Oneohtrix Point Never - Age Of

Encore une fois, Daniel Lopatin n’a pas besoin de forcer le passage pour qu’on s’écarte. Le gredin génial derrière Oneohtrix Point Never est l’un des compositeurs de musique électronique les plus fascinants de cette époque et chaque album concocté par ses soins est là pour le rappeler. Une plongée abyssale dans un vivier créatif des plus surprenants, entre musique savante tendance geek et broyage expérimental dérangeant tant intrusif.

Délaissant le minimalisme sibyllin qui faisait la réputation de ses premiers albums, il s’enfonce depuis Garden Of Delete, sacré monstre tardif de l’année 2015, dans une marre gluante qui côtoie le sublime. Oneohtrix Point Never pousse avec son Age Of cette dualité à son paroxysme, jouant d’un dialogue entre fond et forme qui redore le blason de l’ignoble et salit celui de la beauté. Qui agglutine les époques aussi. Une distorsion de temps, de lieux et d’actions qui passe ou casse mais explose les sens pour peu qu’on y soit réceptifs.

Le poreux Age Of s’ouvre sur un petit raffinement à base de claclaclavecins (type MIDI toujours), envolée lyrique qui se diffracte rapidement et glisse vers le trouble technologique bon marché qu’on lui connaît volontiers depuis Sticky Drama. Oneohtrix Point Never distille une paranoïa ambiante, terriblement adolescente, la satisfaction de semer une petite terreur concoctée par un nerd de service, solitaire et incompris, qui broie les sons à l’infini sur une console de mixage de tamagotchi. Un grand détournement, brillant et visionnaire.

Qu’elle soit baroque ou cheap, la puissance de l’étreinte de ses compositions ne rate jamais sa cible et impressionne ; elle est l’ultime pression avant l’apocalypse. Quelques invités de marque se succèdent sur un tapis non pas rouge mais aux couleurs fluo, comme autant de lignes qui s’impriment sur l’écran d’un minitel de bas étage - James Blake et Prurient, pour ne citer qu’eux. Mais la patte directrice reste la même, il s’agit de faire vibrer jusqu’au plus loin des entrailles (Warning) et de déstructurer tout schéma explicatif : myriad.industries, The Station.

C’est littéralement viscéral. Parce qu’on n’est toujours pas sûr de vouloir savoir ce qui se passe dans sa tête. Puis parce que ce registre épique est frappé d’une complexité qui rend les choses bien plus intelligentes. Last Known Image Of A Song, enfin, laisse le Demogorgon sommeiller dans un coin et clôt le disque avec ce mood incroyable, aussi signé Kelsey Lu, un spleen de retour à la réalité qui rappelle les meilleures heures de Warp à la gloire de l’ambiant des nineties.

Age Of a une forme chelou, des compositions déchiquetées et un magnétisme exceptionnel. Musique électronique pour mauvaise connexion internet, c’est le truc du crapaud et de la blanche colombe, ou l’esthétisme voué aux gémonies. Oneohtrix Point Never pond de nouveau un portrait flippant de ton pire cauchemar mais le joue sur la scène d’un prestigieux opéra. Pour mieux te perdre, mon enfant.

Vidéo

Tracklist

Oneohtrix Point Never - Age Of (Warp, 01 juin 2018)

01. Age Of
02. Babylon
03. Manifold
04. The Station
05. Toys 2
06. Black Snow
07. myriad.industries
08. Warning
09. We’ll Take It
10. Same
11. RayCats
12. Still Stuff That Doesn’t Happen
13. Last Known Image Of A Song


VIDEOSTAR 09

Gene Daniels, Ruston, Washington, August 1972

photo©Gene Daniels

Il n’y a pas LA vidéo de la semaine, chaque lundi, et toutes celles qui ne méritent pas d’y figurer. On arguera que tout est une question de timing et que, pour le coup, en décembre on a de quoi faire niveau rodomontade familiale. Avant l'indigestion, on ne manquera pas de prendre ainsi dans la tronche la saillie Tough Luck des anglais d'Eagulls, originaires de Leeds et conciliant, sur un premier LP prévu en 2014 via Partisan Records, post-punk à la Gang of Four et grunge pété made in Seattle, d'apprécier la mélancolie blême de The Lord is Out of Control des écossais de Mogwai - qui nous ont avoué avoir fait figurer ce morceau sur Rave Tapes, disponible le 20 janvier, car leur ami, Antony Crook, avait une idée en tête s'agissant de sa transposition à l'image -, d'halluciner devant la réalisation par le duo Daniel Spindler et Martin Eichhorn de l'imprononçable Einundzwanzig de l'électronicien allemand Jan Roth - extrait de l'album L.O.W. sorti en juillet dernier sur Sinnbus Records -, de s'amuser tel un lolcat en chaleur de la mise en smiley par John Michael Boling de Boring Angel d'Oneohtrix Point Never, et enfin, de sautiller gaiement à l'écoute de Forgiven/Forgotten, pop-song éraillée d'Angel Olsen qui trustera désormais le roster de Jagjaguwar avec un LP Burn Your Fire For No Witness annoncé pour début février. De quoi enterrer définitivement, on l'espère, Best Coast.

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Vidéos

http://www.youtube.com/watch?v=fVcGkU2b5Ak#t=33

http://www.youtube.com/watch?v=KbwIFzxD1-w

http://www.youtube.com/watch?v=eRrfun4sdOo&feature=youtu.be

http://www.youtube.com/watch?v=qmlJveN9IkI

http://www.youtube.com/watch?v=PinTAGbIsV4#t=88