Oiseaux-Tempête l'interview

Si la musique d'Oiseaux-Tempête est aussi évocatrice pour l'imagination - sur scène où le trio est plus qu'à l'aise, ou lors d'écoutes immersives et répétées à satiété - la clé de l'énigme est en partie à rechercher dans la composition originelle du groupe et la présence parmi les multi-instrumentistes que sont Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul - que l'on retrouve entres autres au sein de FareWell Poetry et Le Réveil des Tropiques (lire) - et du batteur Ben McConnell, du photographe et vidéaste Stéphane C. Mais un tel constat réduirait considérablement le prisme quant à l'appréhension d'une écriture ne se nourrissant du rock, de ses structures et de field recordings additionnels que pour inviter au voyage, au dépaysement, à la rupture concrète entre l'expérience visuelle et sensorielle d'une part et ses répercussions physiques d'autre part. En d'autres termes, Oiseaux-Tempête résonne comme un abandon de soi sur l'autel d'un post-rock qui s'ignore, revigoré et transfiguré, se jouant autant des silences inquiets que des bruits assourdissants. De la sorte, leur premier album éponyme, paru en novembre 2013 sur Sub Rosa et récemment réédité, s'est retrouvé à la lisière de la canonisation par la relecture des morceaux qui en ont été faite sur l'album Reworks sorti en avril 2014 avec Scanner, Saåad, Dag Rosenqvist et Harris Underwater de Do Make Say Think en têtes de liste. Alors que leur second album ÜTOPIYA?, prévu pour le printemps 2015, est en cours de fignolage, nous leur avons posé quelques questions embrassant aussi bien la genèse que le futur de ce projet à la voilure grandissante.

Entretien avec Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul

Oiseaux-Tempête2

Photos © Michael Ackerman

En préambule, pouvez-vous revenir sur l’histoire autour d'Oiseaux-Tempête, d’où le projet est parti et comment il a évolué ?

Frédéric D. Oberland : C’est parti de voyages en Grèce que j’ai entrepris avec Stéphane C., photographe et vidéaste, en 2011 et 2012. L’objet était encore totalement non-identifié quant à sa/ses formes possible et on imaginait que ce pourrait être autant un album de musique qu’un film-essai, des installations, des performances, etc. Entre deux voyages j’ai convié Stéphane Pigneul à se joindre à l'aventure, Ben est arrivé à la batterie dans les semaines qui ont suivi, on a commencé à répéter en formule trio, fait très vite un concert à l’arrache et sans nom. La magie était dans l’air et on a décidé de frapper à la porte du studio de notre pote Benoît Bel, Mikrokosm à Lyon, pour capter tout ça live, dans l’urgence. C’est sur ce cristal-ci que les contours du groupe se sont dessinés, et que Oiseaux-Tempête est né. On a construit le disque en incluant volontairement à nos sessions musicales des field recordings que nous avions enregistré en Grèce pendant nos voyages, et en expérimentant parfois avec des rushes hi8 ou des photos que Stéphane C nous projetait en studio. L'idée d'esquisser une bande sonore en prise avec notre quotidien, hallucinée mais ancrée dans le réel et ses enjeux, avec un grand lâcher-prise, une réelle empathie et de grandes espérances.

Stéphane Pigneul : Fred m’avait parlé de ce projet quelques mois avant, le décrivant plus comme une sorte de manifeste politico-poétique, ce qui m’avait réellement interpellé. A ce stade, il s’agissait plus de penser à une bande-son d’un éventuel film qu’il ferait avec Stéphane C. Tout cela est resté assez vague jusqu’à notre première répétition avec Ben, le batteur. Mais ce jour-là, les cartes ont été redistribuées d’une manière totalement inattendue. Il s’est passé quelque chose en studio. La banale jam s’est muée en improvisation quasi magique. Les fondations de notre musique ont été jetées en moins de trois heures. Hallucinant. Nous tenions quelque chose. Le groupe est né ce jour-là. Ça a eu, disons, pas mal de conséquences sur le projet.

Le nom du groupe fait-il référence à la perception que le public doit avoir de votre musique, à la fois création sonore et œuvre visuelle ?

F : Disons que Oiseaux-Tempête est notre nom-totem, notre nom d’indiens. Un vrai oiseau pélagique que l'on ne voit que lorsque la tempête arrive et menace les navires voguant en haute mer. Sur le registre poétique, Marie Richeux nous a récemment trouvé d'autres définitions d'oiseaux qu'on aime bien : "Ce peut être le vol de l’oiseau avant la tempête. Ou l’oiseau qui est une tempête. Ce peut être une nouvelle chose dont le nom s’invente, et prend le costume de deux mots que l’on croyait connaître, et qu'en fait on découvre. Comme on atteste de l’existence d’un nouvel être."

S : Oui merciiii Mariiiiie !

Votre musique est très cinématographique - la participation de Stéphane C. n'est d'ailleurs pas étrangère à cela. Pensez-vous, au moment de les composer, à une possible traduction vidéo de vos morceaux ?

F : Pas vraiment. C’est beaucoup plus simple et naturel que ça. Le fait de travailler autour de longues plages musicales, d’être à chacun à l’écoute d’un tempo commun, de jouer avec les vagues, les bruits, les silences, implique déjà nécessairement dans la musique elle-même une dimension d’étirement du temps, propice à la rêverie et aux images mentales. La puissance d’évocation du son, l’envie de créer une bulle. Plus spécifiquement, évidemment que les photos et les rushes hi8 que nous a projetés Stéphane C. en studio nous ont inspirés pour la création de notre premier album. On a fait sens et tête communes. De même pour l’utilisation des field recordings, ambiances, interviews qu’on avait capté là-bas ; il s’agit d’instantanés, de polaroïds sonores déjà chargé d’images: des bruits de ville, d’éléments, de manifestations, de processions, des sons du quotidien, des confessions personnelles ou publiques... qu’on a incorporés à nos improvisations musicales. On avait envie d’un album clairement cinématographique où l’auditeur voyage de territoires en territoires bien plus que de morceaux en morceaux. Et d’une forme de narration, subtile, avec un début, un milieu, une fin, fondée sur l'émotion générale, la fragilité, le sens.

S : L’idée originelle étant de composer une bande-son, et on pourrait croire que tout a été pensé dans ce but. Mais en fait pas du tout. On vient tous du rock, on partage  pas mal de groupes ensemble, notamment FareWell Poetry dont la majeure partie du répertoire est  composé de bandes originales pour les films de Jayne Amara Ross. Donc, je pense plus que notre façon de percevoir la musique en tant que couleurs, trames, images, ou du moins d’en créer, est plutôt inscrite dans notre ADN musical. Ce n’est pas du tout pensé. C’est instinctif.

D'un point de vue stylistique, ce serait faire injure à votre travail que de le réduire à la case vide post-rock. Entre improvisation rock et field recording, comment caractérisez-vous avec vos mots votre travail ? 

F : Evidemment que ce que l'on aime est au-delà des étiquettes, des niches, et des genres griffonnés sur des bacs vinyles, CD, ou discogs. Jamais facile de décrire son travail mais pour ma part, plus que d'abuser de préfixes, je dirais qu’on fait juste du rock, libre, instrumental, en jetant des seaux d’eau au ciel pour en faire descendre de la pluie.

S : C’est avant tout beaucoup de plaisir. La liberté doit être à ce prix j’imagine. La musique d’un groupe tient à son alchimie. C’est assez fragile en fait. Tire sur un fil et il se peut qu’il ne reste rien. C‘est exactement comme ça qu’on joue. Avec cette image en tête. Beaucoup de danger mais immensément de fun.

Sorti en novembre 2013, votre disque est instrumental - hormis certains extraits de discours non anodins - mais semble suggérer avec une certaine mélancolie l'écroulement d'un monde. Quelle est votre vision de celui-ci ? Est-elle essentiellement pessimiste ?

F : Partir en Grèce, c’était pour au final témoigner plus largement de ce que l’on connaît mieux. L'écroulement d'un certain monde, oui, ses fêlures, sa colère, ses interstices. En parler mais avec des mots qui n’en sont pas : des sons glanés, notre musique, les images de Stéphane C. Les contours de notre premier album étaient dans cet équilibre-là, entre ces éléments-ci. Alors, mélancolie, sans doute, mais avec beaucoup de lumière aussi, et la volonté de témoigner d'un espoir, de tenter une brèche, tout comme certaines personnes au grand cœur qu’on a rencontrés là-bas : sous le choc, dans le brouillard, mais avec le désir de s’en sortir, et par le haut. Plus largement, ce qu’on expérimente par chez nous est tout aussi flippant et on se dit qu’il y a nécessairement quelque chose d’autre derrière ce vieux monde qui agonise, non ? Quelque chose d'autre que des banques, des cures d'austérité, des fous de Dieu, des relents d'années 30 et la baston générale ?

S : Tu peux ouvrir n’importe quel Noise Mag à la page que tu veux, tu trouveras toujours un tas de crétins qui philosopheront sur la situation du monde dans la langue de Pif Gadget. C’est assez insultant pour les lecteurs, je trouve. Tu connais beaucoup de thésards avec une guitare électrique ? Moi bof, pas trop. On tente juste de retranscrire ce que l’on ressent avec nos mots à nous.

Oiseaux-Tempête-COVER

Photos © Stéphane C.

Vous avez chacun deux ou trois projets parallèles. L'art, la création, sont-ils un refuge, une antre solitaire ? Ou au contraire un vecteur d'émancipation pour essayer de changer ou de faire évoluer les choses ?

F : Stéphane et moi jouons ensemble, à côté de Oiseaux-Tempête, dans FareWell Poetry et Le Réveil des Tropiques. Stéphane a aussi un projet au long cours, Object, et de mon côté je joue également dans The Rustle of the Stars. Pour moi, ces lignes/groupes parallèles sont ultra importants quant à mon fragile équilibre. J’aime bien flirter avec les limites, physiques, temporelles, créatrices, endosser différentes redingotes. Ça évite une forme de routine, les projets se nourrissent les uns les autres, dans l’expérimentation, les rencontres, et tant qu’on peut mener tout ça de front sans trop de casse, je signe ! C'est à la fois un processus solitaire, évidemment, de comment tu te connectes à toi-même, mais c'est aussi collectif, l'envie un peu enfantine d'aller jouer à la mort avec tes potes, ces climax que tu n’attends pas, ces parties de fêtes…

Après, le rôle de l’artiste, ou du saltimbanque devrait être de toujours bousculer l’ordre et l’ambiance établie. Ça peut sonner comme une évidence mais ça ne l’est pas assez. Marre de l’insipide, du formaté, du temps de cerveau disponible. Comme disait Tony Montana, le monde est à nous.

S : C’est comme l’histoire des influences. Tu peux être marqué inconsciemment par Yves Duteil ou Carlos, mais quels disques te donnent vraiment envie d’empoigner ton instrument et de composer un truc ? Un écrivain, un dessinateur… Eux, ils sont vraiment seuls dans leurs projections, c’est un vrai travail solitaire. Un musicien ? Pour moi c’est obligatoirement tourné vers les autres. La musique est un langage. Tu peux jouer à Warcraft sur ton Protools si ça te chante ; mais ça restera une putain de démo comparé à ce que tu pourrais en faire avec les bonnes personnes.

Par rapport a d'autres groupes qui choisissent la puissance sonique pour marquer les ruptures, vous optez pour la durée et la graduation. Est-ce une façon de garder un certain langage poétique dans vos compositions ?

F : Ouh là. Je crois qu’on joue simplement ce qu’on sait faire, et qu’on a de la chance de s’être trouvés pour profiter de ça ensemble. Notre musique est très empirique à la base, bien plus que cérébrale.

S : Le premier disque était composé à 25%, disons, le prochain n’est que pure improvisation. A 100%.  Autant dire que nous sommes très loin de la conception cérébrale d’un objet.

Re-Works est le parfait contrepoint de votre disque, à la fois nuancé et contrasté. Quelle en est l'origine et quel est votre regard rétrospectif quant à cette expérience ? Est-ce vous qui avez choisi les participants ?

F : Merci pour le compliment ! Re-Works est un disque dont on est fier, d’autant plus que ces morceaux nous ont complètement échappé, de part la nature du processus - un disque de remixes. Comme sur le reste, on a évidemment été entièrement maîtres de nos choix. On a envoyé des bouteilles à la mer, à des potes (Saaad, Witxes, Colin Johnco, Leopard of Honour, Cyril Secq & Richard Knox), à des musiciens croisés sur la route (May Roosevelt, Dag Rosenqvist, Machinefabriek), ou à des gens dont on admirait juste le travail sans pour autant les connaître personnellement (Scanner, Do Make Say Think, Aun). On donnait la possibilité aux remixeurs d’écouter l’intégralité de l’album, ils choisissaient deux morceaux potentiels, et on leur donnait le feu vert sur l’un des deux. Avec carte blanche totale à la clef sur l’utilisation des pistes originales… On s’est donc mis dans le flou le plus total, avec le "secret goal" que ce soit assez bon pour en faire un album. Pari un peu fou, mais vu l’investissement et la qualité du travail de tous, ça a été une vraie joie de redécouvrir notre album revisité ce cette belle manière. Sub Rosa nous a proposé de nous accompagner pour la sortie du vinyle, les copains des Balades Sonores nous ont épaulés, là aussi tout s’est fait très simplement. Le pied, quoi.

S : La seule contrainte résidait dans les 6 minutes maximum du remix. Sinon, ils étaient entièrement libres. Et on voulait qu’ils le soient autant que nous l’avions été à sa conception.

Quelle est la place de la scène et de l'expérience live pour un groupe comme Oiseaux-Tempête ? Est-ce l'occasion d'une prise de risques supplémentaire ? 

: A fond - le live, c’est l’expérience ultime. Vu qu’on enregistre nos disques aussi dans des conditions live, en limitant au maximum les overdubs, je dirais même que cette quête de cette synergie-là est un peu notre base. La chance avec Oiseaux-Tempête, c’est qu’on a appris très vite à s’adapter, aux conditions, aux lieux, à l’ambiance. On peut faire des concerts arrachés, toute électricité dehors, comme des concerts assis, plus recueillis, ou des performances devant des photos ou des films. On peut jouer dans des salles rock, mais aussi dans des églises, des festivals en plein air, des caves, des galeries, un planétarium, une station RER… On varie les plaisirs, quoi.  On aime bien étirer ou condenser nos morceaux, les prendre à contrepied, ou parfois carrément complètement improviser un set. Tout est permis.

S : Il y a toujours des galères en live, toujours. Un jack se débranche, un ampli prend feu ou un boomer explose. On joue avec maintenant, ça fait partie de la musique. Ça ne nous fruste plus. Mais c’est le même processus qu’en studio. Notre seule exigence en live est de créer cette bulle de son dans laquelle nous pouvons évoluer. Ça demande pas mal de détente, en fait. Il faut être comme Hint : FLEXIBLE !!!!

Quel est le futur proche d'Oiseaux-Tempête ? Doit-on s'attendre à un changement d'orientation ou a une permanence dans l'exploration ? 

: Dans l'immédiat, installés à Catane, Sicile, sur une terrasse en plein vent avec l'Etna en ligne de mire, on est en train d'éditer et de prémixer notre nouvel album, qu'on a enregistré il y a quelques mois à Mikrokosm. La dimension du voyage y sera toujours importante : des field recordings d'Istanbul et du Bosphore, des photographies, du mellotron, Gareth Davis à la clarinette basse et sans doute des petites surprises. On espère que ça verra le jour au printemps 2015, par là.

S : On a fait en septembre dernier un concert/création avec le cinéaste expérimental Karel Doing pour le festival Crak, à Saint-Merry. Devils' Kitchen et Palindrome Series. Et la tournée devrait continuer dans les mois à venir.

Audio


VIDEOSTAR 15

PostIl n’y a pas LA vidéo de la semaine, chaque lundi, et toutes celles qui ne méritent pas d’y figurer. On arguera que tout est une question de timing et que, pour le coup, on a accumulé tellement de retard en mai - et oui, on a fait ce qu'il nous plaisait - qu'on a évidemment matière à se rattraper en juin. On reprend le fil, avant de le perdre définitivement ce week-end à l'occasion de la Villette Sonique, et on commence par le très beau morceau du duo Weeknight, Honey, extrait de l'album Post-everything dévoilé le 4 mars dernier via Artificial Records (lire), et figuré à l'écran sous la direction de Sean Cartwright. La solitude des sexagénaires, un vrai sujet. Dans l'ordre des choses, les Canadiens d'Animal Bodies révèlent le clip de leur morceau déjà présenté par ici. On double l'information donc : leur album The Killing Scene est imminent, tout comme leur concert à l'Espace B le 11 juin prochain en compagnie de Black Bug (Event FB). Cuir et décoloration sont de mises. Autre ambiance, moins austère, plus relâchée, celle générée par la mise en images ô combien réussie du remix de Plaisir de France du morceau Personal History d'Alpine Decline : s’inscrivant dans l'arrière boutique du film Shining de Stanley Kubrick, le remix signé Julien Barthe de ce morceau issu de l'avant-dernier album des américains, Night of the Long Knives, paru en 2013 sur Laitdbac Records (lire) est d'une fraîcheur à faire passer Cut Copy pour un groupe de doom métal. Nettement plus intimiste, introspectif et beau comme la lune, la dernière réalisation d'As Human Pattern - ou Grégoire Orio - pour les Toulousains de Saåad : l’oblongue Giant Mouth, chapardée du LP Deep/Float ayant vu le jour en avril dernier sur Hands in the Dark (lire), s'étire cathodiquement avec la magnificence d'Hélène Rocheteau, ici filmée. Deux choses à rajouter : ils seront en concert le samedi 14 juin au Studio Campus à Paris dans le cadre de l'Humanist SK Festival (lire) et figurent dans notre compilation ANTI-frenchpop (télécharger). Tout comme Le Réveil des Tropiques avec qui on termine doublement, Nicotine ayant retranscrit visuellement leur concert Nantais - que Music Fear Satan a récemment édité en deux pistes sous la dénomination Ivresses Scéniques - utilisant pour ce faire des images d'El Topo et The Holy Mountain d'Alexandro Jodorowsky. Un savant mélange psychédélique ne laissant aucunement insensible. Bonne séance !

Vidéos

https://www.youtube.com/watch?v=2KDv3upDAnI

https://www.youtube.com/watch?v=muqaECN0D4g

https://www.youtube.com/watch?v=zMb0o9tDsoI

http://vimeo.com/96446062

https://www.youtube.com/watch?v=3Tvla2XK30w

https://www.youtube.com/watch?v=wqwpJ34GFXs

Éditions précédentes

VIDEOSTAR 01
VIDEOSTAR 02
VIDEOSTAR 03
VIDEOSTAR 04
VIDEOSTAR 05
VIDEOSTAR 06
VIDEOSTAR 07
VIDEOSTAR 08
VIDEOSTAR 09
VIDEOSTAR 10
VIDEOSTAR 11
VIDEOSTAR 12
VIDEOSTAR 13
VIDEOSTAR 14


Edito & Mixtape : Hexagonie - ANTI-frenchpop

antiDire qu'il se passe quelque chose à Paris et balancer à la figure de son interlocuteur la réouverture du Showcase, c'est un peu comme dire qu'en France une nouvelle scène n'en peut plus d'émerger, prête au raz-de-marée discographique, en citant pêle-mêle et sans les mentionner ici tous ces groupes sortis de l'ornière souterraine qu'à la force de maisons de disques sur les jantes et de producteurs d'événements avides de salles combles. Alors oui, il y a un regain de business dans la musique pop française, avec un nouveau modèle qui émerge : le repérage, la mise à l'épreuve, puis le coup de massue médiatique. Bon. Avec internet, une curiosité bien placée amène toujours au-delà de cette piètre mascarade et c'est donc presque naturellement que les magazines papiers sont encore les meilleurs soldats de ce regain de cocorico - comme si le made in France était musicalement et commercialement un avantage. Cela peut paraître con à dire, mais l'existence d'une scène dans une ville ou une région, ou d'un mouvement musical fait sur des accointances spontanées, n'a rien à voir avec les frontières et encore moins avec la langue. Des groupes français se retrouvent sur des labels américains, allemands, britanniques. L'inverse n'est pas moins vrai. L'émulation créative ne se regarde jamais a posteriori, sauf dans les musées. Alors quoi ? Il ne se passe rien ? Non, justement, mais faire des compilations bleu blanc rouge ne rime à rien s'il s'agit de plaquer un étendard préfabriqué à la face des auditeurs, imaginé par des quadra nostalgiques des années Daho et composé de gringalets pillant éhontément ce répertoire que leur jeunesse leur interdit de sanctuariser. Dans un mouvement inverse, l'idée de cette anti-compilation est née d'une demande faite à la rédaction par le site Goûte Mes Disques, sachant que ses germes étaient pré-existants. La trame : rassembler groupes hexagonaux et labels indépendants de par le globe, amis et profondément exigeants sans se confondre en babillages, sinon en remerciements pour leur spontanéité à répondre par l'affirmative à ce projet. Faire des choix fut presque aussi compliqué que de s'arrêter à vingt. Alors on en a mis vingt-et-un : sur Goûte Mes Disques dans un sens, ci-après dans l'autre, sur Goûte Mes Disques en téléchargement titre par titre, ci-après d'un seul tenant.

Tracklisting

01. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)

Si la France - et l’axe Paris/Bordeaux en particulier - est un étonnant réservoir de formations garage entremêlant crânement stridences punk et sonorités synth, ce n’est pas peu dire qu’il faut séparer le bon grain de l’ivraie. Et La Secte du Futur se pose là, forte d’un second album foutrement bon sorti le 24 janvier 2014 via Eigtheen Records et intitulé Greetings From Youth. Coalition de membres issus des Catholic Spray, de J.C. Satàn, de Black Bug ou encore Skategang, ledit album, mixé par Maxime Smadja et dressant un pont entre noise, punk et surf music, se dévoile à l'aune de Fall Prism, véritable claque pleine de cambouis.

02. Anna - Badman (Howlin Banana Records)

Side-project d'un membre de Volage, formation garage-noise de Tours, Anna est l'occasion pour ce dernier de dégoiser de très belles compositions psych-folk à l'évidence rare et gravées sur bandes magnétiques en février 2014 via le toujours très actif label parisien Howlin Banana Records.

03. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mécanique)

Encore un groupe Rennais, le quatuor Maria False donne à la fois dans le shoegaze et le psyché depuis 2012, avec notamment le Lp Artefact au compteur. Le remix de Death, morceau extrait du maxi Spots and Lines in a Frame sorti en juin 2013 via Le Turc Mécanique, est signé Montebourg - projet kraut sentant bon la désindustrialisation.

04. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)

Il aura suffit d’un peu plus d’une année à Anne-Sophie Le Creurer pour maturer son projet Saintes et le transposer parallèlement de son imagination à la bande magnétique et de sa chambre d’étudiante à la scène. Savant fourre-tout DIY entremêlant guitares, samples et boîte à rythmes sur l’autel d’une pop lo-fi émotive et brinquebalante, Saintes – devenu trio avec l’addition de Floriane Kaeser au clavier et Charlie Xiorcal à la batterie –, a livré le 11 septembre 2013 son premier album Horizontal/Vertical via Crash Symbols, partiellement dévoilé à l’occasion d’une compilation du collectif Nøthing – nébuleuse dont fait partie le groupe en compagnie de Maria False, Venera 4, DEAD, Future, Dead Horse One et The Name of the Band. L’abrasive Where Were the Boys?, où la voix d’Anne-Sophie joue au chat et à la souris avec celle de Kim Gordon, dans une vidéo à découvrir ci-après.

05. Future - In Your Eyes (Anywave)

Quand on s'enquiert du passé, notamment dans un pays qui s'est violemment épris de Trisomie 21, Front 242 ou Kas Product, autant le faire avec doigté, le regard vers l'ailleurs, l'Angleterre et pourquoi pas le shoegaze. Et autant se baptiser Future. À la fois âcre et fascinante, mélange d'historicité et de prémonitions, la musique de ce duo rennais trouve avec l'EP Stay Behind sorti en avril 2014 sur Anywave - label du stakhanoviste Aurélien Delamour, instigateur d'Avgvst - le parfait écrin entre assertions gothiques, justesse mélodique et visée électronique - deux remix d'Harshlove et GS01-h Container étirant l'affaire.

06. Dead - Loser (KdB Records)

Les rennais de Dead ont bâti leur univers autour de boîtes à rythmes acides et dansantes, en plus d'une voix froide et distante. Associés à des guitares oscillant entre déluge de larsens et répétitions de riffs, Dead fait la jointure entre les textures de Jesus and Mary Chains et la puissance d'A Place To Bury Strangers. Leur EP Verses paru en avril dernier via KdB Records en vinyle confirme ce que l'on savait déjà, à savoir que l'on peut compter sur eux.

07. Israel Regardie - Holocaust

Pour dénommer un morceau Holocaust en jouant sous le patronyme d'Israel Regardie, il faut avoir soit de l'insouciance à revendre, soit un talent brut de décoffrage. Les Lyonnais, auteurs d'un EP autoproduit Tu n'es personne en septembre 2013, tracent une ligne médiane entre coldwave et shoegaze, forts de cet habile équilibre.

08. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)

Loin d’incarner la musicalité bariolée que connote son blase, le Réveil des Tropiques s’avère être un sulfureux cocktail puisque des membres de Farewell Poetry, One Second Riot, Casse Gueule, Testa Rossa, Ulan Bator, Looking for John et Trésors le composent. Si le quintette parisien, auteur d’un double LP éponyme via Music Fear Satan en novembre 2012, s’attelle à un genre plus qu’éculé – et où finalement les quelques maîtres règnent en seigneur (cf le nom du label) – il n’y trouve pas moins sa place, distendant, de par ses horizons aux sinusoïdes infinies, une galaxie post-rock claquemurée. Un nouveau double LP vient de paraître en avril 2014, Hallucinations Scéniques, enregistré lors de son éprouvante tournée française.

09. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)

Attention, génies. Si certains se paluchent encore à raison sur les astres du label canadien Constellation - quoi que dès fois l'on s'endort défroqué - l'hexagone compte parmi ses ouailles l'une des plus atmosphériques et poétiques saillies post-rock jamais entendues de ce côté-ci de l'Atlantique et de ce côté-là de la Manche. Oiseaux Tempête, formation emmenée par Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul - par ailleurs membres de FareWell Poetry et du Réveil des Tropiques - ouvre avec son album éponyme paru en novembre 2013 sur Sub Rosa une brèche béante dans le cloisonnement quotidien, laissant avec subtilité l'esprit s'évader loin des affres d'un monde qui se meurt : le vol mélancolique de l'aigle, repu de sa puissance d'antan. L'album de remixes, nommé Re-Works et sorti le 28 avril dernier via Sub Rosa et Balades Sonores, est un modèle du genre, étoilé de relectures de Saaad, Dag Rosenqvist (aka Jasper TX) ou encore de Justin Small, membre de... Do May Say Think.

10. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)

Alice Dourlen, aussi discrète que magnétique, possède un rare charisme scénique, les odes brumeuses et méandreuses de la Normande s’intimant jusqu’au plus profond de l’assistance, laissant chacun tituber d’un trop-plein d’émotions. En parfaite résonance, le LP Folie Sacrée – paru le 30 septembre 2013 sur l’inestimable maison d’édition bruxelloise Shelter Press – s’égraine tel un bréviaire imageant une nébuleuse balade emprunte de mysticisme, à mi-chemin entre les halos vaporeux de Grouper et l’obscurantisme acrimonieux de Chelsea Wolfe. On flotte benoîtement dans des paysages sonores nimbés de guitares et de claviers, merveilleusement hanté par le fantôme d’une Nico désincarnée.

11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)

Celui dont on avait observé les prémisses de la mue stylistique en 2012 avec son LP Sourire - co-réalisé par Bookmaker Records et Blwbck - a sorti le 28 novembre 2013 Achievement March, à la fois plus abouti et définitivement libéré du post-rock d’alors, aussi aride que cathartique. Julien Magot, sous le patronyme d’Appalache évoquant l’immensité étasunienne, se libère littéralement de toute contrainte afin d’apposer son chant sincère et pénétrant dans un entrelacs de guitares lo-fi, résonnant tel le double trituré d’une sensibilité poignante. Acquire Peace en révèle l'essence.

12. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seem (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)

Certains s’entichent d’un coquillage pour ouïr le lent ressac d’une mer rêvée, subodorée. D’autres, les yeux fermés, dérivent au rythme des odes scintillantes et flottantes du Marseillais Olivier Scalia, usant du patronyme de Johnny Hawaii pour embarquer qui le veut bien sur d’immenses plages sonores – où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée. Après un étincelant split cassette en compagnie de Cough Cool sur les labels Hands in the Dark et La Station Radar, le dream expop surfer inocule avec son ultime Southern Lights, paru le 30 septembre 2013 sur les précités labels, une invitation à la contemplation nostalgique, le regard scrutant la langueur de sonorités s’immisçant à équidistance des Américains de Ducktails et Real Estate et des standards surf-pop chers aux Beach Boys. Mâtiné d’un humour certain se révélant à la lecture du tracklisting, Southern Lights distille un charme nonchalamment fécond.

13. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)

Les labels Stellar Kinematics et Heia Sun ont co-édité en mai 2013 le premier LP d’Opale, L’Incandescent. Établi à Paris et formé de Rocío Ortiz et Sophia Hamadi – œuvrant préalablement au sein de Playground –, le duo féminin franco-espagnol sculpte par ses compositions un trouble halo mélodique, où se confondent lascivement brume ambiant et luminescence psyché, tapissant leurs pérégrinations lunaires d’un voile mélancolique que révèle progressivement Hold You Tigh extrait dudit LP à l'esthétique visuelle soignée. Un nouvel album est en préparation.

14. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)

La Parisienne Laurène Exposito susurre d’étonnantes comptines synth-pop à l’oreille de son Micro Cheval. Étonnantes, parce qu’à la fois bancales et charnelles, fragiles et lumineuses, passéistes et futuristes. C’est d’ailleurs en ces termes - charriant la stabilité et la gravité - que la principale intéressée décrit son projet, citant parmi ses influences majeures Solid Space – duo anglais auteur en 1982 d’un unique et épuisé LP Space Museum. La gracile Space Shit, extrait d’un EP cassette paru sur le label francilien Svn Sns Records le 30 septembre 2013, figure à merveille cette emprise mélancolique des ondes rétro-stellaires par l’imagerie eigthies de la conquête spatiale.

15. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)

Si le milieu de la musique manque souvent d'humour, les histoires de branleurs magnifiques et érudits frappent toujours avec autant d'évidence. Meilleur duo geek depuis Wayne Campbell et Garth Algar, les rennais de Splash Wave éclaboussent de leur gouaille synth-pop vocodée quiconque encore convaincu que Parker Lewis ne perd jamais. Mais le vernis ne trompe personne, les slackers sont de gros bosseurs et leur EP Guilty of Being Rad paru en janvier 2014 sur Beko Disques - prolongement physique de l'aventure digitale et brestoise du même nom - est une claque longtemps désirée, assurément méritée. Hymne de leur set live, le morceau Spin Jammers est remarquablement autoproduit.

16. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)

Le quatuor Night Riders, orfèvre en sonorités pop analogiques, sortait en octobre 2013 via son propre label C’est ça l'EP Sombre Danse. Ceux qui, il n’y a pas si longtemps, chantaient en anglais et déclaraient nonchalamment être « une interprétation à la fois des esprits black et punk » sous l’emprise de pulsions éthyles de fin de soirées, s’émancipent d’une nébuleuse synthétique à forte consonance locale, par une musique à la fois plus sombre et concise, où rien ne dépasse et ne vient troubler l’ordonnancement de compositions imageant d’intimes combinaisons noctambules. Précisément la frontière délimitant le rêve du mystère. Tandis qu'un nouvel EP, L’Espace et le Temps, est d’ores et déjà annoncé pour le 22 mai prochain, un quatrième – Soleil Noir – est paru sur Svn Sns Records.

17. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)

Après Orbs & Channels en 2013, le duo toulousain Saåad, composé de Romain Barbot et Greg Buffier, a remis une nouvelle fois le couvert sur la table déjà bien garnie du label Hands in the Dark avec un LP, Deep/Float, ayant vu le jour le 17 avril 2014. À la fois introspectives et puissamment lumineuses, les longues respirations instrumentales du duo – que l’on retrouve à l’instigation du label Blwbck – résonnent telles l’échoïsation chamanique d’une scène techno de plus en plus aspirée par le bruit. Ce n’est ainsi pas un hasard si Blwbck a co-réalisé en 2013 le split de Saåad et Insinden avec les Parisiens d’In Paradisum et si Greg Buffier participe à l’exécution scénique du nouvel album de Mondkopf, Hadès.

18. Kaumwald - Léthé (Opal Tapes)

Les Lyonnais Ernest Bergez et Clément Vercelletto forment Kaumwald, projet électronique et expérimental ayant eu le privilége de voir son premier EP, Hantasive, droppé en janvier dernier par la structure de Basic House, Opal Tapes. Oscillant entre drone invertébré et proto-techno sombre et bouillonnante, le duo ne laisse pas insensible tant les amateurs de stridences que de beats.

19. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)

La récidive a du bon. Du moins, c’est ce que l’on se dit spontanément à l’écoute de cette nouvelle livraison signée Tidiane Brusson agissant, du haut de son jeune âge, sous le patronyme de Leave Things. Après l’onirique diptyque Otherness/Unquiet révélé en juin dernier via l’exigeant label Fin de Siècle, le Parisien envoie joliment paître toutes les attentes à son égard à la lisière d’un décor surnaturel, dépassant à la vitesse grand V l’endroit même où l’on croyait le situer. Aperçu à quelques miles de The Field, le Suédois de Kompakt, le producteur à l’infamante précocité dégoise désormais avec le 7″ Atonement/Empfang paru le 1er avril digitalement, une techno sombre et raffinée, martiale et obnubilante, dont l’essence est à humer du côté des Anglais de Sandwell District. L’air du temps diront certains, mais avec un tel soin à peaufiner ses beats et ses textures, où l’effusion rythmique s’éprend de la pesanteur des émotions, difficile de ne pas y voir l’esquisse d’une grande œuvre, à la fois introspective et dansante, destinée à être gravée dans le sillon d’un long format attendu, toujours sur Fin de Siècle, en fin d’année.

20. Cotton Claw - Climax (Cascade records)

Oui, les faiseurs de beats ont encore de l'avenir. Lilea Narrative, Zo aka La Chauve-Souris, YoggyOne et Zerolex le prouvent, dépassant leur carrière respective avec Cotton Claw et distillant à huit mains un panachage de rythmiques et de synthétiseurs analogiques du plus bel effet. Avant tout destiné à rompre genoux et bassins en club, les odes électro hip-hop du quartet bisontin ont trouvé via Cascade Records et l'EP Dusted un accueil au-delà de toute espérance. C2C et Birdy Nam Nam pointent à Pôle Emploi, on ne va pas s'en plaindre.

21. High Wolf - 707 (Not Not Fun)

High Wolf, dont la psychédélie tribale, tropicale et acide s’entiche de beats, de nappes et de guitares obsédantes, hypnotise les oreilles tout autant que les rétines, doublant ses concerts d’une imparable dimension visuelle. Ode chamanique, 707 est extrait du sublime et onirique LP Kairos: Chronos paru l'année passée sur Not Not Fun.

Mixtape

01. High Wolf - 707 (Not Not Fun)
02. Cotton Claw - Climax (Cascade Records)
03. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)
04. Kaumwald - Lethe (Opal Tapes)
05. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)
06. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)
07. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)
08. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)
09. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)
10. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seems (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)
11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)
12. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)
13. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)
14. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)
15. Israel Regardie - Holocaust
16. Dead - Loser (KdB Records)
17. Future - In Your Eyes (Anywave)
18. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)
19. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mecanique)
20. Anna - Badman (Howlin Banana Records)
21. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)