Moonface - With Sinai: Heartbreaking Bravery

 

Spencer Krug serait-il un gros tâcheron ? C’est la question très justifiable que tout auditeur viendra à se poser à l’écoute du très douteux With Sinai: Heartbreaking Bravery. Le chanteur multi-instrumentiste fait figure de saboteur, torpillant au fil des albums les projets excitants que furent Wolf Parade ou Sunset Rubdown. Alors qu’en livrant un premier EP solo (Organ Music Not Vibraphone Like I'd Hoped) sous le doux pseudo de Moonface des plus jouissifs, Spencer livre ici un album salopé qui a le mérite d’inventer la musique de stade… en chambre. Un ensemble de titres prétentieux et à la mesure de leur auteur, à la fois excentrique, barré et totalement à côté de la plaque. C’est d’ailleurs dommage, la ballade Heartbraking bravery et ses textes crus était la parfaite introduction à un de ces OVNI pop expé dont le Canadien sut un temps nous abreuver. Le reste de l’album ressemblera plus à du sous-U2 enregistré un soir de beuverie en dansant tout nu devant le miroir de salle de bain. On attend une reprise de In God’s Country pour pouvoir vraiment se foutre de sa gueule. En attendant, on ne saurait trop vous conseiller de vous replonger dans le fabuleux Apologies to Queen Mary de Wolf Parade afin de découvrir l’énorme talent de Spencer Krug et n’oubliez pas, au vendeur qui vous vantera les mérites de ce With Sinai: Heartbraking bravery : visez les couilles !

Audio

Tracklist

Moonface - With Sinai: Heartbreaking Bravery (Jagjagwar/Differ-Ant, 2012)

01. Heartbreaking Bravery
02. Yesterday’s Fire
03. Shitty City
04. Quickfire, I Tried
05. I’m Not the Phoenix Yet
06. 10,000 Scorpions
07. Faraway Lightning
08. Headed For The Door
09. Teary Eyes And Bloody Lips
10. Lay Your Cheek On Down


Moonface - Organ Music Not Vibraphone Like I’d Hope

En voilà un titre qui a le mérite d’interloquer, un peu dans le genre : « Bon, j’avais envie que ça sonne comme de la merde mais finalement c’est pas si mal… ». Pari osé du tâcheron Spencer Krug qui a la manie de sauter d’un projet à l’autre (Wolf Parade, Sunset Rubdown, Swan Lake…) sans réellement se soucier du résultat final. Se référer aux très décevants Expo 86, Dragonslayer ou encore Paul’s Tomb: A triomph pour en avoir la confirmation. Pourtant, en délaissant sa guitare pour un bon vieux clavier Bontempi, le musicien semble retrouver l’inspiration qui manquait aux derniers opus de ses diverses formations. D’ailleurs, c’est cloisonné chez lui que notre homme pond son premier essai solo. Une galette qui joue à fond la carte pop, loin des prétentions expé habituelles de Krug, préférant se nourrir d’un habillage parfois kitchissime qu’il met au profit de caracoles aussi lunaires que viscérales. Return To The Violence Of The Ocean Floor pose d’ailleurs tout de suite l’ambiance. Assis sur une rythmique synthétique aussi vintage que subtilement obsédante, Spencer pose sa voix de crooner lycanthrope, rivalisant sans peine avec un Bryan Ferry qui hululerait sur fond de music-box ensorcelée. Tout au long de cet album aussi compact que merveilleusement digeste, le tempo s’accélère, collant des frissons dans la nuque de l’auditeur à l’écoute du virevoltant Shit-Hawk In The Snow. Collision d’un amas de boucles furieuses et illuminées sur lesquelles Moonface déverse toute sa folie. Ce petit bijou home-made de Spencer Krug pourrait bien devenir la pierre angulaire de sa discographie tant le multi-instrumentiste y brille d’une sincérité retrouvée et s’affranchit avec ingéniosité des carcans d’un indie-rock fainéant pour embrasser les méandres d’une pop lo-fi aussi poisseuse qu’hypnotique.

Audio

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=VQbpsO5ceIs

Tracklist

Moonface – Organ Music Not Vibraphone Like I’d hope (Jagjaguwar, 2011)

1. A Return To The Violence Of The Ocean Floor
2. Whale Song (Song Instead Of A Kiss)
3. Fast Peter
4. Shit Hawk In The Snow
5. Loose Heart = Loose Plan