Broken Social Scene - Forgiveness Rock Record

bss-forced-to-love-allPardon… Il n’y a vraiment pas de quoi… Non, pardon est le premier qualificatif trouvé par les Harlem globe-trotters de la musique torontoise pour marquer le titre de leur cinquième album. Mais de quoi s’excusent-ils au juste, de leur absence absolument insoutenable et atrocement douloureuse durant ces cinq longues dernières années, plongeant leurs fans dans un autisme profond et créant une vague de suicides sans précédent ? Ou bien est-ce de ce revirement électronica-rock péchu qui détonne (sans vraiment surprendre) et risque cependant de désarçonner l’auditeur, n’ayant, lui,pas réussi à retirer l’album éponyme paru en 2005 de son discman laser ? Il ne fallait pas s’attendre à moins du groupe phare du label Arts & Crafts, maison à idées en perpétuelle évolution, et d’un collectif d’artistes dont les envies et les moteurs créatifs se sont forcement développés durant cette longue phase de gestation. Mais bien heureusement c’est pour le meilleur qu’ils nous reviennent.

Et que les fidèles se rassurent, le crew hébergeant en son sein ni plus ni moins que Feist, Emily Haines (Metric), Amy Millan (Stars) un membre de The Most Serene Republic, etc… le tout conduit par les possiblement inconscients mais inégalablesBrendan Canning et Kevin Drew, ne sont pas passés au mathcoreou au dubstep pour autant. La preuve en est d’un World Sick lyrique et orchestral, introduction antifolk qui ne trahit pas le répertoire habituel des Canadiens. Toutefois, le jeu se veut plus farouche, bifurquant dès le second morceau vers un psyché-progressif évoquant le tristement mésestimé Embryonic de nos chers Flaming Lips. On retrouvera également l’influence très godspeedienne de leurs débuts sur des morceaux lourds et à consonance post-rock comme Meet Me In The Basement… Mais le Broken n’a rien perdu de son sens de la mélodie ni de sa disposition à arracher les cœurs de son écriture sensible et mélodramatique (Sentimental X’s, Romance To The Grave). A croire que nos Canadiens chéris vivent dans un lieu où la populace est enfermée éternellement dans un conte de Dickens. Et passant d’une voix à l’autre, les talents se cèdent le micro en ouvrant une porte sur un nouvel univers qui se referme lors d’une nouvelle transmission. Forgiveness Rock Record a beau être un album excessivement long, ses protagonistes trouvent en eux la force nécessaire pour ne marquer aucune redondance et créer une uniformité, tout en rendant chaque chanson originale et unique. Un brio qui mérite d’être applaudi.

S’il était entendu que ce nouvel album serait un chef-d’œuvre de plus à ajouter à leur discographie, il ne serait que justice que ses membres soient canonisés comme ultime récompense. Ah ! On me dit à l’oreillette qu’il faut attendre leur trépas, donc nous patienterons encore un peu. Cependant, c’est sur scène que le groupe dévoile l’immensité de son potentiel, et notamment lors des festivals. Imaginez un peu vingt personnes sur un plateau à foutre le bordel, je peux vous jurer qu’on ne s’en remet pas facilement. Je me demande encore comme ils comptent caser toute cette bande de joyeux drilles dans l’enceinte exigüe de la Maroquinerie. Le rendez-vous est pris le 21 mai.

Audio

Broken Social Scene – All To All

Tracklist

Broken Social Scene – Forgiveness Rock Record (Arts & Crafts, 2010)

1. World Sick
2. Chase Scene
3. Texico Bitches
4. Forced To Love
5. All To All
6. Art House Director
7. Highway Slipper Jam
8. Ungrateful Little Father
9. Meet Me In The Basement
10. Sentimental X’s
11. Sweetest Kill
12. Romance To The Grave
13. Water In Hell
14. Me And My Hand


The Black Box Revelation l'interview

En ce mercredi 14 avril de l'an 2010, c'est le coeur battant, les jambes tremblantes, les mains moites et les ongles rongés que je me dirige vers le Point Ephémère pour y mener ma première interview. En avance, je décide de me consacrer à quelques préliminaires destinés à me détendre. Direction le bar, donc, pour tenter d'y trouver un remède à mon stress. J'hésite longuement entre une bière et un shot d'alcool à brûler pour opter finalement pour la première solution - n'est pas Hunter S. Thompson qui veut. Dehors, les yeux noyés dans le canal, je pense un instant à m'y jeter, mais... hum, qu'est-ce qui flotte, là, un rat mort ? Bon. Un tenage (oui, du verbe "tiendre") de flash pour une séance photo plus tard, c'est déjà mon tour. Gasp.

J'annonce d'entrée à Dries-le-blond-trapu-hyperactif et à Jan-le-grand-brun-dégingandé qu'ils sont l'objet de ma première interview ; ils s'empressent de me rassurer à coups de grandes tapes dans le dos (bon, j'exagère un peu, mais leurs regards rassurants me font le même effet qu'une grande tape dans le dos). Armée d'un accent anglais digne d'une vache espagnole - j'ai renoncé à apprendre le flamand -, je me lance...

Mais avant de commencer, petit rappel de l'épopée de The Black Box Revelation. Déjà forts de deux albums studio (Set Your Head On Fire en 2007 et Silver Threats en 2010), Jan Paternoster et Dries Van Dijck, la vingtaine à peine soufflée, parcourent depuis plusieurs années les routes européennes et américaines en distillant leur blues-garage aux influences aussi classes que le Black Rebel Motorcycle Club et les White Stripes. Leur deuxième album, sorti il y a quelques mois (chronique), marque une évolution vers la maturité et la diversification des styles avec un virage psyché extrêmement bien maîtrisé. Voilà pour le décor.

bbr-itw-5-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Vous avez commencé à jouer ensemble il y a longtemps ?
Dries (batterie) : Avec The Black Box Revelation, nous jouons ensemble depuis cinq ans déjà, mais avant nous étions tous les deux dans un autre groupe, avec le frère de Jan et un autre ami. Donc en fait nous jouons ensemble depuis sept ans, peut-être huit.

C'était un choix de former un groupe à deux ou ça s'est fait par la force des choses ?
Jan (guitare et chant) : Nous avons commencé dans un groupe composé de quatre membres, avec lesquels on a joué de la pop ordinaire pendant un ou deux ans. On venait de commencer à faire de la musique et ce n'était pas vraiment le style vers lequel on voulait aller. On a senti que si on commençait à jouer en tant que duo, juste moi et Dries, on pourrait commencer à faire un genre de musique différent, plus bluesy. C'était vraiment ce que l'on voulait.

Vous n'avez pas besoin d'un bassiste...
Jan : Non.
Dries : Non, pas du tout.
Jan : Nous n'avons jamais joué avec un bassiste. On pense qu'on a plus de liberté comme ça. Nous n'avons pas à partager notre espace avec quelqu'un d'autre, nous pouvons tout faire à deux. C'est bien, c'est une sorte d'aventure parce qu'on doit créer un mur du son juste à deux. C'est un risque à prendre : on peut ne pas produire assez de son, ou devoir jouer quelque chose différemment pour y parvenir ; on est obligé de devenir de meilleurs musiciens. Du coup, c'est tout le temps nouveau et fun.

Vous êtes très jeunes, vous avez déjà sorti deux albums, vous passez beaucoup de temps sur la route... Est-ce que c'est la vie que vous vouliez ?
Dries : C'est plutôt un rêve qui se réalise. Notre première tournée, il y a deux ans, c'était vraiment ça : faire beaucoup de concerts, enregistrer notre premier album... C'est la vie que nous voulons avoir, nous aimons ce que nous faisons.
Jan : A l'origine, on ne pensait pas pouvoir faire des tournées, devenir des musiciens professionnels et vivre de notre musique. Mais à partir du moment où on a commencé à jouer, c'est devenu de plus en plus grand, et on a compris que si on travaillait assez dur on pourrait faire ce dont on avait vraiment envie.
Dries : Au début, on pensait qu'on resterait un petit groupe, qu'on ferait juste des tournées en Belgique, dans des petites salles, mais on avait déjà envie d'aller partout en Europe.

Sur vos deux albums, on sent deux influences majeures : Black Rebel Motorcycle Club surtout, et les White Stripes aussi. Est-ce que c'est conscient ? Quelles sont vos autres modèles ?
Jan : Nous apprécions Jack White et tout ce qu'il fait, mais nous ne tenons pas absolument à jouer comme lui ni comme quelqu'un en particulier. Il n'est pas le seul que nous aimons : nous adorons aussi les Rolling Stones, Black Rebel Motorcycle Club en effet... Black Mountain, The Black Angels...
Dries : Beaucoup de groupes.
Jan : Notre musique, c'est un peu de chacun de ces groupes.
Dries : Et nous aimons tous les genres de musique. Nous sommes aussi influencés par le hip hop. C'est important pour avoir le bon groove.

bbr-itw-3-web

Comment décririez-vous votre style ? On parle à votre propos de garage, de blues, de psychédélisme...
Dries : C'est ça !
Jan : Le premier album était plus général, plus bluesy-garage, plus monolithique. Maintenant nous avons développé notre style en tant que musiciens, et notre musique est devenue plus psyché-bluesy, plus atmosphérique, avec plus de groove.
Dries : C'est plus original aussi, sur le deuxième album. C'est quelque chose de nouveau.

J'ai vu que vous enregistriez vos albums dans l'urgence. C'est pour garder l'énergie du live ?
Jan : Avant d'entrer en studio, nous nous assurons que nous savons ce que nous voulons y faire parce que nous ne voulons pas perdre de temps quand nous enregistrons. Si tu enregistres toutes les chansons d'un album en une ou deux semaines, tu gardes une espèce de pression, une bonne pression, qui te donne de l'adrénaline. Tu es meilleur si tu restes vraiment dans l'ambiance de l'enregistrement, si tu ne te disperses pas.

C'est plus créatif de faire ça en peu de temps ?
Dries : Oui, mais nous passons quand même beaucoup de temps à faire la pré-production. Avant d'entrer en studio, nous connaissons déjà la structure des chansons et la façon dont nous allons les enregistrer. Une fois que nous y sommes, nous ne perdons pas de temps à réfléchir à ça, nous avons juste à essayer de faire la bonne prise.
Jan : Nous passons beaucoup de temps uniquement à travailler le son, à vérifier que le groove est bon. Dans un studio, tu as beaucoup de choix à faire, beaucoup de micros différents, de compresseurs, etc. Il faut utiliser le bon. Le processus créatif se fait donc plutôt avant d'entrer en studio. Pendant l'enregistrement, c'est plus technique, mais c'est toujours créatif car beaucoup d'éléments entrent en jeu.

Vous composez la musique ensemble ?
Jan : J'arrive avec des démos, parfois acoustiques, parfois électriques. D'autres fois nous commençons juste à jouer ensemble une nouvelle chanson et nous regardons ce qui se passe. Si on y pense trop, ce n'est plus naturel, et nous voulons que notre musique soit aussi dépouillée que possible, donc nous préférons laisser les choses arriver. Puis nous commençons à travailler la structure.

Jan, c'est toi qui écris les paroles ?
Jan : Oui. Parfois, avant la musique, mais 90% du temps, je le fais après, parce que tu crées un son, une ambiance particulière, et ça a une influence sur les paroles. La musique elle-même raconte une histoire ; grâce aux paroles, on peut seulement mieux l'exprimer, en mettant des mots dessus.

Dries, tu ne ressens pas le besoin d'écrire ?
Dries : Non. J'ai essayé une fois, pour un album de remixes, mais ce n'était pas terrible. C'était dans le genre : "Hey, je marchais dans la rue, yeah man..." (Il commence à chanter en poussant des rugissements.)

Êtes-vous déjà en train de travailler sur un troisième album ?
Dries : Non, pas encore.
Jan : Non. (Rires.)
Dries : On a peut-être quelques idées mais...
Jan : Oui, quelques idées, mais on n'a pas commencé à travailler dessus. Dans un ou deux mois, je pense que nous nous y mettrons. Nous avons passé beaucoup de temps sur le deuxième album et pour l'instant, nous voulons juste prendre un peu de temps pour écrire, être sur la route et nous amuser. Le reste c'est pour le futur.
Dries : Futuuuuuuuur ! (Hum, je crois que Monsieur L'Hyperactif commence à en avoir assez de rester assis.)

A part ça, est-ce que vous auriez envie de travailler ou d'enregistrer avec quelqu'un en particulier ?
Dries : Jay-Z, oui ! Avec Jay-Z ce serait sympa, mais nous ne sommes pas assez célèbres pour lui.
Jan : On l'a rencontré dans un festival belge, il est vraiment gentil. Sinon, Iggy Pop, peut-être. Nous jouons avec lui à Lille dans deux jours. Je suis vraiment curieux de voir comment il est, si c'est un mec sympa ou pas. Peut-être qu'on enregistrera une chanson ensemble à Lille.
Dries : Yeah !

En tout cas vous n'êtes pas contre le fait d'enregistrer un morceau avec quelqu'un d'autre, pas seulement tous les deux...
Jan : A chaque fois qu'on nous l'a proposé, on a dit non, parce qu'on pensait que c'était trop tôt. Nous voulions d'abord...
Dries : ... développer notre propre son.
Jan : Oui, avoir d'abord notre propre son, reconnaissable par les gens. En travaillant avec d'autres artistes, on n'aurait pas vraiment fait notre propre truc. Maintenant nous faisons vraiment ce que nous voulons, nous sommes prêts.

Avez-vous d'autres projets en dehors de ce groupe ?
Jan : Non. Enfin, juste un... Nous avons enregistré un album de remixes, juste après le premier album. Nous nous sommes bien amusés avec les ordinateurs, mais nous ne savons pas vraiment comment ça marche. Nous étions curieux de savoir pourquoi autant de groupes font de la musique électronique donc nous avons essayé nous-mêmes. C'est assez difficile, mais c'est amusant. Mais les ordinateurs...
Dries : ... ce n'est pas vraiment notre truc.
Jan : Ça prend trop de temps de faire quelque chose de bien. Il faut toujours chercher le bon son, comprendre comment le programme fonctionne, etc. Avec les instruments c'est beaucoup plus pur, on est face à face, on joue ensemble... c'est de la musique.

Je dois avouer, au risque de paraître ringarde, que je suis bien d'accord avec eux.

Merci à Jérémy de chez Pias et à Hamza pour la traduction.

That Ghost - The Red Bow (Vidéo)

earth1"Au surplus, nous connaissons l’Amérique, nous sommes chez nous ; je puis aller n’importe où en Amérique et avoir ce que je veux parce que c’est pareil dans tous les coins ; je connais les gens, je sais ce qu’ils font. Nous donnons et nous prenons et nous démenons de tous côtés dans une douceur zigzagante d’une incroyable complication." Ces quelques palabres de Dean Moriarty à Sal Paradise, inconditionnel narrateur de Sur la Route de Jack Kerouac, résument à elles seules la musique de Ryan Schmale agissant solitairement sous le nom de That Ghost. A dix-huit ans et trois EP auto-produits plus loin, le jouvenceau tire de ses quelques guitares un nectar sirupeux et foutrement lo-fi que sa voix nimbée d'échos répand ostensiblement sur les comptoirs crasses et poussiéreux où s'entassent les fantômes du rêve américain. Robert Pollard et ses incurables Guided by Voices ne sont pas loin. Profondément imbu d'une Amérique mariant les grands espaces désertiques plombés de soleil aux milieux interlopes souillés d'alcool, le natif de Californie au visage d'agneau promène un garage-rock nébuleux sous les auspices d'un Brooklyn aguicheur, fief de son récent label d'adoption. De Twosyllable Records, sur lequel est sorti son second EP Get It and Get Out, après l'excellent Young Fridays, on en retouchera très prochainement deux mots, Holiday Shores oblige. La vidéo de The Red Bow, à découvrir ci-dessous, réalisée par Jeff Thrope, Daniel Arnold, et Hanly Banks, par ses couleurs, son grain et son personnage halluciné, demeure une luminescente évocation de cette Amérique paumée mais toujours triomphante. Forcément addictive.

Vidéo

Bonus

Audio

That Ghost - Later Mights


Young Michelin

ym

La Bulle Sonore, label avignonais d'exception, porté par les bras d'un seul homme à la culture musicale démesurée - j'en veux pour preuve la compilation la plus savamment pensée de l'année 2009, Never Dreamed Night Freeze Sandwich -  a cette année 5 ans ; anniversaire qu'il fêtera d'ailleurs dignement ce samedi 8 mai au Point Ephémère avec la venue exceptionnelle de The Wake, groupe mythique de l'aventure Sarah Records. La première partie sera assurée par Young Michelin, side-project de Romain Guerret alias Dondolo dont le premier album (Dondolisme, Les Bulles Sonores, 2008) avait valu à cet artiste unique, résultat improbable d'un mélange d'influences aussi stylistiquement éloignées que qualitativement proches, descendant imaginaire de Michel Gondry époque Oui-Oui et Poly Styrene,  une reconnaissance méritée. Après quelques morceaux diffusés par le netlabel Holiday Records de Jacob Graham (leader de The Drums), le groupe sort son premier Ep dans lequel il fait état de  son rock anti-bourgeois, en français dans le texte, sur des chansons urgentes pour losers magnifiques, succession d'instantanés "polaroidiques" sur l'histoire de la vie quotidienne et qui feraient par là-même une bande-son idéale du prochain film des frères Dardenne.

Audio

Young Michelin - Les copains

Young Michelin - Je suis fatigué


Yeasayer l'interview

yeasayer0003Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

On les attendait impatiemment à Hartzine nos amis de Brooklyn, les Yeasayer. Ils étaient enfin de passage à Paris, le 19 mars dernier, pour présenter sur scène leur deuxième album Odd Blood. On a tout fait pour les interviewer jusqu'à presque harceler physiquement leur chargé de promo en France. Moi-même, j’ai pris quelques risques pour pouvoir les questionner sur leur nouvel album (me libérer de mon employeur un vendredi après-midi… j’adore mon boss !). Mais je ne regrette rien, quoique peut-être quelques longues nuits de sommeil en avril…
Allez ! Assez d’états d’âme, on retourne avec Chris Keating dans les loges du Trabendo.
Enjoy !

Vidéo

Bonus

Chers membres d’Hartzine qui n’ont pas pu se libérer pour l’interview, je pense que Chris a un petit mot pour vous.

Photos

[flagallery gid=29 name="Gallery"]

[flagallery gid=30 name="Gallery"]


Future Islands – In Evening Air

future-islands-in-evening-air-cover-artIl arrive que certains albums soient pénibles à l’écoute ou que d’autres vous fichent une gaule d’enfer, si bien que ça en devienne gênant. Très rarement vous vous prenez des crochets comme seul Joe Frazier savait en décocher, vous laissant dans un état de semi-coma devant cette révélation qui s’offre à vous. Et bien non seulement In Evening Air vous dégomme la tête à coup de massue, mais sans pitié, vous semblez assailli par une horde de nains déculottés et haineux, armés de petites fourches chauffées au fer blanc et prêts à vous gnacker le cul… Plus qu’une découverte, une épiphanie.

Imaginez trente secondes que ce soit Bernard Sumner qui ait quitté New Order, et non Peter Hook, et que celui-ci ait été remplacé par Mark Lanegan et vous obtiendrez une synthèse réaliste de l’environnement musical de Future Islands. Étrange croisement de post-punk et de new-wave écorché par la voix rauque et bluesy de Samuel T. Herring, chanteur aussi charismatique que décalé. D’entrée de jeu, les trois musiciens déflorent les oreilles inattentives, s’enorgueillant de faire remuer des pieds pourtant habituellement malhabiles (Walking Through That Door, Long Flight). Les Islandais jugent d’ailleurs la déflagration provoquée par la diffusion du clip du tubesque Tin Man responsable du réveil de l’Eyjafjöll. D’ici à ce que les compagnies aériennes demandent des dédommagements... Nerveux et plaintif, le trio invente la formule parfaite de l’élégie dancefloor proto-punk. La ligne de basse fiévreuse et les mélodies claviers de Swept Inside rappellent ainsi un certain groupe de Manchester souvent copié mais rarement égalé. Pourtant aujourd’hui le donneur de leçon s’appelle Future Islands et pond le meilleur morceau de New Order depuis Low-Life… Curieux mais absolument jouissif. La démonstration pourrait s’achever là, mais le groupe originaire du Maryland se pose une fois de plus en chauffeur de piste avec un Vireo’s Eye hystérique, voire convulsif avant de conclure sur le bouleversant As I Fall. Les braises s’éteignant dans la voix brumeuse de Samuel Herring, bercée par un alliage de ronflement de basse et de cœurs outrageusement déchirants.

Pourtant loin d’être un club de newbies, puisque le trio traîne derrière lui une ribambelle de maxis et signe ici son second LP officiel, Future Islands sillonne depuis plusieurs années dans l’entourage du bidouilleur timbré mais non moins talentueux Dan Deacon. Thrill Jockey donne enfin une chance au combo de sortir de son trou perdu… Les USA, un truc comme ça… Connais pas. Grand bien leur prit, car au risque de me mettre mes collègues à dos, In Evening Air possède une essence enivrante qui devrait aromatiser votre été. Parachuté album estival, les yeux fermés. Aïe… Qu’est-ce que j’ai dit ?

Vidéo

Tracklist

Future Islands – In Evening Air (Thrill Jockey, 2010)

1. Walking Through That Door
2. Long Flight
3. Tin Man
4. An Apology
5. In Evening Air
6. Swept Inside
7. Inch Of Dust
8. Vireo’s Eye
9. As I Fall


Galaxie 500 - l'intégrale

l_96eec75d3ad84705aa3f31a3b424a78dUne voiture roule tranquillement sur le bitume. Une Galaxie 500 pour être tout à fait exact. Le véhicule arpente les étendues désertiques de l’Ouest américain, traversant la brume sans réel but ni réelle destination. Ses passagers n’ayant pas d’autre quête que de rouler, encore et toujours, à l’instar des héros du film Macadam à deux voies de Monte Hellman. Dean Wareham, Damon Kurkowski et Naomi Yang s’offrent une ballade vers l’éternel couchant, figeant le temps pour mieux contempler le paysage qui file devant eux.

On ne sait pas si c’est son avant-gardisme ou sa courte discographie qui aura causé au groupe sa confidentialité, mais il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui l’héritage du trio est un trésor sauvagement dévalisé. Il aura donc fallu attendre vingt ans pour voir le catalogue de ces héros de la dream pop réactualisé. Les originaux de ces rockeurs sous novocaïne étant passés entre les mains d’Aurora, de Rough Trade, avant que Domino n’en récupère les droits et réédite les trois chefs-d’œuvre de Galaxie 500 en édition Deluxe. Il était plus que temps de remettre au goût du jour les classiques presque oubliés que furent Today, On Fire et This Is Our Music. Trois albums qui donnèrent naissance au mouvement slowcore, et révélateur de groupes comme Low, Slowdive, Mazzy Star ou encore Chokebore.

l_f589f24edfbef4f396845d4ee86dd6b2

Si l’influence du Velvet se fait sentir dès les premières notes de Flowers en ouverture de Today, de par son climat vaporeux et opiacé, il s’en dégage également une certaine légèreté que n’a jamais atteinte le groupe à la banane. Il se dégage des mélodies un flottement dû à des volutes psychédéliques, plus particulièrement sur Today qui se dissipera peu à peu par la suite mais sans jamais réellement disparaître. Ce premier album des Galaxie 500 porte d’ailleurs parfaitement son nom puisqu’il semble bloqué dans un immobilisme apaisant mais éphémère, les dix titres portant ce fort sentiment d’apesanteur et s’en allant avec lui. Le trio l’avait compris, pas besoin d’être maestro des instruments pour composer de la bonne musique. Deux accords, trois au plus, suffisent. Ce minimalisme touchant rehaussé par la production cotonneuse de Kramer sera au fil des années la marque de fabrique de nos Galaxie 500. C’est sur ce schéma que sera composé l’imparable Tugboat, pop-song langoureuse, en avant-garde sur le mouvement grunge et portant les stigmates d’une jeunesse tombée dans l’ennui. La réédition de ce premier album s’accompagne de Uncollected, une compilation déjà parue en 2004 comprenant quatorze titres rares, dont inédits et reprises des Rutles, des Young Marble Giant ou encore de Jonathan Richman.

Le Velvet avait commencé en douceur avec The Velvet Underground And Nico puis avait durcit le ton sur White Light/White Heat. Le trio basé à Cambridge en fera de même sur On Fire. Le chant de Dean Wareham se fait nettement moins volatile, notamment sur Strange ou Leave The Planet, alors que les sonorités se partagent entre le feu et la glace, le jeu de guitare de Wareham sonnant nettement plus noise. Pourtant de belles ballades comme Another Day ou Tell Me s’efforcent de découvrir la face lunaire de ce groupe décidément hors du temps et de l’espace. Et malgré l’électricité, plus palpable, le groupe continue de s’enrouler d’un voile de fumée (Plastic Bird), ne cédant à aucune facilité, empruntant une route qui est définitivement la sienne. On retrouve également deux étonnantes reprises sur cet album, le bouillant Ceremony emprunté à Joy Division mais surtout le magnifique et transcendant Isn't It a Pity originalement composé par George Harrison, que le trio sublime en parfaite pop-song sous narcotique. Domino aura eu la bonne idée d’ajouter en complément de cette nouvelle édition, l’inégalable Peel Session enregistrée entre fin 89 et début 90, regroupant quelques-uns des plus beaux morceaux du band qui fit la gloire de l’écurie Ford.

l_2633df394ed35eb6788c323dd5a2da7a

J’aime à penser qu’à l’aube de l’enregistrement de This Is Our Music les trois membres de Galaxie 500 savaient déjà qu’ils signaient leur dernier album ensemble. Loin de tout héroïsme ou d’iconisme superflu, le groupe se livre à ce qu’il sait faire de mieux. Un chant du cygne aussi glorieux ne peut pas tout à fait être dû au hasard. Et en ressort un album emblématique, malheureusement tristement oublié. Une ode à la lenteur, qui laisse l’auditeur la bouche pâteuse, entre rêve et réalité. Pourtant il semble difficile de passer entre les mailles du filet du vaporeux Hearing Voices ou du mélancolique Spook. Ce dernier titre ayant à lui seul probablement influencé toute la carrière de Low. Il faudra d’ailleurs attendre cet ultime opus pour entendre Dean Wareham, Damon Kurkowski et Naomi Yang rendre enfin hommage à leurs idoles de toujours à travers la reprise du titre Here She Comes Now. Si le moteur ralenti déjà sur King Of Spain, Part Two, l’unique live enregistré complétera cette ressortie inestimable.

C’est pourtant un soir du printemps 1991 que le moteur lâcha aux abords de New-York. Fini les décors stagnants et le ronronnement de la belle Ford. Le chauffeur s’extirpe de son siège, reprenant sa route en solitaire, marchant lentement sur le bitume brûlant. Celui-ci ne se retournera pas, alors que tandis que la nuit tombe, les néons de la ville le rappellent à elle. A l’arrière, les deux passagers s’allument une cigarette et attendent. C’est la fin d’une belle époque. Mais bientôt viendra l’été, et leur heure avec lui…

Audio

Galaxie 500 –Tugboat
Galaxie 500 – Strange
Galaxie 500 – Spook (Live Copenhagen)
Galaxie 500 –Hearing voices
Galaxie 500 – Don’t let our youth go to waste (Peel sessions)

Tracklist


Galaxie 500 – Today & Uncollected

galaxie_500_-_today

CD1
1. Flowers
2. Pictures
3. Parking lot
4. Don’t let our youth go to waste
5. Temperature’s rising
6. Oblivious
7. It’s getting late
8. Instrumental
9. Tugboat
10- King of spain

CD2
1. Cheese and onions
2. Them
3. Final day
4. Blue thunder (With sax)
5. Maracas song
6. Crazy
7. Jerome
8. Song in 3
9. Oblivious
10. I can’t believe it’s me
11. Rain/Don’t let our youth go to waste


Galaxie 500 – On fire & Peel sessions

galaxie500_onfire

CD1
1. Blue thunder
2. Tell me
3. Snowstorm
4. Strange
5. When will you come home
6. Decomposing trees
7. Another day
8. Leave the planet
9. Plastic bird
10. Isn’t it a pity
11.Victory garden
12. Ceremony
13. Cold night

CD2
1. Submission
2. Final day
3. When will you come home
4. Moonshot
5. Flowers
6. Blue thunder
7. Decomposing trees
8. Don’t let our youth go to waste


Galaxie 500 – This is our music & Copenhagen

galaxie_500_this_is_our_music

CD1
1. Fourth of july
2. Hearing voices
3. Spook
4. Summertime
5. Way up high
6. Listen, the snow is falling
7. Sorry
8. Melt away
9. King of spain, part two
10- Here she come now

CD2
1. Decomposing trees
2. Fourth of july
3. Summertime
4. Sorry
5. When will you come home
6. Spook
7. Listen, the snow is falling
8. Here she comes now
9. Don’t let our youth go to waste


On y était - Karen Elson à Flateurville

Karen Elson, Flateurville, Paris, le 27 avril 2010

karen-elson-1-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Les rares privilégiés ayant eu la chance d'obtenir un sésame pour le premier showcase parisien de Karen Elson étaient triés sur le volet. Ambiance hype, donc : tout le monde se connaît et se fait la bise en ponctuant ses phrases d'interjections en angliche. Les filles sont affublées de talons de vingt centimètres et les garçons ont la mèche faussement rebelle, mais tout le monde fait comme si ce cirque était ce qu'il y a de plus naturel au monde. Mais qui donc est cette Karen Machin pour laquelle tout le gratin a osé aventurer son jean à 300€ dans une impasse glauque du dixième arrondissement ?

Si vous êtes fan de Jack White, son nom doit déjà vous être familier. Pour les autres, un peu d'histoire. En 2005, les White Stripes accouchent de leur cinquième album studio, Get Behind Me Satan. Pour accompagner la sortie du premier single, Blue Orchid, le duo embauche Floria Sigismondi pour réaliser l'un des clips les plus étranges de sa carrière. Avant le tournage, Jack appelle sa copine Floria pour convenir d'un scénario et exige sèchement : "Je veux une rousse ou tu es virée, meuf". (Je le sais, j'étais là). De fait, on connaît l'obsession de l'ami Jack pour les filles aux cheveux rouges dont il n'hésite pas à parsemer tant sa vie sentimentale (Marcie Bolen de The Von Bondies) que sa vie professionnelle (l'héroïne du clip d'Hotel Yorba, incarnée par sa copine Tracee Miller du groupe Blanche). Bref, Floria s'exécute et embauche une certaine Karen Elson, mannequin britannique de son état et dotée, dieu merci, d'une flamboyante chevelure. White, fraîchement divorcé de Meg, n'hésite pas à attribuer à cette dernière un rôle ingrat dans le scopitone - comme il l'avait déjà fait pour Hotel Yorba où la pauvre fille interprétait le rôle du boulet ; ainsi, le petit malin peut tranquillement se rincer l'oeil sur sa nouvelle conquête pendant que son ex est fort occupée à casser des assiettes. Quelques mois plus tard, il épouse Karen au Brésil - pas besoin de cinq ans de vie commune pour savoir qu'elle est la femme de sa vie, elle est rousse, nom de dieu - et lui fait deux enfants. Voilà pour les potins. Ah, non, j'ai oublié de vous donner les mensurations de la top model, c'est important, il paraît : 81-64-89. Ça lui fait une belle jambe.

karen-elson-14-web

Jack White n'aura cependant pas eu le privilège de révéler à sa femme ses grands talents musicaux, puisqu'elle en avait déjà fait la preuve au sein de The Citizens Band, une sorte de troupe de cabaret à la Weimar à laquelle ont participé toute une flopée d'artistes assistés d'invités prestigieux - Melissa Auf der Maur, Eugene Hütz, Cyndi Lauper, Zooey Deschanel et Amanda Palmer, entre autres. Ce groupe propose depuis 2004 des spectacles colorés et cyniques pendant lesquels des reprises du Velvet Underground côtoient des parodies socio-politiques, le tout sur fond d'acrobaties exubérantes. Karen a également chanté avec Robert Plant sur Last Time I Saw Her (Dreamland, 2002) et avec Cat Power pour une reprise du Je t'aime... Moi non plus de Gainsbourg (Monsieur Gainsbourg Revisited, 2006). Il ne manquait donc plus au tableau qu'un album solo, que son dévoué mari s'est empressé de produire sur son propre label, Third Man Records. L'opus, dont elle a composé onze des douze titres à partir de 2005 à l'occasion du déménagement de la famille White à Nashville, est annoncé pour le 25 mai prochain. Je me dois de vous informer que Karen a écrit ces morceaux "dans le refuge d'un placard de sa chambre" (dixit son site officiel - puis-je me permettre un LOL ?), détail qui a son importance puisque toute l'esthétique de sa musique, ainsi que celle du concert de ce soir, est fondée sur cette espèce d'intimité désuète - ambiance je-joue-de-la-guitare-au-coin-du-feu-en-déshabillé-de-soie-comme-si-de-rien-n'était, vous voyez ? Conquis par le talent de sa douce, Jack s'est empressé de la séquestrer dans son studio. Bien entendu, ce control freak ne s'est pas contenté de la regarder enregistrer dans le blanc des yeux : il a réuni tous ses petits amis pour offrir à sa bien-aimée le groupe le plus cool de la planète. Voyez plutôt : Rachelle Garniez, sa copine du Citizens Band, à l'accordéon et à la voix, Jack Lawrence (The Raconteurs, The Dead Weather) à la basse, Carl Broemel (My Morning Jacket) à la pedal steel et Jackson Smith (fils de Patti et époux de Meg White) à la guitare. Jack lui-même, incapable de rester les mains vides, s'est attribué le rôle de batteur et de producteur. Je calme tout de suite les hystériques : il n'était pas présent ce soir, le groupe de Karen tournant pour l'instant en configuration réduite. Mais avant de dire quelques mots sur les titres présentés en exclusivité à l'avide public parisien, arrêtons-nous un instant sur le lieu de la performance.

karen-elson-3-web

Je n'avais jamais mis les pieds à Flateurville, je n'en avais même jamais entendu parler, et j'avais eu le plus grand mal à en comprendre le concept sur son site internet bordélique. Ce que j'avais bien compris, c'est que ce n'était pas une salle comme les autres. Quand j'arrive au fond de la cour des Petites Ecuries et qu'on me fait passer sous un rideau de fer encore à moitié fermé, quand je hume l'odeur humide de serre tropicale qui règne à l'intérieur, je constate en effet rapidement que l'endroit est atypique. Les murs de la minuscule salle de concert sont couverts de lierre et la scène elle-même est jonchée de lilas odorants. Les pièces qui la jouxtent sont meublées d'un bric à brac de meubles récupérés, de photos anciennes et de portraits peints. Dans la pièce principale, qui sert à la fois d'atelier, de bar, de garage et d'installation artistique, je fais la connaissance de Laurent Godard, étrange personnage aux lunettes asymétriques et propriétaire des lieux. Pendant qu'il tente de découper une affiche au cutter en affirmant qu'il va se trancher un doigt, j'observe les immenses murs couverts de ses tableaux. Le hangar dans lequel se trouvaient jadis les imprimeries du Parisien abrite désormais un espace-concept tout droit sorti de l'imagination de Godard, artiste polymorphe d'une quarantaine d'années. Flateurville est une ville imaginaire, à la fois installation artistique, lieu de performance et oeuvre narrative dont l'histoire s'écrit continuellement. C'est un endroit vivant dans lequel Laurent travaille, mais accueille aussi des événements et des soirées privées - pour vivre, sans doute. Passé maître dans l'art d'investir ce genre de grand espace désaffecté, on le réclame désormais aux quatre coins du monde - il revient de New York et du Maroc et possède également un pied-à-terre en Russie, sur une île japonaise ou encore dans une grotte française. Je ne peux que vous conseiller d'aller poser vos fesses quelques heures dans l'un de ses canapés défoncés, d'écouter le crépitement du vinyle diffuser une musique chaleureuse dans le hangar et de vous perdre au gré des pièces, jusqu'à cette salle de bains dont la baignoire est remplie de fleurs roses.

karen-elson-9-web

Ce lieu hors-normes et secret constituait un cadre parfait pour accueillir la belle rousse venue jeter en pâture à la critique affamée et aux fans déjà conquis six des titres de son album. Accompagnée du discret Jackson à la guitare et de Rachelle à l'accordéon, elle nous a fait découvrir un peu mieux la folk sans prétention dont on avait déjà pu constater les mérites grâce aux vidéos des deux premiers singles, The Ghost Who Walks et Stolen Roses. Karen a la voix suave et profonde, parfois légèrement éraillée, mais sans complaisance, et la facilité avec laquelle elle interprète ses morceaux, sans aucun accroc, convainc l'assemblée en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. L'ensemble prend parfois un accent légèrement bluesy et une tonalité gentiment country, comme sur Cruel Summer, un titre qui évoque la météo peu clémente de sa cité d'adoption du Tennessee. L'accordéon de Rachelle, loin d'être kitsch, sonne comme un orgue et évite aux morceaux de sombrer dans la légèreté en les parfaisant d'un soupçon de gravité. Rien de dramatique néanmoins puisque la plupart des chansons s'en tiennent au registre de la modeste ballade folk (The Birds They Circle, Pretty Babies, Stolen Roses). Pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais c'est loin d'être inintéressant. Le set, un peu court et sans rappel, n'a cependant permis que d'entrevoir l'univers de Karen, que l'on espère retrouver aussi vite que possible avec son groupe au complet. Car si j'étais venue avec l'intention de la scalper et de me rendre, triomphante, à Nashville lui piquer son mari, son talent et sa gentillesse m'ont convaincue que je ne pouvais décemment pas lui faire une chose pareille, ni même ne serait-ce que la détester. Malgré la maigre et frustrante durée de cet essai, je suis déjà certaine que son album ne sera pas l'énième mièvrerie d'un mannequin désœuvré qui cherche à se reconvertir, ni l'opus bâclé d'une "femme de" un peu trop bien pistonnée.

Photos

[flagallery gid=28 name="Gallery"]

Vidéo

Setlist

1. The Birds They Circle
2. Cruel Summer
3. Pretty Babies
4. Stolen Roses
5. The Truth Is The Dirt
6. The Ghost Who Walks


Frog Eyes - Flower In A Glove

frogeyes_largeMonsieur Carey Mercer représente l'ideal-type du chanteur habité, ce genre d'artistes qui fait de chaque chanson un petit théâtre imaginaire au sein duquel se joue toujours une pièce à la mise en scène de choix. D'ailleurs l'intrigue du neuvième album - Paul's Tomb: A Triumph (Dead Oceans) - de la troupe de Penticton dont il est le lumineux leader vient d'être dévoilé et on s'accordera pour dire que cet homme est définitivement passé du côté des grands.

Audio

Frog Eyes - Flower in a Glove


The Stranges Boys - Be Brave

strange-boys-be-braveJe ne sais pas s'il s'agit d'un ras-le-bol circonstancié ou d'un penchant obsessionnel, mais, à l'heure où j'écris ces quelques lignes trempées d'alcool, l'univers musical auquel je m'adonne se trouve irradié d'un soleil plombant et poussiéreux, repoussant inlassablement tout signe de vie à l'ombre de comptoirs miteux. Haut perché sur un tabouret, le front huileux, je savoure une bière presque chaude, les deux coudes mollement flanqués sur le métal blanc du zinc. D'infimes volutes de fumée s'échappent de mes lèvres entrouvertes, j'écoute l'harmonica qui déraille, la voix du gringalet qui minaude. En plein Texas, une bourgade non loin d'Austin. Musardant lascivement depuis le début de l'après-midi, je scrute la multitude de cartes postales jaunies recouvrant le mur décrépi, le ventilo renâcle une brise bien tiède. Dans ce trou, le temps cesse de s'acharner, suspendu qu'il est aux indicibles vides de l'existence. Dehors, le vent soulève d'éparses nuées de sable. Je m'imprègne du charme suranné de l'endroit et de la musique que débite depuis un bon quart d'heure ces jeunes garçons qui se font appeler, depuis six ans et deux albums, The Stranges Boys. Ryan Sambol, véritable tête à claques au teint blafard, bouffe son micro de biais, frappant du talon l'estrade brinquebalante. Son chant lymphatique a quelque chose de troublant, je jure l'avoir entendu de l'autre côté de l'Atlantique. Son frangin, Philip, assure rondement ses lignes de basse quand Greg Enlow et Mikey La Franchi s'esquintent flegmatiquement les doigts à la guitare et à la batterie. Les notes traînent, s'éparpillent, avant d'être brusquement corrodées de distorsions granuleuses. Les pintes s'enchaînent aussi vite que ne se terminent les morceaux. On me donnerait tout l'or du monde, que je rechignerais à décrocher mon regard de la scène claquemurée. La formule est pourtant connue, presque éprouvée : dévaliser l'histoire pour s'en administrer les vertus dans un présent amnésique. Pour nous en mettre plein les oreilles, la petite bande, tout en s'inspirant des standards country locaux, puise aussi bien dans les trésors d'un rhythm and blues propre à Chuck Berry que d'un garage rock cher aux Seeds ou aux Shadows of Knight. En somme un succédané de l'esprit blues-rock, fiévreusement joué à toute blinde ou s'épongeant grâcilement à la vitesse d'une tortue. On pense à la fougue des Black Lips, à la chaleur des Wave Pictures, mais aussi au chant débonnaire de Pete Doherty et de ses Libertines sur l'excellent Up the Braket. Ce soir, tous les poncifs de leur second album, Be Brave, distribué en Europe par le mythique label indé Rough Trade, y passent : I See et son harmonica crado dont Beck coloriait son chef d'oeuvre One Foot in the GraveA Walk On The Bleach claudiquant tragiquement jusqu'à son explosion jubilatoire, ou encore Be Brave, formidable tube peinturluré d'un saxo épousseté par Jenna Thornhill échappée pour l'occasion de Mika Miko. Et ce n'est franchement pas la mer à boire si certaines redondances tempèrent par intermittence mon enthousiasme béat (Between UsThe Unsent Letter), mes jambes n'ont de cesse de tressaillir sur les riffs crachoteux de Night Might ou sur la rythmique chaloupée de Friday In Paris accueillant Tim Presley des Darker My Love aux backing vocals. Les intimistes Dare I Say et You Can't Only Love When You Want concluent le propos et ma nuit de leur mélancolie ouatée et de quelques frottements de cordes biens sentis. Les Stranges Boys se retirent en bons branleurs partis pour s'en mettre une. La bouche pâteuse, je tire ma révérence, traînant mes guêtres hors de ce bouge aux effluves acres de sueurs et de houblon fermenté. La rue accueille mes pas chancelants. Paris, le Point FMR, un 8 avril 2010. Programmé pour la sixième édition du Midi Festival, je pense déjà au short que vais assortir à mes plus belles santiags.

Audio

The Strange Boys - A Walk On The Bleach

Bonus

The Strange Boys - You Can't Only Love When You Want

Vidéo

Tracklist

The Stranges Boys - Be Brave (Beggars Banquet, 2010)

01. I See
02. A Walk On The Bleach
03. Be Brave
04. Friday In Paris
05. Between Us
06. Da Da
07. Night Might
08. Dare I Say
09. Laugh At Sex, Not Her
10. All You Can Hide Inside
11. The Unsent Letter
12. You Can't Only Love When You Want


On y était - Soldout

l_7df0d0e134984b88b322cfcf99540eaf

SOLDOUT, Paris, Nouveau Casino, le 10 Avril 2010

C’était ambiance branchi-branchouille ce week-end dans les salles parisiennes. Entre Chloé qui présentait la veille son One In Other en live au Point FMR, Anoraak et Tresors qui venaient faire chauffer la piste de la Flèche d’Or, le ré-acoquinement des membres de Raggasonic au Bataclan et la présence de l’inégalable Seth Troxler au Régine’s… Difficile de savoir où donner de la tête. Pourtant, à mille lieues de ces mini-évènements, j’avais pris rendez-vous au Nouveau Caz’ pour m’assurer du potentiel scénique du duo initié par les deux Belges, Charlotte Maison et David Baboulis.

Une chose est certaine, Soldout n’affichait pas complet ! Et les charmants énergumènes que sont Gachettes of the Mastiff de chauffer le dancefloor comme il se doit. Je ne sais d’ailleurs pas si c’est le look de la jeune chanteuse/musicienne ou la programmation électro-rock décadente, mais le public présent me donna l’impression de m’être égaré dans un épisode de The L World. Cela dit nos Gachettes ne passèrent pas inaperçues, motivant une meute certes réduite, mais pas mollassonne pour autant, leur électro tout terrain fait remuer la tête sans casser les oreilles. Un brin D.I.Y, borderline sous contrôle, Caïman Kawaii et GAtO détournent les sonorités claviériques synthétiques les plus salopées pour s’en réapproprier l’originalité, et faire leur tambouille. Un charmant couple mixte qui rappellera par moment Kap Bambino ou Crystal Castles… Rien que ça !

Et quand vient l’heure pour Soldout de faire son entrée sur les planches, c’est une vague d’hystérie qui accueille l’explosif duo qui s’entoure exclusivement de vieux synthés vintage et rappelle l’éloquence de Suicide. Charlotte Maison, que l’on avait découverte avec un look plutôt naïf et bon enfant sur le plutôt noisy Stop Talking, arbore maintenant plus l’allure d’un pendant féminin d’Alan Vega. Même les sonorités plus proprettes de Cuts sont torturées par les deux trublions belges, ajoutant une touche punk à un show prenant des accents démesurés pour la petite salle du Nouveau Casino. Le jeu de lumière absolument fabuleux s’adaptant parfaitement à leur univers électro-crade mais sexy. Le groupe disparaît dans un nuage de fumée pour mieux réapparaître derrière des lasers balayant une salle en transe. Des visuels assassins collent aux kicks brutaux et écorchés balancés sans mise en garde par un David Baboulis en très grande forme. La jeune chanteuse quant à elle, n’en finit plus de captiver l’audience de sa voix hypnotisante et lascive. Et un I don’t want to have sex with you n’empêchera pas les corps de se mêler, car comme elle le dit elle-même : I can’t wait. Electro-rock sans guitare et exécuté exclusivement à l’aide de machines, Soldout envoie sévère, et décolle les pieds du sol qu’on le veuille où non. Et vous ? Qu’avez-vous fait samedi soir ?


Narrow Terence - Narco Corridos

pochette-narco-corridosNarco Corridos pourrait être la bande-son d'un film au décor hétéroclite. Pour commencer, projetons-nous au beau milieu d'un freak show. Chapiteau déchiré en tissu délavé, sièges écorchés, caissière édentée et lumière inquiétante. La même ambiance que dans la caravane d'une voyante louche, mais en plus vaste. Le tout planté dans la zone industrielle d'une ville noire, sur un parking trempé de flaques dans lesquelles se reflète le néon chancelant d'un supermarché post-communiste. On serait à l'est de l'Europe, à cause des violons. Pourtant, au moment où on aurait enfin réussi à trouver une position à peu près confortable au milieu du public menaçant de ce cabaret bizarre, on trouverait qu'il y a un truc qui cloche. Ces guitares lourdes qu'on entend dehors... Hop, on se lève, un coup d'oeil à l'extérieur : plus de parking, plus de supermarché, plus de pluie, mais le désert californien à perte de vue. La nuit, toujours, la lune écrasante comme le soleil de midi. Une lueur, on s'approche. On joue du coude pour se frayer une place autour du feu. Un homme à la face burinée raconte des histoires étranges à un auditoire composé de clochards errants aux visages mangés par les ombres des flammes qui dansent. Hypnotisés par le récit du vieux, la bouche entrouverte, presque de la bave aux coins des lèvres. On est aussi subjugué par cette voix, cette voix rugueuse et usée de routard qui en a vu. Aucune idée de ce que peut bien raconter ce poor lonesome cow-boy, et on s'en fout.
Narco Corridos s'écoute comme un long voyage en train entre l'Europe bohème et le sud-ouest américain. Le nez scotché à la vitre, on regarde les paysages défiler. Tous différents et pourtant tous liés par quelques mètres en copropriété. Pas d'analyse, pas de réflexion, pas de visites touristiques. Dans ce voyage-là, on se passe bien du guide du Routard. Se laisser porter par cette voix qui raconte, c'est tout ce qu'il y a à faire. Fermer les yeux et regarder les paysages se dessiner à l'intérieur de ses paupières. Décortiquer les étapes de ce périple une par une gâcherait presque le plaisir. Se contenter de savourer les voix des deux frères Puaux se répondre tout au long de l'album apparaît comme une alternative moins vaine. Celle d'Antoine, d'abord, qui râpe et résonne comme celle d'un marin d'Amsterdam au petit matin et qui porte littéralement l'album (Dinner, Weakness Of The Sheep). Puis celle de Nicolas, plus sèche, qui convient à merveille aux ballades déglinguées et aux ambiances plus mesurées, mais pas moins grondantes (Cave In Hell, You Made The See, How She Ruined My Days, Alcohol). Le songwriting est particulièrement fouillé, ce qui ne l'empêche pas de confiner parfois à une violence extrême, mais toujours élégante (Bottom Bitch). Car si la fratrie excelle quelque part, c'est bien dans l'art de conjuguer sans accroc et sans faute de goût des influences pour le moins variées allant de Tom Waits au jazz balkanique et de Calexico à Nick Cave. Un western moite aux relents de tabasco, en somme.

Narrow Terence, Le Café de la Danse, Paris, Lundi 12 avril 2010

Persuadée que, de toute façon, des gens qui citent John Fante et Jim Jarmusch dans leurs influences ne peuvent être que fréquentables, je me rends sans appréhension au Café de la Danse pour constater ce dont Narrow Terence est capable sur scène. Avec son mur en pierres interminable, son plafond qui tutoie l'infini et ses lumières chaudes, la salle ne pouvait constituer meilleure toile de fond à cette performance. Les deux frères, accompagnés de Christelle Lassort au violon - entre autres -, de Stéphane Babiaud à la batterie - entre autres - et de Benoît Rault à la guitare - entre autres, vous avez compris le principe -, ont choisi ce soir-là de se consacrer exclusivement aux morceaux du second album. Les acolytes se passent tour à tour les instruments, chacun jouant parfaitement son rôle au sein de ce road movie statique mais enivrant. Pourtant c'est bien Antoine, grâce à sa stature aussi imposante que sa voix, qui occupe presque continuellement le devant de la scène, éperdument emporté par la musique qui émane de ses organes. Et ce n'est pas parce qu'il joue - plus ou moins - de la folk qu'il doit se priver des attitudes de guitar hero, saut dans le public compris. Lors de ses différentes interventions, le groupe prouve en plus qu'il ne manque pas de second degré, qualité ô combien appréciée par l'auteur de ces lignes. Carton plein ? Oui, carton plein.

Photos

[flagallery gid=27 name="Gallery"]

Audio

Narrow Terence - Dinner

Vidéo

Tracklist

Narrow Terence - Narco Corridos (Discograph, 2010)

1. Narco Corrido
2. Dinner
3. Cave In Hell
4. Weakness Of The Sheep
5. You Made The Sea
6. The Hole (Where I Will Fall)
7. How She Ruined My Days
8. Camilla's Tune
9. Love
10. Bottom Bitch
11. Wet Dead Horses
12. Alcohol
13. Love Battle
14. The Man Who Thinks


Fuck Buttons - Olympians

fb

Disponible depuis le 12 avril chez ATP Recordings, le single Olympians de Fuck Buttons, édité sous la forme d'un vinyle 12" et dont le graphisme en 3D a été assuré par Andrew Hung et Benjamin John Power eux-mêmes, contient, en sus dudit morceau en version radio edit, deux remixes de grande classe assurés par deux maîtres du genre à savoir Jason Pierce de Spiritualized, avec un Olympians complétement transfiguré, et Alan Vega qui dénature avec toute sa verve patibulaire le déjà excellent Rough Steez. Il y a donc une vie après Suicide, groupe mythique de l'underground new-yorkais qu'Alan (chant) formait avec Martine Rev (synthétiseurs, boîtes à rythme) jusqu'à la fin des années quatre-vingt. Alan a d'ailleurs contribué aux remixes de Sisterworld, récent album des Liars, avec le mutique No Barrier Fun. Fuck Buttons et Liars, deux groupes officiellement adoubés.

Audio

Fuck Buttons - Rough Steez (White Hot Heat Remix)
Fuck Buttons - No Barrer Fun ( Liars Cover)

Video


Good Shoes - No Hope, No Future

oh3jv4Sur le papier, un titre d'album de ce genre nous envoie des images de Punk No Future des plus classiques. Images de noirceur désespérée un brin désuète en 2010, vous ne trouvez pas ? Rien de bien original s'il s'agit d'envoyer des références les amis. Or dès le premier titre du deuxième album des Anglais de Good Shoes, on se pose une question : pourquoi grand Dieu, avoir choisi ce titre si peu raccord avec l'énergie brute et pleine de promesse balancée sur neuf titres si bien sentis ? A ce titre, Under Control en aurait fait un bien meilleur.
Car tout est en effet sous contrôle sur cet opus de rock anglais d'un niveau de compétition. A ma droite, la veine agressive et pop des Arctic Monkeys, à ma gauche le phrasé ado teigneux d'Art Brut. Un bel édifice soutenu par des salves bien nettes de guitare et une batterie ultra-sèche qui vous fait remuer plusieurs membres de votre corps de manière irrépressible et pour le moins jouissive. Baladez-vous un peu sur Youtube, reluquez les vidéos d'un live à un festival Underage ou les Good Shoes se sont produits, c'est évident : les gamins reviennent à l'essence originelle du Rock, celui-là même qui affolait les cathos et autres puritains dans les années 50. Ado ou pas d'ailleurs, on se jetterait volontiers dans la fosse. Si si parfaitement.
Et je ne vous parle même pas du don inné de Rhys Jones, le leader-chanteur-guitariste à écrire et arranger de redoutables perles mélodiques. Toutes ces louanges vous vous en doutez vont forcément produire une objection, une déception, une retenue à un moment donné. Et si je ne suis pas avare de critique la plupart du temps, je dois m'avouer vaincue par l'efficacité sans tache de ce jeune groupe aux chaussures tout terrain. Il faut vraiment pinailler sur le titre de l'album, ou sa brièveté (dix titres c'est effectivement court) pour formuler de maigres aspects négatifs. Mais ça claque tellement que je ne trouve rien à ajouter aàcette chronique. Je vais juste me repasser l'album à fond en passant l'aspirateur. Ma fosse à moi.

Tracklist

Good Shoes - No Hope, No Future (Brille records, 2010)

1. The Way My Heart Beats
2. Everything You Do
3. I Know
4. Under Control
5. Do You Remember
6. Our Loving Mother In A Pink Diamond
7. Times Change
8. Thousand Miles An Hour
9. Then She Walks Away
10. City By The Sea


Axel And The Farmers l'interview + session

axelAprès deux EP bien sentis et une mention spéciale pour l'un des titres rock les plus revigorant de l'année 2009 (Dream#7), on espère voir le grand Axel  et ses Farmers transformer leurs belles promesses sur un long format, histoire de prolonger un peu plus notre plaisir et de se dire enfin que nous aussi sacrés Français on est capables de faire danser les Anglais. En attendant nous le retrouvons pour une interview et une session live exclusives.

Interview

Bonus