Bleeding Rainbow - So You Know (PREMIERE)

Bleeding Rainbow - InterruptBleeding Rainbow - quatuor originaire de Philadelphie, qui se dénommait encore en 2011 Reading Rainbow et dont on avait évoqué le très beau split 7" en compagnie de Coasting (lire) sur Atelier Ciseaux - est, depuis son changement de patronyme, extrêmement fidèle au label brooklynois Kanine Records, pas avare en groupes de renom - des mésestimés Eternal Summer aux adulés Grizzly Bear et Chairlift. Mais à vrai dire, ce n'est une nouvelle fois pas de ce côté-ci du continent américain que le groupe nous convie, tout auréolé de son second LP, Interrupt à paraître le 25 février 2014, recelant une nouvelle fois des pop songs incandescentes, dardées de saturations et parcourues de la voix traînante et saisissante de Sarah Everton. Non, après l'inaugural LP Oh Yeah paru en 2012, la destination assumée est clairement celle d'une Californie cramée de soleil, où ils déambulent gaiement sur les plates-bandes d'une Bethany Cosentino (Best Coast) - n'en finissant plus de faire le même disque mais en moins bien - accrochant à nos lèvres une sauvage envie d'ailleurs.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Bleeding Rainbow - Interrupt (Kanine Records, 25 févier 2014)

1. Time & Place
2. Tell Me
3. Start Again
4. So You Know
5. Dead Head
6. Out of Line
7. Images
8. Monochrome
9. Cut Up
10. Phase


Valleys - Undream A Year

Après le gracile LP ambiant-folk Sometimes Water Kills People (2009, Semprini Records) et le plus électronique EP Stoner (2010, Semprini Records), transpercé de fulgurances shoegaze, le duo montréalais Valleys annonce son retour sur long-format via Kanine Records et un EP single, Undream A Year. Le 30 avril prochain sortira donc Are You Going To Stand There And Talk Weird All Night? s'intimant déjà tel une inclinaison synth-pop de l'univers onirique de Matilda Perks et Marc St Louis, eux qui ont sciemment confié la production dudit LP à Alec Dippie aka Orson Presence des légendes post-punk The Monochrome Set. Constat que ne contredira aucunement la vidéo d'Undream A Year réalisée par Derrick Belcham.

Audio

Vidéo

Tracklisting

Valleys - Are You Going to Stand There and Talk Weird All Night? (Kanine Records, 30 avril 2013).

01. Micromoving
02. Hounds
03. Absolutely Everything All the Time
04. See the Moon?
05. Living Normal
06. Us
07. John, Meet Me at the Precipice
08. Before Fall
09. Exing Everything
10. Un-dream A Year


Royal Baths - Better Luck Next Life

Comme le froid s’épaissit, les petites terreurs et les instants glauques s’entassent tranquillement là où le vent a déjà creusé son sillon rectiligne. À Paris, il fait un temps plutôt dégueulasse. Un temps à se vautrer dans un néant louche et à laisser les espoirs transis se disloquer mécaniquement. Aujourd’hui et demain et après-demain et le jour suivant peut-être, encore de la neige, du verglas, des soleils bas. Encore des occasions de coller contre sa peau les mélodies vampiriques de Royal Baths. Il faut les laisser vous déchiqueter les membres, sucer votre sang et ronger tous vos désirs car il est souvent nécessaire, dans des moments pareils, de ne pas vivre trop confortablement.

Les sangsues de Royal Baths viennent de San Francisco. Dans leur dernier disque, Better Luck Next Life, les musiciens du groupe ont néanmoins excisé la chaleur étouffante de leur ville d’origine pour n’en conserver que la sueur blême, l’atmosphère grasse du cloaque. Ils ont aussi méticuleusement récolté l’ambiguïté sexuelle qui suinte des rues, en ont extrait un peu de semence psychédélique qu’ils ont ensuite noircie avec leurs guitares grinçantes et leurs chœurs bizarres. Enroulé de vieux démons, macabre et brillant comme un disque du Gun Club ou du Velvet Underground, l’album fait monde. Et dans la cosmogonie béante et moite des chansons, on côtoie les abysses de la terre, à la fois ventre immense et bouche pendante, grande ouverte et large comme une plaie.

La monstruosité du disque a quelque chose de grotesque, d’enflé, qui lui apporte un contour poétique biscornu. Les femmes, par exemple, ne sont pas tout à fait femmes, ce sont plutôt des sortes de sorcières venimeuses : les Diaboliques ont des lèvres charnues mais leurs yeux sont désincarnés comme dans le superbe titre Longer, Faster, où une fille abîmée sème placidement la ruine autour d’elle. Partout la mort, partout le meurtre. Ça grouille et ça pue comme dans les peintures de Bosch ! Comme dans les scènes de genre flamandes en effet, l'ensemble des images ne forme qu'un seul et même tableau. Ainsi le titre Black Sheep décrit un « Bloody landscape in a daydream » qui appartient à un diptyque malsain : la chanson se fait toile de fond et suite logique du cinquième morceau de l’album, Nightmare Voodoo ; morceau à la beauté déviante dont les paroles semblent boursouflées de fantasmes étranges.

Tout se résume donc à des montagnes spectrales de sang et de merde, sans fond et sans masques. L’ensemble de ce monde hideux est vain. Grimaçant.Et pourtant cet album est une forme d’amour.

Audio

Vidéo

Tracklist

Royal Baths – Better Luck Next Life (Kanine, 2012)

1. Darling Divine
2. Burned
3. Faster, Harder
4. Be Afraid Of Me
5. Nightmare Voodoo
6. Contempt
7. Black Sheep
8. Map Of Heaven
9. Someone New


Chromatic Flights - Sunset Bell

sunsetbellChromatic Flights est le projet solo de Kyle Wyss des Blind Man’s Colour. A savoir un duo de laborantin en herbe, qui, entre bruits, échos et réverbérations, triturent la matière sonore selon les leçons de chimistes parmi les plus avertis et réputés, Animal Collective et Panda Bear pour ne pas les nommer. C'est bien simple : la grande pomme est en ébullition depuis la signature des deux garnements venus de Floride sur le label Kanine records (Grizzly Bear, Chairlift, Oxford Collapse). Kyle Wyss et Orhan Chettri - qui a aussi un side-project nommé Lucid Bus - peuvent compter en effet sur le soutien indéfectible d'une kyrielle d'étoiles du landerneau pop new-yorkais : Ed Droste de Grizzly Bear et John Norris, de MTV, les maternent avec une dévotion non dissimulée, tandis que Kanye West est fan, c'est dire, et que la soeur d'Avey Tare d'Animal collective a confectionné la pochette de l'EP Favorite Cat de Chromatic Flights. Tout est donc paré pour que 2010 soit l’année de l’envol de ces jeunes gens ne cumulant à deux qu’à peine quarante piges. Et c'est Kyle Wyss qui envoie la seconde salve - après Season Dreaming de Blind Mind's Colour paru en 2009 - avec Sunset Bell (OneThirtyBpm, 2009), un disque à l'épure psychédélique et cotonneuse. Les sept morceaux, proposés en téléchargement gratuit ici, s'égrainent à nos oreilles de la même manière que l'on regarde les vieux Polaroïds d'antan, floutés mais confondants, avec cette dose de nostalgie procrastinant l'inutile neurasthénie. Une somme de variations fluxant l'expérimentation à la répétition et irradiant l'auditeur jusqu'à l'étourdissement volubile par d'ondoyantes nappes de synthétiseurs. La beauté chloroformée de morceaux tels Sunset Bell et Cocomo's mirage, comme la litanie scintillante de Diamond Skull, qui n'est autre qu'une reprise d'un des poncifs de son compère Orhan Chettri, transfigurent les affres de l'hiver rigoureux en une odyssée aquatique nimbée d'un soleil plus qu'omniscient. Sunset Bell participe au réchauffement climatique. Mais là, personne ne s'en plaindra.

Thibault

Audio

Chromatic Flights - Sunset Bell

Tracklist

Chromatic Flights - Sunset Bell (Self Release, 2009)

(téléchargeable ici)

1. Passagrille
2. Sunset Bell
3. Favorite Cat
4. Home Is More
5. Diamond Skull (Lucid Bus cover)
6. Cocomo's Mirage
7. Sunken Sunny