Bamba - Nephilim

Quand je pense à Montpellier, je pense surtout à la gare de Montpellier Saint-Roch, dans laquelle j’ai passé un temps infini à attendre des Intercités théoriquement sur le départ, ou alors à Nicolas Bourriaud, tentant une énième fois de réinventer "l’exposition" comme le dernier ersatz d’un monde hétéro-blanc post-moderne déjà enterré. Rien de sexy a priori. Et franchement, en tombant sur Nephilim de Bamba, je me dis que j’aurais dû mettre ces heures à profit pour aller écouter un peu la musique qu’on produit là-bas.

Imaginiez-vous possible une sorte de croisement parfait entre MHD, afrotrap et Bala Club, néo dancehall, reggaeton, dubstep, grime et autres chelouteries électroniques ? Parce que c’est à peu près comme cela qu’on pourrait parler de Bamba. Le tout chanté en français et en espagnol.

Si on a tous et toutes découvert la puissance musicale de MHD après un buzz YouTube, quelques segway et deux trois moqueries mal placés à son égard, on connait moins, ou en tout cas on envisage moins ce qu’il a apporté, consciemment ou non, comme tentative esthétique. L’afrotrap n’est pas un vain mot, un vain concept marketing. C’est un genre possible. Une sorte de digestion entre le hip hop autotuné à la française, le zouk, l'afro-beat et l'électronique des plus monstrueuses. On connaît aussi la vivacité de la scène hip hop française SoundCloud, de Thanas à Jäde en passant par les productions de Rolla, Bon Gamin et tout le crew Retro X. Sans parler de la scène électronique bizarre qui tourne autour de Bala Club (lire) ou Janus - dont on a déjà abondamment commenté l’intérêt.

Et bien Bamba croise tout ça pour produire un album dont les tracks ne laissent pas de marbre. On y retrouve le demi-dieu King Doudou, qui produit quasiment tout ce qui se fait d’intéressant à travers le monde, B Skippy, Endgame, Wwwings ou encore l’incontournable DJ NA. Bref, la grande classe des internets réunie dans un album français. Bamba réussit donc un pari étrange et plein de promesses, un grime à la française, un néo-afrobeat, un dancehall bizarre, un reggaeton chelou, une sorte de bailefunk voire, si on peut parler de zoukbass, de la zoukbass. Presque un genre à lui tout seul.

On entend sur Nephilim aussi bien des références au hip hop le plus connu, Booba, MHD, PNL, en tout cas beaucoup d’autotune, que des productions néo-kuduro à la Lycox ou encore un truc assez Gqom. C'est une incarnation de l’hybridation comme mode de production, un album aussi singulier que brillant.

Ce qui, peut-être, caractérise le changement d’époque et de paradigme qu’on vit, dans la musique comme ailleurs, c’est une hybridation réelle. Une hybridation qui n’est plus injonction à l’ironie permanente mais au contraire pratique concrète. Pratique concrète dont le matériau est un ensemble de genres ou de matériaux d’habitude relégué à la moquerie ou aux gros yeux des critiques. Peut-être qu’au fond, c’est cela le changement : la fin post-moderne, une fin de l’ironie comme injonction et un retour à une sincérité réelle qui a sans doute plus à voir avec les monstres et les sorcières qu’avec un énième nouveau placement produit. Plus à voir avec une production sans a-priori. Bref, plus à voir avec l’art et la vie vraiment confondus.

Vidéo

Tracklist

Bamba - Nephilim (07 janvier 2018)

01. Hummin
02. Badman Place (prod. by B Skippy)
03. Tarpé (prod. by ENDGAME x Wwwings)
04. Deseo
05. Heartless
06. Dans le mood (prod. by Ahadadream)
07. LB (Ft. LosBelamigos)
08. Atsuko Jackson
09. Aku-Aku (prod. by King Doudou x Daniel Haaksman)
10. Vampira (prod. by DJ NA)
11. Rebirth