On y était : Psychic TV / PTV3 + Aikula à Petit Bain

Culte de l’étrangeté et règne de la fausseté, le concert de sa Majesty de PTV3 était un spectacle simulacre d’une absolue beauté. La présence désincarnée de lady P-Orridge triomphait au sein de cette œuvre d’art totale déréalisée et imprégnée du sentiment de vacuité généralisé. Le « show » était complet et l’assemblée de fidèles se pressait dans l’arche de Petit Bain, peu avant le déluge qui allait fatalement l’inonder pour communier devant ce magnifique Rien.

Quoi de mieux pour commencer qu’une première partie totalement absurde assurée par un  obscur groupe slovène distillant un hard rock ethnique vivifiant. Le chanteur d’Aikula adoptait toutes les postures « rock » possibles et imaginables puisant son inspiration dans le répertoire scénographique et vestimentaire consacrés : déhanchés intempestifs à la Freddie Mercury, jambes écartées pendant les refrains, poing tendu vers le ciel, coups de pieds en l’air et t-shirt langue pendante des Rolling Stones. En dépit d’une dégaine improbable, leur rock folklorique, taillé dans un granit primitif, brouillait les pistes. S’agissait-il d’une manifestation d’art spontané ou d’une posture au kitsch assumé ? La première option semblait prévaloir mais la suspicion paraissait justifiée et la question venait immanquablement à se poser d’autant que Psychic TV avait expressément veillé à ce que le groupe fasse leur première partie pendant leur tournée européenne.

Simulacre ou réalité ? Dans quel état de conscience étions nous plongés au cours de cette soirée ? Genesis de sa voix monotone et absente, vêtu tel un biker néo-nazi aux cheveux de sirène nordique, prophétisait d’une voix désincarnée comme si tout son être s’était extrait de sa matérialité. L’artificialité de son visage, due à des ravalements de façade successifs, allait de pair avec cette curieuse impression de fausseté généralisée. Le dispositif scénique semblait parfaitement calibré sans outre surenchère ou quelconque spécificité. Le psychic show était plutôt édulcoré à l’image des visuels projetés, identiques à ceux des  tournées précédentes : images animées aux couleurs criardes, à l’esthétique psychédélique compassée teintée de religiosité dans lesquelles flottait inlassablement le logo emblématique du groupe. Ce n’était que des images mirages peuplées de  figures abstraites, sans intention narrative ni didactique qui défilaient de manière indifférenciée. Seules quelques photos de Genesis Breyer P-Orridge, en compagnie d’un guide spirituel béninois, prises à l’issue d’un voyage initiatique, avaient été nouvellement incorporées. Ce montage photographique semblait être la seule valeur ajoutée à ce dispositif visuel quelque peu daté.

Le prêche a commencé par une reprise, un hymne faussement hédoniste, au cours duquel était répété inlassablement le  « We can make each other happy » du titre Jump Into The Fire d’Harry Nilsson. La voix rauque tout à la fois soporifique et hypnotique de Genesis contrastait avec le chant d’origine aussi furieux qu’exalté. L’instrumentation protopunk partait en envolées krautrock exponentielles et constituait une belle entrée en matière pour un pastiche du plus bel effet.  Les reprises sont récurrentes à chacun des concerts de Psychic TV et nous pouvions apprécier ce soir là une version sous chlorhydrate de kétamine du How Does It Feel de The Creation, un titre déjà bien langoureux, dans la plus pure tradition psychotropique. Je redoutais quelque peu l’omniprésence de titres acid house et techno mais la sélection était riche et diversifiée à l’image finalement de leur immense discographie à l’éclectisme inégalé passant de la glorieuse époque new wave de l’album Allegory And Self, aux reprises classic rock pour terminer sur les expérimentations psychédéliques acid rock de l’album Snakes sorti en 2014 sur Angry Love Productions. Le très beau After You’re Dead, She Said clôturait ce doux rêve éthéré dans lequel nous avions été plongés dans la plus pure artificialité. Le roulement de batterie continu d’une infinie mélancolie me rappelait immanquablement celui d’Atmosphere de Joy Division. La promesse de l’aube triomphait de cette vague crépusculaire diffusant sa lumière dans cette matière sombre et tragique.

Photo : Sophie Richardoz


Drew McDowall - Hypnotic Congress

Drew McDowall - Collapse

La galaxie Coil est en effervescence. Onze ans après la mort de John Balance, son fondateur originel, et cinq ans après celle du regretté Peter « Sleazy » Christopherson (lire) - auparavant membre de Throbbing Gristle, puis pour un temps du Psychic TV de Genesis P-Orridge - ceux ayant collaboré de près ou de loin avec l'avant-gardiste duo, à cheval entre musique industrielle et expérimentations ambient et électroniques, sortent de l'ornière en rang serré. Tandis que l'album jamais paru de Coil et enregistré dans les studios de Nine Inch Nails au début des années quatre-vingt dix Backwards trouve enfin une issue discographique dans sa version originale via l'effort du producteur Danny Hyde et du label Cold Spring, que Tim Lewis alias Thighpaulsandra, ayant participé notamment aux magnifiques Astral Disaster et Musick To Play in the Dark Vol. 1 & 2, étrenne le 4 septembre par le biais d'Edition Mego le triple LP The Golden Communion, et que son ex-femme, Rose McDowall, membre de Strawberry Switchblade et ayant prêté plusieurs fois sa voix à Coil, intime un étrange album pop sucré-synthétique un peu pété et coédité par Night School Records et Sacred Bones, le vétéran Drew McDowall aligne lui son tout premier album en solitaire. Instigateur de Poems et plus récemment de Compound Eye avec Tres Warren de Psychic Ills, collaborateur en son temps de Psychic TV et de Coil donc - jusqu'à en devenir un membre officiel en 1994 - , celui qui vit désormais à Brooklyn et qui reste passionné de synthétiseurs modulaires mettra en orbite le LP Collapse le 25 septembre prochain avec comme rampe de lancement Dais Records. Véritable ode atmosphérique à l'art du collage sonore et du sample, enregistrant d'ailleurs la participation du producteur ambient Nicky Mao aka Hiro Kone sur certaines ogives, ledit LP, à la patine post-industrielle aussi marquée que magnétique, vient d'être défloré avec l'apaisant morceau Hypnotic Congress, en écoute ci-après. La liste de course est longue, déjà.

Audio

Tracklisting

Drew McDowall - Collapse (Dais Records, 25 septembre 2015)

01. The Chimeric Mesh Withdraws (Parts 1-3)
02. Hypnotic Congress
03. Through Is Out
04. Convulse
05. Each Surface of Night


Psychic TV - Alien Be-In (Silent Servant Remix)

Psychic TV - Alien Be-InSi Psychic TV n'est clairement pas la formation de Genesis P-Orridge la plus excitante sur scène actuellement - ceux s'étant radinés à la Gaîté Lyrique récemment témoigneront - celle-ci restera sans doute la plus prolixe et créative de l'influent expérimentateur rejoint, suite à la séparation de Throbbing Gristle en 1981, de Peter Christopherson et d'Alex Fergusson, puis d'une multitude de maquisards marginaux tel Fred Giannelli qui coproduisit avec lui en 1990 le morceau acid-house Alien Be-In présent sur le LP Towards Thee Infinite Beat. Précisément le morceau que Dark Entries s'apprête à rééditer en maxi le 13 janvier prochain agrémenté de remixes dont un

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de Giannelli lui-même et deux instigués par Juan Mendez dont la passion pour la musique industrielle au travers de son projet Silent Servant n'est un secret pour personne. L'une d'elle est en écoute ci-après.

Audio

Tracklisting

Psychic TV - Alien Be-In (Dark Entries, 13 janvier 2015) 01. Alien Be-In 02. Alien Be-In (Fred Giannelli Mono Mix) 03. Alien Be-In (Silent Servant Remix) 04. Alien Be-In (Silent Servant/John Tejada Remix)