Nick & The Mirrors – T(h)ree Shadows

288670Ça nous fait toujours plaisir que nos lecteurs réagissent sur nos chroniques quitte à nous envoyer leur petite démo bricolée avec deux sagaies et une perceuse enregistrée sur le microphone Mattel de leur petite sœur chérie... Je plaisante bien entendu puisque Nick & the Mirrors écume les salles depuis bientôt 2 ans et même plus, et  que Nicolas Lordier géniteur du groupe se cachait précédemment derrière le non-moins abstrait John Merrick Experiment. Je dus néanmoins prévenir le petit Nicolas que je n'étais pas Sempé et que comme le lecteur commence à en avoir l'habitude, j'aime jongler avec des lames de rasoir, car avec moi ça passe ou ça trash.

Et dès les premières notes de Sue me voilà embarrassé. Disons que ce n'est pas mauvais au demeurant, mais la composition un brin naïve me décroche totalement de cette ballade-pop volatile et qui me laisse un arrière-goût de déjà entendu. Pourtant les choses s'améliorent nettement sur Once upon a child sur lequel la voix diaphane de notre cher Nicolas fait des merveilles, les arpèges dansant sur une rythmique country-folk à laquelle se croise l'influence de Radiohead. Long Haired Teenagers séduit par son tempo déstructuré sans convaincre totalement, alors que My old man se pose en complainte mélodique et sincère, et remporte l'adhésion. Quelques notes de piano bien placées,  un jeu de guitare acoustique angélique à souhait, une douceur proche de l'amertume, il n'en faut pas moins pour frôler le grandiose. Hélas tous les titres n'ont pas ce panache, comme Honey don't qui rappelle trop les ambiances feu de camp sur bord de plage. Il y en a que ça excite, moi je trouve ça has-been.

Cependant T(h)ree Shadows reste un EP de facture très honnête, mais qui peine à se démarquer de l'effrayant raz-de-marée pop-folk qui nous assaille depuis quelques années. Reste que pour avoir vu le groupe sur scène, Nicolas semble avoir beaucoup d'humour, puisque les membres qui l'entourent ne sont que le reflet de son propre talent, et le garçon n'en est certes pas dépourvu. Espérons simplement que le manque d'équilibre qui fait défaut à ce maxi sera corrigé lors de son passage au long, car cet angélisme chez Nick & the Mirrors qui apparaît par brefs moments, on aimerait l'entendre plus souvent. Et bien quoi ? Même les bâtards ont un cœur.


Blastoids - Blastoids

frontAutant le dire tout de suite. Quand on chronique, on s'expose. Et je vois déjà le tollé poindre à la commissure des lèvres de chacun de mes petits camarades noctambules. J'anticipe leurs bouches déformées par l'indignation, le rictus complaisant... ah tu vois, tu vois... Ces amis enfiévrés, qui me suivent et m'entraînent. Qui m'entraînent oui, presque n'importe où, mais assurément jamais à un concert d'Animal Collective. A ces mots, s'embrasent les impatients : rien d'attirant, rien d'obnubilant. Rien. J'enfonce le clou dans la main de Jésus : inécoutable et sérieusement fatiguant. Une nuit, encore une, où je me sens de cette humeur frivole à charger comme je peux la barque de ces post-hippies ahuris, consacrés apôtres de l'expérience. L'œil atterré, je prête le flanc en jetant de l'huile sur le feu, celui de mon bûcher, fin prêt, en lâchant tout de go que l'un de mes trucs du moment, c'est de me farcir la petite tribu avinée et délurée, celle des Blastoids. On ne sais pas grand chose de ce trio s'extirpant des tréfonds du Tennessee, malgré un blog des familles, mais ils réhabilitent foutrement à mes oreilles, et ce dans un bordel sonique de grande classe, le trop fumeux psychédélisme torturé, écran de fumée d'un New-York bariolé. Électronique et claviers colorés, batterie furibarde et saillie d'électricité frustre, la pratique de l'art du contre temps est totale au cours de ce premier album éponyme, téléchargeable gracieusement ici (ce lien est disponible sur leur page MySpace), et faisant suite au maxi Megachurch disponible . Avec une imagerie aussi criarde que dégueulasse et avec cette drôle de manie de se peinturlurer sur scène tout en exhibant des objets à la con (hibou empaillé, machette amérindienne...), Joe, Charlie et Tyler envoient tout valdinguer sur quatorze morceaux anarchiques et joyeusement déstructurés. Des échos de voix enrouées, non loin d'un Beta Band décontaminé, racolent le chaland de la bête collective, quand de brèves incursions aussi violentes que bruitistes réveillent les fantômes de Lightning Bolt. L'album, sorti via la structure Environmental Aesthetics, forme une véritable entité pyramidale ou peu de morceaux se distinguent avec netteté (Morning Lights, Kids and Kandy, Kenny Winker) tant l'orgie tellurique entrecroise et entremêle son stupre halluciné entre chaque plage (Fake Indians, For What it's Worth, Space Montain). Je regarde au loin la meute qui s'essouffle. Totem et tabou. J'ai presque envie de mettre une plume dans les cheveux et de danser avec les loups.

Thibault

Audio

Blastoids - Space Mountain

Tracklist

Blastoids-Blastoids (Self Release, 2010)

01. Morning Light
02. Kids And Candy
03. Fake Indians
04. Cowboy
05. Whonose
06. For What It's Worth
07. Human Bells
08. Troutdick
09. Mommydaddy
10. Kenny Winker
11. Space Mountain
12. Labrats
13. Witch Condumbs
14. All The Numbers