Photoshoot : The Underground Youth au Point Ephémère

The Underground Youth, c'était le 3 novembre dernier au Point Ephémère, encore une fois grâce à Dead Boy et cette fois-ci avec les français de Biche et Future en première partie du groupe psych wave de Manchester. Une belle claque, nette et froide, qui nous laisse hypnotisés au fil des chansons principalement tirées de Sadovaya (2010) et Delirium (2011), depuis Lost Recording qui ouvre le set jusqu'au zenith porté par Rules of Attraction pendant laquelle le groupe descend au milieu du public partager sa transe... Retour en images.

Photos © Clémence Bigel


On y était : Skull Defekts au Point Éphémère

On y était - Skull Defekts, le 30 octobre 2015 au Point Éphémère

Après avoir semé une noire descente de ferraille l’année dernière sur une scène extérieure du Villette Sonique, le quatuor suédois revenait sans pression balancer leur bitume casse-nuque dans un Point Éphémère à moitié vide : la concurrence, ce soir-là, était bel et bien relevée. Cependant, point de déception car, en plein cagnard ou dans l’obscurité la plus totale, les hommes du Grand Nord ne se sont clairement pas fait prier pour tracer leur route avec mesure, application et sobriété. Les Skull Defekts sont des princes. Ils possèdent une irrésistible attitude. Ils drainent le regard, l’attirent et l’attrapent d’une façon presque irrépressible. Comme un charme fait action sur les créatures les plus avides d’une extraordinaire expérience, ils ensorcèlent les assoiffés, enchantent les résignés et fascinent aisément l’assemblée. C’est dire que ces importuns disposent d’un vrai style : il ne s’est pas fait voir de très longue date une propension si élégante à enchaîner des pas de danses, à représenter une force vive parfois si intense, à projeter vers la foule incrédule une suite de mouvements étranges, jamais vraiment évidents, toujours parfaitement adéquats.

Observez le guitariste blondinet. Est-ce vraiment possible ? Peut-on légalement considérer le fait qu’il imite à merveille les déplacements d’un crustacé un peu bourré ? Qu’il dégaine son palet d’une manière parfaitement incorrecte ? Qu’il extraie des riffs aussi sensuels que rocailleux de sa guitare ? Cette musique s’exprime sans filtre car elle fait brillamment appel à l’acte sexuel, discrètement évoqué par un minimalisme subtilement forcené, habilement décontracté. Les relations pour adultes sont ici mystérieusement dévoilées, jugez plutôt : de répétitives constructions - donnant le tournis, approchant l’extase - des riffs presque arides mais toujours empreints d’une particulière suavité, portés par une rythmique hypnotique lorgnant souvent vers une transpirante martialité. Et ces trajectoires, à n’en plus finir, ces espèces de gestes et d’à-coups, physiques et déroutants, c’est vraiment plaisant, c’est ce qui fait véritablement graviter le concert dans une dimension supérieure : tous vêtus de noir de la tête jusqu’aux pieds, les mater se dandiner sur ces insondables lignes de tension, ces sourdes et lointaines menaces, a quelque chose de profondément captivant. Ces enfants incarnent à la perfection leur musique : ils l’habitent gaillardement tout en produisant ces riffs si singuliers, prêtant une vague impression de rock’n’roll mystiquement perverti, inflexiblement manipulé puis disséqué pour en ressortir une moite et lascive noirceur, à la fois minimale et voluptueuse, austère et concupiscente, à l’odeur de souffre, à la couleur du charbon. Quasiment une heure et demie de riffs modérément dépravés, d’économe opacité et d’attitudes volontairement déplacées : ce fut excellent.

Photo © Jérôme BRODY

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Photoshoot : Acid Baby Jesus au Point Ephémère

L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère à Paris le 15 octobre dernier pour le concert garage des athéniens d'Acid Baby Jesus.

Photoshoot


On y était : Lou Barlow au Point Ephèmère

Lou Barlow au Point Éphémère, le 4 octobre 2015

Brace the Wave est le dernier album de Lou Barlow. Six années après le lumineux Goodnight Unknown, l’enfant du rock revenait apaiser les consciences de moult adulescents ce soir d’octobre par l’habile truchement d’une guitare, d’un ukulélé et d’un synthé mollasse. Plus d'une heure et demie de morceaux qui donnaient tous, les uns à la suite des autres, la virile impression de posément s'écouler à travers les sinueuses et graciles courbes de la mélancolie. Ils se ressembleraient presque tous, ces titres, portant pour chacun la même trace d'évidente peine et de fragile espoir, laissant un par un la même vague image d'un ami rassurant. Car, bien évidemment, Lou Barlow, tout le monde le connaît.

Clairement. Lou Barlow, tout le monde le connaît. Dinosaur Jr., Sebadoh, Folk Implosion: tout ces groupes souillons comme salaces sauçant du larsen à tout va. Personne n’omet cela, personne n’ignore sa brillante carrière. Absolument personne. Et pourtant. Quelque chose cloche. Dans l’apparence. Quelque chose ne va pas. Observez un instant, la réponse est claire. Cet enfant est un maléfice hygiénique. Il est impossible de se présenter de la sorte. Faire le rock n’excuse pas tout. Une chemise, certes. Cela vous rend élégant. Attire l’œil, le regard. Vous jouez la séduction. Clairement. Deux chemises : mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? L’une sur l’autre ? Comment voulez-vous ? Comment considérer cette folie ? Putain de merde, mais cela veut dire qu’il transpire doublement ? Ce n’est pas envisageable. Je ne peux pas envisager ce genre de réalité. Je ne veux pas. On n’enfile pas une chemise sur une autre chemise. Diable. C’est élémentaire.

Lou Barlow

Ce n’est pas tout. L’animal est fort poilu. Cela recouvre son visage. Comment voulez-vous percevoir une quelconque émotion, l’apparence d’une saine constitution sous cette brouillonne muraille de poils qui recouvre son museau... ? C’est pourtant simple : à travers une élégante collection de morceaux touchant sans peine la grâce de ceux qui ont vécu. Lou Barlow est touchant. Il est tendre, doux comme un agneau, laisse pendre quelques histoires, entre chaque morceau, quelques histoires drôles. Seul, il gratte son ukulélé, valorise chaque émotion sur sa guitare, se laisser aller au synthé. Il n’y a rien à redire : il faut mettre en avant le fait équivoque qu’il joue la musique idéale pour une fin de semaine, un dimanche soir d’honorable paresseux. On espère se ressourcer, goûter des chansons qui n’ont pas d’âge, qui semblent s’adresser comme parler à tout le monde. La majorité de son dernier album est jouée, plus, bien évidemment, une paire de titres de ces anciens projets, de Dinosaur Jr. comme de Sebadoh. Fameuse performance de l’américain, toujours aussi prompt lorsqu’il s’agit de sérénader tranquille une assemblée à tête reposée.

Vidéo

 


Photoshoot : Juan Wauters & Caandides au Point Éphémère

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L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère à Paris le 2 octobre dernier avec les lives de Caandides (Cracki Records) et de Juan Wauters (Captured Tracks).

"L'autisme romantique, c'est le futur"

Photos

CAANDIDES


On y était - Jef Barbara au Point Éphémère

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Jef Barbara, Point Éphémère, Paris, le 27 septembre 2013

L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère à Paris le 27 septembre dernier à l'occasion du concert de Jef Barbara (Tricatel).
Le dernier concert de sa tournée européenne a lieu ce soir à La Machine du Moulin Rouge.

Vidéo


Photoshoot : Psychic Ills & Antilles au Point Éphémère

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L'objectif d'Hartzine était au Point Éphémère le 1er octobre dernier pour le concert des Parisiens d'Antilles et des New-Yorkais de Psychic Ills.

Photos

Antilles

Psychic Ills


Photoshoot : Marc DeMarco au Point Éphémère

L'objectif d'Hartzine était au Point Éphémère le 2 décembre dernier pour la performance du Montréalais Marc DeMarco.

Photos


On y était - Soirée BimBamBoum#3

bornruffians0018Photos © Patrice Bonenfant pour hartzine

Soirée Bim Bam Boum#3 : Born Ruffians, JJ, Baden Baden, Paris, Le point FMR, 21 mai 2010

Lecteur assidu ou pas de la revue pop moderne, on se doute que ce soir il va se passer un truc. Très tôt, une foule sur son trente-et-un se masse aux abords nimbés de soleil du Point FMR. Avant goût estival, chacun y va de sa paire de Ray-Ban acquise l'an passé. Baden Baden ouvre la danse danse, mais furtivement, sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger, égrainant, le temps d'une demie-heure d'un set qu'on ne saurait qualifier de mémorable, une pop agréable mais trop courtoise pour être vedette. S'ensuit JJ, dont notre cher aki vantait les mérites en ces termes si élogieux : "cet album est à chier, comme le précédent d’ailleurs… Allez hop, gardez vos 15 euros pour sponsoriser des artistes qui en valent vraiment la peine." J'ajoute que vos quinze boules vous pouvez aussi vous les garder pour des prestations scéniques qui ressemble à quelque chose, car le duo est aussi stérile en concert que sur disque. Leur morceaux sont anecdotiques et bien peu mis en valeur par leurs films de vacances où l'on se tape l'inénarrable blonde avachie s'effeuillant dans à peu près toutes les poses. Lorsque les quatre Born Ruffians investissent le point FMR c'est une autre histoire qui débute. Une grande histoire. Celle-ci est relatée entre les lignes de la chronique de Say It, à découvrir ici, le groupe étant venu présenter cet ultime album à nos mirettes ébahies. Comme l'on dit dans le Sud-Ouest, l'essai est transformé tant la salle fut à la limite de l'apoplexie lorsque le groupe se retira pour de bon, le tonitruant Badonkadonkey balancé à la volée en guise d'adieu, sous la clameur infernale d'un public irrassasiable. Quelque part, au plus profond de nous, on fait voeux que ces quatre là gardent une telle humilité, Luke n'hésitant pas une seule seconde à emprunter une gratte et nous chanter à brule-pourpoint l'affriolant Oh Man, là, sur les rives du Quai Valmy. Pour nous, pour vous. Merci à eux.

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On y était - Little Dragon

l_33ea90f846b32fd7f217c9ae9de7c043Little Dragon, Le Point Ephémère, Paris, Le 23 février 2010

Je dois avouer que je ne savais pas très bien ce que je faisais là. L’écoute de l’album Machine Dreams sorti l’été dernier ne m’avait pas convaincu. Que vaut réellement Little Dragon ? Pour partager 2 titres sur le prochain album de Gorillaz, ils doivent bien avoir un secret et leur concert de ce soir devait m’aider dans ma recherche. Yukimi, Hakan, Fredrik et Erik, ces 4 là se sont rencontrés sur les bancs du lycée à Göteborg il y a une quinzaine d’année. Ils ont touché au reggea africain et au rnb à leurs débuts. Il en reste des traces et ça a certainement dû plaire à Damon Albarn. Leur musique oscille entre un trip-hop à la Martina Topley Bird et une pop très électronique dont Bjork version « début » n’aurait pas à rougir. Dans les 2 cas, yukimi et ses accolytes se jouent des frontières. Ici, une mélodie japonaise en fond sonore. Là, une rythmique africaine pour donner le ton. Machine Dreams propose une musique « sensible et magnétique, avec la volonté de faire des chansons calibrées pour les dancefloor ». Voilà comment le groupe parle de son second opus. Démonstration sur scène ce soir. Yukimi Nagano est une pile. Elle occupe la scène et bien plus encore… Elle passe au milieu de la foule, essaie d’emmener tout le monde dans ses pas de danse… raté. Le public reste stoïque et très franchement, les suédois méritaient mieux. Même l’excellent afrobeat du rappel n’y fera rien. Il y a des soirs comme ça où l’on rate un rendez vous faute d’entrain… Little Dragon a tout tenté mais pas tout perdu, je repars convaincu. Le troisième album est en préparation. D’ici là, l’effet Gorillaz aura joué. J’ai dans l’idée que l’attitude du public aura changé…


On y était - A Psychedelic Night

psyche

A Psychedelic night : Kill for Total Peace & Friends avec Os’Cultus / Antilles /Chicros / Kill for Total Peace, Paris, Le Point Éphémère, 11 février 2010

accédez directement à l'interview de Kill for Total Peace

Avant d’être un terme tellement utilisé pour désigner les années hippies et usé pour pointer du doigt les utilisateurs de psychotropes hallucinogènes, le mot psychédélique a été inventé afin de retranscrire l’état d’éveil du subconscient. L’étymologie du mot signifiant « révélateur d’âme ». Ce terme, nous le devons a priori à un psychiatre, lors d’un de ses échanges avec le non moins célèbre écrivain du Meilleur des mondes, Aldous Huxley, selon la bible des bibles : Wikipédia. Alors si on trouve une certaine affiliation chez Pan European à un mouvement rock dont on attribua les expérimentations à l’usage du LSD on reconnaîtra également cette démarche de tenter de repousser plus loin les portes de la perception d’un auditeur trop souvent au bord de la neurasthénie. On n’est pas médecin au Point Ephémère, attention, mais on ne vous nourrit pas le cerveau avec de la soupe en sachet, et cette nouvelle Psychédélic Night de nous le prouver…

Le premier à grimper sur les planches est le blackbird David Spher’Os, qui lâche un moment les vibes transcendantales d’Aqua Nebula Oscillator pour se fourvoyer de plain pied dans le côté obscur. Si on ne connaît pas grand-chose du side-project occulte du grand manitou d’ANO, celui-ci ne va pas mettre longtemps à consigner les avis. Le moteur ronronne sévère, et soulève la poussière, pas d’embardée, puissance maximale, et on sort le garage façon heavy. Os’cultus met une râclée à son public, et la joue nous en pique encore. Riffs électriques dont le courant parcourt chaque centimètre de ma peau. C’est violent, c’est brutal, et ça pulvérise mes sens. Le groupe joue son rôle messianique dans cette grande messe noire qui se veut l’apologie d’un rock hystérique et satanique. On applaudit des moignons.

Antilles prendra la relève et attise toutes les curiosités… Aucune info ne circule sur le groupe, ils sont totalement transparents sur la toile et de l’aveu même de D.Gage rencontré quelques heures plus tôt, ils n’auraient aucune actualité… Je dois dire que c’est bien dommage. Le concert commence par cinq bonnes minutes de cacophonie, avant que le trio s’accorde dans une montée tribale hypnotique qui n’aura de cesse de captiver l’auditoire tout au long de leur prestation. La comparaison vous semblera sûrement pourrie, mais je me suis senti transporté dans le sanctuaire de Scion, en plein milieu de cette trilogie imbuvable qu’est Matrix… Vous vous rappelez, la scène des festivités au début du second épisode. Déchaînement aliénant pour aliénés. La perte de repères sensoriels, les yeux à moitié révulsés, le corps convulsé par la transe… Tous ces facteurs réunis qui vous transportent dans un état de bien-être absolu, le corps parcouru d’électrochocs saccadés. Dommage que le dernier morceau ait évolué vers un marasme noise bordélique, extirpant le public de son extase et le détournant de l’orgasme musical final. Reste que l’on surveillera de très près les futures activités de ces étranges manipulateurs de perceptions.

C’est un peu tendu que j’attends la venue de Los Chicros. Le groupe mené avant tout par Philippe Monthaye et Mathieu Warsky (claviériste chez Turzi) m’avait auparavant déçu par sa facette trop lisse et son côté bon enfant. Pourtant, on me rassure, le combo a durci le ton et sonne désormais plus sec. Et me voilà donc euphorique dès les premiers morceaux qui envoient du pâté et décollent le papier-peint. Dans la foule j’entends alors des bêlements et des piaillements, j’aurais dû voir les choses venir… Dès la troisième chanson, la pop reprend le dessus et l’énergie se métamorphose en accalmie, ce qui a pour résultat d’ankyloser mes jambes et de les ancrer bien profondément dans le sol du point FMR. Les mélodies me transpercent sans me transcender, me traversent sans me renverser… Au final, rien n’a vraiment changé, Los Chicros paye en monnaie de singe et je reste l’âne bâté…

Il se fait déjà bien tard lorsque la lumière de la salle tombe enfin. On ne va pas non plus se mentir, le clou du spectacle c’est eux. Qui ? Les enthousiasmants Kill for Total Peace. Pourtant chacune de leur entrée sur scène dégage une impression d’inquiétude. Cette froideur, l’engouffrement des ténèbres qui enveloppe la salle, la rythmique synthétique de Captain America, l’écran géant qui envoi des images détournées de bombardiers, puis la voix de D.Gage qui suit une mesure quasi-militaire glace le sang. Je me retrouve alors en parfaite catalepsie alors qu’Oliver se déchaine sous le stroboscope et que la lumière blanche m’aveugle, m’hypnotisant totalement alors que sur scène s’est déchainé une vague frénétique emportant tout sur son passage. Les cinq membres s’unissant autour de deux syllabes : Kill For… L’entité se confond au tréfonds de l’obscurité apparaissant par larsens et échos. Je savoure chaque note, chaque mot, chaque geste de ce qui ressemble le plus à mes yeux comme la renaissance de la période manquée de la grande Madchester. La symbiose parfaite d’un rock acid, au folklore primitif, s’alliant à des sonorités électroniques post-modernes et avant-gardistes.

Cependant erratum sur la narration, votre reporter aura quitté la salle un peu trop tôt bien qu’il l’ait regretté… Il était donc juste de rétablir la balance, et d’établir la lumière sur les événements rapportés par notre cher Intra Moros. Hélas Etienne Jaumet n’aura pas eu le plaisir de monter sur scène. Une vive dispute éclatant pour un malheureux joint du côté de la batterie, le plateau aurait sombré dans le chaos, laissant les spectateurs frustrés et échauffés devant la tension qui régnait sur la scène. Devant le ton ultra borderline, l’organisation du point FMR aurait préféré mettre un terme à la soirée avant que ça n’aille trop loin. Qui a dit que Kill For Total Peace n’étaient pas Rock’n’roll ? La revanche sera donné le 17 Mars à l’International, votre narrateur y sera, il leur doit bien ça…

Photos

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Kill for Total Peace l'interview

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Bien avant que la nuit ne soit échaudée, je débarque frais et enjoué dans le bar du canal à l’idée de poser quelques questions aux petits prodiges du jeune label parisien Pan European. Je croise Arthur qui revient tout juste de Dakar où il a suivi Koudlam, suivant le dauphin dans son escalade scénique inter-planétaire. Il m’accompagne à l’étage où le groupe est en train… de dîner… Sourires francs, bonne humeur, blagues… C’est pas du tout ce que j’avais prévu, me voilà assis au milieu d’une bande de potes prêts à faire la teuf. Ce sont eux au final qui m’harassent de questions… Attention, entretien cocasse…

Comment se sont rencontrés les musiciens de Kill ?

D.Gage : Ca a commencé parce que je travaillais dans un magasin de disques, Intra est venu ensuite bosser un moment avec moi, il avait toute une bande de potes et voilà…

Intra Moros : Je connais les autres membres depuis le lycée, à part Wolfgang qui nous a rejoints au moment de l’enregistrement de l’album. Et maintenant on a un vrai Line-up complet…

Laden : Mmmmhhh… Excellentes ces carottes…

Qui compose dans le groupe ?

D.Gage : Intra Moros compose essentiellement la musique, alors que je m’occupe plus exclusivement des paroles. Mais il arrive qu’on le fasse ensemble également.

Intra Moros : C’est la base, mais on va continuer de construire autour tous ensemble.

Quel est la recette ou l’ingrédient secret de l’originalité de la musique de Kill ?

Wolfgang : Le mix ?

D.Gage : Ouais, un peu… On essaye aussi du classique… On créé notre propre son, tout en se servant de nos propres influences. On est tous inspirés par plein de styles de musique, on a tous acheté beaucoup de disques, on écoute beaucoup de musique, on a des influences à droite et à gauche…

Intra Moros : Chacun joue dans différents groupes donc chacun amène son identité propre…

Ressentez-vous le même engagement que les groupes psychés des 70’s ou est-ce pour vous plus un plaisir de jouer, ou de rendre hommage à cette culture ?

D.Gage : A la base c’est plus un plaisir de jouer…

Laden : On n’est pas des vrais marginaux en fait. Dans 70’s les mecs prenaient les instruments pour revendiquer des trucs…

D.Gage : Tu ne veux pas la fermer (rires).

Laden : Nous quand on fait de la musique, ce n’est pas un hommage mais c’est plus pour se sentir vivre. Pour ne pas se faire chier.

D.Gage : Non c’est réellement un plaisir de faire de la musique, on n’a à aucun moment pensé à l’engagement.

Intra Moros : Et puis les groupes psychés n’étaient pas forcement engagés.

D.Gage : On ne peut pas changer le monde avec notre musique, tout ce qu’on peut espérer c’est qu’un maximum de monde l’écoute. Après je dis ça, je ne dis rien (rires).

Vous actualisez malgré tout le rock psyché et dans le bon sens du terme. Pensez-vous que la fusion revienne à la mode, sous une forme différente ?

Intra Moros : On ne se considère pas vraiment comme psyché, je crois qu’on serait sorti sous un autre label, personne ne nous aurait catégorisés comme ça. On a un côté nettement plus garage.

Laden : Si tu regardes bien, sur Pan European il y a des groupes plus psychés que nous…

D.Gage : En fait, justement sur Kill for, il y a énormément d’influences. Il n’y a pas que du psyché. Il y des effets sur les instruments, c’est sûr : des échos, etc…

Intra Moros : Sachant qu’on a plus écouté de la musique des années 90 que du rock psyché.

Vous m’avouerez que vous sonnez quand même plus psyché que le dernier ANO qui est lui vraiment ultra garage?

Laden : Le dernier quoi, pardon ?

hartzine: Aqua Nebula… Under the moon of.

D.Gage : Ah oui… Oui, c’est sûr. Je crois que tu as raison, on ne renie pas le côté psyché, mais il n’y a pas que ça. Tu trouveras par exemple du dub, même si je n’aime pas trop le revendiquer, mais certaines mélodies s’en ressentent. Il y aussi de l’électronique… Donc nous ne sommes pas un groupe psyché mais faits de multitudes d’influences.

Intra Moros : L’effet scène donne peut-être aussi cette impression. C’est vrai que la musique s’envole peut-être un peu plus en concert que sur le disque. Mais la musique psyché à connotation super vaste, de groupes hippies californiens foireux à des trucs électroniques de l’époque qui en appellent à ton cerveau… Tu as des trucs des 50’s que l’on peut considérer comme psyché… De la musique classique aussi. Et nous on a plus écouté des trucs nineties comme Sonic Youth…

D.Gage : Mais moi, je n’ai pas écouté de truc 90’s, en tout cas pas tout de suite… C’est plus des anciens trucs du Velvet, ce genre de choses… Tout ce qui est Sonic Youth, Sebadoh, c’est venu vraiment beaucoup plus tard.

Intra Moros : Donc ce côté psyché, on l’a mais sans le vouloir en fait.

Je trouve qu’il y a un esprit culture US qui se dégage de vos lyrics, quelles sont vos passions à part la musique ?

Laden : Moi perso, c’est la géographie…

Intra Moros : C’est psyché la géographie

D.Gage : Ah mais attends… Je cherchais… Mais bien sûr… Le vin.

Le vin ?

Intra Moros : Louie Louie c’est l’Espagne.

D.Gage : Ah j’adore le vin et justement j’aimerais monter un bar à vin.

Laden : C’est Psyché…

D.Gage : Ouais, un bar à vin un peu psyché.

Louie Louie : Le vin, c’est totalement psyché… Après ça dépend ce que tu mets dedans.

Intra Moros : Moi ma passion c’est la clope… Après on va te faire les clichés : le cinoche, la lecture…

D.Gage : Les sorties entre amis… Sans le vouloir l’alcool joue une énorme partie dans notre vie… La musique et l’alcool… Et même si tu ne le veux pas toujours, c’est toujours là. Mais moi ça reste particulièrement le vin.

Laden : Wolfgang lui a une grande passion qu’on appelle la dope (Fou rire).

Wolfgang : Totalement passionné.

Et euh tu étudies en fait…?

Wolfgang : Non, je teste.

Ca a un petit côté psyché…?

Wolfgang : Non, pas vraiment… C’est plutôt scientifique en fait (rires).

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ?

Intra Moros : Nirvana… Syd Matters…

D.Gage : Arrête…

Laden : Bah non… Nirvana pareil… Quand on avait 13 ans, on matait en boucle les vidéos de Nirvana…

D.Gage : Non, la motivation c’est plus les mauvais groupes… Tu vois un mauvais groupe et immédiatement ça te donne envie de jouer.

Intra Moros : Du coup on est influencé par tellement de groupes dont on ne pourra pas te donner le nom car ils sont tellement pourris (rires)…

D.Gage : Et il y en a beaucoup en France en ce moment… Non des bons groupes… En fait c’est plus un groupe dont tu n’auras pas envie de monter sur scène après. Mais on se sent plus influencé par les groupes de merde (fou rire).

Et quels sont les groupes après qui vous flipperiez de passer ?

Général : Motorhead.

Intra Moros : Il y en a aussi beaucoup, il faut être réaliste. Même si a priori, il n’y a aucune raison… Mais quand même Motorhead…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

(personne n’arrive à s’entendre sur la question…)

Intra Moros : 67, 68, 69…

D.Gage : Attends redonne-moi la question s’il te plaît…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

D.Gage : J’espère que tout reste encore à écrire, sinon ça rendrait tout tellement déprimant…

Intra Moros : Il y a quand même une époque où les codes ont éclaté, et qui permettait aux musiciens d’aller là où ils voulaient.

Laden : Je dirais le début du rock’n’roll… Maintenant on se trouve dans une période de constants revivals décennie après décennie… On peut se poser objectivement la question si tout reste encore à écrire ou si tout est recyclé…

D.Gage : Je pense qu’il reste encore des choses à créer, sinon ça ne servirait à rien que l’on fasse de la musique.

Intra Moros : Cela dit, il y a quand même une époque qui marque un changement que ce soit dans la littérature, dans le cinoche… Je lis actuellement un bouquin sur les Beatles et qui parle de ça justement.

Louie Louie : Il ne faut pas croire que le changement ce sera de voir des mecs faire de la musique en tapant sur une casserole, et jouant sur une gratte pourrave… Autant faire ça chez toi, dans ta piaule, avec des instruments pourris…

D.Gage : Euh… Mais tout à l’heure tu m’as dit qu’il y avait une culture US, et surtout dans les paroles… Qu’est-ce qui t’as fait penser à ça ? On n’a pas cette connotation, surtout que je suis Anglais à la base…

C’était en rapport au titre Captain America sur Kill For, et la répétition de Superman dans Smokes sur l’album de One Switch to Collision?

Intra Moros : Exact… et De Niro aussi.

D.Gage : (Rire) Smokes ? C’est sur mon frère. Mais c’est cool, on a enfin trouvé quelqu’un qui écoute les paroles.

J’ai pensé que vous aviez peut-être une culture comics?

D.Gage : Bah oui forcément, j’essaye d’être un super-héros et je veux sauver le monde.

Bon continuons vers la dernière question…

Général : Oh non… non ! (Rires)

Non, mais ne vous inquiétez pas on vous fera une interview par concert… Mais cela dit ma question ne porte pas sur Kill, puisque j’ai entendu dire que One Switch pourrait revenir sur le devant de la scène…

Laden : Intox… Intox…

D.Gage : Qui est-ce qui t’a dit ça ?

(Je sifflote)

D.Gage : Pour l’instant on ne sait pas, on finit 3 morceaux. On les sortira peut-être en 45 tours. Mais on reste focalisé sur Kill for Total Peace. One Switch reste un peu en pause, mais on ne sait jamais.

Intra Moros : Plus pour un délire de potes à la campagne, mais pour l’instant aucun album de prévu. Mais cela dit tu es peut-être mieux informé (rires).

D.Gage : Nan mais c’est marrant, t’as vraiment entendu ça ? En tout cas si tu as des news, dis-le nous quand même (fou rires)….

Akitrash

On y était - Fool’s Gold

foolsgold
Fool’s Gold, Point Ephémère, Paris, 28 janvier 2010

Température record enregistrée ce soir-là le long du canal Saint-Martin pour un 28 janvier.Non ce n'était pas du à un feu de camp de sans-papiers à Jaurès mais à l'excellent combo-band venu tout droit de Los Angeles, Fool's Gold qui a simplement envoûté les nombreux curieux venus les voir ce soir là.
Fool’s Gold est un groupé fondé initialement par deux illuminés de musique africaine : Luke Top et Lewis Pesacov. Au fil des rencontres et aussi d’amis adhérant au projet, le collectif se transforme en vrai groupe (ils sont 10) et commence à enregistrer des titres en studio donnant naissance à un LP qui sort début mars en physique. Ils viennent nous le présenter sur scène ce soir.
20h, on arrive assez tôt pour pouvoir bien se placer. Après une bonne heure et demi de mix afro, funk, pop en guise d’amuse-gueule, le groupe pointe enfin le bout de son nez. Une de mes premières interrogations de ce début de soirée est de savoir comment les 10 personnes qui composent le groupe allaient tenir sur la petite scène du Point Ephémère. Début de réponse en voyant débouler Luke Top et seulement cinq autres acolytes sur scène. Mais place à la musique!
Dès les premières notes de guitare, oublier cette question stupide et les problèmes futiles du quotidien, la grisaille hivernale, le boulot...
La musique de Fool's Gold est une invitation au voyage à partir vers des contrées lointains, ensoleillées où sourire, chant et danse sont les maitres mots. Mélangeant musique africaine, funk et folk , le groupe prend toute son ampleur en live où chants en l'hébreu, guitares, tambourin, batterie, gankoshi et sax s’en donnent à cœur joie pour faire danser les gens .Un vrai plaisir de les voir jouer ensemble.Si après la première chanson, certaines personnes seraient encore réticents et mou du genou, le funky "Surprise Hotel" a eu raison d’eux. Tout le monde danse frénétiquement et même chante sur "The World is All There is" ( David Herman Dune est même conquis dans la salle ). 8 chansons, un bain de foule et deux rappels plus tard, dur dur d’enlever ce joli sourire sur mon visage. Non je n’ai rien pris, juste conquis !!!SHALOM !

Patrice

Photos

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Bonus


Lilly Wood And The Prick l'interview

lillywoodSouvenez-vous, c’était fin 2008, un duo parisien remixait L.E.S Artistes de Santigold. Cette reprise acoustique s’offrit un beau succès sur la Toile et annonçait déjà une belle suite.  Lilly Wood and The Prick ont depuis sorti un EP chez Cinq 7, nous promettent un album pour le printemps et enchaînent en attendant les concerts. Leur single Down The Drain fait le reste. Avant que tout ne soit plus jamais comme avant et que leur electro-folk jouissive ne fasse parler trop d'elle, nous avons rencontré Nili et Ben au Point Ephémère.

L'interview


On y était - Baddies

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Mini-Concert de Baddies, le Point Ephemère, 14/10

Comme toute journaliste rock qui se respecte, avant d’assister à leur premier concert dans l’hexagone, je suis allée me balader sur le myspace de Baddies, fraîchement débarqués de l'extrêmement productive Manchester Southend (d’où viennent The Horrors et These New Puritans, mais non rien à voir par ici). Les quelques titres à l’écoute titillent ma curiosité et une montagne de citations plus qu’élogieuses de la presse britannique finirait presque par m’emballer complètement (« Comme Franz Ferdinand sortant de prison et perdant foi en l’humanité » ouah). Mais allez savoir pourquoi, comme avec les critiques de cinéma, quand on me martèle que c’est très très bien, je me laisse systématiquement gagner par le doute.

C’est donc avec un esprit plutôt aiguisé et dubitatif que je me rends au mini show de Baddies (6 titres et hop-là terminé). Tout de suite, leur intention ne laisse aucune équivoque : les quatre gaillards arborent un uniforme chemise-cravatte à la Hives, version bleu layette, qui proclame « c’est du sérieux, on s’est sapé» sans parler de la carrure bodybuildée du bassiste, et de l’hyper ressemblance entre le chanteur et le batteur (oh mon dieu, seraient-ce des jumeaux ???). Vous me direz, et la musique ? Alors pour la faire courte, je dirais Franz Ferdinand sortant de prison… Je blague.

Pour commencer, l’uniforme n’est pas le seul atout commun de Baddies et des Hives, leur rock bien tendu avec des mélodies accrocheuses s’en approche, en tirant nettement plus vers le punk tout de même. Mais là où les Hives détonnaient avec une production bien léchée, Baddies tombe dans un créneau bien plus lisse, celui du rock commercial à la limite de Green Day, et ce ne sont pas les Whoo-whoo-whoo à la Blur Song 2 qui vont y changer quelque chose. Certains morceaux se détachent heureusement. « We beat our chest » qui clôturera ce concert, possède un côté funky 80’s proche des Talkink Heads, plutôt plaisant et accrocheur. Dommage que le reste des morceaux reste pour leur part, dans la veine rock à guitares agressives et chant plus que passable (le leader faisait soit dit en passant parti d’une formation métal avant de créer Baddies).

Il est d’ailleurs étrange de constater que c’est finalement en live que Baddies se vautre dans un son beaucoup trop produit et agressif, les titres « Open one eye » et « Battleship » promettaient pourtant de beaux lendemains dans l’enregistrement studio. Malheureusement pour le show, la plus grande déception réside dans la « prestation vocale » de son chanteur Michael Webster qui donne plus dans la vocifération et la gesticulation que dans le chant à proprement parler, contrairement à l’album dans lequel il parvenait à de subtiles modulations.

On-t-il échangé les jumeaux ? On se le demande presque, tellement les nuances de sa voix disparaissent pour n’offrir qu’un spectacle répétitif et par là même, très lassant. Espérons que leur tournée dans toute l’Europe jusqu’au 31 décembre, soit pour Baddies une bonne salle de répétition pour la suite.

Virginie Polanski