Suzanne The Man l'interview

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Le premier avril dernier, à l'occasion d’une soirée organisée par Les Boutiques Sonores - relatée en mots et en images par ici - nous avons rencontré le duo Suzanne the Man, histoire de faire un peu mieux connaissance avec Suzanne Thoma (chant et guitare) et Sonia Cordier (violoncelle), en plus de partager l'avenir proche du groupe qui tend à convertir bientôt son EP Let’s Burn sur un plus long format. Et il est à peu près certain que Suzanne que l'on avait découverte avec Octet et que l'on a récemment entendue sur le magnifique EP de King Q4 (à écouter ), n'est pas prête de s'arrêter en si bon chemin. En même temps si loin et si proche de leurs univers musical respectifs, la folk intimiste des enthousiasmantes duettistes se love, aussi bien sur scène que sur disque, au creux de nos oreilles et ce avec une grâce qui n'a d'égale qu'un dénuement bien senti des arrangements, laissant libre court à la voix au timbre gracile et chaleureux de Suzanne. Alors inutile de résister, dehors, il fait encore froid.

Vidéo


On y était - Suzanne The Man & Villeneuve

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Suzanne the Man, Villeneuve, Jonjo Feather, Paris, la Flèche d'Or, le 01 avril 2010

Un premier avril comme un autre, un soir de Flèche d'Or. Comme annoncé dans ces pages au cours d'une interview fleuve, Benoît de Villeneuve nous y a donné rendez-vous dans le cadre parfait d'une soirée organisée par Les Boutiques Sonores. L'esthète-producteur vient présenter son dernier-né, Dry Marks of Memory, entouré de musiciens réunis exceptionnellement pour l'occasion. Notre petite troupe d'Hartziners se rejoint un brin à la bourre, 19h30, le temps de mettre en boîte l'interview du duo folk Suzanne the Man, puis d'assister dans un silence de cathédrale à la prestation altière et intimiste de Sonia Cordier (violoncelle) et Suzanne Thoma (chant et guitare). On retrouve cette dernière sur une poignée de morceaux de Benoît de Villeneuve, remplaçant avec virtuosité les voix que l'on croise sur Dry Marks of Memory. Décochant ses merveilles avec une célérité qui n'a d'égale que sa minutie, d'un Words of Yesturday de haute volée à un époustouflant Death Race, Villeneuve rend tangible à nos oreilles sa fabrique d'onirisme pop-électro, laissant en suspens - l'espace de quelques instants de grâce symphonique - nos préoccupations surinées d'un quotidien obnubilant. Il reviendra a Jonjo Feather, du haut de ses vingt-et-un ans et de son album Is Or Ok, dont la sortie est prévue le 10 mai prochain, de conclure la soirée sur une touche pop romantique mâtinée de guitares crasses. Reçu trois sur trois, ci-dessous la preuve par l'image.

Video

Photos

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Villeneuve l'interview

l_f0d8101ed14d4e27a2ae10338e1bad2cBenoît de Villeneuve, dont le magnifique et déjà classique Dry Marks of Memory est paru il y a peu, nous a accueillis chez lui pour une entrevue où il nous parle de ses influences, de ses compositions et de ses projets. Installés dans l'un de ses canapés aussi confortables que vintages, entourés de livres (dont l'excellent No Wave de Thurston Moore et Byron Coley), de pochettes de vinyles minutieusement accrochées au mur et de piles de cd charriant l'équilibre, nous laissons cet érudit passionné nous ouvrir les porte de son univers musical. Et c'est avec un plaisir non dissimulé que nous le retrouverons sur scène, en compagnie des Canadiennes de Suzanne the Man et de l'anglais Jonjo Feather, le 01 avril prochain à la Flèche d'Or lors d'une soirée organisée par nos amis Les Boutiques Sonores.

A cette occasion, et pour mesurer à sa juste valeur l'une des trop rares apparitions scéniques de Benoît de Villeneuve, nous nous associons avec Les Boutiques Sonores pour vous faire gagner deux places de concerts et deux exemplaires deux exemplaires du maxi vinyle Death Race (Edition limitée, 2009). Pour ce faire, rendez-vous ici.

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On y était - Chokebore

Chokebore, Festival Super Mon Amour, 19 février 2010, la Maroquinerie.

Chokebore.(c) Magali Boyer / www.magaliboyer.com

Il est très difficile de conjuguer rigueur journalistique et amour de jeunesse. Forcément, lorsque j'ai su que Troy Von Balthazar, James et Jonathan Kroll et Christian Omar Madrigal Izzo reformaient Chokebore, ce fut l'immédiat branle-bas de combat dans ma boîte crânienne déjà perturbée. Peut-être l'unique occasion de les revoir, de sentir à nouveau cette énergie brute s'éprendre de mes membres, peut-être aussi la dernière occasion de les rencontrer, de leur poser les mille questions qui se bousculent au portillon de ma jeune conscience professionnelle. Que dire aussi de cette sensation étrange de les avoir quitté hier et de les retrouver sept ans plus tard. Flash temporel, j'étais parmi ceux qui, un soir d'avril 1998, dans la petite salle du Chabada d'Angers, avaient tutoyé les cimes de l'ivresse rock dans un concert bouillonnant et agressif comme je n'en ai plus revu depuis. J'avais dix-huit balais et le groupe présentait son quatrième disque, presque à domicile, Black Black ayant été enregistré par Peter Deimel au studio Black Box d'Angers fondé par le regretté Ian Burgess. La fatigue de tournées interminables ne se lisait pas encore dans leurs yeux. Disponibles, emprunts d'une générosité sans pareille, le groupe ne rechignait pas à discuter avec les quelques fans restés après le concert. J'en étais bien sûr, muni de l'intérieur du livret de Montionless, voyant Troy s'envoler à la renverse, photocopié en A3. Ils s'en étaient amusés, chacun d'entre eux gribouillant, à mon plus grand plaisir, diverses annotations. Troy, lui, avait ajouté une légende à cette photo le représentant. Quelques mots gravés au fond de ma rétine pour un long moment : i'm jumping for my life and i hope i make the landing. Un condensé de ce qu'était Chokebore à mes yeux ébahis : entre décharge d'électricité frustre et romantisme d'une voix profonde et torturée, entre sagacité des mélodies et coloration d'un vide existentiel. Le gris terne, celui du doute adolescent, qui se trouvait là constellé poétiquement d'émotions pures, sans concession dans leur entièreté.

Et puis, ces concerts, qui ont fait leur nom, ont fini par les lasser. Troy le premier, désirant quitter les mers démontées de la distorsion pour gagner, seul, la quiétude de la composition acoustique. It's a miracle clôturait une discographie, dont il sera bientôt question dans ces pages, avec ce morceau de bravoure, sans appel, She Flew Alone, dernier ressac acrimonieux du groupe avant l'éclatement et la dispersion. Chacun poursuivit alors ses propres chemins de traverse, Troy vivotant de part l'Europe, la guitare sous le bras, Jonathan installé à Berlin, se consacrant à sa peinture et à sa famille. Rien ne laissait supposer que la porte à une reformation demeurait entrebâillée. Rien, sauf peut être entendre Troy chanter, seul face au public, uniquement muni de sa guitare et de quelques pédales d'effets, certains morceaux d'A Taste For Bitter et de Black Black. L'essence de Chokebore a toujours coulé dans ses veines, il l'admet, et c'est au moment où l'électricité le démangeait de plus en plus que l'idée s'est imposée d'elle même : retrouver son groupe, faire quelques concerts, prendre du bon temps et temporiser pour la suite. Pas une promesse mais bien une une perspective. C'était sans compter sur l'engouement qu'une telle décision allait provoquer pour un public qui n'a rien oublié d'eux, et qui, au contraire, s'est même élargi. En ce 19 février à la Maroquinerie, on croise aussi bien des jeunes têtes blondes que de vieux briscards de la scène indé. Cette date unique en France (pour le moment) fut annoncée début novembre. Quelques jours suffirent pour que le concert affiche complet. Comme on dit dans le jargon propre à ce week-end de festivités, c'est une SUPER ! bonne pioche. Une de plus.

Ce n'est qu'en janvier que l'on sut que le "Chokebore + guest" s'était converti en "Chokebore + Prince Miiaou". Chat échaudé ne craint pas toujours l'eau chaude, dire que j'ai volontairement évincé le Prince Miiaou ne correspond pas à l'exacte réalité des choses. Et ce malgré la prestation tout en contrastes de Maud-Elisa Mandeau lors du Mo'Fo' 2010. Happé par la mise en boîte captivante de l'interview de trois des quatre Chokebore, James, le bassiste, ayant préféré laisser son frangin répondre en son nom, je mets un certain temps à rassembler mes idées, fatalement submergées par la générosité et la simplicité qui se dégagent de leurs regards et de leur paroles rassérénées. Je les quitte, un brin ailleurs. Le Prince Miiaou, imposé par Chokebore au programmateur du festival, débute son set, le temps pour moi d'aller épancher ma soif et mes premières impressions sur un coin de comptoir salement fourbi. Quelques minutes s'évanouissent entre regards étourdis et bouts de cigarettes rougeoyants et c'est dans une drôle de cohue que je pénètre dans une Maroquinerie pleine à craquer. Le public est bigarré, venu des quatre coins de l'hexagone pour l'événement, formant une masse compacte et indistincte se répandant dans les moindres recoins de la salle. La tension est palpable jusqu'à l'étincelle, l'embrasement qui s'empare comme un seul homme de l'assistance lorsque la lumière décline. Troy et Jonathan (guitare) prennent place, le sourire aux lèvres, suivi de près par James et Christian (batterie). Le groupe est dans sa configuration d'A Taste for Bitter (1996), ce qui explique le peu de morceaux joués extraits des deux précédents albums (Motionless, 1993 et Anything Near Water, 1995).

Troy, de son rire reconnaissable entre tous, avoue être content d'être là, remerciant déjà la foule de sa bienveillance, signe qu'ils ne se reforment pas pour rien. We're going to have fun tonight siffle-t-il entre ses dents que déjà les accords acérés de Ciao L.A. retentissent dans toutes les caboches d'une assistance déjà conquise. Un morceau d'entame tout sauf anodin puisque son refrain était le signe d'un groupe qui en avait assez de s'époumoner sur les routes... I'm looking back against the tour of Black Black... Ils reprennent les choses là où ils les avaient laissées sept ans plus tôt, égrainant fiévreusement deux morceaux d'It's a Miracle dont Little DreamA Taste For Bitter puis Popular Modern Themes insinuent dans leur registre différent la marque de fabrique de Chokebore, cette faculté à ériger la tristesse et la mélancolie en moteur à explosion. Les têtes hochent, les lèvres dessinent les paroles de chaque couplet, refrain, les yeux se ferment, s'écarquillent. Narrow et la basse saisissante du fantasque James remuent les premiers rangs quand Days of Nothing, de son chant désabusé repris de mille voix, suggère dans la moiteur environnante la magnificence du désespoir amoureux. S'ensuit le moins connu, Sections, enchaîné à un She Flew Alone tout en intensité dramatique, présent sur Strange Lines EP , que certains prendront pour ce qu'il n'est pas à savoir une nouvelle composition. Troy, le visage inondé de sueur, commence à demander les faveurs du public pour la suite à donner au set. Il joue, le groupe suivant rigoureusement sa setlist pré-établie, mais c'est avec un amusement non feint qu'il reçoit l'entière discographie de Chokebore criée à la volée... Jonathan glisse un arpège et Police s'étire alors dans toute sa fragilité du long de ses sept minutes, laissant à chacun un répit de circonstance.

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(c) Magali Boyer / www.magaliboyer.com

La guitare ciselée de Bad Things puis la rage écorchée d'Alaska électrisent à nouveau un public de plus en plus chancelant, la température monte irrémédiablement, quand Person You Chose finit de me convaincre que ce concert est en courant alternatif, le groupe ayant choisi d'alterner ses morceaux les plus doux et mélancoliques à ceux les plus durs et revêches. Exemple encore avec It Could Ruin Your Day, où Jonathan prend un malin plaisir à faire pleuvoir les décibels, et The Perfect Date et son rythme poisseux qui concluent un set semblable à une succession de sauts de haute voltige. La foule suintante exhorte le groupe à revenir, les applaudissements tempêtent et c'est James le premier qui réapparaît. Il rigole, plaisante avec le public, et reprend sa basse entonnant les premières notes du déglingué One Easy Pieces à la puissance mélodique de feu. Immédiatement après, Troy promet a good depressive song, celles qu'il affectionne tant, et c'est You Are the Sunshine of My Life qui caresse mes oreilles le temps d'un flirt avec l'absente, celle qui enchante mon être, aujourd'hui lessivé de satiété. A concert exceptionnel, final d'anthologie, les premières notes sibyllines de Coat font naître un émoi hors du commun dans la salle, avant que celle-ci n'explose littéralement dans un déluge sonore non loin du chaos. Troy brandit sa guitare d'une main, salue la foule, remercie avec émotion chacun d'entre nous, Christian, ruisselant de sueur, jette ses baguettes au milieu d'un public pantelant. Les lumières bousillent les yeux, hébété je regarde mes pieds, personne n'ose s'en aller. Le trop plein d'émotions se dissipe dans le silence du chacun pour soi.

Pour l'occasion de cette mini tournée européenne, le groupe a compilé quelques titres rares ou en version inédite. Je cherchais des yeux ladite compil' à l'entrée, ne trouvant que Les, fidèles au poste, Boutiques Sonores, et c'est Troy, Jonathan James et Christian, revenant ensuite sur scène, démunis d'instruments mais les cartons bien pleins, qui en assurent eux-même le merchandising. Chose étonnante pour le quidam mais qui ne me surprend pas. Ces quatre là ne font pas de la musique comme tout le monde, ils aiment le contact et s'en nourrissent, avec enthousiasme.

Pour le moment, nous disent-ils, rien n'est planifié. Il se murmure que cette tournée peut leur donner envie de concrétiser discographiquement ce retour. Et à lire le statut facebook de Troy - TvB damn good chokebore shows. My mind is blown out of my head hole. So happy to play with the chokebore again ! - c'est en bonne voie. Chokebore est de retour. Qui a dit que 2010 commençait mal ?

Thibault

Merci à Troy , Virginie, Florent pour son aide et son magnifique travail sur le site du groupe ainsi qu'à Magalie pour ses instantanés de toute beauté.

Set list

Ciao L.A. (It's a Miracle)
Little Dream (It's a Miracle)
A Taste for Bitters (A Taste for Bitters)
Popular Modern Themes (A Taste for Bitters)
Geneva (It's a Miracle)
Narrow (A Taste for Bitters)
Thin as Clouds (Anything Near Water)
Days of Nothing (A Taste for Bitters)
Sections + She Flew Alone (Strange Lines EP + It's a Miracle)
Lawsuit
Police (It's a Miracle)
Bad Things (Anything Near Water)
Alaska (Black Black)
Get Blonder aka Wicked Wendy
Person You Chose (It's a Miracle)
It Could Ruin Your Day (A Taste for Bitters)
The Perfect Date (Black Black)
------
One Easy Pieces (A Taste for Bitters)
You Are the Sunshine of My Life (Black Black)
Coat (Motionless)

Compilation

1 Pop Mod (demo version)
2. Ciao L.A. (alternate recording)
3. Sections (extended version)
4. You Are the Sunshine of My Life (live @ La Cigale)
5. Snow (live @ La Cigale)
6. I Love the Waiting (alternate recording)
7. Be Forceful (Strange Lines version)
8. Brittle and Depressing
9. Her Majesty (Beatles cover)
10. Person You Chose (demo version)
11. Pink Deluxe
12. Speed of Sound (acoustic version)
13. One Easy Pieces (live in Finland)
14. 29 Mile Wind
15. Throats


The Konki Duet / Suzanne The Man - Split EP

Les Boutiques Sonores, toujours à la pointe d’idées innovantes, réunissent dans le split, et nous proposent sur la même galette de découvrir les charmes diamétralement opposés mais néanmoins savoureux de Suzanne the Man et The Konki Duet. Ou comment passer du feu (de camp) à la glace (parfum mangue-banane) d’une face à l’autre.

konki1Découverte avec Octet, Suzanne the Man renvoie à l’élégance diaphane des premières mélodies de Chan Marshall, et rappelle ces chansons qu’on aimerait écouter un après-midi d’automne blotti  au coin du feu. Suzanne Thoma embrassant de sa voix mystérieuse et aérienne les accords fins, touchants et parfois ombrageux s’échappant de sa guitare. Partagé entre caresses chaleureuses (Leaves clap your hand) et complaintes folk lo-fi (Stargazing), Let’s burn se savoure comme de purs sentiments tendrement arrachés d’un cœur vertueux que l’on vous soufflerait au visage. Aussi tendre que les larmes d’un archange, la préciosité de la musique de Suzanne The Man séduit par la légèreté de ses arrangements et la poésie de ses textes. Un début des plus brillants.

suz1Certains voient uniquement en The Konki Duet le prolongement de la personnalité, ma foi très affirmée, de Kumi Solo. Mais ce trio féminin se révèle fascinant par son originalité et sa capacité à rebondir d’un essai à l’autre. Kumi, Tamara et Zoé endossent donc une fois de plus le costume d’idoles et plongent l’auditeur dans un rock synthétique dérivant sur des harmonies J-Pop. Mais bienheureux celui qui arrivera à leur coller une étiquette tant leur musique semble échapper à tout carcan prédéfini. Les orchestrations les plus folles leur sont permises, autant que les rythmiques downtempo auxquelles les jeunes femmes saupoudreront un brin de folie (Nothing but Love). On ressent parfois très fort l’influence de Cocorosie, mais aussi d’artistes nipponnes comme BoA. Et c’est dans cette mixité des genres que The Konki Duet prend tout sens, ne lâchant aucun compromis au profit d’une liberté créatrice audacieuse mais rafraîchissante.

Akitrash

Audio

The Konki Duet - Riff
Suzanne the Man - How the owl Sang Last Night

Traclist

Konki Duet / Suzanne the man - Split EP ( Les Boutiques Sonores Records, 2010)
Face A : Konki Duet
01. Riff
02. Isolee
03. Ensemble
04. Nothing But Love
05. Stereoland

Face B : Suzanne the Man
01. Leaves clap your hand
02. How the owl sang last night
03. Stargazing
04. Flourishing