On y sera : Point Éphémère en Short 2018

Sors les doigts de pieds de tes vieilles chaussures toutes trouées, fais péter les claquettes et le short, le Point Ephémère lâche la bride du style vestimentaire tant que la tenue musicale reste impeccable. Et cela commence dès demain avec une nouvelle date d'En Attendant Ana, qu'on présentait, pleins d'éloges, en mars dernier avec un interview (lire) de bon augure. À côté, des barbecues et d'autres réjouissances gustatives et culturelles (ciné, vide dressing, jeux et ateliers, dj sets) viendront ponctuer l'été de parenthèses idéales, pour faire oublier qu'il y a du béton sous nos sandalettes.

Les places pour ce beau bordel sont à choper ici, as soon as can be !

Point Éphémère en Short 2018
Jusqu'au samedi 08 septembre à 20h
Point Ephémère, Paris


Delorean l'interview

Retour vers le futur, revenons au mois de décembre à 88 miles à l’heure. Alors que l’hiver giflait nos flancs, nos Basques préférés venaient diffuser un brin d’exotisme et faire souffler une douce euphorie, gentiment caliente, sur le public grelottant du Point Ephémère. Pape d’un son indé aussi hypnotique qu’étourdissant, le combo ibérique se fend d’un live terriblement excitant où samples gourmands entrecroisent les beats les plus ravageurs. Une manière de montrer que l’électro-pop a encore de beaux jours devant elle. Nous avons donc cherché à en savoir plus sur le secret de fabrication de cette usine à tubes. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Delorean sans jamais oser le demander, c’est maintenant…

Vidéo

Bonus


On y était - Future Islands au Point Éphémère

Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Ce n'est pas la peine d'attendre la fin de l'année pour vous le confier entre deux autres confidences de même tonneau : de septembre à décembre, il fut plus que difficile de ne pas se laisser submerger par l'avalanche de concerts animant les nuits d'une capitale trop souvent décriée pour son inanité noctambule. Non que j'ose comparer Paris à Berlin ou Londres, mais déjà, il y avait à faire. Et les bandes se sont accumulées dans nos tiroirs sans que l'on puisse les esquiver des yeux sans un léger pincement d'orgueil. Donc, après avoir ressorti les digressions post-punk de Mike Sniper et de ses Blank Dogs (lire), on remet le couvert et l'on vous sert du bien réchauffé d'il y a plus de deux mois, garanti sans indigestion, avec deux vidéos extraites de la séminale prestation live de Future Islands. Et si dire que l'on avait goûté sans modération l'album In Evening Air des Américains (lire) dénote d'un sens de l'exagération bien placé, tant la voix de Samuel T. Herring - sorte de Tom Waits cocaïné - prend aux tripes et subjugue cette hybridation new-wave/post-punk, percluse de nappes synthétiques habitées d'une basse hookienne dantesque, retranscrire par les mots - de simples juxtapositions de signes inadéquats - la folie furieuse personnifiée ce 5 octobre là sur les planches d'un Point Éphémère souillé d'alcool et de sueur relève en revanche d'une fatuité n'ayant d'égale que la véracité d'un regard halluciné, celui de notre hôte d'un soir, habillé tout de blanc, s'ébrouant farouchement à la limite d'un chaos délétère. Entre magnétisme des mélodies et déchirements rauques, personne n'en est sorti indemne. La preuve par l'image.

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Photos


On y était - Wavves au Point Ephémère / The Strange Boys à la Flèche d'Or

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Wavves, Le Point Ephémère, Paris, 22 novembre 2010
The Strange Boys, La Flèche d'Or, Paris, 29 novembre 2010

Sortir un lundi soir pourrait refléter une volonté masochiste de commencer la semaine sur les rotules et de la terminer sur les fémurs, mais relève bien plus souvent d'un fanatisme aigu. Deux ou trois fois que je rate les Strange Boys à Paris, et plusieurs mois que j'attends Wavves - alors lundi ou pas, semaine chargée ou pas, fin de week end difficile ou pas, rendez-vous au Pôle Emploi le lendemain matin à 9h ou pas, je ne manquerai pas à l'appel, et tant pis si mes collègues devront supporter ma tête de raton-laveur pendant les quatre prochains jours.

Le 22 pourtant, prise d'une crise de flemmingite aiguë (je veux dire, pourquoi traverser Paris pour aller voir trois branleurs s'égosiller dans un micro, hein), je traîne et ne parvient à rallier le Point Ephémère qu'au moment propice où il est déjà rempli à ras-bord. Du coup, je serais bien incapable de vous parler de la moitié de première partie que j'ai vue (les Smith Westerns, qui ont l'air fort sympathiques - de loin), occupée que j'étais à tenter désespérément de me faire remarquer par cette barwoman qui avait l'air bien décidée à m'ignorer (j'en profite pour vous dire que la technique du regard agacé est totalement inefficace dans le noir). Le gosier trop desséché pour ouvrir mes écoutilles, j'attends distraitement que le trio de Chicago cède sa place aux Californiens. Fort naïvement, je profite du changement de plateau pour aller m'installer confortablement au beau milieu du deuxième rang - quelle vue magnifique j'aurais d'ici pour mes photos ! Haha. Petite inconsciente. J'avais juste oublié qu'à groupe de petits cons, public de petits cons. Au bout de trois secondes, prise dans un pogo ultra-violent (si, je vous jure), je renonce et tente de m'extirper de la masse sautillante. Et là, bim, un coude perdu et je me prends mon objectif dans le menton. Mon dieu, je saigne, je suis à deux doigts de la mort. Pendant qu'un deuxième appendice bleu et fort seyant me pousse sous le premier, je trouve un coin tranquille d'où je vais pouvoir profiter du concert et tenter d'en tirer deux mots à vous dire. Je crois que mon avis sera aussi fulgurant que la prestation : les morceaux de Wavves sont faits pour être vécus en live, trois centimètres au-dessus du sol et la bave aux lèvres. C'est jouissif, électrique et désinvolte, et ça ne s'intellectualise pas. Nathan, Stephen et Billy passent peut-être leur vie à fumer de l'herbe en jouant à la GameBoy, et dans une autre vie ils seraient sans doute serveurs dans un quelconque fast-food, mais la fée du punk lo-fi s'est penchée sur leurs berceaux et dieu merci, ils n'ont pas décidé de garder ça pour eux.

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Une semaine plus tard, on est encore et toujours lundi, sauf qu'il fait plus froid et que mes tympans ont laissé la vie au concert des Swans la veille. Mais ce n'est pas parce que je suis à moitié sourde que je vais passer mon tour, et puis je sais lire sur les lèvres. Une fois arrivée, je constate que voir les Strange Boys, ça se mérite : ce n'est non pas une, non pas deux, mais bien trois premières parties que la Flèche d'Or a prévues ce soir. Cette dernière a du goût, fort heureusement, et l'attente ne sera pas trop longue. Après Minor Sailor et ses pop songs délicates, Tamaryn plombe l'ambiance avec son "synth-folk-goth" (ça ne s'invente pas) noyé dans la réverb'. Intéressant, mais l'ensemble serait sans doute plus convaincant si la voix de la gravure de mode qui sert de chanteuse n'était pas si embourbée sous les couches d'électricité envoyées par un guitariste qui, physiquement, pourrait bien être le fils illégitime de Peter Hayes et Nicola Sirkis. Pour alléger cette introduction, Baths, sorte de Bisounours épileptique, est propulsé sur la scène avec sa pop électronique sous le bras. Souriant et "really really gay" (sic), le bougre redonne le sourire à toute la salle, qu'il gratifie allègrement de petits coeurs avec ses mains. Enfin, le rideau se ferme à regret et on devine qu'une bande de Texans est en train de s'installer derrière. The Strange Boys donnent ce soir leur dernier concert de 2010 à l'issue d'une tournée de plus de deux cents dates. Malgré tout, on ne les sent pas fatigués et encore moins lassés. L'ambiance est à la rigolade et au dialogue avec un public plus que content de les (re)voir. Au bout de deux ou trois titres, on est transporté loin d'ici, dans un vieux rade sur lequel il n'a jamais neigé et où il n'y a plus que le blues et les potes qui comptent. Tout le monde danse et entonne les refrains en chœur avec Ryan Sambol, sorte de Pete Doherty en plus frais, tandis que Jenna et son saxo (le sosie de Lisa Simpson, non ? ça m'a fait rigoler pendant tout le concert) arrondissent les angles à coups de solos bien sentis. Peu importe la batterie qui part en pièces détachées, le groupe enchaîne les titres avec détachement et professionnalisme. Tout a l'air à la fois improvisé et minutieusement répété : il suffit que quelqu'un dans le public réclame un morceau pour que les Strange Boys s'exécutent, mais avec tellement de naturel et de perfection que c'est comme si ledit morceau avait toujours été à cet endroit sur la setlist. Après une heure et demi de réjouissances, le groupe se voit contraint de quitter la fête, mais on ne doute pas qu'il reviendront.

A l'heure où j'écris ces lignes, on est encore lundi, et je cherche comment occuper ma soirée aussi bien que ces deux dernières semaines. Je cherche un groupe aussi furieux que Wavves ou aussi sincère que les Strange Boys, et par-dessus tout j'essaye de trouver une musique qui se partage. Car c'est bien de ça dont il était question : qu'il s'agisse d'un pogo béat accordé aux mouvements de la crête de Stephen Pope ou d'une interjection joviale à Ryan Sambol, ces lundis-là, tous les cœurs étaient sur la même longueur d'onde.

Lire la chronique de Wavves - King of the Beach
Lire la chronique de The Strange Boys - Be Brave

Photos


On y était - Scout Niblett

villagers-2-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Scout Niblett, Le Point Ephémère, Paris, 7 juin 2010

Lundi, 20h, je me presse pour atteindre le Point Ephémère à temps, slalomant entre les tentes pakistano-roumaines qui longent le canal et les odeurs de saucisse. Tout ça pour trouver la porte close. J'étais tellement impatiente de voir Scout Niblett que j'espérais secrètement sécher au moins une des deux premières parties. Peine perdue, on m'a attendue.

Puisqu'on a décidé de m'infliger en entier le supplice de l'attente, je me résigne à écouter attentivement la nouvelle signature Domino, Villagers. Qui devrait s'appeler Villager parce que j'ai bien vérifié, il était tout seul. Bref, sa folk est limpide et poignante et sa voix coule de source, mais je m'ennuie. Besoin d'électricité.

small-black-7-webL'excellent bassiste de Small Black va m'en donner, mais ses trois petits copains ne seront malheureusement pas assez convaincants pour que le temps me paraisse moins long. Un batteur qui brode sur une boîte à rythme sur tous les titres, il sert à quoi exactement ? Il est trop nul pour tenir le tempo ou il est là juste pour décorer ? Enfin je dois avouer qu'il vaut quand même mieux que ses deux acolytes tripoteurs de touches et de boutons dont les voix noyées dans un magma aussi évanescent que bruyant ne m'inspirent, euh, pas grand chose. Une autre fois peut-être ?

Enfin, elle est là. Alors que l'assistance se rue sur le bar, elle entre en scène à petits pas, discrètement, sans faire de bruit, avec sa parka et son sac à main. Elle a presque l'air perdue, cherche ses repères, trouve sa prise multiple, branche sa pédale. Elle est juste là, cette fille toute simple, dans ses sabots et son t-shirt informe, à côté de sa toute petite batterie sur laquelle son nom est inscrit à la craie. La scène, auparavant encombrée de multiples instruments, est désormais vide, comme dévastée. Plus d'artifice, on voit le décor, les trucs, la moquette qui aurait bien besoin d'un coup d'aspirateur. Elle n'a pas besoin de lumières ni de machine à fumée, Scout, elle vient comme elle est. Elle commence le concert comme elle est arrivée, sans un bruit, sans un cri, sans une apostrophe au public. Un Just Do It! poignant qui m'arrache une larme. Toute cette rage contenue dans ce petit corps et cette voix claire... Toute la salle retient son souffle, et la tension est palpable jusqu'à la dernière note, infime frontière entre le recueillement le plus total et le "Yeah !" autosatisfait de soulagement poussé par Scout à la fin de chaque chanson. L'enthousiasme et le plaisir se lisent à chaque instant sur le sourire enfantin qui illumine son visage à la moindre interjection venue de la fosse. J'ai l'impression qu'elle a à la fois cinq et cent ans : elle s'amuse comme une gamine et pourtant son album est produit par le très sérieux Steve Albini, dinosaure du grunge s'il en est. Et le travail sans chichis de ce dernier sur The Calcination Of Scout Niblett reflète exactement ce que l'artiste offre sur scène : la musique à l'état pur et rien d'autre. Sa guitare saturée, sa voix transparente et la batterie primaire du moustachu Dan Wilson. Quand ils se lancent à corps perdus dans le sublime Cherry Cheek Bomb, c'est l'extase. Et quand Scout s'installe seule derrière la batterie pour un austère Your Beat Kicks Back Like Death, c'est de pire en pire. Je ne suis plus au Point Ephémère mais dans une église, et le dieu que j'idolâtre porte une jupe. On dirait que Scout savoure chaque moment avec délectation, qu'elle goûte chaque titre comme un bonbon amer, à la fois délicieux et difficile à avaler. On souffre tous avec elle, suspendu que l'on est à la petite moue boudeuse dont elle nous gratifie à plusieurs reprises. Une moue plus hargneuse que mignonne ; on ne veut pas prendre Scout dans nos bras, on veut qu'elle continue de nous torturer, qu'elle nous fasse trembler et qu'elle nous tire encore des larmes. Elle s'exécute, jouant les titres demandés par le public, avant de reprendre sa parka et son sac à main sous le bras après un dernier rappel et de s'en aller comme elle était venue. Elle est immense, cette petite bonne femme.

Photos

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