V.A. - Nøthing #03

Ce n'est une nouveauté pour personne, ou presque, l'Ouest s'organise. Faisant échos à celle des Bordelais d'Iceberg (lire), le collectif Nøthing, ferraillant de Rennes à Paris, dévoile aujourd'hui sa troisième compilation - après celle de juin 2013 et mai 2014 - avec au programme pas moins de vingt groupes contre six et dix les années précédentes. Une livraison solidement installée sur les piliers du collectif, de Saintes d'Anne-Sophie Le Creurer (lire) - qui a sorti il y a peu la cassette The Raven EP sur Les Disques Anonymes et qui est à l'origine de l'artwork - à Marble Arch, récemment interviewé (lire), en passant par Venera 4, Maria False, Beat Mark, ou encore FUTURE et DEAD que l'on retrouvait dans notre tape Anti-frenchpop publiée quelques mois auparavant (lire). Mais un troisième volet jouant volontairement l'ouverture avec Volage (lire) d'Howling Banana Records, les Rennais de Soft Blonde ou encore les Angevins de San Carol fraîchement intégrés, en plus d'une myriade de projets à peine emmanchés par des membres de groupes déjà affiliés - on pense notamment au Giirls de Brice Gill auteur du récent single Dance. En perpétuelle extension donc, le collectif Nøthing est un vivier de formations qu'il serait regrettable de prendre à la légère. Sous peine de rater un train.

Audio

Tracklisting

V.A. - #03 (Nøthing, 2 février 2015)

01. Soft Blonde - Lost in the Room
02. Dead Horse One - Hopper
03. Venera 4 - Velveteen
04. Marble Arch - Heartshake
05. Maria False - Shadows
06. Beat Mark - I Wonder Why
07. Cavale Blanche - Deer Funeral
08. Mara - Night
09. Des Roses - Old Mistake
10. Seahorse Hunter - L'Hippocampe
11. The Name of the Band - Starider
12. Shadow Motel - What for a Dissolute Spell
13. Giirls - Dance
14. Still Charon - Stuff That I Like
15. Volage - Loner
16. Saintes - Trust
17. FUTURE - Side Effects
18. Hermetic Delight - The Gravedigger's Song (Mark Lanegan Cover)
19. San Carol - Le Graal Ardent
20. DEAD - Side Effects (FUTURE Remix)


Marble Arch l'interview

Le premier LP de Marble Arch est un disque marqué par la période de l’enfance où se succèdent des chansons à mi-chemin entre pop et shoegaze. The Bloom Of Division est séduisant autant que prometteur pour la première échappée en solitaire d’un des membres du groupe rennais Maria False. Certaines mélodies traînent dans le crâne comme une vieille réverb qu’on aurait oublié d’éteindre ; dans l’impression de flou global qui domine l’album émergent quelques motifs, plusieurs mélodies entêtantes et bien senties. Marble Arch explore en onze titres les territoires de l’intime de façon à la fois singulière et convaincante, témoignage mémoriel d’une période associée à l’innocence. On a rencontré Yann Le Razavet, qui se cache derrière Marble Arch, pour parler de Peter Pan, d’Erik Satie, et de la scène shoegaze en France.

Lucas Harlé

Entretien avec Yann Le Razavet alias Marble Arch : l’enfance de l’art

Pic Marble Arch 1

Tu parles dans ta bio du « son de l’enfance » pour définir ta musique. C’est pour toi une période de référence, une période que tu regrettes ?

Je crois que ça définit bien mon univers et mon son, mais sans trop pouvoir l’expliquer. C’est quelque chose qui a à voir avec la nostalgie. J’ai fait l’album dans ma chambre d’enfant, ma chambre d’ado, et rien n’a bougé, les posters, toutes ces choses ; il y a même encore des jouets qui traînent. C’est cette sphère-là, très liée à l’enfance, qui m’a inspiré quand j’ai fait l’album, avec aussi pas mal de photos que j’ai retrouvées, tout un univers dans lequel ma musique a baigné au moment de faire le disque. Dans les sonorités de l’album, on retrouve aussi pas mal d’influences qui datent de l’adolescence, même si je n’écoutais pas non plus Sonic Youth quand j’étais petit... C’est une atmosphère, on va dire. Comme un retour vers le passé, avec des expériences, des souvenirs, des odeurs, des images. Pour moi c’est un peu le syndrome de Peter Pan, se tourner vers le passé et refuser de grandir. On retrouve un peu ça sur le disque. D’autant plus que j’ai voulu faire ce disque en famille, en quelque sorte. Une de mes sœurs a réalisé le clip d’Antiscript et l’autre l’artwork du disque. J’ai tout mixé dans ma chambre d’enfant, avec les moyens du bord, et Bernard de Maria False, qui est aussi un ami d’enfance, s’est occupé du mastering.

Avec Maria False justement, vous êtes associés à la scène rennaise, mais en faites vous venez tous d’une petite ville qui s’appelle Lannion. Tu peux nous parler de cet endroit où tu as grandi ?

C’est une petite ville des Côtes d’Armor, plus proche de Brest et du Finistère que de Rennes. On s’est tous retrouvés là à un moment avec les gars de Maria False, Matthieu, Yann, Bernard et moi. Le groupe part de là. On est tous nés là-bas et on y est restés jusqu’au lycée. On est partis au moment des études, et aussi au moment de trouver des scènes puisque c’est là que ça bouge et pas à Lannion... Lannion, c’est mort. Je vais pas dire qu’il se passe rien mais presque. C’est une ville résidentielle pour familles et enfants. C’est pas très loin de la mer mais y'a pas grand chose à faire, pas d’événement culturel.

Le fait d’habiter une petite ville un peu triste, ou pas animée, ça rend la musique plus importante au quotidien ?

Oui, c’est sûr. Dans mon groupe de potes, la plupart jouaient au foot. Quand ça ne te plaît pas, il faut trouver autre chose ! Moi j’ai vraiment été bercé par la musique. Ma mère faisait de la musique, son père faisait de la musique, et ils nous ont transmis ça. A Lannion, quand tu t’ennuies, tu fais de la musique. Y'a pas grand chose à faire mais au moins y'a ça. Y a pas de « scène » à proprement parler, mais des petits groupes qui jouent. Nous on s’enfermait dans notre garage pour faire de la musique, et on le fait toujours d’ailleurs.

Du coup tu as commencé la musique assez jeune ?

Ouais, en fait j’ai commencé par faire du piano et donc du solfège et tout ça, bien avant d’avoir les influences que j’ai maintenant. Ensuite je suis venu naturellement à la guitare, parce que j’en avais marre du piano. Mais je m’en sers toujours un peu, il y a des nappes que j’ai faites sur certains morceaux qui viennent de là, de ces bases de solfège, avec des accords de septième, des trucs plus intéressants que des accords de base, plus planants.

Ensuite t’as eu de la chance de rencontrer des mecs qui s’intéressent, comme toi, à une musique « de niche » [Maria False est un groupe de shoegaze, ndlr].

C’est sûr. C’était pas gagné d’avance parce qu’effectivement, quand je retourne faire des soirées avec mes potes à Lannion, c’est pas vraiment la musique qu’on écoute. C’est plus la radio qui tourne, on va dire. Donc oui, on a eu de la chance de se trouver, d’autant qu’on est vraiment très potes.

Marble Arch

Tu fais partie, avec Maria False comme avec Marble Arch, d’un collectif qui s’appelle Nøthing. Tu peux nous en dire deux mots ?

C’est un projet entre potes. On voulait se réunir pour mieux se faire entendre. Parce qu’au départ, avec Maria False, Future aussi, on galérait un peu à trouver des scènes. Maintenant ça va mieux, d’autant que Venera 4 commence à bien tourner. En gros, on voulait faire bénéficier aux autres des avantages des uns, notamment pour les dates de concert. Nøthing rapproche des groupes comme Venera 4, Maria False, Future, AVGVST, Dead, Saintes, ou Dead Horse One... Et au milieu de ça, Marble Arch est très pop. Il y a beaucoup réverb mais c’est très pop, assez éclectique.

Comment tu te situes par rapport à ces groupes ? Comment tu te différencies, toi en tant que Marble Arch, du reste du collectif ?

Je pense que ce que je fais est plus éclectique. Marble Arch, c’est un mélange d’influences. C’est très pop, très ouvert. « Pop » ça peut être un mot grossier pour certains, ou un synonyme de niais, moi ça ne me dérange pas, au contraire. Quand il s’agit de mettre une étiquette sur un Bandcamp ou quelque chose comme ça, j’ai pas honte de mettre « pop » parce que ça englobe pas mal de choses, dont certaines que j’adore. Faire des chansons, dans le sens couplet/refrain avec des ambiances très différentes, pour moi c’est pop. Je cherche des ambiances comme ça, un peu changeantes, pour éviter la répétition. Mais derrière ça, il y a bien sûr une grosse ambiance shoegaze, des lignes de voix moins linéaires. J’aime le shoegaze, mais pas seulement, j’aime les mélanges, on va dire. Avec Marble Arch, j’essaie de sortir du tout-shoegaze. J’adore le shoegaze comme j’aime écouter les Beatles. Je crois qu’il y a beaucoup d’Erik Satie dans ma musique. C’est une recherche d’ambiance avant tout, mêlée à une certaine timidité.

Pourquoi avoir été tenté par un projet solo ? Qu’est-ce que t’apporte Marble Arch que ne t’apportait pas Maria False ?

On continue toujours avec Maria False, c’est important de le rappeler. On a un concert bientôt à l’Espace B d’ailleurs, le 6 novembre avec Dead Horse One. Mais on se voit moins parce que le groupe est un peu éclaté, entre un qui est à Lannion, l’autre à Nantes. Moi j’ai commencé à jouer seul quand j’ai commencé à bosser. Comme j’avais plus le temps de voir les autres et que je voulais continuer à jouer, j’ai fait des trucs dans mon coin. J’ai mis des sons de côté, des sortes de maquettes, en me disant : je vais proposer ça aux gars (de Maria False) et s'ils en veulent pas, je les garde pour moi. Après j’ai eu une période de chômage qui m’a permis d’avoir du temps pour finaliser certains morceaux, de mettre du vernis par-dessus. Ça a été un mal pour un bien, en quelque sorte, parce que sans ça les morceaux seraient sans doute encore en train de dormir au fond de mon ordinateur.

Comment es-tu passé d’une place de guitariste-compositeur, mais pas vraiment leader, à une place où, d’une part tu chantes, et d’autre part tu fais un peu tout tout seul, de la composition à la production ?

En fait, j’ai d’abord tout composé à la guitare. Après j’ai posé les batteries, avec l’aide de Bernard, le bassiste de Maria False. C’est un touche-à-tout et c’était vraiment très cool de bosser avec lui. Au début, il m’accompagnait sur une petite batterie jazz, et ensuite on a rajouté des pistes de boîte à rythmes. Sur plusieurs morceaux, on a doublé les pistes de batterie avec de la boîte à rythmes. Et ensuite j’ai rajouté les paroles. Je crois qu’écrire des paroles, c’est vraiment mon point faible. J’avais jamais chanté jusqu’à présent, c’est pas quelque chose de naturel, sans doute une forme de timidité. J’avais besoin de me mettre un coup de pied au cul. J’avais quelques lignes de voix en tête, autant les mettre. Au début, ça me faisait bizarre de m’entendre. Il y a un trac particulier lié à ça, parce que je suis tout seul et que je chante. Là c’est mon troisième concert, après un concert à Rennes où j’étais invité par Venera 4 et une première partie de Girls Names au Mondo Bizarro, à Rennes aussi, donc je commence à digérer un peu le chant, à me dire que je peux le faire et à être à l’aise avec ma voix.

Du coup le chant en anglais, c’est un refuge ? Une volonté de privilégier les lignes vocales au discours ?

En fait j’ai même jamais pensé à chanter en français parce que ça ne fait pas partie des choses que j’écoute. A part deux-trois trucs genre Gainsbourg, Miossec ou Dominique A, j’écoute vraiment très rarement de la musique française. Chanter en anglais, c’est quelque chose d’instinctif.

Pourquoi avoir signé sur Le Turc Mécanique, un label qui fait en partie écho à cette scène-là ? Un disque co-signé par Requiem Pour Un Twister d’ailleurs.

En fait c’est surtout parce que je connaissais déjà Charles [le fondateur et patron du label, ndlr] et qu’il est venu me chercher. On avait bossé ensemble pour Death/Mary de Maria False et on s’entend bien depuis. Moi j’envisageais même pas de sortir ma musique sur un label, en vinyle, et j’étais déjà très content de tout partager sur Bandcamp. J’aurais jamais démarché donc je suis content qu’il soit venu me voir. En fait, c’est lui le premier à m’avoir contacté et ensuite les frangins de Requiem Pour Un Twister. Ils se sont mis d’accord pour sortir le truc sur leurs deux labels. Pour Charles, c’est une musique très pop par rapport à son catalogue, alors que c’est peut-être plus le créneau de Requiem Pour Un Twister. Ils se connaissent bien et moi ça me faisait plaisir de faire un truc entre copains. Je suis bien content qu’ils s’occupent de la promo aussi, parce que j’ai ni l’envie ni le temps de le faire.

Audio

Tracklisting

Marble Arch - The Bloom Of Division (Le Turc Mécanique / Requiem Pour Un Twister, 15 septembre 2014)

01. By The Lake
02. Clock
03. Antiscript
04. A Grave
05. Heartshake
06. In My Heart
07. Bitter Spring
08. Slow Motion
09. Unless
10. Sunrise
11. Stone Keeper


Edito & Mixtape : Hexagonie - ANTI-frenchpop

antiDire qu'il se passe quelque chose à Paris et balancer à la figure de son interlocuteur la réouverture du Showcase, c'est un peu comme dire qu'en France une nouvelle scène n'en peut plus d'émerger, prête au raz-de-marée discographique, en citant pêle-mêle et sans les mentionner ici tous ces groupes sortis de l'ornière souterraine qu'à la force de maisons de disques sur les jantes et de producteurs d'événements avides de salles combles. Alors oui, il y a un regain de business dans la musique pop française, avec un nouveau modèle qui émerge : le repérage, la mise à l'épreuve, puis le coup de massue médiatique. Bon. Avec internet, une curiosité bien placée amène toujours au-delà de cette piètre mascarade et c'est donc presque naturellement que les magazines papiers sont encore les meilleurs soldats de ce regain de cocorico - comme si le made in France était musicalement et commercialement un avantage. Cela peut paraître con à dire, mais l'existence d'une scène dans une ville ou une région, ou d'un mouvement musical fait sur des accointances spontanées, n'a rien à voir avec les frontières et encore moins avec la langue. Des groupes français se retrouvent sur des labels américains, allemands, britanniques. L'inverse n'est pas moins vrai. L'émulation créative ne se regarde jamais a posteriori, sauf dans les musées. Alors quoi ? Il ne se passe rien ? Non, justement, mais faire des compilations bleu blanc rouge ne rime à rien s'il s'agit de plaquer un étendard préfabriqué à la face des auditeurs, imaginé par des quadra nostalgiques des années Daho et composé de gringalets pillant éhontément ce répertoire que leur jeunesse leur interdit de sanctuariser. Dans un mouvement inverse, l'idée de cette anti-compilation est née d'une demande faite à la rédaction par le site Goûte Mes Disques, sachant que ses germes étaient pré-existants. La trame : rassembler groupes hexagonaux et labels indépendants de par le globe, amis et profondément exigeants sans se confondre en babillages, sinon en remerciements pour leur spontanéité à répondre par l'affirmative à ce projet. Faire des choix fut presque aussi compliqué que de s'arrêter à vingt. Alors on en a mis vingt-et-un : sur Goûte Mes Disques dans un sens, ci-après dans l'autre, sur Goûte Mes Disques en téléchargement titre par titre, ci-après d'un seul tenant.

Tracklisting

01. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)

Si la France - et l’axe Paris/Bordeaux en particulier - est un étonnant réservoir de formations garage entremêlant crânement stridences punk et sonorités synth, ce n’est pas peu dire qu’il faut séparer le bon grain de l’ivraie. Et La Secte du Futur se pose là, forte d’un second album foutrement bon sorti le 24 janvier 2014 via Eigtheen Records et intitulé Greetings From Youth. Coalition de membres issus des Catholic Spray, de J.C. Satàn, de Black Bug ou encore Skategang, ledit album, mixé par Maxime Smadja et dressant un pont entre noise, punk et surf music, se dévoile à l'aune de Fall Prism, véritable claque pleine de cambouis.

02. Anna - Badman (Howlin Banana Records)

Side-project d'un membre de Volage, formation garage-noise de Tours, Anna est l'occasion pour ce dernier de dégoiser de très belles compositions psych-folk à l'évidence rare et gravées sur bandes magnétiques en février 2014 via le toujours très actif label parisien Howlin Banana Records.

03. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mécanique)

Encore un groupe Rennais, le quatuor Maria False donne à la fois dans le shoegaze et le psyché depuis 2012, avec notamment le Lp Artefact au compteur. Le remix de Death, morceau extrait du maxi Spots and Lines in a Frame sorti en juin 2013 via Le Turc Mécanique, est signé Montebourg - projet kraut sentant bon la désindustrialisation.

04. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)

Il aura suffit d’un peu plus d’une année à Anne-Sophie Le Creurer pour maturer son projet Saintes et le transposer parallèlement de son imagination à la bande magnétique et de sa chambre d’étudiante à la scène. Savant fourre-tout DIY entremêlant guitares, samples et boîte à rythmes sur l’autel d’une pop lo-fi émotive et brinquebalante, Saintes – devenu trio avec l’addition de Floriane Kaeser au clavier et Charlie Xiorcal à la batterie –, a livré le 11 septembre 2013 son premier album Horizontal/Vertical via Crash Symbols, partiellement dévoilé à l’occasion d’une compilation du collectif Nøthing – nébuleuse dont fait partie le groupe en compagnie de Maria False, Venera 4, DEAD, Future, Dead Horse One et The Name of the Band. L’abrasive Where Were the Boys?, où la voix d’Anne-Sophie joue au chat et à la souris avec celle de Kim Gordon, dans une vidéo à découvrir ci-après.

05. Future - In Your Eyes (Anywave)

Quand on s'enquiert du passé, notamment dans un pays qui s'est violemment épris de Trisomie 21, Front 242 ou Kas Product, autant le faire avec doigté, le regard vers l'ailleurs, l'Angleterre et pourquoi pas le shoegaze. Et autant se baptiser Future. À la fois âcre et fascinante, mélange d'historicité et de prémonitions, la musique de ce duo rennais trouve avec l'EP Stay Behind sorti en avril 2014 sur Anywave - label du stakhanoviste Aurélien Delamour, instigateur d'Avgvst - le parfait écrin entre assertions gothiques, justesse mélodique et visée électronique - deux remix d'Harshlove et GS01-h Container étirant l'affaire.

06. Dead - Loser (KdB Records)

Les rennais de Dead ont bâti leur univers autour de boîtes à rythmes acides et dansantes, en plus d'une voix froide et distante. Associés à des guitares oscillant entre déluge de larsens et répétitions de riffs, Dead fait la jointure entre les textures de Jesus and Mary Chains et la puissance d'A Place To Bury Strangers. Leur EP Verses paru en avril dernier via KdB Records en vinyle confirme ce que l'on savait déjà, à savoir que l'on peut compter sur eux.

07. Israel Regardie - Holocaust

Pour dénommer un morceau Holocaust en jouant sous le patronyme d'Israel Regardie, il faut avoir soit de l'insouciance à revendre, soit un talent brut de décoffrage. Les Lyonnais, auteurs d'un EP autoproduit Tu n'es personne en septembre 2013, tracent une ligne médiane entre coldwave et shoegaze, forts de cet habile équilibre.

08. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)

Loin d’incarner la musicalité bariolée que connote son blase, le Réveil des Tropiques s’avère être un sulfureux cocktail puisque des membres de Farewell Poetry, One Second Riot, Casse Gueule, Testa Rossa, Ulan Bator, Looking for John et Trésors le composent. Si le quintette parisien, auteur d’un double LP éponyme via Music Fear Satan en novembre 2012, s’attelle à un genre plus qu’éculé – et où finalement les quelques maîtres règnent en seigneur (cf le nom du label) – il n’y trouve pas moins sa place, distendant, de par ses horizons aux sinusoïdes infinies, une galaxie post-rock claquemurée. Un nouveau double LP vient de paraître en avril 2014, Hallucinations Scéniques, enregistré lors de son éprouvante tournée française.

09. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)

Attention, génies. Si certains se paluchent encore à raison sur les astres du label canadien Constellation - quoi que dès fois l'on s'endort défroqué - l'hexagone compte parmi ses ouailles l'une des plus atmosphériques et poétiques saillies post-rock jamais entendues de ce côté-ci de l'Atlantique et de ce côté-là de la Manche. Oiseaux Tempête, formation emmenée par Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul - par ailleurs membres de FareWell Poetry et du Réveil des Tropiques - ouvre avec son album éponyme paru en novembre 2013 sur Sub Rosa une brèche béante dans le cloisonnement quotidien, laissant avec subtilité l'esprit s'évader loin des affres d'un monde qui se meurt : le vol mélancolique de l'aigle, repu de sa puissance d'antan. L'album de remixes, nommé Re-Works et sorti le 28 avril dernier via Sub Rosa et Balades Sonores, est un modèle du genre, étoilé de relectures de Saaad, Dag Rosenqvist (aka Jasper TX) ou encore de Justin Small, membre de... Do May Say Think.

10. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)

Alice Dourlen, aussi discrète que magnétique, possède un rare charisme scénique, les odes brumeuses et méandreuses de la Normande s’intimant jusqu’au plus profond de l’assistance, laissant chacun tituber d’un trop-plein d’émotions. En parfaite résonance, le LP Folie Sacrée – paru le 30 septembre 2013 sur l’inestimable maison d’édition bruxelloise Shelter Press – s’égraine tel un bréviaire imageant une nébuleuse balade emprunte de mysticisme, à mi-chemin entre les halos vaporeux de Grouper et l’obscurantisme acrimonieux de Chelsea Wolfe. On flotte benoîtement dans des paysages sonores nimbés de guitares et de claviers, merveilleusement hanté par le fantôme d’une Nico désincarnée.

11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)

Celui dont on avait observé les prémisses de la mue stylistique en 2012 avec son LP Sourire - co-réalisé par Bookmaker Records et Blwbck - a sorti le 28 novembre 2013 Achievement March, à la fois plus abouti et définitivement libéré du post-rock d’alors, aussi aride que cathartique. Julien Magot, sous le patronyme d’Appalache évoquant l’immensité étasunienne, se libère littéralement de toute contrainte afin d’apposer son chant sincère et pénétrant dans un entrelacs de guitares lo-fi, résonnant tel le double trituré d’une sensibilité poignante. Acquire Peace en révèle l'essence.

12. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seem (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)

Certains s’entichent d’un coquillage pour ouïr le lent ressac d’une mer rêvée, subodorée. D’autres, les yeux fermés, dérivent au rythme des odes scintillantes et flottantes du Marseillais Olivier Scalia, usant du patronyme de Johnny Hawaii pour embarquer qui le veut bien sur d’immenses plages sonores – où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée. Après un étincelant split cassette en compagnie de Cough Cool sur les labels Hands in the Dark et La Station Radar, le dream expop surfer inocule avec son ultime Southern Lights, paru le 30 septembre 2013 sur les précités labels, une invitation à la contemplation nostalgique, le regard scrutant la langueur de sonorités s’immisçant à équidistance des Américains de Ducktails et Real Estate et des standards surf-pop chers aux Beach Boys. Mâtiné d’un humour certain se révélant à la lecture du tracklisting, Southern Lights distille un charme nonchalamment fécond.

13. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)

Les labels Stellar Kinematics et Heia Sun ont co-édité en mai 2013 le premier LP d’Opale, L’Incandescent. Établi à Paris et formé de Rocío Ortiz et Sophia Hamadi – œuvrant préalablement au sein de Playground –, le duo féminin franco-espagnol sculpte par ses compositions un trouble halo mélodique, où se confondent lascivement brume ambiant et luminescence psyché, tapissant leurs pérégrinations lunaires d’un voile mélancolique que révèle progressivement Hold You Tigh extrait dudit LP à l'esthétique visuelle soignée. Un nouvel album est en préparation.

14. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)

La Parisienne Laurène Exposito susurre d’étonnantes comptines synth-pop à l’oreille de son Micro Cheval. Étonnantes, parce qu’à la fois bancales et charnelles, fragiles et lumineuses, passéistes et futuristes. C’est d’ailleurs en ces termes - charriant la stabilité et la gravité - que la principale intéressée décrit son projet, citant parmi ses influences majeures Solid Space – duo anglais auteur en 1982 d’un unique et épuisé LP Space Museum. La gracile Space Shit, extrait d’un EP cassette paru sur le label francilien Svn Sns Records le 30 septembre 2013, figure à merveille cette emprise mélancolique des ondes rétro-stellaires par l’imagerie eigthies de la conquête spatiale.

15. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)

Si le milieu de la musique manque souvent d'humour, les histoires de branleurs magnifiques et érudits frappent toujours avec autant d'évidence. Meilleur duo geek depuis Wayne Campbell et Garth Algar, les rennais de Splash Wave éclaboussent de leur gouaille synth-pop vocodée quiconque encore convaincu que Parker Lewis ne perd jamais. Mais le vernis ne trompe personne, les slackers sont de gros bosseurs et leur EP Guilty of Being Rad paru en janvier 2014 sur Beko Disques - prolongement physique de l'aventure digitale et brestoise du même nom - est une claque longtemps désirée, assurément méritée. Hymne de leur set live, le morceau Spin Jammers est remarquablement autoproduit.

16. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)

Le quatuor Night Riders, orfèvre en sonorités pop analogiques, sortait en octobre 2013 via son propre label C’est ça l'EP Sombre Danse. Ceux qui, il n’y a pas si longtemps, chantaient en anglais et déclaraient nonchalamment être « une interprétation à la fois des esprits black et punk » sous l’emprise de pulsions éthyles de fin de soirées, s’émancipent d’une nébuleuse synthétique à forte consonance locale, par une musique à la fois plus sombre et concise, où rien ne dépasse et ne vient troubler l’ordonnancement de compositions imageant d’intimes combinaisons noctambules. Précisément la frontière délimitant le rêve du mystère. Tandis qu'un nouvel EP, L’Espace et le Temps, est d’ores et déjà annoncé pour le 22 mai prochain, un quatrième – Soleil Noir – est paru sur Svn Sns Records.

17. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)

Après Orbs & Channels en 2013, le duo toulousain Saåad, composé de Romain Barbot et Greg Buffier, a remis une nouvelle fois le couvert sur la table déjà bien garnie du label Hands in the Dark avec un LP, Deep/Float, ayant vu le jour le 17 avril 2014. À la fois introspectives et puissamment lumineuses, les longues respirations instrumentales du duo – que l’on retrouve à l’instigation du label Blwbck – résonnent telles l’échoïsation chamanique d’une scène techno de plus en plus aspirée par le bruit. Ce n’est ainsi pas un hasard si Blwbck a co-réalisé en 2013 le split de Saåad et Insinden avec les Parisiens d’In Paradisum et si Greg Buffier participe à l’exécution scénique du nouvel album de Mondkopf, Hadès.

18. Kaumwald - Léthé (Opal Tapes)

Les Lyonnais Ernest Bergez et Clément Vercelletto forment Kaumwald, projet électronique et expérimental ayant eu le privilége de voir son premier EP, Hantasive, droppé en janvier dernier par la structure de Basic House, Opal Tapes. Oscillant entre drone invertébré et proto-techno sombre et bouillonnante, le duo ne laisse pas insensible tant les amateurs de stridences que de beats.

19. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)

La récidive a du bon. Du moins, c’est ce que l’on se dit spontanément à l’écoute de cette nouvelle livraison signée Tidiane Brusson agissant, du haut de son jeune âge, sous le patronyme de Leave Things. Après l’onirique diptyque Otherness/Unquiet révélé en juin dernier via l’exigeant label Fin de Siècle, le Parisien envoie joliment paître toutes les attentes à son égard à la lisière d’un décor surnaturel, dépassant à la vitesse grand V l’endroit même où l’on croyait le situer. Aperçu à quelques miles de The Field, le Suédois de Kompakt, le producteur à l’infamante précocité dégoise désormais avec le 7″ Atonement/Empfang paru le 1er avril digitalement, une techno sombre et raffinée, martiale et obnubilante, dont l’essence est à humer du côté des Anglais de Sandwell District. L’air du temps diront certains, mais avec un tel soin à peaufiner ses beats et ses textures, où l’effusion rythmique s’éprend de la pesanteur des émotions, difficile de ne pas y voir l’esquisse d’une grande œuvre, à la fois introspective et dansante, destinée à être gravée dans le sillon d’un long format attendu, toujours sur Fin de Siècle, en fin d’année.

20. Cotton Claw - Climax (Cascade records)

Oui, les faiseurs de beats ont encore de l'avenir. Lilea Narrative, Zo aka La Chauve-Souris, YoggyOne et Zerolex le prouvent, dépassant leur carrière respective avec Cotton Claw et distillant à huit mains un panachage de rythmiques et de synthétiseurs analogiques du plus bel effet. Avant tout destiné à rompre genoux et bassins en club, les odes électro hip-hop du quartet bisontin ont trouvé via Cascade Records et l'EP Dusted un accueil au-delà de toute espérance. C2C et Birdy Nam Nam pointent à Pôle Emploi, on ne va pas s'en plaindre.

21. High Wolf - 707 (Not Not Fun)

High Wolf, dont la psychédélie tribale, tropicale et acide s’entiche de beats, de nappes et de guitares obsédantes, hypnotise les oreilles tout autant que les rétines, doublant ses concerts d’une imparable dimension visuelle. Ode chamanique, 707 est extrait du sublime et onirique LP Kairos: Chronos paru l'année passée sur Not Not Fun.

Mixtape

01. High Wolf - 707 (Not Not Fun)
02. Cotton Claw - Climax (Cascade Records)
03. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)
04. Kaumwald - Lethe (Opal Tapes)
05. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)
06. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)
07. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)
08. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)
09. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)
10. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seems (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)
11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)
12. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)
13. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)
14. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)
15. Israel Regardie - Holocaust
16. Dead - Loser (KdB Records)
17. Future - In Your Eyes (Anywave)
18. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)
19. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mecanique)
20. Anna - Badman (Howlin Banana Records)
21. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)