Who are you Weyrd Son Records?

_ever Alive_artwork_frontRencontré lors d'un concert d'Animal Bodies et Bestial Mouths qu'Hartzine organisait à l'Espace B en novembre 2012 - les premiers cités reviennent d'ailleurs à Paris flanqués de Black Bugs (Event FB) -, Michaël Thiel, venu exprès de Bruxelles pour l'occasion, n'en était alors qu'aux balbutiements de l'aventure Weyrd Son - aucune sortie n'ayant encore noirci les lignes de son discogs. L'année 2013 changera radicalement la donne : une compilation rassemblant dix-sept groupes d'ici et là et réunis autour d'un projet tribute et d'une esthétique sombre et minimale - parmi lesquels Scorpion Violente, Deathday, Led Er Est, Newclear Waves ou Mushy -, sortira en début d'année, très vite suivie par deux EP : un split réunissant l'Italienne Valentina Mushy et la Londonienne Monika Krol de Meddicine en août, puis un 45T d'une seule face de feu Linea Aspera, conjuguant synthétiseurs et noise d'un seul tenant. 2014 ne devrait pas démériter, Michaël, collectionneur et amateur de beaux objets vinyliques, ayant son plan d'attaque : un premier LP égrainé en avril et dénommé Perte d'Identité de Marie Davidson - moitié d'Essaie Pas et révélant ici une formidable écriture dans les eaux troubles de la mélancolie et de l'étrange (lire) - bientôt rejoint sur le calendrier d'un triumvirat de sorties dont le maxi Vide de Koban, formation post-punk de Vancouver, prévu pour juillet et dont l'obsédant morceau 401a est à découvrir ci-après. Profitant ce cet entretien pour faire d'une pierre deux coups, on lui a soutiré une mixtape - à écouter et télécharger ci-après - dédiée au catcheur Ultimate Warrior. Michaël Thiel est un passionné, presque héréditairement, œuvrant avec le discernement nécessaire afin d'accorder souci du détail, sélectivité, honnêteté et une certaine forme d'humour. Ce qui n'est pas rien au royaume de l'ombre.

Audio (PREMIERE)

Entretien avec Michaël Thiel

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Michaël, Weyrd Son est un jeune label. Peux-tu nous dire d'où tu viens, quel est ton parcours et ce qui t'a conduit à créer ce label ?

J'ai eu l'idée de créer ce projet un matin d'avril 2012, alors que se précisait l'envie de travailler sur un album hommage à mon père et à sa musique au travers de son projet cold/dark wave du début des années 80, Snowy Red. Ce matin-là, tout un tas de choses, d'envies quant à ce projet se faisaient plus précises et me faisaient fantasmer. Les groupes et artistes que je voulais inviter surtout. J'ai d'abord tenté de m'imaginer quel label aurait pu convenir pour la sortie de ce tribute. Je sentais que ça allait être compliqué de faire se rencontrer le patrimoine pur eighties et des groupes aussi variés que Bestial Mouths, Mushy, Mirror Mirror, Bright Future et autres au sein d'un label. Deux ans auparavant j'avais travaillé avec Onderstroom Records sur un coffret avec la discographie presque complète de Snowy Red. Mon premier réflexe eût été de me tourner à nouveau vers eux pour leur proposer le projet d'album hommage, mais je savais aussi que leur identité et esthétique était de creuser dans la tradition des sonorités années 80 et clairement, les groupes auxquels je pensais sonnaient un peu trop "actuels" pour eux. Et c'est comme ça que très naturellement je me suis dit que je ne serais jamais si bien servi que par moi-même et que je ne rencontrerais jamais aucun conflit avec qui que ce soit voulant m'imposer ou me refuser l'une ou l'autre chose. Surtout au vu du projet, de ce qu'il représentait pour moi, son aspect personnel et sentimental.

Quelle est l'esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en terme de maison discographique ?

Musicalement parlant, je suis à la recherche d'une esthétique et d'une démarche purement honnêtes, quelles qu'elles soient. Il faut que ce soit à la fois très fort dans les énergies, mais aussi très sensible. Ce qui, pour une personne peu habituée aux sonorités froides assistées par des machines, pourrait sembler paradoxal quand on évoque la musique électronique. Mais je pense jusqu'ici remplir cette mission, surtout en évoquant des noms tels que Mushy ou encore Marie Davidson, qui ont toutes deux une identité musicale très riche et hyper sensible, de par leurs textes et leur jeux sur les sensations qu'elles cherchent à procurer à l'auditeur.

Je reste dans une musique électronique qui peut sembler froide, mais si on s'y penche un peu, on se rend très vite compte que derrière toutes ces machines, l'apport est principalement humain, presque miraculeusement, dirais-je.

Pour ce qui est de mes "modèles" en terme de labels, je citerais sans hésitation des maisons comme Chondritic SoundIdeologic Organ (sous-label de MEGO), Sacred BonesSige ou encore Pan-Act. Tous ces labels font partie de ceux qui parviennent vraiment à donner une direction dans leurs sélections, bien que très souvent le style diffère vraiment d'une sortie à l'autre, parfois même de manière très radicale.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles et quelle relation développes-tu avec eux ?

Je ne fonctionne qu'au coup de foudre. Qu'importe que le groupe, l'artiste soit connu ou non, soit une promesse de bonnes ventes ou non. Si je suis obsédé par un morceau, comme ça a été le cas dernièrement avec la musique de Marie Davidson, qui n'avait alors sorti sous son nom qu'une cassette, il y a fort à parier que je propose à son auteur de travailler sur un projet commun. Et c'est sur cette base que la relation se crée et se développe avec l'artiste ; sur un plan passionnel pour la musique. Assez souvent, la relation évolue au-delà de l'amour pour la musique et se mue en véritable amitié.

La première sortie de Weyrd Son est donc cette compilation, A Tribute To Snowy Red, réunissant Animal Bodies, Deathday, Led Er Est ou encore Mushy. Est-ce une façon de fédérer autour d'un objet une scène underground internationale ? As-tu d'autres projets du genre ?

Ce rapport à la scène underground n'a rien d'intentionnel, si ce n'est que c'est plus par là que je vais chercher et trouver des émotions fortes. C'est là que je découvre les choses qui me semblent les plus franches, honnêtes et directes, sans chercher à tout prix à plaire ou à faire partie d'une scène. Une nouvelle compilation est quelque chose qui me fait assez fantasmer, oui, car il y a  y a tant de groupes et de morceaux qui gagneraient à être transmis et écoutés. Mais très franchement, c'est un boulot colossal que de coordonner ce genre de chose, que j'ai d'ailleurs sous-estimé, qui plus est pour une première sortie. C'est une tonne d'imprévus et de contraintes (de temps surtout) qui rendent dingues quand il y a une dizaine (dix-sept dans ce cas-ci) de groupes à gérer. Donc c'est pas pour tout de suite, mais qui sait, peut-être pour les deux ans du label, voire au-delà, si les choses évoluent dans le bon sens.

Créer un label c'est avoir un rapport particulier à l'objet, le disque. Quel est le tien et jusqu'où as-tu envie de le pousser ?

C'est certain que le rapport à l'objet est manifeste. Je fais d'ailleurs moi-même partie de la famille des fétichistes du disque, voire des collectionneurs. J'aime les beaux objets en général, les posséder, et plus encore maintenant les créer. Avec Weyrd Son Records, j'ai envie de m'adresser à une clientèle qui a le souci du détail. J'aime les labels qui soignent leurs sorties, qui ne font pas QUE sortir un disque, n'hésitant pas à mettre le paquet pour faire d'un disque un objet qui se désire, qui soit agréable à la manipulation et qui se regarde autant qu'il ne s'écoute. C'est dans cette optique-là que je me dirige.

Quant à savoir jusqu'où j'ai envie de pousser cela, je sens justement que la limite s'éloigne de plus en plus au fur et à mesure des sorties. Je cherche à apporter à chaque sortie un petit quelque chose de nouveau et de différent par rapport à la précédente, afin que chaque objet ait son identité propre et sa part d'exclusivité.

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Peux-tu nous parler de tes deux dernières sorties, Linea Aspera et Marie Davidson ? Comment s'est faite la rencontre - d'autant que Linea Aspera se fait rare - et qu'est-ce qui te séduit dans leur musique ?

J'ai découvert Linea Aspera vraiment sur le tard, lors de leur ultime concert avant leur séparation. C'était lors du festival Grauzone, à Amsterdam, début décembre 2012. J'ai été très fortement impressionné par l'alliance entre la voix d'Alison Lewis, son écriture très personnelle, et les compositions carrées et sombres (mais pourtant assez pop) de Ryan Ambridge. Alison a pour moi l'une des plus belles voix que l'on puisse trouver dans le domaine de la synth music. J'ai donc été pris dans le tourbillon, à écouter leur album ainsi que d'autres morceaux exclusifs en écoute sur leur page bandcamp, également autoproduits par le groupe lui-même sous forme de cassettes très sobrement intitulées Linea Aspera I et Linea Aspera II. C'est cette dernière qui a retenu mon attention et que je me suis mis en tête d'éditer en lui donnant ses lettres de noblesse sous la forme vinyle. Au final, ça donne un trois titres (face A uniquement, face B vierge) sur un vinyle transparent avec un insert imprimé sur papier calque et artwork imprimé sur PVC. Toutes ces transparences évoquent quelque chose d'un peu fantômatique, le groupe n'existant plus à l'époque de la sortie du disque... Du point de vue du continu musical, on est dans un vrai concentré de ce que Linea Aspera sait, ou plutôt savait faire. Un titre très énervé, se noyant dans l'expérimental, un autre plus EBM et un peu menaçant. Le dernier titre étant lui instrumental, plus coloré.

Quant à Marie Davidson, je l'ai découverte en m'intéressant à tout ce qui s'approche de la scène électronique texane. Il y règne une très forte concentration de très bonnes choses en terme de sonorités synthétiques. Marie a donc sorti un premier EP sur le label Holodeck, originaire d'Austin. J'ai été immédiatement obsédé par le côté humain et intime de sa musique, sa poésie à la fois sobre et puissante, et l'humilité et la subtilité de ses sons et de ses mélodies. Très naturellement, j'ai pris contact avec Marie et lui ai proposé de travailler sur un projet, lui laissant la plus grande liberté. Nous nous sommes instantanément mis d'accord sur une collaboration, tout ça sans que j'aie même eu l'occasion d'entendre le moindre morceau ou connaître la direction du futur Perte d'identité. Tout ce que je savais, c'est que je sentais que je pouvais lui faire confiance, et lui donner carte blanche.

Aujourd'hui, quand je regarde ce qu'il en est advenu, je me dis que c'est clairement pour sortir ce genre de disque que la création d'un label trouve sa justification.

Quel est le futur proche de Weyrd Son ?

Au niveau du programme des sorties, les prochains mois vont être chargés, et ce jusqu'à la rentrée. À commencer par un 45T de Luminance, projet solo coldwave/new wave/synth pop/goth basé à Bruxelles. Sur ce deux-titres apparaît en guest Nathalie Bruno, membre du récemment défunt Phosphor. Ce disque sortira fin mai/début juin, en deux versions ; la première tirée à deux cents exemplaires sur vinyle noir, la seconde en vinyle blanc à cinquante exemplaires. Ce dernier aura une seconde pochette qui viendra par-dessus la première. Cette seconde pochette sera une épreuve négative de la première, et sera imprimée sur un film plastique transparent. Les deux superposés donneront un artwork tout noir, qui se révèlera une fois ôtée la première couche.

Pour juillet, ce sera le tour d'un EP du groupe Koban de Vancouver. Il s'agit d'un six-titres aux allures post-punk composé de boîtes à rythme, basse, guitare et de deux voix alternant l'anglais et le français. Ce EP s'intitulera Vide et annoncera la première tournée européenne du duo, qui débutera le 3 juillet prochain.

En août résonnera à nouveau l'espoir de la sortie de ce fameux coffret 3xEP de White Horse, intitulé The Revenant Gospels annoncé il y a presque un an maintenant. S'il a été maintes fois retardés, c'est parce que Ben Chisolm, le seul membre de White Horse joue un très grand rôle dans le groupe de Chelsea Wolfe. Ce groupe lui prend énormément de temps, entre les enregistrements et les tournées à répétition... La bonne nouvelle, c'est que ce projet a eu le temps de mûrir et je peux d'ores et déjà promettre que le produit final sera über classe!

Et enfin, dernier projet en chantier, une nouvelle édition de Bleak Tissue - dont on peut entendre un extrait dans la présente mixtape - premier LP de Bleak Seven, vraisemblablement pour le mois de septembre. Celui-ci va être très spécial car nous avons décidé de nous allier avec Teenage Menopause Records pour la réalisation de ce skeud ultra noisy. Weyrd Son Rec considère Teenage Menopause un peu comme son grand cousin et cela faisait un moment que nous projetions de coproduire quelque chose...

Parallèlement à ça, j'ai mes activités de DJ et commence tout doucement à faire de l'organisation d'événements, principalement à Bruxelles, avec pour partenaire Elzo Durt, le sérigraphiste fou, DJ punk/techno tout aussi maboul et seconde moitié de Teenage Menopause, pour parler une nouvelle fois d'eux.

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?

Ca faisait un moment que je bossais sur ce truc, avec pour point de départ un monologue d'Ultimate Warrior, catcheur star du début des années 90, et ennemi juré de Hulk Hogan. C'est une de mes ex-copines qui m'a un jour montré un match de catch avec cette montagne de muscles à la crinière peroxydée et se cachant derrière le célèbre maquillage tribal, et bien que n'ayant jamais trouvé le moindre intérêt à ce "sport/show" j'ai néanmoins été séduit par le personnage barré de Ultimate Warrior, surtout pour ses monologues hallucinés où il invite ses adversaires à en découdre sur le ring.

Pour cette mixtape un peu conceptuelle, je voulais tour à tour des trucs poisseux, sombres, qui puent la pisse aux hormones, protéines et dope (Thomas Bangalter - Rectum, Future Blondes - Feather 17, Bleak Seven - Movements), de la testostérone (Dälek - Speak Volumes, Spooky - Spartan), et de la biatch (Amanda Blank - Gimme What You Got). Le tout agrémenté de moments-clés qui ont fait la légende d'Ultimate Warrior ; ses monologues décalés - dont son plus connu où il défie Hulk Hogan - comme marque de fabrique, les commentaires de son premier match contre Gibbs et en fin de mixtape, le dernier round de la Wrestle Mania VI, ravissant le titre de champion du monde à Hulk Hogan...

Quand j'ai appris sa mort la semaine dernière, d'une crise cardiaque, j'y ai mis les bouchées doubles afin de lui rendre hommage à ma manière.

Mixtape

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Mushy - I Don't Care

Il y a un peu plus d'un an, Valentina Mushy nous expliquait à l'occasion de la sortie de son premier LP, Faded Heart (Mannequin, 2011), qu'elle était "souffrance et libération à la fois. J’ai des sentiments très contrastés. Avant chaque live, je ressens une forte pression que je libère quand je commence à chanter, et là commence le processus de rédemption… Je vis la scène comme une expérience cathartique. J’essaie toujours de créer une atmosphère et une ambiance autour de moi. C’est comme un transfert psychanalytique musical de moi vers le public, amplifié par une projection d’images suggestives" (lire l'interview complète). Des propos susceptibles de titiller la curiosité envers une artiste complète - musicienne, architecte et designer - à l'affiche d'une soirée co-organisée par le collectif MU et Hartzine à l'Espace B le 29 novembre prochain (event FB), en compagnie de Led Er Est et 202 Project, et récente auteure de Breathless, vespéral second LP paru le 19 dernier via le label italien . Se démarquant des artistes et influences qu'on lui affuble communément, de Liz Fraser or Zola Jesus, Valentina étire délicatement sur ce dernier d'occultes compositions savamment imprégnées de musiques industrielles. En témoigne I Don't Care, ci-après en écoute.

Audio


Mushy l'interview


Mushy, c’est Valentina, artiste pluridisciplinaire signée sur Mannequin Records, pour qui elle a travaillé en tant que designer avant de consacrer le plus clair de son temps à la musique. Souvent comparée à Zola Jesus, cette jeune Italienne passionnée, entre autres, de sons industriels, œuvre davantage sur le tableau des atmosphères dark wave plus abstraites et subtiles. Son album Faded Heart, est une pièce mature à exploiter sans retenue tant il est une source d'émotions intarissable. Graphiste et future architecte, Valentina accorde une importance capitale à l'image. Les diverses séquences que vous trouverez en bas de l'article transposent à merveille les ambiances sonores morbides qui hantent nos rêves et fantasmes les plus délicieusement malsains.

Qui es-tu Valentina ?

Je m’appelle Valentina, j’ai 26 ans et je vis à Rome. Je termine mes études universitaires d’architecte et j’ai commencé mon projet musical en 2003. Je suis plutôt active dans le domaine artistique. Tout art ou toute créativité me passionne et j’ai toujours tenté de m’exprimer par l’art de différentes manières, même si je n'ai pas de connaissances théoriques ou techniques à cet égard. Ce qui m’importe le plus, c’est de pouvoir m’exprimer par des moyens qui sont à ma disposition sans m’imposer de limites, en pensant uniquement à ma satisfaction personnelle et pas au succès.

Comment définirais-tu ton projet Mushy ?

J’ai essayé de définir le rôle de Mushy dans ma vie privée ou personnelle. Ce n’est pas mon alter ego mais c’est l’expression, sans masque, de mon être profond et j’arrive heureusement de cette manière à le vivre de manière positive.

Tu te sens plus musicienne, architecte ou designer ?

Je me sens davantage comme une artiste car il regroupe les trois sans les mettre en compétition. Je n’ai grandi sous aucun de ces profils mais je me les suis appropriés tour à tour quand j’en ai eu l’occasion et l’inspiration. Je dis ça juste pour que l’on comprenne que j’essaie d’avoir toujours un rapport très simple avec les choses, en essayant de ne jamais rien étaler.

Envisages-tu la musique comme une architecte sonore ?

Quand je compose, je ne suis aucun schéma précis. Je pars d’une idée ou d’une mélodie que j’essaie de développer. Je commence à jouer du synthé ou de la guitare et quand j'ai une idée qui me ressemble, je commence à l'enregistrer. Premièrement, je commence à chercher une partie rythmique qui épouse la mélodie, je l'enregistre puis je continue avec la basse, la base harmonique puis la voix. Quand tout commence à prendre forme, arrivée à ce stade, j’essaie de redonner une structure au morceau et on peut dire qu’à ce moment l'architecte commence à projeter…

Comment la musique est-elle entrée dans ta vie ?

J’ai commencé en 2003. À ce moment, j’écoutais beaucoup de musique industrielle et expérimentale en plus de la new wave. J’ai commencé comme un jeu. Un été, alors que j’étais en train d’étudier, un fil de cuivre a capté toute mon attention. Je me rappelle l’avoir fait vibrer comme s’il s’agissait d’une corde de guitare ou de basse, et le son ainsi produit était tout simplement parfait. J’ai pris une caméra numérique et j’ai enregistré une vidéo, juste pour le son. J’ai essayé de composer une mélodie et d’extraire de cet objet quelque chose d’autre que sa fonction habituelle. C’est ainsi qu’est né mon premier morceau et mon désir de recherche, d'expérience, de répéter et de jouer. J'ai uploadé quelques morceaux sur un programme de partage de fichiers et après quelques mois, le label indépendant industriel italien Cold Current m’a contactée et m’a proposé de presser mes morceaux en quelques exemplaires. De là tout a démarré.

D’où vient le titre de ton album, Faded Heart ?

Faded Heart est tiré du morceau éponyme de l'album. Le texte évoque un amour profond, qui est en train de s'évanouir. Je l'ai pris comme nom d'album parce que ce sentiment a été celui qui régnait à la conclusion de l'album. C'est l'instant qui arrive et qui s'évanouit.

Que penses-tu du fait d'être musicienne en Italie de nos jours? Est-ce un endroit valable pour y développer son art ?

Cela pourrait l'être mais malheureusement, ce n'est pas le cas… J’ai reçu plus d'intérêt du reste de l'Europe et des États-Unis que de l'Italie. Mais je ne me plains pas parce que les marques positives que j'ai reçues dans mon pays ont été importantes pour le genre musical underground dans lequel j'évolue par rapport à plein d’artistes italiens. J’aimerais de manière générale davantage de solidarité et de considération pour les artistes qui font de la musique valable dans tous les domaines.

Aimes-tu la scène ?

Je suis souffrance et libération à la fois. J’ai des sentiments très contrastés. Avant chaque live, je ressens une forte pression que je libère quand je commence à chanter, et là commence le processus de rédemption… Je vis le live comme une expérience cathartique. J’essaie toujours de créer une atmosphère et une ambiance autour de moi. C’est comme un transfert psychanalytique musical de moi vers le public, amplifié par une projection d’images suggestives. J’ai décidé, jusqu’à ce que j’en aie la possibilité, de jouer en concert seule sans l’aide de personne. Je me rends compte que musicalement, je ne peux offrir la même qualité sonore qu’un groupe pourrait le faire, mais c’est sans importance.

Tu te sens proche d’un artiste en particulier ?

Oh, oui ! J'admire plusieurs artistes dont j’apprécie l’expression corporelle ainsi que des chanteurs comme Nico, Nina Simone, Michael Gira, Diamanda Galas ou Hope Sandoval. Musicalement, j'aime vraiment les sons sombres, mélancoliques, hypnotiques et psychédéliques et c'est ce que j'ai tenté d'exprimer musicalement dans mes morceaux. Mon parcours musical est un mélange de kraut, dark wave, post-rock et shoegaze.

La comparaison avec Zola Jesus te flatte ou t’ennuie ?

La comparaison ou le rapprochement avec Zola Jesus ne m’ennuie absolument pas, nous sommes toutes les deux artistes solo et le rapport expressif et intime que nous entretenons avec la musique est notre point commun. Je ne connais pas en détail son travail musical et je ne pense pas qu'elle connaît le mien, mais notre point commun est l'expression émotionnelle. Les commentaires que j'ai reçus pour mon album Faded Heart me définissent souvent comme une version italienne de son travail mais la comparaison, ensuite, s'est peut-être un peu éloignée de la raison initiale.

De quoi parle ta chanson Losing Days ?

Losing Days a été l'un des derniers textes que j'ai écrits pour l'album. Je parle de ceux tourmentés par leur douleur intérieure, vécue comme une condamnation à mort et, ce faisant, qui ne font rien d’autre excepté détruire leur propre vie. Je transfère la même condition à ma propre personne et je prends conscience que de tels sentiments sont négatifs et j'ai l'impression d'avoir perdu mes jours. C’est aussi sur la difficulté d’être conscient...

As-tu des projets parallèles ?

Depuis environ un an, en plus de Mushy, je joue dans un groupe new wave post-punk, Winter Severity Index. C'est ma première expérience dans un groupe et ça m'excite à la fois musicalement et intellectuellement. Nous sommes un quatuor de filles, nous avons déjà enregistré une démo de 5 chansons et nous avons l'intention de produire un album complet. Pour l'instant, nous essayons de nous faire connaître à travers des concerts tant en Italie qu'à l'étranger, nous avons reçu beaucoup de feedback positif, en particulier venant de la France, de l'Espagne, de l'Allemagne et du Portugal.

Comment vois-tu ton futur ?

Dans l'avenir, j'espère m’impliquer avec le même état d’esprit et la même passion musicalement et artistiquement. Je considère que c’est ma voie et ma source vitale.

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