Hood, where do you see yourself in ten years time?

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Dix ans nous séparent de la dernière sortie du duo fraternel anglais Hood, Outside Closer. Paru sur Domino en 2005, l’album se clôturait sur un titre qui avait le mérite d’annoncer la couleur : This Is It Forever, plongeant de nombreux fans dans une détresse abyssale.

Formé en décembre 1990 par Chris et Richard Adams, les deux frangins de Leeds (originairement de Wetherby, comme ils aiment le signaler, ville à mi-chemin entre Londres et Edimbourg, en GROS), Hood a parsemé à droite et à gauche neuf albums (six LP, trois EP) et dix-sept singles avec de multiples collaborateurs sur des structures variées. Si on y ajoute les projets solos, la chasse au trésor pour les fans collectionneurs est une quête homérique. Aux confins du Yorkshire, dans la brume pastorale, Hood dessine un paysage de branches et de rouilles, d’indie noise et d’électro. Ce qui surprend le plus au vue de sa généreuse discographie, c’est cette authenticité dans l’approche de l’écriture et cette variété cohérente. Six albums qui fonctionnent par paire.

Cabled Linear Traction, sorti en 94, et Silent88, en 96 sur Slumberland Records, représentent la période indie noise du groupe. La production y est minimale et sauvage et les formats courts et saturés. On y retrouve pourtant déjà des titres comme Western Skies qui préfigurent la période électro du groupe.

En 98, Rustic Houses Forlorn Valley et Cycle of Days And Seasons de 99, avec Matt Elliott à la production, dressent un aspect plus rural et hanté, une approche plus répétitive et Talk Talk de leur noise adolescente. Les deux albums paraissent sur le géant de l’indie Domino, annonçant un succès éventuel ô combien mérité, mais Hood, malgré des tournées en compagnie de ses potes Mogwai ou Low notamment, reste discret, voir confidentiel.

L’entrée dans le vingt-et-unième siècle se fait en grande pompe pour les frangins avec la sortie de Cold House, album accompagné de Doseone et Why, deux membres du groupe d’abstract hip-hop (terme bien dégueulasse au passage) Clouddead. L’album le mieux critiqué et qui a eu le plus de succès de la carrière de Hood, et ça se comprend : la production est plus soignée, plus électro, en conservant toutefois l’aspect lo-fi sincère des débuts, là où son successeur et dernier album Outside Closer, de 2005 donc, se veut plus produit, plus direct, souvent trop pour les fans de la première heure.

Hood n’est plus et les frères Adams volent désormais en solo sous différents alias - The Declining Winter pour Richard, Downpour et surtout Bracken pour Chris, dont le dernier album, Exist Resist, est paru le 22 octobre 2014 via le label de Chicago Baro. Exister et résister semble être le leitmotiv de Chris, et plus généralement de Hood, qui dix ans après, résiste au temps, à l’érosion. L’occasion de faire le point avec ses deux membres fondateurs.

David Gamelin

Mixtape : Hood by Full Moon Fuck

01. Norfolk (Cabled Linear Traction)
02. Hood Northern (Silent 88)
03. Useless (single Useless)
04. Boer Farmstead (Rustic Houses Forlorn Valleys)
05. The Cliff Edge of Workaday Morality (The Cycle of Days and Seasons)
06. Crushed By Life (Singles Compiled)
07. They removed all trace that anything had ever happened here (Cold House)
08. Cold Fire Wood of western lanes (Home is where it hurts EP)
09. The Lost You (Outside Closer)
10. Outro (Silent 88)

Entretien avec Hood

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Tout d’abord, comment allez-vous ? Chris, travailles-tu toujours à l’Université, et Richard chez Norman Records ? Comment va le Wetherby Athletic ? Je crois me souvenir que vous les supportez plus que Leeds.
First how are you? Chris Do you still work at University  and Richard at Norman Records? how is doing Wetherby Athletic ? You support them more than Leeds if I remember correctly.

Chris Adams : Je vais bien, merci. Il se peut que je travaille à l’Université. Cependant, la vision que vous pourriez avoir de moi bidouillant mon matos vintage tout en gérant un travail alimentaire serait fausse. Les magnétophones tournent seulement après que le sifflet de l'usine a retenti. Quant au football, je n'ai jamais été 'un vrai supporter' du Wetherby Athletic, plutôt un sympathisant. Une sympathie basée sur une simple allégeance géographique. Le Wetherby Athletic est un petit club amateur pour lequel j’ai joué sur l'aile gauche entre mes 8 et mes 13 ans. Ça étonnera vos lecteurs d’imaginer que je suis un joueur formidable, et toutes les histoires de moi me faisant sortir du terrain en pleurs dans le froid glacial des dimanches matins de février en raison d'une mauvaise circulation sanguine sont malveillantes. J'ai été un joueur prometteur cependant, malgré peu de buts et de longues heures d’attentes sur le banc sans aucune chance de rentrer. Ces révélations historiques trahissent aussi une corrélation entre ma résignation footballistique et mon intérêt naissant pour la musique. C’est à peu près à la même période que j’ai eu un intérêt de courte durée pour les poissons rouges. Bien que ce fut serré, la musique a pris le dessus.

I’m alright thanks. I may or may not work at a University. However, any visions you may have of me endless tweaking my vintage recording equipment all day whilst deeming a day job below me are horribly misguided. The tape recorders go on only when the factory whistle blows. Regarding football, I was never quite a ‘supporter’ of Wetherby Athletic, more a general ‘sympathiser’. A sympathy based on mere geographic allegiance alone. You see, Wetherby Athletic is a small amateur club for which made quite a scene on the left wing between the ages of about 8 to 13. It’ll surprise your readers to think of me as quite the formidable player, and stories of me being taken off the pitch crying on cold, frosty, February Sunday mornings due to ‘bad circulation’ are malicious and wrong. A promising player indeed despite a tiny smattering of goals and long, arduous, stints sat on the bench without a chance to play. History buffs will also note the direct correlation between my shock resignation from the club and my burgeoning interest in music. It was around this period where I also had a short-lived interest in keeping goldfish. Whilst close, the music eventually superseded this interest also.

Richard Adams : Oui je travaille à nouveau comme disquaire après une pause de sept ans. Je me suis essayé au monde réel pendant un moment, puis j’ai décidé qu’il valait mieux que je bosse pour quelque chose que j’adore plutôt que je déteste. Je supporte York City. Bien qu’ils soient particulièrement mauvais, je pourrais supporter aussi le Wetherby Athletic (pour qui je jouais !), ils battraient probablement York. 

Yes, I'm back working in the record shop after a break of about 7 years. I tried my hand in the real world for a while but then decided I'd rather work with something I love than something I hated. Its York City I support. They are utterly, utterly useless. I might as well support Wetherby Athletic (who I used to play for!) they'd probably beat York.

Le dernier album de Hood est sorti il y a dix ans. Entre-temps, vous avez été pas mal occupés, mais dix ans, qu’est-ce que ça vous fait et qu'est-ce que Hood représente pour vous désormais ?
It’s been ten years since the last Hood album and you both been quite busy but 10 years how does it feel and what Hood means to you now?

Chris Adams : Difficile à dire vraiment. Je ne peux pas dire que j'y pense beaucoup. De temps en temps, j’ai un rappel, je fais une sorte de cauchemar anxieux de ma vie passée en tant que célébrité indie mineure qui parcourt le globe. Généralement, et seulement si je ne suis pas dans un moment de dépit avec un sentiment de défaite écrasante, j'ai des souvenirs très heureux. Peut­-être le meilleur aspect est-il toutes les amitiés que nous avons créées en chemin. Je suppose qu'il n'y a aucune autre façon réaliste de créer un réseau si dévoué d'amis sans être soit : 1) incroyablement riche ou 2) irrésistiblement beau, et je ne suis ni l’un, ni l’autre. Je suis en réalité assez fier de ce que nous avons réalisé, particulièrement en termes de pure quantité de morceaux. Les gens ont pas mal de trucs à découvrir.

Erm, hard to say really. Can’t say I really think about it that much. Every so often I get some sort of reminder/anxiety nightmare about my past life as a globe trotting minor indie celebrity. Generally, and only if I get any respite from the sense of crushing defeat, I have very happy memories. Perhaps the best element is all the friendships we have created along the way. I guess there’s no other realistic way of creating such a dedicated network of friends without being either: 1) incredibly rich or 2) devastatingly handsome, which I am neither. I am actually pretty proud of what we achieved, especially in terms of sheer, bloody minded, volume of material. There’s a lot of stuff out there for people to discover.

Richard Adams : C’est bizarre. C’est maintenant devenu comme cette vie parallèle. Nous avons joué pendant environ quinze ans non-stop, alors nous avons eu besoin d'une pause, mais je pense que nous nous sommes rendu compte que nous aimions mieux la vie sans cette pression constante au ­dessus de nos têtes. Je suis très fier d'à peu près tout ce que nous avons fait. Même nos pires erreurs étaient dignes d'intérêt.

Its odd. Its now become like this other separate life. We did it for about 15 years almost nonstop then we needed a break but I think we realised we like life better without it hanging over our heads all the time. I'm ridiculously proud of pretty much everything we did. Even our massive mistakes were worthwhile ones.

À l’époque de Hood, vous disiez toujours que Disco Inferno, Talk Talk, Jandek ou Pavement étaient des influences majeures. Ecoutez-vous des groupes actuels qui auraient ce même impact ?
During Hood times you always said that Disco Inferno, Talk Talk, Jandek or Pavement had been major influence on your band, are you listening to some bands these days that could have the same impact on you?

Chris Adams : Oh je ne sais plus désormais, j'aime des éléments de presque tout. Je ne suis pas tout à fait sûr du fait que la musique aura encore sur moi l'effet qu'elle avait dans mes années plus formatrices. Les choses semblent trop limpides maintenant, le mystère est un peu parti. Je suppose que c'est le danger d'être autant impliqué dans quelque chose : la compréhension rudimentaire de la technique d’enregistrement et du fonctionnement de l'industrie de la musique retire de la magie. Ceci dit après un regain d’intérêt, je suis vraiment intrigué par ce mec, Dean Blunt. Je suis allé le voir à Leeds et je suis parti encore plus paumé et incertain de ce qu’il faisait vraiment. C’est bien quand un artiste te rend perplexe à ce point, je pense. C'est rare à cette époque d'informations instantanées.

Oh I don’t know anymore, I like elements of almost everything. I’m not quite sure if music will ever quite have the effect on me that it did in my more formative years. Things seem to make too much sense to me now, like the mystery is gone a bit. I guess it is the danger of getting so heavily involved in something, rudimentary understanding of recording techniques and how the music industry works takes the shine off things. That said I’ve been rediscovering my interest, I’m really intrigued by that Dean Blunt guy. Went to see him in Leeds and left more confused and less sure of what exactly it is he’s doing. It’s good when an artist perplexes you in such a way I think. It is a rarity in this age of instant information.

Richard Adams : Ouais, je pense qu’en vieillissant, tu es moins obsédé par la musique que dans ta jeunesse. Ceci dit, il y a certaines choses que j'aime vraiment et qui me donnent envie de créer ma propre musique. These New Puritans par exemple. Leur album The Field Of Reeds a fait ce que j'avais espéré qu’un groupe fasse pendant de nombreuses années. Je suis obsédé par un groupe des années 80 qui s’appelle The Cleaners From Venus. Quand je les écoute je veux juste crier au monde à quel point ils sont bons.

Yeah, I think as you get older you don't get quite as obsessed with music in the same was as you did in your youth. That said,  there's certain things I really like that drive me on to make my own music. . These New Puritans for example. Their record 'Field of Reeds' did what I'd been hoping an English band could do for many years. I'm obsessed with an 80's band called The Cleaners from Venus. When I hear them I just want to scream to the world how good they are. 

Hood est probablement un des groupes les plus sincères et authentiques que j’ai écoutés, et en même temps sa discographie est extrêmement éclectique. Comment parveniez-vous à garder cette cohérence ?
Hood is probably one of the most sincere and authentic bands I’ve been listening to, and at the same time Hood discography is very eclectic, how did you manage to keep that coherence?

Chris Adams : Celle-là est compliquée. Je pense que c’est largement dû à la connaissance encyclopédique de mon frère en musique. Richard est vraiment doué pour choisir les meilleurs morceaux et mettre en ordre les albums. Je pense que ça aide à fusionner les éléments les plus disparates de notre musique. Je pense aussi, bien qu'il y ait beaucoup de variété dans notre musique, que nous sortions des albums en même temps que nous découvrions de nouvelles façons de travailler - donc c'était de ce que nous étions à un moment donné. Nous n’avons rien fait pour gagner en popularité ou rentrer au Zeitgeist, juste expérimenter et sortir les trucs que nous aimions le plus.

That’s a really tough one. I think it’s largely to do with my brother’s encyclopaedic knowledge of music. Richard’s really good at picking out the better tracks and things like sequencing albums. I think that helped get together the more disparate elements of our music. I think also, even though there’s a lot of variety in the music, we were releasing records as we were discovering new ways of working - so it was a genuine representation of us at any given time. We didn’t move in the directions we did because we were seeking popularity or trying to hit the zeitgeist, just experimenting and putting the stuff out we liked the most.

Richard Adams : Je pense juste que tout ce que nous avons fait vient de notre incapacité à jouer correctement. Donc quoi que nous fassions, ça nous ressemblait. Nous n’avions pas de règles précises, donc nous n'avons pas dévié trop loin de ce que nous essayions de faire.

I think just because whatever we did was shot through with our inability to play properly. Therefore whatever we turned our hand to kind of sounded like us whatever it was.  We had certain rules within the framework of the rule of (almost) anything goes which led to a general overseeing of the sound so we didn't stray too far out of what we were trying to do.

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Pour un groupe anglais, vous avez toujours eu une relation particulière avec la France et avez une vraie fanbase ici. Comment l’expliquez-vous ?
For an English band you always had a good connection with France and have a true fan base here, how come?

Chris Adams : Un mystère éternel. J’ai l’impression que nous avons été populaire en France à partir du moment où on a acheté et grattouillé nos premières guitares. Peut­-être que j'ai posé les bases de notre popularité en prenant des vacances en France avec Matt (guitarise pour Hood pendant une courte période) dans sa famille quand j’avais 14 ans. Probablement même que mon A en français au brevet des collèges nous a donné un petit coup de boost pour percer dans les marchés étrangers.

An eternal mystery. We seemed to be popular in France from the minute me and Richard purchased, and tentatively strummed, our first guitar. Perhaps I sowed the seeds of our popularity by taking a holiday to France with my friend (and short lived Hood guitarist) Matt’s family when I was aged about 14. Possibly even my A grade in French at GCSE gave us that boost we needed when breaking into foreign markets

Richard Adams : Je pense qu'il y a deux ou trois raisons : premièrement, le magazine Magic nous suivait vraiment. Ils ont écrit sur nous quand personne ne le faisait en Angleterre, hormis quelques petits fanzines. En regardant ces éditions de Magic, il semble que nous étions un groupe britannique de taille raisonnable tandis que jusqu'à Cold House, peu de gens étaient intéressés en Angleterre. Aussi, dès le début, nous avons rencontré quelques personnes à Paris :­ Stephane Recrosio, Fred Paquet, Morvan Boury, et plus tard Christophe Ruth qui nous bookait et nous aidait à la promo.

I think it was for a couple of reasons firstly the magazine Magic really got behind us. They wrote about us when no-one in England would maybe except for some small fanzines. From looking at those editions of Magic it perhaps looked like we were a reasonable sized UK band whereas until 'Cold House' only small pockets of people were interested here. Also early on we connected with some people in Paris - Stephane Recrosio, Fred Paquet,  Morvan Boury and later Christophe Ruth who booked us tours in the early days and helped spread the word.

L’un de vos derniers concerts à Paris au Café de la Danse était ultra plein, et je me souviens de Chris disant : "Y a-t-il un groupe après nous ?" Vous sembliez surpris par ce succès, et en même temps il me semble que vous n’avez jamais eu le succès que vous méritiez.
One of your last show in paris at Le Café de la danse was really packed and i remember you (Chris) saying iS THERE A BAND AFTER US? you seemed surprise by your success and at the same time I feel that you didn’t had the success you deserve, how do you feel about it ?

Chris Adams : Je pense que ça résume assez bien l’humour noir du groupe. En gros, on a enchaîné les désastres avec Hood, particulièrement en tournée. Je pense que c’était le soir ou notre batteur a quitté la salle pour aller acheter des baguettes, puis s’est complètement paumé dans Paris sans téléphone, sans connaître le nom de la salle et sans savoir parler français. Il est arrivé quand on montait sur scène ; le simple fait que nous ayons envisagé de commencer le concert sans batteur est assez révélateur. Je pense que les promoteurs étaient en train d’appeler la police et les hôpitaux au moment où nous jouions nos premières notes. Des jours heureux, en fait. En réponse à la partie finale de ta question, comment définissez-vous le succès ? Est­-ce que c'est financier ? Si tu retires l’argent et les ventes de disque de l’équation, nous avons eu plus de succès que nous ne l'aurions jamais espéré.

I think that pretty much sums up the gallows humour of the band. We pretty much lurched from one disaster to another in Hood, especially on tour. I think that might have been the night our drummer left the venue to buy some drum sticks, only to get hopelessly lost without his phone, the name of the venue, a map, or any ability to speak French. He arrived as we walked on stage; even the thought that we were considering just starting the show whilst our drummer was missing says it all. I think the promoters were calling the police and hospitals as the first notes rang out. Fun days indeed. In response to the final part of your question, how do you define success? Is it financial? Does making money or selling records validate what you are doing? If you take money and record sales out of the equation we had more success than we ever dreamed possible.

Richard Adams : Ouais, tu as complètement raison, c’est un truc à double tranchant. C’est vrai que nous étions complètement dépassés quand nous sommes arrivés en France, il y avait tellement de monde au concert, c'en était choquant. Réciproquement, nous avons été vraiment frustrés par notre manque de succès en général. Nous savions que la musique était assez bonne à un certain point pour faire mieux que cela. Il semblerait qu’on nous ignorait un peu, mais on ne s’est pas aidé en ne tournant pas beaucoup et en ne jouant pas le jeu. Nous n'avions pas tout à fait ce sens du travail, et il y avait toujours une frustration sous-jacente envers tout.

Yeah you are completely correct about that its a double edged thing. Its true we were overwhelmed when we came to France and saw large groups of people out to see us-it was kind of shocking. Conversely we were really frustrated about our general lack of success overall. We knew the music was good enough at certain points to do a lot better than it did. We just seemed to be ignored a lot but we didn't help ourselves by not touring much and playing the game. We didn't quite have that work ethic but there was always an underlying frustration with everything.

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Cold Fire Woods Of Western Lanes est ma chanson préféré de Hood. En avez-vous une, et pourquoi celle-ci en particulier ?
Cold Fire Woods Of Western Lanes is my favorite Hood song do you have one and why this one in particular?

Richard Adams : Je n'écoute pas de musique dans laquelle j'étais impliqué une fois qu'elle est finie. Je me souviens de l’aimer quand nous la faisions parce que c'était bien marrant de découper les parties de batteries. J’ai un doux souvenir de Your Ambient Voice, principalement parce qu’elle me rappelle de bons souvenirs et de belles rencontres, mais je ne vais pas l’écouter pour autant.

I don’t listen to any music I’ve been involved in once it is finished. I remember liking that one when we were doing it because it was a whole heap of fun cutting all the drums up. I have a soft spot for Your Ambient Voice mainly because the memory of it takes me back to a very happy time meeting new people, but I don’t actually go so far as to listen to it.

Chris Adams : C'est aussi une de mes préférées et je pense toujours qu'elle a été un peu négligée. J'en aime beaucoup, mais je dirais Cold Fire Woods, I Can’t Find My Brittle Youth ou The Lost You. J'aime les chansons avec cette sorte d'excitation.

It's one of my favourites too and I always think it was overlooked somewhat.  I like a lot of them but I'd say either 'Cold Fire Woods...', 'I Can't Find My Brittle Youth', or 'The Lost You'. I like the songs with that kind of thrilling excitement about them.

Où vous voyez-vous dans dix ans ?
Where do you see yourself in ten years time?

Chris Adams : Et voilà, les paroles de Hood. Aucune idée, ça fait partie du plaisir j’imagine.

Here come the hood lyrics. Haven’t got a clue. That’s part of the fun isn’t it?

Richard Adams : J’espère quelque part près de la campagne. Je suis dans la ville maintenant et je ne pense pas que ce soit en accord avec moi. Peut-être un bel endroit quelque part où je peux prendre un train pour Leeds quand j’en ai envie et être près des collines et de la campagne. Tant que j'ai un espace pour enregistrer de la musique, je suis heureux.

Hopefully back somewhere near the countryside. I'm in the city now and I don't think its wholly agreeing with me. Maybe a nice place out somewhere where I can get a train into Leeds when I feel like it but am near hills and countryside.  As long as I have a space to record music I'm happy.

Hood, c'est terminé ? Pour toujours ?
Hood is finished? This is it forever?

Chris Adams : Et maintenant, les titres de Hood ! À moins que nous ne pensions ajouter une pierre à l’édifice, le hiatus continue. 'Séparé' n'est pas le bon mot car il sous-entend de mauvaise choses ou des différences musicales. Hood est actuellement en sommeil.

And now the hood titles! Unless we feel like we’re going to genuinely add to the body of work then the hiatus continues. ‘Splitting up’ isn’t the right description as it suggests bad feeling or musical differences. Hood are currently slumbering.

Richard Adams : Ach. Je ne sais pas. Peut­-être. Nous avons eu deux ou trois offres pas mal cette année pour jouer. C’est vraiment agréable et nous sommes heureux que les gens pensent à nous, mais en tant que groupe, nous voulions toujours prendre le parcours le plus difficile possible, donc nous sommes heureux d’aller de l’avant avec la nouvelle musique que nous faisons individuellement. Il semble y avoir une attente dans la reformation de groupes après un certain nombre d'années mais il faut surpasser cette envie. Il faudrait quelque chose qui nous convienne, ce qui n’est pas le cas à l'heure actuelle...

Ach. I don't know. Possibly. We got a couple of decent offers this year to play. Its really nice and we're so pleased that people think of us but as a band we always wanted to take the most difficult route possible so  therefore we're happy to forge ahead with the new music we are doing individually. There seems to be an expectation that bands reform after a certain number of years out but you have to sometimes try to break that thought process - it would have to be something that appealed to all of us  which is just not the case at the moment… 

Chris, 2014, c’est ton grand retour : quatorze ans après ton dernier EP de Downpour, tu en sors un nouveau, et sept ans après le dernier Bracken, tu sors Exist Resist. Pourquoi maintenant ?
14 years after your last Downpour EP you released a new one and 7 years after the last Bracken, why now? 

Chris Adams : Mon ordinateur n'arrêtait pas de me dire : "Votre disque dur est presque plein, supprimez des fichiers", donc j'ai pensé qu’au lieu de supprimer des titres, j'allais les sortir. C’est seulement maintenant que je me dis que j’aurais pu m’acheter un nouveau disque dur et sauvegarder le tout et éviter des problèmes à tout le monde. Blague à part, il y a une certaine vérité à ça. Un jour, j'ai juste frissonné en voyant la quantité de chansons sur lesquelles j'ai travaillées au fil des ans qui sont restées non sorties, et j’ai pensé que je pouvais les sortir. Oui, cela signifie vraiment qu'il y a d'autres choses à paraître.

My computer kept saying “your hard drive is nearly full, please delete some files” so I thought instead of deleting the tracks I’d put them out. Its only now occurred to me I could have just bought a new hard drive and saved everyone the trouble. Joking aside, there’s some truth in that, one day I just shuddered at the amount of songs that I’ve worked on over the years which remained unreleased and thought I’d start the slow process of releasing them. Yes, that does mean there’s more to come

As-tu changé ta façon d’écrire depuis ? As-tu de nouvelles compositions ?
Did you change your approach of writing music since then, new gears,instruments etc…?

Chris Adams : Non, je ne savais pas ce que je faisais et je ne sais toujours pas ce que je fais. Rien n'a changé.

Nope, I started not knowing what I was doing, and I still don’t know what I’m doing. Nothing has changed.

Y a-t-il une raison spécial à ce titre, Exist Resist ?
Is there a special reason for that title Exist Resist?

Chris Adams : Il y en a, mes questions sur la musique plus haut pourraient donner un indice sur cette dichotomie présente dans le titre.

There is, my questions about music above might give a clue to the partial dichotomy furled within the title

Il y a de moins en moins de guitares sur tes projets. Tu en joues toujours ou tu leur as fait tes adieux ?
There is less and less guitar on your recordings do you still play guitar sometimes and write songs with it?

Chris Adams : Non. Je ne suis pas vraiment en bons termes avec ma guitare. Je me retrouve face à un mur en écrivant de cette façon. Tout ce que j'écrivais avec sonnait pareil donc je l’ai mise au placard . C'est seulement une question de temps avant qu'elle ne revienne.

Nope. I’m not really on speaking terms with my guitar. I hit a wall with writing that way. Everything I did sounded the same so it went in the cupboard. It’s only a matter of time before it comes back out again.

Quels sont tes projets?
What’s next for you?

Chris Adams : Aucune idée.

No idea.

Discographie

Cabled Linear Traction (Fluff, 1994)
Field Report (a) (i) An Overcast Sky (Chocolate Monk, 1994)
Silent '88 (Slumberland Records,1996)
Rustic Houses Forlorn Valleys (Domino, 1998)
The Cycle Of Days And Seasons (Domino, 1999)
Cold House (Domino, 2001)
Outside Closer (Domino, 2004)
The Hood Tapes ‎(Hood Self-released, 2005)

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=3mdZNKGTe2c

https://www.youtube.com/watch?v=-ii1Ka2eSFg

https://www.youtube.com/watch?v=Y1cy2iBwiAY

https://www.youtube.com/watch?v=F0LgjB1sW5c

https://www.youtube.com/watch?v=9iqJTDmMBc4


Mogwai - Rave Tapes

Barry Burns, claviériste des Glaswégiens de Mogwai, avait déjà annoncé la couleur, au cours d'une entrevue en 2011, peu de temps avant de monter sur scène à Saint-Malo : nous n’avons aucun message à faire passer. On veut juste que les gens tirent de notre musique ce qu’ils veulent, en espérant qu’ils l’apprécient (lire). En version sous-titrée, on comprenait alors entre les lignes et les expressions amusées que la bande de copains soupait les interviews comme d'autres marchent vers l'échafaud, à reculons. En soi, rien d'étonnant, leurs compositions instrumentales et monumentales se suffiraient à elles-mêmes, notamment pour cultiver le paradoxe jusque dans la perception de ces dernières : on les dépeint à l'aune de mille superlatifs, eux ne retiennent que l'accident heureux né d'une session en studio, on érige leur musique en tombereaux pour mélancoliques, eux n'éprouvent qu'un bonheur certain à jouer celle-ci. Il ne faut y voir aucune offense, ni même un plaisir du contre-pied gratuit : ainsi s'intime l'âme écossaise, ne se souciant que de l'essentiel, burinée jusqu'à l'os par la dureté des éléments. Parler de musique avec eux semble accessoire, à rebours d'un triptyque on ne peut plus assumé : nation, foot et whisky. Un terreau fertile dans lequel on peut creuser à dessein, entre référendum d'auto-détermination de l'Écosse - Stuart Braithwaite lâchant d'un souffle une sibylline phrase, si l'on arrachait notre liberté, là je pourrais être fier, faisant écho à celle de Mark Renton dans Trainspotting  : putain regarde autour de toi, on n'a même pas été foutu de se faire coloniser par une race supérieure ! -, Celtic Glasgow - club fondé par des immigrants irlandais - et mise en fût de son propre élixir malté. Et si Rave Tapes, sorti le 20 janvier dernier via Sub Pop et leur propre label, Rock Action, était l'occasion de démentir une telle assertion s'agissant de leur mutisme, inutile de préciser qu'on y croyait à peine plus qu'une victoire du Celtic, la veille, contre le Barça. Les cinq buts pris dans le buffet par l'équipe de Samaras n'aideront d'ailleurs en rien à délier les langues de Stuart Braithwaite et John Cummings, courtois et rigolards, mais somme toute impatients d'en finir. Nous on supporte le Celtic, les autres on s'en fout.

MOGWAI

La lumière décline, dehors le taxi ronronne, les réponses se feront, elles, de plus en plus laconiques. Non, je ne pense pas que nous referons un album de remixes. il y en aura peut-être deux ou trois, on verra ce que l'on en fera. Il y a beaucoup de gens avec qui nous aimerions collaborer mais on leur demandera avant de balancer leurs noms en interview. Les deux guitaristes de Mogwai sont ainsi, sans fioritures dans le discours et sans ambages quant aux idées. La ligne est claire, rectiligne, inflexible et si sens caché il y a, il revient à chacun de s'en faire sa propre opinion. Il n'y a pas d'histoire derrière Blues Hour, c'est juste un titre de chanson. Le chant a été posé à la dernière minute. Quand d'autres vendraient femmes et enfants pour composer ne serait-ce qu'une esquisse d'un tel morceau à l'intensité dramatique déconcertant de maîtrise, les deux Écossais, fidèles à leur réputation ne se privent pas pour matraquer toute once de romantisme supposée dans leur écriture, appliquant le même tarif à quelque visées capillotractées : Rave Tapes ? C'est juste un autre album, il n'y a pas de changement radical dans notre façon d'écrire. On a travaillé dur pour essayer d'être créatif, ce qui n'est jamais simple, mais on ne croit pas aux concepts, il s'agit d'une photographie de ce que l'on a fait à une période donnée : cet album est la musique que l'on a composée en 2013. Un propos qui tranche doublement, avec les communiqués de presse d'une part - actionnant une nouvelle fois la plausible incartade électronique du quintet -, mais aussi et surtout avec l'étonnant chambardement esthétique octroyant à Rave Tapes une pochette presque aussi hideuse que le disque n'est réussi, lardant le tout d'un logotype fleurant bon le rétro-futurisme comme on le pratiquait au milieu des années quatre-vingt-dix, à la fois criard et périmé dès sa sortie. Notre évolution est lente et graduelle, on ne se pose pas de questions, ça se passe naturellement. Rave Tapes n'est qu'un nom inspiré des cassettes de raves techno qu'on écoutait quand on allait à l'école, au milieu des nineties, ça ne va pas plus loin que ça. Je comprends que l'on puisse faire des comparaisons avec Rock Action, du fait des morceaux avec des beats électroniques, structurés par une alternance entre couplet et refrain. Back to basic donc, l'album s'égraine de fait à la lisière du plus pur des classicismes, aux frontières des miscellanées parcourant de quelques revers de manches dix-sept ans de carrière dans la domestication de l'électricité. Paru en single deux mois auparavant, Remurdered (lire) est la seule des compositions à rompre dans son approche la filiation de Rave Tapes aux efforts précédents, incluant dans son ADN une bouillonnante saillie teintée d’électronique - rappelant en cela les rejetons d'Errors, signés sur Rock Action (lire). Remurdered est une chanson qui fonctionne bien toute seule, elle sort un peu du lot, c'est notre préférée sur ce disque, à quelques miles de l'émouvante The Lord's Out of Control qui ne doit son salut sur le disque qu'à la volonté du réalisateur Antony Crook de la mettre en images, il avait une idée précise donc on a choisi celle-là. Pour le reste, sans ciller, le groupe remet le couvert, jouant de tous les éléments ayant coulé leur marque de fabrique dans l'acier de nos certitudes, entre les guitares de Master Card aussi agressives que celles obscurcissant The Hawk Is Howling (Wall of Sound, 2008), le morceau clin d’œil sur l'histoire du rock'n'roll - Repelish remémorant les samples d'Iggy Pop sur Punk Rock et reprenant le prêche d'un pasteur taxant Led Zeppelin de satanique -, le vocoder de The Lord Is Out of Control ressuscitant le mésestimé Rock Action (Matador, 2001), ou encore le phrasé-susuré à la codéine de Blues Hour, mettant en orbite l'indépassable Come On Die Young (Chemikal Underground, 1999) - album bientôt réédité en version remastérisée. Pas de rupture, mais pas non plus de continuité toute tracée, malgré les apparences, entre la récente bande originale composée pour la série Les Revenants (lire), et Rave Tapes débutant par la délicate Heard About You Last Night, parsemée d'un piano ressemblant à s'y méprendre à celui boisant ladite BO. Notre travail pour Les Revenants n'a pas eu la moindre influence à l'heure de composer Rave Tapes. Je comprends qu'on puisse penser cela, mais c'est un concours de circonstances : de toutes façons, nous aurions composé ce type de morceaux. 

À vrai dire, et je l'avoue sans peine, l'écoute de Rave Tapes m'a insidieusement fait replonger dans celle, compulsive et hypnotique, de Come On Die Young. Peut-être parce que ce chef-d'œuvre enfanté par les Écossais, alors âgés de 23 ans, est indépassable esthétiquement et émotionnellement, peut-être aussi parce qu'il était temps pour moi de retrouver cet abîme méandreux, où chaque morceau confine à la perfection dans cet art subtil de dépeindre l'irascible mélancolie, rendant la tristesse presque belle. Malgré cet horizon quasi infranchissable, Mogwai reste donc capable de sortir d'indispensables disques et Rave Tapes en est un.

Mogwai sera en concert le 3 févier 2014 à l'Olympia de Paris, le 29 mars à Nîmes et le 3 avril à Lille.

Interview & traduction : Alexandre P.

Audio

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=KbwIFzxD1-w

Tracklisting

Mogwai – Rave Tapes (Rock Action / Sub Pop, 20 janvier 2014)

01. Heard About You Last Night
02. Simon Ferocious
03. Remurdered
04. Hexon Bogon
05. Repelish
06. Master Card
07. Deesh
08. Blues Hour
09. No Medecine For Regret
10. The Lord Is Out Of Control

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Gene Daniels, Ruston, Washington, August 1972

photo©Gene Daniels

Il n’y a pas LA vidéo de la semaine, chaque lundi, et toutes celles qui ne méritent pas d’y figurer. On arguera que tout est une question de timing et que, pour le coup, en décembre on a de quoi faire niveau rodomontade familiale. Avant l'indigestion, on ne manquera pas de prendre ainsi dans la tronche la saillie Tough Luck des anglais d'Eagulls, originaires de Leeds et conciliant, sur un premier LP prévu en 2014 via Partisan Records, post-punk à la Gang of Four et grunge pété made in Seattle, d'apprécier la mélancolie blême de The Lord is Out of Control des écossais de Mogwai - qui nous ont avoué avoir fait figurer ce morceau sur Rave Tapes, disponible le 20 janvier, car leur ami, Antony Crook, avait une idée en tête s'agissant de sa transposition à l'image -, d'halluciner devant la réalisation par le duo Daniel Spindler et Martin Eichhorn de l'imprononçable Einundzwanzig de l'électronicien allemand Jan Roth - extrait de l'album L.O.W. sorti en juillet dernier sur Sinnbus Records -, de s'amuser tel un lolcat en chaleur de la mise en smiley par John Michael Boling de Boring Angel d'Oneohtrix Point Never, et enfin, de sautiller gaiement à l'écoute de Forgiven/Forgotten, pop-song éraillée d'Angel Olsen qui trustera désormais le roster de Jagjaguwar avec un LP Burn Your Fire For No Witness annoncé pour début février. De quoi enterrer définitivement, on l'espère, Best Coast.

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Vidéos

http://www.youtube.com/watch?v=fVcGkU2b5Ak#t=33

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http://www.youtube.com/watch?v=eRrfun4sdOo&feature=youtu.be

http://www.youtube.com/watch?v=qmlJveN9IkI

http://www.youtube.com/watch?v=PinTAGbIsV4#t=88


Mogwai - Remurdered

Mogwai - Rave TapesLes écossais de Mogwai révèlent enfin un secret de polichinelle : leur prochain album studio, Rave tapes, sortira le 20 janvier prochain par le biais une nouvelle fois de Rock Action - leur label - pour l'Europe, et de Sub Pop - pour les Etats-Unis. Une année après leur bande originale livrée pour Les Revenants (lire) et trois printemps après leur dernier effort studio (lire), la bande à Stuart Braithwaite remet le métier sur l'ouvrage, confiant les clés de l'enregistrement à Paul Savage - responsable entre autres de Young team - , et semble définitivement opter l'incorporation de claviers, délaissés sur Hardcore Will Never Die, But You Will. Ce que met en lumière Remurdered de la plus belle des manières, a contrario d'une pochette au design pour le moins cheap.

Mogwai sera en concert le 3 févier 2014 à l'Olympia de Paris, le 29 mars à Nîmes et le 03 avril à Lille.

Audio

Tracklisting

Mogwai - Rave Tapes (Rock Action / Sub Pop, 20 janvier 2014)

01. Heard About You Last Night
02. Simon Ferocious
03. Remurdered
04. Hexon Bogon
05. Repelish
06. Master Card
07. Deesh
08. Blues Hour
09. No Medecine For Regret
10. The Lord Is Out Of Control


Mogwai - A Wrenched Virile Lore / Les Revenants

L'esprit vagabond, le regard aspiré par le vide, une modulation spectrale se dessine peu à peu dans les écouteurs et embrasse d'un même mouvement les teintes diaphanes du présent immobile et celles grisâtres d'un passé racorni de mélancolie. Le visage fouetté par le vent, la pluie déchirant chaotiquement le ciel, la musique inoculée par la bande à Stuart Braithwaite s'appréhende comme il se doit, tel un hymne contemplatif, transcendé d'une irrépressible volonté de puissance. Soit la transcription poétique et émotionnelle du lien unissant l'homme aux éléments. Renfrogné, les mains dans les poches, déambulant au gré d'une amertume consommée, le ciel et quelques bouts d'immeubles impersonnels se reflètent sur le trottoir détrempé à mesure que ne s'égrainent les quelques vingt nouveaux morceaux de Mogwai parus récemment à l'occasion de la sortie d'un nouvel LP de remixes, A Wrenched Virile Lore, et de la bande originale de la série Les Révenants. Deux moyens détournés de renouer avec le quintet écossais, après l'intense Hardcore Will Never Die, But You Will (lire) paru l'année passée, mais non deux moyens inusités, l'un comme l'autre ayant été préalablement éprouvés : Kicking A Dead Pig (1998, Eye-Q) voyait My Bloody Valentine, Surgeon, Arab Strap, Alec Empire ou Hood relire des morceaux de l'initiatique Young Team - dont la phénoménale Mogwai Fear Satan -, quand Zidane: A 21st Century Portrait (2006, Wall Of Sound), incarnait une véritable œuvre dans l'œuvre - que Mogwai interprétera lors de la prochaine édition du Midi Festival - magnifiant celle des réalisateurs Douglas Gordon et Philippe Parreno.

Six ans après, force est de constater qu'avec Les Revenants la virtuosité des natifs de Glasgow pour l'exercice de style n'a pas pris une ride : tricotant toujours dans l'abîme de notre inconscient avec une grâce hors du commun, les instrumentations déployées exaltent tout autant les passements de jambes du divin numéro dix que l'ambiance inquiétante et claustrophobe développée par la série de Fabrice Gobert. Si Hungry Face et Wizard Motor s'affirment tels les points d'orgue de la bande originale, notamment dans leur utilisation télévisuelle, Kill Jester, Relative Hysteria ou Portugal sonnent démesurément juste, à mille lieux d'une vulgaire commande, insufflant un piano pour la première fois de bout en bout et centrant sur celui-ci l'ensemble des arrangements. D'une beauté rare à faire pâlir tout documentaire sur l'Islande, il s'avère d’autant plus simple de déconnecter la musique de la série que la reprise What Are They Doing in Heaven Today? de Washington Phillips - entonnée par Stuart lui-même - ponctue l'ensemble d'un spleen boisé, si typiquement écossais. A contre-temps d'un tel lyrisme ouvragé, la compilation de remixes A Wrenched Virile Lore s'inscrit telle une preuve supplémentaire de l'imbrication de Mogwai pour la scène actuelle - en plus du label Rock Action : les échappés de l'écurie Not Not Fun (lire), Xander Harris et Umberto signent d'ailleurs, chacun dans leur style, deux des plus remarquables relectures avec celles d'How To Be A Werewolf et Too Raging To Cheers, quand Letters To The Metro transfiguré par Zombi donne dans le film spaghetti d'épouvante et que San Pedro revisité par The Soft Moon fait parler la poudre, l'explosion et le détonateur à la fois. Mais bien au-delà de petits jeux entre amis - la technophile réappropriation de Rano Pano par Klad Hest, qui n'est autre que Matt Loveridge de Beak et Fairhorns - l'essentiel tient aux "deux morceaux en un" de Robert Hampson qui, sur La Mort Blanche, clôture l'album d'une version agrégée, aéré et fantasmée de White Noise et Death Rays. A écouter, l'esprit vagabond, le regard aspiré par le vide.

Audio

Tracklisting

Mogwai - A Wrenched Virile Lore (Nov 2012, Rock Action / Sub Pop)

01.George Square Thatcher Death Party (Justin K Broadrick Reshape)
02. Rano Pano – Klad Hest (Mogwai)
03. White Noise (Cylob)
04. How To Be A Werewolf (Xander Harris)
05. Letters To The Metro (Zombi)
06. Mexican Grand Prix (RM Hubbert)
07. Rano Pano (Tim Hecker)
08. San Pedro (The Soft Moon)
09. Too Raging To Cheers (Umberto)
10. La Mort Blanche (Robert Hampson)

Mogwai - Les Revenants (Fev 2013, Rock Action / Sub Pop)

01. Hungry Face
02. Jaguar
03. The Huts
04. Kill Jester
05. This Messiah Needs Watching
06. Whisky Time
07. Special N
08. Relative Hysteria
09. Fridge Magic
10. Portugal
11. Eagle Tax
12. Modern
13. What Are They Doing in Heaven Today?
14. Wizard Motor


Mogwai (Barry Burns), l'interview

Inutile de remettre le couvert et s'ébrouer dans les grandes largeurs s'agissant de Mogwai. Aussi bien Special Moves (lire) - enregistré lors de trois dates successives données en 2009 au Music Hall de Williamsburg de Brooklyn et magnifié dans Burning, film réalisé par Vincent Moon et Nathanaël Le Scouarnec - qu'Hardcore Will Never Die, But You Will (lire), dernier album en date du groupe, ont trouvé ici un écho plus que favorable. Et il allait sans dire qu'en plein coeur de l'été, le quintette écossais serait l'une des nombreuses têtes d'affiche que compte l'énième édition estivale d'une Route du Rock - ayant lieu du 12 au 14 août 2011 à Saint-Malo - présentée plus en détail par ici. Il n'en fallait pas plus pour un échange digital avec Barry Burns, artificier (guitare, claviers, flûte) d'une bande de potes l'ayant intégré à l'époque de Come On Die Young. C'était il y a plus de douze ans et c'était hier.

Entretien avec Barry Burns

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Comment vous est venue l'envie de faire de la musique ? 
Can you introduce yourself in a few words? How did you get the urge to make music?

Je suis Barry Burns, guitariste et pianiste de Mogwai, groupe originaire de Glasgow, en Écosse. J'ai commencé à jouer du piano quand j'avais dix ans, avec un jouet du "Père Noël", et j'ai accroché depuis.

I am Barry Burns and I play guitar and piano for Mogwai, from Glasgow, Scotland. I started playing the piano at 10 years old from a gift from "Santa Claus" and enjoyed it ever since.

Vous vivez en Écosse. Parlez-nous de "votre" Écosse. Est-ce un endroit propice à l'inspiration ? 
You live in Scotland. Can you tell us about "your" Scotland ? Is it a good place for your inspiration? 

En fait, j'ai déménagé à Berlin depuis deux ans, mais je suis sûr que Glasgow ne vaut pas moins qu'une autre ville, en terme d'inspiration. J'ai l'impression que les villes un peu "glauques" sont en général un terrain plus propice que les autres pour faire de l'art ou de la musique. Berlin ressemble beaucoup à Glasgow de ce point de vue.

I actually moved from Glasgow to Berlin 2 years ago but I am sure that Glasgow is as good as any city for inspiration. I feel that the "grimier" cities of the world are better places to make art/music than the beautiful ones. Berlin is similar to Glasgow in this way.

Qu'est-ce qui vous pousse à écrire et jouer avec autant de passion ? Comment parvenez-vous à innover et à garder l'envie de jouer ensemble ? 
What motivates you with such passion to compose and to play your music? How do you keep the musical partnership fresh and exciting year after year?

C'est juste un métier qui nous plaît énormément, tout simplement. Je ne pense pas qu'on le ferait si on n'aimait pas ça. Ça devient de plus en plus dur d'innover à chaque fois, mais on fait du mieux qu'on peut (il y a eu des échecs, mais des réussites aussi).

It's a very enjoyable profession, simple as that. I don't think we'd do it if we didn't love doing it. It gets harder each time to keep things fresh but we try out hardest (sometimes we fail, sometimes we succeed)

Quels sont les musiciens dont vous vous sentez le plus proche ?
Which musicians do you feel close to? 

Le reste du groupe. Je ne me sens pas particulièrement proche des autres (sauf leur respect !).

The rest of my band. I don't really feel close to many others (not in a disrespectful way!). 

Comment décririez-vous votre musique et ses différentes influences ? 
How would you define your music and what influences do you put together in your songs? 

Musique instrumentale à base de piano et de guitare, venue d'Écosse (c'est un peu long, non ?). On a tous des goûts différents en terme de musique, donc les influences de chacun se mélangent pour former le son Mogwai. C'est beaucoup plus dur de parler ou d'écrire sur la musique, plus que de parler de littérature, par exemple.

Instrumental guitar and piano music from Scotland (it's a bit long isn't it?). We all have different tastes in music within the band so they are mixed and then amalgamate to sound like Mogwai. It's very difficult to write or talk about music, rather than say, a book.

Votre musique fait passer émotions et sentiments. Quel sentiment essayez-vous vraiment de faire passer à travers vos morceaux ? 
Your music convenes spirits and feelings... What feeling are you trying to convey through your music? 

Aucun. Nous n'avons aucun message à faire passer. On veut juste que les gens en tirent ce qu'ils veulent. J'espère juste qu'ils l'apprécient…Ce n'est pas le cas de tout le monde !

Nothing. We have no message. We want people to take from the music what they will.,I just hope they enjoy it.......many people don't!

Comment décrivez-vous l'évolution de votre son et de vos compositions depuis les trois premiers albums, Ten Rapids, Young Team et CODY ?
How would you describe your evolution in terms of songwriting and sound since your first albums, Ten Rapids, Young Team and CODY? 

En fait, quand tu vieillis, tu changes aussi ta façon de faire, j'imagine. Par exemple, de nouveaux instruments, technologies et même un nouveau studio ou producteur peuvent changer beaucoup de choses au moment de l'enregistrement. J'aime à penser qu'on s'améliore, petit à petit…

Well, as you get older you change how you do things I suppose. The sound changes depending on many things like, new instruments or new technology and also which producer and studio you use for the recording. I'd like to think we are getting better at it gradually.

Donnez-vous autant d'importance au côté esthétique de l'album qu'à la musique elle-même ?
Do you give as much importance to the aesthetics of the album as to the music itself? 

Je ne suis pas sûr de bien te saisir. Parles-tu du look de l'album et de l'ordre des morceaux, etc.? Si oui, non. La musique est au-dessus du format de l'album. Les concerts sont toujours meilleurs que les albums.

I'm not sure what you mean. Do you mean how it looks and which order the tracks run etc.? If so, no. The music is above the format of the album. The live concerts are always better than the album.

Pouvez-vous expliquer d'où est né Hardcore Will Never DIe, But You Will ? 
Can you explain the creative process for Hardcore Will Never Die, But You Will? 

Un des quatre musiciens envoie ses démos en mp3 aux autres membres du groupe, et on essaie de compléter le morceau. Ensuite, on se retrouve pour répéter au studio à Glasgow avant de commencer l'enregistrement. Des éléments changent à chaque étape.

One person out of the four songwriters sends mp3's of their demos to the others in the band and we try and make up parts for it. Then we all get together in the rehearsal space in Glasgow before going off to record. Things change at every stage of the process.

Que pensez-vous de Sub Pop ? Comment avez-vous commencé à collaborer ensemble ? 
What do you think of Sub Pop? How did you come to work with them? 

On adore faire partie de la famille Sub Pop, c'est un label génial. On avait juste besoin de changer un peu et beaucoup de choses étaient devenues différentes au niveau du groupe à l'époque. C'est toujours bien de changer.

We love being part of the Sub Pop family, it's a really great label. We just fancied a change and a lot of other things were changing for the band at that time too. A change is always good.

En plus de l'enregistrement et de la tournée, vous vous occupez aussi de votre label Rock Action. Que pensez-vous du marché de la musique indé ? Existe-t-il toujours ? Si, oui, à quels niveaux ?
In addition to the recording and touring, you’ve been running your own label, Rock Action. How do you consider the independant music? It still exists? If so, in what?

La musiqué indé existe toujours, bien entendu. C'est ce qu'on fait. C'est ce que tous les groupes du label Rock Action font.

Independent music obviously exists, that's what we do. That's what all the bands on Rock Action are. 

Y-a-t-il une scène musicale dont vous vous sentez proche ? 
Who are Mogwai's friends? Is there a "scene" you feel you belong to? 

Il n'y en a jamais vraiment eu, mais je pense que la plupart des groupes de Glasgow t'en diraient autant. Glasgow n'a jamais eu de "son" particulier, comme  celui venu de Manchester ou de New-York, et c'est plutôt positif, à mon avis. Ça veut juste dire que personne n'était jamais qualifié de "cool", parce que ce genre de chose passe assez vite au bout d'un moment.

There never was a particular scene that we were part of but i think a lot of Glasgow bands will say that. Glasgow never had a "sound" like Manchester or New York did and that's a good thing in my opinion. It meant no-one was ever "cool" because those kind of things wear off after a while.

Ce n'est pas la première fois que vous jouez à La Route Du Rock. Quels souvenirs en gardez-vous et qu'est-ce que ce festival vous évoque ? 
It's not the first time which you play during the Route du Rock. What kind of souvenir have you about it and what does this festival evoke you? 

J'aime beaucoup ce coin de la France et on s'est beaucoup amusés là-bas. C'est un des seuls festivals dont je me souvienne vraiment du concert joué, de la scène et du reste. Il est unique et se distingue pas mal du reste.

I like that part of the country and we've had quite a lot of fun there before. It's one of the few festivals that I can actually remember the concert and what the stage looks like and how the festival looks. It's quite distinctive and unique.

Traduction : Simone Apocalypse

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Mogwai - Hardcore Will Never Die, But You Will

Quinze années à bourlinguer au quatre coins du globe, huit albums, dont un live, Special Moves (lire), doublé d'un film haletant, Burning. Le rythme est soutenu et la machine de l'histoire bien en marche, octroyant de facto au quintet écossais Mogwai les galons de groupe "culte", voire générationnel, et écrasant de fait la concurrence d'un seul arpège en matière de post-rock. En somme, quinze années de labeur et de dévouement à la cause indépendante - notamment par la création du label Rock Action - pour avoir à se coltiner une stature insupportable en plus d'une étiquette comme le critique musical les aime tant, à savoir sans queue, ni tête. Presque vingt ans après l'album éponyme de Tortoise, quelqu'un n'a-t-il d'ailleurs pas remarqué que le rock, comme toute forme d'art, ne cesse de se renouveler par la double manivelle de la répétition et de l'expérimentation et qu'au final, d'après, il n'y en a pas et il n'y en aura probablement jamais ? Et que dire de la panacée commerciale désormais inversement proportionnelle à l'implication artistique des-dits groupes "cultes" ? Qu'ils sortent un disque et chacun se l'arrache, les plus jeunes le portant aux nues sans même un coup d'œil dans le rétro discographique, les plus vieux le dénigrant justement parce qu'avant c'était mieux, plus authentique. Les charognards de toutes sortes rodent donc, prêts à enterrer la bête au moindre faux pas, mais qu'importe, Mogwai, avec Hardcore Will Never Die, But You Will prouve qu'il reste une entité créatrice bien vivante, fermement décidée à ne pas se laisser leurrer par son propre mythe.

Bien sûr, il y a ces clins d'œil au passé. Si la production du précédent The Hawk is Howling était confiée à Andy Miller, Hardcore Will Never Die, But You Will bénéficie pour sa part de la contribution de Paul Savage. Ces deux-là sont précisément les dépositaires du premier LP des Écossais, Young Team, les ayant révélés au monde. Et si le violon de Luke Sutherland s'était brusquement effacé depuis l'abyssal Xmas Steps, le voici de retour sur Too Raging To Cheers. De là à dire que Mogwai se réinvente un futur sur le dos de son passé tellurique, il n'y a qu'un pas qu'on ne saurait franchir tant le jeu des comparaisons entre albums semble vain, ne faisant qu'effleurer de sa futilité toute pertinence. Oui, Mr. Beast est aussi accessible que The Hawk is Howling n'est sombre, non, Hardcore Will Never Die, But You Will n'est pas la somme de ces deux facettes puisque, dans un cas comme dans l'autre, dès les premières notes, vous savez à qui vous avez à faire. Tant par sa discographie que par ce "son", charriant le silence pour mieux tutoyer les cimes, Mogwai incarne l'Écosse dans toute sa dimension sensible, quelque part nichée entre les grands espaces des Highlands et les friches industrielles de Glasgow, où pintes de bière, franche camaraderie et football ne font décidément qu'un. Sans conteste moins cryptique que les Canadiens de Godspeed You! Black Emperor et moins boy scout que les Islandais de Sigur Rós, le quintet grave à dessein cette géographie émotionnelle selon une grammaire instrumentale connue de tous, qui, à défaut de surprendre par son contenu, imprègne avec toujours autant d'intensité les visages d'un quotidien passager, grimé d'espérance comme de violence, d'alcool comme d'ennui.

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Pour la première fois enregistré de manière séparée, chacun étant disséminé aux quatre coins du globe durant sa conception, Hardcore Will Never Die, But You Will s'ouvre sur deux des morceaux figurant à merveille ce dont l'album recèle, entre classicisme épuré (White Noise) et nouvel adage sonique (Mexican Grand Prix), sonnant ici telle une référence explicite à la "motorik" qui animait dans les seventies les baguettes de Klaus Dinger, batteur de Neu!. Oscillant entre ces deux extrêmes, Rano Pano, par ses guitares revêches, semble reprendre les choses là où Batcat les avait laissées au sein de The Hawk is Howling, tandis que les introspectifs périples, mâtinés de claviers, Death Rays et Letters to the Metro conservent le sel d'effusions lacrymales propre à l'indicible Come On Die Young. Caréné d'une basse contondante et porté par une voix passée au filtre d'un vocoder présent par deux fois sur l'album, George Square Thatcher Death Party tranche par son immédiateté et sa fulgurance mélodique, insufflant sur ses braises deux compositions ostensiblement rassérénées, How To Be A Werewolf et Too Raging To Cheers, malgré leur dissemblance rythmique. Au-delà de son titre en forme de boutade - grande spécialité maison -You're Lionel Richie s'arroge une place de choix dans le classement des morceaux conclusifs du groupe, évoquant les atours de l'indépassable Mogwai Fear Satan, quand des deux inédits accompagnant, l'un le single Rano Pano, l'autre la sortie deluxe de l'album, ce dernier, Music for a Forgotten Future, immense pièce musicale d'une vingtaine de minutes, offre la vision panoramique d'une mélancolie ardemment chevillée au corps et dénuée d'électricité. Celle d'un groupe et, par là-même, celle de toute l'Écosse. Come on the Bhoys !

Vidéo

Tracklist

Mogwai - Hardcore Will Never Die, But You Will (2011, Rock Action Records / Sub Pop)

01. White Noise
02. Mexican Grand Prix
03. Rano Pano
04. Death Rays
05. San Pedro
06. Letters To The Metro
07. George Square Thatcher Death Party
08. How To Be A Werewolf
09. Too Raging To Cheers
10. You're Lionel Richie


Mogwai - Special Moves / Burning

Quelque chose d'imperceptible traversa le visage de mon père, ses yeux scrutaient un immense vide, incommensurable, s'étalant du plafond au plancher. Et surtout, indécelable pour moi. Le temps et son palimpseste musical. Ses mains glissaient lentement sur la pochette de chacun des vinyles soutirés. Les Stones changeaient de mains, les Doors, les Pink Floyd... Trop occupé à détailler les notes de pochettes, j'étais loin de saisir l'ampleur du remue-ménage soudainement entrepris derrière ce regard tendrement embué. Sans un mot et quelques soupirs, défilait l'histoire d'une vie, d'une jeunesse enfouie entre 68 et 81, où les futiles histoires de copains s’entremêlaient aux méandres des grands évènements. L'histoire d'une vie et la bande-son qui va avec. Ce que je ne comprends désormais que trop bien.

Sans rester complétement insensible, l'onirisme saturé des Ecossais de Mogwai coloriait d'autant moins ma bulle sonore que celle-ci se projetait d'impatience dans une quotidienneté vertement pétrie d'angoisses. Comme si leur musique était derrière moi et non plus devant, recouverte d'un voile imprégné d'une trouble nostalgie.

Une histoire qui débute en 1997. D'abord par un flirt radiophonique, avec comme mère maquerelle Bernard Lenoir, l'inimitable John Peel français. Puis par la sortie, quasi concomitante sur Chemikal Underground, de Ten Rapids et Young Team, deux disques ébauchant la puissance d'un mythe et d'un style consacré, deux ans plus tard, par le mirifique Come On Die Young. De ce côté-ci de l'Atlantique, le post-rock se cherchait un maître du genre, il trouvait bien plus : sa plus haute expression, son modèle indépassable, irréfutable. Un après du rock cousu de cimes instrumentales et électriques dantesques (Summer, Mogwai Fear Satan, Ex-Cowboy, Christmas Steps), de cotonneuses descentes, nimbées de pluies acides et dissonantes, et de silences inquiets charriant l'avarie (Like Erod). Un avenir à mille lieux de l'expérimentation théorique ou romantique des pères (Tortoise, Slint), un ailleurs entièrement braqué sur l'émotivité et la sensitivité de compositions explosant les carcans, tant en termes de durées - frôlant parfois le quart d'heure - que de structures. Certains connurent à dix-sept ans le punk, sa verve dégobillée et sa table rase faite du passé. Je découvrais moi, à dix-sept piges, un au-delà aux profondeurs infinies, mouvantes, s'infiltrant dans ma vie à mesure que l'opaque fumée s'éprenait de mes poumons. Glissement délétère. Il y eut ce rituel saugrenu, ce refuge face aux doutes d'une existence brinquebalante. Au moindre refus, témérités vexées, je me retrouvais vautré sur le lit, remplissant précautionneusement une douille de marqueur en féraille fichue entre deux doigts. Cody investissait mes écouteurs hi-fi tandis que le crépitement de l'herbe violemment consumée précédait l'exhalation blême. Les yeux mi-clos, je contemplais la céleste cartographie sonique projetée par les Ecossais sur l'envers de mes rétines atrophiées, entre vastes plaines désolées, sauvagement submergées de larsens, et reliefs insensés, éventrés d'aspérités mélodiques. Des heures entières d'une solitude tintée d'émerveillement, où la mélancolie glisse sur l'âme telle une larme spontanée. Puis vinrent les albums d'une maturité pleinement assumée, entre engagement musical, marqué au fer rouge de leur label Rock Action (Errors, Part Chimp, Papa M - soit David Pajo, figure de proue de Slint, Kling Klang, Envy...), et transition sereine vers des territoires à la brutalité évincée. Rock Action en 2001, puis Happy Songs for Happy People en 2003, scellent dans un registre certes différent - pop pour l'un, avec notamment la participation de Gruff Rhys des Super Furry Animals sur Dial:Revenge, rock pour l'autre - l'aboutissement d'un son à la complexité indicible, où l'intensité dramatique se substitue aux telluriques saillies de guitares du quintette. Mogwai change, ma perception avec. Une influence étiolée malgré une bienveillance inoxydable : Mr Beast, en 2006, égrainant sa consistance insoupçonnée (Friend Of The Night, Travel is Dangerous, Glasgow Megasnake), et The Hawk Is Howling, deux ans plus tard, au goût âpre et revêche (I'm Jim Morrison, I'm Dead, Batcat, Scotland's Shame), désarmant de maîtrise. Deux classiques en somme, mais deux classiques attendus comme tels. Sans étincelle. Presque sans curiosité. Un foutre mal obstruant mes réflexes d'antan.

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C'était sans compter Special Moves, enregistré lors de trois dates successives données l'an passé par le groupe au Music Hall de Williamsburg de Brooklyn, et son pendant filmique, Burning. Quoi de plus logique ? Dès la première écoute, les évidences s'ordonnent naturellement : la scène est essentielle à Stuart Braithwaite et ses acolytes, quand la qualité des bandes confectionnées en terre yankee s'apparente à une véritable épiphanie ravivant sur le champ la flamme des premières rêveries. Non que les morceaux - piochés équitablement dans leur entière discographie - soient bouleversés ou revisités d'un œil neuf et averti. Non. C'est la justesse de ton et le raffinement des interstices qui interpèlent l'oreille, faisant de Special Moves un live à part, moins conçu comme une version en direct des titres joués qu'à la manière d'une révélation intégrale de ceux-ci. Comme si la bête était trop à l'étroit en studio, comme si l'intérêt n'avait finalement résidé que dans la potentialité scénique des dites compositions. Une incarnation définitive que scénarise à merveille Burning, filmé lors de ces trois mêmes soirées new-yorkaises par Vincent Moon et Nathanaël Le Scouarnec, initiateurs entre autres des fameux concerts à emporter. Fidèle à son regard intimiste et décalé, qui a fait la renommée actuelle de la Blogothèque, et optant ici pour un rendu uniquement en noir et blanc, le duo subjugue la magie glauque du groupe, suintant des déserts industriels de Glasgow et transvasée ici dans un univers d'acier, dans un état d'esprit plus proche d'Instrument, documentaire réalisé en 1998 par Jem Cohen sur Fugazi, que de celui écolo-optimistes d'Heima (2007), film de Dean DeBlois consacré aux islandais de Sigur Ros. Un film, par sa beauté, que l'on aurait pu considérer tel un panégyrique live testamentaire. Il n'en est rien, le futur des Ecossais s'écrivant toujours au présent : un huitème LP - en comptant Zidane : A 21st Century Portrait - produit par Paul Savage, déjà responsable de l'inaugural Ten Rapids, est prévu en février prochain. Ou comment boucler la boucle, avant de repartir pour un tour. En attendant, le groupe a confectionné une mixtape pour nos confrères d'International Tapes. De quoi apaiser ces quelques réminiscences d'impatience, à nouveau gauchement dissimulées.

Une projection de Burning aura lieu à l'Élysée Biarritz le 10 novembre prochain à Paris. Stuart Braithwaite et Nat Le Scouarnec y participeront. Pour en savoir plus, cliquez par là.

Audio

Mogwai - Cody
Mogwai - 2 Rights Make 1 Wrong

Tracklist

Mogwai - Special Moves (Rock Action, 2010)

01. I'm Jim Morrison, I'm Dead
02. Friend Of The Night
03. Hunted By A Freak
04. Mogwai Fear Satan
05. Cody
06. You Don't Know Jesus
07. I Know You Are But What Am I
08. I Love You, I'm Going To Blow Up Your School
09. 2 Rights Make 1 Wrong
10. Like Herod
11. Glasgow Megasnake

Mogwai - Burning DVD

01.The Precipice
02. I’m Jim Morrison, I’m Dead
03. Hunted By a Freak
04. Like Herod
05. New Paths To Helicon Pt1
06. Mogwai Fear Satan
07. Scotland’s Shame
08. Batcat

Vidéo