On y était - Orval Carlos Sibelius à la Flèche d'Or

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Super Forma a réussi à bouleverser les oreilles de la rédaction avec ses mélodies accrocheuses et sa production psychédélique renversante. La qualité du son d'Orval Carlos Sibelius a été confirmée lors de ce concert à la Flèche d'Or où nous avons pu capturer deux titres des disques précédents, histoire de patienter gentiment jusqu'en aout pour les voir à nouveau sur la plage de Saint-Malo.

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Orval Carlos Sibelius - Super Forma

Est-il acceptable à notre époque de rendre une chronique musicale avec près d'un mois de retard ? Certes non car désormais le temps presse, tout va désormais plus vite, tout va désormais si vite. Cependant, par-delà les excuses, bien légitimes, que j'adresse à mon employeur adoré, je tiens, sans pour autant chercher à me disculper, à légitimer quelque peu cet écart calendaire. Ce retard est en très grande partie imputable à cette œuvre avec laquelle je me suis de prime abord innocemment et gentiment acoquiné jusqu'à ce que les liens nous unissant tournent littéralement à l'obsession. Car accepter de pénétrer dans les entrailles de Super Forma, nouveau super (long) format d'Orval Carlos Sibelius revient à renoncer à toute vision simpliste de l'analyse critique, le principal questionnement n'étant plus de se demander si nous sommes en présence d'un bon ou d’un mauvais disque mais bien d’une œuvre majeure ou d’une œuvre indispensable. Et vous m’accorderez aisément que ce genre d’interrogations, si rare et si précieuse, est susceptible de perturber au plus haut point n’importe quel véritable amoureux du quatrième art partageant la vision de l’ami Friedrich qui affirmait il y a déjà bien plus d’un siècle que sans la musique, la vie serait une erreur.

Car le temps devient une notion somme toute relative à l’écoute de ce nouvel essai d’Axel Monneau composé sous ce nom si hétéroclite qu'il en devient révélateur. En effet, ce qui le rend si particulier, c'est qu'il parvient à rendre atemporelle une musique composée à tous les temps. Œuvre certes kaléidoscopique puisant ses racines à la source du plus pur psychédélisme sixties, cet opus n'en dévoile pas moins peu à peu une problématique bien plus riche et complexe qu'elle n'y paraît. Si ce phénomène décidément bien à la Mods tendant à lorgner respectueusement du côté des illustres aînés ne peut être ici occulté, la force de Super Forma est d'y ajouter un bon quintal d'audace et d'ingéniosité lui permettant non pas de réécrire l'Histoire mais d'y ajouter un nouveau chapitre. Dans un genre similaire, si nous avions pu récemment trouver plaisant l'essai de Jacco Gardner, force est de constater qu'après s'être délecté de Super Forma, le Cabinet of Curiosities du Flying Dutchman, nous paraissant soudainement on ne peut plus prévisible, semble désormais voler au ras des tulipes.

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Si Sonho de Songes, tel un rêve éveillé, annonce de la plus belle des manières la Chevauchée Nocturne et le Lever de Soleil, la suite n'en sera que plus somptueuse, cultivant ce sentiment de clair-obscur où tour à tour, ombres célestes et lumineuses fulgurances viendront s'entremêler en plein cœur de ce road-movie sans âge. De cinéma, il est d'ailleurs question tant Super Forma, au gré des écoutes, nous invite à mettre en image nos propres obsessions comme sur Super Data, instrumental d'un classicisme renversant lorgnant du côté d'Ennio Morricone et François Deroubaix, ravivant toute cette filmographie d'Henri Verneuil et autre José Giovanni ayant bercé notre enfance. Projectionniste de profession, Axel Monneau parvient ainsi à mélanger les arts avec justesse et à-propos. Et les époques également. En témoigne le majestueux Spinning Round et sa pop psychédélique diablement moderne, flirt improbable, excusez du peu, entre John Cunningham et The New Lines sous l'oeil approbateur de Blur en pleine session d'enregistrement au Maroc de Think Tank (laboratoire d'idées, tiens tiens...). Et que dire de Desintegração jonglant avec les folies douces de Kevin Ayers et Steve Marriott et la virtuosité des Byrds tandis qu'Asteroids, météore à tendance surf-rock de moins de trois minutes dans la plus pure tradition West Coast invite les fantômes des Trashmen en plein film de Georges Lautner. Nulle question de se fâcher, bien au contraire. Et le jeu des émotions ne cesse de s'accélérer, du délicat et calme Bells sorti tout droit des White Christmas Sessions des Beach Boys avec son orchestration subtile et ses jeux de voix savamment distillés en passant par le dantesque et luxueux final d'Archipel Celesta pas très loin des dernières expérimentations des copains de label Yeti Lane, ici, tout n'est que volupté. Nous tremblons d'inquiétude à l'écoute de Calufon, sépulcrale ritournelle puis frissonnons de bonheur dès l'entame de Good Remake, morceau doux et sucré comme une rencontre entre Teenage Fanclub et les Posies, à ériger au rang de classique pop doté d'un sens mélodique si évident et familier. Ce genre de morceau vous ramenant à la vie, cette vie faite de ces si rares moments où la béatitude l'emporte sur les vicissitudes. Les quinze minutes de Burundi, dernière destination offerte, clôturent entre traditionalisme et expérimentations modernes ce fabuleux voyage empli de terres inconnues jalonnées d'endroits pourtant si familiers, parfaite synthèse d'un artiste capable de nous offrir la plus trépidante des aventures dans le confort le plus sécurisant.

Odyssée musicale à tiroirs ne révélant ses merveilles que par infimes touches écoute après écoute, Super Forma s'inscrit donc dans cette lignée des disques rares, ceux-là mêmes générant l'envie de les partager avec nos plus proches amis tout en ayant le regret de ne pouvoir les garder pour nous seuls. Clapping Music, après The Echo Show de Yeti Lane l'année dernière, sort donc sa seconde merveille absolument inclassable... et donc indispensable. Ces œuvres riches s'appuyant sereinement sur le passé et le présent pour mieux envisager le futur. Ne cherchez plus le vrai renouveau de la scène française, il éclate enfin au grand jour, discret et talentueux, originel et original, la marque des (super) grands.

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Tracklist

Orval Carlos Sibelius - Super Forma (Clapping Music, 2013)

1. Sonho De Songes
2. Desintegração
3. Asteroids
4. Spinning Round
5. Super Data
6. Bells
7. Archipel celesta
8. Cafuron
9. Huong
10. Good Remake
11. Burundi


Orval Carlos Sibelius - Recovery Tapes

Dépassons ensemble l'obstacle du nom de l'artiste, si vous le voulez bien. Je sais, ça sonne bizarre et vous devez imaginer un chanteur de folk chilienne à tendance hippie. Moi pareil, j'avoue que sur la liste du mois des artistes à découvrir, j'aurais eu vite fait d'appuyer sur next. Mais ma déontologie est indéfectible et vous me remercierez bientôt. Car ces Recovery Tapes bidouillées sur un quatre pistes et presque entièrement jouées par le pas du tout chilien Orval Carlos Sibelius sont tout simplement un petit bijou. Ou plutôt un petit caillou précieux.

Pour l'origine, dévoilons tout de suite la véritable identité de ce monsieur à l'allure chafouine. Connu pour certains sous son autre pseudo, Snark, sous lequel il a sorti quelques EP d’expérimentations électroniques, Axel Monneau a exercé ses talents dans le très estimé projet Centenaire. Poulain de l'écurie Clapping Music (lire), et en attendant un "vrai" album, qui devrait voir le jour début 2012, voilà de quoi nous ouvrir l’appétit. Recovery Tapes, sorti le 21 septembre dernier, ce sont dix titres dévastateurs, urgents et sincères pour se remettre d'une rentrée trop rapide, d'une crève pré-hivernale ou d'une rupture douloureuse. Perles pop qui restent en tête longtemps, le peu n'est pas l'ennemi du bien pour ce musicien arrangeur de talent. Que les énergumènes qui ne jurent que par Garage Band aillent se rhabiller. Orval tricote une pop légère, habile et regorgeant de trouvailles sonores. On l'imagine fouillant dans un bric à brac d'instruments délirants, à la recherche du son qui va donner ce ton désuet et lumineux qui accroche avec une facilité déconcertante. Déclarations punk express avec King Caju ou Invisible, odes douces-amères à celle qui n'a pas voulu l’épouser, First Book of Songes et Recovery Days instillent une mélancolie chamallow, avant que Sufflamen Bursa et Under The Carrot Sky ne nous emmènent faire un petit road trip en Amérique du Sud, et tiens, pourquoi pas au Chili ? Car oui, avec ce son de guitare bien sec et ces chœurs lointains, on s'en rapproche sans s'en rendre compte. La folk psyché du néo-hippie christique Devendra Banhart se dilue dans ce glorieux feu de joie d'une quinzaine de minutes. On croisera aussi Sebadoh sur Alihyde, référence ultime du moment, mais jamais aussi justement célébrée que dans ces deux minutes trente-quatre secondes.

Allez, il paraît que les nineties reviennent... Mais qui s'en soucie en vrai ? Certainement pas Orval Carlos Sibelius, qui nous livre une belle promesse, aussi brève qu'efficace, celle d'une guérison totale et heureuse (à découvrir ci-dessous en streaming). On guettera avec impatience la sortie de l'album.

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Tracklist

Orval Carlos Sibelius - Recovery Tapes (Clapping Music, 2011)

Side 1
01. I Don't Want a Baby
02. First Booke of Songes
03. King Caju
04. Recovery Days
05. Sufflamen Bursa

Side 2
06. Sientelo
07. Alihyde
08. Dead Slug
09. Under the Carrot Sky
10. Invisible