Adrien Kanter - Infinite Réflexions

par Gaël Bouquet

Nouvel objet cassette, nouveau coup de cœur, cette fois-ci pour l'album d'Adrien Kanter (aussi derrière Le Réveil des Tropiques, Eddie 135, etc.). Infinites Réflexions, c'est son nom, est parue le 20 janvier, chez Hylé Tapes (en K7) et Nuit et Brouillard (en LP), et ce dix titres sensoriel oscille avec justesse entre fréquences basses rugueuses (Fleur de Nuit) et douceur satellitaire. Les quelques accents folk de Bamby Puzzle ou noise de Martello Rompivetro, donnent un relief tout à fait unique à cette bande magnétique, éditée en une rare série de soixante copies. Sentiment confirmé lorsque les percutions incontrôlables d'Elvin s'emballent, se durcissent.

On retient aussi de cet album le très cinématographique Iceberg Dolores, ou encore le haletant Pas le Boum Boum, où la voix et le texte d'Aurore Laloy viennent s'emparer des notes distordues et déchirantes de la guitare électrique qui fend le spectre sonore. Album passionnant et passionné, Adrien Kanter s'amuse avec la stéréo, et la répétition, faisant de ce dix titres une œuvre complexe, méditative et élaborée qui exacerbe au moment de son écoute les émotions et ressentis de l'auditeur. Premier véritable coup de cœur de cette année 2017, Infinites Réflexions semble être un album profondément sincère et intime. Un album à écouter la nuit.

Audio

Tracklist

Adrien Kanter - Infinite Réflexions (Hylé Tapes/Nuit et Brouillard, 20 janvier 2017)

01. Bagarre de Lion
02. Elvin
03. Heavy Sounds
04. Wembley
05. Martello Rompivetro
06. Dolores Iceberg
07. Fleur de Nuit
08. Satellit Transistor 6001
09. Pas le Boum Boum
10. Bambi Puzzle


Hylé Tapes sort une compile 100% féminine (et non-binaire)

par Nastasia Hadjadji

La dernière sortie Hylé Tapes est un évènement à plusieurs titres : trois cassettes, un fanzine, trente-quatre artistes rassemblées, plus de six nationalités et surtout un parti-pris fort, ne rassembler que des artistes féminines et/ou non-binaires. Self-Identified Non-Male Artists Making Experimental Electronic Music fait partie de ces objets politiques et sonores singuliers qui ne sont que trop rares dans le paysage musical français. Les trois cassettes de cette compilation donnent à entendre l’immense diversité des productions sonores rangées sous l’étiquette « musique électronique expérimentale » : de l’ambient poétique, en passant par les expérimentations drone et post-industrielles, cette compilation explore ce spectre musical dans toute sa largeur.

En ne réunissant que des artistes femmes (ou female-identified), cette compilation se fait l’écho de voix et de propositions sonores trop souvent inaudibles, ou absentes des programmations. Parce qu’en 2017 la question de la représentation des femmes et des minorités de genre - dans l’ensemble de la société tout comme dans le champ de la musique et de la culture - demeure un enjeu crucial, cette compilation est une initiative importante. Importante parce qu’en réunissant ces trente-quatre artistes, elle permet la mise en réseau et le partage d’expériences ; importante ensuite parce que ces trente-quatre artistes sont autant de figures sources d’inspiration pour de potentielles futures musiciennes ; importante enfin parce que l’initiative est portée par un label indépendant, et qu’il est fondamental que les marges s’emparent de cet enjeu si déterminant.

La compilation sort en édition limitée à cinquante exemplaires (K7) et s’écoute ci-dessous :

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V.A. - Self-Identified Non-Male Artists Making Experimental Electronic Music (Hylé Tapes, 17 février 2017)


Jefferson Aircrash - Large Hadron Collider

par Nastasia Hadjadji

De Jefferson Aircrash on ne connait que peu de choses : side-project de l’artiste italien pluridisciplinaire Rodolfo Valenti - qui officie également sous l’alias V/Plasm lors de performances visuelles et VJing -, adepte de techno rugueuse et agressive. Alchimie instable entre sonorités doom, industrielles et samples synthétiques, Large Hadron Collider est une tape dense, concentré de six tracks de techno expérimentale ombrageuse.

À quelques variations de gris près, c’est la noirceur qui domine dès le premier track (Set Particles), et qui se prolonge dans des textures abrasives et rugueuses de Hangar. Influences industrielles donc, auxquelles s’ajoutent parfois des expérimentations noise (Proton Decay). Plus loin, Jefferson Aircrash nous emmène dans un tunnel long et brumeux de dix minutes (Large Hadron Collider), pour ensuite nous plonger dans une atmosphère kaléidoscopique, sombre, répétitive (Totem).

Musique de danse, musique de transe, musique d’aube : la techno de Jefferson Aircrash est expérimentale et moléculaire. Riche de sonorités originales, la tape offre une synthèse de dark techno aux influences diverses sans y imposer de lourdeur trop évidente.

Techno expérimentale ombrageuse, intransigeante ; elle conviendra aux adeptes de dancefloors introspectifs (voire autistiques) plus qu’à celles et ceux en recherche de partages extatiques. Une sortie judicieuse de plus pour l’exigeant label de musiques électroniques expérimentales Hylé Tapes.

Audio

Vidéo

Tracklist

Jefferson Aircrash - Large Hadron Collider (Hylé Tapes, 16 décembre 2016)

01. Set Particles
02. Hangar
03. Proton Decay
04. Large Hadron Collider
05. Totem
06. Rêverie