LFSM #5 : Tender Forever + Duchess Says + Men

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Tender Forever, Duchess Says, Men, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, l'Alhambra, 02 avril 2010.

Je vais vous la faire courte, dézinguer ne faisant pas partie de mes activités favorites. On était quatre sur le pont pour le Festival Les Femmes s'en Mêlent. Lorsqu'il s'agit de tirer à la courte paille qui s'occupe de quoi, le plus souvent, ça sent le sapin pour moi. Aki et Virginie se partagent Jessie Evans, Lone Lady et Soap & Skin. Émeline chope John & Jehn. Pour ma pomme, la soirée de clôture : chouette, y'a les délurées de Chiks on Speed ! Euh... non annulée et remplacée par Duchess Says. Un brin condescendant, Aki me glisse texto : t'inquiète, à la Villette Sonique, j'avais bien kiffé leur mode karaté-noise-nawak... Autant le dire de suite, j'y allais un peu à reculons. Cause, conséquence : je suis dans l'incapacité de vous parler de Dance Yourself To Death, présenté sur le site dudit festival comme un groupe queer capable de faire danser jusqu'à ma grand-mère. Merde, j'aurais bien aimé voir ça. A l'écoute furtive de quelques morceaux, je doute sérieusement de ce ton péremptoire, pensant plus à un effet d'appel qu'à une sincérité sans faille des programmateurs. La guimauve c'est pas non plus de l'ecstasy en barre : en gros, raboulez-vous à 20h et pas 21h. L'exiguïté de l'accès à la salle explique sans doute cela (seul 20 m3 pour une buvette, un stand et des festivaliers en transit), celle-ci étant au contraire à la taille de l'événement : du monde, mais rien d'irrespirable. Je me pointe à 21h et très vite je m'immisce dans une foule largement drapée ce cette diversité genrée que reflète l'étendard gay. Quoi de plus revigorant à Paris, où les deux hémisphères de la fameuse nuit (hétéro & gay) co-existent sans jamais véritablement se mélanger.

Le temps de boire une bière chaude sans mousse, les meilleures quoi, que le concert de Tender Forever débute. Difficile d'être méchant avec Mélanie Valera, jeune frenchie exilée aux US. Sa frimousse mutine, sa gouaille survoltée et son humour rendent le personnage attendrissant. Mais, car il y a un gros MAIS, c'est exactement pour les mêmes raisons qu'il s'avère impossible d'entrer dans son univers musical, entre pop bigarrée et électro foutraque. Si sa voix reste scochante, de longs intermèdes, où Mélanie débite des "anecdotes sans queue ni tête" (dixit le site du festival), retire toute intensité à sa prestation quand une irrésistible volonté d'amuser la galerie met en pièce chaque moment tutoyant, du bout des lèvres, la virtuosité. Très vite, j'ai l'impression d'avoir à faire à un succédané de Yacht, que je ne porte pas franchement dans mon coeur, tant par cet écran occupant la moitié de la scène et partie prenante du show (où défilent entre autres des photos de Beyoncé) que par cette fatalité à programmer tout ou partie de sa musique. Doublant même sa voix, elle frise le playback tout en dansant comiquement, histoire de détourner l'attention de l'essentiel : l'abyssale pauvreté de ses compositions. C'est bien beau de faire joujou avec une batterie virtuelle (en mode Wii), passe encore une reprise de Justin Timberlake au ukulélé, mais rien, vraiment rien, n'est impérissable dans ce fatras de sons invertébrés. Dire que la demoiselle fait partie de l'écurie K records ne peut qu'aggraver mon inquiétude quant à la santé mentale de Calvin Jonhson. Bah oui, faut pas déconner.

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Clope, clope, je me dis que les choses sérieuses vont enfin commencer, la clôture d'un festival ne peut se passer des fastes d'inoubliables instants de grâce. A vrai dire, je me bidonne encore d'une telle naïveté... Chiks on Speed cancelled, place à Duchess Says. Ouch ! Le constat est ce qu'il est : je n'ai jamais assisté à un concert aussi minable. Pour résumer la supercherie en quelques palabres : un backing groupe guitare/clavier/batterie pas franchement dégueulasse, mais assurant sans originalité un rock crasse complètement étouffé par la personnalité d'Annie-Claude Deschênes. Sur-jouant son accent québécois (que du bonheur Aki !), l'ébouriffée chanteuse à la voix proprement insupportable, exhibe sa culotte rouge tout en braillant encore et encore, perçant les tympans de n'importe quel quidam pas complètement cuit. Réclamant avec une constance édifiante, et au grand dam de tous, que l'ingé son augmente le volume de son micro, Annie-Claude se démène histoire de prolonger l'illusion : elle saute dans le public, asperge d'Heineken le public, chante dans le public, fait boire de la vodka au public (si si, au goulot), fait sa gym dans le public, se promène dans un chariot poussé par le public... bref le public, le public... à croire que les membres de son groupe l'emmerdent profondément ! Vu la mine déconfite des trois pauvres mecs tentant de suivre les élucubrations de leur greluche de chanteuse, on comprend mieux le divorce : la supporter une heure relève d'une mission hautement impossible, alors au quotidien, bonjour l'angoisse. Dans ce gloubiboulga électro-rock, difficile de sauver un morceau d'un ensemble piteusement redondant... Karaté-noise-nawak disait Aki. Nawak surtout ! Reste qu'Annie-Claude Deschênes à une utilité inespérée : prévenir de la nocivité des substances illicites. A diffuser dans tous les collèges de France et de Navarre donc.

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La lumière peut-elle venir des New-Yorkais de Men ? La carte de visite de JD Samson le laisse en tout cas penser : échappée du trio électro-punk fondamental des années 90, Le Tigre, la riot grrrrl s'est depuis fait la main sur les platines, montant, avec Michael O'Neill et Ginger Brooks Takahashi, Men, groupe au style queer inimitable. Mes espoirs sont vite déçus tant la mise en scène délirante du groupe ne cache qu'imparfaitement l'absence de profondeur d'une musique oscillant mollement entre clubbing et électro-pop acidulée. Le groupe a le mérite, au moins, de nous faire bien marrer... Une chanson sur une fourchette ? Qu'à cela ne tienne, JD Samson s'empare d'une gigantesque fourchette rouge qu'elle fait ondoyer dans le vide... Un morceau sur les "hommes qui font des bébés" ? D'immenses pancartes floquées d'un drôlatique slogan "fuck your friend" surgissent de derrière les fagots... J'avoue ne pas très bien comprendre pourquoi la frêle chanteuse s'administre un casque en forme de maison le temps d'une balade dance, mais l'hilarité reste la clé d'une prestation où seul Simultaneously et sa pop vaporeuse m'indiquent que j'assiste bien à un concert. MEN devait, selon le programme, "être prêt à nous faire transpirer de la tête, des pieds et tout ce qu'il y a entre les deux". Moi, Men m'a fait juste suer.

Conclusion : les femmes peuvent s'en mêler avec brio en se montrant tout aussi capables que les hommes pour escroquer un public venu pourtant en masse.

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LFSM #3 : Jesca Hoop + Trash Kit + John & Jehn

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Photos©Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Jesca Hoop + Trash Kit + John & Jehn, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, La Maroquinerie, 29 mars 2010

Pour cette septième soirée parisienne du festival Les Femmes S'en Mêlent, l'équipe féminine d'Hartzine au grand complet - qui se compte sur les doigts d'un manchot estropié - s'est retrouvée à la Maroquinerie pour le concert très attendu de John & Jehn. Pendant que Vv trépignait d'impatience en se posant mille questions auxquelles vous trouverez les réponses un peu plus bas, Emeline s'est penchée sur la mise en bouche.

Jesca Hoop + Trash Kit

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Habitant à l'autre bout du monde - Boulogne-Beach, enfin Boulogne-Bitch, en l'occurrence -, j'arrive en retard et en sueur à la Maroquinerie. C'est qu'il y en a, des côtes, dans le coin. Pas le temps de me rafraîchir le gosier, je fonce dans la salle. Premier constat : le lieu est occupé à 87,34% par des photographes (si, si, j'ai compté) dont environ 3,8% semblent de très mauvaise humeur ; pour l'ambiance, on repassera. Intriguée par les mélodies sucrées qui viennent de la scène, je me fais tant bien que mal une place sur le côté, face à deux choristes mi-nerd, mi-midinettes, comme en attestent leurs Ray-Ban oldschool et leurs tenues pailletées. A leur droite, un guitariste assis discrètement sur une chaise et à l'autre bout de la scène, un batteur également en retrait. L'attraction principale de cette première partie se trouve au centre - tiens, comme c'est étonnant - en la personne de Jesca Hoop, jeune auteur-compositrice californienne dont le deuxième album est sur le point de conquérir la France, et remplaçante au pied levé des Dag för Dag qui ont dû annuler leur tournée à la dernière minute. La première chose que je remarque, ce sont ses chaussures et sa chute de reins à faire pâlir d'envie... euh... moi, présentement. Pour ne rien gâcher, sa jupe taille haute galb... ah, on n'est pas dans un magazine féminin ici ? Bon, et la musique alors dans tout ça ? La jeune femme, dont le travail est soutenu par Tom Waits, délivre un folk simple mais subtilement mis en valeur sur scène par les deux choristes sus-citées dont les minauderies vocales donnent à l'ensemble une agréable sonorité sixties et acidulée. Quand ces dernières quittent la scène afin que Jesca profite seule de son final, ses morceaux perdent d'ailleurs un peu de leur charme. Jesca, oops.

Pendant que Vv se dévoue pour aller me chercher une bière - il faut bien que je me remette de toutes ces côtes et de la frustration de n'avoir pas pu me jeter sur Jesca pour lui arracher ses chaussures avec les dents -, j'essaye de conserver ma place au premier rang, mais la dispute qui éclate entre certains photographes me convainc de la céder. Je garde quand même un oeil sur eux au cas où une bagarre à coups d'objectifs à trois mille euros dans la face éclaterait - ça pourrait lancer ma carrière de journaliste sportive, qui sait. Malheureusement pour moi, le calme semble revenir. Une autre fois peut-être ?
Pendant que la colère grondait dans la fosse, les trois filles de Trash Kit ont mine de rien eu le temps de s'installer de l'autre côté. Je découvre leurs costumes avec amusement : Ros Murray, ex-bassiste d'Electrelane, a l'air d'avoir quinze ans dans son costume d'Halloween tandis que Rachel-la-guitariste traîne son short de catcheur et ses chaussettes sur le sol poussiéreux et que Rachel-la-batteuse semble avoir pioché n'importe quoi dans son dressing avant de partir pour Paris. Et leur musique s'avère aussi colorée que leur accoutrement : mélange primaire de punk et de power-pop puérile, leurs morceaux fracassants réjouissent l'assemblée en aussi peu de temps qu'il en faut pour l'écrire. C'est le cas de le dire : les chansons durent parfois à peine plus de trente secondes, mais elles sont si énergiques qu'il n'en faut pas plus pour retourner la salle. Ça danse à ma gauche, ça remue les cheveux à ma droite, et j'ai moi-même une irrépressible envie de sauter partout en hurlant. Mais ça, Rachel-la-guitariste ne manque pas de le faire. Rachel-la-batteuse, qui l'accompagne au chant, frappe tout ce qu'elle peut sur ses fûts, mais toujours avec dignité : pas de mimiques constipées indiquant que "oh là là, regardez comme c'est difficile, ce que je joue", mais au contraire un air amical qui lui donne d'ailleurs un curieux air d'Ellen Page, ce qui a le mérite de la rendre immédiatement sympathique à nos yeux. Le prototype de la copine un peu folle, quoi. Ros reste d'ailleurs très près d'elle pendant tout le set, comme si elle avait besoin d'un soutien bienveillant pour être rassurée. De la même façon, elle ne s'adresse jamais directement au public, mais transmet ses remarques à Rachel-la-guitariste afin que celle-ci les répète dans le micro : "Ce concert est dédié aux queers !" C'est qu'elles ont des balls, ces filles-là.

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John & Jehn

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Ah qu'il est difficile de faire le report, et donc la critique d'un groupe dont vous connaissez l'album de bout en bout pour l'avoir fait tourner sur votre platine ad nauseam ! Time Of The Devil, qui a contrario de ce qu'il proclame, m'a apporté lumière et énergie positive en cette fin d'hiver interminable, m'est apporté sur un plateau ce soir par ses deux instigateurs lovers. Je suis presque nerveuse. Comment vont-ils parvenir à jouer cet album qui hésite mille fois entre influences gainsbouriennes et eigthies flamboyantes ? Comment équilibrer les différents plans, la voix très présente, les claviers dominants ? Cette question, John & Jehn ont dû se la poser en long et en large avant l'un de leur premier live sur ce nouvel album. Et pour l'instant, si l'équilibre des forces n'est pas encore résolu, le duo semble parti pour s'envoler très haut.
Après deux premières parties dont Emeline n'a pas raté une goutte, abonnée aux premiers rangs des photographes, le duo sexy se mêle aux roadies pour installer le matos, nous laissant entrevoir une impatience dopée à l'adrénaline. Les fans de la première heure sont présents, hypnotisés par la présence magnétique de Jehn, le regard intense braqué sur la console. Cette fille-là n'a pas fini de nous en faire voir. Arrive une blondinette pailletée de la tête aux pieds que nombre d'entre nous reconnaissent : Maud-Elisa alias Le Prince Miiaou empoigne ce soir la guitare pour accompagner J & J, auxquels s'ajoute un batteur goguenard, remplaçant les boîtes à rythme que les Franco-Londoniens utilisaient à leurs débuts.

Shades et Vampire inaugurent le set. Pas mes préférées je dois dire. Le public qui (malheureusement pour lui) ne connaît pas ces nouveaux titres reste statique, les deux lovers pourtant bien décidés à nous faire vibrer. Avec une production aussi léchée sur l'album, il était évident que le son allait en prendre un coup. Et si J & J ont décidé d'un parti pris, c'est bien celui de sonner rock jusqu'à la distorsion. Ce choix prend tout son sens avec Ghost qui atteint enfin le public apathique par la puissante interprétation de Jehn et une énergie brute à donner la chair de poule. Bien différente de la version studio, et à bien des égards plus réussie. Le charme semble se prolonger, et je commence sérieusement à prendre mon pied, oubliant presque ma mission de la soirée pour me perdre un peu dans l'univers de B.O. du duo sexy... Suit le single Time For The Devil, comme l'annonce un John à la voix grave et profonde, finissant de connecter le groupe et la salle pour un moment électrique à souhait. Make Your Mum Be Proud, extrait de leur premier album, se termine avec une Jehn épique, lançant son "Proud !" à la foule emballée qui finira par le scander en cœur, comme le slogan d'une campagne largement plébiscitée. Ce que je trouve particulièrement intrigant et qui me tiendra en haleine comme bon nombre de fans ce soir, c'est cette alchimie discrète mais prégnante entre les deux (excellents) musiciens. Ils n'auront pas un geste évident l'un envers l'autre, mais les regards et la sourde tension entre eux alimentent l'énergie presque sexuelle de ce live. Et leurs "accompagnateurs" de ce soir se mêlent sans accroc à cette sauce bien dosée. Dommage que la balance leur ait joué des tours ce soir. Sur Oh My Love, la voix de Jehn reste à peine audible alors qu'elle devrait occuper tout le premier plan avec les claviers sixties, eux non plus pas assez poussés. Ces détails pourtant prégnants pour n'importe quelle prestation en live s'oublient presque face à l'évidence de leur talent. Après un rappel pour la forme, le groupe finira en beauté avec Shy, petite merveille eighties à mourir, qui réussira le miracle de faire remuer le public de la Maroque, conquis une nouvelle fois par les amants terribles de London Town.

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LFSM #2 : Soap & Skin

Soap & Skin, Festival Les Femmes S'en Mêlent, Paris, l'Alhambra le 24/03

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Je descends le canal Saint-Martin un peu lasse mais le cœur léger après la folle soirée de la veille à la Maroque (fantastique Jessie Evans !). Je sens que ce festival va laisser quelques traces indélébiles sur mon esprit en quête de nouveauté. Au programme ce soir : la très sombre Autrichienne Soap&Skin. Je frissonne à l'idée de me plonger dans l'univers gothico-dramatique de la très jeune Anja Plaschg. Mais la soirée commence par une agréable surprise. A l'Alhambra, nouvelle salle à quelques encablures de République, il y a des sièges ! J'ai l'impression que vous me trouvez futile là tout de suite. Bon, j'avoue qu'on ne fait pas le job le plus difficile de la terre, mais pouvoir se vautrer (avec dignité tout de même) dans des fauteuils pour assister à un concert qui a priori, mais c'est juste une spéculation bien sûr, ne va pas provoquer danse extatique et autres pogos, et bien c'est un luxe incomparable. Très bien, j'arrête là les considérations purement pratiques, mémé est contente, passons à la première partie.

Voila Jack November, frêle jeune fille allemande, qui, on va le découvrir très vite, partage bien plus que la "germanité" avec Soap&Skin. Maintenant, je vais vous demander un petit effort de mémoire. J'en suis certaine, vous avez regardé le Dracula de Coppola un nombre incalculable de fois dans votre période gothico-romantique (c'était avant le Emo), alors vous vous rappelez très bien la scène où Lucy (la copine rouquine a tendance chaudasse de Mina) se fait envoûter par Dracula devenu loup-garou, et finit sauvagement travaillée sur un banc de pierre dans le fond du jardin. Hein ? C'est de la musique que je parle, soyons un minimum précis voulez-vous ! Jack November de sa petite voix fragile réalise un set minimaliste avec orgue et sons synthétiques. C'est aérien, et dark à la fois, et je m'enfonce subrepticement dans mon fauteuil. Je résiste, me claque la cuisse, Vv ouvre les yeux !  Ah, c'est déjà fini. La jeune blondinette quitte la scène sans un mot. Les lumières se rallument, le public un peu déstabilisé se précipite sur le bar. Trop bien installée pour risquer la déconvenue d'un vol de place, je griffonne quelques notes et me perds dans la contemplation de mes concitoyens, un peu hagards il me semble, dans une configuration de salle à l'ancienne. Sur scène trône un rutilant piano à queue, un ordi portable posé sur le dessus. Soap&Skin joue ce soir accompagnée d'une formation à cordes. Ceci explique cela, j'imagine.

Et bien heureusement que nous étions assis. Si j'ai écouté Lovetune for Vacuum avec attention, prenant la mesure d'un talent presque indécent pour son jeune âge, je ne m'attendais pas à une performance d'une telle intensité. Les artistes revendiquent tous d'exprimer leurs émotions, leurs sentiments les plus profonds dans leur musique, et c'est parfois le cas. Mais Soap&Skin déballe tout, se met complétement à nue, exprime ce qu'il y a de plus sombre, violent et immoral en elle. On a qualifié sa musique de Dark Folk, pourquoi pas. C'est simple, la base de son travail est un piano/voix comme il en existe beaucoup. Tori Amos, Cat Power ou Emily Haines dans les plus récentes, se sont frottées à ce genre légèrement rébarbatif à mon goût. Anja, elle, ajoute une dimension organique à ce combo. Des sons de basses très puissants se déversent sur nous, accompagnés par le quintette (contrebasse, violoncelle, deux violons et une trompette). Sans parler de son incroyable voix à la douceur rauque et puissante, soutenue par un effet de réverbe permanent. Elle va passer tout le live derrière son piano, enchaînant les titres tous plus bouleversants les uns que les autres : tristes comptines avec Sleep et Spiracle, valses désespérées sur The Sun et Thanatos. Cette fille prend aux tripes avec cette rage contenue qui explose de temps à autre. Elle se lève brutalement de son piano, tangue sur ses frêles jambes, lâche un hurlement. Comme si ce concert remuait trop de choses en elle. La lumière vire soudain au rouge. Je vous parlais du Dracula de Coppola, nous sommes à la fin du film. Le soleil se couche, c'est la course-poursuite contre la mort. Soap&Skin exécute une danse macabre martelant son piano dans les graves pendant quelques minutes foudroyantes pour un morceau inconnu (peut-être DDMMYYYY retravaillé). Je ne sais pas quelle a été l'enfance de cette jeune femme mais à la lumière de cette rage inouïe, on ne peut qu'envisager le pire. Pour le dernier morceau, la bien nommée Marche Funèbre, elle se lèvera de son piano, et viendra nous affronter. Ce titre époustouflant sur l'album, prend toute sa mesure ce soir, porté par la prestance de cette chanteuse, dont la voix déraille parfois légèrement, ce qui m'émeut au plus haut point, je ne m'en cache pas. J'ai senti les larmes me monter aux yeux à plusieurs reprises durant ce concert. J'ai fini par en laisser couler quelques-unes lorsqu'à la fin, elle est revenue sur scène emmitouflée dans un grand sweat noir. Elle ne prononcera que d'inaudibles "Thank you" au public ovationnant son talent brut. Le regard perdu, comme si elle s'était trompée de pièce dans une immense maison de campagne.

Je suis repartie sonnée. Le canal a viré au noir huileux, tout comme mon esprit. Par endroit, quelques taches de lumière se sont collées sur ma rétine éblouie malgré toute la noirceur de cette personnalité hors norme qu'est Anja Plaschg. Un grand moment du festival.

credits photos : © Sarah - Le HibOO

LFSM #1 : Jessie Evans + Lonelady

Jessie Evans + Lonelady, Festival Les Femmes s'en Mêlent, Paris, La Maroquinerie 23/03

Première soirée du Festival LFSM, le boss m'envoie sur le terrain "Vv pour toi ce sera Jessie Evans". J'acquiesce sans protester, car c'est aussi ça le job de dévouée serviteur à la cause du Rock. En temps normal, je me renseigne un minimum sur l'artiste dont je vais juger la performance, c'est le b.a ba me direz-vous. Mais parfois, on se met dans la peau du spectateur lambda qui venait peut-être ce soir pour voir Lonelady et ne connaissait Jessie Evans ni d'Eve ni d'Adam. Je ne sais pas pourquoi mais ce nom m'évoquait une énième chanteuse folk à guitare sèche, et je ne m'impatientais pas vraiment à la perspective de chroniquer une prestation sans surprise (note pour plus tard : se racheter une intuition).

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Ébullition dans la salle, je me fais la remarque qu'il y a bien du monde pour une première partie peu ou pas connue. On installe des étoiles dorés dans le fond de la scène, comme un mini-décor improvisé à la va-vite. Un homme aux airs de Clark Gable fait son apparition, le look jazzman des années 20 impeccable jusqu'au bout des souliers. Il s'installe à la batterie. Suit une femme chapeautée jazzy elle aussi, qui prend place derrière des percussions installées de l'autre côté de la scène. Les lumières baissent, roulement de tambour. Déboule alors une véritable show girl comme on n'en croise peu, Jessie Evans va tout casser. Vêtue d'une combinaison qui la transforme en femme serpent, fardée comme une danseuse du carnaval de Rio, et arborant avec fierté ce qui semble être un coquillage géant à facettes sur son crâne, la diva entame une danse endiablée.
Joséphine Baker Vs Lizzie Mercier Descloux, voila comment je définirais le phénomène Jessie Evans, qui s'avère Oh surprise ! être une saxophoniste de génie. Mais de quoi on parle ? Après concertation, je dirai Afro Disco Punk. Sur une bande aux sonorités synthétiques avec une basse dominante, se déchaîne à la batterie notre impeccable Clark Gable, soutenu par les percus qui donnent cette touche afro à faire remuer tous les derrières du 20ème arrondissement. Là-dessus se plaque la voix grave de Jessie, assez proche de Glass Candy par bien des aspects, alternant avec ses performances notoires au sax et au levage de jambe (la droite surtout). Mais mettre des mots sur cette musique n'est pas si aisé à vrai dire. Il manque un pan entier du show.
En effet, on se retrouve par moment au milieu d'une course poursuite de bagnoles dans Lost Highway, le rythme est haletant, les coups de freins sauvages. Lynch adorerait Jessie Evans, cela ne fait aucun doute. Car la dame chante aussi bien en anglais qu'en espagnol, ce qui nous emmène Oh hasard ! dans le théâtre absurde et dramatique de Mulholland Drive. Angelo Badalamenti ne l'aurait certainement pas nié, cette sombre bande originale nous rentre dans le sang, et le public se déchaîne dans la danse. Voilà pour le côté obscur.
Car à l'inverse, la femme serpent semble toute droit sortie d'un cabaret burlesque comme il s'en est recréés par dizaines dans son San Francisco natal. De la Californie à Berlin où elle vit aujourd'hui, il manque un détour par Mexico, où elle semble avoir puisé les notes très opérettes de son univers punk, disco et absolument branque !
Au bout d'une heure de show épique, on est forcés d'admettre que l'émerveillement est une denrée rare aux abords des salles de concert parisiennes. Alors quand il apparaît gaiement aux premiers jours du printemps, la foule s'emballe comme un seul homme pour le célébrer en ululant de plaisir! Et avec une Jessie Evans se jetant furieusement dans la foule pour danser comme si sa vie en dépendait, nous avons eu une belle démonstration de ce qu'il est encore possible de créer dans un monde musical où même l'indé se révèle souvent incapable de produire des lives véritablement intéressants. Si la Show Girl passe dans votre coin, n'hésitez pas une seconde, c'est pour votre bien.

lonelady_rebecca_miller_4Il semblerait que l'ego si sensible et pourtant tellement sur-dimensionné de votre cher Akitrash soit passé complétement inaperçu aux yeux de la belle Vv, totalement happée par la prestation reptilienne d'une Jessie Evans hors-de-contrôle. Mon charisme aurait-il perdu de son prestige ? Peut-être, à l'égal de nos attentes envers la jeune mancunienne, dont le passage sur les planches était plus qu'attendu après la surprise de son Nerve Up qui fait toujours surchauffer nos platines.
Première déception, ce live s'entame par un cafouillage dû à un ingé son un peu maladroit, l'équalisation des instruments est mal fichue, volume de micro trop bas, tambourinage de batterie excessif... If not now apparaît comme un ratage total. De plus Julie Campbell apparaît crispée comme jamais et déjà exténuée le morceau à peine terminé. Ça ne sent pas vraiment bon, tout ça. Le public, pourtant là pour elle, l'acclame comme jamais alors que la petite demi-heure qui suivra, la magnétique rouquine s'enfermera dans un mutisme absolu, enchaînant l'un après l'autre les morceaux de son album, qu'elle interprétera néanmoins avec une rigueur extrême.
Cela dit le spectateur s'attend lui à autre chose qu'à une vague resucée des 10 titres qu'il écoute inlassablement depuis plus d'un mois et espère une prestation scénique à la hauteur du prix de son billet. Cependant pas de Cattletears pour se consoler, seulement un Bloedel, face B pas tellement convaincante du pourtant sublime single Intuition. Quelle excuse trouver à Lonelady qui entame sa tournée européenne par ce concert statique, avec seulement quelques arcs électrisants comme sur Marble, qui réflexion faite, pourrait devenir le prochain must-ear de la mystérieuse Miss Campbell.
Mais c'est sans adieu que le trio quitte les planches, nous laissant avec désamour, désillusions et un manque concret de conviction sur cette prestation. Pas de rappel, et que la lumière fut ! Le public est invité de ce pas à éjecter, direction maison. Même si je fus très largement déçu comme la plupart de mes voisins qui s'en allaient en bougonnant, je savais malgré tout dans mon petit cœur que je laisserai une seconde chance à cette jeune artiste sur laquelle repose tout le poids d'une génération qui ne souhaite pas mourir, mais cette question ne plus rester à jamais en suspens : "Fear no more", réellement?

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On y était - BATTANT

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Battant tabasse.

Samedi soir à la Maroquinerie, on trépignait tous d’impatience en attendant le magnétique trio anglais, Battant, qui sont précédé par une réputation de lives fiévreux, pratiqués intensément dans le East London ces deux dernières années. Autant dire que ça tapait du pied sévère en se cognant le slow show de Telepathe en première partie.

Est-ce qu’on espérait trop?

Battant et sa chanteuse androgyne Chloé Raunet fait son entrée sur trois titres planants et prometteurs d’une suite plus énervés (Mark Twain, The Butcher et Rerinse). Arrive le tubesque Radio Rod et c’est à ce moment précis que je me dis qu’il manque quelque chose, non seulement sur cette scène un peu vide, mais surtout dans le son sec envoyé par la boïte à rythme : une batterie! S’il est vrai que Battant mélange et emmêle à merveille leur rock d’une grave empreinte newwave/coldwave fonctionnant parfaitement sur leur album, le live se montre un peu chiche en matière de gros son que nos oreilles affamées réclame ce soir-là.

Cette impression de manque s’estompe une fois envoyé Socket, le titre le plus rock de leur premier album. A ce moment,  la salle (franchement empotée) se laisse gagner par le rythme frénétique et le chant fiévreux « Plug the TV into his mind » de Chloé. Un peu poseuse selon certains, elle se montre parfaitement maîtresse de ce live, oscillant entre séduction et fuckoff attitude, se balladant avec sa Kro entre ses deux acolytes Tim Fairplay et Joel Dever, l’un grattant frénétiquement sa guitare et l’autre plié en deux devant son clavier.

Final au top!

Heureusement pour nous, le meilleur arrive : le trio envoie la furie punk/horror du titre Human Rug, cascade de riffs et arabesques moyen-orientales dissonantes. Les « mini-battant » à la coupe garçonne clonée de Chloé secoue leur mèche de cheveux devant leurs yeux fermés, parties dans une transe aux accents vaudous.

Finalement, c’est aussi ce que le public demande ce soir : avec une signature sur le label de la night Kill the Dj , on a qu’une envie, c’est que Battant nous fasse danser ! Vœux exaucé à la fin du rappel avec le bonus track festif Jump’up, morceau volontairement absent de leur premier album, et qui, selon toute vraisemblance, aurait pu les propulser dans les charts, au même titre que les Ting Tings. Mais les trois Battant en aurait décidé autrement, désireux de tracer leur propre voie dans un genre défini par eux-mêmes.

Ce soir-là on a presque oublié tous les groupes à chanteuse charismatique (oubliée Karen O, oubliée VV!). Le live de ces londoniens pur jus nous a prouvé qu’on pouvait mélanger sans scrupules autant de genres, très noirs et très dansants, que d’émotions en 55 minutes.  Il est certain que l’on trépignera en attendant leur retour sur nos scènes.

Virginie Polanski!

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