Sean Nicholas Savage l'interview

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Photos © Helene Perruzaro

Le 3 juin dernier Sean Nicholas Savage se produisait sur la terrasse du Petit Bain pour la sortie de son nouvel album, Bermuda Waterfall paru via Arbutus Records (lire). C'était donc l'occasion idéale pour échanger avec le John Waters de la musique sensible qui ce jour-là avait décidé de jouer et de passer le reste de la soirée avec un masque doré sur la tronche.

Sean Nicholas Savage l'interview - Par Alex P

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Il s’est à peine écoulé un an depuis l’album précédent. Est-ce que certaines chansons de Bermuda Waterfall viennent de la même session d’écriture ou as-tu travaillé exclusivement sur de nouvelles paroles et de nouveaux sons après la sortie de Other Life ?
It’s only been a year since the last album, were some of the songs on Bermuda Waterfall part of the same writing process or did you work exclusively on new sounds and lyrics after the release of Other Life?

J’avais d’autres chansons de la période Other Life mais il fallait que je laisse ça derrière moi pour commencer un nouvel album. Mes chansons sonnent un peu pareil parce que c’est juste moi et que je ne sors des trucs que depuis un certain moment, mais j’ai écrit sur la route après la sortie de Other Life. J’ai écrit des poèmes et j’avais besoin d’être plus abstrait dans mes paroles pour dire des choses plus importantes parce que j’étais très direct dans Other Life, plus autobiographique. Mais j’avais besoin de dire des choses plus importantes que je ne pouvais exprimer de manière frontale, j’ai dû utiliser des images, être plus poétique pour exprimer ces choses. J’ai donc fait ça, et là je travaille sur un nouvel album qui sera encore différent. Je travaille dur pour faire plus de musique et j’ai besoin de garder de l’élan dans ma vie car écrire des albums me procure énormément de plaisir, j’aime tellement écrire des chansons, mais il me faut une raison pour les écrire donc je me fixe des délais et je continue à travailler, ça fait du bien.

I had other songs from Other Life but I had to leave everything behind and start a new album. They always sound a bit similar because I’m just one guy and it’s only been so much time, but I wrote on the road after Other Life came out. I wrote poems and I needed to be a little more abstract with my lyrics to say bigger things that I couldn’t just say straight up so I needed to use imagery and be more poetic to say these things. So I did that and now I’m working on a new album  and that’s gonna be different again. I work hard to make more music and I need to keep the ball rolling sometimes in my life because it’s such a sweet thing for me to write albums, I love writing songs so much but I need a reason to write them so I give myself deadlines and I keep working, it feels really good.

Tu chantes beaucoup sur la solitude et l’amour. Tu t’inspires de tes expériences ou est-ce que tu construis un personnage ?
You sing a lot about loneliness and love, do you reflect on your experiences or are you building a character?

Je suis un personnage, le personnage de ma vie, et je joue ce rôle. J’interprète les chansons selon les paroles donc c’est comme une pièce de théâtre mais tout est fondé sur ma vie donc réel. Mais je n’ai pas besoin d’exagérer, les parties de ma vie à propos desquelles j’écris sont déjà assez importantes, en fait j’essaye plutôt d’adoucir la chose pour que ça ne soit pas trop émotionnel. C’est de la musique émotionnelle mais ça n’a pas besoin d’être cheap, des larmes au rabais. Je reste fidèle à la profondeur de ces sentiments.

Well I am a character, it’s the character of my life and I play that part. I’m performing the songs to the lyrics so it’s like a play but everything is about my life so it’s real. But I don’t need to exaggerate, parts of my life I write about are already big enough, I actually try to tune in down more than anything so that it’s not too emotional. It is emotional music but it doesn’t need to be cheap, as in cheap tears. I’m true to the depth of these feelings.

Tu tournes beaucoup. Aimes-tu écrire sur la route ou as-tu besoin de te poser quelque part afin de créer ?
You’ve been touring a lot, do you like writing while on the road or do you need a place to settle down in order to create?

Je tourne depuis deux ans et demi à peu près et oui, je préfère avoir un chez moi d’où je peux composer et enregistrer mais j’ai mes priorités et il faut faire des compromis si tu veux achever quoi que ce soit dans la vie.

I've been touring for two and a half years or something, so yeah I do prefer to have a home and record everything at home but I have priorities and you need to have compromise if you want to get anything done in your life.

Tu écris donc sur la route par nécessité ?
So you write on the road out of necessity?

Oui et cela affecte également ma manière d’écrire. Mais ça ne veut pas dire que c’est mieux ou moins bien, c’est juste différent. Je suis ouvert d’esprit et c’est le moyen que j’ai trouvé afin de retirer le maximum de cette activité mais je donne toujours tout ce que j’ai dans mes chansons.

Yeah and it also affects the way I write. But it doesn’t mean that it’s better or worse, it’s just different. I’m open minded and this is the way I can have the most cake and eat the most too and I still give everything into my songs.

Tu mets réellement ta personnalité et tes émotions en avant au travers de tes paroles et de ton attitude sur scène. Est-ce que ce look à la John Waters que tu sembles entretenir fait en quelque sorte partie de tout ça ?
You really put your emotions end personality forward through your lyrics and attitude on stage. Is that John Waters kind of look you have going on also part of that?

C’est simplement mon apparence. Je ne crois pas vraiment en la peur car j’ai la foi, je suis religieux à ma manière, spirituel. Dieu est nature et je crois qu’il y a de la foi dans la nature, c’est un fait. La nature est fondée sur des bonds de foi, des miracles et des chants et c’est ce qui la fait avancer. La peur est anti donc si jamais mon front se dégarni et que je commence à perdre mes cheveux, je les peignerai toujours en arrière et je suivrai le truc car Dieu a dessiné mon être et qui je suis et j’ai choisi le chemin de la foi donc j’accentue ce que l’on m’a donné. Je ne sais pas, peut-être que j’ai une apparence cartoonesque. C’est juste un look fort, et j’aurai toujours un look fort. J’adore les cartoons et John Waters, il est génial, donc ça ne me dérange pas si je lui ressemble, à lui ou à Steve Buscemi ou Christopher Lloyd, j’adore ces mecs.

That’s just how I look. I don’t believe in fear much because I have faith, I’m religious in my own way, spiritual. God is nature and I believe nature has faith in it, that’s a fact. Nature is based on leaps of faith and miracles and chants and that’s what makes it go forward. Fear is anti so if I have a hairline going back and start losing my hair I’ll comb back with it because God shaped my whole self and my character and I choose the road of faith so I go with the flow and accentuate what I’m given. So maybe I look a bit cartoony or something. It’s just a strong look, I’ll always have a strong look. I love cartoons and I love John Waters too, he’s amazing so I don’t mind if I look like him or Steve Buscemi or Christopher Lloyd, I love all these guys.

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Bermuda Waterfall est sorti sur Arbutus Records, comme le reste de ta discographie. Quelle est ta relation avec le label ?
Bermuda Waterfall is out through Arbutus Records like the rest of your discography, what’s your relationship to the label?

Je suis sur le label depuis sa formation. Il a en quelque sorte été créé autour de moi et Claire Boucher (Grimes). Je suis resté très proche d’eux et je suis donc resté.

When it was formed I was on the label. It was created sort of around me and Claire Boucher (Grimes) and so I’ve just stayed really close with them and stayed on the label.

C’est comme une famile ?
It feels like a family?

Oui, disons que ce sont mes bons amis. J’ai aussi une grande famille, une famille de sang et des demi-frères et sœurs au Canada que je ne vois pas très souvent, mais je trace une limite entre la famille et les amis. Mais famille ne veut pas dire plus proches ou qu’ils te connaissent mieux que tes amis, j’ai toujours été proche de beaucoup de gens, et une grande partie sont des musiciens et des artistes. J’en ai rencontré la plupart lorsque j’ai déménagé à Montréal vers 20 ans. Je suis originaire d’Edmonton, comme Mac DeMarco, mais j’ai beaucoup d’amis à Montréal et la plupart étaient là quand Arbutus a démarré. Mon manager gère le label et c’est l’un de mes meilleurs amis, donc je considère que c’est aussi un peu mon label. J’ai mon travail d’écriture puis le groupe que j’ai monté et ensuite j’ai mes amis avec qui je fais des affaires, ce sont différentes collaborations. Arbutus est une collaboration que je fais et qui va toujours fort.

Yeah well, it’s my good friends. I also have a large family, blood family and step siblings back in Canada that I only see so often but I draw a line between family and friends but family doesn’t mean more closer or that they know you better than friends do. I’ve always been very close to a lot of people, I have a lot of good friends and many are musicians and artists. Many of them I met in Montreal when I moved there, I was in my early twenties. Originally I’m from Edmonton, that’s where Mac deMarco is from too but yeah Ihave a lot of friends and many where around when Arbutus started. My manager runs the label and he’s one of my best friends, so I consider it like partially my label too. I have my writing I do and then I have my actual band that I put together and then I have my friends I do business with, these are different collaborations. So Arbutus is a collaboration I do and it’s still going strong.

Je t’ai vu sur scène dans différents festivals l’année dernière, au Heart Of Glass, Heart Of Gold dans le sud de la France et au Iceland Airwaves à Reykjavik. Parfois tu es avec un groupe, d’autres fois tu es simplement accompagné par ton claviériste.
I saw you perform in different festivals last year, at the Heart Of Glass, heart Of Gold in the south of France and at the Iceland Airwaves in Reykjavik. Sometimes you’re with a full band, other times it’s just you and your keyboard player.

En fait je voulais que ça se stabilise cette année mais les choses changent plus que jamais parce que je tourne énormément, donc différentes personnes vont et viennent.

Actually now this year I wanted it to be more consistent but it’s changing more than ever because I’m touring so much, people come on and off.

Donc c’est plus une question de disponibilité des différents intervenants ?
So it’s more a matter of availability of the different collaborators?

Oui, et puis combien de temps peux-tu avoir des gens si dédiés à un ami équitablement ? Pouvoir les payer comme il se doit et faire en sorte qu’ils puissent se retrouver dans le fait de ne pas avoir de vie en dehors de ma vie ? Parce que c’est de la musique personnelle, et mes amis l’adorent et c’est cool, tous ces voyages que l’on fait, mais je ne veux pas user qui que ce soit, et puis parfois certaines tournées ne le permettent pas, comme avec Mac DeMarco. Etant donné que l’on voyageait avec Mac on pouvait juste prendre une personne en plus.

Yeah and how long can you have someone so dedicated fairly to a friend and even pay them well and make it worth it for them not having a life outside my life ? Because this is personal music and my friends love it and it’s fun, the fun trips we have, but I don’t want to wear anyone out and also certain tours… like for Mac DeMarco. Because we were travelling with Mac we could just bring one other person you know.

C’est donc une nécessité, mais aimes-tu aussi jouer avec des line up différents ?
So it’s out of necessity but do you also like performing with different line ups?

J’aime être rafraîchi mais tu peux aussi faire ça avec le même line up. J’aimerai avoir un line up plus stable, mais je ne pense pas que ça sera pour cette année, peut-être l’année prochaine. Si je devais choisir, je serais en solo mais c’est impossible. Je l’ai fait pendant des années et puis je parle de solitude et tout ça, mais je ne pense pas que mes sets solo sont assez puissants, donc je joue avec une autre personne. Avec le groupe il y a beaucoup de vie sur scène, j’adore ça.

I enjoy being refreshed but you can do that with the same lineup too. I’d like to have a more consistent lineup but I don’t think it will happen this year, maybe next year. If I had to choose I’d go solo but that’s impossible. I did that for years and I sing about loneliness and stuff, but I don’t think that my shows are strong enough solo so I’m playing with one other person. Now with the band you get a lot of life on stage so I love that.

Sur scène tu parais souvent ivre ou défoncé. Est-ce que c’est quelque chose qui t’aide à te lâcher ou ça fait juste partie de l’amusement des  tournées ?
On stage you often seem intoxicated, is it something that helps you loosen up or is it just part of the fun while on the road?

Oui, j’utilise l’alcool pour mettre ce gros… hum…  comment dire ? Si mon cerveau est complètement déchiré, je peux laisser sortir les mots et aller plus facilement à cet endroit où je vais souvent  et simplement être là et laisser la musique sortir, la canaliser. Mais j’ai arrêté de boire il y a quelques mois maintenant, parce que ça devenait impossible pour moi de continuer à travailler. L’année dernière j’ai beaucoup abusé de la drogue et de l’alcool et quand je n’étais pas en tournée j’étais perdu, donc je continuais juste à prendre beaucoup de drogue et un jour j’ai craqué en quelque sorte. Il a fallu que j’arrête si je voulais continuer à tourner. Tourner sans arrêt est épuisant et quiconque m’a vu l’année dernière m’a vu défoncé. J’aime me défoncer, c’est cool et des fois je me dis : « J’irais bien voir Sean Nicholas Savage en concert ce soir ». Ok cool mais tu aimerais le voir défoncé ou pas défoncé ? J’avais tendance à croire que : « Oh ça serait vraiment cool s’il était défoncé parce que comme ça il se planterait peut-être sur certaines choses mais il pourrait aussi faire des trucs que les gens normaux ne peuvent pas faire ». Et puis beaucoup de chanteurs dans les années soixante prenaient du speed tout le temps et encore aujourd’hui certainement, en coulisses, beaucoup d’artistes prennent des produits, tu sais, des performeurs, c’est comme les sportifs s’ils ne prenaient pas des tests d’urine, ça te permet simplement d’être au top. Je suis vraiment tombé dans les excitants, speed, cocaïne, MDMA. La MDMA c’est génial quand tu chantes et ça rend les choses encore plus émotionnelles pour moi. Et puis beaucoup d’alcool parce que j’ai toujours fait ça, mais j’ai dû arrêter parce que c’était trop pour mon corps. Il fallait que je fasse un choix. Je ne meurs pas vraiment, je me crame et j’ai envie de mourir mais je ne vais pas encore mourir donc je continue de vivre. Les gens se disent : « Whoa je vais mourir, je me défonce trop, je suis déchiré, je vais mourir », mais ce qu’il se passe c’est que tu ne meurs pas, tu vis mais quelque chose se dérègle chez toi et il t’arrive de sales trucs, des problèmes avec tes organes, ton cœur, tu sais des trucs terribles mais qui ne sont pas la mort et après t’es toujours vivant mais c’est pire, donc je vais juste essayer de garder ça sous contrôle et de continuer à faire mes trucs un peu plus longtemps.

Yeah I would use alcohol to put this big…hum… If my brain is just completely blown off then I can just speak the words and go to that place that I often go to a lot easier and just stand there and let the music out, channeling it, but I stopped drinking a few months ago now because it was becoming impossible for me to continue to work. And last year I got a lot of drugs and alcohol abuse and when I wasn’t touring I didn’t know what to do with myself and so I was just abusing drugs and I sort of snapped and had to stop so that I could keep touring. Touring relentlessly is also very tiring and if anyone saw me last year I was always like very intoxicated.I like getting high, it’s cool when I’m like “I’d like to go see Sean Nicholas Savage tonight” ok cool but would you like to see him high or not high ? And I used to think “Oh it would be really cool if he was high because then maybe he would fail on some things but he can also do other things that average people can’t do you know". And I think a lot of singers in the sixties were taking speed all the time and even today maybe, behind the scenes, a lot of artists are taking speed, performers you know, it’s like in sports if they didn’t test for pee, just makes you able to be tip top. I got really into uppers like speed, cocaine, MDMA. MDMA feels really good singing and it makes it emotional for me too, and lots of drinking because I always did that, but I had to stop because as it sounds, it’s a little too much for my body. I had to make a choice. I don’t really die, I get burnt out and I want to die but I’m not gonna die yet so I have to keep living. People think like “whoa I’m gonna die, I’m blowing myself away, I’m so fucked up I’m gonna die” but what happens is that you don’t die, you live but something goes wrong with you and you have some bad things happening in your life, problems with your organs, your heart, you know, terrible things that happen to you that aren’t death, and then you’re still alive and it’s worse so I’m gonna keep it as good as I can, just trying to keep going a little longer.

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Tu te considères plus comme un auteur/compositeur ou comme un performeur ? Quelle est l’importance du live en comparaison au travail de studio ?
Do you consider yourself more as a songwriter or a performer? How is the live show important in comparison to the studio work?

Ce sont deux choses assez différentes. Le travail de studio est aussi assez éloigné du travail d’écriture. J’écris avant d’enregistrer. Je donne de l’importance à l’esthétique et à une certaine qualité donc ça sonne parfois un peu lo-fi. Le seul moyen que j’ai trouvé pour atteindre la qualité que je veux dans les circonstances dans lesquelles je me trouve avec le temps que j’ai à disposition, est d’opter pour quelque chose d’un peu trash, pour ajouter un peu de mordant. Quand c’est de la musique aussi sensible, il faut avoir un peu de mordant sinon tu finis par faire quelque chose d’un peu cheap. Je dois être sincère, et je trouverai un meilleur moyen pour l’être, à terme j’aimerai sonner plus hi-fi. Je prends une chose à la fois, mais je suis essentiellement porté sur l’écriture, et ce depuis que je suis petit.

It’s two pretty different things. The studio work is also not so close to me to the writing. I write before I record. I value aesthetic and a certain quality so it might sound on the lo-fi end sometimes. The only way I’ve been able to get that quality that I want in the circumstances I’ve been stuck in in the time frames I’ve had is to go for a little bit of trash to give it an edge. When it’s such sensitive music you have to have an edge otherwise you’re just making cheap stuff. I have to be real and I’ll find a better way to do that, I want to be more hi-fi eventually.  I’m tackling one thing at a time, but I’m mainly a writer, I’ve always been since I’m little.

Quand as-tu commencé à écrire de la musique ?
When did you start writing music?

J’ai commencé à enregistrer mes chansons quand j’avais 12 ans à peu près mais je fais des chansons depuis aussi tôt que je puisse me souvenir.

I started recording my songs when I was twelve or something but I was making songs as soon as I can remember.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
What are you listening to at the moment?

Aujourd’hui on a écouté une compilation que j’ai faite de mes chansons préférées d’Elton John. Je l’ai écoutée avec beaucoup d’attention, je l’ai étudiée et j’en ai retiré une grande satisfaction. Je n’avais jamais écouté en profondeur certaines de mes chansons préférées comme Rocket Man. On dirait des paroles drôles, on peut voir ça comme un délire genre : « Je suis tout le temps défoncé, je suis tout le temps défoncé », des trucs comme « Space is no place for a kid » peuvent paraître cheesy mais il s’agit d’une simple métaphore vraiment cool, des paroles lourdes de sens hyper cool. On écoute aussi beaucoup de mix de trance et quelques vieilleries, des trucs jazz, tout ça m’inspire beaucoup.

Today we listened to a compilation I made of my favorite Elton John songs. I listened very closely, I was studying it so I got a lot of satisfaction out of that. I never listened close enough to my favorite songs of his like “Rocket Man”. They seem like funny lyrics you can think of it as a “I’m always high, I’m always high” thing. Things like “space is no place for a kid” might seem cheesy but it’s a cool and simple metaphore, just really cool heavy lyrics. We listen to a lot of trance mixes too and some oldies, like jazzy stuff, all that’s very inspiring.

Quels sont tes projets dans un futur proche ?
What are your plans in the near future?

J’ai un emploi du temps chargé. Je n’ai pas de maison donc on planifie ma vie très en avance. Les gens qui ont un chez eux sont là genre : « Je vais faire ci et ça et après je rentre chez moi », moi je suis toujours obligé de planifier très en avance. Je vais tourner deux mois au Etats-Unis, après j’ai des concerts à Moscou, je vais enregistrer un peu à Londres, travailler sur un film à Vancouver, jouer à NY et encore tourner en Europe. Je compose un nouvel album aussi.

I have a big schedule. i don't live anywhere so we plan my life way in advance. People who have houses are like "I'm gonna this and this and then i'll go home" but I don't have a home so i'm always planning way in advance. I'm gonna tour two months in the US, then I have shows in Moscow, I'm going to go to London to record a bit, work on a movie in Vancouver, play in NYC and tour in Europe again. I'm making a new album too.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=sBZbyNKOvGY

https://www.youtube.com/watch?v=_hXZJ4Vxlm4


Who are you Arbutus Records?

Arbutus by Marilis CardinalLorsqu'un saut calendaire d'une année sur l'autre se profile, il est désormais coutume de dresser des listes exhaustives classant les groupes et morceaux ayant fait l'année, en plus de labels sans cesse plus nombreux à assumer les risques de la production vinylique, et ce, malgré ou grâce à la musique en ligne et au téléchargement. D'ailleurs, on ne déroge pas à la règle (lire). Mais au-delà du coup d'éclat, à quoi se jauge un bon label ? A son identité, ses sorties, son activité mais aussi et surtout à son modèle de développement : un bon label est un label qui dure, qui s'inscrit dans le temps et qui par ses choix imprime une esthétique à la fois multiple et référentielle. Le label créé une unité visuelle et stylistique, permettant à l'auditeur déjà acquis de s'y fier presque aveuglément, tout en conservant une diversité musicale intrinsèque. Dans la musique indépendante contemporaine, si l'on veut s'extraire de la ghettoïsation engendrée par les modes de production lo-fi - digital et cassette - il n'y a pas trente-six solutions. Il y a quelques années déjà, au cours d'un long entretien (lire), Julien Rohel, instigateur de Clapping Music, nous livrait de but en blanc l'une des recettes les plus réalistes : aujourd'hui notre modèle économique est quasi le même que celui d’il y a dix ans : tout juste suffisant pour vivoter et se débrouiller. Dans dix ans ? Le même mais avec plus de moyens et avec un ou deux groupes ayant bien explosé, permettant de financer le reste… Pas un truc de masse mais de bons disques qui marchent et qui permettent à la structure de grossir pour se développer et produire dans de meilleures conditions. Je reste persuadé qu’avec les groupes qu’on a, il y a la potentialité de sortir du cercle un peu trop étriqué du réseau indépendant français… Si l'on reste convaincu de l'acuité d'un tel constat, inutile de préciser que les exemples qui viennent à l'esprit pour l'illustrer ne sont pas légions en France quand d'autres, Outre-Atlantique, se posent là, tout auréolés d'une flopée de disques ayant fait date en 2013. Ce qui n'est pas rien à l'heure où tout se perd et se confond dans un fil d'actualité continu, noyant littéralement l'auditeur de nouveautés et rééditions après l'avoir sevré de si longues années. Parmi ceux-ci, les labels Arbutus Records et Mexican Summer (lire), chacun ayant soufflé en 2013 sa cinquième bougie, méritent un éclairage tout particulier, cristallisant l'attention, par de-là leurs spécificités respectives, autour d'un triptyque de valeurs cousu d'amitié, d'intégrité et d'éthique.

Entrevue avec Sebastian Cowan

Sebastian Cowan by Emily Kai Bock

2012 aura été l'année de Claire Boucher qui, avec son troisième album Visions sous le patronyme de Grimes, réussit le tour de force de conjuguer succès critique et engouement populaire. Propulsée par une alliance entre son label de toujours Arbutus Records et l'anglais 4AD Records, la Canadienne fit d'Oblivion un véritable hymne d'une jeunesse n'arrivant pas à se décider entre gimmick pop et sonorités électroniques. Pile le creuset de la structure fomentée en 2008 par Sebastian Cowan qui, à la force du poignet, convertit ce qui au départ n'était qu'une histoire d'amis se côtoyant aux alentours de La Brique, squat d’artistes à Montréal, aujourd'hui fermé, en véritable label à l'exigence avérée et à l'aura dépassant allègrement les frontières. De Sean Nicholas Savage publiant en 2008 successivement les trois premières références d'Arbutus, deux CD-R et un LP, de Grimes donc, égrainant en 2010 son inaugural Geidi Primes, en passant par Blue Hawaii, Tops, Braids, Doldrums, Tonstartssbandht, et plus récemment Majical Cloudz, chaque sortie est étudiée, ne laissant que peu au hasard - Sebastian, rejoint par Marilis Cardinal, trouvant pour chacune d'entres elles le format adéquat, le réseau idoine, se saignant presque pour les faire tourner aux États-Unis et en Europe, dans des salles de moins en moins confidentielles. Si tu lances un label avec des potes, tu n'as jamais l'impression de bosser - une bien belle maxime qu'il coucha sur papier pour Impose (lire) et qui explique un tel dévouement s'exprimant même pour les projets plus confidentiels de ses amis regroupés au sein d'une division digitale et libre de téléchargement du label, dénommé Movie Star, avec, entres autres, Kool Music et Solar Year en plus des side-projects de David Carriere de Tops, Paula, d'Alex Cowan de Blue Hawaii, Agor, et d'Edwin Mathis White de Tonstartssbandht, Eola. Histoire de commencer l'année 2014 sous les meilleurs auspices, le label québécois dropera Bermuda Waterfall le 13 mai prochain de son éminence Sean Nicholas Savage, véritable coqueluche du Hog Hog Festival.

Quelles ont été tes premières expériences musicales ?

Je ne peux parler qu'en mon nom, j'ai grandi à Vancouver où j'allais aux concerts punk tout public dans les centres communautaires. Je jouais dans des groupes et j'aidais à organiser des concerts. À 17 ans j'ai déménagé à Londres et je suis tombé à fond dans la dance et le son Warp du début des années 90. Puis je suis arrivé à Montréal en 2007. J'ai rencontré Marilis. Au départ, j'avais besoin de quelqu'un pour faire la com', elle était fan des groupes et s'en chargeait déjà plus ou moins. C'était logique de commencer à bosser ensemble.

Dis-moi comment Arbutus est né.

Quand j'ai emménagé à Montréal, c'était pour monter un espace de concert DIY dans un entrepôt. Il y a eu de nombreux changements mais le plus durable et le plus significatif pour moi impliquait une règle selon laquelle un de mes amis devait jouer à chaque concert. Le nombre de mes amis a vite augmenté et ça a effectivement permis à une certaine scène d'émerger et de grandir. J'ai commencé Arbutus afin d'enregistrer et de partager la musique au-delà de ces murs.

Arbutus est plus qu'un simple label. Pourquoi ?

L'éthique à son origine, celle des valeurs punk et DIY, imprègne encore tout ce qu'on fait. Derrière, il y a une communauté très soudée. On habite tous dans le même coin et notre bureau sert à la fois de local de répétition et de studio d'enregistrement. Tout ce qu'on fait, on le fait ensemble.

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Peux-tu expliquer le nom du label ?

C'est un arbre de la côte ouest. J'ai passé la majorité de mon enfance sur cette petite île du golfe qui en était recouverte. J'ai toujours aimé la façon dont l'écorce s'écaillait en été comme un parchemin afin de laisser apparaître le bois blanc, avec des colonies de fourmis faisant des allers-retours. Il prend toujours racine dans les endroits les plus surprenants, en haut des falaises surplombant l'océan.

Peux-tu nous expliquer pourquoi La Brique est un lieu important pour Arbutus ?

La Brique est le centre de tous nos efforts créatifs. C'est dans le même bâtiment où était Lab Synthèse - le lieu où tout a commencé - et c'est à cinq minutes à pied, au-delà d'une barrière et d'une voie ferrée, de là où nous habitons tous. Notre bureau s'y trouve et je fais souvent des journées de douze heures. Donc j'y passe beaucoup de temps et j'y vois les choses s'y produire. C'est au quatrième étage et il y a une très belle vue sur la voie ferrée.

Y a-t'il une esthétique, un concept auquel vous essayez de vous tenir à chaque sortie ?

En plus de tout ce dont j'ai déjà parlé, je pense qu'il y a quelques caractéristiques communes à tous les artistes d'Arbutus. C'est vrai que les styles sont tous un peu différents mais à l'origine, nous somme tous très semblables. On vient du même univers, on fait tous quelque chose de similaire. Il y a quelques principes que je considère comme essentiels à l'existence et que j'essaie d'encourager dans la mesure du possible chez les artistes et leur musique. Un exemple serait l'humour. C'est si important de garder le sens de l'humour face aux aléas de la vie et c'est très certainement une qualité que l'on retrouve au travers de nos productions.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?

Je regarde parmi mes amis les plus proches. Aussi mince/limité que cela puisse paraître, si une personne fait de la musique vraiment magnifique, je me retrouve attiré par elle - et on devient très proches en peu de temps.

Quels sont les rapports entre les groupes et le label ?

Très liés. Je travaille très dur et j'accorde énormément d'importance à ce que je fais, ce serait impossible si je n'aimais pas chaque individu avec lequel je travaille. C'est la base de tout. Les artistes sont impliqués dans chaque décision prise par le label, et à divers degrés, je suis presque toujours impliqué dans la musique.

Claire Boucher fait plus qu'une apparition sur le label. Comment expliques-tu le succès de Grimes ?

Claire travaille beaucoup. Elle a tout sacrifié pour que ce succès se produise. Non pas que les autres groupes n'en aient ni la volonté ni la possibilité, mais son succès est le résultat d'un immense travail. Claire est une personne intelligente et a une idée très précise de ce qu'elle veut faire. Ceci, conjugué avec une compréhension profonde de la culture et une conduite/attitude exceptionnelle a vraiment aidé son succès.

Eola et Doldrums font partie des sorties de 2013. Peux-tu nous renseigner sur eux ?

Doldrums c'est Airick Woodhead. Il est de Toronto mais vit ici maintenant. J'ai fait deux tournées internationales avec lui et Grimes, ce qui nous pas mal rapprochés. Sa musique est une parfaite représentation de sa personnalité. On pourrait dire la même chose d'Eola, qui est Edwin White de Tonstartssbandht. Eola est plus un projet axé sur des boucles de voix et un des disques les plus joués dans notre bureau.

Quelle est la sortie dont tu es le plus fier ?

Je ne peux pas choisir.

Qu'est-ce qui s'annonce pour Arbutus ?

On est en train de faire la transition afin de devenir un label viable. Un label qui puisse subvenir aux modes de vie de ses artistes et sortir de la musique à échelle mondiale. C'est une période excitante.

Audio

TOP 5 LP Arbutus 2013

01. Blue Hawaii - Untogether
02. Braids - Flourish//Perish (lire)
03. Sean Nicholas Savage - Other Life
04. Eola - Deo Gracias
05. Doldrums - Lesser Evil

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http://vimeo.com/37084272

http://vimeo.com/31626231

http://vimeo.com/84574181

http://www.youtube.com/watch?v=WU2M10f0dzE

http://www.youtube.com/watch?v=_Xk-s4fCCwc