Au Revoir Simone - Move in Spectrums

On se souvient d'un soir d’avril 2007 au cours duquel nous avions fait la connaissance d’Au Revoir Simone, qui partageait l’affiche (le bas) avec un autre groupe féminin, Electrelane, alors au sommet de sa relative gloire. Les trois New-Yorkaises venaient de sortir leur véritable premier opus (The Bird of Music) après un mini-album en forme d’essai (Verses of Comfort, Assurance & Salvation) passé relativement inaperçu mais qui laissait pourtant entrevoir ce qui deviendrait ensuite l’identité d'un groupe ô combien attirant tant pour l’ouïe que pour l'œil. On avait alors été frappé par la fraîcheur se dégageant de ce girls band à claviers dans une période dégoulinante de revival pseudo rock'n'roll ou de groupes folk à barbes souvent insipides. Leurs compositions faites de bric et de broc - comprenez de boîtes à rythme achetées en brocantes et de synthés de chez Cash Converters - sur lesquelles  s’entremêlaient leurs voix doucement ingénues touchaient en plein cœur par leur mélancolie légère jamais surjouée. Rares sont d'ailleurs les albums aussi immédiats dont il devient difficile de se passer, certainement parce que renvoyant l’auditeur amateur de pop music - le plus souvent atteint du syndrome de Peter Pan, donc - à ses souvenirs et spleen adolescents.

Pourtant, le temps fait son œuvre, et nos chères nymphettes semblent avoir succombé aux sirènes du modernisme - l’électro pop - certainement par volonté de durer et de faire carrière (le groupe fête aujourd’hui ses 10 ans !). Avec Still Night, Still Light, sorti en 2009, Erika Forster, Annie Hart et Heather D’Angelo avaient ainsi entamé leur virage vers une musique légèrement plus sombre, plus produite, plus conventionnelle aussi, et donc moins originale, lorgnant vers celle jouée des années plus tôt par Saint-Etienne et Stereolab, sans toutefois l’égaler.

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Elles réitèrent avec ce nouvel album, Move in Spectrums, dont la production à été confiée à la tête pensante de Violens, l’omniprésent Jorge Elbrecht, pour un résultat honnête mais qui fait regretter l’esprit DIY qui était le leitmotiv d’Au Revoir Simone à ses débuts. Ce nouvel effort sonne d'ailleurs comme la dernière production en date de Chairlift, sans toutefois qu'on y retrouve le grain de folie et la sensualité débordante de Caroline Polachek. Le single Somebody Who, salué ici et là comme une merveille d'arrangement, est certes agréable à l'écoute mais pas indispensable et encore moins intemporel comme pouvaient l’être les titres Sad Song et The Lucky One.

Les influences variées ont quelque peu changé, s'éloignant de la pop sixties de chambre (d’enfant) - à l’exception du joyeux Crazy - pour puiser dans l‘électro aux batteries en avant de New Order - décidément toujours aussi pillé -, dans la french pop d'Air (Let the Night Win), ou encore dans la new wave d’Étienne Daho période Pop Satori (More Than). Le Français s’est d’ailleurs rapproché du trio pour une collaboration à paraître sur son prochain album.

Bien sûr il faut relativiser notre déception de ne pouvoir être à nouveau surpris par la bande-son d’un Brooklyn fantasmé. Cet album reste au-dessus du niveau moyen proposé en cette rentrée (le Hand Over Hand nous rend nostalgique de la bande de Sarah Cracknell aujourd’hui perdue dans la pire euro-disco), et ce malgré quelques titres assez moyens relevant du remplissage (The Lead is Galloping, We Both Know). Il sera cependant difficile pour le trio de poursuivre dans cette voie synthétique sans lasser. Ne serait il pas venu le moment de lui dire au revoir (…Simone) ?

Pour ne pas faire l'album de trop, il faut en effet savoir sonner la fin de la récréation... Electrelane a su le faire au bon moment pour devenir culte.

Audio

Tracklist

Au Revoir Simone - Move in Spectrums (Moshi Moshi, 2013)

1. More Than
2. The Lead is Galloping
3. Crazy
4. We Both Know
5. Just Like A Tree
6. Somebody Who
7. Gravitron
8. Boiling Point
9. Love You Don’t Know Me
10. Hand Over Hand
11. Let the Night Win


Summer Camp - Summer Camp

Il est peu de dire que le premier album des Londoniens de Summer Camp, Welcome to Condale, nous avait enchantés (lire). Déclaration d'amour à l'endroit du meilleur des eighties, le duo avait su magistralement désamorcer toute critique sur l'aspect rétrograde de la chose par une honnêteté, une fraîcheur et une spontanéité désarmantes. Et surtout par un sens inné de la pop song synthétique parfaite, à grands coups de gimmicks entêtants, de beats accrocheurs et de refrains super glu. On était donc curieux et un peu anxieux à l'idée de découvrir ce nouvel effort du duo. Et autant le dire tout de suite, c'est plutôt une réussite, qui donnera donc lieu au même type de réactions que pour l'album précédent, c'est-à-dire sans demi-mesure : que ceux qui ont eu envie de vomir la première fois à l'écoute de l'über-pop de Summer Camp passent leur chemin sous peine d'être à nouveau nauséeux. Pas de révolution ici. Certes, succès oblige, Jeremy Warmsley et Elizabeth Sankey ont confié la production à un crack des studios, Stephen Street - The Smiths, Blur, entre autres - dans l'unique but, selon eux, d'avoir une meilleure qualité de son. On les croit, sauf que la production était déjà excellente sur Welcome to Condale. Heureusement, Street a été assez intelligent pour ne pas tout alourdir, se contentant de faire rutiler les petits bolides du groupe, tout en mettant cependant plus en avant la voix de Sankey. Ce qui n'est pas forcément toujours la meilleure des idées, comme sur l'inutile ballade Fighters ou l'éreintante I Got You. On ne va pas vous mentir, des ratages, il y en a. Ainsi, on préférera oublier I Got You, donc, et sa mélodie elle aussi touchée par cette peste asiatisante dont le patient zéro semble avoir été Phoenix il y a quelques semaines. On reste aussi circonspect à l'écoute de la conclusive Pink Summer, ou à celle d'Everything Has Changed, avec ses chœurs et son refrain tout droit sortis d' un album des Pussycat Dolls, paroles à part. Pour le reste, tout roule, à commencer par l’irrésistible single Fresh et sa guitare funky, la martiale Crazy et son beat ravageur, ou encore Two Chords,  menée au galop par des synthés qu'on jurerait offerts gracieusement par un James Murphy des bons jours.

Sur ce disque, Summer Camp reste globalement une machine à tubes fleurant bon l'amour de la pop song sucrée et de la danse, réussissant une nouvelle fois à redorer le blason des eighties en les rafraichissant habilement, là ou d'autres espoirs, tel Dominant Legs, ont relativement échoué (lire). Transpire également de ce LP l'amour de l'adolescence et de ses questionnements aussi futiles qu'essentiels, bande-son idéale, à l'instar de leur premier album, d'un film de John Hugues, référence assumée du duo. En cette rentrée, on est donc déjà prêt à repartir en colo avec eux, le poing levé.

Audio

Tracklist


Summer Camp - Summer Camp (Moshi Moshi, 2013)

1. The End
2. Fresh
3. Crazy
4. Keep Falling
5. Two Chords
6. Fighters
7. I Got You
8. Everything Has Changed
9. Phone Call
10. Night Drive
11. Pink Summer

 


TEETH!!! - Whatever

Avec un nom pareil, il serait assez difficile d'éviter les jeux de mots douteux, alors on dira d'emblée que le premier album de TEETH!!! secoue bien du râtelier…On les avait découverts avec See Spaces en 2010 chez Moshi Moshi et voici que le trio teigneux de l'East London revient en fanfare avec son foutraque D.I.Y. électro-punk qui ferait danser mémé. Quatre ou cinq notes efficaces sur un synthé et des basslines solides, le tout épicé par les vocalises parfois stridentes de Veronica So et une batterie énergique : la recette est bien rodée et à l'écoute de morceaux réussis comme Care Bear, See Spaces et Flowers, on en reprendrait bien une plâtrée. L’alter-ego Fisher-Price ® de PRE nous ramène quelques années en arrière, alors qu’une multitude de petits groupes en  "The" d'indie boys bien rangés en chemisettes assorties se faisaient bousculer outre-Manche par le son screamo, post-hardcore et dance-punk de groupes comme Cutting Pink With Knives ou Test Icicles.


Confusion annonce la couleur avec un flegme affecté qui nous ferait un peu regretter le « je-m’en-foutisme » arty de feu Help She Can’t Swim : « You all think we care, but we don’t! ». Avec un morceau comme See Spaces, on aura aussi vite fait de les comparer à une sorte de Crystal Castles largement plus festive, mais leur humour régressif et un goût marqué pour la scène et des shows dynamités en font plutôt les rejetons tardifs des joyeux lurons écossais de Gay Against You! et de Best Fwends, également signés quelques années auparavant chez Moshi Moshi. Dead Boys, avec ses paroles un peu naïves et tautologiques (« Dead boys don’t come back after they’re killed ») est un clin d’œil à l’esthétique punk tant prônée par le groupe à grands renforts de posters, montages et vidéos D.I.Y., et peut-être même au groupe des années 70 du même nom, alors que dans Time Changes, les envolées électro évoquent assez le dernier LCD Soundsystem.

En fait, certains morceaux datent déjà de quelques temps  (See Spaces et Time Changes) et la plupart des références, parfois excellentes, ne sont pas assez anciennes pour ne pas donner l’impression que, malgré tout, TEETH!!! est arrivé un peu tard à la fête... Tout cela n’est donc pas de toute fraîcheur, mais whatever, on dansera quand même sur les tables.

Vidéo

Tracklist

TEETH!!! - Whatever (Moshi Moshi, 2011)

01. Confusion
02. U R 1
03. Care Bear
04. Dead Boys
05. Time Changes
06. This Time
07. Pill Program
08. See Spaces
09. Flowers
10. Street Jams


The Wave Pictures - If you Leave it Alone

Il y a des groupes que l'on croirait d'un autre âge, d'autres que l'on imagine venus d'ailleurs. Visages poupons, mines radieuses, les Wave Pictures semblent jouer en toute décontraction les gammes de leurs grands parents américains. L'Amérique du grand ouest, celle d'une géographie fantasmée ralliant l'orgueilleuse country texane à l'intimiste folk californienne. On se surprend à deviner la boue séchée sur leurs bottes, la brindille de paille malicieusement fourrée au coin de leurs lèvres. On est pourtant loin du compte, à quelques milliers de kilomètres près. Loin d'un disque de débutant, If you Leave it Alone est le huitième du nom, en dix ans de carrière, des natifs de Wymeswold, petit village d'une poignée d'habitants, proche de Leicester. C'est dans ce coin un rien paumé, en plein cœur de la brume crachoteuse des Midlands, au centre de la Perfide, que Dave Tattersall (chant, guitare) et Franic Rozychki (basse) forment dès 1998, en guise de galop d'essai, Blind summit. Quelques reprises de vieux formats punk plus loin (des ramones aux stooges), Jonny Helm les rejoint (batterie), et le groupe, définitivement rebaptisé Wave Pictures, s'installe à Londres. Là, les trois gaillards enchaînent les concerts et tissent leur réseau, s'accommodant autant de l'avion pour sauter l'Atlantique et comploter avec Jeffrey Lewis que du channel pour traverser la manche et s'acoquiner avec Hernan Düne (Catching light: the songs of André Herman Düne 2006). Instant coffee baby, sort en mars 2008 et assoie définitivement le groupe au rang d'incontournables troublions de la scène pop actuelle tant chaque morceau est désarmant de générosité et d'espièglerie narrative (entre autres, il est question de cafetière italienne, de Casius Clay, de confiture...). Les bases de leur son semblent ici jetées, entre basse suave et guitare rêche, voix nasal et batterie sèche. Une formule adéquate pour une tripoté de morceaux potaches et enjoués transpirant de virtuosité et navigant dans les eaux territoriales de Jonathan Richman (Kiss me, Just Like the Drumer, Leave the Scene Behind). Sorti en catimini à la rentrée, If You Leave It Alone prend le pari de ne pas reprendre les choses là où les dernières notes lascives d'Instant Coffeee Baby les avaient laissées. S'il est toujours question d'avaries sentimentales ou d'autres potins rabroués, le ton change, intimement apaisé. Ce disque "n’a pas été engendré dans la difficulté. [...] J’ai plein d’exemples où avoir envisagé les choses avec légèreté et facilité s’est avéré être la meilleure solution, et cet album est l’un de ceux-là”. Dave Tattersal trace, le doigt dans le ciel, la feuille de route de ces douze compositions nimbées de soleil. D'émouvantes ballades, magnifiées d'une subtile trompette (If youleave it alone, My kiss, Come on daniel), se mélangent à d'intrépides escapades country (Canary Wharf, Bumble Bee, Softly you, Softly me), quand bien même l'humour et le handclap font bon ménage (Bye bye belly). Tiny Craters in The Sand et ses chœurs nonchalants rappelle la fougue d'Instant coffee baby, tandis que Nothing can change this love clôture d'une fragile comptine If You Leave it Alone, disque que l'on aura tôt fait de ressortir en plein hiver, à ces heures où la lumière vient à manquer.

Video

http://www.youtube.com/watch?v=wHQbHLTFXyE

Tracklist

The Wave Picture - If you Leave it Alone (Moshi Moshi, 2009)

1. If You Leave It Alone
2. Canary Wharf
3. My Kiss
4. I Thought Of You Again
5. Tiny Craters In The Sand
6. Bumble Bee
7. Come On Daniel
8. Too Many Questions
9. Bye Bye Bumble Belly
10. Softly You, Softly Me
11. Strawberry Cables
12. Nothing Can Change This Love


Moshi Moshi - Birthday

moshimoshi

Certes et vous pouvez le dire, nous sommes un peu en retard sur ce coup là! Mais on souhaite tout de même un très bel anniversaire au label anglais Moshi Moshi qui fête ses 10 ans de bons et loyaux services au monde de la musique. C'est tout pour le moment! (dixit le fantôme de Pol Pot sur la première de nos chaînes)

Audios

Casiokids - Gront Lys I Alle Ledd

Slow Club - It Doesn’t Have To Be Beautiful

The Wave Pictures - Just Like A Drummer