On y était : Sonar Festival 2014

DSC_0010

Photos © Hélène Peruzzaro

Sonar Festival 2014, du 12 au 15 juin 2014, par Alex P.

La fin du printemps et l’arrivée de l’été sont synonymes de fiesta et d’effervescence dans la cité catalane. On pense Primavera ok, mais l’événement majeur de la saison est sans nul doute le Sonar et le moins que l’on puisse dire, c’est que la grande messe ibérique de la musique électronique n’a pas failli à sa réputation : chaleur, soleil, prestations de haute voltige et atmosphère électrique. Le festival se déroule sur trois jours et trois nuits mais c’est sans compter le Off et ses fêtes qui s’enchaînent matin, midi et soir tout au long de la semaine aux quatre coins de la ville. En bons sportifs, on a décidé de se faire la totale et comme avec toute compétition de haut niveau, le physique est mis à rude épreuve mais si tu arrives à survivre dans la jungle du dancefloor, la récompense est au bout.

Après deux premières journées consacrées au tapas et à la playa, histoire d’avoir un peu moins des gueules de blanchots au milieu de cette foule au teint halé, on rentre dans le vif du sujet avec une première fête de journée au Monasterio, point culminant du Poble Español. Le cadre est magnifique au milieu des conifères et des feuillus avec une vue incroyable sur la ville en contrebas. Le sound system de free party est au top, tout est réuni pour que ça se passe à merveille ou presque. Presque, parce que comme la plupart des fêtes du Off, ce showcase Maeve est un gros truc de bourgeois, consos hors de prix et service d’ordre façon G8 à se demander si Obama ne va pas faire son apparition sur la piste de danse. L’autre truc frappant, c’est qu’on a l’impression d’être à un casting de mannequins, à croire que le paquet a été mis sur les petits culs et les beautiful people. Pendant le set de Baikal, les gens sont tellement timides que je commence presque à me demander ce que je fous dans ce plan semi-flingué, grosse erreur. Sur le coup j’ai oublié la règle de base : on ne force pas la teuf, c’est la teuf qui vient à toi, et à mesure que le public grossit, l’événement se retourne totalement sur lui-même. Le sosie de Vladimir Poutine et ses potes de la sécu sont dépassés, les gens ne sont plus aussi beaux, l’énergie est palpable. Matthew Johnson enchaîne avec une prestation live de house ultra rythmique aux sonorités baléariques, ça y est, on y est. Il terminera son set sur un mouvement plus deep et mélancolique avant de laisser la place à Mano Le Tough, qui va tabasser d’entrée avec de la bassline d’éléphant et alterner les moments aérés au bpm plus lent. Ça devient physique, un peu comme un bon Panorama Bar bien lourd du dimanche. Tale Of Us prend le relais et envoie un super live avant de terminer en back to back to back avec ses deux complices précités. Il est minuit, c’est passé super vite, mise en jambe parfaite et ça tombe bien puisque l’on enchaîne avec le Suruba showcase dans un club de plage de la Barceloneta. On vient surtout voir notre chouchou Fairmont programmé à 5h du mat mais en attendant, on se prend de la bonne grosse Miami Bass décérébrée à se croire dans une salle de sport pendant une séance de step sous amphètes. Et pour rajouter au côté débilo-fendard, c’est aussi l’occasion d’observer quelques beaux spécimens de la faune nocturne – spéciale dédicace à la grande Polonaise de deux mètres qui a proposé des choses que je n’avais encore jamais vues sur un dancefloor. Fairmont fait son apparition, il branche ses machines, on va pouvoir passer aux choses sérieuses. Et bien non, les lumières s’allument, tout le monde sort, il ne jouera pas et on ne saura jamais pourquoi. C’est pas faute d’avoir essayé de choper Jake pour essayer de capter ce qu’il venait de se passer mais il s’est évaporé aussi vite que la fin de la soirée. On profitera du lever de soleil sur la plage avant d’aller dormir quelques heures.

workshops02_consuelobautista_sonard2014_

Au réveil, on n’est pas super frais, mais c’est aujourd’hui que commence la sélection officielle du festival. J’abandonne donc les potes du Off (qui eux iront danser sur la plage avec Derrick May) pour aller au Fira Montjuic qui accueille le Sonar by day. L’espace est très agréable, la circulation entre les scènes est limpide et l’organisation impeccable. Après un tour au press bar, je déambule dans le hall consacré au Sonar +D, la sélection multimédia et technologie du festival qui mériterait un article à elle seule tant les différents projets exposés sont intéressants, entre circuit bending top niveau, prototypes d’instruments inédits, installation interactives, mapping et harpe lazer. Si les nouvelles technologies appliquées à l’industrie du spectacle t’intéressent, creuse le truc parce que c’est pour toi. En plus des différents stands, il y avait également tout un tas d’activités autour du +D, des workshops, des conférences, des performances, plein de trucs fascinants destinés à la génération 2.0. Désolé de n’évoquer la chose que brièvement mais je suis une feignasse et je suis déjà bien à la bourre sur mon papier donc si c’est ta came, vas-y, fais tes recherches, débrouille toi, tu ne seras pas déçu. Je continue ma balade et m’arrête quelques instants au Sonar Village et la grande scène extérieure sur laquelle est en train de jouer Machinedrum Vapor City. Je n’en retiens pas grand chose et pour cause, j’ai l’esprit ailleurs, Chris & Cosey ne vont pas tarder à jouer dans le SonarDome. Le couple légendaire de l’EBM ne déçoit pas tant la prestation est impeccable et la setlist bien ficelée, à la fois mentale et terriblement dansante. Les deux Anglais ne sont plus tout jeunes mais ils n’ont pas ramassé comme leur ancien collègue Genesis P. Orridge, tant physiquement que musicalement.

chriscosey_sonardome_arielmartini_sonar2014_1b

Ça commence fort, le festival a à peine commencé que j’ai déjà reçu une bonne gifle, et ce n’est pas fini puisque je m’apprête à en recevoir une deuxième aussi sec. Sitôt les darons hors de scène, je file dans la salle de cinéma du SonarComplex pour le concert de Ben Frost. Le public s’installe confortablement dans les sièges et applaudit avec ferveur l’Australien expatrié en Islande lorsque celui-ci fait son apparition sur scène. Marque d’amour à laquelle l’intéressé répondra par un cinglant : « Keep it quiet, will you? » Ambiance. A croire que le côté froid et con de l’insulaire nordique a bien déteint sur le lascar. En même temps, ça cadre bien le truc et rappelle à tout le monde que l’on n’est pas là pour rigoler. Accompagné par les batteurs des Swans et de Liturgy, le mec est venu présenter l’émanation live de son dernier opus Aurora, pièce noise dantesque. Le son panoramique de la salle est pachydermique et super défini, je vis une expérience sonore et sensorielle intense calé au fond de mon siège. Les rythmiques tribales sont infernales, la polyrythmie est maîtrisée de manière martiale et suscite l’émerveillement en laissant palpiter la vie au milieu du chaos. Les envolées soniques passent le mur du son, de sensorielle l’expérience devient presque spirituelle, transcendantale. Le temps d’une petite heure je ne suis plus à Barcelone, je ne suis même plus sur terre, j’en ai oublié mon corps. Le dernier mouvement passé, il me faudra quelques minutes pour reprendre mes esprits et m’apercevoir que le journaliste ricain à la dégaine de frat boy installé à côté de moi ronfle comme un salaud, le mec a réussi à s’endormir, incroyable. Pour la peine, il se réveillera avec une bite dessinée au marqueur sur le biceps, il l’aura pas volé.

plastikman_sonarvillage_arielmartini_sonar2014

Je retourne sur la scène extérieure pour l’événement de clôture de cette première journée : la performance live de Plastikman. Celui qui a transformé le son électronique d’une époque présente ici une adaptation de son spectacle Objekt donné au Guggenheim de New York en fin d’année dernière, installation massive articulée autour d’un immense monolithe/obélisque servant de support aux vidéos et autres projections lumineuses. L’expérience est réellement déroutante et impressionnante, Richie Hawtin continue à émerveiller avec ce son acid tout droit sorti des 90’s.

Retour sur les lieux le lendemain et je me prends FM Belfast en guise de comité d’accueil. Le truc avec ce groupe, c’est que la première fois que tu les vois c’est un peu marrant, mais à répétition ça tape salement sur le système leur histoire. Un truc à mi-chemin entre la fête à la saucisse de Vélizy et un groupe festif estampillé Solidays, ça suffit les clowneries. Direction le SonarHall, grand espace industriel travesti à grands coup de drapés de velours rouge en un truc entre le hall d’exposition et le vieux cinéma porno, sur l’écran duquel sont projetées les vidéos psyché et glitchées de Simian Mobile Disco, qui présente leur nouveau live, Whorl, exercice qui consiste à réinterpréter leur répertoire en remplaçant leur équipement habituel par un instrument chacun, synthé analogique d’un côté, séquenceur de l’autre. Montées en puissance autour d’arpégiateurs scintillants et de basses vrombissantes, progressions d’orgues synthétiques se terminant en vagues de drones, ce n’est pas ce qui se fait de plus original mais ça fonctionne bien, le public est en transe. Bon après, le public est tout le temps en transe en fait, on prend la fiesta au sérieux ici. Je pars jeter un œil aux Péruviens de Dengue Dengue Dengue dans le SonarDome et me prend une basse hyper lourde qui creuse un tunnel conçu pour faire bouger ton boule au ralenti tout en vibrant de la tête aux pieds, une sorte de dancehall sous kétamine, pas mal finalement, lorsque soudain tout part en vrille. Les cons balancent des ambiances mariachi et andines complètement débiles, c’est carnaval, et putain ça craint. Maintenant le public a apprécié, le côté caliente latino je suppose, les drogues aussi. Fallait sortir de cet enfer vite fait et trouver un moyen pour se laver les conduits auditifs. Je pars en direction de la salle de cinéma pour aller voir la performance électro expérimentale de l’artiste libanais Tarek Atoui qui, derrière sa table remplie d’instruments et de modules inventés par ses soins, va hypnotiser l’audience avec ses atmosphères rituelles cathartiques. En déclenchant ses séquences et en triturant ses effets à l’aide de capteurs, il place le geste au cœur du dispositif. Une prestation fine et touchante, les machines semblent être autonomes, méditation autour des interférences. Retour sur la grande scène et on continue dans le contraste avec Bonobo. Bon là les choses sont on ne peut plus claires, on sort l’artillerie lourde avec jusqu’à neuf musiciens sur scène, et c’est parti pour un gros live millimétré où rien ne dépasse, façon boulevard des hits. C’est pas tellement ma came mais la maîtrise du show est assez flippante. On ne sait pas s’il y a beaucoup de sincérité là-dedans mais ça dégage la puissance d’une machine à spectacle et finalement, tu viens aussi au Sonar pour voir quelques gros trucs. Mais ça va bien quelques minutes, retour dans le SonarHall pour Jon Hopkins et son live intense aux sonorités à la fois belles, hyper saturées et agressives. Dans l’éclairage écarlate du lieu, la foule ressemble à un tapis de braises rougeoyant sur lequel l’Anglais balance des sons à griller. BBQ du démon, mortel. Prise d’oxygène à l’extérieur avec le bon mix à papa de Theo Parrish pour se mettre bien puis place à la nuit.

tarek-atoui_sonarcomplex_juansala_sonar2014_05

Malgré une programmation des plus alléchantes, je décide de squeezer la première soirée du Sonar by night pour rejoindre les potes au club The Apartment, situé à deux pas de la rambla, pour la soirée off Lost In A Moment du label techno allemand Innervisions. Au menu, Marcus Worgull, Âme et Dixon. Ces deux derniers étant fraîchement auréolés des distinctions de la part de Resident Advisor, le club est rempli au-delà de sa capacité. Résultat, quelques malaises, une chaleur étouffante et une lutte de tous les instants pour survivre sur le dancefloor, et bien sûr, de la house raffinée et intense jusqu’au petit matin.

Réveil difficile et retour au Sonar by day pour choper le spectacle du turntablist Kid Koala. Il fait 35°C et le mec est en costume koala à faire pâlir d’envie la communauté de furries ibériques, c’est à se demander comment il ne tombe pas dans les pommes. Pendant que la petite troupe de danseuses/hôtesses de l’air qui l’accompagne élabore ses routines, le Canadien revisite son répertoire en un medley géant sous forme de voyage dans l’histoire du hip-hop, du sample et du scratch.

machine_variation-2-creidit-photo-julie-artacho

On s’arrête ensuite pour assister à la performance Machine Variation des canadiens Martin Messier et Nicolas Bernier. Déjà présents au Sonar 2010 avec leur installation La Chambre des Machines, les deux artistes manipulent ici une grande structure en bois. En actionnant des leviers, des ressorts et tout un tas de mécanismes, ils font émerger des compositions aux sonorités s’éloignant drastiquement des matériaux utilisés. Moment agréable, ludique et inventif entre expérimentation sonore et ingénierie.

On va ensuite mater Audion, nouveau projet radical de Matthew Dear avec son dispositif scénique constitué de volumes pyramidaux assemblés de sorte à créer une sphère au milieu de laquelle l’Américain prend place et qui sert de support à la vidéo. Surimpression de formes géométriques et de jeux de lumière qui ajoute au côté spectaculaire de ce son technoise tout en textures et rythmiques agressives.

Place ensuite à Who Made Who et leur électro-disco-pop sur-vitaminée. Les Danois, affublés de jolis petits ensembles assortis, envoient un show tout en puissance et même si leur musique n’est pas vraiment ce que je m’écoute chez moi, leur énergie et leur bonne humeur sont contagieuses. Et puis rien que de voir la collègue photographe à fond, c’était beau. On revoit le live de James Holden, ça fait trois fois en six mois maintenant, on ne va pas revenir dessus, mais tu t’en doutes, c’est toujours aussi génial.

massive-attack_sonarclub_juansala_sonar2014_08

Le moment est ensuite venu de faire un tour au Despacio, histoire de voir ce que vaut cette « expérience club unique dont le public est le principal protagoniste » concoctée par James Murphy et 2ManyDjs (qui sont d’ailleurs derrière les platines pour faire danser les curieux) en collaboration avec McIntosh. La particularité de la chose consiste en une vingtaine de modules d’enceintes amplifiées disposées en cercle autour de la piste de danse de sorte à ce que le son soit absolument identique où que l’on se trouve. Un peu comme si tu dansais avec un casque mais sans casque, une autre idée de l’espace. On finira cette dernière journée de In par un bon set porno L.A. façon Boogie Nights dont DJ Harvey a le secret avant de nous rendre au Sonar By Night du côté de l’Hospitalet. On commence par la session souvenirs de jeunesse avec le live de Massive Attack. La prestation est XXL et leur répertoire est passé en revue donc on a forcément le droit à quelques moments grandioses - maintenant, le son des grands halls de gare n'a jamais trop été mon truc. On continue par une bonne session alcoolisée d'auto-tamponneuses devant Laurel Halo puis on enchaîne avec le DJ-set dansant de James Murphy. L'ambiance vire à la croisière s'amuse lorsque Chic accompagné du légendaire Nile Rodgers investit la scène et balance le répertoire du gratteux, compilation des tubes qu'il a pu écrire pour Bowie, Diana Ross, Madonna, Duran Duran ou encore INXS, qui fait l'effet d'un TOP 50 années 80 et qui te fait forcément penser à l'ancien habillage de Canal+.

Vient ensuite le moment fort de la nuit avec le back to back James Holden/Daphni. En ce moment on parle beaucoup (moi le premier) du Holden live, celui qui s'est affranchi du carcan du DJ-set et de sa mutation en musicien total et tout cela est vrai, sauf que là il a décidé de rappeler à tout le monde qu'il restait un DJ hors du commun. Son association avec Daphni est redoutable et le son est énorme. Les mouvements ultra rythmiques soutenus par des mélodies de basses abyssales se mêlent à des passages abstraits merveilleux puis plus stricts, un truc cérébral et animal à la fois. Une vraie purification cathartique parfaitement illustrée par le poto à côté de moi qui poussait des râles à la fois de plaisir et de renoncement les bras et la tête en direction des astres, sorte de colonne cosmique totalement flinguée. C'est flingué mais hyper beau, comme cet orage tropical qui éclate et qui te procure cette sensation si spéciale du cabrage sous la pluie et dans l'hystérie. Tiga clôturera sous le déluge et un levé de soleil apocalyptique, buenas noches cabrones.

Le réveil est de plus en plus difficile et les jambes de plus en plus raides mais on n'a pas le droit de craquer dans la dernière ligne droite. C'est le début de l'aprèm et on va dans la cour d'un hôtel boire des mojitos en bord de piscine au showcase off du label All Day I Dream fondé par Lee Burridge, DJ résident du Burning Man, qui va se faire plaisir jusqu'à minuit avec son pote Matthew DK à base de house orientalisante à quatre mains, bande-son idéale d'after prolongée. Dans un ultime effort d’acharnés, on ira se finir dans un club du centre-ville sur les sets de Marc Piñol et Hugo Capablanca et leurs sélectas rétro 80's. Je remarque tout de même que le gars Hugo ressemble à une version sous subutex de Patrick Eudeline et putain ça fait peur, c’est là que tu te dis que trop de fête ça peut être dangereux, heureusement que le Sonar ce n’est qu’une fois par an. Hasta luego Barcelona et gracias para todo.

Photoshoot Who Made Who


On y était : James Holden, Andrew Weatherall & Daniel Avery à la Villette Sonique

James Holden 2

Photos © Helene Peruzzaro

On y était : James Holden, Andrew Weatherall & Daniel Avery, le 6 juin à la Villette Sonique - Par Alex P.

Au sein de sa programmation de haute volée, la Villette Sonique n'a évidemment pas manqué d'inviter celui qui a largement contribué à développer une vision nouvelle de la techno et de la musique électronique en général. Traçant une route à part depuis ses débuts, James Holden se réinvente sans cesse en brisant les frontières stylistiques. Avec The Inheritors et le live qui va avec, il assume un rôle qui va au-delà de celui de DJ de génie, il devient chef d'orchestre.

Accompagné par la mascotte hexagonale Étienne Jaumet, qui régale avec ses envolées de sax, et Tom Page, le batteur de RocketNumberNine qui accompagne également Neneh Cherry pour son come back scénique, on sent que le mec s'est rarement fait autant plaisir (James Holden tout sourire c'est un peu un événement en soi) et le moins que l'on puisse dire c'est que ces vibrations positives sont communicatives.

James Holden 1

On avait déjà vu l'équipe à l'œuvre en décembre dernier à la Machine du Moulin Rouge (prestation filmée par le collectif Sourdoreille) et franchement des concerts comme celui-là tous les six mois ça passe tranquille, tous les deux mois ça serait cool aussi en fait. Ils auront tout de même pris le soin de modifier un peu la setlist (un morceau) pour ne pas reproduire tout à fait le même concert. Autre différence notable, le son, et la salle en elle-même qui permet plus de proximité avec les musiciens pour une expérience transversale totale entre acoustique et électronique. Le fait d'être au premier rang au milieu des groupies mongoles de 20 piges étudiantes à Censier (quand je vous dis que le gars est précurseur, il arrive même à drainer le public des BB Brunes, un tueur) a peut-être aussi joué sur mon ressenti, le fait d'entendre la batterie de très près par exemple, a produit ce sentiment galvanisant que tu retrouves dans un studio de répète - un studio de répète haut de gamme hein, pas la cave flinguée de ta grand-mère ou la garage fatigué des darons, soyons clairs. On pourrait parler du contenu artistique plus longuement mais un collègue s'en est déjà chargébien comme il faut.

Daniel Avery

Sur le papier, la suite de la soirée était plus qu'alléchante avec Ana Helder et bien sûr le DJ God himself, Andrew Weatherall en B2B avec Daniel Avery. Malheureusement, les nouvelles limitations sonores auxquelles est soumis le Cabaret Sauvage laisseront un sentiment de frustration passé minuit, car même si les sets sont du meilleur goût, difficile de cabrer comme il se doit lorsque le son fait plic-ploc. Mais bon, au final c'est pas grave, le live de James Holden aura fait tellement de bien que tout ce que tu retiens c'est que c'était encore une putain de bonne soirée à la Villette Sonique.

Photos


James Holden l'interview

James Holden - The InheritorsDans un monde épris de rationalité et d'impératifs technologiques, l'évolution s'impose telle la matrice cognitive du moindre souffle de l'homme : qu'il écoute, qu'il lise ou qu'il réfléchisse, celui-ci tend à développer ses savoirs tout en pensant effectuer un mouvement conscient vers la connaissance. Le progrès est fondamentalement positif quand bien même tout ce qui lui résiste s'abaisse à faire allégeance à des forces obscurantistes et régressives, entravant sa marche linéaire. Une doxa supposée infaillible mais qui dessine jour après jour ses propres limites : dans un monde où le signifiant siphonne l'existence même du signifié et où le média supplante le message, la matière froide, standardisée et reproduite à satiété, machinalement et sans effort, s'érige en totem d'une civilisation débarrassée depuis belle lurette de son ciment - l'innocence face à l'avenir. Tout a été dit, tout a été fait, seule compte désormais la manière de le dire et le faire : l'horizon n'est plus une infinie promesse quand ladite évolution confine au piège à cons semblable, tout au plus, à un écran de fumée technologique évidant l'originalité sur l'autel de la consommation bovine. Que ce soit dans un enclos ou un bocal, l'homme s'affaire à l’avènement d'une idiocratie chère à Mike Judge - en moins drôle (voir). Une dystopie si réaliste qu'elle se confond aux limbes du quotidien et que rien, ou si peu, n'est en mesure de déjouer.

Peu de temps après Sa Majesté des Mouches, William Golding s'attaque dans Les Héritiers (The Inheritors, 1955) au concept d'évolution, soulignant que la supériorité intrinsèque du Sapiens sur le Néandertal est inextricablement liée à l'émergence de fléaux à la vie longue, de la cupidité à l’exploitation de l'homme par l'homme. En filigrane de son second album, paru en juin dernier via son label Border CommunityJames Holden fait sienne l'allégorie de Golding - en plus du titre, The Inheritors - afin d'insuffler à quel point l'altruisme et l'innocence propres aux années soixante-dix dans la musique ont été éradiqués sous les coups de boutoirs d'une révolution digitale aplanissant l'imaginaire et galvaudant aussi bien les intuitions que les savoir-faire d'antan. Avec la culture Ableton, pas sûr que les membres d'Ash Ra Tempel ne décident aujourd'hui de s’exiler en Suisse afin de coucher sur bandes l'halluciné Seven Up (1972) avec Timothy Leary, théoricien du LSD alors recherché par la CIA, en guest.

Défiant sur The Inheritors les codes de la composition et de la production actuelles, privilégiant mécaniquement la syntaxe numérique, l'Anglais ne se contente pas pour autant de revisiter l'histoire sur les sentiers paisibles de la grégarité. D'autres s'en chargent pour lui - écoutez donc Threace (Drag City, 2013) de Cave, sorte de bréviaire vulgarisant d'un seul tenant Can et Neu!. À l'image de la stèle parcheminée de symboles Gaïa figurant sur la pochette de The Inheritors, le passé et sa compréhension sont pour Holden des clés tout aussi essentielles que la technologie. La tension entre ces deux pôles s'avère d'ailleurs féconde : très influencé par la Kosmische Musik chère à Klaus Schulze, Michael Rother ou Klaus Dinger, James Holden ne commet pas l'impair de réécrire quarante ans après un disque krautrock. S'il s'imprègne d'une même extase - engendrée par la variation dans la répétition -, il s'en éloigne tout autant sur le fond que sur la forme, jetant les bases d'une techno mutante, profondément intimiste. Usant, via un logiciel bricolé par ses soins conservant l'incertitude inhérente à l'utilisation de l'analogique, de techniques de reprogrammation digitale d'instruments enregistrés en prise directe, il met au service de sa sensibilité un arsenal de potentialités sonores résolvant la quadrature du cercle en humanisant par la machine sa propre musique. Véritable hybridation passé/présent, le nouveau paradigme de Holden tient moins dans la domestication des machines par l'homme que dans l'introduction dans l'utilisation de celles-ci d'une instabilité chronique que seul l'homme peut contrôler par son action. Si les extatiques Renata, The Caterpillar’s Intervention - dardée d'un solo de saxophone dantesque signé Étienne Jaumet - et le morceau-titre The Inheritors sortent du lot quant à leur capacité à s'en affranchir, une transe immersive émane de cette globalité conçue comme un tout, entre arabesques cosmiques et digressions psychédéliques. La vitalité ainsi dévolue aux instruments analogiques ne se réduit pas à la posture passéiste sinon à une potentialité nouvelle pour la musique électronique d'incorporer la nuance et l'erreur dans sa palette trop souvent monochrome. Et par là même de révéler une géographie émotionnelle bien trop souvent passée à l'as dans pareilles circonstances : des odes mélancoliques Blackpool Late Eighties - que Boards of Canada n'aurait pas renié - et Seven Stars, à la poésie abstraite et déconstruite s'égrainant sur The Illuminations et Circle of Fifths, en passant par les troublantes circonvolutions Sky Burial et Gone FeralThe Inheritors procède dans sa trame narrative à une véritable mise à nu sentimentale de son auteur.

Ayant mis sept longues années à maturer dans l'esprit de son géniteur - l'hyper concis The Idiots Are Winning datant de 2006 - The Inheritors est une alchimie savante dont la transposition scénique s'avère aussi hasardeuse qu'une équation à mille inconnues. Début de réponse ce samedi 7 décembre à la Machine du Moulin Rouge où James Holden présentera ce chef-d’œuvre encore loin d'être épuisé (concours).

Entretien avec James Holden

James HoldenParlons d'abord de ton album. Il t'aura fallu sept ans pour donner une suite à The Idiots Are Winning. Pourquoi ?
Let's talk about your album first, it took you 7 years to do a follow-up to The Idiots Are Winning, why is that? 

Premièrement, j’étais beaucoup trop occupé - à être un DJ, à gérer un label, à perdre mon temps à expliquer comment faire de la musique à d’autres gens au lieu de le faire moi-même. Et deuxièmement, il fallait que je prenne du temps pour penser quelque chose de nouveau. C’est pas simple. Et j’ai appris pas mal de choses dans le processus, max/msp des trucs de maths sur la théorie du chaos, comment jouer de nouveaux instruments et comment construire de meilleur instruments avec le modular. J’étais pas en train de glander à fumer de la dope ou à jouer à GTA en tout cas.

firstly: i was too busy - being a dj, running the label, wasting my time telling other people how to make music instead of doing it myself. and secondly: i had to take some time to work out something new. this is not an easy thing to do. and i learned a lot on the way - from max/msp and maths stuff about chaos theory to how to play some new instruments and how to build better instruments with the modular. i wasn't sitting around smoking dope and playing GTA anyway.

The Inheritors s'écoute très différemment de The Idiots Are Winning. Nettement plus comme un voyage psyché que comme un manifeste technique. Dans quel état d'esprit l'as-tu conçu et que raconte-t-il ?
The Inheritors is a totally different listening experience than your previous record, more like a psychedelic journey than a technical manifesto. What state of mind were you in, what did you try to express? 

Je me suis surtout fait plaisir ! Je ne pense pas que ma musique exprime quelque chose de littéralement explicable, car la musique est plus large et plus vivante que les mots, ce n’est pas lui rendre service que de mettre des mots dessus.

I was enjoying myself mostly! i don't think my music expresses anything literally explainable, because music is wider and more vivid than words, trying to put words on it does it a disservice.

Ton travail est centré sur du matériel analogique. Est-ce une façon pour toi d'humaniser tes compositions et de trancher avec les techniques digitales ?
Your work revolves around the use of analog gear. Is it a way to humanize your compositions and to separate from the digital techniques?

C’est un moyen, l’analogique te force à enregistrer les choses dans l’instant, à faire des prises live et à rouler avec, mais ce qui est amusant c’est que le numérique - max/msp, etc. - est tout aussi important que l’analogique pour faire sonner la musique de manière « humaine », modeler avec précision les sortes d’erreurs de timing que peuvent faire les musiciens live par exemple. Je ne voulais certainement pas faire un disque qui sonnait comme la musique moderne des autres.

It's one way - analogue forces you to record in the moment, to make live takes and run with them, but amusingly the digital stuff - max/msp etc - is as important as the analogue gear in making the music 'human' - accurately modelling the sort of timing errors that human players make, for example. i certainly didn't want to make a record that sounded like everyone else's modern music.. 

Peut-on encore qualifier ton travail de techno ? Finalement tu es plus auteur/compositeur que simple producteur.
Can we still qualify your work as techno? After all you're more of an author/composer than a simple producer. 

Ça ne me dérange pas que tu le fasses ou non, c’est juste un mot, qui a aujourd’hui perdu presque toute sa signification.

I don't mind whether you do or don't: just a word - one with very little meaning left now...

Même si on se doute que tu avais des visées très Kosmische, quelles sont tes influences vis-a-vis de The Inheritors?
Even if we feel the Kosmische influence, what were your inspirations for The Inheritors

Toutes sortes de musiques folkloriques, de Bartók aux chants des chasseurs maliens à Heiroglyphic Being... et Tony Conrad.

All the different kinds of folk music (ie everything from bartók to malian hunters' songs to heiroglyphic being...) and tony conrad.

Parle-nous du morceau The Caterpillar's Intervention et de ce travail avec Étienne Jaumet...
Tell us about the track The Caterpillar's Intervention and the collaboration with Étienne Jaumet...

Ce titre a failli ne pas figurer sur le LP, j’avais ma partie et ça ne fonctionnait pas vraiment, donc juste pour essayer, je l’ai envoyé à Étienne. Je lui avais expliqué l’une des idées de l’album, d’avoir de la multiplicité partout, plusieurs prises de tout superposées, et il est parti là-dessus et m’a envoyé 10 pistes de sax empilées par-dessus ma démo. C’est un génie de l’improvisation, à partir de là c’était facile.

This song almost didn't make the lp - i had my half and it didn't quite work, then just to try it i thought i'd send it to étienne. i explained one of the ideas of the album - of having multiplicity everywhere - several takes of everything all layered up, and he took that and ran with it - sending me back 10 channels of sax takes over the top of my demo. he's a genius at improvisation so from there it was easy.

James Holden - Renata

Les singles de Gone FeralRenata et The Illuminators mettent en relief les multiples facettes de ton travail, soit par un remix, soit par une version studio différente. Est-ce dire que tu hésites encore sur les versions choisies pour l'album ?  Quel est l'intérêt pour toi d'une telle déclinaison ?
The singles Gone FeralRenata and The Illuminators either through a remix or a different studio version show the multiple aspects of your work. Does it mean that you're still hesitating with the versions picked for the album. What interest do you have in such variations? 

Ah non, les versions album ont toujours été les versions album, mais lorsque tu termines une chanson, tu te rends compte que tu aurais pu lui faire prendre une différente tournure, modifiée et vue sous un autre angle. Et en tant que DJ, j’aime avoir des outils avec lesquels m’amuser.

Ah no - the album versions were always the album versions, but with all songs as you finish them you become aware that they could've turned out different, they could be turned over and seen from another angle. and as a dj i like to have tools like that to play with...

Steve Moore a sans doute fait l'un des plus beaux remixes de Renata sous le patronyme de Zombi. Il est aussi à l'origine d'un remix de Mogwai épatant. Est-ce ton seul lien avec Mogwai ?
Steve Moore probably did one of the most beautiful Renata remix under the name Zombi. He's also responsible for an incredible Mogwai remix. Is it your only link with Mogwai?

J’étais un fan de Mogwai bien avant que je sorte mon premier disque, et je ne compte plus le nombre de fois où je les ai vus jouer. J’ai les ai aussi remixés, c’était fun (écouter).

I've been a mogwai fan since before my first record came out, and we've seen them play more times than i can count. i remixed mogwai too, that was fun.

Comment as-tu imaginé la transcription scénique de The Inheritors ?
How did you imagine the live show version of The Inheritors

Au départ je pensais que c’était impossible, que c'était un album trop compliqué à réassembler live. Mais lorsque Thom Yorke m’a demandé si je voulais faire la première partie d'Atoms For Peace, j’y ai repensé... Pour moi c’est important que ça soit une vraie performance - pas question de proposer un concert laptop et d’appuyer sur des boutons pour avoir l’air occupé. Il fallait de la place à l’improvisation avec une possibilité d’échec complet. Les concerts qui m’ont le plus excité ces dernières années étaient surtout des concerts de musiques improvisées, du jazz à rocketnumbernine en passant par Tony Conrad. Ma musique est créée de manière improvisée, c’était donc la seule façon  de faire pour lui rester fidèle.

Initially i thought it was impossible - too complicated a record to reassemble live. but when thom yorke asked if i wanted to support atoms for peace i rethought it.. to me it's important that it's a real performance - no question of it being a 'press space to play/look busy' laptop show - with space for improvisation and the possibility of total failure. the live shows i've been most excited by in the last years have all been mostly improvisational music - from jazz to rocketnumbernine to tony conrad, and my music is created in an improvised way, so that seemed the only way to do it and stay true to what it is.

Border Community a 10 ans. Avec un peu de recul, comment juges-tu le travail accompli ?
Border Community is 10 years old. When you look back how do you evaluate what has been accomplished?

Comme avec tout ce qui a 10 ans, il y a les bons et les mauvais moments. Je suis heureux de certaines carrières que l’on a pu faire débuter, c’est agréable de voir des gens que j’aime réussir et changer le monde. De même avec certaines soirées et certaines personnes que l’on a pu rencontrer.

With anything 10 years old there are good bits and bad bits... I'm happy at some of the careers we've started, watching people i like do well / change the world is nice. and some of the parties, and the people we've met.

Par le biais de ton activité au sein de Border Community, comment juges-tu l'évolution de la musique électronique ?
Through Border Community what's your opinion on the evolution of electronic music? 

Je ne sais pas si j’ai encore une opinion ou même de l’intérêt pour ça. Le basique, le moyen, je ne pense que ça évolue, ça tourne en rond, une illusion de nouveauté pour pousser les ventes plutôt qu’un projet authentique. Celui-ci a tendance à exclure le consommateur peu impliqué. Donc en dix ans j’ai appris que le mainstream ne m’intéressait pas.

I'm not sure i have an opinion/care anymore. the middle, the average, i don't think is evolving, just circling: the appearance of newness in order to drive sales, rather than any genuine progress (as that largely alienates unengaged consumers). and so in ten years i've learned that i'm not interested in the middle...

Dans une récente interview, j'ai lu que tu étais plus intéressé par les marges, les précurseurs non reconnus, que par la masse. Tu peux poursuivre et nous donner quelques exemples ?  
In a recent interview I read that you were more interested about the outsiders, the obscure and unknown forefathers than the masses. Could you elaborate and give us a few exemples?

Je crois que j’ai emprunté cette pensée à Julian Cope, ça m’est venu à l’esprit après avoir lu Krautrocksampler. Ce bouquin serait une bonne réponse à cette question.

I think i might've stolen that thought off julian cope - came into my head after reading krautrocksampler. that book would be a good answer to this question.

T'écoutes quoi en ce moment ?
What are you listening to at the moment?

En ce moment même, Ligeti - Aventures pour 3 voix et 7 instruments. Ça semble perturber mon chien.

Right now: ligeti - adventures, for 3 voices and 7 instruments. My dog seems puzzled by it...

Traduction : Alexandre P.

Audio

Tracklisting

James Holden - The Inheritors (Border Community, 17 juin 2013)

01. Rannoch Dawn
02. A Circle Inside a Circle Inside
03. Renata
04. The Caterpillar’s Intervention
05. Sky Burial
06. Illuminations
07. Inter-City 125
08. Delabole
09. Seven Stars
10. Gone Feral
11. The Inheritors
12. Circle Of Fifths
13. Some Respite
14. Blackpool Late Eighties
15. Self-Playing Schmaltz

James Holden - Gone Feral  (Border Community, avril 2013) 

01. Gone Feral
02. Gone Feral (Drumtool)
03. Gone Feral (Synthtool)

James Holden - Renata (Border Community, juin 2013)

01. Renata
02. Renata (Daphni Remix)
03. Renata (Steve Moore Remix)

James Holden - The Illunminations  (Border Community, août 2013) 

01. The Illuminations (12" Version)
02. The Illuminations (Drumsolo)
03. The Illuminations (Arpsolo)

James Holden - Circle Of Fifths (Border Community, novembre 2013) 

01. Circle Of Fifths (Tool)
02. Circle Of Fifths (Dub)
03. Circle Of Fifths (Gibbersolo)

Mix


James Holden - Gone Feral

James Holden, initiateur et pierre angulaire du "son" Border Community (Nathan Fake, Fairmont, Luke Abbott, Ricardo Tobar...), est muet discographiquement depuis 2010 et le EP Triangle Folds sur Studio !K7. Son seul et unique LP, The Idiots Are Winning (Border Community), datant de 2006, c'est dire si l'annonce faite aujourd'hui par le collectif techno de la parution de son successeur, The Inheritors, le 17 juin prochain - faisant référence au livre du même nom de l'auteur postmoderniste William Golding -, ravira la kyrielle de fans du producteur house anglais disséminés aux quatre coins du globe. En plus de ceux d'Etienne Jaumet prennant part avec son saxophone à l'un des morceaux du disque (The Caterpillar’s Intervention). Gone Feral, premier extrait dudit album, sortira quant à lui en EP 12" le 8 avril, affublé d'une paire de remixes, tandis que James Holden sera à l'affiche du festival Kill Your Pop (concours), du 10 au 14 avril. Oui, GOD IS BACK.

Audio