On y était - Lonelady + PVT au Nouveau Casino

5025832022_cc087733fc_zPhotos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Lonelady + PVT, Nouveau Casino, Paris, 15 septembre 2010.

Dire que j'attendais la venue de PVT avec impatience, en ce soir de 15 septembre... eh bien serait mentir. Contrairement à beaucoup, je ne fus pas le moins du monde séduit par le virage outrageusement trash-pop des chouchous du label Warp. Je n'irai pas jusqu'à dire que le succès de Church With No Magic tient de l'escroquerie, ni que mes collègues chroniqueurs semblent avoir perdu tout critère objectif  de jugement, cédant de leur partialité devant un buzz annoncé... Mais franchement les gars, Ô Soundtrack Of My Heart avait mille fois plus de panache. J'étais là aussi ce soir afin de donner une seconde chance à une Lonelady qui m'avait allègrement déçu lors de son dernier passage à Paris. Il y a minimalisme et minimalisme... Et à ce jeu, Julie Campbell et sa bande avaient démontré un manque de générosité envers leur public quelque peu désarmant et un net désintérêt pour le live... Un concert plat pour illustrer un album intitulé Nerve Up, c'est un comble comme dirait Tata Paulette...


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Comme d'habitude, piégé par de sombres êtres malfaisants qui me retinrent contre ma volonté afin de m'asséner les esgourdes d'élucubrations pittoresques et fantasques (bref, c'était l'apéro quoi...), j'arrivai à la bourre et ratai la prestation semble-t-il relativement intéressante de Stalk. Une vilaine manie que j'essaye de corriger, mais ce n'est pas tous les jours facile d'avoir des amis alcooliques. C'est donc avec un sentiment d'échec que je rejoins Patrice, tout sourire, l'appareil photo déjà dégainé. Lui, au moins était à l'heure... Mais pas le temps pour ma petite crise existentielle, Julie Campbell et sa fine équipe sont déjà sur scène, prêts une nouvelle fois à défendre un album qui ma foi, fait le bonheur de ma platine vinyle. Pourtant, la foule ne se bouscule pas au portillon. Serait-ce dû aux échos de la platitude de ses prestations ? Il est temps une bonne fois pour toutes d'en avoir le cœur net.

Pas d'éclats, pas de révolution, le show commence tranquillement grâce à un If Not Now plus que rôdé. Bien que moins statique, Julie s'impose par une stature glaciale et distanciée. Marble et Immaterial font mouche, mais c'est Nerve Up qui cette fois deviendra l'épicentre de la prestation du trio. Il se dégage du morceau une aura caverneuse (pensez Liquid Liquid) dûe notamment à l'extraordinaire présence d'un batteur habité, possédé, illuminé... Les adjectifs me manquent... N'en reste pas moins que son jeu éclipse celui des autres membres le temps d'un morceau qui rappellera que la musique de Lonelady doit autant à l'indie-rock mancunienne qu'au post-punk à tendance funk de Gang of Four.  Après cet extraordinaire aparté, les morceaux s'enchainent avec une incroyable instabilité, Bloedel magnifié, Cattletears crucifié... Le groupe quitte finalement la scène comme il est venu, dans le silence le plus complet. Un concert qui si au final ne marquera pas plus les annales, démontrera la volonté du groupe de se livrer un peu plus sur scène, de sonner plus authentique... C'est déjà ça.

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On nous avait prévenus, l'attente ne serait pas longue et la soirée non plus. C'est donc tout naturellement que PVT s'installe devant un public qui semble à présent s'être massivement manifesté. « A quoi devais-je m'attendre ? » était une question que je me posai inlassablement dans le noir. La musique de PVT fait partie de cette longue liste sur laquelle il serait bien casse-gueule de tenter de coller une étiquette. Drone à tendance électro ? Post-rock lorgnant sur la noise ? Crossover entre breakbeat, IDM, math-rock et love songs ? Pivot est bien au-delà de ça.  Et navré de décevoir les nouveaux adhérents mais ce sera bien un show à l'ode d'Ô Soundtrack Of My Heart qui sera offert au public du Nouveau Casino ce soir-là. Le récent parterre de fan restera sceptique devant les pourtant jouissifs In The Blood et Sweet Memory. Il faudra attendre l'inébranlable Ô Soundtrack Of My Heart pour réconcilier deux vagues d'aficionados et embraser la fosse. Les frères Pike n'en délaissent pas leur dernier bébé pour autant, ravissant le public  d'un Light Up Bright Fires écorché vif tandis que Timeless fait montre d'incroyables qualités hypnotiques. Mais c'est bien sûr avec leur extraordinaire single Window que le trio impose sa cadence puisant sa force dans une rythmique de percutions destructrice qui n'est pas sans rappeler Battles. PVT impose son savoir-faire au nez des incrédules qui n'arrivent pas à se prononcer sur la teneur du spectacle qui leur a été imposé. Pourtant, tous savent au fond d'eux qu'ils viennent d'assister à une démonstration physique peu commune bien éloignée des volutes parasitées recrachées par les enceintes de leurs mange-disques. Un concert qui ne fera peut-être pas date, mais qui aura eu le mérite de marquer les esprits... Et comme dirait Tatie Simone... Bon ok, ça va, ça va...

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LFSM #1 : Jessie Evans + Lonelady

Jessie Evans + Lonelady, Festival Les Femmes s'en Mêlent, Paris, La Maroquinerie 23/03

Première soirée du Festival LFSM, le boss m'envoie sur le terrain "Vv pour toi ce sera Jessie Evans". J'acquiesce sans protester, car c'est aussi ça le job de dévouée serviteur à la cause du Rock. En temps normal, je me renseigne un minimum sur l'artiste dont je vais juger la performance, c'est le b.a ba me direz-vous. Mais parfois, on se met dans la peau du spectateur lambda qui venait peut-être ce soir pour voir Lonelady et ne connaissait Jessie Evans ni d'Eve ni d'Adam. Je ne sais pas pourquoi mais ce nom m'évoquait une énième chanteuse folk à guitare sèche, et je ne m'impatientais pas vraiment à la perspective de chroniquer une prestation sans surprise (note pour plus tard : se racheter une intuition).

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Ébullition dans la salle, je me fais la remarque qu'il y a bien du monde pour une première partie peu ou pas connue. On installe des étoiles dorés dans le fond de la scène, comme un mini-décor improvisé à la va-vite. Un homme aux airs de Clark Gable fait son apparition, le look jazzman des années 20 impeccable jusqu'au bout des souliers. Il s'installe à la batterie. Suit une femme chapeautée jazzy elle aussi, qui prend place derrière des percussions installées de l'autre côté de la scène. Les lumières baissent, roulement de tambour. Déboule alors une véritable show girl comme on n'en croise peu, Jessie Evans va tout casser. Vêtue d'une combinaison qui la transforme en femme serpent, fardée comme une danseuse du carnaval de Rio, et arborant avec fierté ce qui semble être un coquillage géant à facettes sur son crâne, la diva entame une danse endiablée.
Joséphine Baker Vs Lizzie Mercier Descloux, voila comment je définirais le phénomène Jessie Evans, qui s'avère Oh surprise ! être une saxophoniste de génie. Mais de quoi on parle ? Après concertation, je dirai Afro Disco Punk. Sur une bande aux sonorités synthétiques avec une basse dominante, se déchaîne à la batterie notre impeccable Clark Gable, soutenu par les percus qui donnent cette touche afro à faire remuer tous les derrières du 20ème arrondissement. Là-dessus se plaque la voix grave de Jessie, assez proche de Glass Candy par bien des aspects, alternant avec ses performances notoires au sax et au levage de jambe (la droite surtout). Mais mettre des mots sur cette musique n'est pas si aisé à vrai dire. Il manque un pan entier du show.
En effet, on se retrouve par moment au milieu d'une course poursuite de bagnoles dans Lost Highway, le rythme est haletant, les coups de freins sauvages. Lynch adorerait Jessie Evans, cela ne fait aucun doute. Car la dame chante aussi bien en anglais qu'en espagnol, ce qui nous emmène Oh hasard ! dans le théâtre absurde et dramatique de Mulholland Drive. Angelo Badalamenti ne l'aurait certainement pas nié, cette sombre bande originale nous rentre dans le sang, et le public se déchaîne dans la danse. Voilà pour le côté obscur.
Car à l'inverse, la femme serpent semble toute droit sortie d'un cabaret burlesque comme il s'en est recréés par dizaines dans son San Francisco natal. De la Californie à Berlin où elle vit aujourd'hui, il manque un détour par Mexico, où elle semble avoir puisé les notes très opérettes de son univers punk, disco et absolument branque !
Au bout d'une heure de show épique, on est forcés d'admettre que l'émerveillement est une denrée rare aux abords des salles de concert parisiennes. Alors quand il apparaît gaiement aux premiers jours du printemps, la foule s'emballe comme un seul homme pour le célébrer en ululant de plaisir! Et avec une Jessie Evans se jetant furieusement dans la foule pour danser comme si sa vie en dépendait, nous avons eu une belle démonstration de ce qu'il est encore possible de créer dans un monde musical où même l'indé se révèle souvent incapable de produire des lives véritablement intéressants. Si la Show Girl passe dans votre coin, n'hésitez pas une seconde, c'est pour votre bien.

lonelady_rebecca_miller_4Il semblerait que l'ego si sensible et pourtant tellement sur-dimensionné de votre cher Akitrash soit passé complétement inaperçu aux yeux de la belle Vv, totalement happée par la prestation reptilienne d'une Jessie Evans hors-de-contrôle. Mon charisme aurait-il perdu de son prestige ? Peut-être, à l'égal de nos attentes envers la jeune mancunienne, dont le passage sur les planches était plus qu'attendu après la surprise de son Nerve Up qui fait toujours surchauffer nos platines.
Première déception, ce live s'entame par un cafouillage dû à un ingé son un peu maladroit, l'équalisation des instruments est mal fichue, volume de micro trop bas, tambourinage de batterie excessif... If not now apparaît comme un ratage total. De plus Julie Campbell apparaît crispée comme jamais et déjà exténuée le morceau à peine terminé. Ça ne sent pas vraiment bon, tout ça. Le public, pourtant là pour elle, l'acclame comme jamais alors que la petite demi-heure qui suivra, la magnétique rouquine s'enfermera dans un mutisme absolu, enchaînant l'un après l'autre les morceaux de son album, qu'elle interprétera néanmoins avec une rigueur extrême.
Cela dit le spectateur s'attend lui à autre chose qu'à une vague resucée des 10 titres qu'il écoute inlassablement depuis plus d'un mois et espère une prestation scénique à la hauteur du prix de son billet. Cependant pas de Cattletears pour se consoler, seulement un Bloedel, face B pas tellement convaincante du pourtant sublime single Intuition. Quelle excuse trouver à Lonelady qui entame sa tournée européenne par ce concert statique, avec seulement quelques arcs électrisants comme sur Marble, qui réflexion faite, pourrait devenir le prochain must-ear de la mystérieuse Miss Campbell.
Mais c'est sans adieu que le trio quitte les planches, nous laissant avec désamour, désillusions et un manque concret de conviction sur cette prestation. Pas de rappel, et que la lumière fut ! Le public est invité de ce pas à éjecter, direction maison. Même si je fus très largement déçu comme la plupart de mes voisins qui s'en allaient en bougonnant, je savais malgré tout dans mon petit cœur que je laisserai une seconde chance à cette jeune artiste sur laquelle repose tout le poids d'une génération qui ne souhaite pas mourir, mais cette question ne plus rester à jamais en suspens : "Fear no more", réellement?

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LoneLady - Nerve Up

WARPCD186 Correct AGI gridPour en finir avec Joy Division… Non, Julie Campbell n’est pas la fille cachée de Ian Curtis. Et d’ailleurs mis à part le tracklist dont on retrouve dans les titres la même ambiguïté que dans ceux du groupe de Salford, la comparaison s’arrêtera là. On ressent bien entendu l’influence du chanteur maudit dans les textes de la jeune Mancunienne, mais son univers musical est plus à rapprocher de New Order période Movement ou Low-Life ainsi que des premiers PIL.
Ce n’est pas pour rien que Rob Ellis (PJ Harvey) et Guy Fixen (My Bloody Valentine) en ont fait leur protégée. Cette jeune femme frêle, légèrement androgyne et à l’apparence arachnéenne se construit une solide réputation en chauffant le public de la dernière tournée de The Wire, qui sentent le vent Post-Punk tourner dans sa mèche rebelle.
Cette LoneLady partage un timbre de voix que lui envierait la sus-citée Polly Jean et autre Siouxie, calme mais écorché, soufflant la douleur et attisant les larmes. Et c’est sur ce point que l’Anglaise marque ses points, s’éloignant de toute ré-édit, pré-fabric, sa voix chaude et subtilement éraillée dépareille des vaines tentatives de copie de hululements mortifères sans renier cette part d’obscurité qui l’habite (Fear no More), préférant se forger sa propre identité que de ressembler à un vague copycat.
Les mélodies explorent également un spectre assez large de sonorités s’étalant essentiellement sur la grande période post-punk eighties. Impossible de ne pas penser à Gang of Four!, A Certain Ratio, Suicide ou The Fall… Ces groupes que LoneLady affectionne tant et à qui elle rend de merveilleux et tragiques hommages à travers des futurs hits comme Intuition ou Cattletears. Comme il est bon de se fondre dans cette atmosphère fiévreuse où le rasoir semble avoir remplacé le médiator. Les riffs de guitares électrisants et crissants, généreusement enveloppés par les synthés qui jouent discrètement au second plan (Army), mais donnent cette teinte authentique et reconnaissable des années enfumées de la petite bourgade anglaise.
On se félicitera encore de cette trouvaille signée Warp, qui s’éloigne de plus en plus du bricolage electro-IDM pour nous proposer des artistes venus d’horizons très différents mais avec toujours cette pointe d'originalité. Et LoneLady de nous prouver qu’on peut sonner rétro tout en restant avant-gardiste.

akitrash

Audio

Lonelady - Immaterial

Tracklist

LoneLady - Nerve Up (Warp, 2010)
01. If Not Now
02. Intuition
03. Nerve Up
04. Early The Haste Comes
05. Marble
06. Immaterial
07. Cattletears
08. Have No Past
09. Army
10. Fear No More