Issakidis : Jodorowsky de la house ?

dzir_ps_hall024-768x1024

Issakidis est ce que l'on appelle un de ces "secrets bien gardés" de la scène électronique française, le genre de cas davantage connu des artistes et des professionnels que du public, à l'exception peut-être de celui qui avait suivi les Micronauts, duo français jouissant d'une jolie réputation au début des années 2000 et dont il était la moitié. Depuis, le Gréco-Canadien, qui a "appris à parler le français sur l'oreiller quand j'étais venu étudier en France vers les 20 ans - le moyen le plus efficace", a publié, quand il en avait le temps et l'envie, une poignée d'EP qui sonnent plus tordus et frais que la majorité des productions hexagonales de ces dix dernières années. Personnalité à la fois enthousiaste, illuminée et décalée, il est connu pour ses tours du monde intempestifs et son goût pour les expériences physiques et mentales en tout genre, qui lui dictent son rythme de production - en d'autres termes, il n'a jamais été sous pression… Ainsi son premier LP solo qui sort aujourd'hui aura mis environ une décennie à se composer, et c'est une œuvre à la hauteur de l'excentricité du personnage. Bien à sa place dans le canon lascif et déviant de Kill the DJ, Karezza est une œuvre de tech-house lo-fi, libre et décentrée, parfois délicieusement lancinante, toujours suggestive, et dont émane une mystique propre, que l'on ne trouve que très rarement dans la dance music.

Pourquoi un exil de dix ans ?

C'était pas vraiment un exil. J'ai pas arrêté de voyager, par simple désir de découvrir. Je faisais pas mal de travail sur moi-même, de transformation, de yoga, de méditation. J'ai entre autres passé un long moment au pied des Himalaya, loin du net, loin de tout, avec des réveils à 4h du mat', on se lavait dans le ruisseau, on mangeait des trucs très particuliers. J'ai aussi passé du temps au Pérou avec mes gourous de kundalini yoga, il y avait un ashram par là-bas, il y avait donc des chamans, ce genre de trucs...

Tu as donc eu ton réveil du kundalini ?

J'ai eu le réveil du kundalini bien sûr, ça a duré trois mois. D'extase. It was orgasmic. Pendant vingt-quatre heures. C'était affolant. It was just unbelievable. Ça, personne ne peut le décrire, c'est beaucoup plus fort que la majorité des molécules. Il y a plein de phénomènes qui en découlent. Il y a vraiment un avant et un après. J'ai cherché à aller plus à l'intérieur. Il y a des couches et des couches de choses qui viennent s'accumuler avec les années, sur ce que j'appelle un "robot en chair et en os", right, c'est l'état de la majorité des gens. Ils pensent qu'ils sont maîtres d'eux-mêmes ? Mais maîtres de quoi ? Et maîtres comment ? Très souvent ils ne peuvent pas sortir d'états de nerfs, ou de ceci et de cela, ça c'est la construction de l'égo, qui se construit comme une fiction au fil des années, en commençant quand on est tout petits. On vit la mort de ça à des moments spécifiques avec la consommation de psychédéliques, spontanément on voit comment ça sort, et il en résulte un bonheur total. Mais c'est un certain travail pour le rendre plus permanent.

Tu as vécu des ayahuascas ?

Oui… Ce sont des voyages extraterrestres, you know, chaque personne vit quelque chose de différent, mais ça va très loin, jusqu'à l'intérieur de l'ADN, des voyages, il y a parfois des expériences partagées mais puisqu'on est couchés avec les yeux fermés, on est out of reach, mais parfois on peut se retrouver ensemble dans un espace autre. Il y a une purge à la base qui n'est pas trop difficile, avant que tu le saches et d'un seul coup tu vomis soudainement. À l'intérieur il y a du DMT, qui est une molécule que l'on retrouve partout, on la sécrète, les lions dans la jungle l'ont. Ça me rappelle cette phrase de Schödinger qui m'a inspiré pour l'album : "Consciousness is a singular of which the plural is unknown". Tout d'un coup il y a zéro séparation entre toi, les autres personnes, le ciel, everything. C'est une seule chose. C'est très beau.

l

Tu t'es baladé avec ton matériel de son pendant certains de ces voyages ? 

Parfois oui, comme aux Marquises, en Polynésie. Je partais pas avec beaucoup de matériel, je commençais avec l'ordinateur, après je le ramenais en studio. Hiva Oa par exemple a été finie en studio. Les autres ont commencé ailleurs : Santa Rosa De Lima a été faite à Vancouver suite à un voyage au Mexique parmi les ruines, pour terminer dans cet endroit du même nom. Mais la majorité était en studio, dans des transes profondes, à ne pas savoir ensuite comment j'avais fait, dans un état de conscience alternée. En tout cas la plupart de ces morceaux ont été enregistrés en une seule prise.

L'électronique est rare dans tous ces pays dans lesquels tu as voyagé. Tu as un peu essayé de faire circuler ta musique par là-bas ? 

Non ! (rires) Mais par contre eux ils ont quelque chose. Nous, dans la musique électronique, nous sommes parmi les rares à danser, là-bas il dansent partout, tout le temps. En Occident, on a laissé de côté le corps et la danse comme expérience quotidienne. C'est une expérience nécessaire et thérapeutique. Nous n'avons pas le même rapport au corps ici, c'est le cerveau tout seul qui domine tout, or le cerveau et le système nerveux c'est une chose, mais il y a d'autres façons de rentrer plus encore dans différentes partie de nous-mêmes, dans notre cerveau, et de l'entretenir.

Comme d'habitude avec Kill the DJ, Karezza est à la très dissonant et pourtant très sexuel.

C'est plus fort que moi, la sexualité et le désir se devaient d'être présents dans ce disque. Ce sont les outils pour une transformation chez l'homme, et des sensations auxquelles les gens se connectent très naturellement, right. Et c'est aussi comme ça qu'on continue la race (rires) ! Quand tu fais un sondage sur les raisons qui motivent les gens à aller en club, la number one reason c'est "looking for love", c'est Optimo qui m'avait dit ça.

karezza

Quel lien fais-tu entre ta vie occidentale de producteur électro et de l'autre côté tes expériences lointaines ?

Il n'y a pas un contraste énorme, right. Dans les deux cas il y a un surrendering de soi-même, pour moi en tout cas. Quand j'allais en boîte, je trouvais quelque chose de très thérapeutique, voire cathartique, ça nettoie tout.

Tu as récemment twitté cette phrase d'Eno, "You can be ignorant about what you're doing, you don't need to act as if you knew what you were doing". Tu te reconnais dans cette manière de penser ?

C'est très important de ne pas chercher à reproduire quelque chose, you know what I mean? Quand on a des soucis de ce genre, quand on commence à se dire "am I doing it right?", on est foutus.

Pourtant Eno a été le premier à intellectualiser son art.

Mais lui c'est un cerveau avec des jambes (rires) ! Je l'ai vu quand il venu à la Gaîté Lyrique, il est venu parler avec Jon Hassle. C'était marrant de voir ces deux personnes que j'aime beaucoup, tous les deux, mais Hassle, just that much more. John Hassel, tu sens qu'il a eu un éveil, un éveil du Samadhi, et ainsi il émerveille les autres à son contact. Brian Eno c'est le contraire (rires) ! Il est fascinant, brillant, mais trop cérébral. Tout est like diagrams, ce qui est une façon de comprendre ce monde. Jon Hassle par contre il prend des tangentes pas possible, il est dans l'éternel you know… !

L'album a quelques résonances un peu industrielles. D'ailleurs Perc intervient sur un titre. Comment s'est faite cette connexion ?

En fait j'avais joué à une soirée Border Community et c'était just like crazy time, j'étais très en forme, je faisais du pole dancing, je m'étais lâché très fort (rires). J'avais joué un de ses vieux morceaux sur Kompakt, et James est parti dans l'autre pièce aller chercher Perc qui était également là, avec Four Tet, et nous a présenté. Perc m'a dit avoir plusieurs copies de The Jag des Micronauts, une scellée, et une pas scellée ! On s'est très vite entendus, et on s'est dit qu'il fallait qu'on fasse de la musique ensemble.

Le dossier de presse disait que même dans les Micronauts tu n'étais pas à ta place. Pourquoi ?

C'était y a treize ans, on ne s'entendait plus, c'est vraiment très simple. Musicalement ça se passait bien, mais personnellement ça ne marchait plus. Depuis ce temps, moi j'ai fait mon chemin, j'ai jamais été pressé ! Y'a eu des singles, des remixes, James Holden et Damien Lazarus m'ont mis sur leurs compilations, mais personnellement, c'est slow and easy !

Vidéo

http://youtu.be/EzYLHaffCgU


Fairmont - Automaton

En octobre 2007 sortait Coloured In Memory (Border Community), premier LP de Jacob Fairley sous le patronyme de Fairmont. Automaton, son éminent successeur, est disponible via la superstructure techno canadienne My Favorite Robot Records depuis le 12 novembre dernier. Cinq longues années émaillées de quelques EP - dont le très remarqué Velora (2011, Border Community) -, plusieurs collaborations et des centaines de lives aux quatre coins du globe. Une éternité donc, mais toute relative pour ce stakhanoviste du grand écart, entre background pop dévoyé et aspirations électroniques chevillées au corps. Et si certains gloseront sur les évolutions capillaires qu'induisent le poids des ans (lire), il n'empêche, celui que l'on a interviewé cet été (lire) - et qui soulignait l'importance de travailler avec un label qui encourage ses artistes à innover sans retenue - n'est, artistiquement du moins, plus le même. Entre son activité de DJ producteur/globe-trotter et son projet, partagé avec James Sayce (Tangiers), Bishop Morocco, une féconde schizophrénie s'est au fil du temps immiscée dans sa vision créative, au point de brutalement converger dans l'écriture de ce nouveau LP, patiemment mûri.

Entremêlant textures synthétiques et prétentions pop, fulgurances électroniques et arithmétique gutturale, Fairmont érige Automaton en agrégat de ses expériences multiples et de ses influences évolutives, avec des choses qui restent comme Aphex Twin et les Ramones. Creatures Of Night, le morceau introductif, résume d'ailleurs à merveille l'évanescente promenade noctambule à laquelle Fairmont convie l'auditeur : basse et claviers frivoles, textures alambiquées et vocalises vocodées rivalisent dans la conception de lignes mélodiques imparables et inclassables, prenant à la gorge tout soupçon de pastiche, de l'Américain Matthew Dear à l'écurie Italians Do It Better. Chatouillant les guibolles tout en épandant le langage du cœur, la polysémie indie-dance assumée d'Automaton trouve son origine dans un syncrétisme stylistique de chaque instant, où la machinerie rythmique sert le spleen ambiant (Waiting, Sara, Slowing Down) et où le formalisme couplet/refrain rajoute à l'emballement cardiaque (Alkaline, Old Ways). Monolithique bien que contrasté, Automaton s'écoute d'une traite, la tête scotchée aux étoiles (Last Dance), les bras ballants dans l’apesanteur (Fate, Libertine), le corps suintant d'infra-basses (Broken Glass, Tiny Diamonds). Si l'on reconnait entre toutes l'orfèvrerie dancefloor de Fairmont - les notes de synthétiseurs qui vrillent, les soubassements techno hypnotiques - Automaton ne ressemble à aucune des autres sorties de son géniteur, ce dernier redessinant élégamment les contours fuyants d'une nu-disco empreinte d'onirisme pop.

Audio

Tracklist

Fairmont, Automaton (My Favorite Robot Records, 2012)

01. Creatures of Night
02. Alkaline
03. Waiting
04. Old Ways
05. Sara
06. Last Dance
07. Fate
08. Broken Glass
09. Libertine
10. Tiny Diamonds
11. Slowing Down
12. Weird Friends (Beatport Exclusive)

Agenda

KILL THE DJ w/ FAIRMONT, CHLOE & IVAN SMAGGHE
Rex Club - 15 novembre 2012

Réservation / Event FB

Mixtape

Mixtape publiée le 20 juin 2012 à l'occasion de cette interview.

01. Fairmont – Crowbar

J’ai composé ce morceau il y a quelques mois, très rapidement en une après-midi. J’ai tout fait avec un DX100 que j’ai acheté ce jour-là. J’ai appris à m’en servir avec cette chanson.

This is a track I did a few months ago very quickly one afternoon. It’s all done on a DX100. I had bought it that day and got to know it through this song.

02. My Favorite Robot – Barricade

Des amis de Toronto. Des mecs très sympas qui font de la très bonne musique en ce moment.

These guys are friends of mine from Toronto. Very nice people making great music at the moment.

03. Undo – Motas De Polvo

Mon pote Undo de Barcelone. L’album est génial.

My man Undo from Barcelona. The whole album is great.

04. Daniel Avery – Movement (Andrew Weatherall Remix)

Dernière sortie de l’excellent label Throne Of Blood.

The latest on the very cool Throne Of Blood label.

05. Ricardo Tobar – Esoteric

Un de mes meilleurs amis. Ricardo est un musicien unique et une personne très spéciale.

One of my best friends. Ricardo’s a very special person and musician.


Battant - As I Ride With No Horse

Que c'est triste de chroniquer un album posthume. J'avais attaqué la nouvelle galette de Battant avec enthousiasme, et je m’apprêtais à rendre ma copie quand la nouvelle est tombée. Mais que faire ? Il faut continuer - même si leur musique sonne peut-être différemment maintenant, la seule chose qu'on peut faire, c'est l’écouter.
Ça commence comme un appel au crime, la guitare rythme une montée, elle chevauche sans cheval la vallée fantomatique. L’entrée en matière du deuxième album de Battant étonne ; on retrouve bien le chant nerveux de Chloé Raunet mais ralenti. Plus posé, plus réfléchi.
No Head, premier opus du duo, m'avait chatouillé la voûte plantaire, excité l'ado encore présente dans le corps de la trentenaire. La déclaration d'intention était claire. Fougue, rythme endiablé, tendinite de tous les muscles en mouvement. Tout ce que la jeunesse peut offrir de meilleur pour se mettre à l'envers à l'envi.
Même si on attend souvent d'un deuxième album qu'il nous surprenne, qu'il soit un pied de nez intelligent aux chroniqueurs dans les starting blocks pour détruire tout ce qui a été construit, perso, je n'aurais pas craché sur une deuxième salve de titres à cran. J’étais prête à en découdre. Je tenais déjà ma chronique faussement salope : "Ça sent le réchauffé, mais tout le monde sait que le pot-au-feu est meilleur le lendemain".

Et bien j'ai du ranger mes casseroles. Car même si l'on retrouve une vision de têtes coupées très chère au duo londonien, avec une sombre chevauchée spectrale, Battant bat en brèche toute redite, et nous emmène sur un nouveau terrain. Terrain d'essai avec quelques expérimentation blues très old school - The Farmer's Ode To Wife semble déterrée d'un talus campagnard, As I Ride No Horse une déclaration d'amour à Johnny Cash.
Le terrain d’expérimentation stylistique a malgré tout ses limites, la tentative de piano/voix (Scarlet) se ramasse un peu, le chant de Chloé ne tenant pas toutes ses promesses sur ce genre d'exercice à la Tori Amos enfiévrée. Pourtant, il est un lieu ou Battant ne déçoit pas. On retrouve la pelote de nerfs sur les titres Being One et Shutter. Et contre toute attente, le titre le plus abouti est l'instrumental Hubble, traînant une mélancolie, un mal-être tout en désuétude. D'une simplicité touchante et réussie, laissant la voix de Chloé en suspens.
D'abord déçue par l'écoute, j'ai laissé As I Ride With No Horse reposer dans un coin. Il fallait combattre le besoin primaire de retrouver ses marques, le réécouter l'esprit vide pour se laisser remplir sans a priori. Il y a toujours eu une catégorie de disques difficiles à approcher, qui ne se laissent pas aimer vite fait, vers lesquels il faut revenir plusieurs fois pour apprendre à les connaître et à les apprécier. Le deuxième (et espérons pas le dernier) album de Battant en fait partie, ses quelques faiblesses ne le rendent que plus aimable, les deux protagonistes ayant réussi à se laisser regarder comme des êtres humains fragiles et sensibles, et non plus comme deux jeunes ambitieux indestructibles. Rien que pour ça, il mérite qu'on s'attarde sur ses onze titres.

Tracklist

Battant - As I Ride With No Horse (Kill The DJ , octobre 2011)

1. As I Ride With No Horse
2. Shutter
3. Doll And Chain
4. Modern Days
5. Clearcut
6. Scarlet
7. Farmer's Ode To Wife
8. Hubble
9. Being One
10. Pester
11. Fossil Fuel


Chloé - One In Other

cover-chloe-web-bigjpgDJ émérite de la clique parisienne Kill the DJ, Chloé se démarque, après une poignée de maxis et de compilations, en 2007 avec l'album The Waiting Room. Deux ans après son excellent mix CD Live At Robert Johnson, elle revient avec One In Other, toujours à la recherche de la niche parfaite entre dancefloor et salon.

Ouverture sur Word For Word qui est à l'image de la composition ambivalente de l'album : juxtapositions synthétiques de plages calmes et rythmées. S'ensuit l'envoûtant Diva où un chœur se balade sur un rythme 4x4 secoué par une basse bancale et un riff de guitare dévastateur qui s'effondrent brutalement pour repartir gravir de plus belle la pente menant aux sommets rythmiques ; une sorte de French Kiss de Lil Louis à la sauce Kill the Dj. Le morceau suivant quant à lui  se caractérise avant tout par son efficacité, le tube assuré, dans une veine rock à la Weatheral, mais presque trop évident... On rentre ensuite dans une zone d'accalmie salvatrice avec la comptine The Glow qui discrètement ouvre la voie au sublime One In Other, sorte de slow minimal où Chloé nous expose ses atouts de vocaliste... Magnifique. Elle enfonce le clou de l'expérimental sur le lynchéen You, où le New-Yorkais Chris Garneau vient apporter sa contribution hypnotique et ses talents d'attrape-coeurs. Et ça repart, avec One Ring Circus, ritournelle psyché, bancale et freak à mort avec sa voix pitchée passée à la moulinette, Danton Eeprom n'est pas loin. Fair Game fait un saut dans le passé de l'artiste, rappelant les sonorités d'antan, celles que Chloé composait avec son accolyte Krikor au sein de Plein Soleil, projet qu'on espère voir renaître d'ici peu. Enfin les deux derniers morceaux reprennent définitivement la voie de la décélération réduisant peu à peu la vitesse et nous plongeant doucement vers l'univers brumeux et abyssal de l'artiste.
Chloé réussit haut la main le délicat passage du second album. La cohérence est là, malgré la diversité des styles abordés. Il faudra néanmoins avoir l'esprit jusqu'au-boutiste pour que ce dernier dévoile tous ses charmes. Un album, un vrai, à l'image de sa pochette, franc mais aux contours toujours aussi troubles.

Audio

Chloé - Distant

Tracklist

Chloé - One in Other (Kill The DJ, 2010)

1. Word For Word
2. Diva
3. Distant
4. The Glow
5. One In Other
6. You (Feat. Chris Garneau)
7. One Ring Circus
8. Fair Game
9. Slow Lane
10. Herselves
11. Ways Ahead


Chloé l'interview

chloe3

"L'Art, c'est la nature accélérée et Dieu au ralenti". Une maxime qui à elle seule pourrait bien résumer le parcours de Chloé. Sur des formats peu courus par les musiques de club, la Parisienne a eu tendance à ralentir l'allure. Après un acoquinage rapide à la pratique live, Chloé a récemment sorti son deuxième album One in Other (Kill The Dj). L'occasion était de parler de sens caché, de portes ouvertes et de spontanéité.

Je me rappelle de ta date au Confort Moderne (Poitiers) il y a deux ou trois ans, un de tes premiers lives pour The Waiting Room. Une certaine appréhension était palpable ce soir-là. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta découverte de la prestation live ?

Pendant longtemps je n’étais pas attirée par le live particulièrement, en tout cas je n’avais pas envie de faire un live club, le djing me suffit pour ça. Au fur et à mesure est venue cette idée de faire un live au ralenti, en revisitant des morceaux en direct, de façon spontanée et improvisée, c’est une prise de risque mais c’est enrichissant.

Un live techno, c'est différent d'un live rock, on ne peut pas changer la setlist tous les soirs. Quels ont été les facteurs te permettant de faire évoluer tes lives ?

Le live m’a donc permis de proposer au public ma musique que je produisais en studio jusque-là. Ça a fait le lien qui me manquait entre le studio et le djing. Le live m'a permis d'affirmer mon style, de trouver des idées en direct. Mon live est un amas de mes sons d’albums, de remixes, de maxis, de collaborations, et de sons à venir, le tout joué de façon improvisée.

chloe2

Est-ce que ces éventuelles évolutions ont impacté l'écriture de One In Oher ? Y-a-t'il eu un "après The Waiting Room" ?

Après The Waiting Room, j’ai continué à faire des morceaux, comme si je travaillais sur mon album. C’est comme ça que j’ai commencé à faire One In Other, c’est la continuité de The Waiting Room. Aussi, certaines trames de morceaux de One In Other sont tirées d'idées de mes lives, d’extraits de diverses collaborations. Je me sers de toutes les matières que j’ai pour faire mes productions.

One In Other est plus franc, la rythmique est beaucoup plus appuyée et il y a même des morceaux orientés plus dancefloor et pourtant tout cela reste brumeux, bancal... Penses-tu avoir réussi à trouver le pont entre la piste de danse et la maison ? Le djing a-t-il eu plus d'importance dans ce deuxième opus ?

Pour moi ce disque a été fait plus spontanément, donc il est peut-être plus radical que le premier, en tout cas plus affirmé. The Waiting Room était plus intime, sombre, mais se terminait sur une porte ouverte. Avec One In Other j'ai pris la porte, je suis sortie. Le fait de confronter directement ma propre musique en live m'a permis d'affirmer mon style. Malgré tout, je continue toujours et encore à jouer avec les contrastes (fermé/ouvert, chaos/cosmos, sens apparent/sens caché, etc.). C’est sûrement le point commun entre tout ça (prod, dj, live). Ce sont mes modes d'expression qui me permettent d’accentuer les effets de styles. Le djing continue constamment de me nourrir, tout comme la production qui nourrit mes mixes, je me sers de l’un et l’autre, comme je l’ai toujours fait d’ailleurs.

Quelles étaient les lignes directrices de One In Other ? Qu'est-ce que tu voulais explorer à travers un second album ?

Ce sont les liens entre l'Un et l'Autre, et la façon dont se tissent ces liens qui m'ont donné un point de départ. Je voulais les mots "one" et "other" dans le titre, le rapport entre l'un et l'autre. On dit "l'un dans l'autre", "ni l'un ni l'autre", "l'un après l'autre", etc. Le mot entre les deux aurait pu être n'importe lequel, finalement. Après chacun interprète comme il veut le sens, qui est l'un, qui est l'autre, chacun y trouve sa propre réponse. Le tout dit de façon suggérée.

Ça ne sera une surprise pour personne s'intéressant de près à toi mais en écoutant ton nouvel album, j'ai retrouvé l'éclectisme propre aux compilations (CD et/ou digitales) de Robert Johnson. Peut-être plus qu'ailleurs, il se dégage un son des artistes/des djs gravitant autour de ce lieu. Un mélange subtil de son dur et moelleux, de rythmes lents mais entraînants. Qu'est-ce qu'il se passe là-bas ? Il s'agit réellement d'un lieu de référence pour toi ?

Le Robert Johnson fait partie de ces rares lieux, un peu commme le Pulp, où l’on ressent une réelle liberté d’expression, c’est un petit endroit convivial, le sound system est dément, et le dj joue autant de temps qu’il le souhaite, ça peut durer longtemps, ça permet vraiment d’installer son ambiance. Je n’y ressens aucune contrainte.

chloe1

A ce titre, peux-tu nous présenter le projet Plein Soleil qui a sorti un maxi chez Robert Johnson ? Où en êtes-vous de ce projet ?

Plein Soleil est un duo électronique qu’on a créé avec Krikor en 2008. On a sorti deux maxis jusque-là (un sur le label Live At Robert Johnson, Casus Belli, un autre sur Resopal, Let’s Sway) et fait quelques remixes (Losoul entre autres). On prévoit d’autres maxis à venir dont un sur Kill The Dj Records.

D'ailleurs tu sors très peu de maxis... Le long format a plus d'importance à tes yeux ? Avec le digital, ce format vaut-il encore la peine d'être exploité ?

J’ai sorti pas mal de maxis avant mon premier album (liste ci-dessous), les albums sont une continuité logique, je continuerai à en faire malgré la crise du disque parce que j’ai toujours besoin de faire de la musique, et d’en écouter. Je n’ai jamais calculé en terme de marketing si c’était bien de sortir un disque ou pas, sinon je n’aurais même pas fait d’albums. A mes débuts je ne me concentrais que sur les maxis, aujourd’hui je me lance dans les projets d’albums, j’ai aussi plus de remixes, et de collaborations, et quand c’est possible des maxis.

* Plein Soleil - Casus Belli (Playhouse, 2009)

* Plein Soleil - Let’s Way (Resopal, 2008)

* Be Kind To Me (Kill The Dj, 2007)

* Suspended (Kill The Dj, 2007)

* Afterblaster avec Alexkid, 2006

* Point Final/Hand In Hand avec Sascha Funke (Bpitch Control, 2006)

* Around (Kill The Dj, 2006)

* What's The Matter (Karat, 2006)

* Troubles (Karat, 2005)

* Take Care (Crack'n Speed, 2005)

* The Flick Of The Switch (Dialect, 2004)

* The Forgotten EP (Karat, 2004)

* Erosoft (Karat, 2002)

J'ai vu que tu allais soutenir la sortie de One In Other par des dj sets à droite à gauche dans les mois à venir, comptes-tu le défendre également en configuration live ?

Je vais continuer à tourner dans les clubs et festivals en dj, mais je suis aussi en train de préparer un live avec les artistes visuels berlinois Transforma. On présentera le live en exclusivité le 15 mai au festival Les Nuits Sonores à Lyon, et à Paris à l’Alhambra le 17 juin.