique de patchwork télévisuelle flippante. Sinon, avec Romain de Balladur, on a aussi deux autres duos, le premier s’appelle Vinci, où on fait une musique instrumentale très répétitive, une sorte de krautrock industriel avec des nappes dissonantes et des synthés saturés, le second est Sacré Numéro qui est une performance avec la voiture de Romain qu’on remplit de micros et de capteurs.

As-tu des lives prévus ?

Pour ce qui est du mois de mai, je joue Couleur TV et Somaticae les 11 et 12 pour le Toulouse Hacker Space Festival et je finis avec une tournée de Balladur, dans le Finistère, du 18 au 27.

Ensuite en juin, je joue Vinci le 02 aux Tanneries, à Dijon, puis j'enchaîne sur une semaine de résidence avec Jérôme Fino à Besançon, pour le festival Bien Urbain où nous allons travailler sur le son des champs électromagnétiques des distributeurs de billets de banque. Le concert sera le 09.

Comment vois-tu la scène techno évoluer à Paris ces dernières années ?

Absolument aucune idée ! Je ne fréquente plus les clubs et je ne suis pas parisien. Je crois que les scènes musicales qui m'intéressent se trouvent dans d'autres villes comme Bruxelles, Lyon, Leipzig, Marseille ou encore Amiens.

Qu'est-ce que tu fais quand tu ne fais pas de musique ?

Avec des amis, nous nous occupons de la programmation du collectif Si au Périscope, à Lyon. On a déjà fait venir entre autres Christine Webster, Yann Leguay, Nicolas Maigret et Xavier Charles. On espère pouvoir faire venir Alexandre Chanoine en juin, qui travaille sur des objets sonores fabriqués en pierre et en bois. Je pense aussi faire un petit label de k7 avec Romain de Balladur, ainsi qu'un fanzine musical à plusieurs pour parler des artistes et groupes qui nous semblent pas assez mis en avant malgré leurs talents. Pour le numéro zéro, on a prévu un entretien croisé entre Golem Mécanique et Perrine Bourel, un portrait de Terrine, une interview avec un report de concert de Bégayer ainsi que des photos d'un super festival à Cherbourg.

Quel est ton meilleur souvenir de concert ?

Mon dernier bon souvenir de concert, c'est Pierre Berthet qu'on a fait jouer au Périscope, à Lyon, il n'y a pas longtemps. Il a fini son concert en se déplaçant au milieu de la foule et en portant sur la tête une cocotière sertie de coquilles de moule qui produisaient un crépitement cristallin lorsqu’il marchait. Il fallait voir ce sexagénaire faire bruisser son casque devant un public l'écoutant religieusement ! J'ai trouvé ça à la fois drôle et poétique.

Mixtape

Tracklist

Somaticae - Le Premier Matin (Fougère Musique, 08 mai 2018)

01. Le Dieu Crapaud de Siébert
02. Je Suis Resté Perché
03. Ils Dorment Sous l'Eau
04. Ticae Dub
05. Le Premier Matin de la Communauté
06. Après Nous, les Insectes


On y était : Transient Festival

TransientTransient Festival, 14/16 novembre 2014 à Mains d'Oeuvres

14 novembre 2014. Le contraste entre la soirée off du Transient au Monseigneur et celle d’ouverture du festival vendredi nous pose face à une évidence : en dix ans, la musique électronique a beaucoup changé dans le fond comme dans la forme. Le panel de jeudi donnait un échantillon éclatant de notre époque, qu’il s’agisse des douces agressions protéiformes du Lyonnais Vophoniq, ou de l’ambient corrodée et absorbante de Bill Kouligas qui dirige le label Pan, l’un des pivots esthétiques du moment. Le lendemain aux Mains d’Œuvres, on sent comme un gouffre entre les expérimentations contemporaines et l’électronica un peu précieuse ou naïve des producteurs-clés de l’ancienne génération. La soirée s’ouvre par de jeunes Français clairement imprégnés de ces derniers, Ocoeur et le VJ Hieros Gamos, très honnêtes, mais bien prévisibles : des visuels géométriques type économiseur d’écran à thématique Tron qui semblent aujourd’hui un peu parodiques, pour illustrer une électro-glitch de geek, carrée et précise, dont on a fait le tour mille fois grâce à Alva Noto et consorts, le tout manquant tout de même d’un peu de mystère et de fantaisie.

Heureusement, Arovane n’est pas né de la dernière pluie et son live, bien que typique d’une manière de faire soignée à l’ancienne, est un délice. Le producteur allemand nous fait glisser dans un tunnel digital immaculé, les matières y sont translucides et les rythmes chromés. Rien ne dépasse, tout se situe à la surface, mais une surface hyper travaillée, et si ce genre de plaisir d’esthète peut sembler un peu vain à une époque où l’on revendique le DIY, la crasse et l’instinct, l’expérience est plutôt rafraichissante, et on suit le fil très fin qu’Arovane déroule devant nous. Dans un flashback nostalgique, cette soirée nous ramène à cette époque où des labels comme City Centre Offices, Morr Music ou Mille Plateaux représentaient le nec plus ultra, et où l’avant-garde électronique était une affaire de finition, de sophistication infime.

Moins délicat mais toujours dans la thématique « 40-something white guy behind a laptop », Richard Devine nous donne une revigorante leçon d’électronica-hardcore, à laquelle il est impossible de résister. Consacré au versant le plus bruyant de ses prods, son live est un torrent hyperactif de breaks et de sub-bass projetés à un BPM très élèvé, et instaure une ambiance de rave nerd auxMains d’Œuvres, à laquelle on se joint volontiers. Comme quoi, on savait faire la fête début 2000.

Thomas Corlin

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15 novembre 2014. 19h40, je me glisse dans la pénombre de la salle 2. Au premier rang, un groupe de danseurs s'agite dans la lumière de l'écran géant. Un pote me glisse à l'oreille que le live de Lumisokea était juste incroyable. "Beaucoup moins linéaire que ce qui passe maintenant". Il faut l'avouer, le début du live patauge un peu et la puissance du kick ne parvient malheureusement pas toujours à faire oublier quelques déséquilibres dans la construction. Ces critiques suffisent-elles à dire que le live de Somaticae est un échec ? Non. A aucun moment je n'ai envie de sortir de la salle, et j'attends bien sagement la fin du live pour aller chercher un verre (pas trop cher d'ailleurs). Bienveillance du premier des premières heures ? Pas seulement : si la partie techno industrielle m'a un peu laissé de marbre, les inspirations UK et les multiples références au gabber (toujours grasses à souhait) m'ont un peu plus excité le tympan. En outre, le passage d'une techno très martiale et machinique à la frénésie tribalisante de la fin du live - sorte de retour à la nature paradoxale par les machines - plutôt bien senti confère une dimension narrative appréciable à l'ensemble. Et puis bon, un live de Somaticae, c'est aussi l'occasion de le voir s'agiter comme une pile sur scène et dans la foule, puisque le bonhomme ne voit aucun inconvénient à laisser traîner ses boucles pendant trente-deux mesures pour venir sautiller comme un pygmée. Bilan donc, pas le live de l'année, mais les amateurs de grosse caisse et de verre pilé apprécieront.

S'en suit une courte pause qui m'offre l'opportunité d'aller jeter un œil aux installations. Pour une fois, la pluridisciplinarité a du sens et les éléments "non musicaux" ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe. Le Delta d'Olivier Ratsi par exemple, illusion visuelle et sonore reposant sur le principe de la montée infinie, assure une transition parfaite entre les salles de concerts et la salle d'exposition. Si l'une des ambitions du festival était, comme le précise la note d'intention, "de rendre sensible un dialogue sous-jacent entre les pratiques artistiques issues de l'électronique et les nouvelles technologies", force est de constater que le pari est réussi.

Il est déjà 20h45 et le live de Plaster ne va pas tarder à commencer. Une fois encore, l'entrée en matière est un peu laborieuse. Je peine vraiment à décroiser les bras et j'ai l'impression de m'être endormi dans un bus lancé plein gaz sur l'autoroute du BPM. Je me demande qui est ce chauve à l'air patibulaire qui vit sa performance en fermant les yeux et en se pinçant les lèvres. Le crâne chauve arrosé par des lumières denses, il ressemble plus à un combattant du Pride sur le chemin du ring qu'à un producteur de musique électronique prêt à en découdre avec ses machines, mais soit, j'attends la suite - et tant mieux. En un tournemain la mayonnaise prend et en avant pour la grande claque. Les jambes se laissent aller au rythme lancinant de boucles sombres et profondes. L'esprit est happé par l'énergie mystique dans laquelle baignent les nappes et le temps accélère d'un coup sec. La progression du live est rondement menée et la structure d'ensemble est stupéfiante de discrétion. Pour la première fois depuis longtemps, je ne veux même pas me retourner vers mon voisin pour lui dire que c'est bien... tellement c'est bien.

22h. Kangding Ray apparaît sur la scène de la salle 2. Visage aimable, crâne impeccablement rasé, tenue noire très sobre, l'ancien étudiant en architecture dégage quelque chose du gourou transhumaniste. Son live est propre, précis, parfait. Pas grand chose à dire, donc. Des rythmiques élaborées soutiennent des mélodies qui s'enchaînent avec un naturel déconcertant. C'est vivant, machinique, complexe mais jamais compliqué. Ça fait plaisir et ça détonne. Le public est ravi et il aurait tort s'il ne l'était pas.

Carton plein pour cette soirée donc où mon seul regret en quittant Saint-Ouen est de ne pas avoir demandé de passe pour la veille. Merci Transient.

Alexis Beaulieu

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Insiden l'interview

Incident Kraspeck

Photos © Amélie Chardon

Beaucoup d'idées, découlant de constats liminaires justes, s'imposent postérieurement par une science diffuse des raccourcis telles des chapes de plomb étiolant tout effort de réflexion - et d'écoute s'agissant de musique - trouvant son point d'orgue dans la concision factice d'une étiquette. Et il en va un peu pour tout et notamment de cette porosité entre ambient, drone, indus, noise et techno. Certes, les quatre Lyonnais d'Insiden s'inscrivent dans cet estuaire sombre et désolé, embrassant de ses tortueuses ramifications l'ensemble des courants précités et rassemblant en France et ailleurs une communauté de plus en plus extensible - des labels BLWBCK (lire) à In Paradisum (lire) en passant par Dement3d (lire) avec Ligovskoï - mais, au-delà du fait qu'ils aient collaboré avec les Toulousain de Saåad le temps d'un split (In Paradisum), Insiden n'est pas Saåad et Saåad n'est pas Insiden. Et ce contrairement à ce qu'un revers de main intellectuel, aussi facile qu'abusif, peut laisser supposer, arguant qu'il ne s'agit là que d'une mode éphémère s'astiquant avec frénésie sur une constellation à géométrie variable, incluant La Monte Young, Tony Conrad, Ben Frost et Sunn O))) pour la faire courte en brassant large. Car plonger dans les cavités abyssales d'Insiden, n'a rien de comparable à l'expérience sensorielle et méditative instiguée par les longues respirations instrumentales de Saåad : leur premier LP Above Us, paru le 30 mai dernier sur In Paradisum, distille d'ailleurs un tout autre sentiment, jouxtant à cette volonté d'introspection une impression latente de tension, d'attente maladive et de peurs inavouables. Insiden se nourrit de ses membres - dont Amédée de Murcia aka Somaticae, Romain de Ferron, Guillaume Mikolajczyk et Hugo Saugier à la création vidéo - pour dépasser par l'improvisation la somme de leur individualité  - "le but, étant de créer une sorte d'addition de nos subjectivités qui doit s’opérer de façon instantanée", l'Insiden d'aujourd'hui ne sera donc plus celui de demain. Interview et écoute exclusive d'un live enregistré à la Cité de la musique à Romans en janvier 2014.

Insiden - Live à la Cité de la musique, Romans, 24 01 2014

Entretien Insiden

Insiden romansEn préambule, pouvez-vous revenir sur l’histoire autour d'Insiden, d’où le projet est parti et comment il a évolué ? 

Amédée : Insiden n'était à l'origine constitué que de deux membres, Guillaume et moi, qui se sont rencontrés à Grenoble au 102. Guillaume m'avait dit qu'il utilisait un violoncelle électrique, ce qui a tout de suite piqué ma curiosité. Un soir il est venu chez moi pour improviser en branchant le violoncelle sur mon ordi grâce auquel j'y ai appliqué une série d'effets que je contrôlais en direct. Guillaume s'est tout de suite mis à jouer, on a enregistré, puis édité les sons : le résultat nous a plu. Le morceau La Tour était né. On l'a envoyé à Guillaume et Paul d'In Paradisum qui ont vite voulu le sortir. Du coup ça nous a motivé pour continuer à chercher des sons pour le violoncelle et à créer des textures noise autour - notamment à l'aide d'une des pédales d'effet de Guillaume mise en feedback. On a adoré improviser à deux mais ça nous a paru encore mieux de jouer avec d'autres de mes amis artistes, Romain au synthé et Hugo à la vidéo. Tous deux ont rendu le projet plus complet avec leurs personnalités respectives. C'est là que le groupe est vraiment né : un quatuor d'impro visuelle et sonore.

Romain : Depuis le début, nos set-up ont pas mal évolué, elles vont vers des sonorités plus diversifiées grâce à de nouveaux instruments comme l'harmonium, à l'association démoniaque néons/piezzo d'Amédée et aux bidouilles de Guillaume... Et puis, grâce à l'utilisation de la bande analogique retraitée en directe par Hugo et son synthé vidéo, nos visuels ont pris selon moi une dimension plus organique. L'évolution majeure, c'est qu'on a pris pas mal de recul par rapport aux idiomes de l'ambient, de la noise, du drone etc... On tente désormais de sortir de ces clichés pour éviter la paresse dans laquelle peut s’installer le spectateur et nous-mêmes.

Le nom du groupe fait-il référence à la perception que le public doit avoir de votre musique ? Une potentialité exploratoire mais introspective ?

Amédée : C'est un peu ça, le nom du groupe signifie « intérieur ». Notre musique peut effectivement se ressentir comme quelque chose d'introspectif, mais pas uniquement. On est aussi très inspirés par les lieux, la vidéo et les instants durant lesquels on joue : en fait notre musique ne vient pas entièrement de nos intériorités.

Romain : Après, comment les gens se servent de notre musique, si c'est pour faire leur vaisselle ou explorer leurs complexes œdipiens, ça ne nous appartient pas.

D’un point de vue esthétique, de la même façon que pour Saaad, on vous associe à l’étiquette dark ambient. Cela vous convient ?

Romain : Pourquoi pas dark ambient, mais pas uniquement sinon ça sonne plutôt chiant. De toute façon c'est toujours un peu flippant d'être étiqueté d'une quelconque manière !

Amédée : Dark ambient, c'était effectivement le cas au départ : nous nous étions placés dans la mouvance Dark Ambient/Drone/Métal, avec des idoles comme Ben Frost, Sunn O)))… Au fur et à mesure de nos découvertes musicales et visuelles, principalement live, car nous allons à énormément de concerts pendant l'année, d'autres mouvances et d'autres artistes, moins sur le devant de la scène, nous sont apparus comme des sources d'inspiration plus riches, plus matures. Un exemple parmi tant d'autres : le collectif Metamkine et les artistes qui gravitent autour, ou encore, dans un tout autre genre, Charlemagne Palestine. En fait on se considère davantage à la croisée de plusieurs courants, dont la Dark Ambient fait peut-être partie.

A l'écoute de vos morceaux, on ressent une sensation d’expérience live. L'improvisation est-elle au cœur de votre démarche, et si oui, quelle signification a-t-elle pour vous ? Après l’enregistrement, vous retouchez beaucoup vos morceaux ?

Amédée : Oui il est clair que l'impro est au cœur de notre démarche. En fait, je crois que lorsque nous improvisons, nous tentons de nous imprégner chacun à notre façon du lieu, du moment, entre nous, entre le public, face à la vidéo. Et le but, c'est de créer une sorte d'addition de nos subjectivités qui doit s’opérer de façon instantanée. Pour répondre de façon plus technique, nous improvisons aussi avec l'acoustique de la pièce et avec la façon dont la sono réagit à nos set-up. En revanche, pour l'album, nous avons retouché nos improvisations, crées en studio, lors du mixage pour en garder le meilleur. Lorsque nous retouchons peu, cela donne un morceau comme La tour, lorsque nous retouchons tout, cela donne un morceau comme Le puits et le pendule, qui devient alors une composition très écrite.

Par rapport aux sonorités drone et aux textures que vous utilisez, quelle est la place de la mélodie dans votre projet ?

Romain : La mélodie est très importante pour moi. Elle est souvent là pour contrebalancer avec les sonorités bruitistes d'Amédée ou de Guillaume. Ce n'est pas pour autant des mélodies très développées, il s'agit plutôt de motifs répétitifs et très simples.

Amédée : Il me semble que pour moi, il n'y a pas d'un coté les mélodies, d'un coté les sons drones ou noise. Et puis le tout ne serait qu'une superposition intelligente. Non, tout son est mélodie dans notre musique ou rien ne l'est, cela dépend du ressenti de chacun.

De plus en plus, on dénote une porosité entre la musique ambiant, drone, et l'univers techno. Ce décloisonnement vous inspire ? Vous attire ?

Amédée : Oui, puisque nous écoutons chacun de ces styles séparément (ainsi que le doom métal, l'indus, la musique électroacoustique ou contemporaine) et nous adorons les artistes qui tentent des hybridations de tous ces genres comme Wolf Eyes ou Leyland Kirby par exemple.

Romain : Je ne pense pas que le public de ces trois « milieux » soit vraiment différent. Pour notre part en tout cas, on ne fonctionne pas du tout par chapelle, et on a toujours écouté ce qui nous fait kiffer : de La Monte Young à Dj Assault. Pourquoi s'en priver ?

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Comment vous êtes-vous retrouvé sur In Paradisum ? Quels sont vos liens avec le label ?

Amédée : J'avais sorti en tant que Somaticae, mon projet solo, un Ep, Dressed like a bubblegum sur le label et je connaissais déjà Guillaume et Paul depuis longtemps par internet où nous suivions le même forum de musique. Nous sommes devenus amis et j'ai commencé à leur envoyer différents travaux, dont mes improvisations avec Guillaume d'Insiden.

Après un split avec Saaad coproduit par BLWBCK et In Paradisum, vous avez sorti Above Us, le 31 mai dernier. Comment s'est passé son enregistrement et avez-vous l'impression d'avoir franchi une étape ?

Amédée : En réalité, le split avec Saaad a été enregistré bien après Above Us qui est un album qui marque différentes avancés dans nos techniques d'improvisations. En effet, sur l'album, au fur et à mesure de l'enregistrement des morceaux, nous avons appris de nouvelles manières de travailler les sons, sur ordinateur ou sur instruments et machines. Nous avons appris à nous écouter et à savoir quand il fallait que chacun s'exprime, sans qu'il y ai besoin de se faire des signes. Mais il ne faut pas que nous rentrions dans une routine de jeux non plus et il faut que nous nous surprenions chacun les uns les autres.

Le premier morceau d'Above Us est le titre d'une nouvelle d'Edgar Allan Poe. Simple coïncidence ou pour vous chaque morceau reflète une histoire particulière ?

Amédée : Oui, c'est bien en rapport avec la nouvelle. J'adorais frissonner avec quand j'étais enfant. Une fois fini, on a décidé d'appeler le morceau comme ça car il me rappelait vraiment l'histoire au niveau des sons et de l’ambiance - être dans le noir dans une pièce inconnue, entendre des bruits menaçant de vielles machines de fer et de bois, des grouillements de rats... Mais c'est une exception car notre musique nous évoque en général des paysages très abstraits ou juste nos émotions de l'instant.

Quel est le futur proche d'Insiden ? Doit-on s'attendre à un changement d'orientation ou a une permanence dans l'exploration ?

Amédée : Nous voulons continuer à explorer davantage, avec d'autres techniques et d'autres instruments - orgue, harmonium, chant diphonique, violoncelle acoustique, autres systèmes d'effet en feedback vidéo ou son... On aimerait également enregistrer et jouer dans des lieux avec des acoustiques particulières comme l’église du Couvent de la Tourette à Eveux où Romain a déjà enregistré un disque d'orgue sur le label BLWBCK, ou encore sur le système acoustique unique de la ferme du Faï, au Saix, où nous avons déjà joué plusieurs fois lors de notre festival échos (lire). Nous allons aussi très certainement réaliser la BO d'un film, Lumières fossiles de la plasticienne et vidéaste Lise Fisher. C'est un projet démesuré qui sera tourné sur le Pic du Canigou !

Amedée, s'agissant de tes projets personnels, tu as pas mal de choses en préparation. Que peux-tu nous en dire ? 

Amédée : Je sort dans peu de temps sur In Paradisum un EP, Pacurgis sous mon pseudo Somaticae. Il s'agit d'enregistrements édités de mes lives de l'année 2013. Ce sera assez brut et très techno ! Un peu plus tard, toujours sur le même label, je vais aussi présenter un tout nouveau side project, Roger West, qui est basé sur les manipulations de samples. Pour cet EP, Wasted House, je me suis fixé comme règle de ne composer qu'à partir de samples de morceaux Dance des 90's, avec une prédisposition pour les morceaux les plus pourris. Le résultat c'est quatre titres de house mutante et démantibulé à la fois dans un esprit de relecture du son french touch mais aussi inspiré par les techniques d'Actress et de Basic House.

Audio

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=aTBC5Lmo5gw

Tracklisting

Insiden - Above Us (In Paradisum, 31 mai 2014)

1. Le puits et le pendule
2. La tour
3. Comme un navire pris dans la glace
4. Symbols
5. Reikä
6. Sitting Near An Imaginary River
7. Above Us


Who are you In Paradisum ?

In Paradisum Mixtape(Dis)continuité discographique du label Fool HouseIn Paradisum, conjointement chapeauté par Paul Régimbeau - plus connu sous le patronyme de Mondkopf - et Guillaume Heuguet, se pose, avec AntinoteDement3d (lire) et Get the Curse, en fer de lance hexagonal d'un nouveau souffle techno à la fois plus intellectualisé et moins festif, plus dur mais non moins référencé. En somme, l'antidote à la lèpre Ed Banger. Esthétiques musicale et graphique cohérentes - tendant de pair vers des ténèbres insondables -, rythme de sorties de plus en plus soutenu, In Paradisum n'est déjà plus un jeune label, quand bien même son back catalogue dénombre autant d'artistes qu'une main compte de doigts : Mondkopf donc, mais aussi Low Jack - présenté il y a peu ici même (lire) - ,  Somaticae - évoqué à l'occasion de son LP Catharsis (lire) - , Qoso et Insiden. Un peu plus même si l'on s'enquiert de Ricardo Tobar migrant depuis lors sous les cieux de Desire Records afin de faire paraître son ultime album Treillis. L'idée ici est de développer un son propre à chaque producteur, de le faire maturer sur la durée, pas de faire nombre avec une kyrielle de maxis émanant de toute part. Oscillant entre house, techno-noise, ambient et musiques industrielle et drone, les cousins français d'Hospital ProductionsBlackest Ever Black ou Long Island Electrical Systems se confient ici par la voix de Guillaume Heuguet à une poignée de jours d'une soirée In Paradisum XIII (Event FB) réunissant samedi prochain au Garage MU Somaticae, Low Jack et Ren Schofield aka Container - et dont on vous fait gagner quelques places en fin d'article. En prime une mixtape, taillée dans l'acier et le béton, à écouter et télécharger ci-après.

Mixtape

01. Charlemagne Palestine - Beauty Chord + Voice (Alga Marghen)
02. Ben Frost - Sleeping Beauty (benfrost.bandcamp.com)
03. Witxes - The Weavers (Denovali)
04. Swans - Weakling (Neutral)
05. Pharmakon - Pitted (Sacred Bones)
06. Katie Gately - Last Day (Public Information)
07. Hopen - Paloma Black Ordax (Everest Records)
08. Ike Yard - Dancing + Slaving (Acute Records)
09. Elg - Notringo Indigo (SDZ Records)
10. Violetshaped - CX310 (JK Flesh reshape) (Violet Poison)
11. MKFN - When they set their eyes to cast me (Mesheland)
12. These Hidden Hands - Severed (Hidden Hundred)
13. Vapauteen - You'll get used to it (L.I.E.S)
14. Eurythmics - Jennifer (RCA)

Entretien avec Guillaume Heuguet

face InsidenD’où vous est venue l’idée et la volonté de créer In Paradisum ? Quelles sont les dates ou événements importants dans votre démarche de création du label ?

On avait Ease Your Pain sous la main… Et puis on a eu envie de revendiquer les trucs que par défaut on écoutait un peu qu’entre nous. Au final, ça nous a permis d’entrer en relation avec pas mal de gens qu’on aurait bien aimé connaitre plus tôt.

Très prosaïquement, le label a-t-il bénéficié de la notoriété préalable de Mondkopf pour exister ? 

Ce sont les ventes de nos projets précédents qui nous ont permis de financer les premières sorties. Mais honnêtement, chaque disque reste un défi.

Au-delà du nom - que l'on peut concevoir comme une antithèse gothique de l'esthétique musicale du label - comment définiriez-vous cette dernière ? 

On aime bien les choses un peu sauvages… Je ne sais pas, j’espère que d’autres la définiront pour nous.

Mondkopf, Low Jack... le label semble a priori résolument orienté techno. Un a priori vite contrecarré par la présence de Saåad ou Insiden. In Paradisum est-il conçu comme espace de confrontation et d'expérimentation comme en témoigne la bien nommée Last Love réunissant Mondkopf et Saåad sur la compilation The Black Ideal ?

Oui sans doute, on est prêt à voir où la musique nous mène.

Dans le même ordre d'idée, Somaticae, Ricardo Tobar et Qoso viennent d'univers sensiblement différents. Qu'est-ce qui les fédère à vos yeux et comment choisissez-vous les artistes avec qui vous souhaitez travailler ?

Ce sont un peu tous des enfants sauvages, avec un style un peu trop personnel pour correspondre d’emblée à une scène établie… Par exemple, même si Ricardo a un passé avec Border Community, au moment de son maxi il n’avait plus de “maison” évidente, sa musique avait évolué. Parfois In Paradisum c’est un peu l’orphelinat.

Quel lien faites-vous entre l'esthétique musicale du label et l'aspect graphique, résolument influencé par l'indus et le métal ? 

Le lettrage est dessiné à la main avant d’être envoyé à l’impression pour chaque disque de la série sans pochette, je crois que ça représente bien l'ambiguïté de nos disques qui gardent une dimension assez “incarnée”. Notre graphiste Jules Estèves vient du fanzinat et de l’illustration. Pour nous, plus qu’une esthétique métal, c’est de la confusion organisée, un espace pour se projeter.

Quelles sont les voies de développement du label ? Après la collaboration avec BLWBCK, allez-vous collaborer avec d’autres labels ? Allez-vous exploiter d’autres formats ?

On est agnostiques sur le format, on choisit en fonction de la musique. Mais le format LP ou disque, pour graver 35-40 minutes de musique, correspond bien aux projets en cours. Les voies de développement du label pour l’instant, c’est surtout l’évolution de la musique de Philippe, Charlie, Amédée et Paul, même si on reçoit aussi des propositions de plus en plus pertinentes.

Somaticae

 À ce titre, vous cherchez à organiser des concerts et non plus uniquement des soirées. Est-ce la marque d'un changement de direction du label ?

On a un peu plus d’opportunités pour faire des concerts aujourd’hui, même si on va peut être en faire dix ou zéro dans les prochains mois, là aussi c’est à l’instinct. On a toujours voulu faire des concerts - on avait fait Ben Frost et Roly Porter en format assis à la Gaîté Lyrique. Dans notre tête, le label ça a toujours été les deux situations d’écoute aussi. On a effectivement plusieurs projets qui sont assez loin des formats DJ, mais on n’a aucune intention de “se libérer du dancefloor”.

En parlant de soirées, In Paradisum en a organisé de multiples à Paris, alignant artistes du label aux côtés d'autres tels Andy Stott, Perc ou Oneohtrix Point Never. Est-ce une façon de prolonger l'idée du label ou d'inscrire celui-ci dans un contexte plus large, international ? 

À la base, on voulait surtout voir ces artistes jouer. C’est vrai que le soutien de gens en dehors de ceux qu’on fréquente à Paris est important. En commençant, on ne pensait pas qu’on aurait un vrai échange avec des gens comme Perc ou Ron Morelli. Mais c’est surtout grâce aux disques, les soirées ont peu d’écho en dehors de la France - enfin, à part sur les tourneurs spécialisés, dont c’est le boulot de savoir qu’on existe…

Qui sont les amis d'In Paradisum ? Pensez vous que le label s'inscrit dans une scène particulière ?

Ici, Quentin d’Antinote est un mec qu’on aime beaucoup, je le connais depuis ado en fait.

La rencontre avec Julien de Dement3d et son ouverture d’esprit nous a fait nous sentir moins seuls quand on a commencé le label… Il y a Jules qui fait Unknown Precept avec une passion rare, on va faire un peu de radio ensemble… Les gens de Get the Curse sont vraiment des mecs bien, j’aime beaucoup leur émission Odd Frequencies. BLWBCK avec qui on a donc sorti une cassette. D’ailleurs Greg de Saaad jouera avec Mondkopf sur scène…

On s’entend bien avec Michael d’Ancient Methods (lire), Perc, Pete Swanson, Ron Morelli, Paul d’Emptyset, Untold… Sur l’aspect strictement musical, ce que mixe Forbidden Planet, le label Berceuse Héroïque, et évidement plein d’autres qu’on admire de loin, notamment dans le métal et l’indus comme Handmade Birds, Hospital Productions, Blackest Ever Black…

Tout cela fait peut-être une scène mais pas centrée sur un genre particulier, ce qui nous va bien.

Quel est le futur proche du label, notamment en termes de sorties ?

On vient d’avoir les versions finales de l’album d’Insiden, groupe qui inclut Somaticae. C’est de l’ambient sombre mais c’est loin d’être réservé aux amateurs du genre. Il y un projet assez spécial de Mondkopf qui est prêt, un nouveau maxi de Qoso qu’il est en train de finir, et les autres sont sur la suite aussi.

Chroniques

Somaticae - Pointless (article paru le 1er juillet 2013)

Si l'on a déjà présenté la verve techno-noise du Grenoblois Somaticae à l'occasion de son premier LP Catharsis (lire) - paru via In Paradisum - , inutile de dire qu'on attendait avec une certaine impatience, pétrie d'un masochisme compulsif, sa traduction à l'écran - tant l’introspection maladive du jeune homme, hybridant électronique, ambiant et métal d'un même élan vers l'abîme, recèle d'une imagerie à la noirceur inhérente. Fractales obscures et anthracites d'images à peine identifiables, mais épousant libidineusement l'ambiance claustrophobe de Pointless, la réalisation d'Hugo Saugier ne déçoit pas, bien au contraire, accompagnant cette ode aux enfers au degré d'abstraction requis : celui où l’œil, pétrifié de souffrance et de folie, ne distingue plus autre chose que les formes se mouvant dans les ténèbres devenues monde. Flippant.

http://www.youtube.com/watch?v=_t_CQ7Scwgc

Low Jack - Flashes (article paru le 23 septembre 2013)

Peut-être que je sortirai un truc de gaber hollandais ou de ghetto house à 135bpm plus tard dans l’année, va savoir. C'est en ces mots que le producteur parisien Philippe Hallais, oeuvrant sous le patronyme de Low Jack, évoquait son futur proche discographique lors d'une interview (lire) faisant suite à sa récente collaboration avec Qoso sur In Paradisum (Like It Soft). Evidemment, on se persuadait de la boutade bien senti tant on devinait que ses textures grimées entre lenteur et fracas étourdissant, allaient continuer à s'obscurcir et s'inscrire par les deux bouts en pleine maturation techno-noise, conjuguant sur Flashes - son EP paru le 30 septembre -, sonorités industrielles et rythmiques métal. Ledit maxi est défloré par la mise en images signée Loup Sarion, Théo Mérigeau et Clément Thuriot du morceau introductif du même titre, à découvrir ci-après, superposant non sans réussite parfums d'apocalypse et instinct animal.

http://www.youtube.com/watch?v=U3y4u6ThMKs

Concours

IPXIII

On vous fait gagner deux places pour la soirée du samedi 30 novembre avec Somaticae, Low Jack et Container. Pour tenter le coup, rien de plus simple : envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort le 29 novembre et prévenus par mail le lendemain matin.

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Audio


Somaticae - Pointless (PREMIERE)

Si l'on a déjà présenté la verve techno-noise du Grenoblois Somaticae à l'occasion de son premier LP Catharsis (lire) - paru via In Paradisum, label chapeauté par Mondkopf et Guillaume Heuguet -, inutile de dire qu'on attendait avec une certaine impatience, pétrie d'un masochisme compulsif, sa traduction à l'écran - tant l’introspection maladive du jeune homme, hybridant électronique, ambiant et métal d'un même élan vers l'abîme, recèle d'une imagerie à la noirceur inhérente. Fractales obscures et anthracites d'images à peine identifiables, mais épousant libidineusement l'ambiance claustrophobe de Pointless, la réalisation d'Hugo Saugier ne déçoit pas, bien au contraire, accompagnant cette ode aux enfers au degré d'abstraction requis : celui où l’œil, pétrifié de souffrance et de folie, ne distingue plus autre chose que les formes se mouvant dans les ténèbres devenues monde. Flippant.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=_t_CQ7Scwgc


Somaticae - Catharsis

Somaticae - Catharsis

Pont entre la hard-tek des nineties, la harsh-noise et le minimalisme indus ravissant les habitués du Berghain ou du club Tresor, la musique du Grenoblois Somaticae sent le souffre et la poussière, alternant rythmiques marteau-pilon et nappes fantomatiques. Si Catharsis est un album d’une brutalité inouïe, il se dégage des dix titres escamotés en une chronique bruitiste orchestrée une atmosphère aussi insalubre que résolument jouissive. On pense bien entendu autant à Perc, Regis, Prurient ou bien encore Shifted et même Adam X comme maîtres à penser du jeune producteur français. Pas étonnant donc que celui-ci ait trouvé refuge auprès d’InParadisum, label assez hétéroclite de Mondkopf, néanmoins tourné vers le côté obscur de la techno. Impossible de rester insensible devant ce pamphlet de sonorités “abruptes” couleur rouille et laissant comme un goût de métal dans la bouche. Le musicien signe avec ce troisième album une ode à la violence terriblement audacieuse et fascinante.

Audio

Somaticae – The Spectator

Tracklist

Somaticae – Catharsis (In Paradisum, 2013)

1. Lamentations I
2. Pointless
3. Abrupt I
4. The Leviathan
5. Abrupt II
6. Indifferent
7. Abrupt III
8. The Spectator
9. Lamentions II
10. Abrupt IV