Who Are You /\\Aught?

unnamed« Il ne vous sera d’aucune aide de penser que vous communiquez avec un véritable individu ». Suis-je en train de parler à une entité abstraite, à CitizenFour ou au gérant du sibyllin tape-label d’électro expérimentale /\\Aught ? Contacté par Twitter, c’est une personne affable mais prudente qui me répond au nom du label, et préfère par avance que l’on s’accorde sur les aspects de son projet qui seront ou non évoqués dans les quelques questions que je leur enverrai. Car il y a bien quelque chose d’impénétrable et d’attrayant dans les petits cadeaux transparents que l’enseigne distille depuis juin 2014 : des cassettes translucides sur lesquelles figurent simplement un nom d’artiste, glissées dans des sachets plastiques comme un spécimen stérilisé de quelque substance chimique. Leur contenu, certes familier, recèle un je-ne-sais-quoi d’extraterrestre par son sens du détail et ses positions stylistiques : électro-gamelan aqueuse, présences ambiantes statiques, esquisses simili-techno, dance music démantibulée, le tout dans un cadre industriel strict, dévitalisé. On pense à Mille Plateaux, à Chain Reaction, ou à une version plus cryptée de Shxcxchcxsh. Selon Discogs, les artistes d’Aught en sont chacun à leur première publication et n’ont pas d’autre incarnation, mais la vision et la maîtrise dont ils font preuve trahissent des producteurs déjà expérimentés. Malgré sa discrétion très étudiée, /\\Aught s’est distingué dans l’abondant et talentueux bouillon des tape-labels, et ce en seulement cinq sorties à l’heure où la plupart des enseignes underground inondent quotidiennement les bacs et les bandcamps de nouveau matériel. À ce titre, c’est un exemple saillant de construction d’identité artistique, et la rançon d’une discipline conceptuelle intransigeante. Pour marquer la sortie de leur sixième cassette signée par un de leurs auteurs invisibles (Xth Réflexion), voici quelques éléments supplémentaires fournis par mail de la part notre mystérieux interlocuteur, résidant probablement quelque part dans l’Interzone.

/\\Aught l'interview

Aught 2

Sur quelle impulsion a été lancé /\\Aught ?
What set the impulse for /\\Aught?

/\\Aught est une tentative de disséminer de la musique à un auditoire par un biais auto-suffisant où toute information, autre que le son lui-même, est minimisée, voire masquée.

Aught is an attempt to disseminate music to its listenership in such a way that is self-contained and that information, other than the sounds themselves, is minimized or obscured.

Qu’est-ce qui motive l’anonymat chez /\\Aught ?
What's the aim of the anonymity in /\\Aught?

En omettant tout détail biographique, nous nous concentrons sur le contexte dans lequel nos travail est reçu tout en préservant simultanément une identité indéterminée.

By omitting biographical detail, we can focus on the context in which our work is received while simultaneously preserving an indeterminate identity.

Êtes-vous basés à Philadelphie aux États-Unis (info glanée sur internet) ?
Are you actually based in Philadelphia in the US?

Nous nous considérons comme une organisation non localisée.

We consider ourselves a nonlocal organization.

Toutes vos sorties semblent suivre une direction esthétique, stylistique, ou du moins un état d’esprit au diapason avec le concept global du label. Comment vos artistes procèdent-ils lorsqu’ils produisent pour vous ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette dernière livraison de Xth Réflexion par exemple ?
Every release seems to follow some kind of aesthetic/style/mood direction, in tune with a global Aught concept, or theme (ie. gamelan for De Leon), how do your artists proceed when they produce for you? what's behind that last Xth's release then?

Le son de toutes nos sorties dérive des circonstances spécifiques de leur production, bien qu’il soit quelque peu homogénéisé par un processus de groupe et par consensus. Xth Réflexion est une exploration de procédés itératifs. Les enregistrements sont constitués de plusieurs reflets de leur matériau source, enregistré et ré-enregistré dans différents espaces publics ou semi-publics.

Each of our releases has derived its sound based on the specific circumstances of its production, though somewhat homogenized by a group process and by consensus. Xth Réflexion is an exploration of iterative processes. The recordings are composited from many reflections, if you will, of the source material as recorded and re-recorded in different public and semi-public spaces.

À une exception près, vos artistes n’ont sorti de la musique que sur /\\Aught. Certains d’entre eux sortent-ils de la musique sous d’autres identités, ou opèrent à travers d’autres médiums ?
All but 1 artist have released music only on your label. Are some of Aught's artists releasing under other monikers, or operating through other mediums?

Oui.

Yes.

Le packaging et la musique qu’il contient font de chaque sortie un véritable cadeau sonore transparent venu de nulle part. Quelle est l’idée derrière cette identité visuelle ?
The packages and the music they content feel like transparent sound gifts coming from nowhere. What's the idea behind that visual identity?

La transparence et la minimisation du design ont pour but de suggérer une non-esthétique proche d’un vinyle en white label. Nous souhaitons éviter tant que possible de relier les sons avec des signifiants visuels.

The transparency and minimization of design are meant to suggest a non-aesthetic analogous to a white label vinyl. We wish to avoid correlating visual signifiers with the sounds as much as possible.

Pensez-vous que les cassettes à édition limitée soient le format le plus propice du moment à la musique électronique abstraite ?
Do you think limited edition tapes are the most conducive format for abstract electronics at the moment?

Les cassettes ont un intérêt, voire une suprématie, pour tous types de musique de niche nécessitant une écoute approfondie, et ce depuis qu’elles ont été très largement adoptées.

Cassettes have had relevance, or even primacy, for many types of niche, deeply-listenable music since their widespread adoption.

Vous arrive-t-il de jouer live sous la bannière /\\Aught, où que vous soyez ?
Do some of you happen to play live under the /\\Aught banner, wherever you are?

Non, aucun d’entre nous n’a joué sous le nom d’/\\Aught ou d’un de ses projets associés.

None of us perform under the Aught name or its associated projects, no.

Des sorties à venir ? Un projet de LP ou de compilation à un moment donné ?
Upcoming releases? Any intention to release an LP or a compilation at some point?

Cette série de cassettes est un projet à durée de vie limitée, il sera bientôt possible d’en déduire le restant de son planning de sorties. /\\Aught va bientôt toucher à sa fin et prendra une autre forme, mais nous préférons ne rien révéler de nos futurs plans.

This series of tapes is finite, one will soon be able to deduce the remainder of our release schedule for the time being. It will soon end and our project will shift, though we’d like to keep our future plans to ourselves for now.

Audio (PREMIERE)


Who are you Service?

Une décennie que le label suédois Service éclabousse de son élégance minimaliste le landerneau indie-pop. Et si certains se sont carapatés quelques rues plus loin dans un Göteborg à la créativité fourmillante, tel le duo The Tough Alliance - qui en créa dès 2006 son propre label, Sincerely Yours, avant de se séparer en 2009 - d'autres, comme The Embassy, auteur de l'indispensable Tacking (2007), Erik De Vahl, Jens Lekman, ou plus récemment Ikons, restent fidèles parmi les fidèles du label, grimant ses lettres de noblesse dans un catalogue, certes resserré, mais sans faute de goût apparente. Entre électro-pop radieuse et synthétique, house crossover et shoegaze éthéré, Service cultive une esthétique procédant tout à la fois de la beauté froide d'une scène suédoise extensible, et d'une fascination sans limites pour celle anglaise, comme si Technique (1989) de New order avait été l'ultime et indépassable disque de pop music électronique. Laboratoire à l'alchimie reconnaissable entre toutes, la structure met les petits plats dans les grands à l'heure de souffler ses bougies : une compilation digitale, à télécharger par ici, est ainsi offerte au chaland, quand un blog retrace à coup de photos, vidéos et top ten cette brève histoire au long cours. L'occasion était donc toute trouvée pour questionner Ola Borgström, pierre angulaire du label, mais aussi pour dresser deux top ten ci-dessous éventés, l'un audio, l'autre vidéo.

Raconte-moi comment Service est né ? Qui est derrière ? Quelle est l'idée d'origine ?
Tell me how Service Records was born? Who is behind? What was the idea of origin?

On ne peut pas vraiment parler d'idée à l'origine : à la base, c'était juste Dan de Studio et moi. On traînait dans les rues de Göteborg avec l'impression que quelque chose allait finir par arriver. Et sans aucune ambition ou but en particulier, mais avec tout de même une sorte de détermination bizarre, on a commencé à agir, spontanément, mais tout en suivant une certaine direction. Une sorte de culture s'est formée, et (dés-) organisée, propulsant toute une scène locale qui s'est développée juste après.

There was no real origin, just me and Dan from Studio bumming around on the streets of Göteborg with a feeling something had to happen. And so with no particular ambition or goal, but with a strange confidence, actions were taken, spontaneously but in a certain direction. Some kind of culture was created and (dis)organized, and catalyzing the local scene that boomed shortly after.

Pourquoi ce nom ?
Why this name, Service Records?

Essaie de chercher ça sur Google.

Try to google it.

Quel sentiment as-tu quand tu considères ces dix dernières années ?
How do you feel about the last ten years?

Un sentiment doux-amer, comme si on n'avait pas encore atteint notre potentiel en termes de public. Il reste des perles rares qui attendent toujours d'être découvertes.

A bittersweet feeling that our stuff has not yet fulfilled it's public potential. They are are pearls still waiting to get found.

Quelles sont les sorties dont tu es le plus fier ?
What are the releases you are most proud of?

Je les considère toutes comme mes bébés adorés, mais certains d'entre eux ont besoin d'un peu plus d'attention: Optimismens hån de Franke est magistral et devrait être considéré comme l'un des meilleurs albums du 21ème siècle. Tacking de The Embassy est juste parfait et Secrets Adrift de Erik de Vahl est ensorcelant.

All of them are precious babies, but some need more attention: Franke "Optimismens hån" is super majestic and must be discovered as one of the greatest albums of the 21st century. The Embassy's "Tacking" is perfect and Erik de Vahl's "Secrets Adrift" keeps mystify.

Service sort aussi bien des albums de shoegaze que de synthpop... Comment choisis-tu les artistes avec qui tu travailles ?
Service Records releases slow pop
as well as shoegaze or synthpop's records… How do you choose the artists you work with?

C'est juste une question d'avoir les mêmes attitudes. Si on peut vivre, travailler et jouer ensemble, la musique finit généralement aussi par être géniale.

Ah it's a matter of sharing existential attitudes. If we can live, work and play together, the music usually turns out to be brilliant too.

Quelles sont les relations entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

Il n'est pas question de carrière, mais de faire partie d'un collectif.

It's an anti-career, pro-living collective.

Quelle est la ligne artistique du label ? Y-a-t-il une esthétique dans laquelle s'inscrit chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept you try to keep for every release?

Toutes les sorties s'auto-suffisent en elle-mêmes et n'ont pas vraiment besoin de faire de références à autre chose ou d'appartenir à une scène ou un son en particulier. On peut voir ça sur les pochettes au design souvent plat, gris et minimaliste.

All releases are self-sufficient pieces of works, hardly referring outside themselves, not trying to be part of a "sound" or a "scene". This can be easily seen on the often kind of flat, grey, minimalist artworks.

Service vient de sortir une compilation pour ses dix ans. Les choix n'ont pas été trop durs à faire ?
The label has just released a free compilation for its tenth birthday. Was it not too hard to select the tracks?

Je voulais que cela soit évident et magistral. Et que tous les artistes soient représentés. Et que le flow des morceaux soit bon. Et inclure le nouveau single de Ikons, ''Free Spirit'', pour aller de l'avant, comme une fenêtre sur le futur.

I wanted it to be obvious and majestic. And of course cover all artists. And have a nice track order flow. And include Ikons' new single Free Spirit for pointing forward, futurewise.

Quel est le futur proche du label ?
What’s gonna happen in the near future for Service Records?

Life Rhythm, le nouvel album phénoménal de Ikons, que je considère comme la version suédoise de Screamadelica. Swedendelica peut-être? C'est vraiment génial. Le premier morceau, Free Spirit, est téléchargeable dès maintenant sur notre site et la toute nouvelle vidéo pour le single Sister est à visionner par . Et un peu plus tard, un nouvel album de The Embassy !

A new phenomenal album by Ikons called "Life Rhythm", which I think of as kind of a Swedish Screamadelica. A Swedendelica? It's really amazing.
The first track Free Spirit is downloadable now on our site and a brand new video for another single, Sister, here. And later this year: finally a new Embassy album!

Et le futur... dans dix ans ?
And the future...In another ten years?

Comme l'ont dit les Sex Pistols: No Future.

Like Sex Pistols says: No Future

Podcast : le top ten d'Hartzine

TOP  SERVICE RECORDS by Hartzine à écouter sur Spotify

01. The Embassy - Some Indulgence
02. Kool DJ Dust - Driverunserver
03. The Embassy - New Plans
04. Ikons - Honey
05. Forest - Out In The Streets
06. The Whitest Boy Alive - Burning
07. The Tough Alliance - Koka-Kola Veins
08. Erik De Vahl - Summertime
09. Lake Heartbeat - Golden Chain
10. Franke - Öppna Alla Dörrar Och Fönster


25 Years & Running

25ynrvisuelpapou1site« La Suède, toujours la Suède ». La capacité de ce pays à sortir les meilleurs groupes baléariques, indie-dance ou nu-krautrock de ces dernières années n'est plus à démontrer. En revanche, voir ces mêmes groupes sur une scène française est chose beaucoup plus ardue.   La toute jeune structure parisienne 25 Years & Running s'est donnée pour ambition de combler ce manque. Hartzine a demandé à Benjamin et Noe, les deux personnes derrière celle-ci, de répondre à un questionnaire un brin administratif. Vous trouverez en bonus une mixtape illustrant leurs propos passionnés.

Date et lieu de création
Il y a eu deux années importantes dans l'histoire de 25Y&R : 1985 et 2010. A Paris.

Vocation et activité principale
Booking / promo. Et aussi pas mal d'autres choses...
http://www.youtube.com/watch?v=gPJG7r_hCKM

Artistes soutenus
25Y&R se comprend comme le prolongement de l'activité parisienne du label de Stockholm Service. De ce fait, nous avons un lien originel fort avec les groupes qui sont - ou qui ont fait un passage - sur SRVC. Nous ne sommes pas des amateurs de musique suédoise par principe, mais il se trouve qu'un certain nombre de groupes que nous plaçons au sommet de la hiérarchie de la pop mondiale vient de villes comme Göteborg et Stockholm. Nous aimons tout autant certains groupes américains, par exemple, mais le destin a fait que, au cours de nos nombreux voyages en Suède, nous avons rencontré les membres de ces groupes qui se sont révélés être des personnes d'une générosité et d'une richesse rare, et avec qui nous avons tissé des liens d'amitié. Ce mélange d'admiration et d'affection est la matière fondatrice de 25Y&R. A ce jour, notre roster comprend : Museum Of Bellas Artes / Bandjo / jj / nhessingtons / ceo / lissvik (studio) / Jackpot / Santa Monica Track Club.

On est également sur un grand nom du r'n'b américain féminin, mais il est peut-être un peu trop tôt pour en parler... Affaire à suivre...

Ambitions et projets

L'objectif que nous poursuivons est identique à celui des groupes que nous représentons : toucher le plus grand nombre avec les meilleures chansons possible, tout en restant dans une démarche de création artistique - c'est-à-dire ne jamais copier ou répéter des choses déjà faites. A ce titre, l'ennui que suscitent chez nous des courants musicaux qui tournent en rond et au sein desquels les groupes semblent prendre plaisir à se copier entre eux (neo shoegaze / lo-fi et plus récemment « chillwave » - nous ne sommes pas sûrs de l'appellation adaptée à ces courants musicaux - et nous ne sommes pas sûrs de vouloir le savoir) est également constitutif de notre engouement à promouvoir les groupes que nous aimons passionnément et qui nous font découvrir des émotions nouvelles.

Dans les mois qui viennent, plusieurs choses vont nous occuper. On peut ici évoquer le nouveau projet DJ de Sarah Assbring (El Perro del Mar) et Jacob Haage (Bandjo). Durant le DJ set, Sarah chantera sur les morceaux du mix. Vous pouvez vous faire une idée de l'esprit du projet ici.

De plus, nous allons sortir les deux nouvelles signatures du label Force Majeure, le label suédois qui monte. Museum of Bellas Artes est une formation composée de trois jeunes Suédois obsédés par l'écriture de chansons pop parfaites. Bandjo est un groupe plus complexe. La beauté subliminale de leur premier album, qui allie avec une rare subtilité krautrock, new-wave et prog suédois des années 1970 (nous non plus on ne sait pas ce que c'est) ne s'est révélée pleinement à nous qu'après plusieurs écoutes. Il s'est peu à peu imposé comme une évidence, tant il rompt sèchement et intelligemment avec la scène balearic pop dont le tour a, nous semble-t-il, été fait. 25Y&R est aujourd'hui à la fois fier et particulièrement excité à l'idée de représenter ces deux groupes en France.

Enfin, à intervalles réguliers, les deux DJ parisiens du Santa Monica Track Club éclaireront dans les bars et clubs de la ville-lumière les balises qui indiqueront les différentes routes et directions prises par 25Y&R. Voici leur page sur notre site : http://www.25yearsandrunning.fr/smtc.html

Mixtape

01. MBA – Watch The Glow
02. Studio – No Comply
03. Nhessingtons – For Always
04. Jackpot – Uno Dos Tres
05. Frankie Knuckles – Bad Boy
06. Suicide – Ghost Rider
07. Christophe – Rock monsieur
08. Velvet – Sweet Jane
09. Bandjo – You & The Sun
10. The Durutti Column – Never Known
11. The Verve – A Man Called Sun
12. Lissvik – B1


Nocturnes mix for Hartzine

nocturnesSi vous avez pris le temps d'écouter la dernière mixtape mensuelle de la rédaction, vous vous serez surement arrêté(e)s sur le titre de Brassica intitulé New Jam City. Cette pépite disco étonne par sa consistance et sa profondeur, le thème central de la piste en question étant sûrement le truc le plus addictif entendu ces derniers mois.

Nous devons cette découverte au label berlinois Nocturnes, structure à l'objectif simple : sortir de la musique dansante et mentale. JR Seaton, à la fois boss et artiste du label, nous a envoyé ce mix à mi-chemin entre la vieille mixtape et le set live (JR est à la base un DJ techno). La playlist résume bien l'esthétique sonore défendue par le label : « immaculate expensive night music ».

Mixtape


Download/télécharger

Tracklist

1. Other People Place - Sorrow and Cup of Joe
2. Pete Shelley - Witness the Change
3. The Isolators - Concentrate On Us
4. Brassica - New Jam City
5. Harold Groskopf - Emphasis
6. Twinkranes - Fizz Not Feedback
7. Eddie Kendricks - Thank You...
8. Fast Eddie - Yo Yo Get Funky
9. Edited cuts - JR Seaton
10. Dexter - Intruder
11. Gichy Dan - Cowboys & Gangsters
12. Liaisons Dangereuses -  Peut-Être Pas
13. Dinosaur L - Go Bang (Unreleased Mix)
14. The Stooges - No Fun
15. WAR - Flying Machine (The Chase)


Desire l'interview

8332_257450065197_249426295197_8706763_1707281_nOn avait déjà parlé de Desire Records sur Hartzine à l'occasion de la sortie de l'EP de la nouvelle hype EBM //Tense//. Suivant une ligne artistique sans équivalent en France, il nous paraissaît intéressant de nous attarder sur ce label géré par Jérôme Mestre, ancien du shop Rough Trade à Bastille (entre autres). Commerce 2.0 et nuance de ton au programme de cet entretien qui ne fait que confirmer tout le bien que l'on pensait de cette structure.

Tu as un parcours conséquent dans le monde de la musique : patron du shop Rough Trade parisien à 25 ans, responsable de Chronowax et Artefact, puis maintenant affilié à la radio collaborative virtuelle Official FM (ex Fairtilizer). Tu n'a jamais été réellement déconnecté de la musique indé. J'ai donc envie de te demander dans un premier temps : aimes-tu toujours autant la musique ?

Jérôme : Oui ! Je trouve que la crise du disque n'est pas une crise de la création musicale. Tous les jours de nouveaux groupes débarquent et proposent des choses enthousiasmantes. Je crois d'ailleurs que je n'ai jamais autant acheté de disques que ces deux dernières années.

A la vue de ton parcours, on observe que tu t'es progressivement éloigné de la sphère réelle du business musical. Quel est ton regard sur les nouveaux modes de « consommation » de la musique (liés au 2.0, dont le streaming) ?

En fait, tant que les disques se vendaient bien, le boulot chez un distributeur était assez excitant. Mais depuis 4/5 ans ce n'est plus marrant du tout. Par contre je pense que le métier de disquaire a un avenir devant lui : les Fnac et autres Virgin ne proposent plus rien d'intéressant et laissent donc le champ libre à une nouvelle génération de magasins de disques.
En ce qui concerne les nouveaux modes de consommation de la musique, je ne peux être qu'enthousiaste. Même si la rémunération des titres en streaming est quasi-nulle, c'est une véritable opportunité pour les artistes ou labels de faire découvrir leur musique. Le streaming est une alternative aux radios FM que nous avons connues jusqu'à peu.

On voit que la vente d'albums n'est plus la priorité des acteurs virtuels de la musique, ou du moins que cela n'est plus exprimé ainsi ; quelle est donc la finalité de cette exploitation virtuelle de la musique ?

Tout simplement se faire connaître et entretenir une relation directe avec ses "fans". Et ensuite pourquoi pas vendre sa musique ou faire du merchandising en direct.

15762_311398870197_249426295197_9590962_724029_nQuelle est la place de « l'underground » là-dedans?

Ce sont généralement les groupes « underground » qui sont les plus actifs sur les réseaux sociaux et qui testent en premier les nouvelles solutions technologiques.

Ton parcours doit être riche en rencontres. Quand on pense à Rough Trade, on pense notamment à Ivan Smagghe et Arnaud Rebotini. Est-ce que cette époque a réellement modelé vos esprits et votre exigence ?

Bien sûr. C'était en plus une époque où, pour la première fois depuis le début des années 80 et des groupes comme Metal Urbain ou Stinky Toys voire plus tard avec la vague minimal/cold, que la scène française avait une crédibilité internationale avec l'avènement de la scène électronique. Donc on avait cette connexion directe avec l'Angleterre et les Etats-Unis avec ce qu'on recevait et aussi une relation privilégiée avec les artistes locaux. Je ne peux pas répondre pour Arnaud et Ivan mais c'est clair que je ne serais pas là où j'en suis sans l'aventure Rough Trade.

Est-ce que tu te retrouves dans ce qu'ils font actuellement ?

J'aime beaucoup ce que fait Arnaud ces temps-ci. J'aimerais travailler avec lui pour un projet sur Desire. Il faut que je trouve un concept intéressant à lui proposer.
Je suis moins en contact avec Ivan mais j'écoute régulièrement les mixes qu'on retrouve à droite ou à gauche sur le net. J'aime beaucoup le côté radical et sans compromis de ses mixes. Je connais moins son travail de production. Je lui ai demandé de participer à une compilation de reprises de Cabaret Voltaire et il a accepté.

Recentrons-nous sur Desire Records. Quelle est donc l'idée derrière ce label ? Est ce de l'artefact 2.0 ?

En fait c'est plus une opportunité qui m'a incité à démarrer Desire il y a un an. Un ami qui dirige le distributeur Module m'a proposé de signer des groupes plus pop pour son label in-house et au cours de la la discussion le projet a évolué vers la création d'un label avec une identité propre. En plus je venais d'arrêter de booker des groupes pour la Flèche d'Or et j'avais eu pas mal de bons contacts avec certains. Et c'est  vrai que l'idée d'un label me taraudait toujours. On peut voir la continuité avec Artefact dans une envie d'éclectisme et l'envie de signer des disques par envie et non par calcul.

Peux-tu nous présenter rapidement chaque artiste de ton catalogue ?

Ma première sortie était le premier album de Project:KOMAKINO, un groupe anglais de post-punk inspiré par Joy Division bien sûr mais aussi The Sound ou The Chameleons. Ensuite il y a eu Kasms, un quartet devenu trio il y a peu qui joue une musique elle aussi largement influencée par le post-punk des années 80 mais avec une touche plus agressive et débridée.
J'ai ensuite sorti un EP de //TENSE//, le projet solo d'un jeune Texan. C'est nettement plus électronique mais toujours avec un format chanson. Son album vient de sortir en vinyle et sera disponible en CD courant septembre.
Aussi disponible depuis quelques jours, le premier album de The Present Moment, le projet solo d'un Californien. Il évolue entre ambiances gothiques et électro-pop racée.
Autre album de la rentrée, Nord d'Ike Yard, groupe post-punk électronique mythique qui vient de se reformer après vingt-cinq ans.
Demontré est un jeune quartet anglais produit par James Aparicio de DiscError Recordings. Ils jouent un rock atmosphérique et sombre qui n'est pas sans rappeler The Cure.
J'ai entamé une série de 7" avec un deux titres de Loom 11, le projet solo d'Elon Katz, membre du groupe électro-pop de Chicago White Car. Le son est plus intense, sombre et rugueux.
La seconde sortie de cette série sera l'oeuvre de Der Ventilator, un groupe espagnol, lui aussi produit par James Aparicio. Leur musique est à rapprocher de Liars et HTRK.
Viendront ensuite le premier album de Joie Noire, entre krautrock et post-disco, un split 7" partagé par deux groupes électro-dark-pop de Portland, Soft Metals et Jewels Of The Nile, un EP du groupe électro-grunge new-yorkais GHXST, un 7" des Italiens Too Young To Love, un 7" par le groupe indie anglais Televised Crimewave, un 7" par les néo-gothiques américains de Blessure Grave et un par les Canadiens de Cosmetics.

Quelles références (musicales, picturales...) as-tu en tête au moment des choix artistiques ? Dark, no black : c'est ta ligne de conduite ? Quelle est la nuance ?

En fait c'est plus un jeu sur les mots qu'autre chose. Mais c'est vrai que dans dark (sombre) il y a des nuances qu'on peut retrouver dans les différents groupes du label. Black est plus uniforme peut-être.
Je n'ai pas vraiment de ligne de conduite pour les choix artistiques en fait. J'ai toujours préféré les groupes sombres et difficiles que les trucs pop sautillants. Même si j'aime bien des trucs plus formatés, il doit toujours y avoir une fêlure pour que j'accroche vraiment, que ce soit en musique, en cinéma ou autre.

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Tu dois inaugurer prochainement une série de singles vinyles en tirage limité. Un bon moyen de travailler sur l'objet en tant que tel ?

Oui mais pas uniquement. C'est aussi un bon moyen de commencer à travailler avec un groupe avant de s'engager sur un format long. Ça me permet aussi de sortir des disques avec des groupes déjà signés ou en passe de l'être comme Soft Metals. Et l'approche artistique est différente sur un single. On ne peut pas se permettre d'inclure un titre qui pourrait trouver sa place sur un long format mais qui dans un format court ne serait pas à sa place. L'approche est totalement différente d'un album où on peut jouer plus sur des ambiances.

A-t-on une chance de voir des plateaux Desire Records tourner en France ? Est-ce que le booking te paraît être une activité incontournable car complémentaire du reste pour les labels « underground » ?

J'aimerais bien mais pour l'instant rien n'est vraiment prévu. Demontré, Televised Crimewave et Project:KOMAKINO doivent venir en France avant la fin de l'année et Ike Yard en 2011. Le booking est un véritable métier et je n'ai pas vraiment le temps ni l'envie de m'en occuper pour le moment. Peut-être plus tard.

Je te laisse le mot de la fin pour nous détailler l'actualité et les sorties à venir de Desire...

Pour ce qui est de l'actualité, plusieurs albums sont sur le point de sortir. Il y a le premier album de //TENSE// en CD, LP et digital. Une sortie cassette est prévue avec pas mal de remixes. Nord, le nouvel album de Ike Yard est prévu également en septembre en CD et digital. Le vinyle est prévu pour plus tard. The High Road, le premier album de The Present Moment, est sorti en édition très limitée en cassette et CD-R. Il sortira également en digital.
Sinon est prévu pour septembre un EP de Demontré (CD, 12'', cassette et digital). Un EP de remixes de Project:KOMAKINO est aussi prévu pour la rentrée ainsi qu'un nouvel EP de //TENSE//. Sur le front des singles, le premier 7" de Loom 11 est sorti. A venir un Televised Crimewave, un double 7" de Der Ventilator, un split Soft Metals / Jewels Of The Nile, un 7" de Cosmetics avec l'aide d'un producteur parisien, un de Too Young To Love et enfin un de Blessure Grave.
Pour 2011 j'ai un EP prévu avec GHXST et un de Relics. J'aimerais aussi finaliser la sortie du nouvel album de You Animals et un projet de BO. Il faut aussi que j'avance sur ce projet de reprises de Cabaret Voltaire...

Audio


Who are you La Station Radar?

Micro-label aussi bien porté par la boulimie de ses deux instigateurs que par le bleu du ciel du Lubéron, la mystérieuse fabrique d'orfèvreries musicales qu'est La Station Radar méritait enfin que l'on s'attarde longuement sur son cas. Tour de ce prorpiétaire unique en son genre  en une interview documentée , une élégante mixtape  et une chronique de choix.

Pourquoi et qui se cache derrière ce nom étrange de La Station Radar ? Et d'où vous est venue l'idée de monter un label ?

Jérôme : L'idée du label nous habitait depuis longtemps mais tout a pris réellement forme à Glasgow. En 2001 nous avons décidé de partir en Ecosse… Ce fut une révélation avec des rencontres déterminantes pour la suite et la création de La Station Radar DJs (chaque dimanche à la 13th Note et mensuelle avec projections au Stereo). C’est à ce moment-là précisément qu’on s'est dit que c’était possible. Nous étions en immersion totale. On a travaillé tous les deux à la 13th Note puis ensuite au Mono et au Stereo. Toute la scène locale et internationale passait par là, toute cette énergie nous a boostés pour la création du label. Et puis l’émergence de ces micro-labels DIY comme U Sound de Tom Greenwood, Heavy Tapes, Time-Lag Records ou American Tapes a été une révélation pour nous.

Fleur : Je crois qu'on l'a toujours eue dans nos têtes, secrètement d’abord et puis nous l’avons partagée ensemble. La Station Radar c’est un mélange d’idées, un couple aussi et surtout un rêve commun… Le nom « La Station Radar » est tiré d’un album de Captain Beefheart ; ce groupe représente exactement ce qu’on voulait faire avec le label : un incroyable mélange de style. A l’origine nous étions quatre, avec nos deux acolytes Benoit et Colin des Gummy Stumps (qui est à l’origine du collectif). De retour en France nous nous sommes replongés dans le silence et nos rêves.… patience ou réflexion... ou les deux à la fois… On a pris le temps, surtout pas de bousculade. Et en 2008, on s’est réveillé, et on s’est enfin jeté à l’eau…

l_2f0de95186e141db94feb75af5b34906Vous avez débuté votre activisme à Glasgow, ville à la scène musicale foisonnante et vous le poursuivez désormais au cœur de la Provence où musicalement parlant, pas grand-chose n’à émergé ces derniers temps. Pourquoi ce choix et avez-vous modifié votre façon de fonctionner ?

Jérôme : De retour en France, black out, il a fallu reprendre un nouveau souffle, un nouveau rythme. La Provence… non ce n’est pas notre idéal musical, malgré quelques structures très chouette comme l’Embobineuse ou le Montevideo de Jean-Marc Monterra…  Je ne dirais pas que nous avons changé, nous avons principalement évolué vers internet.

Fleur : Oui, C’est un choix très contrastant avec Glasgow, surtout où nous sommes, dans le Lubéron. Et c’est pourtant cette tranquillité, cette chaleur moite qui entretiennent un certain farniente local, qui nous donne des ailes. Ici, on ne se laisse pas dissiper. On n’a pas d’autres choix que de se concentrer sur ce qu’on veut faire. La Provence c’est aussi un retour aux sources : Jérôme est originaire d’ici, moi j’ai balloté entre Marseille et Toulon. Mais cette destination n’est pas gravée dans le marbre, on ne prépare pas notre avenir en faisant des plans de vie. Rien n’est prévu. Et on n’exclut pas de retourner vivre à Glasgow ou de partir ailleurs.

Comment définiriez-vous l’esthétique du label ? Et pourquoi sortir encore des vinyles et autre CD-R à l'époque du tout digital ?

Fleur : Je dirais tous simplement que j’aime le dessin, le collage, les traits noirs (une vraie obsession chez moi), j’aime la photographie (que j’ai délaissée depuis quelques années pour le dessin). Nous partageons les mêmes goûts. Tout ça ressort forcément dans l’esthétique.C'est très instinctif en fait et le label est à voir comme une continuité – un prolongement de nous même autant dans le graphisme que dans la musique. Nous avons voulu dès le début créer une atmosphère visuelle qui nous ressemble.  Nous sommes des « mangeurs » de vinyles, CD-R, CD et cassettes. Pourquoi cela devrait-il être différent avec notre label ? Nous tenons à laisser le choix des visuels des pochettes aux artistes, nous définissons alors le type de support et suivons la création, jusqu’au choix final et la mise en fabrication. Mais il arrive aussi qu’on nous demande de créer l’artwork, et c’est plutôt très chouette... Nous avons aussi créé une série qui regroupe de minis CD-R, la Fake Tape Série, pour laquelle nous créons les artworks, tout est fait main, en petite édition.

Jérôme : Pour nous, ce n’est pas une nostalgie de sortir des disques aujourd’hui, c’est une réalité. C’est vrai qu’on est au tout digital, mais bizarrement il y a des structures qui naissent un peu partout pour sortir des disques et autres cassettes. Pour ce qui est du digital,nous allons justement nous y pencher avec une collaboration avec le label digital Beko DSL en janvier 2011.

Comment choisissez-vous les artistes que vous souhaitez sortir ? Autrement dit quels sont vos rapports avec eux ?

Fleur : Internet internet internet - et aussi des artistes qu’ont suit depuis un moment, comme par exemple Richard Young et Andrew Paine... On marche au coup de cœur – comme tout le monde je pense – enfin cela me semble normal… Ça commence généralement par un échange de mail, puis une histoire prend forme (ou pas). Je reprendrai la première impression que Joseph Ghosn a eue de notre label : il y a vu une « belle indiscipline ». Et c'est ça La Station Radar. Chez nous se côtoient la pop et l’expérimentale, le folk et de la musique plus sombre ou des choses plus noise… Et ce n’est pas parce que nous sommes indécis, au contraire nous savons exactement ce que nous voulons faire et ne pas faire.

Jérôme : Nous prenons contact directement avec les artistes. Nous recevons aussi des propositions. Ensuite nous prenons le temps de discuter avec l’artiste sur le format et l’esthétique. Certains d’entre eux sont des amis de longue date comme Liam Stefani (Skitter), Colin Stewart et Rob Churm (Gummy Stumps) ou Michael (du groupe Please, avec qui nous avons un projet en route), et d’autres le sont devenus. Il y a de belles rencontres (par internet) comme avec William Cody Watson (Pink Priest) avec qui nous avons continué de dialoguer en dehors des réalisations. Et enfin bien d’autres encore avec qui nous échangeons dès que nous le pouvons. Nous en avons rencontrés certains, comme Ela Orleans avec qui nous avons passé quelques jours à Glasgow. Et aussi de vieux rêves comme Smegma ; au départ on les a contactés pour rééditer une cassette des années 80 et Jackie (Oblivia) nous a proposé de sortir des nouveaux enregistrements et surtout un live avec les musiciens d’Airway et John Wiese. On n’a pas hésité une seule seconde. Nous continuons aujourd'hui à échanger.

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Le concept de la Fake Tape Série m'intrigue. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Fleur : Je suis très attachée aux créations qui se déclinent en série. Dans ce projet de Fake Tape Série, chaque musique, visuel et artiste peuvent être appréhendés individuellement. Une fois réunis, ils forment un tout. On voit alors la série dans sa globalité. L’approche n’est plus la même. Les pochettes de cette série sont directement inspirées par les fanzines photocopiés fait à la main. Elles sont toutes en noir et blanc et ont un aspect photocopié délibéré, c’est le dénominateur commun. Chaque Fake Tape est éditée à 50 exemplaires sur papier recyclé (tout est fait main). Fake tape, « fausse cassette », parce qu’on est parti du format des cassettes, mais que ce sont des minis CD-R.  A travers cette série, on a eu le privilège de travailler avec des artistes reconnus qui ont été emballés par le concept comme Alastair Galbraith, Neil Campbell, Richard Youngs, Andrew Paine et bientôt Oblivia (de Smegma), qu’on n’a pas hésité à mélanger avec des artistes récents : Archers By The Sea, Daniel Klag, Skitter, Bird, Lee Noble, Dirty Beaches, Yannis Frier, Pink Priest, Indian Camp… Et bientôt Enfer Boréal, Je Suis Le Petit Chevalier, Heavy Hawaii, Cloud Nothings, Skitter With Ela Orleans, et d’autres en cours de réflexion…

D'où est née l'idée de la compilation La Station Radar sortie récemment ?

Jérôme : Elle est venue d’un besoin de mettre sur un même support tous ces groupes émergents ; on a ressenti une effervescence musicale et on a voulu la graver à jamais. On ne pensait pas mettre un an pour l’élaborer. Les premiers groupes à nous avoir donné les morceaux comme Cloud Nothings et Blessure Grave avaient explosés entretemps. On a demandé à Pink Priest et Jeans Wilder de participer en nous proposant des groupes qu’ils aimaient. Après avoir procédé à un choix final, il nous a fallu deux semaines pour trouver le bon ordre, la bonne combinaison. On y a passé quelques nuits… Je me suis occupé du mastering et de la mise en place des morceaux. Fleur a pris en charge la création de la pochette.

Vous effectuez un gros travail de stylisation de vos sorties. Le contenu est-il aussi important que le contenant ? Vous restez de véritables fétichistes de l'"objet disque" ?

Fleur : Je vois le contenant comme une attention particulière pour mettre en valeur le contenu, une cerise sur le gâteau, une bonne ou une mauvaise (à chacun de voir). Nous prenons soin des artworks et des rendus. Il y a toujours une réflexion derrière une sortie. L'objet, le visuel, la pochette accompagnent la musique. Mais je ne pense pas pour autant qu’ils soient plus importants ; ils nous permettent de donner des informations et mènent à un autre niveau de lecture. Je ne me considère pas comme une fétichiste de l’objet disque ; j’aime le disque vinyle, c’est sûr, mais j’aime les autres formats tout autant. C’est vrai que j’aime prendre l’objet dans ma main, le sentir, le regarder encore, le laisser là à la même place un petit moment pour mieux replonger mes oreilles dedans … Ça fait très rituel tout ça, haha ! Mais je fais ça avec beaucoup d’autres choses. J’ai des boîtes « à trésor » comme dit Théo (notre fils de 4 ans) où j’aime revenir et replonger ma main. Ce sont des images que je découpe depuis plusieurs années et que je garde. J’ai aussi une passion pour les livres-dessins ou les livres-photos comme j’aime les appeler… Et forcément ça nourrit notre propre approche de la création. Enfin c’est un peu envahissant tout ça… Chacun accepte les obsessions de l’autre.

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Joseph Ghosn, en parlant de vous dernièrement via son blog, affirmait qu'il ne se souvenait pas d'une époque aussi "prolifique" pour la musique. Partagez-vous ces propos ?

Jérôme : Il a raison, il n’a jamais été aussi facile de faire, d’enregistrer et de diffuser sa musique, ce qui donne une explosion de groupes, d’anonymes qui diffusent leurs morceaux dans le monde entier via internet. L’underground n’a jamais été aussi simple d’accès. Il y avait avant un vrai travail de chercheur, il fallait être sur le terrain et trouver les fanzines. Aujourd'hui, Il y a une effervescence de micro-labels, de structures, de blogs, et le web en est le principal instrument. Et ça incite à relever le défi. Cela permet à des petites structures comme nous d’être visibles. Nous produisons en petite quantité, nous gérons tout nous-mêmes de A à Z. Et c’est le cas de plein d’autres labels.

Cependant la félicité des labels n'est-elle pas ces derniers temps mise à mal avec l'avènement d'un média comme internet qui modifie notre façon d'aborder la musique en permettant de la diffuser à grande échelle à moindre frais ? Que peut encore apporter une structure comme la vôtre ? Et qu'est-ce qui vous distingue des labels plus conventionnels ?

Fleur : Avec internet, on peut diffuser sa musique à grande échelle. Chacun peut venir faire son petit marché et composer sa bande-son du jour presque gratuitement. Pourquoi continuer ? En toute honnêteté, nous ne réfléchissons pas à tout ça. Pour nous, notre but premier est de permettre à des artistes de laisser une trace physique de leur travail. Nous ajoutons à cela le contact humain, et un choix évident dans l’esthétique et l’objet. Les ventes permettent de sortir d’autres artistes. Nous avons, tous les deux, des occupations professionnelles la journée qui nous permettent de payer nos factures. Et qui nous ont aussi permis de lancer le label... Nous avons juste une énorme envie de faire et de créer quelque chose avec des artistes qu’on aime. Ce qui est peut-être différent chez nous, c’est que nous le faisons au milieu de nulle part, haha ! Nous nous levons le matin avec le même sourire, frétillant à l’ouverture de notre boîte mail ou à la première écoute de morceaux attendus. Il m’arrive (souvent d’ailleurs) de ne pas dormir parce que j’attends avec impatience un mail ou parce que j’écoute en boucle une prochaine sortie…

Vos collaborez de plus en plus avec d'autres structures comme Atelier Ciseaux et prochainement  Night People. Quels sont les avantages de tels partenariats ?

Fleur : Ces collaborations sont à voir comme des échanges entre personnes et une envie commune pour un artiste. Avec nos amis d’Atelier Ciseaux, nous en sommes à notre deuxième « collab » et on a l’impression de n’être plus seuls ici. Et ça fait du bien ! Tout a démarré par curiosité, je pense, avec une envie commune de savoir qui se cachait derrière chaque label. Et puis la première collab a pris forme. Nous avons alors partagé nos idées, nos visions, le stress lié à une sortie, et surtout la joie de sortir ce 45T de Terror Bird. Collaborer, c’est aussi passer du temps à se parler, à écouter l’autre et à faire des choix ensemble. Dernièrement, quelques verres nous ont permis de sceller ce début d'amitié. On essaye malgré tout de garder chacun notre propre identité, mais elle est forcément altérée - en bien. Nous allons sortir ensemble le premier album de Jeans Wilder en novembre prochainn et autant dire qu'il y a de l'excitation mélangée à de l'impatience, et tant mieux ! D'autres collaborations suivront certainement, nos deux labels ont emprunté la même route, c'est vrai que c'est une belle rencontre...

Nous avons d’autres collaborations prévues comme avec les labels Night People et Beko DSL, et nous sommes heureux d’annoncer une future collaboration avec le label Bathetic. Nous faisons ça le plus simplement possible. Nous choisissons de collaborer avec des labels dont nous aimons les artistes et avec qui nous avons une connexion. Il y a bien sur un avantage financier puisque nous partageons les frais de production. Nous nous partageons le travail pour la promo, nous joignons nos forces et multiplions les contacts. Nous découvrons aussi comment chacun travaillen et c’est très enrichissant. Cela permet de se remettre en question et d’envisager certaines choses différemment par la suite.

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Comment vous voyez-vous dans les prochaines années ? Vers quoi souhaiteriez-vous évoluer ?

Jérôme : Nous aimerions tout simplement continuer… En toute honnêteté, nous n’organisons pas de plan à long terme. Nous avons des idées que nous aimerions développer si cela dure encore suffisamment de temps, mais nous ne sommes pas encore en mesure d’en parler aujourd’hui, parce que pour l’instant ce ne sont que des rêves… Alors par superstition on va les garder encore entre nous deux comme nous l’avons toujours fait et nous verrons…

Qu'est-ce que vous nous mijotez pour la fin de l'année ?

Jérôme : Cette fin d’année sera marquée par le chiffre 2 : deux sorties en co-release, avec deux labels et aussi deux artistes qui split.

- Sortie du split entre Ela Orleans & Dirty Beaches, Double Feature, sous la forme d’un 33T, en collaboration avec le label Night People. Quand Shawn nous a contactés, on a dit oui sans réfléchir. On aime beaucoup ce qu'il fait avec son label. Ela Orleans et Dirty Beaches ont joué ensemble et de là est née l’idée du split ; c’est devenu un désir commun de collaborer.

- Sortie du premier album de Jeans Wilder, Nice Trash, en collaboration avec le label Atelier Ciseaux. Jeans Wilder a déjà sorti deux vinyles chez nous : un split avec Jen Paul (33 T sorti en septembre 2009) et un 45T, Simpler Times (sorti le 16 août 2010), ainsi qu'un 45T split chez nos amis d'Atelier Ciseaux avec Best Coast, et quelques cassettes sur Night People, Bathetic, etc.

Et aussi prochainement :

- Skitter with P6 (45T)

- Archers By The Sea (33T)

- Horsehair Everywhere (33T)

- Beaters / Ale Mania Split (45T)

- Dead Gaze (45T)

l_616d75cd98e946d5ba3a88c846749678Qu’elle est votre dernière grande découverte musicale et votre dernière claque scénique ?

Plus qu’une seule découverte (qui nous limite) voilà ce que nous avons écouté récemment, en dehors des prochaines sorties de La Station Radar qui tournent en continu, comme l’album d’Archers By The Sea qui a été notre disque de chevet pendant de longues semaines, l’album d’Horsehair Everywhere ou dernièrement le premier LP de Jeans Wilder.

Jérôme : J'ai beaucoup écouté Julian Lynch, oOoOO, Peaking Lights, Ducktails, High Wolf, Wet Hair, les Hexes de Pink Priest ; je me suis replongé avec joie dans le Flat Fixed et The Magik Fire de JOMF, Lunar Blues de MV & EE, Movietone, The Urinals et les vieux groupes de Flying Nun Dead C, The Clean, The Bats... Ma dernière claque scénique est plutôt une expérience sonore, L’été, j’accueille (où je travaille) pas mal d’artistes de festivals de jazz et de classique, et l’été dernier il y avait ce musicien, Hank Jones, qui a joué à l’époque avec Charlie Parker. Il voulait absolument un piano dans sa chambre, du coup les festivaliers lui ont trouvé un synthé, et un après-midi je suis allé l’écouter dans le couloir. Le son des accords était saturé et donnait un drôle d’écho dans le couloir, mélangé avec le bruit d’un aspirateur. J’ai ce jour-là entendu une drôle de musique.

Fleur : Dernièrement, j’ai beaucoup écouté les sorties de Night People comme Broken Water, le Blunt Instrumental EP de Tyvek, Parade of Thoughts / Can't Sleep d'Yves/Son/Ace, et j'ai aussi beaucoup réécouté Imaginary Falcons de Peaking Lights. Lacompilation du label Clandestine Records est longtemps restée sur la platine et dans mes oreilles… Ah oui ! Et je ne me sépare pas beaucoup d’Harry Smith’s Antology of American Folk Music, le volume 2 (Social Music) que j’ai acheté lors de notre dernier séjour à Glasgow en février. Et trés récemment j'ai découvert le travail de Felicia Atkinson qui m'a donné envie d'en écouter davantage. J'aime beaucoup ce qu'elle fait. Ma dernière claque scénique a été Ela Orleans. Je l’ai découverte pour la première fois sur scène à Glasgow justement. Ce concert était bien parti pour ne pas se faire… Pendant la balance, la prise s’est mise à cramer et sur le coup, on pensait que le matos avait fondu aussi… Non heureusement ! Il a fallu qu’on trouve une prise de rechange avec branchement américain, pas facile à deux heures du concert, mais on a trouvé… On refait les tests : tout marche. Et puis là d’un coup sa guitare pète sous ses doigts ! Heureusement, le guitariste des Gummy Stumps lui a prêté la sienne. Je ne sais pas comment elle a fait pour gérer un tel stress… Et elle nous a tous subjugués, avec ses loops et sa voix en écho… On l’a filmée évidemment, et de temps en temps je me refais le concert en solo.

Le mot de la fin ?

Haha... Not today… Non, vraiment... Merci.


Merci à Fleur et Jérôme  pour leur disponibilité, leur  enthousiasme et leur patience.


Veronica Vasicka (Minimal Wave) l'interview

Minimal Wave, label éponyme de ce genre des années quatre-vingt, réédite depuis 2005 des perles obscures et oubliées d'Oppenheimer Analysis à Moderne en passant plus récemment par Deux. Et derrière tout ça se cache la discrète mais passionnée Veronica Vasicka qui, au bout de six ans, a réussi à monter un des labels les plus intéressants  pourtant fondé uniquement sur des rééditions. La patronne s'explique pour Hartzine sur ses débuts, son futur et ses différents projets....

Pourquoi as-tu lancé ton propre label ?

En 2003, je tenais une émission de radio sur East Village Radio, "Minimal-Electronik Plus" (devenue plus tard "Minimal Wave"). Je voulais que l'émission soit éducative et je m'étais lancé le défi d'amener deux heures de nouveautés chaque semaine. J'étais particulièrement intéressée par la musique synthétique des années quatre-vingt, qui m'avait déjà marquée à l'adolescence. Du coup, je me suis focalisée sur cette période pré-new wave : minimal synth et coldwave. J'ai commencé à faire de plus en plus de recherches et réalisé que beaucoup de bonne musique n'avait pas été proprement sortie. Le point déterminant a été la fois où j'ai joué dans un petit club et j'ai mis The Devil's Dancers par Oppenheimer Analysis, qui était seulement sorti en cassette à 200 exemplaires. Le public a immédiatement bien réagi ; il venait à la cabine du deejay pour demander ce que c'était. Cela a été déterminant pour le lancement du label, et m'a fait prendre conscience que je n'étais pas la seule à aimer ce genre.

Peux-tu nous décrire, avec tes mots, ce qu'est la minimal synth / minimal wave ?

Le terme minimal wave est apparu il y a peu de temps, dû au regain d'intérêt envers les racines du pré-midi electronic new wave (1978-1985), émanant principalement d'Amérique du Nord, d'Europe et du Japon. Cette musique est souvent référencée comme minimal electronic, minimal synth, cold wave, new wave, techno pop ou synthpop, tout dépend des particularités du genre, de l'année et de l'origine du groupe. Beaucoup de ces derniers enregistraient leur musique sur cassette ou vinyle qu'ils distribuaient eux-mêmes. Ils créaient leur musique avec des synthés et des boîtes à rythme qui restaient fidèles aux sons de batterie obtenus en faisant de la programmation sur synthé et des mélodies fines et pleines de treble. Ils mettaient l'accent sur le son artificiel du synthé au lieu de le faire disparaître. Les éléments principaux : un beat mécanique, répétitif et des vocaux en contrepoint de ce côté artificiel. Les groupes n'ont jamais essayé d'utiliser les synthés afin d'imiter les groupes pop mainstream de cette période. Cependant il est vrai que certaines structures de chansons sont similaires à celles de la pop. On obtient une new wave très épurée. Comme le disait Jeremy Kolosine (l'un des membres fondateurs du légendaire groupe de synthpunk Futurisk), dans Alternative Rythms (juillet 1983) : "On peut espérer que le concept de "synthpop" disparaisse. Ça peut paraître étrange de me l'entendre dire ; mais si la "synthpop" disparaît, alors on utilisera les synthétiseurs."

Il y avait plein de genres qui émergaient pendant les années quatre-vingt. Pourquoi as-tu choisi ce style en particulier ?

Ce n'était pas un choix conscient. J'ai une passion pour ce genre. Peut-être que tout a commencé lorsque j'ai reçu, à 11 ans, pour Noël, un Casio SK-1, ou peut-être la station de radio indépendante que j'ai écoutée pendant ma jeunesse et dont je faisais des compilations grâce à mon radiocassette .

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Peux-tu nous décrire la manière dont tu procèdes pour sortir un vinyle ?

Premièrement, je contacte le groupe et vois s'ils sont intéressés par une réédition de leur musique. S'ils sont d'accord, je leur demande tous leurs morceaux et ensuite je sélectionne ceux qui sont, à mes yeux, leurs meilleurs ou ceux qui, ensemble, donnent un album des plus logiques. Ensuite nous faisons le mastering. Puis je fais la tracklist, et écoute en continu les morceaux jusqu'à ce que j'aie une idée pour l'artwork. A 90% je le fais moi-même, à moins que je me sente coincée et donc là je fais appel à d'autres artistes. Et pour finir nous envoyons les tracks et l'artwork à l'usine pour qu'ils nous fassent l'album.

Tu as choisi le format vinyle. Pourquoi ce choix ? Penses-tu que cela fait partie de l'image de la minimal wave ?

J'aime le vinyle pour le côté tactile qui est perdu avec le format digital (cd et téléchargement). J'aime que l'artwork amène à un autre niveau d'écoute et aussi la graduation visible sur le vinyle. L'art et la musique sont pour moi très connectés, le vinyle fut donc un choix naturel. Je pense qu'ils s'améliorent les uns les autres : vinyle, pochette, notes.

Tu as aussi créé un sous-label à Minimal Wave, Cititrax. Pourquoi cela ? Que voulais-tu explorer ?

J'avais envie de créer un label pour la musique que j'apprécie qui soit autre que de la minimal wave. J'aime beacoup les débuts de la house de Chicago et les nouveaux groupes qui utilisent les synthés d'une façon moderne. Tandis que Minimal Wave a généralement un côté froid et sombre, Cititrax est plus solaire. J'ai réédité un album culte de Chicago Z-Factor, The Dance Party Album, peut-être un des premiers exemples de house et probablement le seul album de house. Il y a aussi un groupe, Medio Mutante, qui
"wrings a mutated blend of raw and propulsive energy from their limited analogue gear." [torture un mélange mutant d'énergie brute et propulsive de son équipement analogique limité].

Tu fais aussi de la musique au travers de ton projet 2VM. Est-ce un cheminement logique ? Comment as-tu produit cet EP ? Avec l'aide de Marc Houle ?

Oui, bien sûr. Nous étions ensemble et partagions un studio ensemble. Je faisais déjà de la musique de mon côté et nous avons décidé de collaborer. 2VM était un projet à deux, et nous avons enregistré environ une trentaine de morceaux. Nous les avons envoyés au label allemand Genetic qui les a immédiatement sortis (l'EP Placita). Eventuellement, les autres verront un jour la lumière du soleil.

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Ton label vient juste de sortir la compilation The Minimal Waves Tapes parmi d'autres tels que The Found Tapes, The Lost Tapes, etc. Quel est but de faire une compilation ? Comment décides-tu quels artistes seront sur une compilation et lesquels méritent une édition complète ?

Les compilations servent d'introduction pour les novices. J'ai commencé à faire des compilations car j'aimais en faire pour mon émission de radio, et essentiellement parce que c'est sympa de combiner des tracks qui vont bien ensemble. Je prends un réel plaisir à les faire, mais cela prend plus de temps vu le nombre d'artistes impliqués. Parfois, acheter la licence d'un morceau pour une compilation amènera à une sortie complète, comme pour Deux et Futurisk. Ce n'est pas tant à propos de quels artistes méritent une édition complète ou non, ça arrive naturellement lors de discussions.

Tu es aussi DJ. Comment va la nuit à New York ? N'est ce pas dur d'être une artiste dans cette ville ?

C'est vraiment bien. La vie nocturne s'est améliorée ces dernières années. Il semble que devant la crise économique, les gens cherchent plus à se libérer, à sortir. Cela a été  particulièrment bien pendant la période estivale. Je mixais une fois par semaine depuis le printemps et c'est  dur de trouver des dates. Je n'ai pas d'agent ou de RP. Tout se fait par le bouche-à-oreille. Et je réalise que plus je joue, plus les personnes entendent ce que je fais, ce qui amène à de meilleures dates. J'ai récemment mixé au MoMA (Museum of Modern Art) pour une exposition sur la typographie. Un vrai honneur. Le 10 juillet, je vais mixer au PS1 Museum à Long Island.

Tu as étudié la photographie. Souhaites-tu explorer d'autres formes d'art que la musique ?

Oui, j'ai une passion pour la photographie et je l'intègre dès que c'est possible aux albums. J'ai appris par moi-même les bases du graphisme donc cela me permet d'avoir un échappatoire et de toujours travailler pour le label. Je suis inspirée par la typograhie suisse, le mouvement futuriste italien et le mouvement situationniste des années cinquante et soixante.

Aurais-tu voulu signer des artistes sur Minimal Wave que tu n'as pas pu au final ?

J'ai toujours voulu sortir Space Museum de Solid Space. En 2005, j'étais en contact avec un des membres, Maf Vosburgh, au début du label, et je l'ai interviewé ainsi que les autres membres. Il a fini par me donner le master de l'album mais il reste toujours hésitant pour une réédition. J'aimerais toujours le faire !

Peux-tu nous en dire plus à propos du site internet ?

Je l'ai créé en 2005. Je voulais en faire une base de données en ligne autour de la musique de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt avec des interviews, des clips vidéos... Créer une communauté de fans qui peut avoir accès à une librairie virtuelle. J'ai été fortement inspirée par le livre International Discography of the New Wave: Volume 1982 / 1983 et par un magazine hollandais de musique des années quatre-vingt appelé Vinyl.  Mais après la sortie du LP d'Oppenheimer Analysis, je me suis plus penchée sur les activités du label, les futurs vinyles et j'ai créé des moyens pour que les gens puissent les écouter comme bon leur semble.

Quel est le futur de Minimal Wave ?

Je suis actuellement en train de créer un nouveau site internet qui sera plus interactif.  Il mettra en avant des évenements autour du monde, et la communauté qui s'est créée autour du label. Le label s'agrandit de plus en plus et sert de connexion pour différents groupes actuels qui ont le même esthétisme musical. Il y a beaucoup d'albums en devenir qui sont intéressants et j'entends bien les sortir. Je travaille aussi sur une sortie Italo pour Citiras, un artiste que j'admire depuis bien longtemps ! Tous ces futurs projets seront annoncés bientôt à travers le site internet.


Rencontre avec Twin Daisies Records

l_562ac0612cbd46f288f5416566e0141cLe monde de la musique est rempli d'esthètes du quotidien aux convictions bien trempées. Le genre d'individus débordant d'enthousiasme et dont la capacité à transformer le réel  pourrait faire peur au plus forcené des syndicalistes.  Nous avons rencontré l'un deux, du côté de Nantes, là où justement la musique souterraine française est souvent parvenue à bousculer les partis-pris des décideurs d'en-haut. L'artiste en question n'est autre que Smith Smith, membre du groupe Lokka, dont le premier album Gold & Wax (Joint Venture Records, 2010) produit par le trop méconnu Oldman nous avait enfin permis d'écouter un groupe autre que canadien capable de nous réjouir avec autant d'envolées post-rock et qui, en défricheur patenté vient tout juste,  avec Twin Daisies Records, de créer sa petite entreprise de trésors cachés. Petit tour du propriétaire en une poignée de questions et surtout de réponses bien senties.

Que faisais-tu avant d'être patron de label ?

Je ne me considère pas vraiment comme patron de label mais je peux faire semblant ! Twin Daisies Records est encore jeune et pour le moment je me verrais plus comme quelqu'un qui tente de mettre des artistes en valeur avec peu de moyen... Sinon j'ai occupé mes dix dernières années à travailler en intérim avec quelques périodes de chômage.

D'où t'es venue cette idée un peu folle de créer, développer et gérer un label indépendant ?

Ça fait longtemps que l'idée à germé dans ma tête mais je ne me sentais pas la maturité de mener un tel projet... Et puis, au bout d'une petite dizaine d'années passées à autoproduire les albums de notre groupe Lokka et les compilations Molecules 5 j'ai eu le sentiment que c'était possible ! L'envie était au rendez-vous, j'avais tout le matériel à disposition et la foi alors je me suis lancé.

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Quels sont d'ailleurs les labels étrangers qui t'ont le plus influencé dans ton projet ? Autrement dit as-tu des modèles dans le domaine ?

Non je n'ai pas forcément de modèle type.  J'aime beaucoup les productions du label Constellation et j'apprécie les valeurs de Ruralfaune. A côté de cela il y a une multitude de micro-labels américains qui m'ont influencé par leur côté DIY...

Pourquoi d'ailleurs l'avoir décliné en sous-entités et quelles sont les particularités de chacune d'elles ?

Effectivement Twin Daisies Records est une sous-division de Joint Venture Records dont je suis aussi membre. Nous avons souhaité que nos projets communs ou personnels continuent d'être liés, cela devrait offrir d'ici peu une belle diversité musicale. Nous sommes trois à mener Joint Venture Records qui est en quelque sorte la maison mère qui produit les albums de Lokka, Fissa Fissa et bientôt Charles-Eric Charrier. (Oldman, ndlr) De mon côté j'ai lancé Twin Daisies Records en début d'année 2010 et Nico (un des membre de JVR) s'apprête à lancer Upupa Epops Records qui sera une nouvelle sous-division ! Nos labels personnels nous permettent d'exprimer d'autres visions avec une grande liberté tout en gardant le soutien et l'appui de Joint Venture Records.

Ton projet est marqué d'une identité et de valeurs fortes que tu défends, peux tu nous expliquer ce parti-pris ?

Il y a une telle ouverture sur la culture aujourd'hui via le net qu'il est un peu difficile de s'y retrouver parfois ! Tout me semble démesuré et flou, dématérialisé. J'ai tendance à me perdre... J'essaie juste de ramener cet ensemble vers une forme de simplicité en produisant de petites éditions limitées. Je souhaite que cela serve les personnes avec qui et pour qui je fais ça... Leur donner l'envie de perdurer et de mettre en avant leur travail. C'est cool d'avoir quelqu'un qui vous tend la main de temps en temps !

Est-ce plus facile à Nantes, ville , à l'instar de Bordeaux ou Angers, l'excellence musicale n'est plus à démontrer ?

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C'est vrai qu'il y a énormément de groupes intéressants à Nantes et que ça bouillonne ! Je viens d'ailleurs de produire 100 exemplaires de Pillow Pilots (Jf de Margo & Jc de Gong Gong).  Malgré tout, vis-à-vis de mon travail manuel de fabrication qui fait de moi un ascète je ne profite pas particulièrement du mouvement nantais. Et puis je ne cherche pas à devenir un label qui sortirait uniquement des groupes locaux, je préfèrerais trouver un équilibre entre le local et l'international.

Tu sors notamment tes albums sur format K7 ; est-ce que ça a encore un sens à l'ère du tout numérique ? L'objet musical n'a t il de valeur que sous un aspect physique et matériel ?

Je ne me pose pas la question de cette manière, ça m'aide à y répondre autrement. J'ai grandi avec les K7, j'ai aimé les K7 et j'aimerais produire des artistes sur K7.  Ca sonne un peu Francis Cabrel quand c'est dit de cette manière mais c'est aussi simple que ça. Et puis il y a des artistes qui désirent être produit sur ce format, ça revient beaucoup aux Etats-Unis tout comme le vinyle... Il me semble que les ventes de vinyles augmentent chaque année pendant que celles du CD s'effondrent, c'est assez significatif ! Les gens ont tendance à retourner vers l'objet et les belles pochettes et/ou téléchargent. Donc oui l'aspect physique et matériel apportent tout de même "une valeur" à un album mais ce n'est qu'un aspect. Le plus important reste la musique constituant cet album.

Comment imagines-tu l'industrie musicale dans dix ans ?

Sincèrement je n'en sais rien ! Peut-être comme un champ de bataille genre Verdun ! En tout cas il y aura encore des vinyles, c'est le seul truc dont je suis sûr !

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu signes ? Comment les choisis-tu ?

Il y a deux choses qui comptent à mes yeux. Premièrement, il faut que le projet musical me touche sincèrement. Deuxièmement, il faut que je me sente en adéquation avec l'artiste et son projet. Quand ces deux conditions sont aux rendez-vous il n'y a plus de barrières et le reste se fait naturellement en général.

Peux-tu nous présenter tes prochaines sorties ?

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Hé bien il y a un album de Mike Bruno (USA) & un maxi de Pillow Pilots (France) qui viennent de sortir, pour parler un peu du présent. Sinon les prochaines sorties sont prévues pour la fin de l'année.
Il y aura un album de Berlikete (Italie) qui sortira sur CD-R. L'album est composé d'un seul morceau de 45 minutes qui ne cesse d'évoluer autour d'ambiances lourdes et hypnotiques... Une autre sortie suivra dans la foulée, ce sera D.En. Tout reste à définir, du coup je ne peux pas trop en parler ! Mais ce sera bien ! Dans les projets plus lointains, j'aimerais retravailler avec Mike Bruno.

Quels artistes rêverais-tu de signer ?

A Silver Mount Zion / Nisennenmondaï / Daniel Johnston.

As-tu des projets parallèles?

Oui quelques-uns. Je suis guitariste dans le groupe LOKKA, nous avons sorti notre premier album Gold & Wax en fin d'année dernière et nous travaillons en ce moment sur le prochain. Sinon je fais partie du collectif Molecules 5 et du label Joint Venture Records. Il m'arrive de sortir des albums en solo de temps en temps sous le nom de Smith Smith.

Pour finir, ta playlist idéale ?

01. A Silver Mount Zion - 1,000,000 Died To Make This Sound / 13 Blues For Thirteen Moons
02. Nirvana - Scentless Apprentice / With The Lights Out (disk 3)
03. The Velvet Underground - Heroin / The Velvet Underground And Nico
04. Daniel Johnston - Chord Organ Blues / Yip Jump Music
05. Oneida - Part 1 / Preteen Weaponry
06. Portishead - We Carry On / Third
07. Oldman - Ghosts / Two Head Bis Bis
08. Nisennenmondaï - Kyuukohan / Neji Tori
09. Mike Bruno - Halloween Moon / The Sad Sisters
10. P.i.l - Poptones / Metal Box
11. Sonic Youth - Stereo Sanctity / Sister
12. Angelo Badalamenti - The Pink Room / B.O. Twin Peaks (Fire Walk With Me)

Audio

Belikete -Berlikete

D.En -  Minutes


SARAH RECORDS : THIS IS IT, ISN'T IT ?

sarahrecordsA la fin des 80's, alors que toute l'Angleterre des introvertis opprimés pleure la mort de The Smiths, deux jeunes de Bristol vont diffuser la pop douce qui soignera toute une génération.

Les origines

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En 1986, Le New Musical Express propose une cassette audio de 22 titres savamment nommée C86. Excepté The Wedding Present, Primal Scream et The Pastels, les autres groupes ne feront que peu parler d'eux par la suite... L'hebdomadaire avait pourtant qualifié cette cassette de réelle révolution indie, d'heureux présage pour la musique pop. Ce commentaire, qui avait fait sourire bon nombre de lecteurs du NME à l'époque, était malgré tout porteur de vérité. En effet, la C86, plus qu'une simple compilation de groupes banals allait devenir un genre...

La philosophie

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La C86 a le mérite d'avoir ravivé une philosophie comparable à l'esprit punk provenant du Velvet Underground : le DIY (do it yourself). Ce mouvement encourage les simples mortels qui n'ont ni la carrure de Bowie, ni de Morrissey à développer leur art même s'ils ne le maîtrisent pas. C'est justement ce dont les jeunes ont besoin à ce moment-là : se retrouver complètement dans les maladresses des autres. « It sounds like crap, so you know it's made by real people! ». Il convient également de rappeler qu'à cette époque,  la séparation de The Smiths, le groupe anglais le plus original depuis The Kinks, bouleverse tous les ados d'Angleterre et du monde... C'est dans cet état d'urgence, d'absence de référence et d'encouragement au « tout est possible»  par le DIY, que Sarah Records peut voir le jour.

Sarah et la pop douce

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Matt Haynes dirige « Sha-la-la » et Clare Wadd « Kvatch ». Deux jeunes pour deux fanzines qui diffusent, outre des interviews et des articles, des flexi-discs des groupes qu'ils aiment. The Sea Urchins et The Orchids ont été les tout premiers groupes appartenant au mouvement C86 à avoir été remarqués par les jeunes Bristoliens.

Matt Haynes et Clare Wadd décident de réunir leurs forces et leur passion pour fonder Sarah Records en 1987. Ils signeront des groupes dont le point commun sera l'appartenance à la famille Twee Pop (provenant de Sweet Pop) étiquetée de pop douce et mièvre. Ainsi,  The Orchids, The Sea Urchins, 14 Iced Bears, Even As We Speak, The Wake et les autres ne sont virtuoses que dans leur discrétion élégante.  Ils arrivent à toucher la sensibilité des auditeurs et à susciter leur intérêt par leur timidité maladive mais séduisante et attachante... à l'image d'un boyscout qui adresserait une reprise simplifiée de  There is a Light that Never Goes Out à sa dulcinée en grattant sa guitare tout en fixant ses pieds.

Beaucoup de jeunes vont donc se reconnaître dans la Twee Pop proposée par Matt et Clare et, très vite, par le bouche à oreille, par le biais de fanzines, de feuillets présentés en courtes histoires à la presse musicale, et surtout grâce à John Peel sur Radio1, Sarah Records prend de l'ampleur.

Le choix du nom du label tient plus du domaine de la fantaisie que de la revendication féministe. Certains journalistes ont malgré tout profité de la dénomination du label pour qualifier ses productions de prévisiblement maladroites et faibles. En proposant une pop fragile étincelante, Sarah Records arrivera à tirer parti de cette faiblesse et même à devenir une référence pop internationale.

De 1987 à 1995, Matt et Clare produisent sous des formats différents (5, 7, 10 et 12 pouces) des singles (du Sarah 01 jusqu'à la compilation Sarah 100, qui porte le nom d'une rue de Bristol, «There And Back Again Lane »), des maxis, des albums et des compilations numérotés. Leurs productions ont toutes la caractéristique d'être emballées dans des pochettes monochromes ou bichromes pour des raisons économiques. Ce graphisme est toutefois devenu complètement indissociable du mouvement.

The Field Mice

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Heavenly (anciennement Tallulah Gosh) et surtout The Field Mice sont deux des groupes les plus populaires signés par Sarah Records. Ce dernier était un groupe originaire de Londres né en 1988. Pendant trois ans, ils ont proposé une Twee Pop aux accents électroniques à la fois proche de The Smiths et de New Order. Let's Kiss And Make Up (repris par Saint-Etienne), Sensitive , If You Need Someone , The End of the Affair... sont de réelles pierres précieuses pop taillées tout en grâce et discrétion. Leurs lignes de basse brodées autour de quelques notes influencent encore les groupes actuels (Beach Fossils).

Après 1991, on a pu retrouver des membres de The Field Mice dans Northern Picture Library et plus récemment Trembling Blue Stars. Where'd You Learn To Kiss That Way? (Shinkansen rcds), double compilation des morceaux du groupe londonien sortie en 1999  a été vendue à plus d'exemplaires que tous ses disques sortis entre 1988 et 1991.

L'après Sarah


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En 1996, Matt Haynes fonde Shinkansen Records. Certains artistes du catalogue de Sarah auront l'opportunité de participer à l'aventure Shinkansen. Depuis quelques années, des productions de Sarah Records sont à nouveau disponibles sur El Records et LTM Recordings. Aujourd'hui, plusieurs groupes, dont Belle and Sebastian, sont autant influencés par la Twee Pop de Sarah que par ses pochettes.

Pour ceux qui ne savent par où commencer...

Sarah 402 : The Field Mice - Snowball (1989) : Les morceaux les plus dansants et/ou spontanés de The Field Mice, une merveille.

Sarah 603 : Heavenly - Heavenly Vs. Satan (1991) : Un mélange d'énergie et de douceur mené par la craquante Amelia Fletcher.

Sarah 376 :  Temple Cloud Compilation (1990) : Encore pour The Field Mice et pour découvrir les perles de The Orchids, Brighter, St. Christopher, The Wake et des autres.

Vidéo


Atelier Ciseaux

logoacBonjour Rémi. Ce n'est pas dans les habitudes d'Hartzine que d'aller s'enquérir de l'état de la production musicale indépendante directement auprès des acteurs de l'ombre de ce réseau. Mais si les sorties de disques ont longtemps constitué un bon baromètre de celle-ci, il s'avère qu'à l'heure d'internet et de la proximité et du foisonnement que cette technologie engendre, ce baromètre est désormais obsolète. Le téléchargement légal et illégal modifie tant le comportement des artistes que celui des auditeurs, entre possibilité de faire résonner sa musique à l'autre bout de la planète tout en s'en faisant déposséder.

Tu es le fondateur d'Atelier Ciseaux, label qui tente d'allier exigence musicale, sortie vinyle et esthétique soigneuse de l'objet, et qui propose sur son site "toujours en construction" un catalogue de quatre références en tirage limité pratiquement toutes épuisés dont Yes Or No de François Virot ou encore le split 45t de Best Coast et Jeans Wilder. Originaire d'une petite bourgade de l'Est de la France, vivant entre Paris et Montréal, ton regard lorgne vers les Etats-Unis pour de multiples projets autres que celui d'Atelier Ciseaux. Et c'est en conversant par mail avec toi que l'idée de cette entrevue est née en plus de celle, que j'espère fructueuse, d'une tribune laissée à l'Atelier mais aussi à d'autres labels qui plus tard viendront s'y greffer. L'ambition d'un tel espace d'expression n'est pas la déclinaison mensuelle des déboires rencontrés par un label indépendant, même s'ils sont nombreux, mais plus la volonté de vous laisser nous confier vos coups cœurs... L'acte 1 a été brillamment fignolé avec Reno et le net-label Beko DSL. Place à l'acte 2 en ton estimable compagnie. D'ailleurs, tu ne viens pas les mains vides : en exclusivité pour nos lecteurs tu vas déflorer un secret pour le moment bien gardé, à savoir le 7' d'US.Girl que l'Atelier s'apprête à sortir en juin. On est gâté.

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D'où t'es venue l'idée et la volonté de créer un label indépendant ?

Je n'ai ni décors en carton pâte à te décrire, ni d'anecdotes très 'indie' à te raconter. Ces derniers temps, on cherche tellement à masquer un certain manque d'idées dans des biographies-refrains samplés en boucle. Je crois qu'Atelier Ciseaux s'est fait simplement, naturellement, voire même banalement. Il me semble qu'à 17 ans, comme beaucoup, je devais déjà m'imaginer un jour monter un label. Avec, à l'époque, Pavement en ligne de mire... ah ah ! A.C. existe seulement depuis fin 2008 mais avec le recul, je suis convaincu que c'est une bonne chose que ça se soit passé ainsi. Mes quelques activités liées à la musique (webzine, booking, promo...) commencent à avoir quelques années au compteur et quelque part tout ça a été comme un long 'brainstorming' - inconscient - ! Savoir concrètement comment tu as envie de faire les choses et - encore plus - comment tu ne veux absolument pas les faire. Si je devais essayer de citer quelques influences, je pense que j'irais plutôt piocher du côté de la scène punk DIY ! L'idée du label date de 2007, à l'époque on était deux (avec Marine) avec cette folle envie - et impatience - de sortir le LP de François Virot. Par la suite, j'ai continué le label seul et aujourd'hui on est à nouveau deux (avec Philippe).
Je ne suis pas certain d'avoir très bien répondu à cette première question. Je crois que je pourrais te donner dix fois plus de raisons pour lesquelles je n'imagine pas arrêter le label...

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Peux-tu nous expliquer la marque de fabrique d'Atelier Ciseaux ? Pourquoi privilégier le vinyle à l'heure du téléchargement ?

Je ne suis pas certain de me sentir très emballé / inspiré par ce débat / combat lié au téléchargement. A.C. a été créé dans l'air du 'download / add to friends', je suppose que c'est différent pour les labels qui ont vécu / subi le changement. Nos tirages sont limités et accompagnés d'un lien pour télécharger le disque en format mp3. On aurait démarré en 1995, peut-être qu'on aurait pressé 1000 copies au lieu de 350 mais à part ça...Pourquoi le vinyle ? Par envie, par attachement, simplement ! Mais tu vois on ne s'est pas entaillé la main avec un canif, ni signé de pacte 'croix de bois, croix de fer, si je sors autre chose que du vinyle, j'irai en enfer' ! Par exemple, on est en train de penser à une compile K7 et ce n'est pas dit qu'on ne sorte pas à nouveau autre chose que des disques comme on l'a fait avec le dvd.

La marque de fabrique... hum... difficile comme question, je sais pas ! J'espère qu'elle parle d'elle-même !

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Comment choisis-tu les projets sur lesquels tu as envie de travailler ?

Il y a quelques signes qui ne trompent pas : quand tes proches commencent à te détester parce que tu écoutes un morceau en boucle, quand tu commences à imaginer la pochette... Après vient ce petit claquement de dents quand tu appuies sur 'envoyer le message'. La suite ne t'appartient plus vraiment. Parfois ça le fait, parfois non ! Parfois c'est rapide, parfois ça rame ! Et puis parfois t'es surpris comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast. J'avais contacté Andrew (JW) pour savoir s'il comptait sortir le morceau Tough Guys en vinyle. Et puis un jour j'ai débarqué avec cette idée de split et une liste de groupes (avec Best Coast en numéro 1). Il a été super emballé par l'idée. Puis rien ! Plus de nouvelles pendant plusieurs jours. Et un matin, je reçois un mail de sa part me disant qu'il revient de Los Angeles et que Bethany est partante pour le disque. Le soir même, je recevais les deux morceaux, WOW !

Pour en revenir au choix des groupes, on ne fait aucun calcul mathématique compliqué avant de se décider. On connaissait / écoutait certains groupes avant la création du label, d'autres ont été découverts entre-temps.

Peux-tu nous dire quelques mots sur chacun des artistes avec qui tu as travaillé et que tu nous présentes ici (player ci-dessous) ?
Le premier disque a été le LP de François Virot, Yes or No, fin 2008. Guitare en bois qui braille et baskets à scratch. On l'a beaucoup comparé à Animal Collective, OUI et NON ! Je viens de regarder par curiosité sur Last Fm et les artistes similaires conseillés sont Tune-yards, Panda Bear... OUI mais NON ! Il y a quelque chose de spécial dans sa musique, un côté brut et touchant. François habite Lyon et joue également dans Clara Clara.

La seconde sortie date d'avril 2009, un 7"/ 45 tours, Vrais Noms/True Names, du duo Lucky Dragons. Luke et Sarah habitent Los Angeles. Folktronica ? Toute tentative de description serait un échec. Un océan au milieu d'une forêt. Leurs concerts sont à l'image de leur club de dessin, le SUMI INK CLUB, participatifs ! Laissons le player parler...

Le troisième  projet est un peu particulier puisqu'il s'agit d'un dvd-r. Trois courts-métrages d'Andy Roche qui joue également dans le groupe Black Vatican (Chicago). Esthétique du risque comme par exemple dans le court-métrage TETEDEMORT, chaque plan, chaque scène est un poster arraché dans la chambre d'un adolescent sous perfusion d'images télé-évangéliques. Références à des lieux enfouis sous un amas de guerre et de religion. La musique du dvd-r provient en majorité de morceaux de Black Vatican qui va sortir son prochain disque cet été sur Locust Music (nldr : voir en fin d'article).

La dernière sortie (janvier) est un split 7"/45 tours entre Jeans Wilder et Best Coast. Andrew (JW) vit du côté de San Diego et jouait avec Nathan Williams (Wavves) dans le groupe Fantastic Magic. Bethany Cosentino (BC), ex-membre du duo pyché-primitif Pocahaunted, habite Los Angeles. Pop fantôme, lo-fi surfant sur un bitume usé par la fin des années soixante. Deux morceaux hantés par l'été.

La prochaine sortie est un 7"/ 45 tours d'U.S Girls, Lunar Life prévu pour début juin. Balades pop rugueuses, destruction de bandes magnétiques, baignades lo-fi en eaux troubles et noisy. Dans sa musique flirtent les spectres de Bruce Springsteen, The Kinks et des Ronettes. Carte postale usée d'un rêve américain emballé dans un sac en papier kraft (en pre-order ici !)

Peux-tu nous dire comment tu imagines Atelier Ciseaux dans dix ans, toujours en construction ?
J'en sais rien, vraiment ! Le futur c'était hier matin. On pourrait plutôt essayer de miser sur les dix prochains mois. On n'a pas de fantasme de carrière, pas de pyramides à bâtir sur un ramassis de bonnes intentions. On a pas mal de projets / envies mais à moyen terme et quelque part c'est une liberté plutôt chouette.
Pour répondre - enfin - à ta question, je nous souhaite simplement de continuer à sortir des disques avec cette même envie, ce même stress. Les retours que l'on a eu jusqu'à présent sont super encourageants / touchants. J'espère secrètement - enfin plus maintenant - que pour les prochaines sorties, on arrivera à toucher plus de 18 personnes en France. On sort / a sorti principalement des groupes américains donc c'est logique qu'on ait des retours plus "importants" là bas. Mais, comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast quand tu reçois des commandes du Japon, du Mexique, de la Pologne ou de la Grèce, tu te poses quelques questions et tu dis que c'est pas lié à la nationalité des groupes...
Gardons les interrogations sur l'avenir pour les soirées ravagées par l'ennui. Notre cinquième sortie est prévue pour début juin, un 7" de U.S. GIRLS. Je peux te dire qu'on est super impatients !

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Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Atelier Ciseaux ?

Bons, bons et... bons ! Vue la distance physique avec les groupes, la plupart des échanges / projets se sont développés / concrétisés par mails. Des kilos de caractères sur un écran brûlant. C'est clair que c'est frustrant, mais pour l'instant j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer la majorité des gens avec qui on a bossé. Avec François, c'est un peu différent vu qu'il habite à quelques heures de train mais également parce que je me suis occupé d'organiser ses deux dernières tournées. La rencontre avec Meghan / U.S. GIRLS a été assez épique ! En ce moment, j'habite Montréal, et en septembre dernier on a loué une voiture pour aller la voir jouer (avec Grouper) dans la banlieue de Philadelphie. 9 heures de route ! On s'est retrouvés dans un espèce de chalet en plein milieu d'un campus entourés par 12 college kids bien alcoolisés et en train d'halluciner sur le fait qu'on ait pu faire autant de kilomètres pour venir au concert. On a repris la route pour Montréal juste après le concert ! Intense !  Ce fut un chouette moment et une belle rencontre. Une fois rentré à la maison, j'avais 10 000
fois plus envie encore de sortir ce disque.

Enfin, quels sont tes projets annexes ? Quelles sont les structures ou personnes avec qui tu aimes travailler ?
En parallèle, je me suis occupé pendant deux ans d'un 'non'-label cassettes Atthletic duddes. L'idée était de recycler de vieilles cassettes audio abandonnées. Sur la face A, on enregistre les nouveaux morceaux et sur la face B, on conserve les titres originaux. Résultat : des splits improbables entre des groupes de noise et des stars de compiles hantées par le top 50 des années 90. Deux dernières cassettes avant l'été et Atthletic Duddes va s'arrêter !
J'ai également fait un peu de booking ces trois dernières années, organisé quelques concerts à Paris (Pochaunted, Lucky Dragons...) en 2009.Le reste de mes activités est de nature - plus - professionnelle donc je ne suis pas certain de l'intérêt d'en parler ici.
Au niveau des collaborations, bosser avec Jérémy Perrodeau a été un moment vraiment cool. J'ai débarqué un matin en lui demandant si ça pouvait le brancher de réaliser l'artwork pour le split JW / BC et en insistant sur le fait qu'on en avait besoin rapidement. 5 jours plus tard, c'était bouclé. Mortel !
Organiser les concerts de Pocahaunted / Lucky Dragons avec Jérôme (Boss kitty, ex Ali_fib), l'album de François avec Clapping Music, recevoir les flyers de Paula Castro...

Question subsidiaire : ta première tribune, tu nous la promets pour quand ?
Question suicidaire  ! En juin, ce sera bien (?) !

Prochaines sorties d'Atelier Ciseaux : US. Girls 7" - juin / pre-order : http://atelierciseaux.com/
Terror bird 7" Shadows in the hall (w/ La station radar) - Été 2010
Mathemagic/ Young Prisms split 7" - Été 2010

Vidéo


BEKO

beko-recordsSouvenez-vous de l'âge de pierre, du temps du compact-disc. Ce temps où l'on nous annonçait la mise à mort du microsillon sur l'autel du laser optique. Remémorez-vous le cloisonnement qu'il induisait, sa cherté et son peu d'intérêt cellophané. L'espace musical de chacun ne trouvait alors de convenables horizons qu'en assiégeant le consciencieux disquaire du coin et sa platine nichée entre deux fauteuils en cuir à la profondeur désarmante. Lequel disquaire fut vite remplacé, concentration capitalistique oblige, par la fameuse borne fnac n'égrainant que les trente petites secondes introductives de chaque morceau. Rien de tel pour honnir ce code barre et tout le commerce qui tourne avec, tel un rapace tentaculaire avilissant l'incongruité et l'originalité à la botte d'un conformisme dispendieux. Maintenant, projetez votre attention sur l'explosion digitale. Muni d'une bonne dose de curiosité, il est extrêmement facile via le net de se plonger dans des univers musicaux autres et de s'immerger de sonorités composées aux quatre coins de la planète. Flippant même, le chemin parcouru en si peu de temps. Pour le pire diront certains : téléchargement illégal, violation de propriété intellectuelle et mise à mort des albums au détriment des singles.

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L'apparition l'année passée d'Holidays Records dans le paysage musical bouscule pourtant les idées reçues : le net-label propose un maxi ou une compilation chaque vendredi en téléchargement gratuit. Emboîtant ce pas de géant d'une diffusion nouvelle d'un vivier musical infini, le label digital BEKO se ré-approprie l'idée. A sa manière. Si le principe reste peu ou prou le même, à savoir la publication hebdomadaire d'un single librement téléchargeable, le site est épuré au paroxysme du minimalisme quand les pochettes polychromes n'indiquent guère plus que le nom du groupe et le numéro de collection. Au delà d'un effet visuel, par ailleurs incontestable, c'est sur la diversité et la qualité que Jack et Reno s'appuient pour faire avancer et grandir leur protégé au nom de four pyrolitique. De leur Bretagne chérie, selon un axe Brest / Nantes, ces deux passionnés dénichent de véritables pépites d'ici et d'ailleurs pour les exposer ensuite aux oreilles d'un public aussi bigarré que ne le sont les groupes békotés. Ce qui attire inévitablement l'oreille de professionnels en quête de nouvelles têtes. Preuve en est, la récente signature du troublant duo canadien de Memoryhouse sur le label Evident Records.

En résumé, chacun y trouve donc son compte. Alors pourquoi pas vous ? Laissez-vous guider par Reno, qui, outre son statut de co-promoteur du site Beko(teur), partage son temps entre son magasin de disques et l'association Mémé Préfére en Quinquonce, dans un entretien trusté d'inestimables découvertes cliquables. Le jeu en valant outrageusement la chandelle, ce n'est pas dit qu'on ne lui redonne pas la parole très bientôt...

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Que faisais-tu avant Beko ?

Haha... Je te vois venir... Il y a maintenant plus de dix ans, avant de Bekoter, nous avions avec des amis un label "Diesel Combustible" au catalogue bien achalandé d'artistes locaux tels que Tank, Osaka, Dale Cooper, nos amis germaniques des cultissimes Ma Chérie for Painting, Mileva, Velvet First Floor et Color und Climax, une collaboration avec notre ami d'Active Suspension. Suite à une tentative avortée de sortie cdrs.. l'aventure s'est terminée. Reste que les artistes Diesel ont fait parler d'eux en signant sur de prestigieux labels, Earworm, Roisin, Rocket Racer... pour ne citer qu'eux.

D'où vous sont venues l'idée et la volonté à toi et Jack de créer un tel net-label avec chaque semaine un single en téléchargement gratuit ?

C'est avec le label Autres Direction in Music que l'idée m'est venue et notamment avec leurs premières sorties digitales (Atone, Melodium)... Mais il en existe tant d'autres... on est loin d'être les précurseurs ! Une chose est sûre, c'est que Beko je ne voulais pas le faire sans Jack... N'écoutant plus vraiment les mêmes choses, cela nous permet de nous compléter...

Holiday Records vous a poussés à franchir le pas ?

Entre autres, je trouvais intéressant de proposer le téléchargement gratuit d'un artiste chaque semaine. Après il me fallait trouver une idée différente, sous forme de 7", une direction artistique propre et un autre jour que le vendredi !

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Peux-tu expliquer comment "fonctionne" un net-label proposant la mise en téléchargement gratuite notamment à l'heure où le téléchargement illégal est de plus en plus réprimandé ?

Beko est sous Creative Communs ce qui permet aux groupes d'autoriser le téléchargement, tout en ayant la possibilité de sortir les morceaux proposés par Beko sur cd / vinyle. Beko permet de diffuser, promouvoir leur musique plus facilement... tout cela dans la légalité.

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et comment entrez-vous en contact avec eux ?

Au début j'avais mes préférences, je savais ce que je voulais Bekoter, à savoir des groupes que j'écoutais depuis longtemps (Bilinda Butchers, Death and Vanilla, Hanging Coffins). Je les ai juste contactés par mail et ils ont accepté immédiatement ! Puis en prospectant, je suis tombé sur Memoryhouse (le Beko s'est fait en deux semaines), Bathcrones et très récemment sur le Hongrois de Evil Have no Songs. Maintenant la demande est telle, que l'on reçoit un grand nombre de propositions permettant de tomber sur quelques perles comme The Leaf Library (sortie le 19/04). Et il faudra être patient, vu que le planning est complet jusqu'en octobre prochain !

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Beko ?

J'espère bons... Je suis très souvent en contact avec eux pour les informer des stats et des retours sur les blogs, radio et presse, mais beaucoup d'entre eux étaient déjà des amis. Andrea de Procedure Club nous a beaucoup aidés en contactant Sore Eros et Eternal Summers, Mélanie de Moscow Olympics nous a fait un beau Beko, en attendant leur nouvel album... D'autres le sont devenus comme Liz et Chris de Tan Dollar, Jamie Long... Vous retrouverez d'ailleurs beaucoup d'entre eux très prochainement..

Pourquoi cette volonté de faire paraître des artistes du monde entier ? On remarque qu'il y a très peu de groupes français dans le catalogue...

C'est pas mal de voyager non ? Les USA sont très bien représentés, vu la quantité et qualité musicale, l'Asie avec Moscow Olympics nous a permis des téléchargements de Chine, Corée et même de Mongolie ! Quatre artistes français à ce jour... des amis et des nouveaux venus très talentueux, tel La Femme, qui a réussi à sa façon de me réconcilier avec la chanson
française. Mais très prochainement d'autres viendront se greffer à l'aventure Beko... par exemple EDH et Folle Eglise...

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Peux-tu expliquer la marque de fabrique de Beko, notamment au niveau du style de musique et de l'artwork ?

Beko a été créé pour la musique (de la bonne), la créativité et la liberté artistique... Nous sommes de grands consommateurs de disques... quelque peu maladifs. Nous ne considérons pas Beko comme un label mais plutôt une plate-forme où l'on peut accéder gratuitement à la découverte... Le but est de faire découvrir les artistes que nous aimons... La sobriété du site par son peu d'info et ses pochettes permettent à Beko de se démarquer...

Sur l'ensemble du catalogue, j'imagine que tu as tes coups de cœur. Si tu en gardais cinq (player) ? Peux tu dire pourquoi ?

Chaque Beko est un coup de cœur...mais si tu en veux cinq...

The Dreams... je suis fan de toutes les productions de La Grande Triple Alliance Internationale de L'Est !

Raw Thrills, pour sa créativité débordante et ses relents à la John Maus.

Procedure Club, parce que c'est eux...

Eternal Summers, le "k" tant espéré !

[servez-vous de la touche ► pour faire défiler les morceaux]

Et à venir Muscle Drum, la pop déglinguée à la Tall Dwarfs que je rêvais d'entendre depuis bien longtemps

Peux-tu nous dire comment tu imagines Beko dans dix ans ? Une future Institution ?

Je ne suis pas quelqu'un qui se projette dans l'avenir. J'espère seulement que Beko aura permis de découvrir de nouveaux groupes, et j'espère qu'ils seront signés sur un vrai label ! Et puis dans dix ans je serais ...... à la retraite !

Dans le court terme, des évolutions ?

Le site devrait être amélioré très prochainement, ça devient pénible d'aller cliquer sur le Death and Vanilla ! Des écoutes seront proposées et un lien (tant demandé) pour ouvrir les fichiers rar sur Mac.

As-tu des projets parallèles ou bekoter est une activité à plein temps ?

Heureusement non. J'ai un métier qui me comble, une association organisatrice de concerts Mémé Préfére en Quinquonce et je me prépare activement pour le marathon de New York, qui fêtera cette année son quarantième anniversaire.

En guise de conclusion, je te laisse présenter tes coups de cœur d'ici et d'ailleurs... et tous non bekotés !

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Sur ma platine... j'écoute :

Liliput - Live Recordings, Tv-clips & Roadmovie (Kill Rock Star, 2010)
C'est un groupe avant-gardiste suisse, à savoir l'un des groupes féminins les plus emblématiques des débuts du punk.

Bleach - Killing Time (1992)
L'un des albums shoegaze (deuxième vague) qui me suit d'années en années...

Cliffordandcalix - Lost Foundling 1999-2004 (Aperture, 2010)
Il s'agit de la rencontre entre Mira Calix et Mark Clifford (Seefeel).

Grand Trine - Sunglasses 12'' (Divorce, 2010)
Du heavy-psych-space-punk canadien !

My Cantina - Wide Awake (Hidden Feast, 2006)
L'album d'un duo de Chicago, que je me suis enfin décidé à acheter : imagine que Slowdive rencontre the Postal Service !

The Feeling of Love - School Yeah 7'' (Sweet rot, 2010)
L'un des meilleurs groupes français actuels.

Wild Safari - Cave Sequins cs (Night People, 2010)
Le projet de William Cody Watson de Pink Priest.

Arian Sample - Self-Titled lp (Hogs on Ice, 2008)
Étrange disque de folk... d'ailleurs je n'ai pas de pochette pour celui ci, juste du papier Kraft...

Ruth White - Fowers of Evil (Limelight,1969)
Groupe mutant d'avant-garde électronique, très noir, loin d'un silver apples...

Opus Finis - Penance 7'' (2007)
Une sortie Weird Records (Xeno & Oaklander+Led er est) d'un duo post-wave basé à Miami.

The Seven Fields of Aphelion - Periphery (Graveface Records,2010)
Des membres de Of Black Moth Super Rainbow, fragile, ambiant...

- This Town Lp (Hozac, 2009)
Du garage rock sur un des labels des plus excitants du moment !

Native Cats - Native Cats 7'' (White Denim, 2010)
Une très belle découverte australienne, qui me fait penser (bizarrement) à Arab Strap.

White Ring / OoOOo 7" (Emotion, 2010)
La witch house, la musique la plus excitante de l'année.
Mater Suspiria Vision - ANNODAMONNA (free download)
Le groupe le plus créatif de l'année.

Mes coups de cœur en vrac...

Rosemary
Winter Drones
BADTIMEEXPRESS
PPALMM
Eachothers


Moshi Moshi - Birthday

moshimoshi

Certes et vous pouvez le dire, nous sommes un peu en retard sur ce coup là! Mais on souhaite tout de même un très bel anniversaire au label anglais Moshi Moshi qui fête ses 10 ans de bons et loyaux services au monde de la musique. C'est tout pour le moment! (dixit le fantôme de Pol Pot sur la première de nos chaînes)

Audios

Casiokids - Gront Lys I Alle Ledd

Slow Club - It Doesn’t Have To Be Beautiful

The Wave Pictures - Just Like A Drummer