Who are you Tripalium?

On le fera pour lui. "Je n'ai pas vraiment envie de me mettre en avant." Voilà ce que répond sans fausse modestie l'ami Benjamin Dierstein, instigateur du label Tripalium, quand on le questionne sur sa personne, son intimité ou son parcours. L'homme, malgré une bouille d'éternel jouvenceau aux cheveux ras, reste discret, voire secret, sur ses multiples et incessantes activités. Impossible même de lui soutirer une putain de photo avec une résolution pas trop dégueulasse. Alors on taira, ou presque, ses consistantes chroniques et mixtapes pour notre confrère bordelais Seek Sick Sound, on chuchotera à demi-voix son activisme sans faille pour La Mangouste - désormais en sommeil mais reconnue pour avoir littéralement éventré Paris de ses fameuses Casse ton Singe, Marathon Électronique et autre Spring Break Core Festival - , on passera sous un silence de cathédrale son rôle clé dans la réhabilitation du Glazart avec son compère Matthieu Meyer, aujourd'hui au Trabendo, de même qu'on ne dira pas un mot sur sa fonction actuelle au sein d'une des agences de booking les plus exigeantes et excitantes de Paris - dont la division électronique compte parmi ce qui se fait de mieux à nos yeux entre Samuel Kerridge, Helena Hauff ou Powell. D'ailleurs, inutile de préciser que c'est avec beaucoup de plaisir et de décontraction que l'on a co-organisé il y a tout juste un an une soirée dédiée au rudoyant pour les tympans label Repitch de la triplette italienne en jogging Shapednoise, Ascion & D.Carbone. L'occasion d'appréhender l'extrême méticulosité de notre sujet : muni d'un petit agenda, ce stakhanoviste du bruit dansant et de la nuit sans fin notait absolument tout, histoire de s'affranchir d'une mémoire potentiellement défaillante. A ce titre, le binôme qu'il forme avec Marine Giraud est plus que complémentaire : ensemble ils sont à l'initiative, puis à la gestion millimétrée et sans stress, des plus orgiaques teufs acid franciliennes. D'ailleurs quand ils s’échappèrent ensemble le temps d'un tour du globe de presque six mois, c'est peu de dire qu'il y eût un paquet de ravers orphelins - ceux qui ne se satisferont jamais de la vacuité froide et dispendieuse des usines à BPM dont le business est plus que florissant - , ne sachant plus à quel saint se vouer.

C'est avec la même énergie, ce même regard sans concession et ce même positivisme, optant plus pour le faire que pour le parler - comprendre ici le marketé - , que Tripalium est né en 2014. Et si la référence étymologique n'est pas neutre - dans l'Antiquité ce mot désignait un instrument d’immobilisation et de torture à trois pieux utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles - , la volonté étant délibérément de mettre à l'épreuve via des séries événementielles et discographiques distinctes les codes de la musique électronique actuelle, il serait bien trop facile de ne réduire cette démarche multi-dimensionnelle, gravitant autour d'un dense noyau de producteurs hexagonaux ou étrangers, qu'à sa propension à faire littéralement du bruit pour du bruit. Si les ORL de France et de Navarre ne remercieront jamais Tripalium, la castagne auditive n'est qu'une des facettes d'une structure qui oscille entre retour aux sources acid ou rave et expérimentations techno-noise, s'organisant pour ce faire en de multiples sous-labels prêts à donner en 2016 la pleine mesure de leur respective potentialité. Déjà évoquée dans ces pages, à travers l'inaugural EP cassette Tesla du trublion Paulie Jan (lire) ou l'album-concept Contritum Crusis de Verset Zero (lire), ou en passe de l'être, avec les futurs Terdjman et Jaquarius / Mono-enzyme, respectivement via les sub-divisions Digital Mutant Series et Acid Avengers, la substantifique raison d'être du label gagne en profondeur à mesure que le nombre de sorties prend de l'ampleur, labourant à la fois les terres maintes fois brûlées de l'hédonisme festif et celles de la recherche sonore. Parfois, le trop n'est pas l'ennemi du bien. Profitant de la future grande messe acid du collectif - la troisième Acid Avengers du nom ce 18 mars au Batofar avec au programme Unit Moebius, Andreas Gehm, Voiron et Lunar Distance (Event FB) et pour laquelle on fait gagner des places en fin d'article - on a posé quelques questions au principal intéressé qui, c'est dit, ne parlera pas de lui à défaut de nous offrir une belle mixtape certifiée 100% Tripalium.

Benjamin Dierstein l'interview

T1
Le label a un peu plus d'un an. Tu peux nous indiquer les étapes importantes de cette aventure ?

À la base, Tripalium a été créé dans le but d'organiser des soirées. On pensait au label, mais on ne savait pas vraiment quand ce moment arriverait. Et puis finalement c'est arrivé très vite, au bout de six mois à peine d'existence de Tripalium on a eu envie de se lancer dans le bain. Ça a commencé avec une cassette de Paulie Jan pour laquelle on a eu de très bons retours, donc ça nous a motivé à continuer. On a enchaîné avec les sorties de Jaquarius, 14anger, Hawkta, Verset Zero et puis on a sorti aussi notre compilation Some Like It Raw au printemps 2015 qui faisait appel à plein de producteurs français orientés bidouillage analogique à tendance noisy... Ça nous a permis de mettre une étiquette sur cette série d'EP, les Digital Mutant Series, et ça a permis au public de mieux comprendre comment on se positionnait. Les deux grandes étapes suivantes ont été la création des deux autres sous-labels, pour lesquels on a fait appel à des forces vives : Acid Avengers, dont on gère la DA avec Jaquarius, et Tripalium Rave Series, qui n'aurait pas pu se faire sans le soutien de 14anger et de Toolbox.

Quelle est l’esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

Notre panel esthétique est assez large mais se retrouve autour des mêmes valeurs... On aime bien ce qui tape, ce qui fait du bruit et ce qui est complètement barré. En gros tout ce qui sort du sillon techno traditionnel, tout en y étant fortement apparenté. Le tout avec un gros coup de cœur pour les sons 90s, que ça soit la scène expé improvisée ou la hardtek de hangar, on fait le grand pont sans problème. Nos trois séries d'EP sont chacune sur un type de sons. Digital Mutant Series est notre laboratoire de sons expérimental techno, braindance, drone, ambient, noise, indus. Tripalium Rave Series est à l'inverse clairement orienté dancefloor, avec des sorties techno qui flirtent à la fois avec la scène industrielle UK et les sons rave 90s. Acid Avengers enfin, comme son nom l'indique, est dédié à l'acid sous toutes ses formes, que ce soit techno ou braindance. On a pas vraiment de modèle discographique, le nôtre étant très particulier. Si on parle référence musicale, je te citerai pêle-mêle Bunker, R&S, Rephlex, Downwards, Kommando 6, Planet Mu, Hospital Productions, Avian, Opal Tapes...

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et quelles sont vos relations avec eux ?

On démarche certains artistes, d'autres viennent nous voir directement, il n'y a pas vraiment de règle. Dans tous les cas, on essaye de créer une vraie famille Tripalium autour de quelques artistes français, avec notamment Jaquarius, Paulie Jan, 14anger, Terdjman, Verset Zero, et quelques autres sur qui on compte pour intégrer le noyau dur. On aime cette idée de fédérer une scène qui est sous-représentée par rapport à la techno traditionnelle, qui se reconnaît dans des esthétiques assez différentes, qui est ouverte d'esprit, qui aime les sons énervés tout autant que la recherche musicale. On a la chance d'organiser des soirées à côté du label et donc d'avoir des facilités pour faire jouer les artistes, ça permet d'avoir des relations assez proches avec eux.

Verset Zéro

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le vôtre et jusqu’où avez-vous envie de le pousser ?

Je ne pense pas que la partie "objet" soit un des points forts de Tripalium. On est dans le DIY, on fait ce qu'on peut pour sortir des albums et des EP, dont certains à moindres frais parce que le modèle économique n'est pas toujours au rendez-vous. Ça ne nous empêche pas d'avoir parfois de supers artworks - je pense à ceux de Verset Zero ainsi qu'à la série Acid Avengers de Prozeet notamment - parce qu'on reste très attachés à la partie visuelle. Mais ça peut prendre forme en K7, en vinyle ou en digital en fonction de la sortie... L'objet n'a pas d'importance sacrée. On a pas de culture design ni marketing, on ne vise pas un absolu. Tripalium c'est avant tout de la realpolitik, on fait avec ce qu'on a, parfois avec un sentiment d'urgence qui nous fait dire que c'est maintenant ou jamais. En gros on fabrique d'abord et on réfléchit après !

Quel est le futur proche de Tripalium, notamment en termes de sorties, de formats ?

Beaucoup de sorties sont dans les tuyaux, l'année va être assez fournie. Des vinyles avec les Acid Avengers et les Tripalium Rave Series, avec une moyenne de 3 à 4 EP par an pour chaque série. Et des K7 et sorties digitales sur les Digital Mutant Series avec un rythme un peu plus élevé - près d'une dizaine de sorties par an. Les deux prochains sont un EP de Terdjman et le deuxième volet de notre compilation Some Like It Raw, tout ça en sortie K7. On a aussi pas mal de soirées qui se préparent, entre les Acid Avengers, les Tripalium Arena et les releases parties de nos sorties...

Quelles sont les approches musicales qui t'inspirent le plus en ce moment ?

Il y a deux mouvements qui me parlent beaucoup en ce moment. Un qui est clairement tourné vers le passé, avec ce retour des sons acid, rave, EBM, synthwave... Beaucoup de sons qui ont pour certains été bannis de la doxa pendant des années, donc c'est un vrai plaisir, j'attendais ça depuis longtemps. La continuité de ce mouvement, ça serait de remettre à l'honneur les sons hard techno, qui sont mis au ban depuis plus de dix ans avec toute la scène free party. On a oublié tout un immense pan des cultures électroniques, boudé par les medias, alors que si on cherche bien, du côté d'Okupé, d'Heretik ou de Spiral Tribe par exemple, il y a de vraies perles. Ces disques-là vont bientôt être rejoués dans les clubs, peut-être avec moins de BPM, mais ça n'est qu'une question de timing. C'est à nous, labels et artistes, de participer à cette redécouverte de certains sons, en affirmant clairement certaines influences et en sortant des disques qui tracent une filiation. L'autre mouvement qui m'inspire, c'est celui qui regarde vers le futur, celui qui va balayer la scène techno actuelle comme elle a balayé il y a trois ans la deep house et l'electro à la Ed Banger. Je pense à des labels comme PAN qui mélangent techno, bass, expérimental... Il est là le futur, dans ce mélange des genres, les Anglais l'ont très bien compris avant nous. On va bientôt revenir à des sons plus groovy, plus bass, plus chaleureux, mais aussi plus violents, et surtout complètement déstructurés par la modernité. Dans trois ans tout le monde écoutera de l'espèce de trap doom vrillée incompréhensible avec des gros kicks hardcore !

Acid Avengers

Tripalium c'est aussi une série récurrente de soirées à la thématique largement Acid. Qu'est ce qui vous motive à les organiser et les conçois-tu comme un prolongement de ton travail au sein du label ?

Les soirées Acid Avengers sont le prolongement scénique d'Acid Avengers Records. C'est la version 2016 de soirées qu'on organisait déjà l'an dernier, les Acid Attack, sur lesquelles on a reçu Ceephax, Mark Archer, Kosmik Kommando ou encore Minimum Syndicat, quelques mois avant l'engouement actuel. On a dû changer de nom parce qu'il y avait déjà des soirées avec ce nom là en Belgique mais le concept est le même : faire des soirées clairement orientées acid & rave. On les organise entre le Batofar et la Java et ça nous permet de faire venir quelques guests de poids, dont Unit Moebius et Andreas Gehm pour la prochaine, tout en faisant jouer nos artistes. Il n'y avait pas vraiment de soirée identifiée "acid" avant à Paris, je pense qu'on a comblé un vide au bon moment. Il y avait une vraie attente là-dessus.

Vous êtes basés à Paris. Cela influence votre travail ? Tu t'imaginerais poursuivre le label ailleurs ?

Paris est vraiment génial pour les soirées, les rencontres, le bouillonnement culturel incroyable qui existe à chaque coin de rue. Mais ça n'est pas vital, on peut gérer un label sans. Paris donne un vrai coup de boost, mais il fatigue aussi, il y a comme un éternel lendemain de speed. On prévoit à terme avec Tripalium de se rapprocher de certaines régions et notamment de la Bretagne, qui est notre terre de cœur, tout en gardant un pied à Paris. Il y a plein de choses à faire dans toutes les villes et les campagnes de France, plein d'artistes et de nouveaux partenaires à rencontrer. Il n'y a pas de mal je pense pour un label contemporain à sortir de ses œillères urbaines, parfois un peu élitistes, pour prendre le pouls de ce qui existe en-dehors de la ville.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

C'est une mixtape 100% Tripalium, avec un condensé de tout ce qu'on a sorti en 2015. Toutes nos sorties y sont représentées, c'est pourquoi certains artistes sont plus présents que d'autres, je pense à Jaquarius par exemple. Ça va de l'acid à la techno industrielle limite hardcore, en passant par l'ambient, l'IDM, la techno expé, le drone... Toutes nos influences, aussi vastes soient-elles, sont là. Petit cadeau avec un track unreleased de Verset Zero qui devrait sortir sur un long format cet été.

Mixtape

01. Jaquarius - Polyzarb
02. ABSL - La Mélancolie de l'Innocent
03. Terdjman - Mieux Vivre Pour Mieux Mourir
04. Paulie Jan - 8
05. Verset Zero - Fine Viae
06. Hawkta - Stellar
07. Monoenzyme 307 - Reboot
08. Verset Zero feat Lady Mary of The Infinite Spiral- Grex Perditus
09. Jaquarius - Blau
10. 14anger & Dep Affect - Eye Trap
11. Habyss - Acapulcore
12. Jaquarius - So, You Want To Be A Vampire
13. Deikean - Conception
14. 14anger - Saliva (Keepsakes Remix)

Concours

On fait gagner deux places pour la soirée Acid Avengers #3 du 18 mars au Batofar avec Unit Moebius, Andreas Gehm, Voiron et Lunar Distance (Event FB). Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille de la soirée.

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Paulie Jan - 7 (PREMIERE)

TESLA-Front

Qui a suivi les aventures musicales du producteur parisien Paulie Jan depuis ses premiers faits d'armes sait qu'il n'est jamais là où l'on pourrait l'attendre. Après un premier disque, Humian EP, fin 2012 où il taquinait les synthés vintage pour les porter dans des dimensions où l'épique le dispute au grandiloquent, le voici qui bascule sur son tout récent Tesla EP dans les coins les plus sombres de son univers musical pour travailler cette techno organique et millimétrée, froide mais grouillante, sans que jamais cette évolution ne sonne comme une errance sans but.

En témoigne l'hypnotique 7, en ouverture de l'EP, qui se voit aujourd'hui habillé d'un clip singulier signé par le talentueux vidéaste parisien Kevin Elamrani. Déjà auteur de réalisations marquantes pour les comptes de Joke, Butter Bullets ou Hyacinthe, Elamrani investit ici un territoire beaucoup plus étrange qu'à son habitude. Qu'à cela ne tienne : le réalisateur relève le défi et 7 prend la forme d'un sur-place étrange dans cet espace inquiétant où ne survit qu'une chose informe, explorée sous toutes les coutures, au rythme des délires angoissants du producteur.

Une mise en image marquante, autant abstraite que dérangeante, à l'image d'un 7 qui prend des allures de cauchemar éveillé sans véritable début ni fin. Piégé, l'auditeur est en proie à des hallucinations basées sur presque rien mais qui n'en finissent plus de le hanter, dans cette petite pièce aux barreaux que l'on n'atteint vraiment jamais. Une vidéo qui complète avec brio l'angoisse latente d'un Tesla qui dévoile de nouveaux territoires toujours plus singuliers et toujours moins sereins pour Paulie Jan. Une preuve que le musicien s'affirme aujourd'hui, lentement mais surement, comme une figure marginale et singulière dans le paysage musical français.

Vidéo (PREMIERE)

https://www.youtube.com/embed/69Ud4G3M6B8


TOP 10 SOTW

Best of 2014 by hzPlutôt que de creuser les fonds de cuve, et malgré quelques banderilles de fin de parcours, on a jeté sur le papier un top 10 des morceaux OTW parmi les cinquante-deux de l’année écoulée. Soit un regard oblique sur notre bilan 2014 (lire). Bonne écoute.

Audio

01. Helena Hauff – Shatter Cone (lire)

02. Saåad – New Helicon (lire)

03. Leave Things – Atonementb (lire)

04. Police Des Moeurs & Essaie Pas – Split 12″ (lire)

05. Lumerians – Hook For An Eye (lire)

06. Femminielli – O Sodoma (lire)

07. Aloa Input – Anysome RMX (lire)

08. Paulie Jan – Tesla EP (lire)

10. The Royal Family and the Poor – The Temple of the 13th Tribe (lire)


Paulie Jan - Tesla EP (PREMIERE)

Fort d'une année de programmation tout azimut à Paris via les successives Mutant Area, et dont la prochaine édition à lieu vendredi prochain au Klub (Event FB), Tripalium s'inscrit désormais dans le paysage électronique tel un label au spectre aussi large que sa première compilation Mutant Area 2014 le laisse entendre, quelque part entre Orphan Swords, Karen Gwyer et Paulie Jan. Paulie Jan justement qui avec l'EP Tesla, en écoute intégrale ci-après, ouvre la numérotation des Digital Mutant Series dudit label, lardant celle-ci de quatre morceaux techno aux saveurs multiples, de l'expérimentalisme hypnotique de 7 à la mélancolie planante et texturée de 13 en passant les fractales futuristes 8 et 2 jouant inconsidérément sur la déconstruction rythmique. Se dédouanant de tout artifice mélodique, le producteur parisien en profite pour jeter une nouvelle fois plus loin les bases de sa recherche sonore, contrecarrant l'effort technique par une immédiateté de la production. On lui a posé quelques questions.

Quelle était ta volonté avec cet EP, notamment en termes de recherche sonore ?

En fait ça va peut-être te paraître bizarre, mais je n'avais pas de volonté particulière au départ. Je me suis juste dit que je ne voulais pas refaire le même disque, je voulais me rapprocher de trucs plus traditionnels, plus minimalistes, comme des percussions africaines ou asiatiques, mais en utilisant les sons d'aujourd'hui. Il fallait aller chercher tout ça dans un monde à la fois matérialiste et dématérialisant. Un monde post-industrialiste qui a peur de sa dimension technique, alors même que cette technique nous a façonnés, nous sommes irrémédiablement en elle, et elle est en nous pour toujours, ce truc-là me fascine et je voulais quelque part en rendre compte de manière sonore.

Dans quelles conditions cet EP a-t-il été enregistré ?

Bon, déjà, en conditions jeune daron… donc dans l'urgence et la panique. J'ai tout fait chez moi. Chaque morceau est le résultat d'une seule prise live, sauf 13 qui a nécessité deux prises, puisque la basse a été jouée séparément des claviers. Ensuite il y a eu quelques édits mais très peu, juste pour raccourcir certains passages, mais sur 13 ou 7 par exemple, il n'y a aucun édit. En tout, j'ai dû enregistrer une vingtaine de tracks. Quand Tripalium m'a contacté pour sortir un truc, j'étais en plein là-dedans, on est tombé d'accord sur un scope de trois à six morceaux… On peut dire que tout ça s'est fait en quatre semaines. Ensuite j'ai fait un peu de post-prod avant d'envoyer tout ça au mastering.

Tu as la réputation d'être quelqu'un de perfectionniste. C'était une volonté d'aller si vite ?

Oui, j'avais envie d'enregistrer plus vite, d'être plus spontané et aussi de produire beaucoup pour dégager une sorte de ligne directrice, favoriser l'émergence plutôt que d'y aller aux forceps. Ça tombait aussi très bien vu que quand t'as un mioche qui arrive, ça devient beaucoup plus compliqué de passer quatre jours en calbut dans ton studio à ne faire que du son sans que personne ne t'interrompe… J'ai réalisé que je n'aurais jamais le temps de faire ce que j'avais fait pour Humian (lire) ou Trunkenstein (lire).

Du coup, dès que j'avais un peu de temps, je fabriquais des sons dans tous les sens, field recording, synthés, YouTube, de tout et n'importe quoi. Je les ai passés dans des trucs pourris, comme dans du matos de fou que j'ai emprunté… Ensuite j'ai traité les résultats parfois avec des algorithmes, parfois avec la bande magnétique… Bref, je me suis retrouvé avec des bouts de sons que j'ai sélectionnés puis entassés un peu n'importe comment dans mon sampler, un peu comme si j'avais chargé un énorme flingue avec toutes les munitions possibles, même des glands, des cailloux ou des boulons. J'ai installé mon set-up live, sampler, synthé, trois pédales d'effets dans la console et j'ai improvisé... et quand j'entendais des trucs qui me plaisaient, je gardais.

Aprè,s sur le côté perfectionniste, je m'échine à le cultiver ailleurs, soit dans d'autres aspects de ma musique, soit sur les projets d'autres musiciens avec qui je collabore comme Leave Things ou Holy Strays, dont je mixe certaines prod. J'aime bien me mettre au service d'un musicien, mixer le disque de quelqu'un d'autre apporte beaucoup à sa propre vision des choses.

Quels sont tes projets proches et futurs ?

J'aimerais bien des vacances… Sinon je joue vendredi pour la soirée Mutant Area au Klub, ou j'improvise avec des machines (Event FB). Il y aura pas mal de d'artistes bien techno, indus barrés, etc. Voilà pour le très proche. Pour ce qui est du futur, pourquoi pas un LP en vinyle chez Fin de Siècle vers fin 2015…

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Paulie Jan - Tesla EP (Tripalium - Digital Mutant Series, 10 décembre 2014)

A1. 7
A2. 8
B1. 2
B2. 13

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Paulie Jan - Trunkenstein EP (PREMIERE)

v1ok-PJ-trunk-210414Des synthétiseurs et des sonorités analogiques transcendant son premier EP, Humian, sur Fin de Siècle en octobre 2012 - ceux qui nous avaient littéralement mis sur le cul (lire) - il ne reste rien en l'état, ou si peu, sur ce Trunkenstein EP du Parisien Paulie Jan à paraître ce 28 avril sur ce même label - prélude comme celui de Leave Things (lire) à un long format attendu dans le courant de l'année. La raison : ne pas s'embarrasser de ce qui a fonctionné une fois à merveille pour s'interdire une recherche à la fois rythmique et esthétique plus poussée, sur des territoires plus électroniques et dénués de considérations formelles. Une bonne raison en somme puisque le diptyque Trunkenstein / Ginger ne fait que souligner ce que l'on savait déjà : le producteur de talent est aussi un fieffé explorateur, trouvant le moyen par sa maîtrise des instruments de jeter les bases d'une respiration deep techno originale et organique tout en replongeant l'auditeur dans les racines de celle-ci.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Paulie Jan - Trunkenstein EP (Fin de Siècle, 30 avril 2014)

01. Trunkenstein
02. Ginger


Paulie Jan - Pour Ont Son

Les disques passent, s'accumulent et, par mégarde, Fin de Siècle demeure réduit au silence, du moins dans nos pages. Pourtant, de GesteKwoon ou d'Archer By The Sea, on ne pense que du bien. Il aura donc fallu que l'astre Paulie Jan - un mystérieux Parisien à la messagerie Hotmail - nous illumine de sa pluie de synthétiseurs pour que l'on daigne déclarer notre flamme, en bonne et due forme, à ladite micro-structure francilienne. Une dérouillée, une claque, un choc auditif, peu importe le nom conféré à la chose, on reste pantois, sur le cul et légèrement sonné. Paulie Jan - que l'on avait scruté de loin le temps d'un EP de remixes de Geste publié en milieu d'année - subjugue sans ciller dans sa savante appropriation d'un son rétro-futuriste, fait de bidouille, claviers analogiques et boîtes à rythme, rappelant aux entournures, en plus mâle, le projet de Craig Storm, Monroeville Music Center (lire). La mise en image de Pour Ont Son est aussi sublime que ne l'est le morceau lui-même, et par extension, cet Humian EP, sorti le 23 octobre dernier et en écoute intégrale ci-après.

Vidéo

Écoute intégrale