Low Jack - Imaginary Boogie

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Avec Imaginary Boogie, le français Low Jack célèbre dignement la vingt-cinquième sortie du label britannique The Trilogiy Tapes. Et pour le coup, le gars Philippe Halais ne s'est pas payé notre tête. S'en suit un morceau titre qui donne dans le gettho-house version low-BPM, jouant avec les fréquences et des rythmiques à la dynamiques variables, qui donnerait le vertige à un funambule sous keta. Un entrelacs de modulation séquentielles qui broient le cerveau autant qu'elles font bouger les guiboles. Si la suite est bien plus expérimentale, brassage de mélodies élastiques où se fracassent musique noise et techno codéiné, on reste dans l'univers du producteur d'origine hondurienne qui joue avec nos nerfs sur le diptyque TTT Beats (partie I et II) et nous offre un hymne technoïde quasi-religieux avec FM Fields (Swing Mix). Le producteur SLF (sans label fixe: Get The Curse, In Paradisum, L.I.E.S, Delsin) effectue un boulot sans fausse note et continue à se démarquer de du milieu électro parisien en proposant des œuvres indéniablement qualitatives, avec une touche personnelle authentique mais marqué d'une rigueur indiscutable. Chapeau bas.

Audio

Tracklisting

Low Jack - Imaginary Boogie (The Trilogy Tapes, 19 janvier 2015)

01. Imaginary Boogie
02. Scratch Variation
03. TTT Beat I
04. FM Field (Swing Mix)
05. Mallet Theme
06. TTT Beat II


On y était : Low Jack, Sister Iodine & Prurient à la Villette Sonique

Low Jack

Photos © Helene Perruzaro

On y était : Low Jack, Sister Iodine & Prurient, le 4 juin à la Villette Sonique

Les nerds avertis avaient coché les soirées du mardi et mercredi au sein du déroulé hebdomadaire de Villette Sonique. Ces deux jours, chacun à leur manière, faisaient la part belle à des esthétiques peu représentées dans des festivals grand public (on peut situer Villette Sonique dans cette catégorie, einh) et surfant sur un retour de flammes : d'un coté la new age initiatique de Laraaji rebootée par Sun Araw et de l'autre la proposition post-indus / technoise / #musiqueàangledroit portée haut et fort par In Paradisum.

C'est cette deuxième option qui nous a amené au Trabendo où Low Jack ouvrait le bal des 20h. Premier live depuis un bail, format renouvelé, orientation plus frontale... Guillaume d 'IP nous avait vendu les directions empruntées par Philippe (aka Low Jack) un peu plus tôt dans la semaine (lire).

Force est de constater que les quarante minutes de live ont confirmé ces tendances. Pour ceux ayant vu Low Jack à la Gaité Lyrique il y a plusieurs mois, l'évolution est notable. La formule montagne-russe trop éparpillée servie par le passé a muté en un ensemble bien plus cohérent. On retrouve ce que la patte Low Jack laisse espérer : des patterns rythmiques élaborées et une multitude de bruits blancs qui s'agrègent le long de ces structures. Globalement, la dynamique de ce nouveau set est élaborée et laisse entrevoir ce que Philippe nous confiait lors d'une interview récente : une forme d'appétence pour des climats variés entre lenteur maximale et tracks up-tempo, réussissant le pari délicat de relier le fonctionnel au non-fonctionnel dans un ensemble bétonné coulé avec amour. Les pisse-froids diront que son live mériterait un système son de club adapté.

Sister Iodine

D'In Paradisum, le changement de plateau nous amenait vers un autre porte-drapeau de la "marge" parisienne : le label Premier Sang et son premier de la classe, Sister Iodine. Pas très étonnant de retrouver ce label mêlé à la "fête". Premier Sang a réussi, dans l'anonymat le plus complet, à inscrire à son back catalogue le meilleur maxi techno français sorti ces dernières années (hashtag Violence FM).

Point de Techno avec Sister Iodine mais une formule éprouvée de (power ?) électronique créée par des guitares et soutenue par une batterie qui ne se soucie de rien si ce n'est de produire des formules rythmiques qui n'existent pas. L'attraction de la soirée résidait dans la capacité du groupe à reproduire sur scène l'excellence de son dernier album, Blame, excellence qui tient dans la minutie de l'editing et la construction itérative des morceaux, couche par couche, apportant des détails nouveaux à chaque écoute.

L'heure de live qui leur était dévolue a eu pour principale objet de réorienter les attentes : les concerts de Sister Iodine ne sont pas des moments RTL2 de l'underground ou toi, fan, qui a écouté l'album au casque pendant 3 mois se verra servir la soupe qu'il demande. Le groupe joue pour lui et avant tout pour lui seul. Chaque titre interprété pris à part constitue à lui seul la trame narrative d'un concert traditionnel. A chaque titre, l’impression de vivre le peaktime du show, peaktime qui se répète dix fois. C'est jouissif et ça répond aux attentes primaires de cet exercice de style. Le regret est de ne pas bénéficier, au-delà de l'expérience, de ce type de supplément sonique que le groupe proposait sur son album.

Dominick Fernow revenait a Villette Sonique apres son passage abrasif lors de l'édition 2013 du festival sous le pseudo Vatican Shadow. Son live Prurient "bi-goût" se découpe en deux parties : la première façon frontman de choc avec un fond sonore wall of noise et la deuxième plus mentale, vaguement techno/trancy sur les bords qui rappelle qu'on peut récolter les suffrages avec des mélodies un peu neuneu. Apres le live ipod de Vatican Shadow, il y a toujours une forme de frustration à voir ce type de live jouant pleinement sur l'incarnation et la frontalité se réduire à un interprétariat dont la folie est somme toute contrôlée le long de clips ableton.

Prurient


Interview & mixtape : Villette Sonique invite In Paradisum

Prurient 3Si le coup d'envoi du festival Villette Sonique - présentée sommairement par ici - a eu lieu hier soir avec Nils Frahm et Chassol à la Cité de la Musique, et que ce soir les choses se passent à l'Espace B avec la curieuse et inédite collaboration entre Sun Araw et Laraaji, demain, mercredi 4 juin, l'une des soirées les plus excitantes de la semaine se tiendra au Trabendo avec au programme, et ce dès 19h30, Low Jack en live, Sister Iodine, Dominick Fernow aka Prurient et Oscar Powell, instigateur du label londonien Diagonal Records (Event FB). Si ce dernier remplace au pied levé Margaret Chardiet, en galère de passeport à l'heure de faire voyager en Europe son exquis projet  et son album Abandon paru l'année passée sur Sacred Bones, il n'en reste pas moins un invité de choix, depuis longtemps dans le viseur d'Etienne Blanchot, programmateur du festival parisien, qui, pour la première fois s'associe avec un label, en l'occurrence In Paradisum de Guillaume Heuguet et Paul Régimbeau, pour accoucher d'une affiche en format concert - "radicale et sexy" - qui fait sens. Entre fracas noise et bourdonnements ambiant, échanges entre musiciens d'horizons divers et mélange des publics, pour Etienne Blanchot et Guillaume Heuguet, rencontrés fin avril dans un bar près de Belleville, l'idée est avant tout de faire jouer des groupes physiques, des performers jusqu'au-boutistes s'accommodant des larsens comme des tonalités qui durent. Etienne, le regard amusé et la parole volubile, prévient "Je ne dis pas qu'on va faire complet, mais on a choisit le Trabendo plutôt que le Wip pour la puissance du son". Guillaume, le coupe "Il y'a de la sueur et des malaises vagaux". De quoi faire saliver. Évoquant chacune des entités par le prisme de cette soirée, on a passé en revue ensemble les artistes alignés sans se départir des "points de convergence sous-jacents" chers à mes deux interlocuteurs ayant conduit à la formation d'un tel plateau. En prime, une mixtape réalisée à quatre mains annonçant on ne peut mieux la couleur et un concours en fin d’article afin de glaner quelques places.

Un festival hors-cadre, un label plein champ

"Au début de Villette Sonique, la volonté c'était de sortir de l'actualité tout azimut et de se situer plutôt dans la filiation, dans le patrimoine. Sortir du groupe de saison jetable, de cette obsession de la nouveauté, en se positionnant sur des musiciens plutôt hors timing, ce qui donne lieu parfois à des reformations. Le rock vieilli, c'est logique que les groupes reviennent. Ça se passait dans le jazz avant." Le sourire en coin qui barre le visage d'Etienne insinue tout à la fois la fierté respectable du travail accompli des années durant, et l'excitation saine et non dissimulée d'une nouvelle édition, toujours différente de la précédente, dont le jalon le plus expérimental prendra forme mercredi soir au Trabendo. "Le festival est réputé pour cette dimension hétérogène, avec ses affiches flamboyantes" centrées sur "des figures cultes" tel Dominick Fernow, mais aussi et surtout pour sa dimension aventureuse malgré un principe de réalité omniscient : "Faire des clubs, c'est une question d'envie. J'écoutais quasiment pas de musiques électroniques il y a neuf ans, on en écoutait, mais ce n'était pas la priorité. Là c'est évident, même si c'est aussi une question de circonstances. Ce sont les hasards des constructions de plateaux, qui font qu'il y en a plus ou moins : tu te bagarres pour avoir des têtes d'affiches, c'est quand même ça la réalité." Et faire un club expérimental avec un timing de concert ? "L'idée, pour quelqu'un de ma génération, c'est de désenclaver les publics, entre club et concert, avec un public pluriel. Quand tu vois le public de Fernow et Vatican Shadow - le projet techno de celui-ci - , y'a, en plus de tous ces jeunes, tout ce public noise qui a plus entre trente-cinq et quarante-cinq ans que vingt-cinq. C'est cette dynamique la qui compte, le mélange des publics est une chose assez rare pour être appréciable." Pour Guillaume, le son de cloche résonne différemment, mais la volonté est taillée dans la même excitation quant à l'improbabilité du résultat : "Quand je monte une soirée, je ne fais pas de sociologie de public, je ne me dis pas si là ça va pas marcher ou pas et avec qui". Il poursuit, "de notre côté, on est assez frustré par notre réseau club. Ce qu'on écoute avec Paul (Mondkopf) chez nous c'est les Swans, des groupes qui ont toujours été dans l'optique de la Villette Sonique. Du coup, on hésite pas dès qu'on peut faire des soirées avec des gens d'un spectre un peu plus large, que ce soit au Garage Mu, ou avec la Villette Sonique, montrant qu'il n'y a pas de frein et que tout peut communiquer. Je me sens plus à l'aise avec ces-derniers, qu'avec un responsable d'un club à qui je dois expliquer que ça va faire du bruit mais que ça va aller. Et puis, ce plateau là, on peut le faire parce qu'on le fait ensemble."

Celui qui est également l'un des deux rédacteurs en chef de la revue Audimat, enfonce le clou, histoire de mettre en relief la nouvelle direction empruntée par le label : "In Paradisum a clairement calmé l'aspect club. J'étais tellement content de la date au Garage Mu avec Container que depuis on a arrêté de faire des clubs, mis à part la release party pour l'album de Mondkopf, Hadès. Mais ce n'est pas ce qu'on veut, on est très sollicité mais cela ne nous intéresse pas, on essaie pas de développer une activité de prescripteur. Sinon, tu deviens producteur. Je préfère me focaliser sur le label." Une structure (lire) qui poursuit son bonhomme de chemin dans le mélange des genres, à la croisée des chemins entre techno, ambient, noise et indus, avec dans le rétro les sorties quasi-concomitantes en début d'année du Ep Jura de Qoso et du LP précité de Mondkopf, et avec dans le viseur, la parution toute récente de l'album Above Us du duo Lyonnais Insiden, en plus de ceux, prévus respectivement pour juin et septembre, de Somaticae et Extreme Precautions. Le concert de Somaticae à la Villette Sonique en 2013 justement, constitue le moment clé de la rencontre entre In Paradisum et l'équipe de la Villette Sonique : "Amédée jouait en première partie de Vatican Shadow et ça correspondait avec la sortie de son disque, Catharsis (lire). On s'est un peu approprié la soirée, histoire de fêter la sortie de celui-ci. C'était hyper bien car on y a vu un public club pour qui c'était un truc spécial d'aller voir un concert dans le cadre de Villette Sonique. Même si c'est expérimental, c'est un live club quand même, avec une énergie techno." La date du 4 creuse donc dans un même sillon. Etienne précise : "la convergence s'est faite sur des artistes qu'on voulait faire jouer chacun depuis longtemps, notamment les américains. Et avec le nouveau live de Low Jack et l'engouement qu'a celui-ci pour Sister Iodine, on a pas hésité à tous les réunir. L'important c'est de se dire que, maintenant que le plateau a prit forme, c'est toujours aussi excitant car ce n'est pas du cent pour cent acheté sur catalogue : tu sais qu'il va se passer quelque chose d'étonnant." La cohérence du plateau ? "C'est une soirée de performeur, c'est ça le lien. Ce qui est marrant sur cette soirée, et même si la volonté est de donner une place respectable à Prurient au sein du line-up, c'est qu'on se sert des américains comme faire valoir des français. Pour une fois, cela inverse la donne." Guillaume synthétise : "Pharmakon et Prurient c'est un même univers noise, c'est proche. Et Low Jack écoute Sister Iodine"

Low Jack, Sister Iodine & Prurient
IN PARADISUM

Etienne allume la mèche, s'adressant à Guillaume : "je suis fan de Low Jack (lire), alors quand Guillaume m'a vendu le nouveau nouveau live de Low Jack, j'étais forcément partant". L'intéressé précise : "disons que c'est pas la première fois que Phil annonce un nouveau live. Il déteste faire ça en fait, alors il en fait toutes les semaines. Après avoir jouer live à Rennes et Paris dernièrement, il n'était pas content : il sait où il veut aller, et là ce n'était pas encore ça. Alors je lui ai dit, ok, tu prends quatre mois et tu fais ton live. Il a tout mis à plat, partant sur une ambiance techno Chicago très dure, avec des nappes noise. C'est un live club très minimaliste, avec des sons qui attaquent très fort, violemment. C'est excitant car c'est assez nouveau dans le genre. Cela fait penser aux premiers morceaux de Green Velvet enregistrés live et où ça grince de partout, t'entends même le compresseur dans l'enregistrement. Au debut, Phil voulait faire un larsen d'introduction qui durait trois minutes, à la Sister Iodine. On lui a dit de laisser Sister Iodine faire ces larsens et lui de continuer a faire ce qu'il fait. En ce moment, il écoute beaucoup d'indus et de noise, mais il faut qu'il garde son kick, sinon ce n'est pas marrant. Sur son live, il y a un morceau qu'on sortira sans doute après, où l'idée est vraiment de te faire passer un boeing sur la gueule." Au jeu des sept familles, la carte Low Jack peut se rapprocher sans ciller de celle Sister Iodine ? "Oui, pour Etienne, Sister, c'est un groupe a guitare mais qui produit une masse sonore." Pour Guillaume, y'a "cet espèce de funk froid, cet aspect tribal qui est partagé, tout comme ce rapport à la voix vu plus comme un instrument." Si la perméabilité des univers est avérée dans un sens, Low Jack s'éprenant donc de Sister Iodine, l'inverse est-elle vrai ? Pas de doute pour Etienne : "Ils ont écouté beaucoup de techno. Ils ont eu des side-project d'harsh noise. Pendant leur break qui a duré cinq ou six ans, ils avaient même un projet électronique, Discom, avec lequel ils allaient jouer au Japon avec. L'électronique fait clairement parti de leur territoire, y'a une vrai convergence dans l'esprit. D'ailleurs, dans le rock, à l'heure actuelle, des groupes qui font avancer les choses, qui repoussent les limites, y'en a plus beaucoup. Sister Iodine en fait partie, au niveau des textures, il y a quelque chose de très intéressant." "On s'est retrouvé à un concert de Sister avec Guillaume, et là on a vu d'emblée l'adéquation. Les mecs de Sister Iodine auraient pas eu forcément l'idée de participer à une telle soirée, donc c'est bien que ce soit In Paradisum qui leur ait proposé : cela manifeste une porosité de ces milieux, et rien que ça, c'est nouveau pour moi."

Prurient, c'est une autre histoire. Etienne raconte, "c'est un concours de circonstances en fait. J'ai couru quand même dernière lui pendant des années, depuis que le festival existe même. Et l'année dernière, la date de Vatican Shadow s'est faite assez simplement. Il a été archi-content du concert, du coup je me suis dit, allez, enchaînons. Et puis, au sein du festival, on revendique ce type de personnage et de caractère : il permet de défendre quelque chose de plus global, en frappant fort." Seule ombre au tableau donc, l'annulation de la tournée de Pharmakon, d'autant que c'est la deuxième fois que Margaret Chardiet ajourne une date parisienne avec In Paradisum. "Elle devait faire une date isolée, en première partie de Mondkopf. Mais on était super à la bourre dans la préparation d'Hadès - au départ, on ne devait pas le sortir nous - du coup, on a du annuler." Un trou plus que comblé par l'ajout de Powell au line up qui, à défaut de chambouler une time table originelle - dénotant un indicible projet des deux promoteurs - , aura l'occasion de faire résonner son ultime et excellent EP, Club Music.

Mixtape Villette Sonique x In Paradsum

IP VS mixtape

Concours

On vous fait gagner deux fois deux places. Pour tenter le coup, rien de plus simple : envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort demain à midi.

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Low Jack - Garifuna Variations

Tous les chemins mènent à L.I.E.S ! Le label de Ron Morelli (interview ici) a décidément le vent en poupe et s’intéresse de près à nos Frenchies, car après Voiski c’est au tour de Low Jack de débarquer sur la maison de disques new-yorkaise oscillant entre ghetto-house et minimal-tech sauce indus. L’artiste, qui a fait ses premières armes via Get The Curse, s’acoquine rapidement au crew In Paradisum pour qui il pond le mémorable Like It soft aux côtés de Qoso. Ses productions, rejoignant celles de Mondkopf et Somaticae, s’inspirent d’images fantasmées et s’articulent autour de mélodies très cinématographiques. C’est donc tout naturellement qu'on pensait voir débarquer le premier album du Parisien sur le label de Guillaume Heuguet et Paul Régimbeau, mais il en aura finalement été autrement.

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Garifuna Variations n’est pas vraiment inédit puisqu’il s’agit d’une version retravaillée d’un live réalisé par Low Jack himself pour une exposition sur le peuple du Honduras et donné l’été dernier au Musée du Quai Branly. Forts de cela, nous sommes donc plus à même d’appréhender le disque subdivisé en parties et sous-parties. Néanmoins, Garifuna Variations n’en reste pas plus facile d’accès pour autant. Car même si l’on connaît et apprécie l’univers musical de l’artiste teinté habituellement de sonorités industrielles et se consommant comme une ode à la lenteur, Philippe Hallais — de son vrai nom — nous offre un pamphlet où se croisent white noise et blocs de rythmiques bétonnés. En découle un OVNI déroutant, sombre, à la limite du drone, les surcouches de structures électroniques sonnant parfois comme des bourdonnements métalleux. Si la plupart des pistes rebuteront un temps le profane, il serait dommage passer à côté de cette diatribe un brin brutale qui dévoile pourtant des aspects plus mélodiques au fil des écoutes. À la fois hommage aux cultures tribales et au chaos urbain, Garifuna Variations n’en est que plus passionnant, reflet d’une techno mutante en perpétuelle vobulation et faisant la part belle aux basses fréquences.

En résumé, voilà un album brillant dénotant avec la discographie encore jeune de son auteur, qui a pour principale qualité d’entrainer l’auditeur à travers des pièces foisonnantes de complexité, ouvrant sur des sphères mélodiques inédites pour peu que l’on se laisse noyer par ces structures à la limite du bruitisme. Cela demande malgré tout un effort intellectuel certain et un effort d’écoute parfois intense, mais pour quelle claque au final !

Audio

Tracklist

Low Jack - Garifuna Variations (L.I.E.S, 2014)

1. Punta
2. QB Untitled 1
3. Crickets Dance
4. QB Untitled 2
5. Abaimahani
6. Punta II
7. New Life
8. Free People V2


Who are you In Paradisum ?

In Paradisum Mixtape(Dis)continuité discographique du label Fool HouseIn Paradisum, conjointement chapeauté par Paul Régimbeau - plus connu sous le patronyme de Mondkopf - et Guillaume Heuguet, se pose, avec AntinoteDement3d (lire) et Get the Curse, en fer de lance hexagonal d'un nouveau souffle techno à la fois plus intellectualisé et moins festif, plus dur mais non moins référencé. En somme, l'antidote à la lèpre Ed Banger. Esthétiques musicale et graphique cohérentes - tendant de pair vers des ténèbres insondables -, rythme de sorties de plus en plus soutenu, In Paradisum n'est déjà plus un jeune label, quand bien même son back catalogue dénombre autant d'artistes qu'une main compte de doigts : Mondkopf donc, mais aussi Low Jack - présenté il y a peu ici même (lire) - ,  Somaticae - évoqué à l'occasion de son LP Catharsis (lire) - , Qoso et Insiden. Un peu plus même si l'on s'enquiert de Ricardo Tobar migrant depuis lors sous les cieux de Desire Records afin de faire paraître son ultime album Treillis. L'idée ici est de développer un son propre à chaque producteur, de le faire maturer sur la durée, pas de faire nombre avec une kyrielle de maxis émanant de toute part. Oscillant entre house, techno-noise, ambient et musiques industrielle et drone, les cousins français d'Hospital ProductionsBlackest Ever Black ou Long Island Electrical Systems se confient ici par la voix de Guillaume Heuguet à une poignée de jours d'une soirée In Paradisum XIII (Event FB) réunissant samedi prochain au Garage MU Somaticae, Low Jack et Ren Schofield aka Container - et dont on vous fait gagner quelques places en fin d'article. En prime une mixtape, taillée dans l'acier et le béton, à écouter et télécharger ci-après.

Mixtape

01. Charlemagne Palestine - Beauty Chord + Voice (Alga Marghen)
02. Ben Frost - Sleeping Beauty (benfrost.bandcamp.com)
03. Witxes - The Weavers (Denovali)
04. Swans - Weakling (Neutral)
05. Pharmakon - Pitted (Sacred Bones)
06. Katie Gately - Last Day (Public Information)
07. Hopen - Paloma Black Ordax (Everest Records)
08. Ike Yard - Dancing + Slaving (Acute Records)
09. Elg - Notringo Indigo (SDZ Records)
10. Violetshaped - CX310 (JK Flesh reshape) (Violet Poison)
11. MKFN - When they set their eyes to cast me (Mesheland)
12. These Hidden Hands - Severed (Hidden Hundred)
13. Vapauteen - You'll get used to it (L.I.E.S)
14. Eurythmics - Jennifer (RCA)

Entretien avec Guillaume Heuguet

face InsidenD’où vous est venue l’idée et la volonté de créer In Paradisum ? Quelles sont les dates ou événements importants dans votre démarche de création du label ?

On avait Ease Your Pain sous la main… Et puis on a eu envie de revendiquer les trucs que par défaut on écoutait un peu qu’entre nous. Au final, ça nous a permis d’entrer en relation avec pas mal de gens qu’on aurait bien aimé connaitre plus tôt.

Très prosaïquement, le label a-t-il bénéficié de la notoriété préalable de Mondkopf pour exister ? 

Ce sont les ventes de nos projets précédents qui nous ont permis de financer les premières sorties. Mais honnêtement, chaque disque reste un défi.

Au-delà du nom - que l'on peut concevoir comme une antithèse gothique de l'esthétique musicale du label - comment définiriez-vous cette dernière ? 

On aime bien les choses un peu sauvages… Je ne sais pas, j’espère que d’autres la définiront pour nous.

Mondkopf, Low Jack... le label semble a priori résolument orienté techno. Un a priori vite contrecarré par la présence de Saåad ou Insiden. In Paradisum est-il conçu comme espace de confrontation et d'expérimentation comme en témoigne la bien nommée Last Love réunissant Mondkopf et Saåad sur la compilation The Black Ideal ?

Oui sans doute, on est prêt à voir où la musique nous mène.

Dans le même ordre d'idée, Somaticae, Ricardo Tobar et Qoso viennent d'univers sensiblement différents. Qu'est-ce qui les fédère à vos yeux et comment choisissez-vous les artistes avec qui vous souhaitez travailler ?

Ce sont un peu tous des enfants sauvages, avec un style un peu trop personnel pour correspondre d’emblée à une scène établie… Par exemple, même si Ricardo a un passé avec Border Community, au moment de son maxi il n’avait plus de “maison” évidente, sa musique avait évolué. Parfois In Paradisum c’est un peu l’orphelinat.

Quel lien faites-vous entre l'esthétique musicale du label et l'aspect graphique, résolument influencé par l'indus et le métal ? 

Le lettrage est dessiné à la main avant d’être envoyé à l’impression pour chaque disque de la série sans pochette, je crois que ça représente bien l'ambiguïté de nos disques qui gardent une dimension assez “incarnée”. Notre graphiste Jules Estèves vient du fanzinat et de l’illustration. Pour nous, plus qu’une esthétique métal, c’est de la confusion organisée, un espace pour se projeter.

Quelles sont les voies de développement du label ? Après la collaboration avec BLWBCK, allez-vous collaborer avec d’autres labels ? Allez-vous exploiter d’autres formats ?

On est agnostiques sur le format, on choisit en fonction de la musique. Mais le format LP ou disque, pour graver 35-40 minutes de musique, correspond bien aux projets en cours. Les voies de développement du label pour l’instant, c’est surtout l’évolution de la musique de Philippe, Charlie, Amédée et Paul, même si on reçoit aussi des propositions de plus en plus pertinentes.

Somaticae

 À ce titre, vous cherchez à organiser des concerts et non plus uniquement des soirées. Est-ce la marque d'un changement de direction du label ?

On a un peu plus d’opportunités pour faire des concerts aujourd’hui, même si on va peut être en faire dix ou zéro dans les prochains mois, là aussi c’est à l’instinct. On a toujours voulu faire des concerts - on avait fait Ben Frost et Roly Porter en format assis à la Gaîté Lyrique. Dans notre tête, le label ça a toujours été les deux situations d’écoute aussi. On a effectivement plusieurs projets qui sont assez loin des formats DJ, mais on n’a aucune intention de “se libérer du dancefloor”.

En parlant de soirées, In Paradisum en a organisé de multiples à Paris, alignant artistes du label aux côtés d'autres tels Andy Stott, Perc ou Oneohtrix Point Never. Est-ce une façon de prolonger l'idée du label ou d'inscrire celui-ci dans un contexte plus large, international ? 

À la base, on voulait surtout voir ces artistes jouer. C’est vrai que le soutien de gens en dehors de ceux qu’on fréquente à Paris est important. En commençant, on ne pensait pas qu’on aurait un vrai échange avec des gens comme Perc ou Ron Morelli. Mais c’est surtout grâce aux disques, les soirées ont peu d’écho en dehors de la France - enfin, à part sur les tourneurs spécialisés, dont c’est le boulot de savoir qu’on existe…

Qui sont les amis d'In Paradisum ? Pensez vous que le label s'inscrit dans une scène particulière ?

Ici, Quentin d’Antinote est un mec qu’on aime beaucoup, je le connais depuis ado en fait.

La rencontre avec Julien de Dement3d et son ouverture d’esprit nous a fait nous sentir moins seuls quand on a commencé le label… Il y a Jules qui fait Unknown Precept avec une passion rare, on va faire un peu de radio ensemble… Les gens de Get the Curse sont vraiment des mecs bien, j’aime beaucoup leur émission Odd Frequencies. BLWBCK avec qui on a donc sorti une cassette. D’ailleurs Greg de Saaad jouera avec Mondkopf sur scène…

On s’entend bien avec Michael d’Ancient Methods (lire), Perc, Pete Swanson, Ron Morelli, Paul d’Emptyset, Untold… Sur l’aspect strictement musical, ce que mixe Forbidden Planet, le label Berceuse Héroïque, et évidement plein d’autres qu’on admire de loin, notamment dans le métal et l’indus comme Handmade Birds, Hospital Productions, Blackest Ever Black…

Tout cela fait peut-être une scène mais pas centrée sur un genre particulier, ce qui nous va bien.

Quel est le futur proche du label, notamment en termes de sorties ?

On vient d’avoir les versions finales de l’album d’Insiden, groupe qui inclut Somaticae. C’est de l’ambient sombre mais c’est loin d’être réservé aux amateurs du genre. Il y un projet assez spécial de Mondkopf qui est prêt, un nouveau maxi de Qoso qu’il est en train de finir, et les autres sont sur la suite aussi.

Chroniques

Somaticae - Pointless (article paru le 1er juillet 2013)

Si l'on a déjà présenté la verve techno-noise du Grenoblois Somaticae à l'occasion de son premier LP Catharsis (lire) - paru via In Paradisum - , inutile de dire qu'on attendait avec une certaine impatience, pétrie d'un masochisme compulsif, sa traduction à l'écran - tant l’introspection maladive du jeune homme, hybridant électronique, ambiant et métal d'un même élan vers l'abîme, recèle d'une imagerie à la noirceur inhérente. Fractales obscures et anthracites d'images à peine identifiables, mais épousant libidineusement l'ambiance claustrophobe de Pointless, la réalisation d'Hugo Saugier ne déçoit pas, bien au contraire, accompagnant cette ode aux enfers au degré d'abstraction requis : celui où l’œil, pétrifié de souffrance et de folie, ne distingue plus autre chose que les formes se mouvant dans les ténèbres devenues monde. Flippant.

http://www.youtube.com/watch?v=_t_CQ7Scwgc

Low Jack - Flashes (article paru le 23 septembre 2013)

Peut-être que je sortirai un truc de gaber hollandais ou de ghetto house à 135bpm plus tard dans l’année, va savoir. C'est en ces mots que le producteur parisien Philippe Hallais, oeuvrant sous le patronyme de Low Jack, évoquait son futur proche discographique lors d'une interview (lire) faisant suite à sa récente collaboration avec Qoso sur In Paradisum (Like It Soft). Evidemment, on se persuadait de la boutade bien senti tant on devinait que ses textures grimées entre lenteur et fracas étourdissant, allaient continuer à s'obscurcir et s'inscrire par les deux bouts en pleine maturation techno-noise, conjuguant sur Flashes - son EP paru le 30 septembre -, sonorités industrielles et rythmiques métal. Ledit maxi est défloré par la mise en images signée Loup Sarion, Théo Mérigeau et Clément Thuriot du morceau introductif du même titre, à découvrir ci-après, superposant non sans réussite parfums d'apocalypse et instinct animal.

http://www.youtube.com/watch?v=U3y4u6ThMKs

Concours

IPXIII

On vous fait gagner deux places pour la soirée du samedi 30 novembre avec Somaticae, Low Jack et Container. Pour tenter le coup, rien de plus simple : envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort le 29 novembre et prévenus par mail le lendemain matin.

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