Maud Geffray

Composer pour ou avec l'image. Voilà ce qui anime Maud Geffray depuis quelques années. C'est ainsi qu'après avoir mis en son un film sorti d'un carton à souvenirs de Christophe Turpin et tourné au mi-temps des années 1990 lors d'une rave du côté de Carnac - projet autour duquel son EP 1994 s’était cristallisé -, Maud, accompagnée de l'inarrêtable Jamie Harley (lire), s'est rendue cette fois-ci tout au nord de la Finlande pour réaliser un documentaire musical sur des élèves d'une classe de danse folklorique plongés dans le "Kaamos", cette période hivernale de Laponie vissée à une interminable obscurité crépusculaire abolissant pour quelques mois le rythme naturel du lever et du coucher du soleil, cette certitude consumériste bien connue ici que le jour toujours advient.

De ce cadre presque irréel, tantôt ténébreux tantôt étoilé et où la nature semble s'animer, Maud et Jamie en ont tiré une ode vibrante à l'adolescence. Jeunesse qui, privée de lumière et noctambule par défaut, cherche à dépasser ce drame naturel et à s'inventer. Polaar - premier véritable album de la Parisienne et sorti dernièrement chez Pan European (lire) - bien qu'il ne soit pas la bande son originale de ce projet en est pour le moins la parfaite continuité. Car c'est à partir de l'expérience vécue lors cette virée polaire que la moitié du duo Scratch Massive (lire) a composé les titres de cet album ample et parfait, véritable hommage à la nuit qu'elle soit insomniaque, festive ou d'angoisse et dont l'obscurité apparaît étonnamment plus lumineuse et consolante que la transparence univoque du jour. Bref, pour résumer, comme le disait Kant, "si le jour est beau, la nuit, elle, est sublime".

Après avoir brossé le portait de Maud à travers notre petit jeu de questions-réponses favori, retrouvez le clip ovniesque réalisé par Kevin Elamrani-Lince qui illustre avec une pertinence visuelle rare le puissant morceau Forever Blind, ainsi que le très bon remix de Polaar par Voiron.

D'où viens-tu ?

Saint-Nazaire, petite ville portuaire, industrielle, qui borde l'océan Atlantique.

Où vas-tu ?

Je viens de déménager dans le 19ème arrondissement de Paris, a Crimée. Vue de dingue, 7ème étage. J’ai besoin d’horizon, ça me change pas mal du centre de Paris où je vis depuis quelques années. Ici c’est super calme, ça détend. Au final c’est moi qui risque de faire du bruit dans l’immeuble.

Pourquoi la musique ?

C’est un langage qui me permet d’aborder des sensations, des émotions plus directement, qui m’évite de tout expliquer. Ça me convient pas mal et j’ai l’impression de ramener un peu de douceur dans ce monde.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?

Je ne sais pas trop… faire de la musique c’est un luxe pour moi. J’ai l’impression que ça m’équilibre, après il faut rien fantasmer, c’est une activité intense, qui peut amener de la souffrance, de la difficulté aussi.

Une épiphanie personnelle ?

Réaliser que je pouvais faire de la musique seule, tout en continuant a faire de la musique avec mon groupe Scratch Massive.

Une révélation artistique ?

J’en ai assez régulièrement, heureusement c’est un vrai moteur. c’est juste compliqué quand ça remet en cause ses propres directions mais au moins ça fait avancer.
Une grosse révélation artistique de ces dernières années; Burial. Particulièrement le track Come Down To Us. Sa musique me fascine réellement, c’est dark et lumineux à la fois, tout ce que j’aime.

Le revers de la médaille ?

De se consacrer a la musique? la solitude peut-être. Parfois j’envie mes potes qui ont des vies de bureau avec des collègues et des vies cadrées : semaines / week-end. Mais ça ne dure jamais très longtemps. Au fond, je crois que j’ai vraiment besoin de cette liberté, de ce décalage, c’est créatif et ça me convient très bien. En même-temps, personne nous oblige à rien quand on fait ce métier, donc il faut apprendre à s’autodiscipliner, à avoir un rythme assez régulier.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Sans doute oui, j’imagine que ça doit être libérateur .. enfin au moins un certain temps, au début quoi. il doit manquer quelque chose quand même .. créer donne tout simplement du sens à tout ça.

Un rituel de scène ?

Le moins possible de rituels … juste pas trop boire

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

Je sais pas j’espère ne pas l’avoir atteint.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Suivre mes instincts, avoir confiance en moi.

Comment te vois tu dans trente ans ?

je ne planifie pas grand chose, je n’arrive pas a me projeter aussi loin...

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

je ne sais pas c’est du work in progress...

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?

J’ai une passion pour les cours de gym en club de sport sur fond de grosse musique Dance. Ca procure des très bonnes montées pendant 1h , Adele remixée avec un gros beat, Jimmy Sommerville en medley avec technotronic, Rihanna en version EDM, c’est intense.

La Playlist de Maud

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On y était - Soirée Pan European à L’Autre Canal

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Koudlam, Judah Warsky, Flavien Berger, Buvette, L’Autre Canal, Nancy, le 14 mars 2015

Judah Warsky, Flavien Berger, Buvette et Koudlam : elle sentait bon, la grosse affiche du label Pan European accueillie par la SMAC nancéienne l’Autre Canal à l’initiative de l’association Monolithe, qui organise des concerts en Lorraine depuis 2006. C’était un plateau promo très cohérent, quatre apostolats pour propager les évangiles du label parisien distillés par une ambiance électro-pop aux approches plurielles. J’étais donc préparé à un mélange de douceur et d’effervescence sur fond d’empathie musicale, ce soir-là je voulais que le beat m’aime autant que Jésus et j’étais prêt à me plonger dans une ritournelle interminable et confortable de quatre heures de mélancolie suave et de bonbons sucrés, jusqu’à en perdre la notion du temps ou celle de l’équilibre. Ou les deux.

L’Autre Canal, c’est donc la SMAC du coin, un bloc de béton intérieur rouge planté entre les péniches du canal de la Meurthe et le nouveau secteur résidentiel dont la municipalité s’évertue à vouloir étendre les façades atones et uniformes jusqu’au stade Marcel-Picot. Le cadre manque d’un quelque chose de festif, ce qui contribue sans doute, et c’est tant mieux pour les voisins, à limiter l’agitation à l’intérieur du complexe qui n’attend que ça, quitte à nettoyer les reliquats alcoolisés des teenagers qui se sont collés une mine avant de passer la sécu sans se demander si 120 décibels et 40° de mirabelle ne font pas 160 tours minute dans la tirelire. Heureusement ce soir-là, le public est un beau panel de trentenaires, ou presque.

Le programmateur de la salle m’apprend que Buvette, Warsky et Berger se relaieront dans un seul et même enchaînement sans pause avant de céder la scène à Koudlam, et c’est Buvette qui entame le warm up. Cheveux longs, poncho ethnique, c’est le fils du soleil mais il peine à tiédir la salle. Ce n’est pas faute d’y mettre du zèle en s’approchant, micro en main et oscillant du bassin, pour chantonner gentiment vers une salle remplie au tiers seulement, à honorer plus que son contrat par une présence agréable et enthousiaste. Le type est vraiment sympa, le beat est bon, l’acoustique flotte un peu quelque part mais la voix claire de Cédric Streuli complète parfaitement les aigus mignons de ses intrus. Seulement voilà, Buvette, c’est la tiédeur incarnée. Ce ton monocorde, cette approche simpliste à quelques pas de l'easy listening mais dénuée de tout second degré m’empêchent de trouver une vraie crédibilité aux prod du Suisse, qui manquent d’affirmation, voire d’autorité. C’est de la poésie, mais de ce genre où la versification l’emporte sur la musicalité. Les toniques sont quasi absentes et le rythme manque d’une certaine richesse, et si sur quatre morceaux, dont The Sun Disappeared, la formule passe bien, cette licence poétique très personnelle finit par lasser. Je vais discrètement bailler dans ma bière à l’extérieur de la salle et prendre le frais et une clope pour me réveiller en attendant Flavien Berger.

Berger, c’est ce type qui il y a un peu plus d’un an se faisait connaître par un morceau kraut de vingt minutes tout en douceur et progression, sur fond d’expérience intérieure spatio-onirique. Taré, et tellement dans l’héritage de Klaus Schulze. Ses prod arythmiques sur la durée, mélanges sucrés de saveurs pop, kraut et classiques, son phrasé suave, ses lyrics Dada et son goût pour l’improvisation en live ont piqué ma curiosité. J’avais en outre été bien chauffé par les textos dithyrambiques de mon pote Gaspard qui s’était rendu la veille au Trianon. Sans rien me révéler, mon blind-test dummy avait excité mon système limbique. Normal qu’aux trois premières notes des Véliplanchistes, je me rue dans la salle pour trouver la place qui me fera apprécier au mieux le set, mais je ne la trouve pas. En fait, Berger est partout, derrière ses consoles, micro autour du cou, devant la scène, un peu sur le côté, à balancer sa tignasse mi-longue et chercher le contact avec le public du regard et de la voix, au point de venir chanter son amour martien dans la salle. C’est du clubbing planant, c’est brillant de contraste et de pertinence, et Flavien nous complète cet excellent départ par une exclu intitulée Inline Twist, au beat percutant dans une approche plus club que les autres morceaux, plus stridente et abrupte aussi. Il s’amuse, il « rajeunit » (sic) et nous aussi. Comme promis, il laisse une grosse place à l’impro, pas seulement sur les transitions mais dans les compos elles-mêmes, sur leur longueur, leur intensité, leurs variations. Au cinquième ou sixième morceau (ça reste dur à définir), Berger nous campe une sorte d’edit de Frànçois & The Atlas Moutains pour conclure par un soliloque musical interminable ponctué de vocalises, de bombes lâchées au moment opportun, de plages ultra planantes. Le mayonnaise a pris, personne ne veut rompre le lien, pas plus le public que Flavien, et la transition s’opère en douceur et discrétion avec Judah Warsky.

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Judah a beau chanter de plus en plus en français et réveiller mon snobisme primaire et complètement injustifié à l’égard des paroliers poursuivis par un héritage moliérien confinant à la névrose, je me sens une connexion avec ce type depuis Turzi, une connexion avec son univers sombre et introspectif. Et c’est comme ça qu’il débute son set, dans l’obscurité, campé entre deux pratos comme un écorché. L’ambiance est plus oppressante, la voix puissamment filtrée, le beat est pesant, lourd, il tape là où il faut. Le tout gagne en puissance dès le deuxième morceau, I Lost It, la prose de son texte se perd dans la texture chevrotante de sa voix inégale, les breaks sont parfaits, les silences émoustillent et laissent à peine le temps à l’oreille de se tendre pour guetter la suite du morceau que déjà le tympan se rétracte. Judah Warsky, c’est l’homme des influences, celles qu’il puise dans des répertoires composites pour ciseler un mélange confondant et poétique qui ne perd rien en live, au contraire. Bruxelles, premier titre de l’album éponyme, nous est imposé par une mesure somptueusement lourde et à grand renfort de réverb. Les lights nous pètent les yeux mais on est dans le noir avec lui, jusqu’à sa relecture de William Blake dans Painkillers & Alcohol, berceuse triste et sombre qui assoit une texture soyeuse pour mieux dissimuler les épingles cachées dans sa fibre. À l’invitation de Judah, une partie de la salle se met à danser un slow apathique et désenchanté, et les couples imbibés et enlacés sont rapidement rejoints par Warsky lui-même qui entre dans sa propre danse sans lâcher son micro. On est tous là pour nous amuser et même en l’absence de salle comble, l’artiste laisse sa décontraction et sa bonhomie gagner le public jusqu’au fondu au noir final. Pause.

Koudlam. J’avais préparé mes plus beaux godillots pour les secouer sur Negative Creep mais l’ambiance n’est pas celle attendue et c’est en vain que j’ai tenté de me laisser marcher sur les pieds par les quelques enthousiastes agités de soubresauts qui m’ont plus fait mal au cœur qu’aux orteils. Peut-être est-ce à mettre en rapport avec un dernier album, Benidorm Dream, qui avait levé chez moi quelques interrogations sur la progression stylistique de Koudlam, du moins qui m’avait laissé sceptique sur sa motivation à prolonger l’approche esthétique trompeusement simple et nonchalante qui m’avait tellement séduit dans Goodbye ou son EP Alcoholic’s Hymns. Ou peut-être est-ce à cause de l’attitude désabusée de Koudlam on stage, caché derrière des lunettes de soleil, un strobo agressif et sa guitare, qui finira par lui faire défaut et tourner le dos au public pendant dix bonnes minutes. Ou peut-être est-ce tout simplement parce qu’il s’est restreint à jouer les morceaux de son dernier album en omettant Negative Creep, jusqu’à ses premiers mots à l’adresse du public, “Bonne nuit Nancy”, lassante et énième relecture d’un rappel convenu invitant le public à se rendre digne des meilleurs morceaux, qu’il ne manquera évidemment pas de jouer. Negative Creep donc et enfin, See You AllSunny Day et Alcoholic’s Hymns, on est dans le répertoire qu’on connaît et qu’on a attendu qurante-cinq minutes. On a même droit à quelques esquisses d’une prestation scénique timide mais méritée. Gros capital sympathie tout d’un coup, c’est un beau rattrapage qui réconcilie Koudlam avec le public, et le type ne s’arrête plus, il se tape un bœuf tout seul, bière et clope à la main, après un second et bref rappel. Tirant parti du “meilleur pour la fin”, je décide de remballer mon tempérament atrabilaire pour rester sur une bonne impression finale qui, si elle ne me fera pas revenir trop tôt à un concert de Koudlam, m’évitera de rester sur un sentiment de déception.

Credits photos : Arnaud Vezain pour Monolithe


Maud Geffray - 1994 (PREMIERE)

Le 30 janvier dernier a eu lieu la release party à la Gaïté Lyrique de l'EP-film 1994 initié par Maud Geffray, moitié du duo Scratch Massive, et sortant physiquement demain, le 3 février, sur Pan European Recording. L'occasion pour la néo-parisienne d'inviter à ses côtés, Altern 8, Optimo et The Hacker, en plus de son fidèle camarade de jeu Sébastien Chenut, et de présenter le film, montage d'images tournées en super 8 par Christophe Turpin lors d'une rave ayant eu lieu en 1994 sur les côtes de Carnac en Bretagne et autour duquel le projet s'est cristallisé. Figurant sans discontinuer l'irrépressible hédonisme s'étant emparé sporadiquement de l'hexagone cet été là et né d'une techno alors balbutiante de côté-ci de la Manche, où comme le dit si bien Maud Geffray la temporalité était distendue au point de ne représenter plus qu'une série de petits matins sans fin, 1994 est avant tout un touchant témoignage synthétisant à la fois visuellement et musicalement une insouciance parenthèse estivale. S'écartant quelque peu de la noirceur émotionnelle qui fait l'âme de Scratch Massive, Maud Geffray a retravaillé cette collection d'images, où l'on devine sa fluette silhouette, composant parallèlement l'évanescent morceau qui l'englobe, prenante montée extatique à la coloration intemporelle. Le tout est à découvrir ci-après, en plus des réponses aux quelques questions qu'on lui à posé.

Vidéo (PREMIERE)

Maud Geffray l'interview

Alexia Cayre

1994 c'est désormais un EP-film pour toi. Mais c'est avant tout une année charnière dans ta vie. Tu peux nous en parler, nous décrire ce que tu as vécu, et faire le lien avec ce film ?

1994, une année charnière parce que je découvrais une nouvelle musique, et aussi tout un nouveau monde. J'etais une ado à Saint-Nazaire (petite ville de loire atlantique) et là bas, soit on écoutait de la musique qu'on aimait chez nos potes (de la new wave, de la pop de manchester, les Pixies , Morissey…), soit je sortais en boite pour rigoler mais la musique y était du genre abominable… de la grosse Dance immonde. C'est cette année là où j'ai découvert la techno et les raves parties, énorme flash : une musique puissante, universelle, euphorisante, mais aussi la rencontre de nouveaux gens, de milieux sociaux très différents, des endroits de fêtes totalement improvisés, une liberté nouvelle. L'été 1994 bercé au rythme de la techno, à courir les raves, une véritable chasse au trésor. Pour moi ça n'a duré qu'un été à ce rythme, mais ça a fixé ma passion pour cette musique.

S'agissant du film, d'où vient cette collection d'images ? Où ont-elles été tournées ?

Cela faisait quelques années que me revenait aux oreilles cette histoire d'images d'une rave party qui circulaient, des images en super 8, tournées l'été 1994. Il semblait aussi qu'on m'apercevait dans cette vidéo. Je ne savais pas très bien comment m'y prendre pour la voir, qui possédait vraiment ces images, et j'ai laissé faire le hasard. Et quelques années plus tard, un garçon qui était à cette fête m'a remis les fameuses images et m'a mis en contact avec celui qui les avait tourné à l'époque. L'auteur des images s'appelait Christophe Turpin. Christophe avait tourné ces images au matin de cette fête improvisée dans les dunes de Carnac, en Bretagne. Quand le soleil se levait, il a sorti sa camera super 8 et il nous a filmé au milieu des dunes et des blockhaus. Je n'ai aucun souvenir de Christophe et sa caméra se balladant dans la fête. Le temps était en apesanteur, flottant. Christophe a su saisir ces gros plans sur les visages, le dancefloor disséminé, les dunes à perte de vue, ces images sont magnifiques.

J'imagine qu'elles sont représentatives à tes yeux de ce qu'a pu vivre une certaine minorité disséminée en France et inspirée de ce qui se faisait outre-Manche. Dans quelles dispositions as-tu eu la volonté de sortir ce film ? Est-ce une sorte de témoignage, d'éclairage documentaire ? Ou une sorte de pulsion mélancolique ?

C'est une pulsion, pas une pulsion mélancolique, à vrai dire je trouve ça presque antinomique. C'est une pulsion, un désir de rendre hommage, de raconter. Un trésor déterré qu'il fallait faire revivre. Il n'y a pas de point de vue documentaire, je suis de toute façon trop impliquée pour avoir un quelconque recul. Mais en tout cas, ressusciter des sensations, les partager, trouver un langage et une musique qui laisse les images d'épanouir. Essayer de donner aux images un visage intemporel, ne pas chercher à dater, à y coller une musique "d'époque", c'est plutôt un geste poétique.

Depuis la création de Scratch Massive en 1999, tu n'as jamais signé de composition en solitaire. Est-ce un début, une amorce, ou juste une façon de marquer ton attachement personnel à ce film ?

En fait au départ je me demandais quoi faire avec ces images.. un clip, autre chose? Mais j'avais envie que ce soit plus impliquant. Quand j'ai trouvé ce que je voulais en faire, c'est allé hyper vite, je m'étais donné une mission, et Seb (moitié de scratch massive) n'étant pas en france, ça m'a incité à travailler autrement. Il a fallu un mois de travail presque non-stop, de multiples allées et retour entre images et son, entre le studio son des Sex Schon et l'ordi de montage où je travaillais avec Basile Belkhiri, un ami.

Le morceau en lui-même est une sorte de montée volubile, lancinante et obsédante. Qu'as-tu voulu transmettre par ce biais ? Est-ce un clin d’œil particulier à cette époque ?

Oui c'est ça, une montée de basses grinçantes, lente, inexorable qui se termine par une éclosion de mélodies. Un sentiment de tension, on s'interroge, qui sont ces gens, c'est mystérieux, et petit à petit on se rapproche et la musique "s'ouvre". Il ya une volonté d'accompagner les images en les laissant vivre au maximum. La musique, c'était quelque part le seul point de vue possible sur l'objet. D'où cette volonté de pas le dénaturer mais l'accompagner en essayant de l'amener vers cette intemporalité. Un pur moment de rêverie.

Les morceaux de Scratch Massive qui suivent ont-ils été conçus avec cette même nostalgie de l'été 1994 ?

Non il n'y pas de nostalgie vivace concernant cette année, après c'est forcement une année fondatrice pour un paquet d'émotions, de couleurs musicales, et donc pour l'univers de scratch massive, oui. Mais je n'y vois pas de nostalgie, ça englobe ces forts souvenirs musicaux, plutôt.

La Gaïté Lyrique vous a laissé carte blanche le 30 janvier dans le cadre d'une release de l'EP-film. Peux-tu nous esquisser ta vision de ce line-up réunissant Altern 8, Optimo et The Hacker ?

Altern 8 j'ai toujours été fan d'eux et ça fait quelques temps que je voulais les voir jouer a Paris. Au Pulp j'avais essayé de le faire venir dans une de nos soirées mais ça ne s'était pas fait. Là c'est l'occasion rêvée, et puis Mark Archer est un excellent dj. Optimo parce qu'ils ont une collection de disques géniale et que j'adore leurs sets qui ne se contentent jamais de jouer les 3 nouveautés de maxis. c'est riche. Et the Hacker parce que je sais qu'il a une collection de disques de détroit qui vaut le détour .

Un nouvel album de Scratch Massive est attendu cette année. Tu peux nous en dire un peu plus sur la direction empruntée ?

La direction est en train de se faire. Comme on passe pas mal de temps à Los Angeles depuis l'an dernier, je pense que ça va jouer dans la couleur des nouveaux titres. la bas on se rend au studio en voiture tous les jours, au studio on a une petite fenêtre avec la vue sur les montagnes, et il y a fait une chaleur à crever. On ne va pas se mettre à la sokka dance ou à une musique des tropiques, mais en tout cas il y a une notion d'espace qui se dégage dans les tracks qu'on a démarré.

Tracklisting

Maud Geffray / Scratch Massive – 1994 (Pan European, 3 février 2015)

01. 1994
02. In the Wild
03. Jade
04. Micropoint
05. n the Wild II


Sir Alice - Concert Sauvage

Vous avez raté les publications quotidiennes sur notre page facebook des vidéos du concert sauvage de Sir Alice, alors c'est le moment de vous faire une séance de rattrapage !
Ces images vous donneront sans aucun doute l’envie de vous étonner une nouvelle fois de sa captivante personnalité lors d’un concert cette fois officiel le 4 octobre prochain à La Maroquinerie.

Vidéo

Sir Alice - Faithbox

Sir Alice - Phantom

Sir Alice - Holy Ghost


Sir Alice - U.F.O

Sir Alice - Bird Sanctuary


Jonathan Fitoussi l'interview

Nous sommes une génération baignant dans l'héritage des grands défricheurs de la musique contemporaine. Peu d'artistes en ont pleinement conscience. Lui, oui : Jonathan Fitoussi sort un premier album de musique minimaliste exigeant dont la beauté rend hommage aux grands compositeurs du siècle passé. Jonathan est affilié aux artistes américains de la scène minimaliste comme Steve Reich ou Philip Glass, mais il revendique les techniques d'enregistrement analogique développées par les maîtres du GRM comme Pierre Schaeffer ou Pierre Henri. Aujourd'hui, le jeune père de famille continue de travailler pour l'INA en restaurant les archives de la radio française, mais il accorde de plus en plus de temps à la musique. Un jour, dans un studio de la radio, alors qu'il écoutait un enregistrement de drone qu'il avait réalisé sur un orgue d'église, il fit la rencontre de Daniel Caux, l'homme derrière le label mythique Shandar qui a transformé sa vision de la musique. Signe du destin ou heureuse coïncidence, Jonathan marche dans les pas de ses pères, et nous le suivrons jusque sur la lune. Après de longues écoutes, comme on accomplit un voyage spirituel, vous aurez médité sur ce monde à la vitesse de la lumière, et l'année 2012 vous apparaîtra comme une fin tout à fait évitable. Cinq ans auront été nécessaires pour que la conjonction astrale favorise enfin la poussée de cette comète alors que d'autres sont déjà prêtes à quitter la constellation Pan European. Cet album stellaire est une invitation au voyage intérieur, chaque titre contient un fort potentiel émotionnel. Ouvrez grand vos oreilles, vous commencez à sentir vos muscles se détendre et votre respiration se ralentir. Maintenant, la possibilité que vos paupières glissent progressivement vers le bas et vous plongent dans l'obscurité est importante. Mais avec une bonne condition physique, vous parviendrez à parcourir des paysages projetés par votre subconscient et peut-être même à vous échapper de votre corps pour une petite balade astrale. Un album construit comme une bande originale de film expérimental. Imaginez des caméras plantées aux quatre coins de la galaxie, une œuvre du futur, un genre de Koyyanisqatsi monolithique où le spectateur embarque à bord d'une fusée avec un toit panoramique qui permet en fait de voir le film en direct... "Nous sommes transportés dans une autre Dimension. Une Dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais surtout d’Esprit. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination. Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : La Quatrième Dimension !"

Interview vidéo

Tracklist

Jonathan Fitoussi - Pluralis (Pan European Recording, 2012)

1. Cycle 500
2. Pluralis
3. Dreamscape
4 Errance
5. Résonance Magnétique
6. Surimpression
7. Emphase
8. Souffle Continu
9. Organium
10. Abysses


VA – Voyage 2 : Mort pour la France, French Underground Voodoo Music

paneuropean_mortpourlafranceRappelez-vous, c'était il y a un an jour pour jour. Annoncé dans mon bilan de fin d'année, Pan European figurait tout en haut de ma liste des labels à suivre de très près. Et pourtant s'en suivit une année discographique plutôt morne pour l'institution psychédélique imaginée par Romain Turzi et Arthur Peschaud. Après avoir gentiment secoué la scène alternative française de salves soniques tonitruantes et barrées (Koudlam, Kill for Total Peace), Pan revient sur le devant de la scène avec une nouvelle compilation hommage aux pèlerinages thébaïques et aux trips musicaux sans hallucinogènes. Remise à zéro des compteurs à travers quinze titres qui ouvrent l'écurie parisienne sur un nouveau cycle. Un premier séjour qui transpire l'americana. On retrouve avec plaisir Koudlam en crooner de l'Apocalypse, le temps d'une courte intro suintant la poussière et l'ayahuasca. La maligne Lisa Li-Lund, amoureuse virtuelle, décoche une balade synthétique du plus bel effet et pas si éloignée de son Big Crunch Theory tandis que Chicros pond un sabbath trouble et opiacé. Un morceau terriblement narcotique, laissant un goût cotonneux dans la bouche. Kill for Total Peace danse sur les cendres du Velvet le temps d'une transe aussi langoureuse que funeste. Et question occulte, David Spher'Os est plutôt collé en la matière. Les riffs envoûtants des Aqua Nebula Oscillator épousent la voix ténébreuse de leur leader sur le très macabre Dead Soul, mélodieuse incantation à laquelle il est difficile de ne pas céder. Même modus operandi pour la muse du groupe, Shazzula, qui préfère s'aventurer sur des sentiers électroniques frissonnants, illustrant la BO imaginaire d'un vieil épisode de Twilight Zone. A travers Renaissance, Romain Turzi laisse exploser son amour pour le Krautrock, délaissant les déflagrations de guitares pour des atmosphères planantes et stratosphériques. Un avant-goût de son prochain effort solo à venir cette année. Service assure la partie bruiste sur un Russians partagé entre le délire et le brutalité, une cocasserie jouissive à souhait (Putain ! L'album, il arrive quand ?). Et si on retrouve bien entendu l'éternel cousin de la maison Pan, Etienne Jaumet, trainant son saxo du côté de Détroit, une pléthore de petits nouveaux viennent grandir les rangs du label. Sir Alice, entendu la dernière fois sur Tigersushi, balade son spleen sur des mélodies boursouflées et saignantes. Bien derrière, Mogadishow & Mohini Geisweiller ne convainquent pas. Le combo se réfugie derrière des harmonies d'une profonde platitude à contrario d'un Jonathan Fitoussi dont le Cycle 500 pourrait bien faire de l'ombre aux expériences électroniques de Turzi ainsi que White & Sticky bricolant une new-wave franchouillarde tirée à quatre épingles.

Je n'ai pas plus besoin de m'étaler sur les autres objets du délit (Juan Trip', ), Voyage 2 coiffe son aîné au pilori. Derrière son sous-titre pompeux, cette compilation redore une fois de plus le blason de l'underground français et prouve que nous, petits frenchies, n'avons rien à envier à nos cousins frontaliers. La France est morte, vive la France.

Audio

Service - Russians

Tracklist

VA – Voyage 2 : Mort pour la France, French Underground Voodoo Music (Pan European, 2011)

1. Koudlam / I Will Fade Away
2. Lisa Li-Lund / 12000 Waves
3. Chicros / What Should I lie About?
4. Kill for Total Peace / Who is the Weatherman?
5. Sir Alice / Prophecy /
6. Juan Trip' & les Ordinateurs / Ping Pong (live in Paris 2010)
7. My Girlfrined is Better Than Yours / Toro
8. Aqua Nebula Oscillator / Dead Soul
9. Service / Russians /
10. White & Sticky/ Emile
11. Turzi Electronic Experience / Renaissance
12.Mogadishow & Mohini Gesweiller / Ordinary Shares
13. Etienne Jaumet / Tuner 2
14. Shazzula / Sciance Friction
15. Jonathan Fitoussi / Cycle 500


Kill For Total Peace l'interview

killfor

Bien avant que la nuit ne soit échaudée, je débarque frais et enjoué dans le bar du canal à l’idée de poser quelques questions aux petits prodiges du jeune label parisien Pan European. Je croise Arthur qui revient tout juste de Dakar où il a suivi Koudlam, suivant le dauphin dans son escalade scénique inter-planétaire. Il m’accompagne à l’étage où le groupe est en train… de dîner… Sourires francs, bonne humeur, blagues… C’est pas du tout ce que j’avais prévu, me voilà assis au milieu d’une bande de potes prêts à faire la teuf. Ce sont eux au final qui m’harassent de questions… Attention, entretien cocasse…

Comment se sont rencontrés les musiciens de Kill ?

D.Gage : Ca a commencé parce que je travaillais dans un magasin de disques, Intra est venu ensuite bosser un moment avec moi, il avait toute une bande de potes et voilà…

Intra Moros : Je connais les autres membres depuis le lycée, à part Wolfgang qui nous a rejoints au moment de l’enregistrement de l’album. Et maintenant on a un vrai Line-up complet…

Laden : Mmmmhhh… Excellentes ces carottes…

Qui compose dans le groupe ?

D.Gage : Intra Moros compose essentiellement la musique, alors que je m’occupe plus exclusivement des paroles. Mais il arrive qu’on le fasse ensemble également.

Intra Moros : C’est la base, mais on va continuer de construire autour tous ensemble.

Quel est la recette ou l’ingrédient secret de l’originalité de la musique de Kill ?

Wolfgang : Le mix ?

D.Gage : Ouais, un peu… On essaye aussi du classique… On créé notre propre son, tout en se servant de nos propres influences. On est tous inspirés par plein de styles de musique, on a tous acheté beaucoup de disques, on écoute beaucoup de musique, on a des influences à droite et à gauche…

Intra Moros : Chacun joue dans différents groupes donc chacun amène son identité propre…

Ressentez-vous le même engagement que les groupes psychés des 70’s ou est-ce pour vous plus un plaisir de jouer, ou de rendre hommage à cette culture ?

D.Gage : A la base c’est plus un plaisir de jouer…

Laden : On n’est pas des vrais marginaux en fait. Dans 70’s les mecs prenaient les instruments pour revendiquer des trucs…

D.Gage : Tu ne veux pas la fermer (rires).

Laden : Nous quand on fait de la musique, ce n’est pas un hommage mais c’est plus pour se sentir vivre. Pour ne pas se faire chier.

D.Gage : Non c’est réellement un plaisir de faire de la musique, on n’a à aucun moment pensé à l’engagement.

Intra Moros : Et puis les groupes psychés n’étaient pas forcement engagés.

D.Gage : On ne peut pas changer le monde avec notre musique, tout ce qu’on peut espérer c’est qu’un maximum de monde l’écoute. Après je dis ça, je ne dis rien (rires).

Vous actualisez malgré tout le rock psyché et dans le bon sens du terme. Pensez-vous que la fusion revienne à la mode, sous une forme différente ?

Intra Moros : On ne se considère pas vraiment comme psyché, je crois qu’on serait sorti sous un autre label, personne ne nous aurait catégorisés comme ça. On a un côté nettement plus garage.

Laden : Si tu regardes bien, sur Pan European il y a des groupes plus psychés que nous…

D.Gage : En fait, justement sur Kill for, il y a énormément d’influences. Il n’y a pas que du psyché. Il y des effets sur les instruments, c’est sûr : des échos, etc…

Intra Moros : Sachant qu’on a plus écouté de la musique des années 90 que du rock psyché.

Vous m’avouerez que vous sonnez quand même plus psyché que le dernier ANO qui est lui vraiment ultra garage?

Laden : Le dernier quoi, pardon ?

hartzine: Aqua Nebula… Under the moon of.

D.Gage : Ah oui… Oui, c’est sûr. Je crois que tu as raison, on ne renie pas le côté psyché, mais il n’y a pas que ça. Tu trouveras par exemple du dub, même si je n’aime pas trop le revendiquer, mais certaines mélodies s’en ressentent. Il y aussi de l’électronique… Donc nous ne sommes pas un groupe psyché mais faits de multitudes d’influences.

Intra Moros : L’effet scène donne peut-être aussi cette impression. C’est vrai que la musique s’envole peut-être un peu plus en concert que sur le disque. Mais la musique psyché à connotation super vaste, de groupes hippies californiens foireux à des trucs électroniques de l’époque qui en appellent à ton cerveau… Tu as des trucs des 50’s que l’on peut considérer comme psyché… De la musique classique aussi. Et nous on a plus écouté des trucs nineties comme Sonic Youth…

D.Gage : Mais moi, je n’ai pas écouté de truc 90’s, en tout cas pas tout de suite… C’est plus des anciens trucs du Velvet, ce genre de choses… Tout ce qui est Sonic Youth, Sebadoh, c’est venu vraiment beaucoup plus tard.

Intra Moros : Donc ce côté psyché, on l’a mais sans le vouloir en fait.

Je trouve qu’il y a un esprit culture US qui se dégage de vos lyrics, quelles sont vos passions à part la musique ?

Laden : Moi perso, c’est la géographie…

Intra Moros : C’est psyché la géographie

D.Gage : Ah mais attends… Je cherchais… Mais bien sûr… Le vin.

Le vin ?

Intra Moros : Louie Louie c’est l’Espagne.

D.Gage : Ah j’adore le vin et justement j’aimerais monter un bar à vin.

Laden : C’est Psyché…

D.Gage : Ouais, un bar à vin un peu psyché.

Louie Louie : Le vin, c’est totalement psyché… Après ça dépend ce que tu mets dedans.

Intra Moros : Moi ma passion c’est la clope… Après on va te faire les clichés : le cinoche, la lecture…

D.Gage : Les sorties entre amis… Sans le vouloir l’alcool joue une énorme partie dans notre vie… La musique et l’alcool… Et même si tu ne le veux pas toujours, c’est toujours là. Mais moi ça reste particulièrement le vin.

Laden : Wolfgang lui a une grande passion qu’on appelle la dope (Fou rire).

Wolfgang : Totalement passionné.

Et euh tu étudies en fait…?

Wolfgang : Non, je teste.

Ca a un petit côté psyché…?

Wolfgang : Non, pas vraiment… C’est plutôt scientifique en fait (rires).

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ?

Intra Moros : Nirvana… Syd Matters…

D.Gage : Arrête…

Laden : Bah non… Nirvana pareil… Quand on avait 13 ans, on matait en boucle les vidéos de Nirvana…

D.Gage : Non, la motivation c’est plus les mauvais groupes… Tu vois un mauvais groupe et immédiatement ça te donne envie de jouer.

Intra Moros : Du coup on est influencé par tellement de groupes dont on ne pourra pas te donner le nom car ils sont tellement pourris (rires)…

D.Gage : Et il y en a beaucoup en France en ce moment… Non des bons groupes… En fait c’est plus un groupe dont tu n’auras pas envie de monter sur scène après. Mais on se sent plus influencé par les groupes de merde (fou rire).

Et quels sont les groupes après qui vous flipperiez de passer ?

Général : Motorhead.

Intra Moros : Il y en a aussi beaucoup, il faut être réaliste. Même si a priori, il n’y a aucune raison… Mais quand même Motorhead…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

(personne n’arrive à s’entendre sur la question…)

Intra Moros : 67, 68, 69…

D.Gage : Attends redonne-moi la question s’il te plaît…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

D.Gage : J’espère que tout reste encore à écrire, sinon ça rendrait tout tellement déprimant…

Intra Moros : Il y a quand même une époque où les codes ont éclaté, et qui permettait aux musiciens d’aller là où ils voulaient.

Laden : Je dirais le début du rock’n’roll… Maintenant on se trouve dans une période de constants revivals décennie après décennie… On peut se poser objectivement la question si tout reste encore à écrire ou si tout est recyclé…

D.Gage : Je pense qu’il reste encore des choses à créer, sinon ça ne servirait à rien que l’on fasse de la musique.

Intra Moros : Cela dit, il y a quand même une époque qui marque un changement que ce soit dans la littérature, dans le cinoche… Je lis actuellement un bouquin sur les Beatles et qui parle de ça justement.

Louie Louie : Il ne faut pas croire que le changement ce sera de voir des mecs faire de la musique en tapant sur une casserole, et jouant sur une gratte pourrave… Autant faire ça chez toi, dans ta piaule, avec des instruments pourris…

D.Gage : Euh… Mais tout à l’heure tu m’as dit qu’il y avait une culture US, et surtout dans les paroles… Qu’est-ce qui t’as fait penser à ça ? On n’a pas cette connotation, surtout que je suis Anglais à la base…

C’était en rapport au titre Captain America sur Kill For, et la répétition de Superman dans Smokes sur l’album de One Switch to Collision?

Intra Moros : Exact… et De Niro aussi.

D.Gage : (Rire) Smokes ? C’est sur mon frère. Mais c’est cool, on a enfin trouvé quelqu’un qui écoute les paroles.

J’ai pensé que vous aviez peut-être une culture comics?

D.Gage : Bah oui forcément, j’essaye d’être un super-héros et je veux sauver le monde.

Bon continuons vers la dernière question…

Général : Oh non… non ! (Rires)

Non, mais ne vous inquiétez pas on vous fera une interview par concert… Mais cela dit ma question ne porte pas sur Kill, puisque j’ai entendu dire que One Switch pourrait revenir sur le devant de la scène…

Laden : Intox… Intox…

D.Gage : Qui est-ce qui t’a dit ça ?

(Je sifflote)

D.Gage : Pour l’instant on ne sait pas, on finit 3 morceaux. On les sortira peut-être en 45 tours. Mais on reste focalisé sur Kill for Total Peace. One Switch reste un peu en pause, mais on ne sait jamais.

Intra Moros : Plus pour un délire de potes à la campagne, mais pour l’instant aucun album de prévu. Mais cela dit tu es peut-être mieux informé (rires).

D.Gage : Nan mais c’est marrant, t’as vraiment entendu ça ? En tout cas si tu as des news, dis-le nous quand même (fou rires)….

Akitrash

On y était - A Psychedelic Night

psyche

A Psychedelic night : Kill for Total Peace & Friends avec Os’Cultus / Antilles /Chicros / Kill for Total Peace, Paris, Le Point Éphémère, 11 février 2010

accédez directement à l'interview de Kill for Total Peace

Avant d’être un terme tellement utilisé pour désigner les années hippies et usé pour pointer du doigt les utilisateurs de psychotropes hallucinogènes, le mot psychédélique a été inventé afin de retranscrire l’état d’éveil du subconscient. L’étymologie du mot signifiant « révélateur d’âme ». Ce terme, nous le devons a priori à un psychiatre, lors d’un de ses échanges avec le non moins célèbre écrivain du Meilleur des mondes, Aldous Huxley, selon la bible des bibles : Wikipédia. Alors si on trouve une certaine affiliation chez Pan European à un mouvement rock dont on attribua les expérimentations à l’usage du LSD on reconnaîtra également cette démarche de tenter de repousser plus loin les portes de la perception d’un auditeur trop souvent au bord de la neurasthénie. On n’est pas médecin au Point Ephémère, attention, mais on ne vous nourrit pas le cerveau avec de la soupe en sachet, et cette nouvelle Psychédélic Night de nous le prouver…

Le premier à grimper sur les planches est le blackbird David Spher’Os, qui lâche un moment les vibes transcendantales d’Aqua Nebula Oscillator pour se fourvoyer de plain pied dans le côté obscur. Si on ne connaît pas grand-chose du side-project occulte du grand manitou d’ANO, celui-ci ne va pas mettre longtemps à consigner les avis. Le moteur ronronne sévère, et soulève la poussière, pas d’embardée, puissance maximale, et on sort le garage façon heavy. Os’cultus met une râclée à son public, et la joue nous en pique encore. Riffs électriques dont le courant parcourt chaque centimètre de ma peau. C’est violent, c’est brutal, et ça pulvérise mes sens. Le groupe joue son rôle messianique dans cette grande messe noire qui se veut l’apologie d’un rock hystérique et satanique. On applaudit des moignons.

Antilles prendra la relève et attise toutes les curiosités… Aucune info ne circule sur le groupe, ils sont totalement transparents sur la toile et de l’aveu même de D.Gage rencontré quelques heures plus tôt, ils n’auraient aucune actualité… Je dois dire que c’est bien dommage. Le concert commence par cinq bonnes minutes de cacophonie, avant que le trio s’accorde dans une montée tribale hypnotique qui n’aura de cesse de captiver l’auditoire tout au long de leur prestation. La comparaison vous semblera sûrement pourrie, mais je me suis senti transporté dans le sanctuaire de Scion, en plein milieu de cette trilogie imbuvable qu’est Matrix… Vous vous rappelez, la scène des festivités au début du second épisode. Déchaînement aliénant pour aliénés. La perte de repères sensoriels, les yeux à moitié révulsés, le corps convulsé par la transe… Tous ces facteurs réunis qui vous transportent dans un état de bien-être absolu, le corps parcouru d’électrochocs saccadés. Dommage que le dernier morceau ait évolué vers un marasme noise bordélique, extirpant le public de son extase et le détournant de l’orgasme musical final. Reste que l’on surveillera de très près les futures activités de ces étranges manipulateurs de perceptions.

C’est un peu tendu que j’attends la venue de Los Chicros. Le groupe mené avant tout par Philippe Monthaye et Mathieu Warsky (claviériste chez Turzi) m’avait auparavant déçu par sa facette trop lisse et son côté bon enfant. Pourtant, on me rassure, le combo a durci le ton et sonne désormais plus sec. Et me voilà donc euphorique dès les premiers morceaux qui envoient du pâté et décollent le papier-peint. Dans la foule j’entends alors des bêlements et des piaillements, j’aurais dû voir les choses venir… Dès la troisième chanson, la pop reprend le dessus et l’énergie se métamorphose en accalmie, ce qui a pour résultat d’ankyloser mes jambes et de les ancrer bien profondément dans le sol du point FMR. Les mélodies me transpercent sans me transcender, me traversent sans me renverser… Au final, rien n’a vraiment changé, Los Chicros paye en monnaie de singe et je reste l’âne bâté…

Il se fait déjà bien tard lorsque la lumière de la salle tombe enfin. On ne va pas non plus se mentir, le clou du spectacle c’est eux. Qui ? Les enthousiasmants Kill for Total Peace. Pourtant chacune de leur entrée sur scène dégage une impression d’inquiétude. Cette froideur, l’engouffrement des ténèbres qui enveloppe la salle, la rythmique synthétique de Captain America, l’écran géant qui envoi des images détournées de bombardiers, puis la voix de D.Gage qui suit une mesure quasi-militaire glace le sang. Je me retrouve alors en parfaite catalepsie alors qu’Oliver se déchaine sous le stroboscope et que la lumière blanche m’aveugle, m’hypnotisant totalement alors que sur scène s’est déchainé une vague frénétique emportant tout sur son passage. Les cinq membres s’unissant autour de deux syllabes : Kill For… L’entité se confond au tréfonds de l’obscurité apparaissant par larsens et échos. Je savoure chaque note, chaque mot, chaque geste de ce qui ressemble le plus à mes yeux comme la renaissance de la période manquée de la grande Madchester. La symbiose parfaite d’un rock acid, au folklore primitif, s’alliant à des sonorités électroniques post-modernes et avant-gardistes.

Cependant erratum sur la narration, votre reporter aura quitté la salle un peu trop tôt bien qu’il l’ait regretté… Il était donc juste de rétablir la balance, et d’établir la lumière sur les événements rapportés par notre cher Intra Moros. Hélas Etienne Jaumet n’aura pas eu le plaisir de monter sur scène. Une vive dispute éclatant pour un malheureux joint du côté de la batterie, le plateau aurait sombré dans le chaos, laissant les spectateurs frustrés et échauffés devant la tension qui régnait sur la scène. Devant le ton ultra borderline, l’organisation du point FMR aurait préféré mettre un terme à la soirée avant que ça n’aille trop loin. Qui a dit que Kill For Total Peace n’étaient pas Rock’n’roll ? La revanche sera donné le 17 Mars à l’International, votre narrateur y sera, il leur doit bien ça…

Photos

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Kill for Total Peace l'interview

killfor

Bien avant que la nuit ne soit échaudée, je débarque frais et enjoué dans le bar du canal à l’idée de poser quelques questions aux petits prodiges du jeune label parisien Pan European. Je croise Arthur qui revient tout juste de Dakar où il a suivi Koudlam, suivant le dauphin dans son escalade scénique inter-planétaire. Il m’accompagne à l’étage où le groupe est en train… de dîner… Sourires francs, bonne humeur, blagues… C’est pas du tout ce que j’avais prévu, me voilà assis au milieu d’une bande de potes prêts à faire la teuf. Ce sont eux au final qui m’harassent de questions… Attention, entretien cocasse…

Comment se sont rencontrés les musiciens de Kill ?

D.Gage : Ca a commencé parce que je travaillais dans un magasin de disques, Intra est venu ensuite bosser un moment avec moi, il avait toute une bande de potes et voilà…

Intra Moros : Je connais les autres membres depuis le lycée, à part Wolfgang qui nous a rejoints au moment de l’enregistrement de l’album. Et maintenant on a un vrai Line-up complet…

Laden : Mmmmhhh… Excellentes ces carottes…

Qui compose dans le groupe ?

D.Gage : Intra Moros compose essentiellement la musique, alors que je m’occupe plus exclusivement des paroles. Mais il arrive qu’on le fasse ensemble également.

Intra Moros : C’est la base, mais on va continuer de construire autour tous ensemble.

Quel est la recette ou l’ingrédient secret de l’originalité de la musique de Kill ?

Wolfgang : Le mix ?

D.Gage : Ouais, un peu… On essaye aussi du classique… On créé notre propre son, tout en se servant de nos propres influences. On est tous inspirés par plein de styles de musique, on a tous acheté beaucoup de disques, on écoute beaucoup de musique, on a des influences à droite et à gauche…

Intra Moros : Chacun joue dans différents groupes donc chacun amène son identité propre…

Ressentez-vous le même engagement que les groupes psychés des 70’s ou est-ce pour vous plus un plaisir de jouer, ou de rendre hommage à cette culture ?

D.Gage : A la base c’est plus un plaisir de jouer…

Laden : On n’est pas des vrais marginaux en fait. Dans 70’s les mecs prenaient les instruments pour revendiquer des trucs…

D.Gage : Tu ne veux pas la fermer (rires).

Laden : Nous quand on fait de la musique, ce n’est pas un hommage mais c’est plus pour se sentir vivre. Pour ne pas se faire chier.

D.Gage : Non c’est réellement un plaisir de faire de la musique, on n’a à aucun moment pensé à l’engagement.

Intra Moros : Et puis les groupes psychés n’étaient pas forcement engagés.

D.Gage : On ne peut pas changer le monde avec notre musique, tout ce qu’on peut espérer c’est qu’un maximum de monde l’écoute. Après je dis ça, je ne dis rien (rires).

Vous actualisez malgré tout le rock psyché et dans le bon sens du terme. Pensez-vous que la fusion revienne à la mode, sous une forme différente ?

Intra Moros : On ne se considère pas vraiment comme psyché, je crois qu’on serait sorti sous un autre label, personne ne nous aurait catégorisés comme ça. On a un côté nettement plus garage.

Laden : Si tu regardes bien, sur Pan European il y a des groupes plus psychés que nous…

D.Gage : En fait, justement sur Kill for, il y a énormément d’influences. Il n’y a pas que du psyché. Il y des effets sur les instruments, c’est sûr : des échos, etc…

Intra Moros : Sachant qu’on a plus écouté de la musique des années 90 que du rock psyché.

Vous m’avouerez que vous sonnez quand même plus psyché que le dernier ANO qui est lui vraiment ultra garage?

Laden : Le dernier quoi, pardon ?

hartzine: Aqua Nebula… Under the moon of.

D.Gage : Ah oui… Oui, c’est sûr. Je crois que tu as raison, on ne renie pas le côté psyché, mais il n’y a pas que ça. Tu trouveras par exemple du dub, même si je n’aime pas trop le revendiquer, mais certaines mélodies s’en ressentent. Il y aussi de l’électronique… Donc nous ne sommes pas un groupe psyché mais faits de multitudes d’influences.

Intra Moros : L’effet scène donne peut-être aussi cette impression. C’est vrai que la musique s’envole peut-être un peu plus en concert que sur le disque. Mais la musique psyché à connotation super vaste, de groupes hippies californiens foireux à des trucs électroniques de l’époque qui en appellent à ton cerveau… Tu as des trucs des 50’s que l’on peut considérer comme psyché… De la musique classique aussi. Et nous on a plus écouté des trucs nineties comme Sonic Youth…

D.Gage : Mais moi, je n’ai pas écouté de truc 90’s, en tout cas pas tout de suite… C’est plus des anciens trucs du Velvet, ce genre de choses… Tout ce qui est Sonic Youth, Sebadoh, c’est venu vraiment beaucoup plus tard.

Intra Moros : Donc ce côté psyché, on l’a mais sans le vouloir en fait.

Je trouve qu’il y a un esprit culture US qui se dégage de vos lyrics, quelles sont vos passions à part la musique ?

Laden : Moi perso, c’est la géographie…

Intra Moros : C’est psyché la géographie

D.Gage : Ah mais attends… Je cherchais… Mais bien sûr… Le vin.

Le vin ?

Intra Moros : Louie Louie c’est l’Espagne.

D.Gage : Ah j’adore le vin et justement j’aimerais monter un bar à vin.

Laden : C’est Psyché…

D.Gage : Ouais, un bar à vin un peu psyché.

Louie Louie : Le vin, c’est totalement psyché… Après ça dépend ce que tu mets dedans.

Intra Moros : Moi ma passion c’est la clope… Après on va te faire les clichés : le cinoche, la lecture…

D.Gage : Les sorties entre amis… Sans le vouloir l’alcool joue une énorme partie dans notre vie… La musique et l’alcool… Et même si tu ne le veux pas toujours, c’est toujours là. Mais moi ça reste particulièrement le vin.

Laden : Wolfgang lui a une grande passion qu’on appelle la dope (Fou rire).

Wolfgang : Totalement passionné.

Et euh tu étudies en fait…?

Wolfgang : Non, je teste.

Ca a un petit côté psyché…?

Wolfgang : Non, pas vraiment… C’est plutôt scientifique en fait (rires).

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ?

Intra Moros : Nirvana… Syd Matters…

D.Gage : Arrête…

Laden : Bah non… Nirvana pareil… Quand on avait 13 ans, on matait en boucle les vidéos de Nirvana…

D.Gage : Non, la motivation c’est plus les mauvais groupes… Tu vois un mauvais groupe et immédiatement ça te donne envie de jouer.

Intra Moros : Du coup on est influencé par tellement de groupes dont on ne pourra pas te donner le nom car ils sont tellement pourris (rires)…

D.Gage : Et il y en a beaucoup en France en ce moment… Non des bons groupes… En fait c’est plus un groupe dont tu n’auras pas envie de monter sur scène après. Mais on se sent plus influencé par les groupes de merde (fou rire).

Et quels sont les groupes après qui vous flipperiez de passer ?

Général : Motorhead.

Intra Moros : Il y en a aussi beaucoup, il faut être réaliste. Même si a priori, il n’y a aucune raison… Mais quand même Motorhead…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

(personne n’arrive à s’entendre sur la question…)

Intra Moros : 67, 68, 69…

D.Gage : Attends redonne-moi la question s’il te plaît…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

D.Gage : J’espère que tout reste encore à écrire, sinon ça rendrait tout tellement déprimant…

Intra Moros : Il y a quand même une époque où les codes ont éclaté, et qui permettait aux musiciens d’aller là où ils voulaient.

Laden : Je dirais le début du rock’n’roll… Maintenant on se trouve dans une période de constants revivals décennie après décennie… On peut se poser objectivement la question si tout reste encore à écrire ou si tout est recyclé…

D.Gage : Je pense qu’il reste encore des choses à créer, sinon ça ne servirait à rien que l’on fasse de la musique.

Intra Moros : Cela dit, il y a quand même une époque qui marque un changement que ce soit dans la littérature, dans le cinoche… Je lis actuellement un bouquin sur les Beatles et qui parle de ça justement.

Louie Louie : Il ne faut pas croire que le changement ce sera de voir des mecs faire de la musique en tapant sur une casserole, et jouant sur une gratte pourrave… Autant faire ça chez toi, dans ta piaule, avec des instruments pourris…

D.Gage : Euh… Mais tout à l’heure tu m’as dit qu’il y avait une culture US, et surtout dans les paroles… Qu’est-ce qui t’as fait penser à ça ? On n’a pas cette connotation, surtout que je suis Anglais à la base…

C’était en rapport au titre Captain America sur Kill For, et la répétition de Superman dans Smokes sur l’album de One Switch to Collision?

Intra Moros : Exact… et De Niro aussi.

D.Gage : (Rire) Smokes ? C’est sur mon frère. Mais c’est cool, on a enfin trouvé quelqu’un qui écoute les paroles.

J’ai pensé que vous aviez peut-être une culture comics?

D.Gage : Bah oui forcément, j’essaye d’être un super-héros et je veux sauver le monde.

Bon continuons vers la dernière question…

Général : Oh non… non ! (Rires)

Non, mais ne vous inquiétez pas on vous fera une interview par concert… Mais cela dit ma question ne porte pas sur Kill, puisque j’ai entendu dire que One Switch pourrait revenir sur le devant de la scène…

Laden : Intox… Intox…

D.Gage : Qui est-ce qui t’a dit ça ?

(Je sifflote)

D.Gage : Pour l’instant on ne sait pas, on finit 3 morceaux. On les sortira peut-être en 45 tours. Mais on reste focalisé sur Kill for Total Peace. One Switch reste un peu en pause, mais on ne sait jamais.

Intra Moros : Plus pour un délire de potes à la campagne, mais pour l’instant aucun album de prévu. Mais cela dit tu es peut-être mieux informé (rires).

D.Gage : Nan mais c’est marrant, t’as vraiment entendu ça ? En tout cas si tu as des news, dis-le nous quand même (fou rires)….

Akitrash

PAN EUROPEAN… Défricheur de talents

panEst-ce que la musique française survivra aux années 2000… Dur à dire, alors que l’hexagone s’enfonce dans le tout mercantile grâce au virage télé-réalité qui fait doucement mouiller les petites culottes des adolescentes pré-pubères et qui marque le retour des tubes en carton-pâte période Top 50. Même la pop s’enlise dans le préfabriqué et les idoles d’hier reviennent le temps d’un hit, histoire de s’assurer le plan retraite sur la Côte d’usure.
Lobotomisée par le tabassage médiatique et publicitaire, une jeune scène va s’extirper de la masse, saisissant rapidement que son désarroi vient de cet état de stagnation et de conditionnement, et va tenter de dynamiter les codes appliqués par les majors toutes puissantes qui alimentent l’auditeur lambda depuis des décennies de bouses infâmes, tout en se réclamant d’une loi inconstitutionnelle afin de lutter contre le téléchargement. Ainsi Tyler Durden l’avait prédit :

" On est les enfants oubliés de l’histoire mes amis. On n’a pas de but ni de vraie place. On n’a pas de grande guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression c’est nos vies. "

Pourtant Pan European est de cette génération montante, de ces héros qui nous rendent fier de notre patrie, allant s’abreuver au sein de la sainte trinité du rock 70’s: Kraut, Psyché, Noise, et brandissant fièrement un étendard aux inscriptions D.I.Y depuis leur QG du Point Ephémère. Pan European c’est Arthur Peschaud et Romain Turzi, qui non contents de redéfinir les fondations même du rock avec leur groupe, sous le patronyme du très charismatique leader Versaillais, embarquent avec eux une ribambelle d’artistes enterrés dans les cartons de leur label Record Makers, et signent sous cette nouvelle structure la compilation Voyage: Facing The History of French Modern Psychedelic Music. L’impact est immédiat. Non seulement ce petit label déniche des zicos plus passionnants les uns que les autres, mais offre un défrichage musical qui fait table rase sur des années de piétinement et d’embourbement, se renouvelant à travers des influences parfois oubliées. A ce titre une rencontre s’imposait…

La rencontre

Il est 20 heures du mat’ et il fait un froid de gueux sur les bords du canal Saint-Martin. Je fume une dernière clope avant de rejoindre Arthur Peschaud avec qui j’ai rendez-vous pour une interview. Une fois passées les portes du Point Ephémère, je le repère au bar et salue l’artiste. Le contact est facile, on prend un verre, venu accompagné d’une amie qu’il connait parfaitement, ça déride forcement. Ambiance posée, on parle de tout et de rien, mais il va bien falloir commencer cette foutue interview. Ce n’est pas que je suis pressé, mais je suis curieux. A peine, le temps de chercher mon micro, qu’Arthur grimace et me fait comprendre gentiment que le jeu des questions-réponses, c’est plus le domaine de Romain (Turzi). Il s’excuse d’ailleurs pour son absence. Il n’y a vraiment pas de quoi. Dans tous les cas de figures, pas du genre à vouloir froisser, je m’adapte et remballe mon microphone.

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Arthur commence par me parler de Koudlam, en bonne étoile montante du label, mais pas que. On sent chez Arthur une vraie admiration autant pour l’homme que pour sa musique. Il nous annonce d’ailleurs qu’il le suivra très prochainement à Dakar en tournée, et semble tout excité à l’idée de faire ce voyage. J’en profite pour lui asséner une ou deux questions sur le dandy qui finalement reste un mystère pour le grand public et semble cultiver une certaine distance avec lui. Pourtant selon le demi-boss paneuropéen, y a pas plus cool que lui, mais il est d’accord que ma description Gainsbarre-Walker-Vega colle parfaitement à l’image scénique du perso. Mais franchement il ne faut pas se fier aux apparences. Ceux qui l’auront découvert lors de la présentation de B à l’Elysée Montmartre ou à l’happy birthday du Point FMR sont invités à revoir leur jugement et de s’entasser à la Flèche d’or le 16 Janvier prochain. Moi, j’avais trouvé sa prestation tragique et plutôt grandiose en fait.
On e72aqua-nebula-oscillator002nchaîne directement sur Aqua Nebula Oscillator, et je ne peux m’empêcher de demander à Arthur comment il conçoit ses journées avec des personnalités aussi affirmées que les membres d’ANO, ou Koudlam. A priori gêné au premier abord, ma question le fait sourire, et nécessite un petit voyage dans le temps. Il me parle de l’époque de Record Makers, lorsqu’il travaillait encore comme homme à tout faire et voyait ces démos dormir dans des cartons. Il me fait comprendre que peu importe l’individualité de la personne ou son délire, il faut parfois aller au-delà. Pan European ne fait pas dans mercantilisme inutile et ne se vendra jamais pour une pub ou autre chose, c’est avant tout un noyau d’artistes qui cherche à explorer d’autres univers et se réunit autour d’un amour commun. Un peu hippie P.E ? Fuck that !
Il est temps d’aller faire un tour dans le laboratoire à idée, je suis donc l’homme dernière la barre, qui nous conduit dans l’antre du Studio de Turzi. Tout semble plongé dans la culture allemande et légèrement dadaïste (drapeaux, ouvrages sur l’Outre-Rhin, vieux vinyles de Kraftwerk qui trainent dans un coin....). Arthur s’empresse de nous dégourdir les esgourdes, et nous blablatons sur les critiques majeures que reçoit Pan European. Un artiste ressort bien entendu, celui de Koudlam, et Arthur de s’amuser de nous raconter l’anecdote d’une interview de Jean-Michel Jarre parue dans Technick’art, pour ne pas les citer. Il s’affaire à nous passer Zoolook, dernière œuvre de ce génie de l’électronique qui (l’avouant de lui-même) sombra tout de suite après dans les méandres de l’europop et citant en long et large Koudlam comme héritier… Se verrait-il faire son come-back auprès de l’auteur de Goodbye ? Affaire à suivre… Mais plus pris par l’ambiance à la fois étouffante et planante du studio, une question me brûle les lèvres… Est-il encore possible de nos jours d’enregistrer des albums psyché comme The Pipe at Gates of Dawn de Pink Floyd ou Kraut comme Tago Mago de Can, avec autant de pureté ? De créer un bijou indémodable ? Pierre, qui avait mixé l’indétronable A de Turzi, et qui vient de nous rejoindre, ne peut s’empêcher de me répondre : « Et le public, serait-il prêt accepter une telle clarté, nos oreilles salies par toutes les "merdes" qui nous assaillent sauraient-elles reconnaitre la perfection et l’apprécier ». Touché. Arthur, de son côté, est plus optimiste et pense à une véritable redistribution des cartes. Les majors se cassent la gueule, les CD des émissions poubelles engrangent de moins en moins de profit… Aujourd’hui l’underground s’éveille, les vrais artistes sortent de leurs terriers, et ne se cantonnent pas à un style mais inventent de nombreux genres totalement nouveaux à la frontière d’influences anciennes. Il n’y a plus de Mainstream, mais plein. La musique se divise en artères, en veines, puis en minuscules vaisseaux sanguins afin d’alimenter un public qui enfin s’est réveillé.

osc
J’alimente ensuite en dérivant sur One Switch To Collision et Kill For Total Peace, dont le dernier bénéficie d’un buzz surnaturel. Il semble assez soulagé par mon engouement, et est totalement conquis par ma réaction. Il faut dire que Kill For c’est deux ans de travail acharné et ininterrompu depuis le lancement de la compilation Voyage… Si Kill For est le dernier album siglé Pan European à avoir atterri dans les bacs, il reste pourtant l’un des tout premiers projets d’Arthur et de Romain. Et malgré son amour pour le psyché, le producteur visionnaire me fait part de ses envies de changer de registre. Le premier pas se fera en signant Service, groupe obscur donnant dans le rock noise à consonance métalleuse. Un brin synthétique, mais avec la lourdeur du drone, ce quatuor risque fort de faire son petit effet. D’autre part, totalement influencé par la musique world, Arthur aimerait lancer une vague de compilations regroupant une pléthore d’artistes maghrébins autour d’un concept comme les désert sessions de Josh Homme. D’ailleurs il nous citera le dernier Omar Souleyman (au côté du dernier Rebotini) dans son top de l’année. Il se dit proche de labels comme Sublime Frequencies ou Honest Jon’s en terme d’influence. Et se propose d’ailleurs de nous en faire écouter quelques morceaux.
Alors qu’une petite troupe s’est ameutée par l’enivrante hystérie provoquée par les mélodies de Group Bombino qui jaillissent des enceintes, il est temps pour moi de m’éclipser. Je remercie chaleureusement Arthur, que je retrouverai bientôt cette fois-ci derrière sa basse au cours d’un live donné par Turzi au Showcase. Je retrouve donc le froid, et la neige. Exit l’ambiance chaleureuse du Point Ephémère, dur retour à la réalité. Et c’est en m’engouffrant dans le métro que survient le déclic, et que je me rappelle avoir oublié un truc essentiel. Merde, pourquoi un paon ? Au fait vous ai-je déjà dis que Phantom Of Paradise était l’un de mes films préférés.

Akitrash

Discographie

voyageVoyage - Facing The History of French Modern Psychedelic Music (PAN, 2008)

Ok, je sais que ça peut paraitre réducteur comme ça, mais tout est dans le titre. La première sortie du label Pan Européean est un balayage de tout le spectre de la musique post-moderne et psychédélique actuelle à travers une compilation regroupant des artistes si prometteurs qu’on se demande encore comment ils ont pu rester inconnus si longtemps. De la chevauchée sauvage (The Dog) de Service au millésime opiacé et parasité de Lisa Li-Lund, sans oublier l’aérien Mantra de Mogadishow ou la très jazzy improvisation de Rob, qui s’affaire plus aujourd’hui à réaliser des tubes electro-douteux chez Institubes ; rien n’est à jeter. Un voyage sans escales au cœur d’un rock 60’s qui n’avait jusqu’à présent fait qu’effleurer notre douce contrée et qui s’y plonge après quelques quatre décennies de retard dans un élan de folie pure qui vous donne le vertige. Voilà un disque qui aurait fait une très bonne BO pour un nouveau Jodorowsky.

Ecouter

Lisa Li Lund - Heavy Horse

Ulysse - The Countess's Smiles


ano-anoAqua Nebula Oscillator – Aqua Nebula Oscillator (PAN, 2008)

La première chose qui me vient à l’esprit quand je pense à ANO, c’est « La famille ». Pas le cocon, pas le nid douillet parental, mais la secte maudite dirigée par le criminel le plus redouté de tous les Etats-Unis : Charles Manson. Pourquoi ? Car Aqua Nebula ne joue pas, mais vit sa musique jusqu’à l’habiter quitte à être maudit. Alliage contre-nature entre rock post-hippie et gothisme caverneux, chacun des titres de cet album éponyme pue le LSD et autre psychotrope. David Spher’Os, Takumi Lida rejoints par l’inégalable Juan Trip entrainent leur auditoire à embarquer dans leur train fantôme direction les catacombes. Une bonne respiration d’éther est fortement conseillée. Des morceaux comme St Trip ou Pox on you vous laissent avec un sourire béat que seule peut provoquer la démence. Contrairement aux champis ce disque est à consommer sans modération mais peut malgré tout provoquer de risque fort cas d’accoutumance. 100% hallucinogène.

Ecouter

ANO - Pox On You

ANO - Take A Long Walk


koudlamKoudlam – Live at Teotihuacan (PAN, 2008)

Cri d’amour en l’honneur d’un peuple disparu (en voie de disparition ?) dont certains aimeraient enterrer jusqu’à l’existence sous une chape de béton, c’est ce que nous offre cet ex-écumeur de raves natif d’Abidjan sur ce magnifique EP dont le grandiose flirte avec le tragique. Ce crooner post-millénariste fait pleurer des larmes de sang sur la destruction des origines de notre civilisation (The Great Empire, Eagles of Africa) et dresse ce constat amer de sa voix rauque et plaintive : L’homme construit, l’homme détruit (See you all). Où comment faire passer un message à travers la musique et avec brio, qu’écrivains, documentalistes, et autres artistes tentent vainement d’exprimer depuis des décennies.

Ecouter

Koudlam - Eagles Of Afrika

Koudlam - The New Order


one-switch-to-collision-korrectOne Switch To Collision – Korrect! (PAN, 2008)

Le premier groupe chorale de Pan European, puisqu’il regroupe à la fois des membres de Kill For Total Peace et Turzi, passe immédiatement du court au long. Jouant sur l’ambigüité territoriale, One Switch To Collision se positionne avant tout comme un groupe multicartes, passant du kraut au psyché sans que rien ni personne n’ait compris ce qui se passe, leur nom en portant d’ailleurs les stigmates. Si je ne devais garder qu’un album du label effervescent parisien, ce serait celui-ci. Véritable leçon de musicalité, aussi tonitruante que vaporeuse. La voix de D.Gage est à rapprocher de celle de Bobby Gillespie période post-Jesus & Mary Chain, à la fois soul et narcotique, se baladant sur des riffs de guitares tantôt affolants, parfois neuroleptiques, mais sonnants toujours juste. Ajoutez à cela un climat brumeux et enfumé, dans lequel résonne l’écho d’un orgue au son retro et une batterie qui enchaine les ruptures pour mieux déclencher l’embardée d’envolées lyriques puis embardées volcaniques et vous serez encore loin de deviner le potentiel auditif de One Switch To Collision. Que se soit sur Smokes, Bist Du Korrect ? ou le puissant Small Box of Wax, cette troupe de huit zicos réussit l’exploit impossible d’égaler le choucroute-rock planant de Can et Amon Düül ainsi que le british psyché d’Hawkind, voir de Pink Floyd. Mention spéciale au flamboyant Psychotic Sunday, soit seize minutes de corrosion mentale et de leçon d’hypnose. Surpuissant !

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OSC - K9 Itch

OSC - Bist Du Korrect


ano-under-the-moon-ofAqua Nebula Oscillator – Under The Moon Of… (PAN, 2008)

Autant être honnête dès le départ, j’ai eu un mal fou à rentrer dans ce nouvel opus de nos devil’s rejects. Refonte du line-up, changement brutal d’ambiance, un titre se rapprochant de celui de Twilight 2, une pochette faisant penser à un fly pour un concert de Punish Yourself… Et pourtant, après quelques écoutes je dois bien avouer m’être finalement pris au jeu de cette nouvelle mouture d’ANO qui tronque ses atmosphères de hululements pour fleurs fanées à la cithare contre un garage-rock que n’auraient pas dénigré les MC5 tout en conservant leur costume d’Halloween. Il faudra pourtant s’habituer au chant tranchant de la Cruella, Shazzula, qui partage le devant de la scène avec l’unique vétéran du groupe David Spher’Os. Under The Moon Of… est certes un album qui déconcertera les fans de la première heure du combo machiavélique et psycho-tropique. Mais qu’on se rassure le chaos ambiant n’empêchera pas les moments de bravoure que sont Lost in space ou Flying Mountain. Et la déjanterie reprend vite dessus alternant accélération et aquaplaning aérien menant l’assistance jusqu’à l’aliénation. LSD Therapy qu’ils appellent ça… Buvards non-fournis par contre. SIC !

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ANO - Flying Mountain

ANO - Silver Moon


koudlam-goodbyeKoudlam – Goodbye (PAN, 2009)

Intituler son second album Goodbye pourrait paraitre prétentieux ou malvenu de la part du jeune artiste ultra-buzzé, Koudlam. Pourtant, le message n’est pas à prendre au pied de la lettre, il ne s’agit d’un adieu du musicien à la scène, mais bien d’un constat de crise où finalement le monde s’écroule sous nos pieds et nous tire sa révérence. Cet au revoir, c’est nous tous qui le scandons, car seule échappatoire au final, la mort.
Voici un disque profondément perturbant tournoyant autour de la destruction, qui sur bien des points me rappelle le concept-album de Nine Inch Nails, The Downward Spiral. Ce thème de prédilection, l’artiste le partage notamment avec son illustrateur, ami et parfois mentor Cyprien Gaillard.
La voix écorchée de Koudlam déchire les aortes sur Love Song qui détourne le slogan Johnny Lyndon période P.I.L et se transforme complainte le temps de la petite mort que dure Goodbye. On retrouve forcement See you all, hymne devenu prophétique ainsi que le World-Cold-wave Eagles of Africa dans une version totalement identique à celle déjà présente sur Live at Teotihuacan.
L’homme au regard de dauphin déchaine sa rage sur Middle, morceau new-wave sur lequel le chanteur rentre en transe, fusionnant avec le beat à la fois inquisiteur et inquiétant et laissera finalement les éléments s’exprimer sur Waves of Mutilation. Le ciel devient sombre, et nous assistons impuissant à l’écroulement de toute la civilisation moderne dans un fracas frénétique en l’occurrence synthétique.
Le monde attendait un nouveau prophète, pas de doute le voici. Mais celui-ci ne sera pas religieux, et son message d’amour sera doux comme la lame d’un rasoir glissant sur artère.

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Koudlam - See you All

Koudlam - Wave Mutilation


kill-for-total-peace-kill-forKill For Total Peace – Kill For (PAN, 2009)

Voir D.Gage bouger son corps comme Shaun Ryder qui aurait mangé du « Bez », avec son look de Steve Rogers en chantant Captain America, fait toujours son petit effet. Si Kill For Total Peace ressemble à un slogan militaire pour agrandir les rangs des troufions qui partaient au Vietnam, l’esprit révolutionnaire lui se ressent réellement dans la musique du quintet à la fois foutraque et suintant le perfectionnisme. Psychédélique et schizophonique ! Bang ! Bang ! Une balle dans la tête et ascenseur pour l’Elevator Love. On gonfle rapidement les rangs des fanatiques du Total Fuzzzzzzz, on bugue, on accroit le buzz et on se drogue à l’adrénaline pure envoyée par décharges à travers nos oreilles. Fuck Dreams, is my reality comme je répondrais à cette connasse de Sophie Marceau, et lui sucrerait sa sur-boum pour lui asséner les sonic-booms d’un Sunshine, collage électrique d’influences multiples et éclectiques. Pulvérisant toutes les audaces, Kill For est un album qui prend résidance bien confortablement au centre même du cerveau, prenant le contrôle de vos synapses, faisant tomber les pions comme le jeu d’échecs. Tout le génie du groupe se trouve là, dans cette capacité à rendre leur musique si addictive qu’elle vous ferait passer 6 minutes 41 en 50 seconds. Que quelqu’un me vire ce putain de casque, je n’arrive plus à m’arrêter…

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Kill For Total Peace - 50 seconds

Kill For Total Peace - Residance