PVT - Nightfall

Après avoir changé de nom, de Pivot à PVT, et après avoir fait copieusement évoluer son approche musicale, des déserts irradiés et instrumentaux d'O Soundtrack My Heart aux marécages alambiqués et chantés de Church With No Magic (lire), on se doutait bien que le trio emmené par Richard Pike verserait encore dans le remue-ménage à l'heure d’enfanter son quatrième album. Bingo. Pour Homosapien - album traitant vraisemblablement de la dégénérescence de l'Abominable condition humaine -, la petite troupe déménage de l'écurie Warp et pose ses guêtres du côté de Create Control, un indépendant australien, et Felte, le nouveau né new-yorkais - déjà dans le coup (Eraas). De quoi faire passer en douce une énième évolution cardinale en terme d'écriture - les deux extraits dévoilés à ce jour dudit LP, Shiver et Nightfall, enfonçant le clou d'une pop synthétique, obnubilée le domptage métronomique des vocalises - mais aussi l'occasion pour Pike de danser devant la caméra de Tex Crick, emmailloté dans un imperméable transparent et rien en-dessous. De quoi réveiller de sa torpeur le trio Bloc Party - avec qui ils ont sillonné l'hexagone début novembre et investir le 25 novembre prochain le Nouveau Casino pour un concert gratuit.

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Nov 25 Paris - Le Nouveau Casino


On y était - Lonelady + PVT au Nouveau Casino

5025832022_cc087733fc_zPhotos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Lonelady + PVT, Nouveau Casino, Paris, 15 septembre 2010.

Dire que j'attendais la venue de PVT avec impatience, en ce soir de 15 septembre... eh bien serait mentir. Contrairement à beaucoup, je ne fus pas le moins du monde séduit par le virage outrageusement trash-pop des chouchous du label Warp. Je n'irai pas jusqu'à dire que le succès de Church With No Magic tient de l'escroquerie, ni que mes collègues chroniqueurs semblent avoir perdu tout critère objectif  de jugement, cédant de leur partialité devant un buzz annoncé... Mais franchement les gars, Ô Soundtrack Of My Heart avait mille fois plus de panache. J'étais là aussi ce soir afin de donner une seconde chance à une Lonelady qui m'avait allègrement déçu lors de son dernier passage à Paris. Il y a minimalisme et minimalisme... Et à ce jeu, Julie Campbell et sa bande avaient démontré un manque de générosité envers leur public quelque peu désarmant et un net désintérêt pour le live... Un concert plat pour illustrer un album intitulé Nerve Up, c'est un comble comme dirait Tata Paulette...


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Comme d'habitude, piégé par de sombres êtres malfaisants qui me retinrent contre ma volonté afin de m'asséner les esgourdes d'élucubrations pittoresques et fantasques (bref, c'était l'apéro quoi...), j'arrivai à la bourre et ratai la prestation semble-t-il relativement intéressante de Stalk. Une vilaine manie que j'essaye de corriger, mais ce n'est pas tous les jours facile d'avoir des amis alcooliques. C'est donc avec un sentiment d'échec que je rejoins Patrice, tout sourire, l'appareil photo déjà dégainé. Lui, au moins était à l'heure... Mais pas le temps pour ma petite crise existentielle, Julie Campbell et sa fine équipe sont déjà sur scène, prêts une nouvelle fois à défendre un album qui ma foi, fait le bonheur de ma platine vinyle. Pourtant, la foule ne se bouscule pas au portillon. Serait-ce dû aux échos de la platitude de ses prestations ? Il est temps une bonne fois pour toutes d'en avoir le cœur net.

Pas d'éclats, pas de révolution, le show commence tranquillement grâce à un If Not Now plus que rôdé. Bien que moins statique, Julie s'impose par une stature glaciale et distanciée. Marble et Immaterial font mouche, mais c'est Nerve Up qui cette fois deviendra l'épicentre de la prestation du trio. Il se dégage du morceau une aura caverneuse (pensez Liquid Liquid) dûe notamment à l'extraordinaire présence d'un batteur habité, possédé, illuminé... Les adjectifs me manquent... N'en reste pas moins que son jeu éclipse celui des autres membres le temps d'un morceau qui rappellera que la musique de Lonelady doit autant à l'indie-rock mancunienne qu'au post-punk à tendance funk de Gang of Four.  Après cet extraordinaire aparté, les morceaux s'enchainent avec une incroyable instabilité, Bloedel magnifié, Cattletears crucifié... Le groupe quitte finalement la scène comme il est venu, dans le silence le plus complet. Un concert qui si au final ne marquera pas plus les annales, démontrera la volonté du groupe de se livrer un peu plus sur scène, de sonner plus authentique... C'est déjà ça.

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On nous avait prévenus, l'attente ne serait pas longue et la soirée non plus. C'est donc tout naturellement que PVT s'installe devant un public qui semble à présent s'être massivement manifesté. « A quoi devais-je m'attendre ? » était une question que je me posai inlassablement dans le noir. La musique de PVT fait partie de cette longue liste sur laquelle il serait bien casse-gueule de tenter de coller une étiquette. Drone à tendance électro ? Post-rock lorgnant sur la noise ? Crossover entre breakbeat, IDM, math-rock et love songs ? Pivot est bien au-delà de ça.  Et navré de décevoir les nouveaux adhérents mais ce sera bien un show à l'ode d'Ô Soundtrack Of My Heart qui sera offert au public du Nouveau Casino ce soir-là. Le récent parterre de fan restera sceptique devant les pourtant jouissifs In The Blood et Sweet Memory. Il faudra attendre l'inébranlable Ô Soundtrack Of My Heart pour réconcilier deux vagues d'aficionados et embraser la fosse. Les frères Pike n'en délaissent pas leur dernier bébé pour autant, ravissant le public  d'un Light Up Bright Fires écorché vif tandis que Timeless fait montre d'incroyables qualités hypnotiques. Mais c'est bien sûr avec leur extraordinaire single Window que le trio impose sa cadence puisant sa force dans une rythmique de percutions destructrice qui n'est pas sans rappeler Battles. PVT impose son savoir-faire au nez des incrédules qui n'arrivent pas à se prononcer sur la teneur du spectacle qui leur a été imposé. Pourtant, tous savent au fond d'eux qu'ils viennent d'assister à une démonstration physique peu commune bien éloignée des volutes parasitées recrachées par les enceintes de leurs mange-disques. Un concert qui ne fera peut-être pas date, mais qui aura eu le mérite de marquer les esprits... Et comme dirait Tatie Simone... Bon ok, ça va, ça va...

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PVT - Church With No Magic

WARPCD198 PackshotComme quoi, il ne faut jamais aller trop vite en besogne. Parfois le coup de cœur, parfois le coup de pompe. Et l'écriture, essentiellement irrévérencieuse sous l'emprise de l'émotion, se trouve être l'écrin de velours dans lequel manigance l'acier des convictions. Il s'en faut donc de peu que Church With No Magic, des trois PVT, soit rabroué par mes soins tel l'indigne successeur d'O Soundtrack My Heart (Warp, 2008), jadis considéré comme l'une des plus audacieuses perspectives du label de Sheffield. Une première écoute effarée, gorgée d'angoisse acrimonieuse : ai-je remué ciel et terre pour avoir la primeur de chroniquer cette galéjade, dénaturant par d'inexpugnables sur-ajouts de voix et de synthés, l'équilibre hautement efficace des morceaux d'alors ? La motivation fait défaut mais une telle évolution sonore titille la curiosité : je reprends l'album aléatoirement, dépiautant ça et là les structures alambiquées, les mécanismes rythmiques à la précision métronomique. Peu à peu, la lumière se fait et si mutations il y a, celles-ci demeurent finalement assez anodines par rapport à la permanence d'un son estampillé Pivot / PVT. Bien plus qu'avec le changement de patronyme, perdant ses voyelles suite à un risque de bataille juridique avec un groupe américain du même nom, la mue de PVT s'opère tant par le chant de Richard Pike que par cette nouvelle promiscuité permettant au trio de fonctionner en véritable groupe : car si l'Anglais Dave Miller est présent depuis 2005 aux cotés des Australiens Richard et Laurence Pike, lui qui instigua ce substrat d'électronique, devenu marque de fabrique, et qui fut à la base du rapprochement avec l'écurie Warp, jamais ces trois-là ne composèrent, ni n'enregistrèrent, dans le même studio. L'épaississement de leurs volutes sonores, comme l'échafaudage de leurs prétentions mélodiques, n'en sont donc que plus aboutis. Produit, comme son prédécesseur, par le touche-à-tout Richard Pike, Church With No Magic distille d'ailleurs un venin autrement plus lent mais délectable à ingérer : l'aréopage PVT emprunte des chemins de traverses, s'entichant aussi bien de procédés chers à Animal Collective, s'agissant notamment du traitement des voix, qui par moment se superposent en cascade, que des lubies atmosphériques et contemplatives propres à . Point de hasard donc à ce que celui-ci ait participé à l'enregistrement de l'album lors d'un court séjour à Sydney. La progression cadencée - et l'étiquette math-rock qui va trop facilement avec - s'estompe et fait ainsi place aux vertus de l'apesanteur, révélant, dans un fourbi de claviers analogiques, la profondeur d'écriture du combo : investissant le terrain d'une pop sombre et tourmentée, PVT essaime ses expérimentations vers des contrées que Battles, son faux frère de label, ne daigne pas encore sonder, mettant en abîme son carénage rythmique - pourtant consistant - au profit de vocalises désormais omniscientes. Window, single entêtant au vidéo-clip des plus novateurs - le trio tentant de retranscrire un show live vécu de leur point de vue - en est la parfaite expression. Si le pont entre O Soundtrack My Heart et Church With No Magic ne se distingue qu'en filigrane, les instrumentaux Community et Waves & Radiation, dans leur brume synthétisée, ne portant pas même les stigmates de la fièvre électrique d'alors, Light Up Bright Fires comme Timeless n'en prennent pas moins à la gorge, cravatant d'entrée de leur densité physique. Des rivages incertains et méandreux de Crimson Swan, Circle Of Friends ou du conclusif Only The Wind Can Hear You, à l'aquatique morceau-titre Church With No Magic, où la voix de Richard Pike se pare d'intonations qu'Alan Vega ne renierai pas, s'opère cette conversion du fond et de la forme intronisant PVT parmi les dignitaires des hautes stratosphères de l'ombre. Susurrant de tels cantiques, on ose à peine subodorer la suite.

Lire notre dossier Warp : vingt ans d'histoire, deux mixes

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PVT - Timeless

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Tracklist

PVT - Church With No Magic (Warp, 23 août 2010)

1. Community
2. Light Up Bright Fires
3. Church With No Magic
4. Crimson Swan
5. Window
6. The Quick Mile
7. Waves & Radiation
8. Circle Of Friends
9. Timeless
10. Only The Wind Can Hear You