Escape-Ism - Introduction To Escape-Ism

Escape-Ism, inconnu au bataillon ? Cherche plutôt à Ian Svenonius, une entrée synonyme de Chain & The Gang, de David Candy, des Make-Up, de Nation Of Ulysses, de Weird War, de XYZ, et tu comprendras alors pourquoi parler de premier album fait doucement rigoler. Le grand dadais de D.C. est du coin. Il connaît même plutôt bien la chanson, auteur d’un paquet de brûlots bien engagés comme il faut, du genre à briser les chaînes pour se libérer du gang.

Une fois de plus, il n’y a qu’à lire le nouveau patronyme qu’il s’est dégoté et le nom du disque pour comprendre qu’Ian Svenonius n’est pas près de lâcher le morceau ; Introduction To Escape-Ism sera libertaire ou ne sera pas. C’est donc délesté de tout superflu, avec pour seuls alliés boîte à rythmes, cassette et guitare, qu’il s’est mis en tête de composer son nouveau pamphlet. Un truc qui a de la gueule, plein d’une énergie vintage envoyée le souffle court, et qui te requinque volontiers. Ce pourrait être la traduction musicale d’un Alan Vega plus jeune qui aurait foutu des beignes à Prince. Comme ça, juste pour le plaisir. Avant que ses potes des Black Lips (Zumi et Cole Alexander), gavés aux Gories, maravent à leur tour avec les titres The Stars Get In The Way et Lonely At The Top comme si c’était Lora Logic qui la ramène sous l’œil averti de Kim Fowley. Ou des frères Asheton sur Rome Wasn’t Burnt In A Day, hein ?

Pour parfaire le reluisant tableau, I Don’t Remember You explose le compteur émotionnel, ballade chantée ou mouchée en réalité augmentée, sublime et moche d’un amour-propre un peu piétiné. Iron Curtain est un lieu de perdition qui donne envie de tout abandonner sur place pour se jeter à corps perdu dans cette diatribe sensuelle, soulignée de lignes de guitare enivrantes. Il y a aussi They Took The Waves qui balance des hanches avec une classe folle, et le reste… C’est dire si Merge, adepte des recettes dépouillées à l’insolence punk depuis le bon flair de Sneaks, a eu raison de poser ses pattes sur ce damn good Introduction To Escape-Ism qui hurle à pleins poumons son pouvoir de rébellion. Putain, on voudrait mille satires électriques comme celle-ci.

Publicité

Tracklist

Escape-Ism - Introduction To Escape-Ism (Merge, 10 novembre 2017)

01. Walking In The Dark
02. Lonely At The Top
03. Rome Wasn’t Burnt In A Day
04. Iron Curtain
05. Almost No One (Can Have Me Love)
06. They Took The Waves
07. The Stars Get In The Way
08. I Don’t Remember You
09. Crime Wave Rock


Mike Krol - Turkey

Mike Krol a sans doute compris quelque chose de la vie que d’autres ne font que survoler ou cherchent encore. Espiègle comme un graphiste et blasé comme un punk, il a choisi de foutre sa vie en l’air en passant de l’un à l’autre et de sortir en septembre un troisième album, Turkey, aussi foutraque que ses punchlines. Dans son premier LP I Hate Jazz en 2011, à la texture lo-fi complétée par une voix aussi nasillarde que sa guitare, des lyrics balancés comme une mauvaise récitation de CE2 et bourrés de préoccupations aussi superficielles que son approche de la composition, le kid nous vendait avec fraîcheur le quotidien futile d’un Milwaukee lycéen et désabusé. Deux albums et un déménagement plus tard, le désormais Angeleno n’a pas changé sa recette d’un ingrédient, débitant des morceaux de rock potache dépassant rarement la minute et demie dans un enthousiasme acharné et communicatif à ne rien prendre au sérieux, jusqu’à la neuvième et ultime piste, une courte mélodie pianotée à la conclusion volontairement bâclée.

L’adulescent cherche la facilité séduisante d’une approche brute et impudique, dévergondée comme une teenager californienne s’ébrouant ivre et topless dans les vagues nocturnes d’une série B avant de se faire bouffer le cul par un squale — ou un surfeur. Le fuzz crépite de sentiments contradictoires et capricieux, c’est la crise à retard d’un ado soupe-au-lait, indocile, qui refuse de rentrer chez lui dans Suburban Wasteland: “And when I’m in the streets late at night / I start to think too much about my life”. Inférieur à 20 minutes, Turkey ne se sirote pas mais se boit cul-sec comme une Budweiser ouverte avec les dents pour épater les filles: c’est un album du show-off, de la démonstration, dans lequel Krol ne se cache pas derrière la saturation et la réverb mais les revendique comme une posture, une charte mélodique dans sa copy strategy musicale. Frais et accessible, ce nouvel album, à paraître à la rentrée chez Merge Records et dont on peut déjà écouter un extrait ci-dessous, ne révolutionnera pas l’histoire du garage rock mais réjouira les nostalgiques de Jay Reatard, dont on se rappellera qu’il a claqué comme il a vécu: en refusant de quitter l’adolescence.

Audio

Tracklist

Mike Krol - Turkey (Merge Records, 4 septembre 2015)

1. Suburban Wasteland
2. Neighborhood Watch
3. Left Out (ATTN: SoCal Garage Rockers)
4. Save The Date
5. This Is The News
6. La La La
7. Cactuses
8. Less Than Together
9. Piano Shit