Best Coast - Crazy For You

Bethany Cosentino s'apparente décidément à une stakhanoviste de la surf-pop. Non contente de faire la maline en compagnie du rappeur Kid Cudi et de Rostam de Vampire Weekend pour une marque pompe cool à l'étoile historique (voir par ), en plus de nous avoir abreuvé durant presque deux ans d'incalculables maxis (ici), split vinyle (), vidéos drolatiques () et concerts mémorables (report), l'inénarrable californienne frappe d'un grand coup l'été du sceau de Best Coast et de son premier véritable LP, Crazy For You, à paraître le 27 juillet sur Mexican Summer. Et si l'on était en droit de s'attendre à une sorte de best-of de ses multiples sorties précédentes, il s'avère indiscutable que notre fumeuse de joint préférée s'est attelée pour l'occasion à une sacrée tâche sous la férule de Lewis Pesacov (guitariste de Fool's Gold) et de Foreign Born : seule la langoureuse balade When I'm With You fait état d'un précédent pressage. Inutile de dire pour autant que les thèmes évoqués par ces douze pop-songs exécutées à la vitesse de l'éclair - le disque ne dépassant pas la demie-heure - sont de nature à remettre en question les principes fondamentaux de la physique quantique : Pourquoi n'est-il pas là ? Pourquoi n'est-il pas avec moi ? Pourquoi ne sommes nous pas ensemble ? Autant de questions bêtes et pas méchantes, à la tautologie assumée, renvoyant aussi bien à cet éphèbe avec qui Bethany rêve de couler des jours heureux, telle une Bridget Jones tatouée de la tête aux pieds, qu'à l'accent mis ici sur la forme condensée de compositions élaborées en compagnie du fidèle et chevelu Bobb Bruno. Bien qu'il s'agisse d'un clin d'œil appuyé à son ami de voisin Nathan Williams et à la pochette de son récent effort, King of the Beach, l'artwork signé David Rager ne reculant pas devant la mise en scène d'un félin flanqué de cocotiers, Crazy For You ne doit rien à personne d'autre qu'à Bethany, arguant de cette grâce vocale à quelques encablures des Beach Boys et des sixties. C'est bien celle-ci d'ailleurs, mis en abîme par la guitare tout en réverb et distorsions de Bobb, qui confère un cachet à la fois suranné et ensoleillé à des morceaux oscillant autour de rythmiques justes mais rudimentaires. L'ex-Pocahaunted égraine de la sorte la bande-son idéale d'un été valdinguant entre un sentimentalisme enjoué (Boyfriend, the End, Bratty B), langueur corrodée (Summer Mood, Our Deal, When the Sun Don't Shine, When I'm With You) et bois envoyé à toute blinde (le diptyque I Want You, Happy, Each and Everyday), se jouant de saturations à l'épaisseur pourtant calibrée. Pas le temps de s'ennuyer, pas même celui de trouver redondantes certaines formules, que la belle nous laisse en plan, l'écouteur à blanc. Un peu trop compact, pas assez diversifié mais néanmoins contondant et entêtant, Crazy For You est un drôle de coup d'essai. On se doute qu'il ne tardera pas à être transformé.

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Best Coast - Boyfrend

Best Coast - Our Deal

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Tracklist

Best Coast -Crazy For You (Mexican Summer, 27 juillet 2010)
01. Boyfriend
02. Crazy For You
03. The End
04. Goodbye
05. Summer Mood
06. Our Deal
07. I Want To
08. When the Sun Don't Shine
09. Bratty B
10. Honey
11. Happy
12. Each and Everyday
13. When I'm With You


Women - Public Strain

women-public-strain-cover-artLo-fi, tel est plus que jamais le credo des Canadiens de Women avec ce second opus intitulé Public Strain. Deux ans après un (premier) album homonyme qui avait reçu un excellent accueil critique des deux côtés de l'Atlantique, le quatuor de Calgary repasse les plats. Flanqué d'une couverture sous forme de sublime instantané d'un paysage urbain enneigé, ce nouveau onze titres, tout comme son prédécesseur, sort chez Jagjaguwar et est produit par leur compagnon de label Chad VanGaalen, dont on se souviendra du récent projet Black Mold. La recette, elle aussi, reste identique : un savant mélange d'expérimentations sonores à tendance bruitiste et d'écriture pop-rock au final assez classique. Ajoutez à cela une production très crue, impliquant sans doute moult recours  à de bons vieux enregistreurs à cassettes, qui ravira les amateurs du genre et vous obtenez un album agréable à l'écoute à défaut d'être réellement surprenant. Car c'est bien là que se situe le principal problème des boys de l'Alberta : certes la voix de Patrick Flegel suinte la maturité tranquille, bien sûr des morceaux comme China Steps et Eyesore (le premier single) s'avèrent rapidement familiers, certes le groupe devient très séduisant dès qu'il s'avère capable de monter un peu le ton, tout cela n'empêche pas cet album d'épuiser certains poncifs du genre. L'intro Bells rappelle trop de « morceaux » rapidement oubliés (et c'est mieux ainsi), certaines constructions sonores lorgnent du côté de Deerhunter et le spectre des bons vieux groupes shoegaze britanniques (Spiritualized, Chapterhouse) qui auraient ingéré un mauvais cocktail de valium/xanax n'est jamais très loin. Il serait néanmoins des plus malhonnêtes de jeter cet album dans la corbeille « clones sans espoir ni avenir ». En effet, le potentiel de Women est indiscutable. Pris dans son ensemble, Public Strain s'avère rapidement capable de poser une ambiance sombre et urbaine. L'album, tout comme les références qu'il contient, semble grâce à son excellente production se balader dans le temps sans jamais se fixer dans une époque précise. Au final, un assez bon disque qui ravira les fans de la première heure à défaut de conquérir les éternels sceptiques et les dénicheurs de nouvelles sensations fortes.

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Women - China Step

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Tracklist

01. Can't You See
02. Heat Distraction
03. Narrow With The Hall
04. Penal Colony
05. Bells
06. China Steps
07. Untogether
08. Drag Open
09. Locust Valley
10. Venice Lockjaw
11. Eyesore


Run DMT

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Faut-il être myope pour ne pas déceler les jeux de mots en carton-pâte de l'ami Mike Collins aka Run DMT ? Un humour potache qui ne s'accorde à rien sauf au microscopique label basé tout comme lui à Baltimore, Wigflip, distribuant philanthropiquement une dreamtronica à la physique expansive (de Mickey Mickey Rourke - sic - à la Happy Family), et trouvant échos dans les irrésistibles bombes à fragmentations que torpillent aussi bien ses deux fameuses mixtapes, Bon Voyage et Get Ripped and Die Trying, disponible ici et via Chokolate Bobka, que ses propres comptines à l'épilepsie cosmopolite. Sélecteur inconditionnel de samples venus d'ailleurs, des limbes tropicales et africaines aux contingences les plus urbaines, les collages sonores de Run DMT s'arrogent cette paisible cosmicité d'opiacés ingérés, bien calé que l'on est dans une chaise longue, à scruter un ciel blanc constellé d'étoiles noires. Début d'expérience, ici-même, avec l'enchanté Spruce Bringsteen et l'introspectif mix Amanda Huggakiss - en collaboration avec la Happy Family et disponible sur Wigflip. Ou quand la doucereuse léthargie se fait science de l'âme.

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Run DMT - Spruce Bringsteen

Run DMT - Amanda Huggakiss


Wavves - King Of The Beach

frontVas-y je te laisse la chronique, ce disque m'a autant excité que la découverte des accords majeurs chez Offspring. Moins violent qu'Aki, mais non moins mesquin : un joli coup de latte dans les prémices d'une écoute sérieuse, celle primordiale, débarrassée en théorie de tout a priori. On repassera. A moi donc le troisième disque de Nathan Williams, King Of The Beach (dont la sortie sur Fat Possum vient récemment d'être avancée au 13 juillet), agissant toujours sous le nom de Wavves mais depuis rejoint par Billy Hayes et Stephen Pope, assurant respectivement batterie et basse pour le regretté Jay Reatard qui les jeta comme des malpropres. Exit donc Ryan Ulsh, remercié après la piteuse prestation du duo sous ecstasy et valium lors de l'édition 2009 du Primavera Sound Festival (ahah). Prestation qui valut, non sans ironie, les excuses d'un Nathan déclarant être dépendant à l'alcool. Cherchez l'erreur. Mais au-delà du back-line et des histoires de drogues et de bastons avec Jared des Black Lips (ahah), c'est à un grand ménage de printemps qu'à procédé le troublion : tentant le pari de faire autre chose que sur ses deux albums précédents, Wavves (Woodsist, 2008) et Wavvves (Fat Possum, 2009), tout en sortant des carcans surf-rock et hard-fi dans lesquels le commun des mortels tentait vainement de l'enfermer, le jeune homme de vingt-quatre piges, qui s'était jusque-là toujours autoproduit, s'est entouré pour ce troisième effort d'un producteur, et non des moindres, Dennis Herring (Modest Mouse, Elvis Costello). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la différence est notable : faisant encore évoluer il y a peu ses mélodies dans un remugle de saturations crasses, par le biais notamment de quelques maxis bruts de décoffrage (California Goths, 2009, To The Dregs, 2009) - empruntant les structures pop propres des grands frères, Pavement et consort, pour les noyer de distorsions chères à My Bloody Valentine - Nathan a radicalement tranché dans le lard et choisi une production claire et énergique tout en se gavant effrontément de l'héritage de feu Kurt Cobain.

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Au risque d'en décevoir plus d'un, Wavves se soustrait aux structures cornaquées d'électricité sauvage pour bétonner ses riffs devenus aussi compacts et efficaces que ne l'étaient ceux des inoxydables Nirvana. Affranchissant son songwritting et sa voix du brouillard assourdissant mais jubilatoire d'antan (au hasard, So Bored, No Hope Kids, California Goths), Nathan Williams semble ne plus s'intéresser ni aux goths, ni aux exubérances sombres d'une jeunesse californienne scénarisées à la perfection par Larry Clark dans Ken Park, mais bien à l'insouciance qu'on coltine bien plus facilement à cette dernière. Le bien nommé King Of The Beach fait honneur dans toute sa splendeur échevelée à cette nouvelle appétence, quand un bon tiers des morceaux le composant fait étal de cette même soif de vitesse sans ambages, parfois lumineuse (King Of The Beach, Take On The World, Post-Acid), parfois un brin fade (Super Soaker, Idiot). Difficile de ne pas grincer des dents lors de balades guillerettes très teen movie (Green Eyes, Convertible Balloon, Baby Say Goodbye), surtout que l'attention redouble lorsque la musique de Wavves se fait plus alambiquée, moins évidente, où les voix sont salement réverbérées et les synthés triturés (When Will You Come ?, Baseball Cards, Mickey Mouse). En filigrane de cet attrait pour ces morceaux plus lents, c'est toute cette alchimie brumeuse entre électronique et son noise qui semble s'être dissipée d'un coup d'un seul avec les arrivées de Billy Hayes et Stephen Pope. Tels deux pachydermes à chemises à carreaux dans un magasin de joailleries opiacées, les compères envoient du bois, certes, mais dénaturent ce qui constituait l'ADN du son halluciné de Wavves. Regrettable ou pas, c'est comme ça, ce qui n'enlève rien à l'intense plaisir de pousser le volume à fond tout en sautillant comme un con dans son salon. Un disque d'été donc, loin d'être le disque de l'été.

Histoire d'en prendre plein les esgourdes, Wavves jouera le 22 juillet prochain à la Flèche d'Or. On y sera.

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Wavves - King Of The Beach

Wavves - Mickey Mouse

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Tracklist

Wavves - King of the Beach (Fat Possum / Bella Union, 2010)

01. King Of The Beach
02. Super Soaker
03. Linus Spacehead
04. When Will You Come?
05. Baseball Cards
06. Take On The World
07. Post Acid
08. Idiot
09. Green Eyes
10. Mickey Mouse
11. Convertible Balloon
12. Baby Say Goodbye


Thieves Like Us l'interview

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Après que Thibault ait défoncé allègrement le dernier LP de Thieves Like Us lors d'une récente publication, il me semblait évident de donner la parole à la défense. Pontus, batteur du groupe en question, s'en est chargé en citant un pote de Francis Zegut et en invoquant des arguments irrévocables tels la primauté des groupes jouant des « lives réellement lives » et le fait que nous, Français, ne comprendrons jamais réellement les musiciens étrangers.

Votre dernier CD a été mal reçu par mes collègues de la rédac et je me devais de faire contre-poids. Je pense qu'ils n'ont pas compris l'album qu'ils décrivent comme de la musique pour dancefloor juvénile. Perso, j'ai toujours perçu Thieves Like Us comme un groupe dédié à pas mal d'activités de la vie de tous les jours (cf. les pochettes de vos singles) mais en aucun cas comme un groupe « dancefloor ». Je suis dans le vrai ?

Déjà, on n'en a rien a foutre de ce qu'un jeune de seize ans avec des boutons pense de notre musique, ni de la musique en général. On fait de la musique parce que c'est un besoin. C'est notre vocation, il n'y a rien que l'on ne fasse mieux. C'est plus grand que des mots, des interprétations individuelles, et des fausses suppositions. Dirais-tu la même chose du blogging ? Le journalisme musical est, traditionnellement, un domaine qui attire les ratés. Pour citer notre ami David Lee Roth : "Les journalistes musicaux aiment Elvis Costello parce qu'ils ressemblent à Elvis Costello."

Maintenant pour répondre à ta question : Nous avons certains morceaux qui fonctionnent sur le dancefloor et d'autres qui fonctionnent mieux dans ton casque après une bouteille de Chablis et de la bonne herbe, mais nous ne sommes jamais juvénile, personne de réfléchi ne ferait cette supposition, ni ne la mettrait sur internet pour que tout le monde lise ça.

Drugs In My Body ressortait clairement du premier LP, le second semble plus homogène même si vous semblez accorder beaucoup d'importances au format single. Vous ne craignez pas de vous enfermer dans cette image de groupe à single ?

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Chaque année, internet raccourcit la durée d'attention de deux secondes. L'année prochaine elle n'existera plus. Personne ne télécharge un album entier sans avoir écouté au moins une chanson individuelle, les singles servent à attirer l'attention. Drugs In My Body servait comme appât (la dynamite ou le ver de terre) pour que les gens écoutent toute notre musique, même l'étrange album instrumental que l'on distribue gratuitement. Personnellement je préfère les albums, mais je suis une espèce en voie de disparition, et les albums le sont aussi, et cela fait un bon moment que je n'ai pas écouté d'album entier, du début à la fin.

Sur votre bio, j'ai lu que vous aviez créé le groupe en réaction à toute la musique électronique merdique que vous aviez écoutée/vue à Berlin. De quel type de musique parlez-vous ? Celle qui se fait derrière un laptop ? Vous concevez l'idée du live comme celle d'un groupe d'individus jouant de la musique avec de vrais instruments ?

Beaucoup de questions. La scène musicale en 2004, quand nous avons commencé a faire de la musique, n'était pas super. Le meilleur album de 2004 était Destiny Fulfilled. La scène berlinoise était particulièrement merdique, avec des gars perchés sur leur laptop, plissant les yeux à la foule... ou pire, des kids faisant des performances, se cachant derrière l'art pour ne pas montrer leur manque de talent et le fait qu'ils font du playback.Je comprends l'utilisation de loops et d'un backing track, même nous le faisons sur certaines chansons, mais ça devrait être aussi modéré que possible. Je comprends que tu ne puisse pas amener toute ta section cuivres en tournée, mais quand une personne est sur scène, elle devrait jouer ou foutre le camp. Jouer en live veut dire créer une experience unique, qui ne peut pas etre reproduite, qui ne peut seulement être appréciée par les personnes présentes.
Je pense que la scène musicale d'aujourd'hui est déjà bien meilleure, il y a un revival des lives réellement lives.

J'ai entendu dire que vous viviez désormais chacun dans une ville différente (Paris, Berlin et il me manque la troisième), ça ne doit pas faciliter les choses pour la vie du groupe, les concerts, etc. Comment vous organisez-vous ?

Trouver un endroit où vivre et travailler est toujours difficile, mais on est comme ça. On ne veut pas vivre à un endroit, ça devient ennuyant. L'herbe est toujours plus verte sur l'autre berge...

thieveslikeus-band-photo-paris-2010

Justement pour ceux qui ont quitté Paris récemment, que retirez-vous de votre passage dans cette ville ?

C'est une ville très belle et très individuelle, mais pour une personne pas française, c'est pratiquement impossible de vraiment s'intégrer. Je n'arrive toujours pas à me faire comprendre.

Vos paroles parlent parfois de filles froides et distantes. Pourtant en consultant la blogosphère, j'ai pu me rendre compte que vous aviez pas mal de retombées positives sur des blogs féminins quelque part entre une recette de cuisine et un accessoire Hello Kitty. Je dois en déduire que votre public féminin est un peu une arlésienne ?

Haha ! Il faut que tu me donne ces liens s'il te plaît ! Peut être que notre look est assez original pour un groupe, d'une manière un peu 70's. C'est peut être ce que les filles reconnaissent... Mais nous avons un nombre égal de fans mecs, homos, lesbiennes, travestis, transsexuels... des guérisseurs et des drogués. Peut être que tous nos fans ont un truc en commun : c'est des marginaux. Les gens qui aiment notre musique sont en général des gens qui n'ont aucune appartenance.

Votre but ultime est, il me semble, la création d'une BO, vous avez avancé là-dessus ?

C'est dans les mains des mauvais gens. Quand était la dernière fois que t'as vu un film sans une bande-originale merdique ? Des années 50 aux années 80, les bandes originales étaient composées par des artistes et compositeurs célèbres, et aujourd'hui c'est toujours un nerd dans un studio surround-sound en train de bidouiller son orchestre midi... C'est plus fait par des artistes. J'aimerais bien entendre comment sonnerait une bande originale composée par Ariel Pink.

Je vous laisse le mot de la fin, parlez-nous de vos projets, vos side-projects, vos envies...

Écoute Anima Latina par Lucio Battisti. C'est tout.

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Thieves Like Us - Forget Me Not

The Drums - Forever And Ever Amen (Thieves Like Us Remix)

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Ghost Animal - In Your Room

frontC'est étrange comme les fantômes ne nous lâchent plus. Et qu'il s'agisse de nous faire danser (oOoOO, Balam Acab, White Ring) ou transpirer. Illustration encore avec Ghost Animal et ses guitares crades d'outre-tombe, mariant d'un revers de drap évidence mélodique et sonorités garage que l'on aurait trop vite fait d'enterrer à bon escient. Bouffé par les vers et perclus sous terre depuis des lustres, et ce malgré un blog d'entre les morts, l'animal ne revient que plus hargneux, écumant de cette rage violemment électrique et déployant avec fièvre ses hymnes de fond de caveau. Ghost Animal suinte l'effroi, l'algarade lo-fi. Complétant d'un Los Angeles hanté, le spectre de l'ombre s'étirant du Mississipi (Dead Gaze) en passant par Toronto (Little Girls), Ghost Animal s'acoquine avec goût lorsqu'il s'agit de coucher sur bande son macabre chaos : en juillet paraît sur le label de Mat Cothran, alias Coma Cinema (voir par ), Summertime In Hell, une cassette paradoxalement intitulée Summertime In Heaven, au même moment où, sur AMDISCS, son EP Frater Ave Atque Vale (disponible ici) se transforme en In Your Room, agrémenté de titres supplémentaires. Raisons de plus pour voir de grosses gouttes perler sur notre front, cet EP, téléchargeable ici et libre d'obole - trois malheureux dollar ou rien - du duo californien, composé de Michael Avishay et Marisa Rowland, ferraille impitoyablement, dans une configuration minimale (guitare, caisse claire, cymbale), un véritable déluge de distorsions à l'acide corrodant toutes velléités pop. Du flegme rance de Found God aux guitares crapoteuses de Some Other Time, en passant par l'irradié Fever Not Dead, le monde s'est arrêté de tourner et les plaines d'acier restent nos seules prairies de l'âme. Le morceau California Summer pt.2, déjà présent sur l'EP du même nom, disponible par , n'est que le brinqueballant témoignage d'un été suintant par tous les pores d'un soleil cafardeux quand la chaotique cabale In Your Room conclut l'EP par ce qui aurait pu être l'esquisse d'un clin d'œil ou d'un sourire complice, mais qui se révèle être l'empreinte d'une bourrade mortifère aux abords d'un précipice foutrement vertigineux. La contagion nihiliste semble irréversible. Effroyablement jouissive.

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Ghost Animal - Sumertime in Heaven

Ghost Animal - In Your Room

Vidéo

Tracklist

Ghost Animal - In Your Room (2010)

1. Found God
2. There Are So Many Other People Like You
3. Some Other Time
4. California Summer pt.2
5. Fever Not Dead
6. In Your Room


On y était - The Dead Weather

the-dead-weather-6-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

The Dead Weather, Le Bataclan, Paris, 30 juin 2010

Un an et un jour après la première incursion parisienne du supergroupe manigancé par Jack White depuis son studio de Nashville, The Dead Weather est de retour pour présenter Sea Of Cowards, son incandescent deuxième album, chroniqué ici dans nos pages. Malgré la chaleur écrasante, le public se presse devant le Bataclan, même si l'espoir d'y trouver une once de fraîcheur paraît bien maigre.

Quelques degrés supplémentaires et une première partie plus tard - The Cavaliers, quatre jeunes hommes restés coincés dans le rockabilly façon Pulp Fiction dont le set était capillairement très réussi - la température est déjà presque insoutenable. Et pourtant, on n'a encore rien vu. Quand les Dead Weather débarquent sur scène au son du vieux Beefheart habituel, je me mets littéralement à transpirer dix fois plus. Ce doit être à peu près l'effet qu'a la féline Alison Mosshart sur tout être humain normalement constitué. Difficile en effet de continuer de respirer normalement alors qu'elle se déhanche le long de la scène et que, souple comme un chat, elle jette sa chevelure de jais en arrière - en sa présence, les retours deviennent plus excitants d'une barre de pole dance. Pourtant, quand on a vu la belle égérie des Kills sur scène un certain nombre de fois, on sait que tout ça n'est qu'une chorégraphie consciencieusement répétée, de façon presque mécanique parfois : toujours les mêmes mimiques, les mêmes gestes, les mêmes effets ; mais exécutés avec tant de conviction qu'on a beau les connaître par coeur, on n'arrive qu'à y croire, désespérément. Et pourtant, ce soir-là, on sent qu'elle peine : accablée par la chaleur, VV s'effrondre par terre après deux titres - dont un Jawbreaker inaugural particulièrement fracassant - et disparaît de la scène à la moindre occasion. Assomée et trempée, elle ne fume même plus ses légendaires Malboro menthol et se traîne sur le sol d'épuisement sous l'oeil inquiet d'un tour manager aux petits soins. Mais si la chaleur aura eu raison du robot Alison, courcircuité en plein effort, ses trois acolytes mâles rattrapent le coup avec brio, continuant d'éxécuter consciencieusement les morceaux dans l'humidité ambiante. Laissant sa muse se reposer, Jack White attrape le micro et prend le devant de la scène pour un sublime You Just Can't Win, seul morceau vraiment risqué de la setlist, composée essentiellement des tubes du groupes. La version live de ces derniers me fait d'ailleurs repenser à la critique élogieuse que j'avais faite de Sea Of Cowards. Malgré sa qualité, ce second opus a subi le même sort que le précédent : rapidement, j'ai arrêté de l'écouter. Les morceaux qui le composent sont certes mieux construits, plus travaillés, mais ils restent aussi évanescents qu'un bon concert. Et pourtant, je ne manquerais pour rien au monde l'occasion de voir The Dead Weather en live ; car qu'on se le dise, c'est l'un des meilleurs groupes de scène actuels, et la réinterprétation qu'il y fait des morceaux dépasse de mille lieux leur version studio. Formé lors d'une tournée des festivals d'été, The Dead Weather est définitivement et presque exclusivement destiné à vivre sur scène, et ses albums ne sont qu'un aperçu de la puissance de ses concerts.

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D'après certaines sources, la température dans la fosse avoisine désormais les 51°C. De quoi tuer un poney. Jack White prend même la parole pour élire le Bataclan pire salle du monde, tandis qu'Alison s'effondre une énième fois, que le front de Dean Fertita s'épanche de litres de sueur sur le sol et que les cheveux de Jack Lawrence, pourtant habituellement aussi infaillibles que ceux d'un Playmobil, commencent à montrer quelques signes de faiblesse. Du côté du public, l'enthousiasme est toujours aussi intense, mais les corps trempés commencent à s'épuiser. Le mythique duo de Will There Be Enough Water, qui provoque comme d'habitude une vague de recueillement au sein du public, nous accorde un peu de répit, et puis c'est le rappel et le déchaînement final sur Die By The Drop et Treat Me Like Your Mother. Trop court, mais qu'importe ; on se rue vers la sortie et, enfin libérés de l'ambiance humide de la jungle, les esprits échaudés des fans de la première heure reprennent leurs discussions habituelles : "Et si on obligeait L.J. à se raser la barbichette ?"

Photos

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Setlist

1. Jawbreaker
2. 60 Feet Taal
3. Hang You From The Heavens
4. You Just Can't Win
5. I Cut Like A Buffalo
6. So Far From Your Weapon
7. No Horse
8. The Difference Between Us
9. I'm Mad
10. Hustle And Cuss
11. Blue Blood Blues
12. Will There Be Enough Water
13. Die By The Drop
14. Treat Me Like Your Mother


Poni Hoax l'interview

poni

Le 27 mai dernier, Poni Hoax donnait un concert à la Machine du Moulin Rouge, l'occasion pour ma petite personne de rencontrer deux des cinq membres talentueux d'un des groupes phares du label Tigersushi, tout auréolé de succès après deux premiers albums flamboyants. Sortie d'un EP très fun et très club, We Are The Bankers, nouvel album, nouveau label, tellement de questions et si peu de temps ! Voilà pour patienter une petite interview mitonnée spécialement pour vous !

Vidéo


Born Bad - Compilation Mauvaise Graine

mauvaisegraine-facea-webJe ne sais pas pour vous, mais personnellement, j'ai l'habitude d'aller me ravitailler en rock garage de l'autre côté de l'Atlantique, dans les coins de Détroit ou d'Austin, plutôt que dans notre bonne vieille patrie. Allez savoir pourquoi, j'ai toujours cru que les Français étaient plus doués pour la variété et la Flammeküche que pour ce genre de musique. Et puis Yussuf Jerusalem est revenu des Etats-Unis pour sortir son premier album dans son pays natal - avec deux ans de retard sur nos amis américains, quand même - et j'ai commencé à penser que j'avais tort ; ce qui était une bonne chose, après tout. J'en suis même arrivée au point de me précipiter chez le disquaire de la rue Keller quand j'ai appris que Born Bad sortait une mini-compilation estivale composée de quatre titres délivrés par les fleurons du garage français. (C'était aussi un peu pour la pochette et les cartes postales sérigraphiées par Winshluss et Elzo en tirage limité car je suis une snob qui aime posséder des pochettes et des cartes postales sérigraphiées par Winshluss et Elzo en tirage limité, mais bon, passons sur ce détail passionnant.)

De retour chez moi avec l'objet du désir, il est temps d'entamer la grande réconciliation avec le rock français. Il est vrai que vu à travers le prisme de ce disque, il n'a rien à envier à aucune scène du Texas ou du Michigan. Dès les premières notes de son If You Wanna Try, Yussuf Jerusalem fait preuve, comme sur son album, d'un éclectisme et d'une élégance à toute épreuve. Entre folk et rock râpeux, il se plaît à mélanger les genres dans ce titre obtus et sec, dépouillé jusqu'à la moelle de tout détail joli, balancé avec nonchalance comme une cigarette à moitié fumée sur le trottoir. The Feeling Of Love, groupe dangereusement addictif, enchaîne sans concession avec ce Let Me Follow You Down aux relents âpres, dont la ligne de guitare est aussi pop et accrocheuse que le chant et la batterie sont rêches. Dans le même genre, je ne peux que vous conseiller d'aller écouter God Willing sur son MySpace, où le bougre n'hésite pas à singer carrément la diction de Lou Reed - mais passé le stade pour-qui-se-prend-ce-petit-con, on se rend vite compte que le titre est tout aussi excellent que celui sélectionné par Born Bad. Le dernier album de The Feeling Of Love (Ok Judge Revival, Kill Shaman Records, 2009) mériterait qu'on s'y attarde plus longuement, mais revenons à nos moutons. Les Franco-Italiens de JC Satan ne sont en effet pas moins méritants que leur collègue lorrain, et ils emmènent même le disque un cran plus loin dans la férocité avec un Song Of Solomon qui conjugue mélodie pop et son gras caractéristique. Le thème est sacré, la musique brûlante comme l'enfer. L'ultime montée en puissance de la compilation est incarnée par Jack Of Heart, dont Benjamin Daures de Yussuf Jerusalem a d'ailleurs un temps fait partie. Distrait un moment par un petit riff qui sent le sud américain à plein nez, on est frappé de plein fouet par la violence urbaine qui émane de Just Want To Kill You et par ces descentes de voix qui sonnent comme des sirènes. C'est bien l'asphalte étouffant qui nous entoure, et l'odeur qui s'en dégage quand il est frappé par le soleil du mois d'août qui nous brûle les narines.

Comme l'annonçaient saint Sébastien et son rictus moqueur sur la pochette, le garage est une musique sacrée. Mais elle ne fait pas de miracle : elle raconte la ville, sa démesure brutale ; le purgatoire, et à sa sortie aucun espoir de rédemption. Ces quatre groupes viennent s'y planter entre les pavés - ils sont la mauvaise graine, celle dont naît le fruit défendu.

Pas de mp3 à vous mettre sous la dent puisque Mauvaise Graine n'est pour l'instant disponible qu'en vinyle. Vous pouvez vous procurer ce dernier chez Born Bad, Ground Zero et autres disquaires fréquentables pour la modique somme de dix euros. La compilation est également disponible en streaming ici.

Tracklist

V.A. - Mauvaise Graine (Born Bad, juin 2010)

1. Yussuf Jerusalem - If You Wanna Try
2. The Feeling Of Love - Let Me Follow You Down
3. JC Satan - Song Of Solomon
4. Jack Of Heart - Just Want To Kill You


Terror Bird - Shadows In The Halls

terrorL'Atelier Ciseaux a tenu parole. Celui qui est loin d'être porté disparu dans nos pages et qui a récemment régalé nos oreilles d'un split vinyle de Best Coast et Jeans Wilder et d'un 7" d'US Girls, récidive comme promis - et de concert avec la Station Radar - par un 7" d'un duo canadien à la splendeur sépulcrale proprement obnubilante. D'un redoutable et fantasmé prédateur préhistorique, Terror Bird s'est mué en indéfectible animal de la nuit, charriant de ses élucubrations désincarnées la moiteur de caves où l'on ne conjure l'ennui que par les beats. Nikki Nevver (voix, claviers) de Modern Creatures et Jeremiah Haywood (batterie) de Twin Crystals, abandonnant la frustre électricité de leurs groupes respectifs, prennent le contre-pied de la doucereuse chillwave pour emboîter le pas à cette nouvelle tribu de fantômes (oOoOO, Cosmetics, Balam Acab, White Ring ou Creep) peuplant tant l'incommensurable grimoire numérique qu'elle ne comble les sourdes aspérités d'insomnies hantées. Réhabilitant le format cassette et le son eighties, par le biais notamment du label Night People, support de leur captivante embardée Sociopaths are Glam parue l'année passée, le duo peut aussi bien convoquer autour de son minimalisme décharné l'intensité shoegaze des Jesus and Mary Chain que la new-wave tourmentée de Bronski Beat, et ce, à dessein de n'en garder que de substantifiques mélodies lunaires (les reprises Nine Million Rainy Days des premiers et Small Town Boys des seconds l'attestent).Tapi dans l'ombre, le visage faiblement balayé de lueurs astrales, on reste littéralement coi devant la beauté froide qu'insinue cette voix, transperçant, telle une émanation spectrale, d'infimes volutes de claviers (Dream For Your Bathwater, Box Office Boyfriend). On pense alors à un Glass Candy d'outre-tombe, où le glamour se conjugue au morbide d'un cimetière éventré. Pétrifié par son propre désir de renouer ce dialogue avec l'au-delà, le commun des mortels ne peut que recevoir Shadows in the Halls, sorti le 22 juin, telle une bienveillante malédiction. Le bruissement inaugural de Shadows in the Halls, mâtiné d'une rythmique fluette et presque enjouée, octroie au timbre si particulier de la nymphe Nikki un magnétisme étourdissant, surinant l'attention jusqu'aux quelques arabesques de synthétiseurs d'I Love No, dénotant d'une candeur crépusculaire que ne renierait en rien l'écurie . We Were Monsters creuse un sillon d'une toute autre nature, emprunt d'une profondeur à l'abysse sans fond, où l'on jure pénétrer les secrets d'alcôves d'un Mulholland lynchien, avant que Lament, ne conclue le 45 tours par une ode au parfum funéraire, où la voix de Nikki implore et où les nappes de claviers prononcent l'oraison. Le silence qui s'ensuit se fait létal et l'attente insurmontable : leur premier album, à paraître via Night People et Adagio 830, n'est prévu que pour la fin de l'été. D'ici là leur release party au Motel aura eu lieu. Dark pop tonight, revolution tomorrow.

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Terror Bird - Shadows in the Halls

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Tracklist

Terror Bird - Shadows in the Halls (2010)
Face A
1. Shadows in the Halls
2. I Love No

Face B
1. We Were Monsters
2. Lament - Twin Crystals Cover


Coma Cinema - Stoned Alone

comacinemaBienvenue à Colombia, Caroline du Nord. Huit cents âmes s'amusant délectablement des vaguelettes d'un Océan Atlantique à l'écume argentée. Le soleil irradie de son zénith les rues désertes, bordées de chaque côté de maisons blanches aux jardins soignés et aux auvents ombrageux. Les minutes sont suspendues à un silence déchiré d'éparses rafales venteuses. Pas un bruit. Ou si peut-être, un beat sourd émane d'un garage non loin de là. Chaz Bundick boucle une version lo-fi de son projet Toro y Moi. Lui qui s'est fait connaître pour être l'un des fers de lance d'une chillwave envahissant blogs et playlists. Le vacarme s'amplifie pourtant. Quelques boîtes aux lettres plus loin, c'est Tyler et son groupe Phillip Oskar Augustine qui cisaillent de quelques déflagrations vaporeuses la paisible atonie d'un bled sans histoire. Le sable fin est au bout de l'allée. Entre effluves sonores bienheureuses et tendre jubilation estivale, une chaise longue, négligemment disposée sur la plage carte postale, s'offre à l'empire des sens dévoyés. Se prélasser en attendant le sommeil, puis cette chère Bud au goût lavasse mais agréablement fraîche. Demain, il sera peut-être question de partir, de remonter en voiture, de gagner New-York. Demain, ou après. Les paupières s'affaissent, la bouche s'assèche. Une guitare anémique s'invite au bal d'une houle tourneboulant au loin. Ondulant placidement au rythme effacé d'une mer sans colère, un jeune type à la chevelure ébouriffée s'épanche dessus avec cette agilité propre aux vieux briscards à la peau burinée. C'est Mat Cothran. Il a vingt-et-un ans et s'apprête à sortir début juillet son second disque, Stoned Alone, sur Arcade Sound Ltd, label altruiste et raffiné (Bye Bye Blackbird, Memoryhouse, MillionYoungTeen Daze). Celui-ci, comme son premier, Baby Prayers, paru l'année passée, sont disponibles en téléchargement ici en vous laissant le choix de l'obole. S'approcher et écouter, sans feindre le ravissement.
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Sous le patronyme cotonneux de Coma Cinema, l'angelot revisite le son lo-fi cher aux nineties muni d'une évidence mélodique impitoyablement épurée. L'édifice gracile de ses compositions se pare d'instruments à mille lieux de la crasse du genre (trompette, piano, tambourin) sans jamais risquer le chevauchement ou le télescopage indigeste. Projet à géométrie variable, Coma Cinema connaît un géniteur unique mais une foultitude de praticiens, contribuant à déployer les diverses facettes d'une identité ancrée dans une pop condensée d'ultraviolet. On devine le coeur tendre s'épanchant dans la chaleur de l'été (In Lieu Of Flowers, Only) ou au coin d'une braise mal éteinte (Have You?), on perçoit l'amateur foutraque d'une joie paisible et diffuse (Black Birthday CakeBath Of TimeCome On Apathy!) ou encore le fervent dévot d'un Elliot Smith à l'aura plus qu'intacte (Stupid BloodBath Of Time, Tall Grass). Dispensant tour à tour d'un spleen lové autour d'une voix bien peu commune (Stoned Alone) ou d'une éloquence martelée sous le signe des reformés Pavement ou Sebadoh (Sucker Punch), Mat Cothran épèle sur ses formats courts, oscillant entre une minute et deux minutes trente, l'orthographe luminescente d'un disque plus cohérent et solitaire que le précédent mais non moins évocateur d'une effarante atemporalité. Et comme toute galaxie, la sienne ne cesse de s'étendre, par-delà la blogosphère et par-delà les étiquettes sans queue ni tête. Pour preuve, les quelques remixes subis avec superbe par quelques-uns de ses morceaux, et non des moindres - l'ondoyant Only, ci-dessous en écoute. Le séjour à Colombia risque de s'éterniser. New-York peut attendre.

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Coma Cinema - Sucker Punch
Coma Cinema - Only (Gobble Gobble remix)

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Tracklist

Coma Cinema - Stoned Alone (2010, Arcade Sound Ltd)

(à télécharger ici)

Face A

A1. In Lieu Of Flowers
A2. Black Birthday Cake
A3. Stupid Blood
A4. Only
A5. Sucker Punch
A6. Stoned Alone

Face B

B1. Her Vore
B2. Bath Of Time
B3. Tall Grass
B4. Come On Apathy!
B5. She
B6. Blissed
B7. Have You?


Future Islands - As I Fall

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Parfois c'est un peu la guerre entre chroniqueurs d'une même rédaction. C'est presque aux mains qu'Aki et moi en sommes venus pour s'adjuger l'excellent In Evening Air des Américains de Future Islands. Tu m'étonnes. La ferveur du propos tenu avait quelque peu calmé mon ressentiment sans pour autant dissiper l'extrême avidité de ma plume. Et voilà que deux récentes vidéos des furibards de Baltimore me donnent l'occasion toute trouvée d'agiter le chiffon rouge de la satiété. Subtilement sombre, As I Fall, morceau clôturant In Evening Air, s'octroie une mise en images, dirigée par Mary Helena Clark, toute aussi réussie que ne l'était l'impeccable single Tin Man. D'entrée, l'oeil se trouve aspiré par un océan oscillant entre le gris et le noir laissant toute sa place à une divagation épousant le peu de blanc émaillant l'écran. La voix de Samuel Herring s'ébroue furieusement au loin et l'on saisit mieux la potentialité d'un tel groupe d'iconoclastes à l'aune du fiévreux regard dudit Samuel. Récemment capté live, Tin Man déballe tout : il n'y a pas de limite à la folie. Et pour une fois, c'est tant mieux.

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Kowalski - Take Care, Take Flight

1064729042-1Selon de quel point de vue on se positionne, on a trop souvent tendance à prendre l’Irlande pour une vaste contrée surpeuplée de videurs de pintes ou un champ de bataille pour catholiques versus protestants. On oublie que l’île fut également le berceau de nombreux groupe rock comme My Bloody Valentine, Therapy ?, les récents The Thrills et ni plus ni moins que les monstrueux U2… Ouais, enfin là, effectivement, il vaut peut-être mieux oublier.

C’est donc avec un passif historiquement chargé que Kowalski va tenter de se démarquer autour d’un premier EP au carrefour de l’électronica et du rock alternatif. Et, si le héros de Point Limite Zero doit commencer à en avoir ras la vizirette de voir son nom utilisé à tout bout de champ, l’auditeur, lui, se laisse prendre dans les filets de ce jeune quatuor qui cultive un charme discret pour les mélodies voilées et les ambiances planantes. Asleep rappelle immédiatement la trame musicale des Américains de Death Cab for Cutie, les synthés en plus. Letters From the Heights of Summer et ses rythmiques tropicales apportent une forte dose de rafraîchissement, dévoilant un ciel azuré, bien loin de l’atmosphère brumeuse et coutumière de Bangor.

Mais voilà, tout n’est pas que sunset, et l’ensemble finit par tourner en rond. Finalement  Take Care ,Take Flight semble plus donner dans la pop mielleuse et ronronnante que dans un quelconque renouvellement du genre. Pire, les morceaux finissent par tous se ressembler à en devenir anodins et sans saveurs. Un EP qui aurait gagné en profondeur par une plus grande diversité, le taux de ressemblance des morceaux frôlant le 100%. On espère que le groupe tirera parti de ses erreurs lors de son passage au long format, sinon ils n’échapperont pas à la lame de ma guillotine.

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Kowalski - Asleep

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Tracklist

Kowalski – Take care, take flight (Kowalski Bandcamp, 2010)

01. Asleep
02. Get back
03. Letters from the heights of summer (Dear bird)
04. I.D.O
05. Navigate November
06. Take care, Take flight


Crystal Castles doublement remixé

crystalBonjour c'est Rigobert. On peut dire et penser ce que l'on veut du second album éponyme des Crystal Castles, conspuer leurs antiennes déjà surannées ou au contraire louer la suite on ne peut plus logique de leur premier effort, railler leur manque d'inventivité ou porter aux nues leur sagacité disco-punk. Mais quoi qu'on en persifle (ou pas), leurs fidèles se comptent parmi les plus grands et les plus prolixes d'entre tous. C'est ainsi que deux de leurs comptines électrocutées se retrouvent spatialisées par un maître en la matière, Dayve Hawk aka Memory Tapes, et un novice du genre, Thurston Moore aka dieu vivant de la scène indé new-yorkaise. Suffocation et Celestica s'octroient donc la patte de génies contemporains. C'est déjà ça de sauvé pour le duo de bipèdes canadiens.

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Crystal Castles - Suffocation (Memory Tapes's remix)

Crystal Castles - Celestica (Thurston Moore's remix)


Saturnians

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Alors que certains puristes ont sonné la fin de l'indie rock, il y a des groupes comme les Saturnians qui mériteraient un prix pour la sauvegarde de l'espèce. L'EP des quatre Toulonnais, Collective Yards, fait partie de ces CD qu'on n'hésite pas à diffuser au milieu de grands noms, sans que cela ne choque, ni ne dérange, mais qui éventuellement suscitera de chaleureuses réactions. Coup de cœur pour le titre Microphone, un de ces titres magiques, qui vous emmènent dans un état de grande réflexion, ou qui fait naître l'esquisse d'un sourire (niais) en repensant à de vieux souvenirs...

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Saturnians - Microphone