Mind Over Mirrors l'interview

The Voice Calling

Jaime Fennelly joue avant tout de l’harmonium. Et pas de n'importe lequel, un harmonium à pédale importé d'Inde. S’accommodant de l’ombre et de la relative confidentialité des musiques expérimentales, l'Américain fomente ses disques et fignole ses prestations scéniques sans discontinuer depuis cinq ans sous de multiples patronymes, entouré de multiples formations et gommant les frontières entre rock minimaliste, noise, drone, improvisation, folk, jazz et psychédélisme. Deux disques, dont l'inaugural The Voice Rolling paru sur Digitalis en 2011 et Check Your Swing ‎sur Hands In The Dark en 2012, lui permirent d'asseoir son chamanisme à la fois immobile et infini, en tissant sa toile luminescente entre folklore et technologie, nature et immatériel. Son dernier effort, When the Rest Are Up at Four, égrainé en septembre 2013 sur Immune Recordings, charriait quant à lui la gravité, optant pour une transe solaire, indiciblement nimbée de lumière et issues de longues sessions solitaires, où Jaime était reclus en ascète dans un bungalow proche de Chicago. L’homme, également reconnu pour ses performances au sein du trio folk-noise Peeesseye, du trio free-jazz Acid Birds, du quartet barré Phantom Limb & Bison et du duo d’électroniciens Manpack Variant, vient d'offrir, par le biais de l'album The Voice Calling paru ce 27 janvier, un nouveau champ exploratoire à son projet avec la présence au chant d'Haley Fohr, œuvrant en solitaire sous le patronyme de Circuit des Yeux, et conférant un surplus d'âme à une profonde respiration tutoyant déjà les cimes. Il n'en fallait pas plus pour qu'on lui arrache quelques réponses additionnelles aux questions déjà posées à l'occasion de sa performance au Centre Pompidou, Storing the Winter, en mars dernier avec le danseur contemporain Miguel Gutierrez (lire).

Mind Over Mirrors l'interview

Mind Over Mirrors

Mind Over Mirrors existe depuis cinq ans. Peux-tu nous dire comment tu as mis au point ce projet et quelles sont les dates-clés ?
Mind Over Mirrors exist since five years. Can you tell us how you formalized this project and which are there importants dates/meetings of it?

Je n’arrive pas à croire que ça fait déjà cinq ans ! Mind Over Mirrors a débuté juste après mon arrivée à Seattle où je me suis posé pour quelques mois. Avant ça, j’habitais dans une île d’environ trois kilomètres carrés complètement déconnectée du monde. Après avoir arrêté de tourner pendant un long moment (2007-2010), à l’exception de dates très occasionnelles lors d’une tournée avec Peeesseye ou d’une collaboration ponctuelle, j’avais vraiment très envie de reprendre le live et je me suis rendu compte que le moyen le plus rapide d’y revenir, c’était d’entamer un projet solo. C’est comme si, en vivant sur cette île où je menais une existence complètement différente de celle que j’avais eue jusqu’alors, j’avais emmagasiné toute cette énergie à dépenser. C’était comme replonger soudainement dans la culture contemporaine après s’en être intentionnellement écarté. Je n’ai joué qu’une seule fois à Seattle en tant que Mind Over Mirrors, et peu de temps après ça, courant 2010, j’ai déménagé à Chicago. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à enregistrer The Voice Rolling qui est sorti chez Digitalis en 2011, immédiatement suivi par High & Upon (à l’origine sorti en cassette par Gift Tapes et par la suite chez Aguirre en vinyle). Le temps que ces enregistrements sortent, j’avais commencé à tourner en tant que Mind Over Mirrors de façon beaucoup régulière, et ça n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur depuis ce moment-là.

I can’t believe it’s been five years already!  Mind Over Mirrors was initiated just after I temporarily made Seattle my home for a few months, after living on a remote five square mile island that was completely off the grid.  After taking a very long break from performing (2007 - 2010), with the exception of an occasional Peeesseye tour or one-off collaborative show, I was really desiring digging my heels back into live performance and realized the most direct way to do that would be to work solo.  It felt like there was this immediacy and balled up energy from living on the island, which was a really different type of existence than I had lived before.  It was like suddenly being reawakened into contemporary culture after a very intentional step away. I only played 1 show in Seattle as Mind Over Mirrors, and shortly thereafter moved across the country to Chicago in 2010, which is when I began recording The Voice Rolling, which came out on Digitalis in 2011 and immediately followed by High & Upon (originally released on cassette by Gift Tapes and then reissued by Aguirre on vinyl).  By the time, these records had been released, I had really started performing as Mind Over Mirrors much more frequently, and it’s just really snowballed ever since.

Par-dessus tout, Mind Over Mirros met l’accent sur l’harmonium. Comment as-tu commencé à pratiquer cet instrument et quelles libertés trouves-tu dans son usage ?
Mind Over Mirrors is above all focused on the harmonium. How did you begin to practise this instrument and what freedom do you find in its use?

J’ai acheté mon premier harmonium en 2005 lorsque Peeesseye était très actif et que j’entamais ma dernière année à Bard où j’ai eu la chance d’« étudier » notamment avec Maryanne Amacher quelques années avant son décès. Déjà à ce moment-là, c’était évident pour moi que l’harmonium serait mon instrument de prédilection. Quand j’ai commencé à creuser Mind Over Mirros quelques années plus tard, j’ai pris conscience qu’un projet solo me forçait à créer différentes couches et profondeurs de sons, et que le fait d’avoir toujours à pomper l’harmonium d’une main ne présentait vraiment pas la configuration idéale en termes de liberté. D’un coup, c’était comme réaliser que j’étais un one-man-band et que j’allais avoir besoin d’effectuer certains changements majeurs. C’est ça qui m'a conduit à utiliser un harmonium à pédale construit en Inde, et qui m’a permis de jouer du clavier à deux mains, ou du drone avec l’harmonium pendant que j’utilisais mes mains pour manipuler les machines. Bizarrement, alors que dans mes anciens enregistrements et mes performances live, l’harmonium indien était vraiment à l’origine de la plupart des sons, notamment via le delay, le pitch shifting et en ajoutant quelques nappes grâce à des synthés modulaires, durant les deux dernières années, je suis allé beaucoup plus loin avec mes synthés Oberheim. A mon sens, ils complètent vraiment le son de l’harmonium et peuvent parfois même en imiter certains timbres de basses. Grâce à des process électroniques assez lourds, j’ai été capable de séparer les sources du son, de laisser les synthés gérer certains passages autrefois dédiés à l’harmonium et de le libérer pour l’utiliser principalement comme voix de tête.

I bought my first harmonium in 2005, when Peeesseye was very active and I was also just going into my final year at Bard College (where I was fortunate to have “studied” with Maryanne Amacher, amongst others, before her passing a few years later).  Even at this time, it became immediately clear that harmonium was to become my focal instrument.  When I started getting deeper into Mind Over Mirrors some years later, I realized that as a solo musician where I was really attempting to create many different layers and spaces through sound, that the physical restriction of having to always pump the harmonium with one hand wasn’t the best fit.  It was like realizing I was a one-man band and needed to make some very important technical changes, which then led to having this pedal harmonium built in India, and thus freeing up my hands to play the keyboard with both hands, or drone with the harmonium while using both hands manipulating electronics and any other combination.  Interestingly, though in some earlier recordings and live performances the indian harmonium was really generating the majority of sound, through through delay & pitch shifting, and with the addition of some drones produced by sine wave oscillators, within the last year or two, I’ve gotten way deeper into my Oberheim synthesizers, as I think they really compliment the harmonium sound, and can even mimic particular brassy timbres of the harmonium.  With this, I’ve been able to separate the sound sources, let the synths run certain parts that the harmonium would do in the past through very heavy electronic processing, and then now freeing up the harmonium to function predominantly as a lead voice. 

Avant Mind Over Mirrors, tu as joué dans de nombreux groupes comme Peeesseye, Acid Birds ou Manpack Variant. Dans quelle mesure ces groupes ont pu t’influencer dans ta recherche musicale ?
Before Mind Over Mirrors, you played in numerous bands like Peeesseye, Acid Birds ou Manpack Variant. In what measures these influenced you in your musical research?

Ah ouais, chacun de ces groupes et d’autres encore (notamment Phantom Limb & Bison et ses diverses incarnations) ont eu beaucoup d’impact, principalement parce que tous les musiciens de ces groupes sont extrêmement doués dans ce qu’ils font. Je ne pourrais même pas vous dire à quel point j’ai appris avec, par exemple, Chris (Forsyth) et Fritz (Welch) quand on jouait ensemble dans Peeesseye (surtout vers les 20 ans et quelques). Mon esprit était grand ouvert avec ces mecs-là.

Oh yeah - each of these groups and others (notably Phantom Limb & Bison and it’s various incarnations) have been very impactful, chiefly because all of the musicians in these bands are just completely brilliant at what they do.  I couldn’t even begin to tell you how much I absorbed like a sponge from, for example, Chris (Forsyth) and Fritz (Welch) when we were playing in Peeesseye together - especially when I was in my early 20s.  My head was cracked wide open with those dudes.

On a le sentiment que Mind Pver Mirrors n’est pas un nom donné au hasard. En quoi le nom de ton projet reflète-t-il ta musique ? Et en extrapolant, que cherches-tu à transmettre avec la musique ?
We feel that Mind Over Mirrors is not a name given at random. In what does the name of your project reflect your music? By widening, what do you try to transmit by means of your music?

C’est très difficile de répondre à cette question, même si on me l’a déjà posée précédemment. Je peux seulement parler que de ce je ressens sur scène (ou pendant l’enregistrement) parce que c’est la connexion la plus directe à un état émotionnel ou de vérité sans être trop analytique. Ces sentiments d’urgence, d’immédiateté, de méditation, de joie énergique, de folie extatique, d’éveil, de perte de la notion du temps, tout en gardant une grande concentration, sont tout ce que je ressens lorsque je joue et que j’imagine qui puisse être ressorti dans la musique elle-même. Le critique musical Marc Masters a décrit ma musique comme une “body music” et je crois que c’est une bonne remarque, recentrée, en particulier à cause de ma décision de réellement occuper l’espace sonore en me positionnant sur le sol devant les amplis. Je suis tout à fait capable de jouer avec la pièce et les corps qui s’y trouvent.

That’s a really hard thing to answer, even though I’ve been asked the same question before.  I feel like I can only really speak of what I’m feeling when I’m performing (or recording) as that’s the most direct connection to an emotive or true state without being too analytical.  This sense of urgency, immediacy, meditation, exuberant joy, ecstatic frenzy, awakening, loss of time yet magnified focus are all things I’m feeling as I’m playing and I imagine that may come out in the actual music, as well.  Music journalist Marc Masters once called my music “body music”, and I feel like that’s a pretty good reference point as I think it’s very core-based, especially with my decision to really occupy sonic space by setting up on the floor in front of the sound system.  I’m really able to play the room and the bodies in it.

Tous tes albums sont sortis sur des labels différents (Digitalis, Hands in the Dark et Immune) qui ont comme point commun d’utiliser tous les trois des procédés DIY. Cette indépendance, c’est quelque chose que tu recherches ou qui est subie ? Comment rencontres-tu ces labels ?
All your albums went out on different labels - Digitalis, Hands in the Dark and Immune - , which have the common point to do all with DIY process. This independence, you look for it or you undergo it? How do you establish links with these labels?

Travailler avec ces différents labels a été très naturel et chacun est venu à moi d’une manière ou d’une autre au bon moment. Brad Rose de Digitalis et moi avions travaillé sur d’autres sorties dans le passé (le CD Manpack Variant et 6 cassettes live de Peeesseye intitulées Robust Commercial Fucking Scream) donc ça semblait être un choix évident pour nous deux de sortir le premier LP de Mind Over Mirrors, The Voice Rolling, ensemble. Morgan et Onito de Hands In The Dark m’ont contacté pour travailler ensemble et après avoir correspondu pendant quelques mois, c’était assez clair qu’ils étaient réellement passionnés par ma musique et que ce serait le bon choix, d’autant plus qu’il s’agit d’un label français et que je jouais de plus en plus en Europe. Et la relation de travail avec Erik d'Immune Recordings (qui est aussi basé à Chicago) s’est toujours très bien passée. Jusqu’à ce que je travaille avec Immune, je n’avais jamais rencontré aucune des personnes des labels avec lesquels je collaborais et ils ne m’avaient jamais vu jouer live avant. La communication se faisait exclusivement par mails et d’un côté, je trouve ça vraiment génial de pouvoir avoir ces relations de travail longue distance mais je dois dire qu’il n’y a rien de mieux que de parler de projets communs en personne autour d’un bon repas et d’une bonne bière. C’est bien plus simple de discuter de cette manière. C’est donc une super relation où on peut bosser ensemble, se rencontrer à un concert et il y a un fort sentiment de soutien et de connexion au quotidien.

It’s been a really natural process working with these different labels and each has presented themselves to me in one way or another at really appropriate times.  Brad Rose from Digitalis and I had worked on several other releases in the past (Manpack Variant CD and 6 live Peeesseye cassettes entitled Robust Commercial Fucking Scream) and so it seemed like an obvious choice I think for both of us to do the first Mind Over Mirrors LP, The Voice Rolling, together.  Morgan & Onito from Hands in the Dark reached out to me about working together and over several months of communicating it was quite clear that they were really passionate about my music and would be a a great fit, especially with being a French label and with me performing in Europe more.  And working with Erik/Immune Recordings (who is also based out of Chicago) has been a really great relationship from the get go.  Up until working with Immune, every label I worked with I hadn’t ever met in person and before we started working together they never saw me perform live.  Communication was all through e-mail and I find that to be on one hand really great to be able to have these types of long distance working relationships, but I gotta say, if you can meet with someone over good food & lots of beers and talk about the thing which you are working on together, there’s nothing that beats that.  It’s so much easier to hash shit out that way.  So that’s been a great relationship where we get to directly work together, run into each other at shows and there a solid feeling of ongoing support and connection.

The Voice Calling2

Ton nouvel album s’intitule The Voice Calling et comporte la participation de Haley Fohr. Peux-tu nous dire comment tu as rencontré Haley et pourquoi tu as voulu utiliser sa voix dans tes compositions ? Est-ce une façon d’orienter tes projets vers un format et une tonalité plus pop ?
Your new album is called The Voice Calling and register the featuring of Haley Fohr. Can you tell us how did you meet Haley and why have you wanted to include her voice in your compositions? Is it a way of directing your project to a format and tones more pop?

Avec Haley, on vit tous les deux à Chicago mais on ne s’était jamais rencontrés jusqu’à ce qu’on partage la même scène à l’Austin Psych Fest en mai dernier. J’ai vraiment été impressionné par son set ! C’est vraiment la meilleure chose que j’aie vue ce week-end-là. C’était aussi la fin de trois mois de tournée presque incessante et en plus d’être complètement épuisé d’avoir voyagé quasiment toujours tout seul, j’avais l’impression que je devais un peu faire évoluer ma décision de travailler seul - autant du point de vue musical que du côté pratique du sentiment de monotonie occasionnelle qu’on peut avoir en travaillant tout le temps seul. J’apprécie vraiment le processus de collaboration au niveau artistique et la connection personnelle peut s’en dégager. J’ai commencé à enregistrer The Voice Calling à la fin de l’été, en travaillant un peu avec le guitariste Matt Christensen (Zelienople) et j’ai demandé à Haley si elle voulait qu’on fasse de la musique ensemble un soir. A la fin de la soirée, on avait décidé qu’on devait faire la prochaine tournée US ensemble et je lui ai demandé de m’aider à finir le disque. Sa voix semble être une addition/extension vraiment naturelle à l’évolution sonore de Mind Over Mirrors. Ça fait quelques années que je peux entendre des voix dans mes morceaux et c’était donc génial d’entendre cette idée prendre de plus en plus de place, en particulier avec la voix de Haley. Elle est unique.

Haley and I both live in Chicago but we didn’t actually meet in person until we both were playing the same stage at the Austin Psych Fest last May.  I was really blown away by her set!  Definitely the best thing I saw down there that weekend.  That was also the tail end of about 3 months of almost constant touring and on top of just being exhausted from traveling mostly by myself, I was feeling like this decision to work solo needed to open up.  Both from a musical standpoint as well as the practicality of the sometimes anti-climatic feeling of doing something by yourself all of the time.  I really enjoy the collaborative process on an artistic level and the personal connection that happens through that.  I began recording The Voice Calling in the late summer, working a bit with guitarist Matt Christensen (Zelienople), and I asked Haley if she wanted to make some music together one night.  By the end of the evening, we decided we should do this upcoming US tour together and I asked her to help me finish the record.  Her voice seems like a really natural addition/extension of the trajectory of Mind Over Mirrors sound.  I’ve been hearing vocals in my music for several years, and so it’s been great to hear that idea pushed farther into the foreground, especially with Haley’s voice.  There’s nothing else like it.

Comment composez-vous ensemble et quel est ton domaine de recherche ?
How do you compose together and which is your field of investigation?

J’ai écrit et produit l’album moi-même, la plupart des éléments avaient déjà leur forme finale avant qu’Haley vienne pour enregistrer. Une fois qu’on a commencé à travailler ensemble, on s’est vraiment plongés dans l’enregistrement pendant plusieurs semaines, donc une fois qu’on a fini l’album, on a dû se poser la question de comment réellement jouer certains des morceaux ensemble. Ça a aussi été une super expérience de se plonger dans ces morceaux et on est hyper excités de jouer les prochains concerts avec un bon système sonore et devant un public ! Les choses vont évoluer et les morceaux vivront leur propre vie étant donné la place que prend la performance dans la vie de Haley et la mienne.

The album itself was composed and produced by myself, with many of the pieces in their almost final form before Haley started coming over to record.  Once we started working together, we went deep into the recording zone for several weeks, so once we had finished the album, we had to figure out how to actually start playing some of these pieces together.  That has also been an awesome process of really diving into these pieces, and we’re psyched to be playing these upcoming shows on some really solid sound systems in front of people!  It’s clear that things will evolve and the pieces will totally take on a life of their own since performance is such a big part of what Haley and I both do as individuals.

Avec quels instruments as-tu expérimenté pour faire ce disque ? Es-tu fier du résultat ?
What instruments did you experiment to make this album? Are you proud of the result?

Ouais, je suis vraiment fier du résultat. Je dois avouer que c’est tellement récent (terminé début décembre) que j’ai l’impression d’être encore dedans. J’ai enregistré et mixé tous les albums de Mind Over Mirros seul chez moi et j’ai l’impression d’être vraiment arrivé à atteindre un truc avec le son du disque. Il y a toujours pas mal d’éléments qui ont été enregistrés directement sur cassette, comme pour mes premiers disques, donc je n’ai pas totalement bouleversé mes habitudes mais j’ai appris à donner un peu plus d’éclat au moment opportun.

Yeah - I’m definitely proud of the result!  I must admit, the material is so new (completed in early December), that I feel like I’m still processing it. I’ve been recording and mixing all of the Mind Over Mirrors albums myself at home and I feel like this one I really nailed with the overall sound.  There’s definitely still a lot of material that’s being recorded straight to cassette, like how I recorded my earlier records, so I haven’t abandoned my primitive ways entirely,  but I have figure out how to make it all shimmer a bit more at the right times.  The instrumentation on The Voice Calling is exactly the same as I used on When The Rest Are Up At Four, which is predominantly focused around the Indian pedal harmonium, two Oberheim synths and tape delays, plus, of course Haley.

Quelle est ta conception du live avec Mind Over Mirrors ? Est-il plus ou moins important que le disque ?
What's your conception of live music with Mind Over Mirrors ? Live is less / more important than records ?

J’ai tendance à aimer concentrer les concerts sur certaines parties d’un disque dont les structures deviennent ensuite le point de départ pour l’improvisation. Il y a un morceau sur When The Rest Are Up At Four qui dure juste quelques minutes mais j’ai utilisé cette idée comme la structure d’improvisation principale de la plupart de mes concerts l’année dernière. Il faut vraiment laisser l’idée se développer, et trouver toutes les manières dont elle peut être déconstruite, ralentie, embellie, etc. Du point de vue du son, les disques n’ont rien àvoir avec le live puisque j’utilise volontairement un système son différent, ces derniers et les salles de concert étant à chaque fois uniques. Les concerts et les sessions studio peuvent raconter la même histoire mais de deux manières différentes et à travers deux objectifs différents.

I tend to enjoy making the live shows a focus of a few parts of a record, while using those structures as platforms for improvisation.  There’s one track from When The Rest Are Up At Four that is just a few minutes long, but I ended up using that idea as the main improvisatory structure of most of the sets I was playing last year.  Just really expanding on it and figuring out all the ways it can be ripped apart, slowed down, embellished and so on.  And sonically there’s no comparison between my records and live as I’m really intentionally playing the different sound systems and those and their respective rooms all are quite unique. Perhaps live & studio recordings are telling the same story but in two very different ways with different lenses.

Quels sont les prochains projets avec Mind Over Mirros ?
Whats the near futur of Mind Over Mirrors?

Dans le futur immédiat, il y a une tournée US de 15 dates avec Haley et le virtuose de la guitare Daniel Bachman en première partie de la plupart de ces dates (il a un excellent album qui sort au printemps sur Three Lobed), suivie par un concert au LEVITATION (au Thalia Hall à Chicago en mars) duquel j’ai vraiment hâte. Et sinon, plus de concerts, plus d’enregistrements et plus de tournis.

The most immediate future is a 15-date tour of the US with Haley and guitar virtuoso Daniel Bachman opening on most of those dates (who has an excellent new album coming out this Spring on Three Lobed), followed by a performance at LEVITATION - Chicago at Thalia Hall in March, which I’m really looking forward to!  Beyond that, more shows, more recording and more reeling.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux et Alexis Beaulieu

Audio

« Storing the Winter » Miguel Gutierrez & Mind over Mirrors

http://vimeo.com/107187234

Tracklisting

Mind Over Mirrors – The Voice Calling (Immune Recordings, 27 janvier 2015)

01. Motioning
02. Regular Step on Snake River
03. Whose Turn is NexT
04. Strange(r) WorK
05. Senses Scattered
06. Body Gains
07. Calling Your Name


« Storing the Winter » Miguel Gutierrez & Mind over Mirrors

Miguel Gutierrez + Mind over MirrorsJaime Fennelly fait partie de ces musiciens s’accommodant de l’ombre et de la relative confidentialité des musiques expérimentales pour œuvrer sans discontinuer sous de multiples patronymes, entouré de multiples formations et traversant une foultitude de genres, gommant les frontières entre rock minimaliste, noise, drone, improvisation, folk, jazz et psychédélisme. L’homme, reconnu pour ses performances au sein du trio folk-noise Peeesseye, du trio free-jazz Acid Birds, du quartet barré Phantom Limb & Bison et du duo d’électroniciens Manpack Variant, s’est offert une quatrième incartade solitaire avec Mind Over Mirrors et un LP, When The Rest Are Up At Four, paru en septembre 2013 sur Immune Recordings (lire), et ce un an après le très psyché Check Your Swing sorti sur Hands In The Dark (lire). Tissant sa toile au moyen d’un harmonium et d’autres instruments classiques, Jaime Fennelly fait le pont entre folklore et technologie, nature et immatériel. When The Rest Are Up At Four, dont l’extrait Storing The Winter a donné naissance à une performance pour laquelle il est accompagné de son ami danseur Miguel Gutierrez. Nous les avons rencontrés en mars dernier au Centre Pompidou à Paris lors de la répétition générale de cette performance et nous avons essayé d'en savoir un peu plus sur ces deux comparses et leur processus de création.

Interview

http://vimeo.com/107187234


RE(FLUX) 11

RE(FLUX) 11RE(FLUX) n’est pas une mixtape. RE(FLUX) est une revue « passé, présent, futur » de disques que l’on ne peut se résoudre à passer sous silence. RE(FLUX) est une publication (presque) mensuelle changeant de mains et d’optique à chaque numéro. RE(FLUX) à vocation à être sommaire, partiel et subjectif. RE(FLUX) n’est pas une mixtape, mais peut s’écouter - en fin d’article - comme une mixtape.

RE(FLUX) 11

Lee Noble - December∞

On était presque passé à côté. Presque seulement, car la beauté spectrale des chansons de Lee Noble s’immisce à soi par les raccourcis les plus directs, ceux d'une mémoire encore enorgueillie d'un très beau split EP avec Ensemble Economique, Motion Forever, paru sur Hands in the Dark. Pour son retour, le Californien fait coup double sur Bathetic Records avec la réédition de No Becoming, originalement paru en 2011 en cassette sur Sweat Lodge Guru, et la parution de son magnifique LP Ruiner, oscillant entre brumes magnétiques et fragments mélancoliques. Si les prémisses humides de l'hiver avaient un nom, Lee conférerait le sien : Noble, à bien des égards.

Russian Tsarlag - Gagged in Boonesville

Carlos Gonzales vient de Floride (Tampa) et joue de ses patronymes - Russian Tsarlag ou Russian Tsarcasm - pour répandre sans discontinuer sa verve bordélique, conjuguant d’un même élan aussi halluciné que lo-fi surréalisme lynchien et gouaille chère à Daniel Johnston. Se délestant d'un indispensable LP, Gagged in Boonesville, encore via Not Not Fun, celui que l'on avait interviewé il y a quelques années déjà (lire) se taille par ailleurs une réputation par ses performances aussi déjantées que captivantes. Et bientôt prévues pour ce côté-ci de l'Atlantique.

Cough Cool - Misfits 4x4

C'est une réalité, Dan Svizeny, agissant au sein de Cough Cool, enchaîne année après année les bons disques, faisant résonner d'indicibles mélodies sous les gravats d'un shoegaze irradié, sans que grand monde s'en émeuve. Et même si on aime garder quelques secrets, celui-ci se doit d'être éventé. Ainsi, après Lately en 2011, le natif de Philadelphie offre un 29 de haute volée via Bathetic Records.

Jacuzzi Boys - Domino Moon

Hardly Art tient avec les Floridiens de Jacuzzi Boys l'un des groupes conjuguant le mieux sonorités garage, électricité fuzz et bon sens mélodique. Parfois trop appliqués, parfois pas assez, mais à coup sûr toujours dans le mille lorsqu'il s'agit de dégoiser un morceau sucré et volage mais joliment caréné. Sorti en septembre dernier, leur dernier album, éponyme et aussi inégal que guilleret, recèle de foutues envolées, classiques mais bien troussées.

Solids - Traces

Avec Solids, les Canadiens Louis Guillemette et Xavier Germain-Poitras n'ont besoin que d'une guitare et d'une batterie pour se mettre à dos tous les ORL que compte notre bas monde. Mais au-delà du bruit, de la compression des oreilles sous un ouragan de saturations et de cognements, se dégagent d’imparables et rudimentaires mélodies aussi jubilatoires que celles d'Unsane, Fugazi ou The Men à leurs débuts (lire). Intense et cadencé, leur premier LP, Blame Confusion, vient de paraître via bandcamp : à surveiller comme du lait sur le feu.

Drenge - Face Like Skull

Avec les freluquets de Drenge, le nord de l'Angleterre, celle de la mine et du charbon, voit éclore un énième duo associant guitare et batterie sous fortes influences nineties. Faut dire, les frangins Eoin et Rory étaient à peine nés quand Cobain décida de se plomber le cerveau. Pour autant, il serait un peu rapide de les taxer de revivalistes bénins et de ne pas se laisser séduire par leurs efficaces saillies blues rock parcourues d'une voix à la singularité tranchante : soit on aime, soit on déteste. Leur premier LP est paru en août sur Infectious Records.

Parquet Courts - You've Got Me Wonderin' Now

Y'a pas à chier, Parquet Courts restera de loin la grosse révélation rock de l'été des festivals et particulièrement de La Route du Rock (lire). Mais en plus d'une réputation scénique plus que solide donc, les New-Yorkais ne sont pas les derniers à l'heure de coucher leurs intentions chatouillant l'urgence punk sur le sillon : un LP, Light Up Gold, et un EP, Tally All the Things That You Broke, en moins d'un an sur le label What's Your Rupture?. C'est de ce dernier paru en octobre qu'est issue la sautillante You've Got Me Wonderin' Now.

No Age - An Impression

Inutile d'ergoter sur leur régime alimentaire ou sur ce que certains se plaisent à dénommer de l'art punk s'agissant des Californiens de No Age. On s'en contrebalance pas mal d'ailleurs de ce que d'autres leur reprochent, leur relatif assagissement sur l’autel de mélodies plus raffinées. Car, album après album, les mecs se font une discographie à faire rougir n'importe quel herbivore. Et An Object, dans son flamboyant et conceptuel packaging vert et orange, ne déroge pas à la règle. Paru fin août, une nouvelle fois via Matador Records, le disque s'inscrit dans la lignée du précédent Everything in Between (lire) dans sa tentative de domestication d’une électricité autrefois brute de décoffrage avec un savoir-faire confinant au coup de maître : entre ferraillage en règle et dodelinement dénué de batterie émergent de sublimes et pénétrantes bravades dont An Impression fait figure de manifeste.

Saroos - Tsalal Nights

On les tenait pour perdus, absents des radars depuis 2010 et l'élégant See Me Not (lire) paru conjointement sur Anticon et Alien Transistor, mais les Allemands de Saroos sont récemment ressortis des bois, presque en catimini, avec le bien nommé Return (Alien Transistor). Pourquoi tant de discrétion lorsque l'on connaît le pedigree de ce trio comportant avec Florian Zimmer, Christoph Brandner et Max Punktezahl des membres plus qu'actifs d'Iso68, Contriva, Lali Puna, Console et The Notwist ? Peut-être et sans doute justement à cause de ces formations dont l'aura confinera sans doute à jamais ce projet réconciliant post-rock et électronica dans les caves de l'histoire. Pourtant, la décompression et l'aisance qu'induisent les morceaux de Return méritent bien plus que l'attention évasive de quelques fans de l'écurie Morr Music : s’éprenant de sonorités orientales pour sonder les tréfonds de leur part d'ombre, les trois musiciens congédient leurs instrumentations à quelques encablures de l'hypnose contemplative. Loin de l'ersatz kraut-pop, Tsalal Nights tourneboule à la lisière de l’envoûtement.

Hubble - A Long Way From Home

Le 29 octobre prochain, NNA Tapes sortira Hubble Eagle du stakhanoviste Ben Greenberg, par ailleurs membre de Pygmy Shrews, Zs et The Men et qui, sous le patronyme de Hubble, s'échappe sur les chemins de l'expérimentalisme ambient. À la fois psychédélique et minimaliste, son approche tonale s'exprime dans la répétition et la variation nées de guitares électroniquement transfigurées et dépecées en un mantra électro-acoustique désincarné et ouvertement hallucinatoire. A Long Way From Home est le morceau le plus bref et conclusif de cet LP faisant suite à l'avant-gardiste Hubble Drums paru en 2011 sur Northem Spy.

Mind Over Mirrors - Storing the Winter

Si l'on a évoqué Check Your Swing (lire) paru l'année passée via Hands in the Dark, Jaime Fennelly revient par le biais de son alias Mind Over Mirrors et Immune Recordings insuffler son chamanisme à la fois immobile et infini, tissant sa toile au moyen d'un harmonium et d'autres instruments classiques faisant le pont entre folklore et technologie, nature et immatériel. Son ultime effort When the Rest Are Up at Four, égrainé en septembre, charrie la gravité d'une transe solaire, indiciblement nimbée de lumière, issues de longues sessions expérimentales reclus solitairement, en ascète, dans un bungalow proche de Chicago. À défaut de Dieu, on opte pour la drogue.

Mixtape

01. Lee Noble - December∞
02. Russian Tsarlag - Gagged in Boonesville
03. Cough Cool - Misfits 4x4
04. Jacuzzi Boys - Domino Moon
05. Solids - Traces
06. Drenge - Face Like Skull
07. Parquet Courts - You've Got Me Wonderin' Now
08. No Age - In Impression
09. Saroos - Tsalal Nights
10. Hubble - A Long Way From Home
11. Mind Over Mirrors - Storing the Winter


Mind Over Mirrors - Check Your Swing

Hands in the Dark tient parole et propulse en streaming intégral, par delà nos rétines entamées, l'album Check Your Swing de l'ami Jaime Fennelly et son projet Mind Over Mirrors - dont il fut préalablement question à l'occasion du single inaugural Breaking A Jam (lire). De quoi motiver plus d'un à commander ledit LP, mais aussi et surtout, de quoi annoncer la suite pour la structure bisontine qui sera à pied d'oeuvre dès janvier prochain avec un album cassette de Saåad dans les valises, agrémenté d'un premier LP de Cankun, Culture of Pink. Pour rappel, l'une des dernières sorties du label, les américains de Lumerians (lire), sont à l'honneur du Festival BBmix le dimanche 25 novembre 2012 en bonne compagnie de Beak>.

Audio


Mind Over Mirrors - The Voice Rolling

Voici le projet solo de Jaime Fennelly que d'aucuns connaissent peut-être via ses projets Peeesseye ou Acid Birds. Le musicien de Brooklyn a enregistré une bonne partie de The Voice Rolling alors qu'il vivait sur Waldron Island, une île isolée de la Mer des Salish proche de la frontière entre la Colombie-Britannique et l'état de Washington. Le disque est un assemblage composé à partir d'un harmonium indien et d'un dispositif comprenant pédales d'effets et oscillateurs.

L'ouverture est un long panoramique, une lente immersion dans un ailleurs si loin, si proche. On découvre dès le premier morceau une chaleur et une profondeur insoupçonnées, un peu comme si on venait de s'envoyer quelques remontants dont les effets dissiperaient lentement l'appréhension d'espaces inconnus et intrigants. Les textures s'empilent en boucles basses et gardent la rugosité et la sauvagerie des grands espaces. Barely Spun pousse l'ouverture entre ciel et mer, les courbes de l'air et de l'eau se croisent et s'échappent dans un mouvement aussi cosmique qu'animal. L'harmonium semble prendre racine tout en créant de puissantes intonations ascendantes allongeant les flammes d'un large feu nocturne fuyant son foyer. Point Hammond est le contrepoint matinal, sculptant les creux d'un horizon flottant dans le froid des arbres. Un éveil entre faune et flore ou les réflexions d'une nuit portées dans le climax d'un jour qui naît. Une nouvelle respiration, plus sûre, se fait entendre alors qu'un énième tour de l'île inspire pour la première fois un sentiment presque familier, signe discret d'une évolution dans le rapport au lieu. Un rythme inédit, improbable, comme né du néant apaise désormais les frottements de l'espace et du temps avec la sombre assurance d'une virgule dans une phrase chargée d'histoire.

Il nous faut également signaler ici le complément indispensable à ce superbe album : une K7 intitulée High & Upon sortie sur Gift Tapes à 100 exemplaires et bien entendue déjà épuisée. Il souffle sur l'épique I'm Willing to Stagger des équilibres enchanteurs, des éclats de soleil couchant sur les rivages muets d'un petit nulle part. Sur Moutain Convalescence, les accords graves d'un piano urbain plient puis triomphent, dans un chaos d'interférences, devant les envolées de l'harmonium, comme pour souligner la violence d'une fin de réclusion, la difficulté à refermer une parenthèse -univers qui aura permis temporairement à un intérieur de se fondre avec son extérieur.

Tracklist

Mind Over Mirrors - The Voice Rolling (Digitalis Industries, 2011)

1. Brickfielder
2. You Ain't Reeling
3. Coaling
4. Barely Spun
5. Point Hammond
6. Round, Around
7. Sackcloth & Scarlet