On y était - A Psychedelic Night

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A Psychedelic night : Kill for Total Peace & Friends avec Os’Cultus / Antilles /Chicros / Kill for Total Peace, Paris, Le Point Éphémère, 11 février 2010

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Avant d’être un terme tellement utilisé pour désigner les années hippies et usé pour pointer du doigt les utilisateurs de psychotropes hallucinogènes, le mot psychédélique a été inventé afin de retranscrire l’état d’éveil du subconscient. L’étymologie du mot signifiant « révélateur d’âme ». Ce terme, nous le devons a priori à un psychiatre, lors d’un de ses échanges avec le non moins célèbre écrivain du Meilleur des mondes, Aldous Huxley, selon la bible des bibles : Wikipédia. Alors si on trouve une certaine affiliation chez Pan European à un mouvement rock dont on attribua les expérimentations à l’usage du LSD on reconnaîtra également cette démarche de tenter de repousser plus loin les portes de la perception d’un auditeur trop souvent au bord de la neurasthénie. On n’est pas médecin au Point Ephémère, attention, mais on ne vous nourrit pas le cerveau avec de la soupe en sachet, et cette nouvelle Psychédélic Night de nous le prouver…

Le premier à grimper sur les planches est le blackbird David Spher’Os, qui lâche un moment les vibes transcendantales d’Aqua Nebula Oscillator pour se fourvoyer de plain pied dans le côté obscur. Si on ne connaît pas grand-chose du side-project occulte du grand manitou d’ANO, celui-ci ne va pas mettre longtemps à consigner les avis. Le moteur ronronne sévère, et soulève la poussière, pas d’embardée, puissance maximale, et on sort le garage façon heavy. Os’cultus met une râclée à son public, et la joue nous en pique encore. Riffs électriques dont le courant parcourt chaque centimètre de ma peau. C’est violent, c’est brutal, et ça pulvérise mes sens. Le groupe joue son rôle messianique dans cette grande messe noire qui se veut l’apologie d’un rock hystérique et satanique. On applaudit des moignons.

Antilles prendra la relève et attise toutes les curiosités… Aucune info ne circule sur le groupe, ils sont totalement transparents sur la toile et de l’aveu même de D.Gage rencontré quelques heures plus tôt, ils n’auraient aucune actualité… Je dois dire que c’est bien dommage. Le concert commence par cinq bonnes minutes de cacophonie, avant que le trio s’accorde dans une montée tribale hypnotique qui n’aura de cesse de captiver l’auditoire tout au long de leur prestation. La comparaison vous semblera sûrement pourrie, mais je me suis senti transporté dans le sanctuaire de Scion, en plein milieu de cette trilogie imbuvable qu’est Matrix… Vous vous rappelez, la scène des festivités au début du second épisode. Déchaînement aliénant pour aliénés. La perte de repères sensoriels, les yeux à moitié révulsés, le corps convulsé par la transe… Tous ces facteurs réunis qui vous transportent dans un état de bien-être absolu, le corps parcouru d’électrochocs saccadés. Dommage que le dernier morceau ait évolué vers un marasme noise bordélique, extirpant le public de son extase et le détournant de l’orgasme musical final. Reste que l’on surveillera de très près les futures activités de ces étranges manipulateurs de perceptions.

C’est un peu tendu que j’attends la venue de Los Chicros. Le groupe mené avant tout par Philippe Monthaye et Mathieu Warsky (claviériste chez Turzi) m’avait auparavant déçu par sa facette trop lisse et son côté bon enfant. Pourtant, on me rassure, le combo a durci le ton et sonne désormais plus sec. Et me voilà donc euphorique dès les premiers morceaux qui envoient du pâté et décollent le papier-peint. Dans la foule j’entends alors des bêlements et des piaillements, j’aurais dû voir les choses venir… Dès la troisième chanson, la pop reprend le dessus et l’énergie se métamorphose en accalmie, ce qui a pour résultat d’ankyloser mes jambes et de les ancrer bien profondément dans le sol du point FMR. Les mélodies me transpercent sans me transcender, me traversent sans me renverser… Au final, rien n’a vraiment changé, Los Chicros paye en monnaie de singe et je reste l’âne bâté…

Il se fait déjà bien tard lorsque la lumière de la salle tombe enfin. On ne va pas non plus se mentir, le clou du spectacle c’est eux. Qui ? Les enthousiasmants Kill for Total Peace. Pourtant chacune de leur entrée sur scène dégage une impression d’inquiétude. Cette froideur, l’engouffrement des ténèbres qui enveloppe la salle, la rythmique synthétique de Captain America, l’écran géant qui envoi des images détournées de bombardiers, puis la voix de D.Gage qui suit une mesure quasi-militaire glace le sang. Je me retrouve alors en parfaite catalepsie alors qu’Oliver se déchaine sous le stroboscope et que la lumière blanche m’aveugle, m’hypnotisant totalement alors que sur scène s’est déchainé une vague frénétique emportant tout sur son passage. Les cinq membres s’unissant autour de deux syllabes : Kill For… L’entité se confond au tréfonds de l’obscurité apparaissant par larsens et échos. Je savoure chaque note, chaque mot, chaque geste de ce qui ressemble le plus à mes yeux comme la renaissance de la période manquée de la grande Madchester. La symbiose parfaite d’un rock acid, au folklore primitif, s’alliant à des sonorités électroniques post-modernes et avant-gardistes.

Cependant erratum sur la narration, votre reporter aura quitté la salle un peu trop tôt bien qu’il l’ait regretté… Il était donc juste de rétablir la balance, et d’établir la lumière sur les événements rapportés par notre cher Intra Moros. Hélas Etienne Jaumet n’aura pas eu le plaisir de monter sur scène. Une vive dispute éclatant pour un malheureux joint du côté de la batterie, le plateau aurait sombré dans le chaos, laissant les spectateurs frustrés et échauffés devant la tension qui régnait sur la scène. Devant le ton ultra borderline, l’organisation du point FMR aurait préféré mettre un terme à la soirée avant que ça n’aille trop loin. Qui a dit que Kill For Total Peace n’étaient pas Rock’n’roll ? La revanche sera donné le 17 Mars à l’International, votre narrateur y sera, il leur doit bien ça…

Photos

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Kill for Total Peace l'interview

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Bien avant que la nuit ne soit échaudée, je débarque frais et enjoué dans le bar du canal à l’idée de poser quelques questions aux petits prodiges du jeune label parisien Pan European. Je croise Arthur qui revient tout juste de Dakar où il a suivi Koudlam, suivant le dauphin dans son escalade scénique inter-planétaire. Il m’accompagne à l’étage où le groupe est en train… de dîner… Sourires francs, bonne humeur, blagues… C’est pas du tout ce que j’avais prévu, me voilà assis au milieu d’une bande de potes prêts à faire la teuf. Ce sont eux au final qui m’harassent de questions… Attention, entretien cocasse…

Comment se sont rencontrés les musiciens de Kill ?

D.Gage : Ca a commencé parce que je travaillais dans un magasin de disques, Intra est venu ensuite bosser un moment avec moi, il avait toute une bande de potes et voilà…

Intra Moros : Je connais les autres membres depuis le lycée, à part Wolfgang qui nous a rejoints au moment de l’enregistrement de l’album. Et maintenant on a un vrai Line-up complet…

Laden : Mmmmhhh… Excellentes ces carottes…

Qui compose dans le groupe ?

D.Gage : Intra Moros compose essentiellement la musique, alors que je m’occupe plus exclusivement des paroles. Mais il arrive qu’on le fasse ensemble également.

Intra Moros : C’est la base, mais on va continuer de construire autour tous ensemble.

Quel est la recette ou l’ingrédient secret de l’originalité de la musique de Kill ?

Wolfgang : Le mix ?

D.Gage : Ouais, un peu… On essaye aussi du classique… On créé notre propre son, tout en se servant de nos propres influences. On est tous inspirés par plein de styles de musique, on a tous acheté beaucoup de disques, on écoute beaucoup de musique, on a des influences à droite et à gauche…

Intra Moros : Chacun joue dans différents groupes donc chacun amène son identité propre…

Ressentez-vous le même engagement que les groupes psychés des 70’s ou est-ce pour vous plus un plaisir de jouer, ou de rendre hommage à cette culture ?

D.Gage : A la base c’est plus un plaisir de jouer…

Laden : On n’est pas des vrais marginaux en fait. Dans 70’s les mecs prenaient les instruments pour revendiquer des trucs…

D.Gage : Tu ne veux pas la fermer (rires).

Laden : Nous quand on fait de la musique, ce n’est pas un hommage mais c’est plus pour se sentir vivre. Pour ne pas se faire chier.

D.Gage : Non c’est réellement un plaisir de faire de la musique, on n’a à aucun moment pensé à l’engagement.

Intra Moros : Et puis les groupes psychés n’étaient pas forcement engagés.

D.Gage : On ne peut pas changer le monde avec notre musique, tout ce qu’on peut espérer c’est qu’un maximum de monde l’écoute. Après je dis ça, je ne dis rien (rires).

Vous actualisez malgré tout le rock psyché et dans le bon sens du terme. Pensez-vous que la fusion revienne à la mode, sous une forme différente ?

Intra Moros : On ne se considère pas vraiment comme psyché, je crois qu’on serait sorti sous un autre label, personne ne nous aurait catégorisés comme ça. On a un côté nettement plus garage.

Laden : Si tu regardes bien, sur Pan European il y a des groupes plus psychés que nous…

D.Gage : En fait, justement sur Kill for, il y a énormément d’influences. Il n’y a pas que du psyché. Il y des effets sur les instruments, c’est sûr : des échos, etc…

Intra Moros : Sachant qu’on a plus écouté de la musique des années 90 que du rock psyché.

Vous m’avouerez que vous sonnez quand même plus psyché que le dernier ANO qui est lui vraiment ultra garage?

Laden : Le dernier quoi, pardon ?

hartzine: Aqua Nebula… Under the moon of.

D.Gage : Ah oui… Oui, c’est sûr. Je crois que tu as raison, on ne renie pas le côté psyché, mais il n’y a pas que ça. Tu trouveras par exemple du dub, même si je n’aime pas trop le revendiquer, mais certaines mélodies s’en ressentent. Il y aussi de l’électronique… Donc nous ne sommes pas un groupe psyché mais faits de multitudes d’influences.

Intra Moros : L’effet scène donne peut-être aussi cette impression. C’est vrai que la musique s’envole peut-être un peu plus en concert que sur le disque. Mais la musique psyché à connotation super vaste, de groupes hippies californiens foireux à des trucs électroniques de l’époque qui en appellent à ton cerveau… Tu as des trucs des 50’s que l’on peut considérer comme psyché… De la musique classique aussi. Et nous on a plus écouté des trucs nineties comme Sonic Youth…

D.Gage : Mais moi, je n’ai pas écouté de truc 90’s, en tout cas pas tout de suite… C’est plus des anciens trucs du Velvet, ce genre de choses… Tout ce qui est Sonic Youth, Sebadoh, c’est venu vraiment beaucoup plus tard.

Intra Moros : Donc ce côté psyché, on l’a mais sans le vouloir en fait.

Je trouve qu’il y a un esprit culture US qui se dégage de vos lyrics, quelles sont vos passions à part la musique ?

Laden : Moi perso, c’est la géographie…

Intra Moros : C’est psyché la géographie

D.Gage : Ah mais attends… Je cherchais… Mais bien sûr… Le vin.

Le vin ?

Intra Moros : Louie Louie c’est l’Espagne.

D.Gage : Ah j’adore le vin et justement j’aimerais monter un bar à vin.

Laden : C’est Psyché…

D.Gage : Ouais, un bar à vin un peu psyché.

Louie Louie : Le vin, c’est totalement psyché… Après ça dépend ce que tu mets dedans.

Intra Moros : Moi ma passion c’est la clope… Après on va te faire les clichés : le cinoche, la lecture…

D.Gage : Les sorties entre amis… Sans le vouloir l’alcool joue une énorme partie dans notre vie… La musique et l’alcool… Et même si tu ne le veux pas toujours, c’est toujours là. Mais moi ça reste particulièrement le vin.

Laden : Wolfgang lui a une grande passion qu’on appelle la dope (Fou rire).

Wolfgang : Totalement passionné.

Et euh tu étudies en fait…?

Wolfgang : Non, je teste.

Ca a un petit côté psyché…?

Wolfgang : Non, pas vraiment… C’est plutôt scientifique en fait (rires).

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de jouer ?

Intra Moros : Nirvana… Syd Matters…

D.Gage : Arrête…

Laden : Bah non… Nirvana pareil… Quand on avait 13 ans, on matait en boucle les vidéos de Nirvana…

D.Gage : Non, la motivation c’est plus les mauvais groupes… Tu vois un mauvais groupe et immédiatement ça te donne envie de jouer.

Intra Moros : Du coup on est influencé par tellement de groupes dont on ne pourra pas te donner le nom car ils sont tellement pourris (rires)…

D.Gage : Et il y en a beaucoup en France en ce moment… Non des bons groupes… En fait c’est plus un groupe dont tu n’auras pas envie de monter sur scène après. Mais on se sent plus influencé par les groupes de merde (fou rire).

Et quels sont les groupes après qui vous flipperiez de passer ?

Général : Motorhead.

Intra Moros : Il y en a aussi beaucoup, il faut être réaliste. Même si a priori, il n’y a aucune raison… Mais quand même Motorhead…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

(personne n’arrive à s’entendre sur la question…)

Intra Moros : 67, 68, 69…

D.Gage : Attends redonne-moi la question s’il te plaît…

Pensez-vous qu’il existe une époque charnière musicalement ou que tout reste encore à inventer ?

D.Gage : J’espère que tout reste encore à écrire, sinon ça rendrait tout tellement déprimant…

Intra Moros : Il y a quand même une époque où les codes ont éclaté, et qui permettait aux musiciens d’aller là où ils voulaient.

Laden : Je dirais le début du rock’n’roll… Maintenant on se trouve dans une période de constants revivals décennie après décennie… On peut se poser objectivement la question si tout reste encore à écrire ou si tout est recyclé…

D.Gage : Je pense qu’il reste encore des choses à créer, sinon ça ne servirait à rien que l’on fasse de la musique.

Intra Moros : Cela dit, il y a quand même une époque qui marque un changement que ce soit dans la littérature, dans le cinoche… Je lis actuellement un bouquin sur les Beatles et qui parle de ça justement.

Louie Louie : Il ne faut pas croire que le changement ce sera de voir des mecs faire de la musique en tapant sur une casserole, et jouant sur une gratte pourrave… Autant faire ça chez toi, dans ta piaule, avec des instruments pourris…

D.Gage : Euh… Mais tout à l’heure tu m’as dit qu’il y avait une culture US, et surtout dans les paroles… Qu’est-ce qui t’as fait penser à ça ? On n’a pas cette connotation, surtout que je suis Anglais à la base…

C’était en rapport au titre Captain America sur Kill For, et la répétition de Superman dans Smokes sur l’album de One Switch to Collision?

Intra Moros : Exact… et De Niro aussi.

D.Gage : (Rire) Smokes ? C’est sur mon frère. Mais c’est cool, on a enfin trouvé quelqu’un qui écoute les paroles.

J’ai pensé que vous aviez peut-être une culture comics?

D.Gage : Bah oui forcément, j’essaye d’être un super-héros et je veux sauver le monde.

Bon continuons vers la dernière question…

Général : Oh non… non ! (Rires)

Non, mais ne vous inquiétez pas on vous fera une interview par concert… Mais cela dit ma question ne porte pas sur Kill, puisque j’ai entendu dire que One Switch pourrait revenir sur le devant de la scène…

Laden : Intox… Intox…

D.Gage : Qui est-ce qui t’a dit ça ?

(Je sifflote)

D.Gage : Pour l’instant on ne sait pas, on finit 3 morceaux. On les sortira peut-être en 45 tours. Mais on reste focalisé sur Kill for Total Peace. One Switch reste un peu en pause, mais on ne sait jamais.

Intra Moros : Plus pour un délire de potes à la campagne, mais pour l’instant aucun album de prévu. Mais cela dit tu es peut-être mieux informé (rires).

D.Gage : Nan mais c’est marrant, t’as vraiment entendu ça ? En tout cas si tu as des news, dis-le nous quand même (fou rires)….

Akitrash