On y était : Komplikations vs Frustration à Liège

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On y était Komplikations VS Frustration à Liège, 24 janvier 2014, par Laurent Berthomieu

Le déclic se produit en mai 2013 pendant le festival punk Unpleasant Meeting à Paris. Alors que les guitares saturent toute la soirée dans la salle de concert de la Miroiterie, un trio monte sur scène avec des synthétiseurs. Le punk singulier des Komplikations suivi de la rencontre avec leur chanteur Alen nous sidèrent. Il faudra bien rendre à notre manière les coups encaissés ce soir. Nous quittons le squat avec une interview en tête. Le feu allumé par Komplikations se propage un mois plus tard à quelques pas de là. Dans une Maroquinerie occupée par le label français Born Bad Records, son groupe-phare Frustration nous met k.o.

À peine le temps de nous relever, David apprend que les deux formations se retrouvent sur une tournée en Belgique et en Allemagne. Il recrache sa pisse à 8€ et m'appelle : "Annule ce que t'avais pas prévu de faire, ça va être punk ! Et ramène Louis." Putain, putain, c'est vachement bien, on va voir nos frères européens !

Les deux groupes sont aussi enthousiastes que nous lorsqu'on leur demande de se prêter à une interview croisée pendant la tournée. Alen s’excite : "Who the fuck are Frustration?! We are better than them!" Le face-à-face promet. Car si le grand frère français Frustration fait sa crise de post-punk depuis 2002 maintenant et que le petit frère belge-allemand Komplikations a poussé son premier cri synth-punk en 2011 à peine, l’amitié entre les "frustrés" et Alen remonte à dix ans. L’homme aux bretelles de punk est le premier à les avoir fait jouer en Allemagne.

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Un vendredi de janvier 2014, nous voilà donc partis en offensive armés de caméras. Première approche timide avec les membres de Frustration autour d’un repas près de leur résidence Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Mark le batteur tient le magasin de disques Born Bad à Paris et nous approvisionne en vinyles. Même si on ne le connait pas personnellement, on est rassurés de voir ce visage connu : les "frustrés" ont la réputation d’être aussi pimentés que le couscous qu’on partage avec eux.

Sans trop savoir ce qui nous attend, on file ensuite leur camionnette dans laquelle l’un de nous s’est risqué. Nous faisons connaissance avec les bouchons de Liège et arrivons juste à temps à La Zone pour les balances. Si les Frustration trouvent logique de jouer en ouverture pour la release party de leurs amis, les Komplikations considèrent que le concert est complet grâce aux "frustrés". On les laisse à leur bataille de bornés et on rejoint la loge où il est difficile de trouver un siège quand le chanteur du groupe hollandais Antidote en prend trois. On est agréablement surpris de tomber sur Manu, ancien bassiste de Frustration. C’est la première fois qu’il voit ses amis en concert depuis qu’il a quitté la formation fin 2013. Nous partageons bières, whisky et anecdotes sur son ancien groupe.

Les Komplikations ont eu gain de cause. Ils jouent les premiers et enflamment La Zone. Ils sont chez eux en Belgique. Tout comme Elzo Durt, sérigraphe auteur de nombreuses pochettes de disques des labels Teenage Menopause et Born Bad, qui enchaîne avec un dj set punk complètement fou. The Kids, Périphérique Est, Pierre &Bastien… Le public est déjà dingue avant même que les Frustration entament Worries. S’ils jouent pour la première fois à Liège, leur concert s’apparente à un jubilé. Merci, mais pas au revoir, La Zone fermera tard cette nuit. Au bar, on sert dans des verres bleus ou verts. Les verts pour le public, les bleus pour ceux qui sont avec les musiciens. On nous tend des verres bleus, on entre lentement dans la famille. La Zone a mis un dortoir à disposition des groupes et de leurs amis, certains ne le rejoindront pas de la nuit.

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Au petit matin, c’est le chaos. Nicus de Frustration troque sa guitare pour des baguettes de chef d’orchestre et réveille ses droogies avec l’ouverture de Guillaume Tell. On quitte la scène de violence pour aller saluer un couple d’amis à Cologne. Chez nos hôtes, on recharge les batteries des caméras et les nôtres à l’aide d’un "Frühstück", un vrai petit-déjeuner à l’allemande.

On retrouve les deux groupes au Blue Shell à Cologne où on est accueillis par une dame à la poigne d’Angela Merkel. La patronne nous explique : à partir de 23h, le club reprend ses droits. On l’écoute sans broncher, le regard plus vide qu’approbateur. Finalement l’interview croisée se fait une heure avant les concerts. Un baby-foot trône dans l’arrière-salle du Blue Shell, parfait pour la confrontation. Fabrice et Mark de Frustration se placent face à Ben et Alen de Komplikations. Les autres membres des deux équipes s’échauffent en backstage ou au bar, prêts à entrer en jeu. Mais ce soir, le baby-foot sert seulement de support pour les bières. Si l’altercation promise il y a encore quelques semaines n’aura pas lieu, ce n’est pas que nos joueurs sont fatigués du match du vendredi, mais c’est bien parce que Frustration et Komplikations jouent non seulement dans la même ligue, mais surtout dans la même équipe. Nos "uncivilized" se renvoient la balle dans le respect mutuel le plus total.

Quant à nous trois, on est totalement intégrés. On ne nous propose plus à boire, on nous sert directement. Et allègrement puisque demain tout s’arrête et que dès lundi chacun retournera au travail, en formation ou à sa vie de famille. Il y aura très peu d’images du concert à Cologne. Alors que les notes de la guitare de Nicus annoncent On the Rise, dans le public Alen nous tend la bouteille de whisky avant de rejoindre ses amis sur scène. On se regarde tous les trois, on ferme les caméras : notre travail est terminé.

L'interview croisée

https://www.youtube.com/watch?v=iAIOuadiDW8

Live

https://www.youtube.com/watch?v=ybechVyxUnk
https://www.youtube.com/watch?v=AxOTxQus5Fw
https://www.youtube.com/watch?v=iGFoCYRcvDI

Cameras : Laurent Berthomieu, Louis Fabriès et David Fracheboud
Photos : Louis Fabriès
Montage : David Fracheboud


Moodoïd l'interview

998198_496149357134425_1256482046_nTout le monde connaît Melody’s Echo Chamber (lire), mais peu de gens connaissent le son agréablement psychédélique de Pablo Padovani, jeune artiste français et fils du célèbre jazzman Jean-Marc Padovani. Très probablement fatigué de ne jouer que de la guitare au sein de la formation de Melody Prochet et affecté par un syndrome d’imaginaire surréaliste hyper développé,  le jeune homme s'est donné un pseudonyme étrange Moodoïd et s'est mis à réaliser ses propres chansons en regardant la campagne helvète.

Pour mieux comprendre son univers particulier, il faut tout en premier lieu s'attarder sur son premier vidéoclip, Je suis la Montagne, titre prélude de son premier Ep sorti début septembre.  Réalisée par un jeune réalisateur français, Jérôme Walter Gueguen, elle condense à la perfection le son psychédélique et les errances de Pablo à travers la montagne - du psych'alpin en somme. À tout ça s’ajoute les délires culinaires de Pablo, très proche des extravagances artistiques de certaines œuvres de Dalí. Mais c’est Gueguen lui-même qui nous donne la meilleure clé de lecture du clip : J'ai voulu représenter la montagne par deux couleurs : le bleu et le marron, et ça sans jamais montrer la vraie montagne. La montagne est en plastique, elle ne peut être qu’imagination, comme un souvenir d'enfance. Puis Pablo m'a demandé du doré. Alors j’ai imaginé les rayons de soleil sur un lac de haute montagne. C’est la fin du clip, le moment où la montagne est si haute qu’elle touche le soleil. Pour les costumes et les motifs, j’ai tout de suite pensé au Tyrol, mais le Tyrol est une région dont on se moque beaucoup en France. Depuis que je suis tout petit, j’entends des blagues sur le Tyrol. Dans mon travail je me dirige souvent sur ce qui m’intéresse le moins par préjugé. [...] C’est ma démarche : détruire les préjugés, les miens en premier, pour détruire ceux du public ensuite. J’ai donc découvert les costumes du Tyrol et les masques de carnaval et  je les ai trouvés absolument magnifiques.

Le terme Moodoïd sonne comme un étrange mélange entre un mot anglais et un langage exotique. D'où vient ce nom et que signifie-t-il ?

En français nous avons le suffixe « -oïd ». Celui-ci m’inspire la bizarrerie. On l'utilise pour désigner plein de choses étranges comme des maladies ou des choses mystérieuses de l’espace : les astéroïdes par exemple. Et j’aime beaucoup le mot anglais « mood » car il n’y en a pas vraiment d’équivalent en français et il a maintenant des tendances universelles. Du coup, si on fait une traduction française de Moodoïd, ce serait une « émotion étrange » pour moi.

Quand et comment as-tu décidé de donner vie à Moodoïd ? S’agit-il d’un projet que tu avais déjà en tête depuis un moment ?

Je suis parti vivre quelques mois de ma vie en Suisse dans une région entourée de lacs et de montagnes. J’ai passé beaucoup de temps seul là-bas. J’ai commencé à avoir un rapport à la musique que je n’avais jamais eu auparavant. Lorsque j’étais traversé par une émotion, je prenais mon instrument pour évacuer (que ce soit joyeux ou triste). De là sont apparues toutes mes chansons pour Moodoïd. Je suis ensuite rentré à Paris et j’ai créé la formation live. Je tenais à ne jouer cette musique qu’avec des filles car je trouve que cela change vraiment la sensibilité de la musique, et la mienne aussi. Après pas mal de concerts dans les clubs parisiens, on a fini par rencontrer Third Side Records/Entreprise, avec qui nous sortons notre premier EP 4 titres le 2 septembre.

MOODOID

On ne connait pas beaucoup la musique de Moodoïd puisqu'au moment où nous faisons cette interview, l'album n'est pas encore sorti. Néanmoins, on peut déjà écouter quelques morceaux sur internet, qui sont presque toujours chantés en français. Les autres titres de l'album seront-ils aussi en français ? Pourquoi ce choix ?

Dans Moodoïd je chante en français et en anglais, mais sur l’EP qui va sortir, les quatre morceaux sont en français. D’abord parce que le label Entreprise est consacré aux artistes qui chantent en français mais aussi tout simplement parce que je suis beaucoup plus à l’aise pour écrire et chanter le français - je dois avouer que je suis assez mauvais en anglais. Il est beaucoup plus naturel pour moi de chanter dans ma langue et je trouve que le français se prête particulièrement bien à la musique psychédélique. Nous avons un très bel héritage surréaliste avec beaucoup de poètes français et il n’y a que trop peu de musiciens qui ont essayé de mêler ces deux univers.

Je suis la Montagne est le premier titre extrait de l’album, dont le clip illuminé et psych’alpin a été réalisé par Jérôme Walter Gueguen. Pourquoi cette inspiration géographique ? Est-ce que ça relève d'une envie de parvenir à une vraie connaissance de soi-même par le biais de la nature ?

Je suis la Montagne est une chanson que j’ai écrite en plein milieu des Alpes. Après un magnifique moment de bien-être, j’ai pris ma guitare et j’ai chanté cette chanson automatiquement en regardant le paysage. En effet, à ce moment-là, j’étais très touché par la nature et j’ai écrit pratiquement une chanson pour chaque éléments de la nature : lac, montagne, forêt…
Pour le clip, je savais juste que je voulais que ce soit la montagne qui chante. J’ai fait appel à mon ami Jérôme Walter Gueguen car c’est un homme qui a un imaginaire surréaliste surdéveloppé et avec qui il est très facile de s’entendre car nous avons beaucoup de goûts en commun. Il sait trouver le moyen de mener une idée à bien avec le peu de moyens que nous avons. Étant moi-même réalisateur, nous aimons aussi beaucoup collaborer...

Dans la vidéo, on a l’impression d’entrer à l’intérieur d’un univers onirique et imaginaire, d’une beauté « terrifiante et comestible », où se trouvent des objets « qui ont l'apparence de tableaux ». Tu te retrouves dans ces expressions utilisées respectivement par Dalí et Magritte pour décrire leur art ?

Oh oui oui oui. Je suis un grand fan de la peinture surréaliste ! Mais aussi de la nourriture. J’adore la forme et la couleur des desserts. Je pense qu’on ne peut pas faire mieux qu’un clip culinaire. La cuisine parle mieux de musique que n’importe quoi d’autre.

Pendant tes performances live, tu es toujours recouvert de paillettes dorées. Pourquoi cette obsession?

Depuis que j’ai 14 ans je me costume sur scène. J’ai toujours été un amoureux du glam. Avec Moodoïd, depuis le pratiquement le premier concert, nous portons du maquillage à paillettes. Je trouve qu’il est plus facile pour moi et pour le spectateur aussi de se plonger dans un univers face à un groupe qui en est imprégné visuellement.  Un concert est un spectacle ; j’ai envie d’utiliser tous les éléments qui peuvent attirer les spectateurs à l'intérieur.

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Quels sont tes « maîtres » en matière de musique ?

Je suis un très grand fan de musiciens comme Robert Wyatt, Frank Zappa, Neil Young, David Bowie ou Donald Fagen par exemple. Plus récemment, les artistes qui m’ont touché sont Connan Mockasin et Dirty Projectors.

Et tu écoutes quoi, en ce moment ?

Julee Cruise, Selda, Aquaserge, Steely Dan et plein plein plein d’autres.

Si tu étais un critique musical et que tu devais décrire la musique de Moodoïd et le son de votre premier album - que personne n'a encore écouté en entier -, tu dirais quoi, en quelques mots ?

Je dirais « épique », « rêveur », « oriental », « surréaliste ».

Dernière question : si Moodoïd était un truc à manger, il serait quoi ?

Des cuisses de grenouilles à l’ananas, et en dessert un baba à l’absinthe.

Audio

Vidéo


Archie Bronson Outfit l'interview

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Avant d'enfiler sa soutane pour leur concert, Sam Windett, le leader de Archie Bronson Outfit, a répondu à nos questions à l'heure de l'apéro pour en savoir un peu plus sur la genèse de leur dernier album, Coconut.

Interview


BEKO

beko-recordsSouvenez-vous de l'âge de pierre, du temps du compact-disc. Ce temps où l'on nous annonçait la mise à mort du microsillon sur l'autel du laser optique. Remémorez-vous le cloisonnement qu'il induisait, sa cherté et son peu d'intérêt cellophané. L'espace musical de chacun ne trouvait alors de convenables horizons qu'en assiégeant le consciencieux disquaire du coin et sa platine nichée entre deux fauteuils en cuir à la profondeur désarmante. Lequel disquaire fut vite remplacé, concentration capitalistique oblige, par la fameuse borne fnac n'égrainant que les trente petites secondes introductives de chaque morceau. Rien de tel pour honnir ce code barre et tout le commerce qui tourne avec, tel un rapace tentaculaire avilissant l'incongruité et l'originalité à la botte d'un conformisme dispendieux. Maintenant, projetez votre attention sur l'explosion digitale. Muni d'une bonne dose de curiosité, il est extrêmement facile via le net de se plonger dans des univers musicaux autres et de s'immerger de sonorités composées aux quatre coins de la planète. Flippant même, le chemin parcouru en si peu de temps. Pour le pire diront certains : téléchargement illégal, violation de propriété intellectuelle et mise à mort des albums au détriment des singles.

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L'apparition l'année passée d'Holidays Records dans le paysage musical bouscule pourtant les idées reçues : le net-label propose un maxi ou une compilation chaque vendredi en téléchargement gratuit. Emboîtant ce pas de géant d'une diffusion nouvelle d'un vivier musical infini, le label digital BEKO se ré-approprie l'idée. A sa manière. Si le principe reste peu ou prou le même, à savoir la publication hebdomadaire d'un single librement téléchargeable, le site est épuré au paroxysme du minimalisme quand les pochettes polychromes n'indiquent guère plus que le nom du groupe et le numéro de collection. Au delà d'un effet visuel, par ailleurs incontestable, c'est sur la diversité et la qualité que Jack et Reno s'appuient pour faire avancer et grandir leur protégé au nom de four pyrolitique. De leur Bretagne chérie, selon un axe Brest / Nantes, ces deux passionnés dénichent de véritables pépites d'ici et d'ailleurs pour les exposer ensuite aux oreilles d'un public aussi bigarré que ne le sont les groupes békotés. Ce qui attire inévitablement l'oreille de professionnels en quête de nouvelles têtes. Preuve en est, la récente signature du troublant duo canadien de Memoryhouse sur le label Evident Records.

En résumé, chacun y trouve donc son compte. Alors pourquoi pas vous ? Laissez-vous guider par Reno, qui, outre son statut de co-promoteur du site Beko(teur), partage son temps entre son magasin de disques et l'association Mémé Préfére en Quinquonce, dans un entretien trusté d'inestimables découvertes cliquables. Le jeu en valant outrageusement la chandelle, ce n'est pas dit qu'on ne lui redonne pas la parole très bientôt...

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Que faisais-tu avant Beko ?

Haha... Je te vois venir... Il y a maintenant plus de dix ans, avant de Bekoter, nous avions avec des amis un label "Diesel Combustible" au catalogue bien achalandé d'artistes locaux tels que Tank, Osaka, Dale Cooper, nos amis germaniques des cultissimes Ma Chérie for Painting, Mileva, Velvet First Floor et Color und Climax, une collaboration avec notre ami d'Active Suspension. Suite à une tentative avortée de sortie cdrs.. l'aventure s'est terminée. Reste que les artistes Diesel ont fait parler d'eux en signant sur de prestigieux labels, Earworm, Roisin, Rocket Racer... pour ne citer qu'eux.

D'où vous sont venues l'idée et la volonté à toi et Jack de créer un tel net-label avec chaque semaine un single en téléchargement gratuit ?

C'est avec le label Autres Direction in Music que l'idée m'est venue et notamment avec leurs premières sorties digitales (Atone, Melodium)... Mais il en existe tant d'autres... on est loin d'être les précurseurs ! Une chose est sûre, c'est que Beko je ne voulais pas le faire sans Jack... N'écoutant plus vraiment les mêmes choses, cela nous permet de nous compléter...

Holiday Records vous a poussés à franchir le pas ?

Entre autres, je trouvais intéressant de proposer le téléchargement gratuit d'un artiste chaque semaine. Après il me fallait trouver une idée différente, sous forme de 7", une direction artistique propre et un autre jour que le vendredi !

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Peux-tu expliquer comment "fonctionne" un net-label proposant la mise en téléchargement gratuite notamment à l'heure où le téléchargement illégal est de plus en plus réprimandé ?

Beko est sous Creative Communs ce qui permet aux groupes d'autoriser le téléchargement, tout en ayant la possibilité de sortir les morceaux proposés par Beko sur cd / vinyle. Beko permet de diffuser, promouvoir leur musique plus facilement... tout cela dans la légalité.

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et comment entrez-vous en contact avec eux ?

Au début j'avais mes préférences, je savais ce que je voulais Bekoter, à savoir des groupes que j'écoutais depuis longtemps (Bilinda Butchers, Death and Vanilla, Hanging Coffins). Je les ai juste contactés par mail et ils ont accepté immédiatement ! Puis en prospectant, je suis tombé sur Memoryhouse (le Beko s'est fait en deux semaines), Bathcrones et très récemment sur le Hongrois de Evil Have no Songs. Maintenant la demande est telle, que l'on reçoit un grand nombre de propositions permettant de tomber sur quelques perles comme The Leaf Library (sortie le 19/04). Et il faudra être patient, vu que le planning est complet jusqu'en octobre prochain !

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Beko ?

J'espère bons... Je suis très souvent en contact avec eux pour les informer des stats et des retours sur les blogs, radio et presse, mais beaucoup d'entre eux étaient déjà des amis. Andrea de Procedure Club nous a beaucoup aidés en contactant Sore Eros et Eternal Summers, Mélanie de Moscow Olympics nous a fait un beau Beko, en attendant leur nouvel album... D'autres le sont devenus comme Liz et Chris de Tan Dollar, Jamie Long... Vous retrouverez d'ailleurs beaucoup d'entre eux très prochainement..

Pourquoi cette volonté de faire paraître des artistes du monde entier ? On remarque qu'il y a très peu de groupes français dans le catalogue...

C'est pas mal de voyager non ? Les USA sont très bien représentés, vu la quantité et qualité musicale, l'Asie avec Moscow Olympics nous a permis des téléchargements de Chine, Corée et même de Mongolie ! Quatre artistes français à ce jour... des amis et des nouveaux venus très talentueux, tel La Femme, qui a réussi à sa façon de me réconcilier avec la chanson
française. Mais très prochainement d'autres viendront se greffer à l'aventure Beko... par exemple EDH et Folle Eglise...

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Peux-tu expliquer la marque de fabrique de Beko, notamment au niveau du style de musique et de l'artwork ?

Beko a été créé pour la musique (de la bonne), la créativité et la liberté artistique... Nous sommes de grands consommateurs de disques... quelque peu maladifs. Nous ne considérons pas Beko comme un label mais plutôt une plate-forme où l'on peut accéder gratuitement à la découverte... Le but est de faire découvrir les artistes que nous aimons... La sobriété du site par son peu d'info et ses pochettes permettent à Beko de se démarquer...

Sur l'ensemble du catalogue, j'imagine que tu as tes coups de cœur. Si tu en gardais cinq (player) ? Peux tu dire pourquoi ?

Chaque Beko est un coup de cœur...mais si tu en veux cinq...

The Dreams... je suis fan de toutes les productions de La Grande Triple Alliance Internationale de L'Est !

Raw Thrills, pour sa créativité débordante et ses relents à la John Maus.

Procedure Club, parce que c'est eux...

Eternal Summers, le "k" tant espéré !

[servez-vous de la touche ► pour faire défiler les morceaux]

Et à venir Muscle Drum, la pop déglinguée à la Tall Dwarfs que je rêvais d'entendre depuis bien longtemps

Peux-tu nous dire comment tu imagines Beko dans dix ans ? Une future Institution ?

Je ne suis pas quelqu'un qui se projette dans l'avenir. J'espère seulement que Beko aura permis de découvrir de nouveaux groupes, et j'espère qu'ils seront signés sur un vrai label ! Et puis dans dix ans je serais ...... à la retraite !

Dans le court terme, des évolutions ?

Le site devrait être amélioré très prochainement, ça devient pénible d'aller cliquer sur le Death and Vanilla ! Des écoutes seront proposées et un lien (tant demandé) pour ouvrir les fichiers rar sur Mac.

As-tu des projets parallèles ou bekoter est une activité à plein temps ?

Heureusement non. J'ai un métier qui me comble, une association organisatrice de concerts Mémé Préfére en Quinquonce et je me prépare activement pour le marathon de New York, qui fêtera cette année son quarantième anniversaire.

En guise de conclusion, je te laisse présenter tes coups de cœur d'ici et d'ailleurs... et tous non bekotés !

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Sur ma platine... j'écoute :

Liliput - Live Recordings, Tv-clips & Roadmovie (Kill Rock Star, 2010)
C'est un groupe avant-gardiste suisse, à savoir l'un des groupes féminins les plus emblématiques des débuts du punk.

Bleach - Killing Time (1992)
L'un des albums shoegaze (deuxième vague) qui me suit d'années en années...

Cliffordandcalix - Lost Foundling 1999-2004 (Aperture, 2010)
Il s'agit de la rencontre entre Mira Calix et Mark Clifford (Seefeel).

Grand Trine - Sunglasses 12'' (Divorce, 2010)
Du heavy-psych-space-punk canadien !

My Cantina - Wide Awake (Hidden Feast, 2006)
L'album d'un duo de Chicago, que je me suis enfin décidé à acheter : imagine que Slowdive rencontre the Postal Service !

The Feeling of Love - School Yeah 7'' (Sweet rot, 2010)
L'un des meilleurs groupes français actuels.

Wild Safari - Cave Sequins cs (Night People, 2010)
Le projet de William Cody Watson de Pink Priest.

Arian Sample - Self-Titled lp (Hogs on Ice, 2008)
Étrange disque de folk... d'ailleurs je n'ai pas de pochette pour celui ci, juste du papier Kraft...

Ruth White - Fowers of Evil (Limelight,1969)
Groupe mutant d'avant-garde électronique, très noir, loin d'un silver apples...

Opus Finis - Penance 7'' (2007)
Une sortie Weird Records (Xeno & Oaklander+Led er est) d'un duo post-wave basé à Miami.

The Seven Fields of Aphelion - Periphery (Graveface Records,2010)
Des membres de Of Black Moth Super Rainbow, fragile, ambiant...

- This Town Lp (Hozac, 2009)
Du garage rock sur un des labels des plus excitants du moment !

Native Cats - Native Cats 7'' (White Denim, 2010)
Une très belle découverte australienne, qui me fait penser (bizarrement) à Arab Strap.

White Ring / OoOOo 7" (Emotion, 2010)
La witch house, la musique la plus excitante de l'année.
Mater Suspiria Vision - ANNODAMONNA (free download)
Le groupe le plus créatif de l'année.

Mes coups de cœur en vrac...

Rosemary
Winter Drones
BADTIMEEXPRESS
PPALMM
Eachothers


John & Jehn l'interview

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 Emeline Ancel-Pirouelle © pour hartzine

Le matin où j'ai reçu Time Of The Devil s'est révélé un printemps précoce et inattendu. Après des mois à écouter en boucle des opus plus sombres les uns que les autres, hiver oblige, le dernier album de John&Jehn a soufflé un vent chaud dans mon esprit embrumé. Il me fallait une bonne perfusion de pop énamourée et je l'ai trouvée dans ce duo de lovers français exilés à Londres. Leurs titres frais et flamboyants m'ont emballée, et c'est donc avec un plaisir non-dissimulé que votre dévouée est allée rencontrer John&Jehn, un après-midi pluvieux, du côté de Pigalle.

Après un premier Ep L'Amour Ne Nous Déchirera Pas, en 2005, suivi d'un album John & Jehn sorti lui en 2008, le petit dernier Time of The Devil. J'aimerais que vous reveniez à la genèse de J&J, comment tout a commencé ?

John : Tu as mentionné le premier Ep, qu'on a sorti en 2005. Cet Ep reflète la manière dont on travaille, et la manière dont on voit la musique. On compose au moment où on s'enregistre. Et la genèse musicale de J&J, c'est ça. On s'est enfermé un mois dans un petit home-studio en 2005, et c'est là qu'on a découvert notre univers musical ensemble, en s'enregistrant. Cela a été très important pour nous, parce qu'on y a mis notre base.

Jehn : On a commencé par être ensemble en temps que couple, et on était pas du tout convaincu (enfin surtout moi) que faire de la musique ensemble était une bonne idée. Parce que tout d'un coup, ça devenait quelque chose d'assez important et ça me faisait un peu peur. Mais quand on s'est enfermé pour essayer, tout d'un coup, il s'est passé un truc. Et ça a été un vrai point de départ.

John : C'était un émerveillement cet Ep ! Toutes les prises sont des one shots, on s'est enregistré en s'amusant comme des fous. Cette démo, transformée en Ep, avec une couverture sérigraphiée à la main, a été prise par Rough Trade, et distribuée par eux en Angleterre. Quelque part, on l'a oublié ce truc-là, c'est marrant que tu en parles. C'est un peu ce qui nous a poussés à vivre à Londres aussi. C'est parce que cette démo y a été accueillie à bras ouverts.

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Vous n'aviez pas eu le même accueil en France ?

Jehn : En France, Magic l'avait chroniqué en temps que démo.

John : Et Rough Trade en temps qu'Ep. La vision était différente, on a tout de suite été pris au sérieux là-bas.

Je voudrais revenir à votre couple, sans aller dans le privé, est-ce que ce projet musical ne vous fait pas peur ?

Jehn : Non, plus maintenant.

John : Dans quel sens ?

hartzine : Pour votre histoire à deux.

John : Dans le sens de détruire notre couple ?

hartzine : Pas forcément, mais ça peut l'ébranler...

Jehn : Je comprends tout à fait ton point de vue, parce que c'est exactement celui que j'avais au départ. L'idée est venue de John. La proposition. Il avait une vision intéressante de par notre différence d'âge. Personnellement, je n'avais pas beaucoup d'expérience de l'intime, je n'étais pas passée par toutes les étapes du couple, je n'avais pas eu de longue relation.

John : Ça me fait rire ce que tu dis...

Jehn : Je parle pour toi, ça t'embête pas ?

John : Non non, vas-y !

Jehn : Selon lui, si on ne se lançait pas là-dedans, on allait se séparer six mois plus tard. Le couple n'est pas une solution en soi. Être en couple, ça n'a pas de sens.

John (à hartzine) : Tu sais, le danger dont tu parles n'en est pas un. Je pars du principe qu'une séparation, c'est pas grave. Le couple n'est pas quelque chose de sacré. Et je crois que si on n'était plus un couple aujourd'hui, on continuerait à faire de la musique ensemble.

Jehn : J'ai l'impression que les gens se séparent parce qu'ils ont peur de se séparer ! Quand il se passe quelque chose de fort, on a forcement peur que ça s'arrête. Notre démarche par rapport à ce nouvel album, c'est aussi d'exprimer toutes ces mauvaises pensées. Quand on est en couple, puisqu'on parle de ça, on a peur de désirer quelqu'un d'autre, ou d'avoir une relation intime avec d'autres gens. Il y a une espèce de claustrophobie qui est une aliénation. Ce qu'on a voulu exprimer, c'est qu'il ne faut pas avoir peur de ces pensées-là...

John : ... qui peuvent aussi nourrir le couple. La question, c'est comment rester un individu intéressant dans un couple, parce que le couple c'est chiant !

johnjehn-25-copieJustement, l'écriture puisque tu commences à l'aborder, comment ça se passe ?

John : On écrit tous les deux les chansons.

Jehn : Oui, par contre, on chante pas forcément son propre texte. Moi, je chante pas mal de textes que John a écrit, et inversement selon les titres. Après, je peux aussi ré-arranger des textes qu'il a écrits. Mais c'est quand même principalement John qui écrit.

La musique aussi ?

John : Disons que je fais souvent le squelette des morceaux. C'est moi qui produit, on n'a jamais fait appel à un producteur sur nos disques, donc j'apporte souvent les squelettes, les idées, et la direction artistique. Jehn est une arrangeuse hors-pair, et surtout une chanteuse hors-pair, on se complète parfaitement et on est très conscient des rôles de chacun dans la composition.

Jehn : Et comme on est tous les deux, on se passe les instruments en studio, on fait tout tout seuls.

John : Les morceaux ont été commencé à la basse, pour trouver un groove tout de suite, et adapter une structure de morceau dessus, en fonction du chant. C'est pour ça que les chants sont très en avant sur l'album.

Tu dis que Jehn est une chanteuse hors-pair, de mon point de vue, ta voix John est aussi bonne, comment est-ce que vous trouvez l'équilibre entre les deux ?

John : Moi je vais pas être objectif (rires), parce que sur cet album, je trouve que Jehn a un chant vraiment abouti. Il y a eu un énorme travail à ce niveau, en terme de direction artistique.

Jehn : John me dirigeait complètement, ça a été des séances longues et douloureuses. Il sentait que j'avais un potentiel, et que je pouvais toujours aller plus loin. On se pousse mutuellement quand on crée.

John : C'est aller d'un extrême à un autre pour essayer de trouver le juste milieu. Le chant c'est très psychologique, on a souvent tendance à se limiter à ce qu'on sait faire par peur du ridicule. C'est un travail de torture mentale pour emmener l'autre plus loin que tout ce qu'elle pouvait imaginer. Et c'est super important le chant dans les formats pop, c'est primordial.

J'ai pas mal de parties chantées aussi, du coup je me faisais des séances de studio tout seul, sans technicien. J'ai essayé des techniques de David Burn, qui sont de courir sur place, de s'essouffler, d'avoir un chant essoufflé, généralement c'est les trucs qu'on garde pas ! (rires) Parce qu'on va dans des extrêmes, mais ce qui est intéressant c'est le processus. Entre le moment où on était là, à paresser, et le moment où on va chercher un truc extrême, il y a plein de prises, et c'est généralement une de celles-là qui va être la bonne.

C'est comme ça que je travaille, je cherche la prise, le one shot.

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Comme au cinéma ? Il y a un aspect très BO dans votre musique, non ?

Jehn : Oui c'est vrai. À la base, je suis comédienne, et c'est vrai que j'aime être dirigée. Ça me parle assez ce que tu dis... Mais la clé, au niveau du chant a été musicale. On a cherché des mélodies. Après dans l'interprétation, on n'est pas au théâtre, on n'interprète pas des personnages, je ne crois pas qu'on fonctionne en ces termes-là.

Quand je parle de cinéma, il s'agit plus d'histoires, d'émotions et d'ambiances...

John : Oui, et puis il y a une ambiance visuelle aussi, qui est très importante. On travaille avec Antoine Carlier, qui réalise toutes nos vidéos, et les photos pour cet album. C'est un tueur ! C'est le troisième membre de J&J actuellement, il est capable de parler de l'album de A à Z, il s'est totalement fondu et intégré dans le projet.

Il a réalisé un documentaire sur l'enregistrement, je crois ?

John : Il est en train de réaliser un petit film qu'on va essayer de projeter. Ce qu'il fait est superbe, il filme toujours en qualité cinéma, c'est un maniaque de l'image. Il est comme nous, il a un rapport passionnel avec son boulot.

Jehn : Et je le trouve très intelligent dans son travail avec nous. Ce qu'il va toujours mettre en avant, avec son souci constant de l'image, c'est la musique. Il pense que nos visages représentent complètement notre musique.

John : Oui, il fait tout le temps des plans serrés, parfois je lui dit que les gens ont peut-être envie de voir la marque de ma guitare aussi ! Alors il fait des compromis mais c'est rare quand même... (rires)

Jehn : Et puis, on a une collaboration avec lui, où il a une liberté totale de création. Comme il n'y a pas d'intervention classique de maison de disque, avec Naïve on a de la chance, parce qu'ils nous laissent faire.

John : D'un point de vue artistique, on a carte blanche.

Je voulais revenir un moment sur votre vie en Angleterre, vous êtes installés a Londres depuis quatre ans, et dans vos références vous citez essentiellement des Anglo-saxons, que reste-t-il de français dans votre musique ?

John : Pour ce qui est de la France, on est un peu passéiste je crois, chez les Anglo-saxons on peut parler de plein de trucs actuels, en français, beaucoup moins. A part Gainsbourg évidemment. C'est vrai que pour cet album, il est une vraie référence. Dans Oh My Love, c'est comme si on avait une basse de Melody Nelson avec un orgue de Ford Mustang !

En tout cas, ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est qu'il y a beaucoup de groupes français qui n'ont plus honte de chanter en anglais, et des maisons de disque qui n'ont plus honte de signer des groupes qui chantent en anglais ! Et c'est tant mieux. En ce qui nous concerne, toute notre histoire musicale, notre parcours, notre manageuse et presque toute notre équipe est anglaise. Pour John&Jehn en tout cas. Après pour nous en tant qu'individu, on reste français, mais pas vraiment en terme musical c'est vrai.

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Sur Time of The Devil, j'ai l'impression qu'il y a deux ambiances, d'un côté on a des titres rock aux sonorités assez classiques (Oh my Love, Ghosts) et de l'autre, des titres très barrés new wave, en même temps, elles coexistent en paix je trouve.

John : Cool ! (rires)

C'est quand même la pop qui relie le tout, mais comment vous avez fait pour mixer ces influences si différentes ?

Jehn : On a enregistré sur deux étés de suite. Entre les deux on a tourné, et on a eu envie de travailler un peu comme dans les années 50, chanson par chanson, sans chercher forcément à faire sens, en se faisant confiance. Et finalement, c'est Antoine qui a amené le sens.

John : Il a lié le tout. Mais d'un point de vue musical, c'est la production qui donne du sens. Et nos voix sont les mêmes, que les influences soient des années 60 ou 80.

On s'amuse sur les instrumentaux, il y avait même des morceaux reggae qu'on n'a pas mis sur l'album ! On s'amuse à expérimenter des trucs. Au départ, on avait suffisamment de morceaux pour faire un album complètement 80, genre New Order. Mais on s'est dit qu'on allait mettre des morceaux comme Prime Time ou Oh Dee, qui sont des morceaux orchestrés, avec beaucoup de pianos, très Phil Spector ! Au final, ça fait un chouette ensemble. On a très peur des chapelles, et des églises en général ! On ne veut pas appartenir à une scène, ou à un genre particulier. On veut être ce qu'on est. Le sens c'est nous qui l'amenons, j'espère, avec naturel.

Jehn : On a peur d'ennuyer, et de s'ennuyer aussi ! Je me sentirais pas de faire un album où on l'impression que c'est la même chanson tout le long...

John : C'est vrai que c'est une critique de l'album qui peut être faite. Si je m'auto-critiquais, ce serait ça : "À quoi ils jouent ? Où veulent-ils en venir ?" (rires)

Jehn : On aimerait faire des choses différentes à chaque fois, et que ce qui lie le tout, ce soit nous.

Propos recueillis par : Virginie Polanski. Merci à Lara d'Ivox.
crédits photos :  Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

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Appletop l'interview

olivierbigN'attendez pas des Appletop qu'ils révolutionnent le rock. Ces trois Varois n'en n'ont ni la prétention, ni l'ambition. Quoique. Croisant avec dextérité et urgence leurs multiples influences propres aux fières années quatre-vingt dix, de l'électricité de Sonic Youth aux envolées lapidaires de Sebadoh, Pierre, Olivier et Nicolas confectionnent des instantanés pop à l'efficacité immédiate et résolument taillés pour la scène. Baroudant depuis 2007 aux quatre coins de l'hexagone avec une gouaille sans pareille, ces jeunes gens n'en oublient pas pour autant leur devenir discographique qui devrait, incessamment sous peu, riper du maxi à l'album. Dans l'attente, Hartzine les a rencontrés. Souriants et décontractés, à l'image de leur musique.

Vous venez de Hyères, antre du MIDI festival, vous avez un son et des influences américaines, alliance contre-nature ou marque de fabrique ? En clair, pouvez-vous expliquer la part de rêve et celle de réalité que constitue votre musique ?

Pierre : J'ai du mal à comprendre la question ! Toujours difficile de commenter sa musique. La réalité réside sans doute dans le message positif qu'on essaie de faire passer dans nos chansons. Le rêve, ça doit être le reste !

Olivier : On pourrait dire marque de fabrique ! C'est juste qu'en fait, nos influences américaines sont plus du coté beatnik, un peu folk, et beaucoup indie-rock, que dans l'idée mainstream et MTV que renvoie l'alliance musique / US. C'était ça la question ? ha ha ha !

Nicolas : Dans notre maigre expérience de la musique, et des relations entre membres de groupes (nos anciennes formations respectives ainsi que des connaissances), on s'est rendu compte qu'il était assez difficile de trouver « chaussures à son pied », soit des gens, des amis même devrais-je dire, avec qui on partage vraiment les mêmes influences, avec qui on partage un bon nombre d'opinions sur la musique en général. En tout cas, notre son, qui certes a beaucoup évolué depuis nos débuts, résulte des diverses influences que nous avons n'est pas du tout une alliance contre nature, bien au contraire. Il résulte tout naturellement de ce qu'on écoute et vient de manière assez naturelle : on le travaille mais il n'est pas mûrement réfléchi comme un choix cornélien avec d'autres styles. En somme, notre musique est une part de notre personnalité et ne trahit en rien nos goûts, nos influences.

Dans le terme « marque de fabrique » il y a, à mon sens, un côté assez artificiel de la chose, du produit, comme quelque chose de réfléchi, monté de toutes pièces pour plaire aux gens. Ma part de rêve aurait été de faire ce qu'on fait actuellement, mais dans les années 90, au moment de Pavement, The Smiths et compagnie. Une époque où la musique était en devenir, une époque où les gens se posaient beaucoup moins de questions qu'aujourd'hui, beaucoup plus ouverts à écouter quelque chose de nouveau.

La réalité est que nous sommes en 2010 et qu'il est beaucoup plus difficile de réussir, avec une société moins ouverte, plus pointilleuse... En tout cas, beaucoup moins curieuse sur ce qu'il se passe, avec des phénomènes de mode où chaque année voit son lot de groupes monter en flèche, puis à la mode suivante, redescendre de la même manière qu'ils sont montés... Les gens se focalisent sur ce qui est « à la mode », et ça c'est la réalité la musique... en général.

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Vous avez sorti en 2008 deux maxis Don’t tell all of your friends et Firekids. Par ailleurs, j'ai pu lire que c'est un format que vous affectionnez. A quoi doit-on s'attendre pour la suite maintenant que vous êtes soutenus dans votre démarche par le label grenoblois Hell Vice i Vicious ?

Pierre : Hell Vice, c'est un peu un « grand collectif ». Les mecs sont très cool et sont devenus de bon copains. Je suis très content de les avoir rencontrés, pour notre album, il est possible que nous travaillions avec une autre structure. Pas parce qu'on ne les aime plus, bien évidemment, mais parce qu'avoir une distribution nationale c'est important et ça aide à pouvoir tourner.

Olivier : Le prochain album sera au format CD c'est certain, après si nous avons la liberté de sortir encore du vinyle on n'hésitera pas bien entendu. C'est effectivement un format qu'on aime ! On a des amis de la scène hardcore qui pratiquent beaucoup le 45T "split", une collaboration entre deux groupes, c'est à dire un disque avec un ou deux titres d'un groupe par face, ça c'est génial ! Je pense que ça fait un disque cool à écouter au final, et on aime affirmer nos amitiés avec d'autres groupes, le coté collectif ! Donc on le fera si c'est possible!

Nicolas : Oui, nous avons sorti Don't Tell.... qui est un maxi sept titres en format Cd, puis à la rentrée 2008, Firekids en vinyle car nous aimons beaucoup l'objet. Le maxi est un format que nous apprécions particulièrement pour plusieurs raisons. Pour commencer, les gens achètent peu un album complet d'artistes ou de groupes qu'ils ne connaissent pas. Le maxi, avec moins de titres et moins cher, est une certaine façon de s'ouvrir à un maximum d'oreilles, et donc de se faire connaître. De plus, c'est un format intéressant car il est possible de pouvoir en sortir à une fréquence régulière, de sorte à maintenir au maximum l'actualité du groupe. On ne fait pas un disque pour faire un disque, pour vendre un maximum. On s'investit jusqu'au bout du produit, c'est à dire qu'il y a la musique, certes, mais qu'on aime tout autant travailler sur l'objet, de la pochette au livret. C'est particulièrement important à l'heure où le téléchargement est à son apogée. Il me semble qu'il faut offrir aux gens qui achètent nos disques la possibilité de nous découvrir plus en profondeur. C'est aussi le cas pour le vinyle. C'est un format qui revient un peu sur le devant de la scène, ce qui n'est pas plus mal. On l'a fait vraiment pour l'objet qu'on affectionne avec une pochette faite à la main et les moyens du bord. On essaie de s'investir au mieux pour chaque produit que nous faisons.

En ce qui concerne la suite, nous sommes en train de travailler sur notre premier album, dont la sortie est prévue courant 2010...

Après un grand nombre de dates aux quatre coins de la France et après pas mal de lieux et de villes écumés… quel est votre souvenir le plus marquant ?

Pierre : Le bout de tournée avec nos copains des Saturnians, à l'automne dernier, huge times !

Olivier : Avec les Saturnians assurément ! À 7 dans un van pour une semaine au quatre coin de la France, c'était cool ! Je me souviens, chaque jour on était vraiment excités par l'arrivée dans une nouvelle ville, et il y en avait toujours un ou deux à la fenêtre pour haranguer les gens et déconner sur les coutumes locales de chaque ville ou les brancher sur leurs joueurs de foot, c'était vraiment marrant...

Nicolas : Mon souvenir le plus marquant, c'était lors de notre toute première tournée. Car si on a fait beaucoup de dates où on a enchaîné deux voire trois concerts, cette tournée était la première où nous partions tous les trois, pendant plus d'une semaine avec un concert chaque soir. Le premier soir, c'était à Clermont-Ferrand avec un groupe qui s'appelle les Niandra Lades. Musicalement c'était pas vraiment un bon concert, ni même pour la fréquentation... mais en revanche on a rencontré des gens vraiment cool, avec qui on a accroché direct. Du coup, trois jours après on les a invités pour un concert à Paris. On reste en contact, on joue le plus possible ensemble. Bref, un premier soir riche en rencontres...

L'idée de dates à l'étranger taraude-t-elle le groupe, ou il y a plus urgent pour le moment ?

Pierre : Nous avons déjà joué en Italie et en Suisse, et on y retourne très bientôt ! J'aimerais aller jouer en République Tchèque !

Olivier : L'urgence est partout : France, Italie, Suisse, Allemagne, toute l'Europe, le monde... Appletop, c'est un groupe très volontaire ! Blague à part, dès que nous avons les moyens de jouer, peu importe les conditions, on fonce !

Nicolas : Pour tout dire, elle nous taraude depuis un bon moment... Mais les contacts sont assez durs à l'étranger. Mais on y songe vraiment sérieusement en ce moment. Car avant, il était assez difficile d'aller en Allemagne pour une date isolée. Certes on travaille sur l'album, mais ce qu'on aime vraiment, c'est partir et jouer, rencontrer des gens, et encore jouer... et conduire.

L'esprit d'Appletop c'est le do it yourself ? Si oui, est-il subi ou revendiqué ?

appletopPierre : Au départ c'était subi, comme n'importe quel groupe qui débute ! Mais aujourd'hui encore, alors qu'on est entouré pour l'enregistrement de notre album et qu'on peut se laisser guider, on veut participer à tout. On aime ça. C'est important, la musique évidemment, mais aussi le son, le choix des amplis, des micros, du visuel... C'est ce qui fait notre identité. Par exemple, même la pochette du sampler promo, que seuls les « pros » auront à été pensée et réalisée par Olivier ; et d'un point de vue artistique c'est remarquable ! Mais bon, je ne peux pas faire trop de compliments, sinon Olivier serait gêné...

Olivier : Le Do It Yourself c'est bien sûr important pour nous, parce que c'est de là qu'on vient et on tient à ne jamais oublier ça. C'est aussi une éthique et une force : on a décidé de faire les choses par nous-mêmes lorsqu'on s'est rendu compte qu'il suffisait de se remuer pour aller jouer partout en France voire en Europe... Aujourd'hui, on a de la chance d'être un peu plus entourés et c'est important pour nous de garder bien plus qu'un simple regard sur ce qui concerne le groupe... et ce sera toujours comme ça je pense !

Nicolas : Ouh malheureux ! Le « do it yourself » est quelque chose de complètement revendiqué... Même maintenant qu'on travaille avec un tour / management, Arsenic et Champagne...

Appletop ? Ça vient d'où ?

Pierre : Ça vient d'un dessin gribouillé comme ça un jour d'ennui... C'était juste une copie involontaire de l'homme à la tête de pomme de Magritte ! Et puis il fallait mettre un nom à ce dessin, apple... head... non... face... nan... apple... top... appletop ! En un seul mot c'est plus cool !

Des projets parallèles à déclarer ?

Olivier : Conquérir le monde, ça arrive bientôt !

Des amis à remercier ?

Pierre : Toulon indie rockers ! Il y a plein de groupes cool ici, et ailleurs, les gens sur la route... On ne cite personne en particulier de peur d'en oublier. Mais ceux qui nous ont croisés de près ou de loin se reconnaîtront...

Audio

Appletop - O.m.a.r.


Coming Soon l'interview

Comment se sont rencontrés les membres de Coming Soon ?
Billy (Basse/Chant): On a commencé au Lycée avec Ben et Howard, ensuite mon frère nous a rejoints, puis Alex… Ça s’est fait progressivement durant six ans en fait. Au début c’était un petit groupe de lycée…
Ben (Guitare/Chant): ... qui s’est agrandi par l’envie des membres de nos familles, de nos amis de nous rejoindre… On habite une petite ville donc c’est très facile de faire des rencontres.

Il y a eu un engouement pour votre groupe, un très fort buzz, et cela même avant la sortie de New Grinds, comment l’expliquez-vous ?
Howard (Chant): Je pense qu’on est tombé au bon moment où le public se sentait attiré par la scène indé Folk, c’était également le retour de la chanson en anglais… Tout en se posant la question si c’était un bon choix d’opter pour l’anglais, nos goûts musicaux allaient plutôt vers des groupes anglophones et qui faisaient ce genre de musique donc naturellement on a été classifié ainsi. Ça a beaucoup aidé au lancement de l’album et puis il y aussi la bande originale du film Juno sur laquelle une chanson de Leo a été retenue. Donc pas mal de facteurs rentrent en compte... En parallèle ça faisait déjà quelques années que nous rencontrions des musiciens, que nous participions à des festivals, que nous contribuions à des collaborations… C’est la rencontre de multiples hasards.

Justement comme beaucoup de nouveaux groupes francophones, vous boudez la langue de Molière. Choix persos ou raisons d’exportation ?
Howard : Je pense que tous dans le groupe, on a eu envie de se lancer dans la musique grâce à des artistes anglophones, et ce malgré nos goûts parfois très différents. Mais le lien fondamental reste la langue anglaise et à ce titre nous avons tous été très étonnés et influencés par Herman Düne qui joue de cette manière depuis plus de dix ans, sans complexe aucun. Ça s’est donc fait de manière très naturelle...
Ben : C’était aussi une nouvelle découverte de la langue qui allait de pair avec celle de l’écriture.
Billy : Par contre, cela fait presque un an que nous calons nos systèmes sons sur ceux d’Alain Bashung (?), ça reste quand même un lien avec la chanson française…

Deux albums en deux ans, vous êtes diablement prolifiques. N’aviez-vous pas été au fond de vos envies sur New Grinds ou doit-on s’attendre à une nouvelle cuvée d’ici fin 2010 ?
Billy : En fait c’est même plus que ça, il y a eu deux sorties, mais en réalité il y eu six albums réalisés par le groupe ou autres projets parallèles. On a toujours été productifs, c’est simplement que notre label ne peut pas absorber la sortie d’un album tous les deux-trois mois. Donc on s’amuse à compiler des morceaux inédits qu’on enregistre sur CD-R.
Ben : Dans cette période, il faut compter aussi l’album solo de Howard, donc ça continue comme ça, en réalité c’est plus que deux albums en deux ans.
Howard : En fait, entre New Grinds et Ghost Train Tragedy s’est écoulé plutôt un an et demi, ce qui est au final plutôt raisonnable si tu prends pour exemple les Rolling Stones qui sortaient un nouvel album tous les six-huit mois. On est conscient qu’il y a une crise du disque mais si deux albums sont prêts, c’est très agréable quand un label peut les réunir sur un même disque, tout unir sur un même point. Mais on a très envie de réenregistrer très rapidement et de sortir un nouvel opus dans un délai court… le 6 Février prochain.
(Ben et Billy se retournent vers Howard )
Billy : Le 6 Février ? (Rire général) Non, mais on sera très certainement dans ces eaux-là.
Howard : Non, plus sérieusement, un an et demi est une durée qui nous relie a beaucoup de groupes qu’on aime et en même temps, ça reste une période relativement longue quand tu tournes beaucoup. Mais le fait qu’il y ait six chanteurs-compositeurs permet de faire avancer le processus très rapidement.
Ben : Pour nous ce serait très frustrant d’attendre trois ans, de faire des démos, de réenregistrer inlassablement… Ce serait même un peu à l’encontre de notre éthique et de la musique qu’on aime et qu’on défend.

Chacun d’entre vous écrit et compose ?
Howard : Oui, mais certains le font plus que d’autres et ça dépend aussi des albums. Il n’y a que Ben et Mary qui n’écrivent pas de textes pour l’instant, mais la musique est composée en commun. On note des variations toutefois, certains étaient très prolifiques au début et se sont calmés et d’autres s’y mettent timidement, mais ça évolue d’un album à un autre.

Votre univers est cinématographique au possible, pourquoi vous être dirigés vers la musique plutôt que l’audiovisuel ?
Howard : Tout simplement parce que le milieu audiovisuel nous a rejetés (rires). Je précise « nous » car tout est collectif maintenant dans ce groupe. On a voulu être réalisateurs de cinéma, mais nous nous sommes fait jeter, et voilà.
Billy : Ce qui est moins ennuyeux car il y a moins de staff à gérer : pas de techniciens lumières, de cadreur…
Howard : On peut boire pendant les prises (rires).
Billy : C’est nettement plus relax.
Howard : Et puis on a peut-être plus de talent… Mais le cinéma reste un domaine très présent, car parfois quand on a du mal à se mettre d’accord sur un artiste qu’on apprécie, sur un morceau, l’esthétisme... le cinéma reste un bon référent.
Ben : C’est un sujet qui va permettre d’établir un accord lorsqu’on aborde un univers entre chacun de nous parce qu’on aura regroupé auparavant plusieurs images, plusieurs livres, plusieurs films, des éléments non musicaux au préalable mais qui peuvent le devenir indirectement.
Howard : Nous faisons également nous-mêmes vidéos, clips… On a posté récemment sur facebook une vidéo où on est en train de se bâfrer dans un des plus mauvais restos italiens de Londres. On adore faire ce genre de conneries alors que pour beaucoup de groupes, cette partie vidéo, c’est vraiment l’enfer, c’est quelque chose qu’ils délèguent… Nous ça nous amuse énormément, on écrit les scénarios ensemble, on les tourne ensemble, chacun met la main à la pâte…

Vous avez au final la main-mise sur votre image…
Howard : On essaye, tout en laissant une marge de créativité aux personnes avec qui nous travaillons. Comme Fred Mortagne avec qui nous collaborons régulièrement. Nous lui laissons toujours le dernier mot, la décision finale, voir la possibilité de nous emmener vers autre chose.
Ben : Nous ne sommes pas fermés, bien au contraire.
Billy : Par exemple nous venons de terminer le clip de
School Trip Bus Crash, et c’était réellement notre premier tournage dans un gros studio, mais nous ne voulions pas seulement être là en tant que musiciens… On a bricolé des trucs, on a peint… Nous n’étions pas là à attendre que le décor soit fait et arriver sans aucunes indications. On a storyboardé… On a participé au processus créatif du début à la fin et Fred a fini par le réaliser.

A la sortie de New Grinds vous avez été assimilés à la vague babies rockers puis reclassés dans un nouveau courant fourre-tout type Naive New Beaters… Quel est votre ressenti face à de tels avis ?
Ben : Bah en tout cas, ça nous fâche pas parce que…
Howard : On s’en fout (Rires).
Ben : On ne connait pas vraiment leur musique. Les BB Brunes, on écoute quand on tombe dessus par hasard à la radio. Nous n’avons aucune animosité contre eux, ni contre personne d’ailleurs (rires).
Howard : Replacé dans son contexte, c’est vrai qu’à la sortie du premier album, il y avait une scène Babies rockers qui existait et qui a plus ou moins disparu… A part peut-être les BB Brunes, qui ne sont pas vraiment des bébés. C’était plutôt les Naast, les Plastiscines… Des groupes essentiellement de région parisienne, qui existaient depuis six mois et qui ne jouaient pas très bien. Et que ce soit questions influences ou scènes, on était très différents, donc je pense que le lien c’était surtout l’âge. Mais très vite nous avons été rattachés à la scène Folk. Pour ce qui est du côté fourre-tout des Naive New Beaters, je ne vois pas trop, cependant ils sont très drôles.
Howard : Du coup, peut-être qu’on est drôle nous aussi… (Rires). Le côté fourre-tout, c’est peut-être parce que nous chantons tous et que sur un album de Coming Soon il peut y avoir des chansons d’univers multiples. Dans ce cas, je ne prends pas ça comme une critique car il y a de très grands albums qui peuvent être considérés comme un peu fourre-tout. Mais je ne m’explique pas la comparaison avec les Naive New Beaters, et ça reste surprenant. Mais concernant la vague Babies rockers, ça nous a un peu fait peur au début, d’autant que nous avions deux membres très jeunes à la sortie de New Grinds, Alex et Leo… Et c’est sûr que ça nous a un peu effrayés, mais sans raison finalement car c’était une scène totalement différente, qui n’attachait pas d’importance aux paroles par exemple. Alors que les groupes que nous rencontrions ou dont nous nous inspirions ont un rapport vraiment très vital au texte et à l’écriture, comme nous. C’est pour cela qu’il n’y a aucune animosité, et qu’au final c’est plutôt amusant de voir la critique qui aime faire et défaire ses propres inventions. Les Babies rockers ça a été une invention de la critique... ils s’en sont lassés, après ils ont fait la vague Folk, lassés pareillement, maintenant ils reviennent un peu au hip-hop bricolo… Donc qu’ils continuent…
Billy : C’est assez lassant ce phénomène de vague. Chaque premier janvier tu te demandes quel va être le courant dominant de l’année. Et nous, on n’est pas plus Folk que Rock, donc foncièrement on pourrait s’adapter à toutes les vagues.
Howard : D’ailleurs Ghost Train Tragedy est plus électrique, et on a pris à contre-pied le public qui s’attendait à un nouvel album plus bricolo, indé… C’est marrant de voir comment les critiques sont parfois un peu à la rue, alors que le public n’arrête pas d’être de plus en plus présent à nos concerts et à nous suivre.

Vous pensez que c’est difficile d’être à la fois jeune et de faire de la musique indé en France ?
Howard : Non, parce que l’inverse me semble aussi dur (Rires). Non, je pense que c’est dur d’être indé, dur de faire de la musique, dur de vieillir…
Billy : L’âge n’a pas beaucoup d’importance car beaucoup de groupes indés seraient très contents de passer à la radio et de jouer au Zénith. Donc indé, c’est plus dans ce qu’on aime et qu’on écoute, car les radios diffusent malheureusement très peu de choses qui nous plaisent. Et c’est plus facile, je crois, d’être musicien en France, car si tu prends pour exemple l’Angleterre où nous étions il y a quelques jours, les groupes y sont payés au pourboire et il y a des musiciens partout. La France a un côté plutôt sécurisant pour débuter une carrière musicale.

Ghost Train Tragedy à une consonance Country-Folk plus sombre et qui fait à bien des moments penser à Nick Cave. Quels sont les musiciens qui vous influencent ?
Howard : Encore une fois, il y a six personnes dans le groupe et tu auras facilement six réponses différentes. Mais je crois qu’il y a quelques artistes sur lesquels on tombe tous d’accord. Il y a par exemple toute la scène qui est sur le label Drag City, avec Smog, Will Oldham, Pavement… Ce sont des musiciens qu’on adore, on va le plus souvent possible voir leurs concerts. On essaye même de les rencontrer. David Berman des Silver Jews nous a même fait un dessin pour Ghost Train. Il y a bien entendu Herman Düne, puisqu’on les connait depuis très longtemps, on les a vu évoluer, et ils nous ont en quelque sorte inspirés. Après il y a bien sur tous les saints patrons : Lou Reed, Bob Dylan, Leonard Cohen…
Billy : Il y a bien entendu des groupes qu’on écoute chacun dans son coin épisodiquement pendant un an, parfois on s’interchange des albums, on se les passe dans le van, mais s’il y a un concert de Nick Cave dans la ville où nous nous trouvons, on va tout faire pour y aller tous.
Howard : Même si d’ailleurs l’influence de Nick Cave était très forte lors de la formation du groupe, ça fait très longtemps que nous n’avons rien écouté de lui ensemble, notamment en terme d’inspiration d’écriture. Il y a aussi des influences que l’on quitte un moment pour découvrir autre chose. Mais on essaye le plus possible ne pas y penser quand on fait un album.
Billy : Mais c’est vrai qu’il y a un côté plus sombre dans cet album.
Ben : Certains textes l’étaient déjà sur New Grinds.
Howard : C’est là où je pense que l’esthétique fait beaucoup, car si l’album ne s’appelait pas Ghost Train Tragedy mais Ghost Train Comedy, avec une photo sur la plage, certaines chansons apparaitraient comme plus conductrices. Mais les concerts restent très enjoués et énergiques.

Votre expérience réussit à l’étranger, le fait que vous y tourniez beaucoup, votre facilité à vous y créer un public ne vous pousse-t-il pas à faire vos valises ? Avez-vous plus à gagner en séduisant le public français ?
Howard : Nous avons toujours eu un lien important avec la France, puisque deux des membres étaient toujours au lycée. De plus notre label étant en France, c’était plus facile pour se développer et organiser des tournées. Mais il est clair que chacune de nos expériences à l’étranger s’est extrêmement bien passée. Je crois qu’on a tous un faible pour l’Angleterre et on a en prévision pour cette année une tournée européenne dont on aimerait que la France soit un territoire parmi d’autres plutôt que le chantier principal. On a encore envie de travailler en France, surtout que les festivals y sont super, tout en s’éloignant un peu. Surtout que c’est très plaisant de pouvoir démontrer en tant que Français que tu peux écrire des chansons à textes en anglais, se frotter à un public différent, mais qui éclate de rire sur tes refrains quand c’est décalé.

On est d’accord pour dire que les Majors sont mises à mal, la crise n’aidant pas et que les artistes indés ont le vent en poupe. Vos pronostics sur le mainstream ?
Howard : J’écoute tellement peu de musique qu’on appelle mainstream que je ne pourrais pas répondre à cette question.
Billy : Cela dit, il y a quand même un gros problème puisque 90% des radios diffusent ce type de musique, qui pour moi n’est pas écoutable du tout. Ca doit générer encore pas mal de chiffre car il y a encore des affiches, des publicités, les maisons de disque sont encore là… Alors effectivement, il y a peut-être moins d’argent à se faire pour un producteur qu’il y a vingt ans mais parallèlement un artiste peut aussi vendre, avoir un disque d’or tout en étant indépendant.
Howard : Je pense quand même que plus les majors vivent et plus la scène indé existe... le pire pour moi c’est quand tout est faible et que le mainstream récupère l’underground. Le crime c’est de voir par exemple Julien Doré et Carla Bruni-Sarkozy chanter
Anyone Else But You. C’est brader une culture indépendante. Donc que ces personnes continuent à reprendre Beyoncé ou ce type de trucs qui marche, et qu’on laisse aux artistes indés une structure, un public et une culture underground dans lequel il peut y avoir aussi de l’argent et des moyens. Ce qui est triste, c’est que les petits labels ne s’en sortent pas vraiment mieux pour le moment. On en chie pour sortir péniblement quelques 45 tours alors que des personnes viennent nous voir après le concert pour nous dire qu’ils ont téléchargé l’album. Les gens sont totalement décomplexés face à ce phénomène, alors que les disquaires ferment les uns après les autres. Je ne vois pas ce qu’il y a de vraiment réjouissant, à part le retour à la scène qui est effectivement génial et qui prouve la passion retrouvée du public pour la musique.

Vos chansons laissent une place importante au lyrisme et à l’imaginaire. Pensez-vous aborder des thématiques plus introspectives par la suite ?
Howard : Encore une fois, cela dépend des interprètes, nous faisons tous des va-et-viens entre des choses personnelles et plus générales. Certains ont commencé avec une écriture très proche du journal intime pour s’en écarter et aborder une structure plus métaphorique, alors que moi j’adopte un petit peu le schéma inverse. Il faudra suivre l’écriture de chacun pour voir comment ça évolue, mais nous n’aurons jamais cette attitude de vouloir raconter notre vie…

Comment envisagez-vous cette année 2010 ?
Howard : Glorieuse, comme toutes les années qu’on passe ensemble. Beaucoup de tournées, un album…
Billy : Moi je n’ai pas beaucoup d’espoir pour 2010 (Rire général). Je mise plutôt sur 2012, 2013… Cette année je la sens dure pour tout le monde, je la vois avec toutes les personnes autour de moi.
Howard : Nous ça va super… (Rires)

Propos recueillis par Aki

Mo'Fo' 2010 : la rétrospective

p122_01_insituphotos Mains d'Oeuvres / (c) vinciane verguethen.

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Oyez oyez, braves gens, vos hartziners, Virginie, Akitrash et Thibault sont dans les starting-blocks en ce vendredi soir très particulier puisque débute la très attendue neuvième édition du Mo’Fo à Mains d’Œuvres. Et c’est une équipe ultra chaleureuse et particulièrement attentive qui nous a accueillis à bras ouverts. Question savoir-vivre et bonnes manières, les tenanciers n’ont de leçons à recevoir de personne, et cette ambiance limite tapis rouge nous mit tout de suite complètement à l’aise… peut-être trop avec le recul.

Pour ceux qui n’auraient jamais mis les pieds à Mains d’œuvres, sachez que ce lieu, en plus de supporter de nombreux évènements comme le Mo’Fo, est également un espace d’échange et de création, qui sert parfois de studio et de résidence à certains artistes tout en proposant des actions culturelles diverses et variées, toujours pertinentes. Le lieu, sur plusieurs étages est un dédale très eigties comportant au rez-de-chaussée un bar et deux salles de concerts (rebaptisées Mo' et Fo'), au premier un vaste hall aéré où se tient durant deux jours le Mo'Forum, le salon de la création indépendante, et enfin, au second, une salle de conférence / cinéma d'un orange à faire pâlir les murs de nos grands-mères. Les séances photos et autres interviews y ont lieu. C’est la petite minute publicitaire, mais cela mérite d'être dit tant cet autre berceau de la création est trop souvent relégué au second plan du fait notamment de son implantation géographique (Saint-Ouen, 93).

Bref, tout excités de sillonner cette nouvelle mouture festivalière, nous faisons un rapide tour d’horizon et squattons sans gêne les stands du Mo'Forum qui se tient officiellement le samedi et le dimanche. Au programme, Les Boutiques Sonores, éternel partenaire du festival, proposent un choix de disques pour le moins éclectique, tout en chapeautant les showcases qui dégourdissent les oreilles des badauds curieux mais sans le sou (Thomas Mery, Fairguson, the Konki Duet, Suzanne the Man). Nous trouvons à quelques pas de là, les éditions No’Wave qui proposent leur sélection habituelle de courts métrages bien barrés et d’objets télévisuels contre-culturels. Libé, se positionnant en qualité de France qui résiste, est forcement présent, non loin des petites minettes d'Ohlàlà, venues en quête de promotion et de partenariats pour la seconde édition de leur festival qui a lieu à Berlin. Les jours suivant donc, le Mo'Forum s'étoffe et l'on a toute l'après-midi pour fouiner parmi les stands des Editions de la Femme à Barbe, de la Famille Digitale, de l'excellent label Born Bad Records et d'un sympathique vendeur de disque en ligne (handsandarms). Le webzine sourdoreille.net rend bien compte de la tranquille effervescence baignant le Mo'Forum avec une courte vidéo à visionner ici.

Mais l’heure n’est plus à la promenade, Wendy Code entre en scène. Et quelle surprise ! Premier groupe et premier effet kiss cool. S'ils sont inconnus au bataillon, ils ne risquent pas de le rester très longtemps. Le Glam-rock electro a ses limites, ayant la fâcheuse tendance à devenir saoulant passé deux morceaux. Mais ô miracle, le duo mixte surprend par sa maturité de jeu que l'on classera immédiatement entre Rinôçérôse et Ladytron. Pas mal pour ces jeunes artistes, coupables de deux albums sur Silverstation Records, malheureusement passés inaperçus. Fluorescent et acidulé, on se laisse convaincre qu’un plaisir coupable est un plaisir quand même.
On applaudit, on sourit et on se félicite de cette découverte dont on attend impatiemment d’en entendre plus. Le couple termine à peine son set qu’il est chassé par les bruyants Railcars, annoncés comme savante décoction de shoegaze, de punk et d'électronica. Rien de moins. D’entrée de jeu, c’est déplaisant, brouillon et sans consistance. Un larsen insupportable, manquant de crever les tympans d'Aki, nous oblige à quitter la salle furibards. N'est pas Kevin Shields qui veut. Encore heureux qu'Aki ne soit pas monté sur scène pour leur péter la gueule. C’est qu'il est impulsif !

Irrité, échaudé et à moitié sourd par les acouphènes qui secouent encore son oreille, le show de Gablé réconcilie joliment Aki avec l’ambiance insensée de ce vendredi soir pas comme les autres. Thibault, complètement addict du trio caennais, nous entraine dans la spirale bricolo de ces hurluberlus et de leurs chansons courtes et balancées à la volée. Bien lui en prend, puisqu’aucun de nous ne se remet totalement de ce concert enchanteur où les trois Gablé passent, d’une mesure sur l’autre, du lyrisme volatile des islandais de Múm à la rythmique assassine d’Amon Tobin, dans une ambiance proche du happening. Inutile de répertorier la liste des instruments de ces inconditionnels de Pavement et Daniel Johnston, tant l'éventail est large, allant des plus classiques guitares folk, caisses claires et flûtes aux plus incongrus des bidons de lait, cagettes de supérette et autres samples rigolo-malin (momomotus) ! Où comment atteindre le summum du nawak avec un maximum de talent. Virginie et Thibault, ayant flairé l'évidence, ont auparavant retrouvé Matthieu, Thomas et Gaëlle pour une interview décontractée à l'image d'un groupe aussi souriant qu'accessible. Le Thibault Mezrahi de la rédaction profite de l'occasion pour tenter de comprendre le pourquoi du comment de cette musique thérapeutique pour narcoleptiques. Il est question de caisse à outils, d'instantanéité punk et de cruauté infantile. A découvrir un peu plus bas, sans plus tarder. Pour un aperçu officiel du live en vidéo c'est ici, et encore ici.

Si beaucoup ont boudé la présence de Kramer, estimé producteur à la liste de participation longue comme les deux bras d'Aki, l’étrange ciné-concert donné par celui-ci aurait nécessité la mise à disposition de transats pour savourer pleinement ce spectacle expérimental et planant. Plongé dans l’obscurité la plus totale, des images se bousculent sur l’écran, tandis que le musicien s’accorde à en réaliser la post-synchro grâce à sa guitare et à une multitude de pédales d'effets. Cette panoplie de mélopées environnementales séduit et rappelle à Aki la grande période de Holger Czukey. Ni plus, ni moins. Dommage que les spectateurs (et Thibault) n’aient pas suivi la performance, préférant à coup sûr éponger la soif, l’ombre du génie des premiers White Zombie et Galaxie 500 n'ayant jamais été aussi vaporeuse et hypnotique.
Vient ensuite Aidan Moffat… Oui, l’ancien chanteur d’Arab Strap. Et si Aki ne voit que quelques minutes du concert, Virginie et Thibault soutiennent toujours les fondations d'un bar qui n'en demandait pas tant. Il est préférable de garder sous silence notre avis pour ne pas décevoir les fans et passer directement à Sole and his Skyrider. Là encore, sujet délicat, puisque Aki, encore lui, est le seul chroniqueur de la rédaction à connaitre le musicien tout en appréciant son style hip-hop. Avouez que recevoir l’un des boss du label d’Anticon, c’est autre chose que de se taper les pitreries fantasques de Timbaland ! Dès les premières secondes, Sole délimite parfaitement son territoire : le Mc / Producteur à tête de viking pose un flow martial, ses lyrics tranchants comme du verre pilé quand les guitares s’écorchent dans la réverbe et que la batterie mitraille. Au jeu du sampling, Sole n’est pas non plus le dernier, et pose des instrumentations fragiles et inquiétantes qui contrastent à merveille avec la vibration assassine de ses cordes vocales.

Un peu plus tard, nous quittons Mains d’œuvres, non sans relents de bruits et de fureur.
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Interrogez n’importe quel chroniqueur de Hartzine et il vous répondra la même chose : la première soirée de cette neuvième édition du Mo’Fo fut tuante. Vous ne trouverez ici aucun colportage malvenu et infondé sur la faculté de certains d'entre nous à cotiser en monnaie d'ivrogne aux recettes du festival, Hartzine est une maison sérieuse. Et puis même si… Bukowski, Corso ou Kerouac ne buvaient-ils que du Coca ?

C’est dans un état second qu'Aki, le seul d'entre nous encore valide ce jour-là, passe les portes de Mains d’Œuvres pour cette seconde journée de festivités. Malgré une anesthésie subie le matin même, Aki déambule dans un état fantomatique, n’écoutant que son courage, tel un Hunter Thompson perfusé au Coca, afin de retranscrire fidèlement les prestations d'un samedi soir placé sous le signe de la Folk.

Si Aki peut avouer une chose, c'est de n'être pas très fan de musiques trop facilement accessibles. Il n'est pas le plus trash d'entre nous pour rien. Pourtant, effet de l'anesthésie ou pas, il est immédiatement subjugué par l’univers cinématographique de The Sugarplum Fairy pr, jeune quatuor de Tours. Que ce soient leurs visuels, des séquences de toutes sortes étant projetées sur des ballons, ou leurs mélodies, qui déploient la bande-son d’un film imaginaire, tout semble constituer une forme d’hommage au septième art. Une intense tristesse s’insinue à travers les notes de piano d’Aurelien Jouannet, mimant parfois Radiohead jusqu’à la photocopie tout en s’inventant une galaxie propre par sa voix harmonieuse au possible. Si la frontière est mince entre ces plaintes fragiles et des tubes pour charts à la Coldplay, ce premier concert est réussi, l’ensemble s’écoutant sans aucun déplaisir.

Quelques minutes plus tard, Aki enchaine avec Le Prince Miiaou qui n’a pas usurpé son nom. Sur le papier Maud-Elisa Mandeau, joue seule, se revendiquant proche de Xiu Xiu et Mogwai. Mouais, il y a comme un hic là... Sur scène la jeune femme au physique d’adolescente et aux cheveux javélisés, minaude et papillonne, oscillant entre la Jennifer Ayache de Superbus (sic) et une Courtney Love sous tranxen. Bien que jolie, son maniérisme post-pubère irrite : "Cette chanson s’appelle oraison funèbre d’une libellule… Je l’ai écrite un soir de pluie parce que j’étais triste… Mais maintenant, je vais mieux". Une certaine énergie et un savoir-faire indéniable se dégagent pourtant d'un Prince Miiaou qui a une patte dans la folk et l’autre dans un rock alternatif des familles. Les ballades sont tout sauf ennuyeuses et ont cette qualité rare, dans cette édition du Mo’Fo, de proposer un chant partagé entre l’anglais et la langue de Molière. Le Prince, déjanté et foutraque, abandonne Aki sur un sentiment mitigé, entre art de la retenue convaincant et dramatisation exaspérante.

H-Burns ne dissipe pas cette impression. Si Renaud Brustlein, texan d’origine… Comment ça il est Valentois ? Bon, si ce zicos trouve parfaitement sa place dans la brume électrique du blues, ses chansons ne correspondent pas forcement aux attentes du public… et d'Aki. Mauvais moment, mauvais endroit ? Possible. Car il n’y a pas grand-chose à jeter dans ses comptines sudistes. Comme dirait la grand-mère de notre rédacteur, la mayonnaise ne prend pas. Avec le recul, celui-ci regrette : pourquoi n'a t-il pas laissé une seconde chance à cet artiste lorgnant du côté de Gravenhurst, égrainant un songwriting sans faute doublé d'un jeu de gratte imparable ?

A peine le temps de laisser Aki peinard se délecter des bulles de son Coca, que c’est l’heure pour Phoebe Killdeer de faire son entrée… dans le noir ! Là, deux options : vous faire croire que notre incollable confrère connait l’œuvre du combo par cœur, les lyrics sur les bouts des doigts, pouvant même vous les chanter à l’envers… Ou, plus crédible, qu'il ne connait que pouic des Australiens. Pas même un furetage sur la toile... C’est mal, mais la demoiselle Killdeer est là pour clarifier la situation. Étrange clone rajeuni de Nina Hagen dont elle n'a de cesse de chiper l’accent, la freak prend son pied à en foutre plein la vue. Si le groupe fout le bordel sur scène, Aki reste lui obnubilé par le guitariste blanc-bec à la coupe afro. On a du lui enfoncer une pile Energizer dans l’arrière-train à la naissance pour qu'il ne cesse de s'agiter ainsi dans tous les sens... La démone chaparde la pinte d’une pauvre spectatrice, ayant elle-même renversé son verre d’eau. Humour, bien sûr, la jeune fille lui offre de bon cœur… Quoique… La musique du groupe se démarque totalement de tout ce qui a été entendu précédemment. Rockabilly sous les cocotiers, heavy à tendance vahiné, c’est gonflé mais ça cadence sévère. Pas une seconde de répit pour l’auditeur qui se voit embringué dans un maelstrom de courants contradictoires mais foutrement bien exécutés. Pas totalement conquis, mais dépaysé, Aki s'offre un peu de répit. C'est déjà ça.

Le clou de la soirée est le jeune et toujours confidentiel groupe, Coming Soon. Et s’il y a un adage qui révèle que le talent n’attend pas le nombre des années, les pépites musicales de Howard Hugues, Billy Jet Pilot, Leo Bear Creek, Ben Lupus, Alex Banjo et Mary Salomé le personnifie à merveille ! Ouf !

Si l’imagerie de la pochette de New Grinds et son achalandage sur les têtes de gondoles laissaient penser à une énième sortie electro-rock sans intérêt, son convaincant mélange d'Herman Düne et du Velvet, agrémenté d’une touche de naïveté bienvenue, réussissait à sortir le groupe de l'ornière. Suite à un second album, Hartzine se devait de s’assurer de la capacité scénique du sextet que les aficionados ne cessent de décrire comme infatigable… contrairement à un Aki en fin de vie. Celui-ci relève à nouveau le défi. Dire qu'il n'en est pas déçu est un doux euphémisme. Les louveteaux peuvent se vanter de leur incroyable prestance et bien qu’exagérant parfois la transe incendiaire, ils prennent tous les risques pour charmer le spectateur ébahi. Accapella, Voodoo-Folk, Happening… Les six musiciens jouent aux chaises musicales, s’interchangent, prennent tour-à-tour le micro et garantissent un spectacle de haute volée qui laisse sur les rotules notre confrère littéralement décharné. Le géant Howard Hugues en bon maitre d’orchestre (même s'il le nie) mène sa troupe dans ses derniers retranchements, et le groupe assène une vingtaine de morceaux qui sentent bon le Bayou. Aki les a rencontrés quelques heures plus tôt histoire de faire un bilan sur ce début de carrière fulgurant (voir plus bas).

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En ce dernier jour de festivités, la petite troupe est au complet et ce dès le début de l'après midi. Un final tout en promesse proposant des inconnus parfaitement inconnus, un groupe sorti d'un film iranien, des artistes confirmés ainsi que d'autres reformés. Vivotant entre stands et interviews, interviews et stands, nous nous dégourdissons les jambes en vidant quelques godets réglementaires. Peu après, nous reprenons les choses là où nous les avons laissées : la scène. Aki semble avoir rencontré sur la route un rouleau compresseur quand Virginie et Thibault sont frais et pimpants. Enfoirés ! glisse Aki dans sa barbe.

L'après-midi se consume lentement sur le bout de nos cigarettes quand Biggles Flys Again s'invite à nos oreilles. Conor Deasy, accompagné de sa seule guitare, salue timidement la foule, baragouinant quelques mots pour expliquer sa présence. Une histoire de coup de cœur, celui du programmateur du Mo'Fo, Nicolas Cunier, par ailleurs membre du groupe Go Go Charlton, qui au hasard d'un concert s'entiche du jeune homme et de sa voix. Celle-ci, d'une chaleur confondante, remémore la jeunesse d'un Dylan renfrogné, l'Irlandais s'appliquant avec grâce à nous faire oublier où nous sommes. De sa guitare s'échappe une dentelle d'arpèges discrets et volubiles contredisant en tout point les quelques vidéos maladroites glanées sur la toile. Un set court à la beauté fragile, extirpant ici et là quelques larmes parmi le public. Une captation du concert existe, suffit de cliquer .

La mélancolie du dimanche soir n'est pas près de nous quitter. Liz Green débute son set seule, guitare en bandoulière face au public puis au piano de dos. La fluette chanteuse rousse au timbre de velours est dès le second morceau rejointe par son groupe inédit, deux géants barbus se partageant saxophone et contrebasse. Les compositions tantôt enjouées, tantôt désespérées épousent un classicisme non dénué d'intérêt expliquant aussi bien l'affluence que le choix de Benoît de Villeneuve d'inviter la jeune femme sur son album à paraître le 22 février, Dry Marks of Memory. Par moment surréaliste et grotesque, chantant parfois avec de drôles de masques, Liz Green évoque, par sa voix et son folk bluesy, une Karen Dalton délurée en moins camée. Nous nous extirpons néanmoins du tohu-bohu d'une salle pleine comme un œuf puisqu'il se murmure que les Konki Duet entament leur mini show au Mo'Forum. Peine perdue, on arrive trop tard ou trop tôt si bien qu'un coup d'œil à la montre plus tard, il est temps d'assister à la prestation de Shugo Tokumaru. Présenté comme la septième merveille de la pop expérimentale, métissant les Beatles au son du soleil levant, le petit bonhomme s'affaire sur sa chaise, pieds nus, parcourant son manche de guitare avec une dextérité qui n'a d'égale que sa virtuosité. Sa voix en revanche n'électrise que peu notre attention flagada et c'est dans un calme ennui que nous décidons de nous rendre dans la salle mitoyenne, histoire de voir dans de bonnes conditions the Patriotic Sunday.

En vacances de Papier Tigre, Eric Pasquereau, chanteur guitariste de The Patriotic Sunday vient présenter Characters, successeur de Lay Your Soul Bare paru il y a 4 ans. Sans mauvais esprit, pour le caractère, on cherche encore. L'espace de deux morceaux - car aucun de nous n'en supportera plus - on se croit à la fête de la musique, en pleine erreur de casting. Chanter avec un polo de rugby, c'est une chose, arranger la foule avec un t-shirt floqué du S de Superman confine à la provoc'. Et que dire des morceaux pastiches - si brillamment exécutés - ne nous évoquant rien d'autre qu'une resucée pour le moins édulcorée de ce que fait si bien le jeune homme au sein de Papier Tigre. Enfin, on l'espère, car là, sous nos yeux ça tombe à plat...

Histoire de colmater ce léger trou d'air dans la programmation, on se place cahin-caha dans une foule déjà nombreuse venue acclamer (le mot n'est pas trop fort) Take it Easy Hospital, qui n'est autre que le groupe jouant son propre rôle dans les Chats Persans, véritable carte postale musicale envoyée d'Iran par le réalisateur Bahman Ghobadi. Virginie les a rencontrés peu avant lors d'une interview où la jeunesse des deux protagonistes (vingt berges) contraste avec leur professionnalisme. Leur musique est d'ailleurs aussi bien rodée que leurs réponses et ce même s'ils se présentent à notre curiosité en formation réduite. C'est l'ampleur du succès rencontré en France qui les a convaincus de l'intérêt de venir étoiler le Mo'Fo' en quittant brièvement leur studio d'enregistrement londonien où le groupe accouche d'un second album (Dark Pop). Negar Shaghaghi et Ashkan Koshanejadn régalent de leurs comptines folk un public rajeuni, ne se privant pas de jouer par deux fois human jungle, titre phare de leur répertoire et visible par . La fan attitude a pour nous ses limites, la pause clope se fait urgente.

On s'installe pour French Cowboy et ce sans aucune attente particulière. Non que le groupe soit a priori mauvais, quatre ex-Little Rabbits tout de même. Mais bon, voilà c'est comme ça. Stupeur quand même, on nous a pourtant assuré que Sim était mort... Ah non, il s'agit de Federico Pellegrini, chanteur cowboy dégarni. On laisse Thibault rigoler de sa blague et on laisse dérouler le rock à papa des quatre Nantais. Les convaincus de la première heure chantent et dansent, l'ambiance est sympathique. Sympathique justement : cette soirée manque cruellement de folie !

A priori, on se dit que celle-ci risque d'être inoculée dans nos petites mirettes par les si attendus (au tournant) Television Personalities. Virginie et Aki ont testé dans l'après-midi la truculence désordonnée et hallucinée du fantasque Dan Treacy, auteur-compositeur du groupe formé en 1978 sur les braises encore fumante d'un punk dont ils fustigèrent l'échec dans Part Time Punks. Un entretien chaotique retranscrit en intégralité un peu plus loin. Bénéficiant d'une célébrité de cénacle, les TVP magnétisent un public à son image, disons... mal dégrossi. Capable d'imparables mélodies, ils sont tout aussi coupables de massacrer celles-ci dans la cacophonie de leurs arrangements. Le début de concert est tonitruant, taillé dans les quelques succès d'estime du groupe. Mais deux, trois pintes vidées plus tard par un Treacy de plus en plus braillard, on a la désagréable impression d'assister depuis vingt minutes à la même chanson. Deux d'entre nous font alors défection, laissant Aki apprécier seul ce final aux relents douteux de pub anglais. Enfoirés ! glisse Aki dans sa barbe.

C'est donc en ordre dispersé que nous quittons Mains d'Oeuvre. C'est aussi dans la division que s'expriment nos avis. Un point commun cependant dans l'analyse : si l'organisation est parfaitement rodée et avenante, la programmation reste quelque peu en deçà de nos espérances. On aurait aimé y souscrire à 100%. Mais dire ça, c'est déjà prendre rendez-vous pour la prochaine édition...
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Virginie, Akitrash et Thibault.

Gablé l'interview

par Virginie et Thibault


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Coming Soon l'interview

par Aki
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photos Mains d'Oeuvres / (c) vinciane verguethen.

Comment se sont rencontrés les membres de Coming Soon ?
Billy (Basse/Chant): On a commencé au Lycée avec Ben et Howard, ensuite mon frère nous a rejoints, puis Alex… Ça s’est fait progressivement durant six ans en fait. Au début c’était un petit groupe de lycée…
Ben (Guitare/Chant): ... qui s’est agrandi par l’envie des membres de nos familles, de nos amis de nous rejoindre… On habite une petite ville donc c’est très facile de faire des rencontres.

Il y a eu un engouement pour votre groupe, un très fort buzz, et cela même avant la sortie de New Grinds, comment l’expliquez-vous ?
Howard (Chant): Je pense qu’on est tombé au bon moment où le public se sentait attiré par la scène indé Folk, c’était également le retour de la chanson en anglais… Tout en se posant la question si c’était un bon choix d’opter pour l’anglais, nos goûts musicaux allaient plutôt vers des groupes anglophones et qui faisaient ce genre de musique donc naturellement on a été classifié ainsi. Ça a beaucoup aidé au lancement de l’album et puis il y aussi la bande originale du film Juno sur laquelle une chanson de Leo a été retenue. Donc pas mal de facteurs rentrent en compte... En parallèle ça faisait déjà quelques années que nous rencontrions des musiciens, que nous participions à des festivals, que nous contribuions à des collaborations… C’est la rencontre de multiples hasards.

Justement comme beaucoup de nouveaux groupes francophones, vous boudez la langue de Molière. Choix persos ou raisons d’exportation ?
Howard : Je pense que tous dans le groupe, on a eu envie de se lancer dans la musique grâce à des artistes anglophones, et ce malgré nos goûts parfois très différents. Mais le lien fondamental reste la langue anglaise et à ce titre nous avons tous été très étonnés et influencés par Herman Düne qui joue de cette manière depuis plus de dix ans, sans complexe aucun. Ça s’est donc fait de manière très naturelle...
Ben : C’était aussi une nouvelle découverte de la langue qui allait de pair avec celle de l’écriture.
Billy : Par contre, cela fait presque un an que nous calons nos systèmes sons sur ceux d’Alain Bashung (?), ça reste quand même un lien avec la chanson française…

Deux albums en deux ans, vous êtes diablement prolifiques. N’aviez-vous pas été au fond de vos envies sur New Grinds ou doit-on s’attendre à une nouvelle cuvée d’ici fin 2010 ?
Billy : En fait c’est même plus que ça, il y a eu deux sorties, mais en réalité il y eu six albums réalisés par le groupe ou autres projets parallèles. On a toujours été productifs, c’est simplement que notre label ne peut pas absorber la sortie d’un album tous les deux-trois mois. Donc on s’amuse à compiler des morceaux inédits qu’on enregistre sur CD-R.
Ben : Dans cette période, il faut compter aussi l’album solo de Howard, donc ça continue comme ça, en réalité c’est plus que deux albums en deux ans.
Howard : En fait, entre New Grinds et Ghost Train Tragedy s’est écoulé plutôt un an et demi, ce qui est au final plutôt raisonnable si tu prends pour exemple les Rolling Stones qui sortaient un nouvel album tous les six-huit mois. On est conscient qu’il y a une crise du disque mais si deux albums sont prêts, c’est très agréable quand un label peut les réunir sur un même disque, tout unir sur un même point. Mais on a très envie de réenregistrer très rapidement et de sortir un nouvel opus dans un délai court… le 6 Février prochain.
(Ben et Billy se retournent vers Howard )
Billy : Le 6 Février ? (Rire général) Non, mais on sera très certainement dans ces eaux-là.
Howard : Non, plus sérieusement, un an et demi est une durée qui nous relie a beaucoup de groupes qu’on aime et en même temps, ça reste une période relativement longue quand tu tournes beaucoup. Mais le fait qu’il y ait six chanteurs-compositeurs permet de faire avancer le processus très rapidement.
Ben : Pour nous ce serait très frustrant d’attendre trois ans, de faire des démos, de réenregistrer inlassablement… Ce serait même un peu à l’encontre de notre éthique et de la musique qu’on aime et qu’on défend.

Chacun d’entre vous écrit et compose ?
Howard : Oui, mais certains le font plus que d’autres et ça dépend aussi des albums. Il n’y a que Ben et Mary qui n’écrivent pas de textes pour l’instant, mais la musique est composée en commun. On note des variations toutefois, certains étaient très prolifiques au début et se sont calmés et d’autres s’y mettent timidement, mais ça évolue d’un album à un autre.

Votre univers est cinématographique au possible, pourquoi vous être dirigés vers la musique plutôt que l’audiovisuel ?
Howard : Tout simplement parce que le milieu audiovisuel nous a rejetés (rires). Je précise « nous » car tout est collectif maintenant dans ce groupe. On a voulu être réalisateurs de cinéma, mais nous nous sommes fait jeter, et voilà.
Billy : Ce qui est moins ennuyeux car il y a moins de staff à gérer : pas de techniciens lumières, de cadreur…
Howard : On peut boire pendant les prises (rires).
Billy : C’est nettement plus relax.
Howard : Et puis on a peut-être plus de talent… Mais le cinéma reste un domaine très présent, car parfois quand on a du mal à se mettre d’accord sur un artiste qu’on apprécie, sur un morceau, l’esthétisme... le cinéma reste un bon référent.
Ben : C’est un sujet qui va permettre d’établir un accord lorsqu’on aborde un univers entre chacun de nous parce qu’on aura regroupé auparavant plusieurs images, plusieurs livres, plusieurs films, des éléments non musicaux au préalable mais qui peuvent le devenir indirectement.
Howard : Nous faisons également nous-mêmes vidéos, clips… On a posté récemment sur facebook une vidéo où on est en train de se bâfrer dans un des plus mauvais restos italiens de Londres. On adore faire ce genre de conneries alors que pour beaucoup de groupes, cette partie vidéo, c’est vraiment l’enfer, c’est quelque chose qu’ils délèguent… Nous ça nous amuse énormément, on écrit les scénarios ensemble, on les tourne ensemble, chacun met la main à la pâte…

Vous avez au final la main-mise sur votre image…
Howard : On essaye, tout en laissant une marge de créativité aux personnes avec qui nous travaillons. Comme Fred Mortagne avec qui nous collaborons régulièrement. Nous lui laissons toujours le dernier mot, la décision finale, voir la possibilité de nous emmener vers autre chose.
Ben : Nous ne sommes pas fermés, bien au contraire.
Billy : Par exemple nous venons de terminer le clip de
School Trip Bus Crash, et c’était réellement notre premier tournage dans un gros studio, mais nous ne voulions pas seulement être là en tant que musiciens… On a bricolé des trucs, on a peint… Nous n’étions pas là à attendre que le décor soit fait et arriver sans aucunes indications. On a storyboardé… On a participé au processus créatif du début à la fin et Fred a fini par le réaliser.

A la sortie de New Grinds vous avez été assimilés à la vague babies rockers puis reclassés dans un nouveau courant fourre-tout type Naive New Beaters… Quel est votre ressenti face à de tels avis ?
Ben : Bah en tout cas, ça nous fâche pas parce que…
Howard : On s’en fout (Rires).
Ben : On ne connait pas vraiment leur musique. Les BB Brunes, on écoute quand on tombe dessus par hasard à la radio. Nous n’avons aucune animosité contre eux, ni contre personne d’ailleurs (rires).
Howard : Replacé dans son contexte, c’est vrai qu’à la sortie du premier album, il y avait une scène Babies rockers qui existait et qui a plus ou moins disparu… A part peut-être les BB Brunes, qui ne sont pas vraiment des bébés. C’était plutôt les Naast, les Plastiscines… Des groupes essentiellement de région parisienne, qui existaient depuis six mois et qui ne jouaient pas très bien. Et que ce soit questions influences ou scènes, on était très différents, donc je pense que le lien c’était surtout l’âge. Mais très vite nous avons été rattachés à la scène Folk. Pour ce qui est du côté fourre-tout des Naive New Beaters, je ne vois pas trop, cependant ils sont très drôles.
Howard : Du coup, peut-être qu’on est drôle nous aussi… (Rires). Le côté fourre-tout, c’est peut-être parce que nous chantons tous et que sur un album de Coming Soon il peut y avoir des chansons d’univers multiples. Dans ce cas, je ne prends pas ça comme une critique car il y a de très grands albums qui peuvent être considérés comme un peu fourre-tout. Mais je ne m’explique pas la comparaison avec les Naive New Beaters, et ça reste surprenant. Mais concernant la vague Babies rockers, ça nous a un peu fait peur au début, d’autant que nous avions deux membres très jeunes à la sortie de New Grinds, Alex et Leo… Et c’est sûr que ça nous a un peu effrayés, mais sans raison finalement car c’était une scène totalement différente, qui n’attachait pas d’importance aux paroles par exemple. Alors que les groupes que nous rencontrions ou dont nous nous inspirions ont un rapport vraiment très vital au texte et à l’écriture, comme nous. C’est pour cela qu’il n’y a aucune animosité, et qu’au final c’est plutôt amusant de voir la critique qui aime faire et défaire ses propres inventions. Les Babies rockers ça a été une invention de la critique... ils s’en sont lassés, après ils ont fait la vague Folk, lassés pareillement, maintenant ils reviennent un peu au hip-hop bricolo… Donc qu’ils continuent…
Billy : C’est assez lassant ce phénomène de vague. Chaque premier janvier tu te demandes quel va être le courant dominant de l’année. Et nous, on n’est pas plus Folk que Rock, donc foncièrement on pourrait s’adapter à toutes les vagues.
Howard : D’ailleurs Ghost Train Tragedy est plus électrique, et on a pris à contre-pied le public qui s’attendait à un nouvel album plus bricolo, indé… C’est marrant de voir comment les critiques sont parfois un peu à la rue, alors que le public n’arrête pas d’être de plus en plus présent à nos concerts et à nous suivre.

Vous pensez que c’est difficile d’être à la fois jeune et de faire de la musique indé en France ?
Howard : Non, parce que l’inverse me semble aussi dur (Rires). Non, je pense que c’est dur d’être indé, dur de faire de la musique, dur de vieillir…
Billy : L’âge n’a pas beaucoup d’importance car beaucoup de groupes indés seraient très contents de passer à la radio et de jouer au Zénith. Donc indé, c’est plus dans ce qu’on aime et qu’on écoute, car les radios diffusent malheureusement très peu de choses qui nous plaisent. Et c’est plus facile, je crois, d’être musicien en France, car si tu prends pour exemple l’Angleterre où nous étions il y a quelques jours, les groupes y sont payés au pourboire et il y a des musiciens partout. La France a un côté plutôt sécurisant pour débuter une carrière musicale.

Ghost Train Tragedy à une consonance Country-Folk plus sombre et qui fait à bien des moments penser à Nick Cave. Quels sont les musiciens qui vous influencent ?
Howard : Encore une fois, il y a six personnes dans le groupe et tu auras facilement six réponses différentes. Mais je crois qu’il y a quelques artistes sur lesquels on tombe tous d’accord. Il y a par exemple toute la scène qui est sur le label Drag City, avec Smog, Will Oldham, Pavement… Ce sont des musiciens qu’on adore, on va le plus souvent possible voir leurs concerts. On essaye même de les rencontrer. David Berman des Silver Jews nous a même fait un dessin pour Ghost Train. Il y a bien entendu Herman Düne, puisqu’on les connait depuis très longtemps, on les a vu évoluer, et ils nous ont en quelque sorte inspirés. Après il y a bien sur tous les saints patrons : Lou Reed, Bob Dylan, Leonard Cohen…
Billy : Il y a bien entendu des groupes qu’on écoute chacun dans son coin épisodiquement pendant un an, parfois on s’interchange des albums, on se les passe dans le van, mais s’il y a un concert de Nick Cave dans la ville où nous nous trouvons, on va tout faire pour y aller tous.
Howard : Même si d’ailleurs l’influence de Nick Cave était très forte lors de la formation du groupe, ça fait très longtemps que nous n’avons rien écouté de lui ensemble, notamment en terme d’inspiration d’écriture. Il y a aussi des influences que l’on quitte un moment pour découvrir autre chose. Mais on essaye le plus possible ne pas y penser quand on fait un album.
Billy : Mais c’est vrai qu’il y a un côté plus sombre dans cet album.
Ben : Certains textes l’étaient déjà sur New Grinds.
Howard : C’est là où je pense que l’esthétique fait beaucoup, car si l’album ne s’appelait pas Ghost Train Tragedy mais Ghost Train Comedy, avec une photo sur la plage, certaines chansons apparaitraient comme plus conductrices. Mais les concerts restent très enjoués et énergiques.

Votre expérience réussit à l’étranger, le fait que vous y tourniez beaucoup, votre facilité à vous y créer un public ne vous pousse-t-il pas à faire vos valises ? Avez-vous plus à gagner en séduisant le public français ?
Howard : Nous avons toujours eu un lien important avec la France, puisque deux des membres étaient toujours au lycée. De plus notre label étant en France, c’était plus facile pour se développer et organiser des tournées. Mais il est clair que chacune de nos expériences à l’étranger s’est extrêmement bien passée. Je crois qu’on a tous un faible pour l’Angleterre et on a en prévision pour cette année une tournée européenne dont on aimerait que la France soit un territoire parmi d’autres plutôt que le chantier principal. On a encore envie de travailler en France, surtout que les festivals y sont super, tout en s’éloignant un peu. Surtout que c’est très plaisant de pouvoir démontrer en tant que Français que tu peux écrire des chansons à textes en anglais, se frotter à un public différent, mais qui éclate de rire sur tes refrains quand c’est décalé.

On est d’accord pour dire que les Majors sont mises à mal, la crise n’aidant pas et que les artistes indés ont le vent en poupe. Vos pronostics sur le mainstream ?
Howard : J’écoute tellement peu de musique qu’on appelle mainstream que je ne pourrais pas répondre à cette question.
Billy : Cela dit, il y a quand même un gros problème puisque 90% des radios diffusent ce type de musique, qui pour moi n’est pas écoutable du tout. Ca doit générer encore pas mal de chiffre car il y a encore des affiches, des publicités, les maisons de disque sont encore là… Alors effectivement, il y a peut-être moins d’argent à se faire pour un producteur qu’il y a vingt ans mais parallèlement un artiste peut aussi vendre, avoir un disque d’or tout en étant indépendant.
Howard : Je pense quand même que plus les majors vivent et plus la scène indé existe... le pire pour moi c’est quand tout est faible et que le mainstream récupère l’underground. Le crime c’est de voir par exemple Julien Doré et Carla Bruni-Sarkozy chanter
Anyone Else But You. C’est brader une culture indépendante. Donc que ces personnes continuent à reprendre Beyoncé ou ce type de trucs qui marche, et qu’on laisse aux artistes indés une structure, un public et une culture underground dans lequel il peut y avoir aussi de l’argent et des moyens. Ce qui est triste, c’est que les petits labels ne s’en sortent pas vraiment mieux pour le moment. On en chie pour sortir péniblement quelques 45 tours alors que des personnes viennent nous voir après le concert pour nous dire qu’ils ont téléchargé l’album. Les gens sont totalement décomplexés face à ce phénomène, alors que les disquaires ferment les uns après les autres. Je ne vois pas ce qu’il y a de vraiment réjouissant, à part le retour à la scène qui est effectivement génial et qui prouve la passion retrouvée du public pour la musique.

Vos chansons laissent une place importante au lyrisme et à l’imaginaire. Pensez-vous aborder des thématiques plus introspectives par la suite ?
Howard : Encore une fois, cela dépend des interprètes, nous faisons tous des va-et-viens entre des choses personnelles et plus générales. Certains ont commencé avec une écriture très proche du journal intime pour s’en écarter et aborder une structure plus métaphorique, alors que moi j’adopte un petit peu le schéma inverse. Il faudra suivre l’écriture de chacun pour voir comment ça évolue, mais nous n’aurons jamais cette attitude de vouloir raconter notre vie…

Comment envisagez-vous cette année 2010 ?
Howard : Glorieuse, comme toutes les années qu’on passe ensemble. Beaucoup de tournées, un album…
Billy : Moi je n’ai pas beaucoup d’espoir pour 2010 (Rire général). Je mise plutôt sur 2012, 2013… Cette année je la sens dure pour tout le monde, je la vois avec toutes les personnes autour de moi.
Howard : Nous ça va super… (Rires)

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Take it Easy Hospital l'interview

par Virginie


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Television Personalities l'interview

par Virginie et Aki


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photos Mains d'Oeuvres / (c) vinciane verguethen.

Malgré plus d’une dizaine d’albums, un réseau de fans inconditionnels, et le soutien de la presse spécialisée votre succès en France reste confidentiel malgré plusieurs passages remarquables et remarqués. Pensez-vous que la manière d’appréhender la musique du point de vue des Français est très différente qu’Outre-Manche ?
Dan : Je ne vois aucune différence non, je ne suis pas connu en Grande Bretagne non plus,
Guitariste : tu es probablement plus connu en France qu'en Angleterre,
Dan : en Angleterre, je ne sais pas ce qu'ils pensent de nous, ils nous font faire des tours et des détours par des chemins tordus. Une fois de temps en temps, ils décident de nous accueillir avec des banderoles et des ballons, et puis ils nous rangent dans des boites, pour nous ressortir l'année suivante, ou celle d'après. Je ne sais pas vraiment ce qu'il y a dans l'esprit des gens, je ne comprends pas ça mieux que quelqu'un d'autre. Et de toutes manières, je ne crois pas qu'il y ait grand chose à comprendre de Television Personnalities. C'est assez simple en fait.

On vous a collé toutes les étiquettes, et vous êtes passés par un peu près par tous les styles de musique…
Dan : Je me suis perdu...

Comment définiriez-vous la musique de TV Personalities ?
Dan : je ne crois pas que nous ayons un style musical particulier, je ne pense pas à la musique en terme de style, c'est stupide.
Guitariste : est-ce que tu dirais que c'est honnête?
Dan : Oui, ça l'a toujours été, pour moi la musique, c'est très personnel,

Alors si vous parlez d'émotions dans votre musique, de quoi parle-t-on ?
Dan : et bien, le prochain album s'appellera probablement "Triste pauvreté" ! Je ne sais pas, il s'agit juste des circonstances dans lesquelles j'écris, qui se transposent en musique.

Vos textes passent régulièrement du rire aux larmes, du cynisme au drame…
Dan : ça, c'est avant le petit-déjeuner...

Vous avez un certain penchant pour le clair-obsur, non ?
Dan : c'est juste ma manière d'être, et ce n'est pas comme ça qu'est la vie réelle,

Mais c'est votre vie...
Dan : pour la plus grande partie, oui,
Guitariste : ou la vie d'autres personnes parfois?
Dan : oui, c'est aussi de l'observation, mais les gens prennent ça souvent pour autre chose, pour un style un peu Lou Reed. Je ne suis pas un grand fan de Lou Reed, les gens pensent souvent qu'il a vraiment vécu la vie qu'il dépeint dans ses chansons, mais je peux vous assurer que Lou Reed n'a jamais attendu l'homme (nd : I'm waiting for my man). Ca n'était pas Lou Reed, c'était quelqu'un d'autre. Et ce n'était pas non plus moi.

On vous reproche souvent d’être trop entier, parfois ingérable, vous n’hésitez à vous mettre à nu dans vos chansons. Pensez-vous que c’est là la recette de votre véritable succès ?
Dan : succès? Quel succès? Mes excès peut-être ! Ingérable? Non, je suis juste quelqu'un de "sanguin"... Je trace ma propre route la plupart du temps. Et je laisse tomber les gens, c'est probablement ma faiblesse. Il faut toujours que je descende du bus pour sauter dans un autre bus, parce que je veux voir ce qui se passe dans ce bus-là. Il y a beaucoup à voir dans les bus et les trains. Surtout dans les trains. Ou dans les bus de Londres.

My Dark Places...
Dan : oh vous en avez un aussi?

De côté obscur? Oui je pense, comme tout le monde.

My Dark Places marqua votre résurrection et celle de TV Personalities, mais pas seulement, on note des bouleversements notables dans votre manière de composer, de jouer. Une certaine accalmie au niveau du rythme. Est-ce dû à votre état d’esprit actuel ? A une envie de passer à autre chose ?
Dan : Mon état d'esprit? (rires) Vous n'avez pas envie d'aller voir là-dedans, croyez-moi... My Dark Places, est sombre. Il est très différent du reste de TV Personnalities, vraiment différent. J'en ai écrit la plus grosse partie tout seul, sans personne autour de moi, je préférais travailler seul. Ces temps-ci, j'aime bien travailler avec d'autres personnes. Mais pour My Dark Places, je n'avais rien fait depuis longtemps, et j'avais envie de faire les choses seul... Pour le nouvel album, j'avais un nouveau jouet pour m'amuser. Un synthé qui fait des trucs dingues, je me suis dit que ça pourrait être fun. Je m'ennuie juste avec les guitares. C'est un album drôle, je suis très détaché de ce que je fais en musique. Quand j'étais plus jeune, j'étais excité par tout le truc, faire l'album, la création de la pochette, etc. Maintenant, ce n'est plus comme ça, j'écris une chanson et c'est tout. Je ne veux plus m'investir dans ce qui s'ensuit. Je suppose que ça compte beaucoup dans ce que je fais. Le nouvel album est très joyeux.

Vous aimez énormément les dédicaces (They Could Have Been Bigger Than the Beatles, Lichtenstein paintings, Peter Gabriel song, Eminem song…), beaucoup de peintres aussi...
Dan : Oui oui, des films aussi, mes premières amours sont vraiment la musique, les films et la photographie,

Et quels sont les artistes qui ont changés votre vie ?
Dan : Je ne dirais pas que les artistes ont changés ma vie, je ne crois pas que la peinture par exemple, ait le même pouvoir que la musique, de pouvoir changer les gens. C'est toujours sympa de regarder un tableau, c'est toujours intéressant mais je ne pense pas que l'Art touche les gens comme le fait la musique, ou la poésie. Mais j'aime l'Art, j'aime le pop Art, c'est plein de couleurs. J'aime aussi beaucoup l'Art espagnol, parce que l'Art britannique est juste... typiquement british. Des montagnes... J'aime les artistes fous comme Bacon, mais je n'aime pas Picasso, beaucoup de gens les comparent mais je ne vois pas du tout pourquoi. J'aime l'Art qui fait sourire, qui fait danser. Enfin je préfère sourire de l'Art. Même si je suis un excellent danseur ! Je peux peindre et danser en même temps. Peu de gens savent faire ça.

Et quand sort votre prochain album ?
Dan : Si tout va bien, fin mars/debut avril je pense.

Que peut-on vous souhaiter pour 2010 ?
Dan : Je vais vous faire une liste. Une très longue liste.

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Band of Skulls l'interview

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De passage à Paris pour un petit live à la Flèche d'Or et un peu de promo pour leur ravageur premier album Baby Darling Doll Face Honey, le trio mixte de Band of Skulls a accepté de répondre à quelques une de nos questions sur un mode minimal : la One Word Interview. Esseulés par une intense journée, la créative Emma, le chevelu Russel et le rebondi Matt se sont prêtés au jeu, avant de nous livrer un show au taquet, rageur et transpirant, dont voici quelques images.

Virginie Polanski.

Video


Helios l'interview

Helios est le projet  de Keith Kenniff, un artiste américain, originaire de Portland. Auteur de plusieurs albums sur le label Type, il officie également sous le nom de Goldmund, dans une veine plus minimale. Voici un rapide entretien, dont l'objet est de vous faire découvrir un musicien prolifique et créatif.

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- L’été dernier, je suis allé sur l’île grecque de Rhodes (une île de l’archipel des Dodécanèse, en mer Egée). C’est traditionnellement l’île d’Helios, le dieu du soleil dans la mythologie grecque, y a t’il un lien avec toi ?
J'ai effectivement tiré 'Helios' de la mythologie grecque, oui. Je suppose que j'ai du vraiment aimer l'histoire de Helios, l'observateur divin de ce qui se passe sur Terre, tel le soleil qui se levait chaque matin . J'ai souvent tendance à écrire de la musique tard la nuit / tôt le matin et  je vais souvent alors me coucher au moment où le soleil se lève. Comme un relais.

- Tu officies, dans des registres très variés, sous au moins trois entités connues : Helios, Goldmund, sous ton propre nom… Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à développer ces différents projets ?
J'ai tendance à travailler sur beaucoup de musique et ce, à n'importe quel moment, et donc chaque étape d'un projet  évolue dans une direction différente. Je pense que le surnom de chaque projet propre est bien approprié. Helios, est plus un projet d'electronic/post-rock/ambient, Goldmund est presque entièrement composé de piano solo donc il y a à peu près aucun élément électronique et
consiste généralement en pièces improvisées courtes. Le son de Mint Julep , le projet monté avec ma femme, prend plus une direction rock/shoegazing et se base essentiellement sur des schémas traditionnels chantés verse-chorus . Ce que j'ai fait pour mon projet appelé Keith Kenniff n'est pas sorti, ce sont  des choses de type acoustique / folky , mais je ne suis pas sûr si quelque chose verra le jour bientôt.

- Peux-tu nous parler du projet que tu fais aussi avec ton amie : Mint Julep
C'est un projet avec ma femme Hollie que nous avons commencé il y a environ un an et demi. Nous sommes tous les deux des fans énormes de musique shoegazing du début des années 90 et avons voulu travailler sur quelque chose qui était plus dans cette direction. C'est la première fois que j'ai vraiment travaillé avec quelqu'un d'autre pour faire de la musique, c'est vraiment amusant de travaiiler ensemble comme cela.

- Tu sors tes disques sur Type Records, comment s’est opéré la rencontre avec ce label ?
J'ai connu John Twells, qui dirige Type depuis des années. Nous nous sommes rencontrés avant qu'il n'ait commencé son label et partagions nos goûts en musique et diverses idées. Quand il s'est décidé de démarrer Type, il m'a demandé si je serais enclin à faire quelques albums. J'ai vraiment aimé la direction qu'il voulait emprunter et donc nous avons sorti la première réalisation de Goldmund, Corduroy Road, en 2005 et ensuite peu après nous avons sorti le 1er disque de Helios, Eingya, en 2006. C'est un grand label et je suis vraiment fier de travailler avec John et d'être entouré par le très bons artistes du label.

- Entretiens-tu des relations privilégiées avec certains artistes du label : Xela, Peter Broderick…
John (Xela) et moi somme très liés et nous avons participé à quelques concerts ensemble. Nous allons jouer au Japon ensemble en août. Je connais beaucoup d'autres artistes du label et j'ai joué plusieurs concerts avec beaucoup d'entre eux aussi. J'étais vraiment heureux de pouvoir travailler sur le design du dernier album de Goldmund avec Erik (Deaf Center/Knive). La première fois que
nous avons joué ensemble, c'était dans un planétarium de 100 ans à Bruxelles et le set de Centre Sourd m'a juste soufflé. Je suis en lien également avec Peter Broderick. La dernière fois qu'il était rentré chez lui à Portland, nous avons passé une chouette soirée à jouer au bowling ensemble.

- L’album « Caesura » (ton dernier sous le nom d’Helios) est sorti il y a quelques mois. Si tu devais le présenter à une personne peu avertie, qu’en dirais-tu?
C'est un album qui est assez accessible si vous êtes friands de choses de style ambiant /post rock. Donc il serait pour les gens fans de Brian Eno, Boards of Canada et les versants plus softs de groupes comme Sigur Ros et Explosions in the sky.

- L’esthétique  graphique d’Helios utilise une photographie qui présente souvent la nature  dans tous ces états… ? Est ce le signe d’une orientation artistique affirmée, ta musique serait-elle bucolique ?
Je pense que la musique représente en général une forme idyllique de ce qui nous entoure. J'aime vraiment travailler avec Matthieu Woodson (qui a collaboré pour Eingya et Caesura). Je lui donne une idée générale de ce que je veux et il me présente ensuite des tonnes d'idées fabuleuses . Il était donc difficile de choisir mais je suis vraiment content du résultat final. J'ai donné carte blanche à Ashley Goldberg pour lapochette de Ayres : elle a fait une très belle pochette où le thème de la nature est omniprésent.. donc je suppose que c'est le type d'images qui semblent venir en tête.

Tu es installé à Portland ? Es-tu originaire de cette ville ? Est ce une ville où il se passe des choses intéressantes sur le plan culturel ? Es-tu en lien avec d’autres artistes ou label de là-bas (Eluvium, Audiodregs…)… ?
Je suis originaire de Pennsylvanie, mais avec ma femme nous nous sommes installés à Portland après s'être rencontrés à Boston (où je suis allé à l'école). J'adore Portland, il y a beaucoup d'événements intéressants qui se passent ici et des tas de musiciens/artistes qui font de belles choses. Matthieu (Eluvium) est un chouette type, nous avons joué l'année dernière à Seattle au Decibel Festival  et on s'est rencontrés à plusieurs reprises sur des événements semblables dans les environs. Je pense que nous jouerons bientôt à Portland. J'ai connu Grouper au moment où nous avons fait un showcase Type records à Chicago il y a déjà quelques années.  Quant à Peter Broderick et sa talentueuse soeur Heather, ils sont de Portland aussi, donc ils ont été impliqués dans beaucoup de grandes choses ici et  maintenant c'est au tour du reste du monde !

- Pour mieux comprendre ton univers, quels sont tes influences ou en tout cas tes références en matière de littérature, cinéma, musique… ?
Je suis un grand fan de cinéma, j'aime la musique de film aussi comme Thomas Newman et Mychael Danna, et sans nul doute toutes ces  images m'ont au cours des années beaucoup influencé. J'ai tendance à aimer les  films lents de réalisateurs comme Tarkvosky/Terence Malick etc ... je pourrais te donner une liste de centaines de livres et de films, et tout cela a de l'influence sur ce que je compose. En gros, tout ce qui me tombe dans les mains et que j'aime
découvrir m'influence.

- Quels sont tes prochains projets ? Je vois que tu édites également des cdrs ?
Pour quelles raisons…
J'ai fait des sorties en CDR disponibles sur mon site Web, qui est chouette. C'est une façon sans contrainte et directe d'être plus en lien avec les fans et faire un tirage plus limité de cette façon. Je m'amuse à personnaliser les cds en insérant des petites notes et je les emballe avec des petites touches individuelles. C'est quelque chose que je voudrais continuer à faire, et bien sûr je vais aussi faire des sorties plus traditionnelles à l'avenir. Je travaille sur un autre album pour Goldmund, une collection de chansons Guerre civile. Egalement, un album pour Mint Julep et un Helios LP. Dormir peut bien attendre de toute évidence. J'espère que tout cela sortira pour l'année prochaine, voire fin de cette année.

-Ta représentation de la France et de ce qui s’y fait sur le plan musical aujourd’hui ?
J'ai aimé M. Oizo et Ed Banger. Autres Directions in Music produisent également de très belles choses.  J'ai fait un remix pour Propergol Y Colargol en 2007. Je dois admettre être aussi un fan de Daft Punk, leur album 'Homework' est génial.

- Ta vision du monde et de son évolution, es-tu plutôt quelqu’un qui serait sur plutôt un versant mélancolique (ta musique nous prêtent à le croire) quant au traitement de la vie et de son analyse ?
J'ai tendance à être très calme et introverti, assez timide. Mais je pense que la musique prend quelque chose de différent en moi. J'ai écrit de la musique qui peut sembler pleine d'espoir alors que je ne l'étais pas personnellement, et vice versa, mais je pense que c'est une expérience personnelle pour l'auditeur et avec un peu de réussite, la musique est assez ouverte pour  qu'elle puisse permettre aux gens de ressentir des choses différentes.

Entretien réalisé par Cyril/traduction Stéph


Butch Mckoy - L'interview

Butch Mckoy nous parle de la conception de Welcome Home,  premier album solo du chanteur d' I Love UFO, réalisé à la maison, seul, face à son 8 pistes, une guitare pour unique compagne, loin - mais à y regarder de plus près seulement en apparence - des expériences électriques et hors-norme que contenaient en substance l'expérimental Wish.

Merci à : Butch, Thomas, Nico, Damien et Fabrice


Interview - Sebastien Schuller (part3)

Le successeur de l’inestimable Happiness sortira le 25 Mai prochain.

Pour vous faire patienter jusque-là, Hartzine vous propose chaque semaine un extrait de la longue interview qu’il a bien voulu nous accorder.

#3 LA SCENE : Sébastien Schuller nous parle de la tournée qu'il nous concocte pour le début de l'été.

La cigale, le festival de Montreux...


Interview - Sebastien Schuller (part2)

Le successeur de l'inestimable Happiness sortira le 25 Mai prochain.

Pour vous faire patienter jusque-là, Hartzine vous propose chaque semaine un extrait de la longue interview qu'il a bien voulu nous accorder.

#2 Sebastien Schuller nous parle de ses principales influences musiacles

Animal Collective, Talk Talk et compagnie.


Interview - Sebastien Schuller (part1)

Le successeur de l'inestimable Happiness sortira le 25 Mai prochain.

Pour vous faire patienter jusque-là, Hartzine vous propose chaque semaine un extrait de la longue interview que Monsieur Schuller a bien voulu nous accorder dans les locaux de son label Green United Music.

#1 Sebastien Schuller nous parle de la conception de son nouvel album Evenfall

Philadelphie et Paris, ce grand écart géographique.
Sa rencontre avec Bell Orchestre (side-project de Richard Parry et Sarah Neufeld du groupe Arcade Fire).
Ses envies organiques.


Interview Stéphane Amiel - les femmes s'en mêlent#12

La nouvelle édition du festival itinérant le moins burné de France se déroulera du 15 au 30 avril. Au programme, des valeurs sûres (A Camp, Au Revoir Simone, Juana Molina, Cranes), montantes (Battant, Clare and the Reason, Scary Mansion), mais aussi de grandes Dâmes (Frida Hyvönen, St Vincent), de la fougue (Lucy and the Popsonics), du déganté (Solange la Frange), du lourd (An Experiment on a Bird in the air Pump), du bric à brac (Micachu), bref , un patchwork musical dont la seule règle est de fêter dignement la scène indie féminine. Son programmateur, Stéphane Amiel, s'est prêter au jeu du question/réponse :

A l'aube de cette nouvelle édition, la douzième, ne ressens-tu pas une certaine lassitude?

C’est étonnant comme question ? Car c’est une question que je pourrais me poser en effet. Mais le festival existe toujours grâce à la passion et le désir que l’on y met. Et je pense qu’avec cette douzième édition, l’envie et le désir sont toujours présents. Après c’est vrai que c’est toujours une bataille.

Qu'attends- tu finalement de cette 12ème édition?

J’attends que l’on fasse la fête. Qu’il y ait du monde dans les salles pour découvrir des artistes incroyables. J’ai envie que le public nous suive les yeux fermés et qu’il soit heureux. Ce que j’aimerai c’est une validation par le public de nos choix artistiques qui ne sont pas toujours des plus évidents.

Tu as été un des premiers à proposer un festival itinérant et d'autres, depuis, t'ont imité. Quels sont selon toi les avantages et les risques d'une telle forme d'organisation?

Les risques c’est qu’on peut devenir fou. Trop de villes, trop de dates… Les yeux plus gros que le ventre. L’angoisse de monter des tournées pour une vingtaine d’artistes. C’est beaucoup de stress et de pression.

Sinon les avantages sont vite vus. Il est plus facile de proposer 2 ou 3 dates à un groupe qui vient de loin avec peu de moyen. Nous ne pouvons pas faire de grosse offre financière sur une seule date à Paris. Donc nous proposons trois dates et la venue d’un groupe est possible. La marge qui est faîte par le festival est immédiatement investie dans le festival. Sans la tournée le festival n’existerait plus depuis longtemps.
En onze éditions le public a-t-il toujours répondu présent à tes choix artistiques? As-tu connu des rendez-vous manqués?

En général oui. Des rendez-vous manqués, bien sûr, nous en avons connu. L’année 99 a été assez terrible. Au Divan du monde à Paris (une salle de 500 places), nous avons fait des soirées avec 80 billets vendus avec un plateau avec Edith Frost, Katell Keineg et Ezther Balint. On était naïf en pensant que sur le nom seul du festival le public serait au rendez-vous. L’autre soirée avec Meira Asher et Magga Stina ne s’est pas mieux passée. On a pris le bouillon et c’est pourquoi il n’y a pas eu de festival en 2000. Il faut être vigilant.

Et tes plus beaux souvenirs ? (pour moi The Organ, il y a 3ans)

En effet The Organ a été un des grand moment du festival et leur dernier concert en France. Les 10 ans avec Electrelane et Tender Forever ont été un des moments les plus magiques du festival. Personnellement j’ai vécu d’immenses joies et j’ai fait de très belles rencontres sur le festival. Celui-ci est intimement lié à ma vie.

L'année dernière, le festival a déserté la France pour quelques dates, que retiens-tu de ces expériences berlinoise et barcelonaise?

Ce que j’en retiens c’est qu’il faut avoir une superbe forme. Faire un planning sur toutes la France c’est déjà éprouvant mais y ajouter l’Europe cela devient de la haute voltige ! Ce que j’ai retenu c’est qu’il fallait trouver les bons partenaires à l’étranger. On peut faire une fois Berlin comme l’année passée mais le refaire c’est là le challenge. La preuve, pas d’Allemagne cette année. Je vais travailler sur le sujet pour l’édition 2010. Cette année il y a encore Madrid et Barcelone.

Et pourquoi ne pas avoir reconduit cette formule cette année?

Trop de travail comme je le disais et pas forcément les bons partenaires sur place.

Parmi les artistes encore peu connus du grand public que tu as programmés cette année, quels sont ceux qui selon toi dépasseront le stade de la simple découverte ?

A mon avis le groupe Micachu fait figure d’outsider. J’espère que Frida Hyvönen devienne la grande star qu’elle mérite d’être. La danoise de Our Broken Garden, incroyable talent !

Tu es le premier à faire jouer Battant en France, comment les as-tu découvert?

Cela fait longtemps que le groupe existe, je le connais depuis son premier single « Kevin ». Cela fait donc bien 3 à 4 ans que je les avais repéré, il fallait juste attendre le bon moment pour les programmer. C’est chose faîte cette année. Il faut savoir être dans le bon timing, c’est important pour le festival et pour le groupe.

Qu’est-ce qui est le plus jouissif et à l’inverse le plus difficile dans le métier de programmateur ?

Le plus jouissif c’est de découvrir une artiste dont tu apprécies la musique et d’avoir le pouvoir de la programmer ! De se dire, je veux absolument voir ce groupe et le faire venir. C’est toujours aussi magique, je ne m’en lasse pas… C’est un plaisir enfantin. Je veux faire jouer « an experiment on a bird in the air pump » (alors que personne ne les connaît) et je le fais. C’est aussi simple et jouissif que cela. Et le plus difficile c’est de réaliser que cela n’intéresse que moi… Il faut donc faire attention et jongler avec son pur plaisir égoïste et la volonté d’être pertinent et d’intéresser au moins le public. Faire que ma vison devienne une vision plus globale et réponde à l’envie des spectateurs.

Quels ont les autres festivals que tu aimes suivre ?

Les Transmusicales de Rennes.

Qui rêverais-tu de faire jouer ?

Stina Nordenstam bien sûr ! The Innocence Mission (mission impossible) et Sol Seppy.

Qui rêverais-tu de faire revenir jouer ?

Le Tigre !

As-tu déjà des projets pour la prochaine édition?

Oui beaucoup mais je préfère les garder dans ma tête pour le moment.

Et enfin, la question idiote et habituelle, qu’écoutes-tu en ce moment ?

Soap&Skin, Frida Hyvönen, Fever Ray.