MIDI Festival interviews

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Pour conclure cette charmante épopée, nos caméras à têtes-chercheuses ont flâné durant toute la durée du festival au sein de l'imposante Villa Noailles et vous ont ramené quelques pépites d'interviews prises sur le vif de Clock Opera, Egyptian Hip Hop, Vivian Girl, Mina May, Wu Lyf ou encore Clara Clara. Les mots de la fin reviendront quant à eux à Frédéric Landini, directeur d’un festival bien décidé à franchir une étape. Si cela n’est pas déjà fait.

Interviews Clock Opera / Egyptian Hip Hop / Vivian Girl / Mina May / Wu Lyf / Clara Clara

Interview Frédéric Landini

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Tu as assisté à pratiquement tous les concerts de cette édition 2010. De 2008 on retient les débuts de Girls et la venue de James Chance. De 2009, l'introduction de la MIDI Plage et le final époustouflant des Skeleton$. Que retiendras-tu personnellement cette année et pourquoi ?
Le concert de Lee Ranaldo a été une première pour nous. Cet hiver - avec Régis Laugier, chanteur et compositeur d'Hifiklub - nous lui avions demandé de jouer ses propres compostions de Sonic Youth en acoustique... Du coup, nous avons d'autres idées pour le futur. Pouvoir proposer de nouvelles pistes aux artistes, c'est très excitant...
Personnellement je retiendrai le concert de WU LYF, pour son originalité et les espoirs que j'avais placés en eux. Je pense que ce sera la révélation du festival 2010, avec le public...

Inversement, quelles sont tes désillusions, si minimes soient-elles ?

En toute honnêteté je ne fais pas ce genre d'appréciations, je n'ai été déçu en rien même si tous les groupes ne sont pas toujours prêts car c'est le risque dans ce genre de festivals défricheurs comme le nôtre. Tu sais, c'est aux groupes ensuite de se battre sur scène... De toute manière le niveau technique des groupes ne m'a jamais intéressé, mis à part peut-être chez les Skeleton$ (quel groupe !).

Bien sûr Thibault, la désillusion principale reste les concerts de Memoryhouse et Toro Y Moi, annulés pour cause de mistral... Ce mistral qui m'a causé tant de soucis tout le long du festival... comme en 2007, l'année d'Animal Collective...

Cette programmation 2010, comme les précédentes, fourmillait de paris sur l'avenir (Clock Opera, Egyptian Hip Hop, WU LYF, Yuck). Le défrichage est-il la volonté première du MIDI ou est-ce une nécessité économique dans un pays comptant quasiment autant de festivals que de jours dans l'année ?

Le rôle d'un festival est quand même de proposer des découvertes et si possible en grand nombre. C'est un choix de mettre en avant le début de certaines scènes. Mais avoir des moyens supplémentaires serait bienvenu. Nous garderons une idée de propositions émergentes, même si avec plus d'argent nous pourrions tenter des trucs vraiment encore plus fous...

Après James Chance en 2008 et Arto Lindsay en 2009, Lee Ranaldo cette année. Peux-tu expliquer ce lien indéfectible qui est en train de naître entre le MIDI Festival et l'underground new-yorkais d'obédience post-punk ?

Nous étions dans un cycle que nous avons entamé avec James Chance sur New-York et le courant no wave, mais à la base ce sont des rêves de gosse de voir ces personnages. Chaque année nous voulons présenter une "référence" de la musique aux côtés de la jeune scène. Il y a eu trois années avec New-York, l'année prochaine nous travaillerons autour de la scène anglaise de 79 avec des groupes fantastiques et totalement inconnus encore aujourd'hui.

Les chiffres de la billetterie confortent les ambitions affichées par la programmation et la multiplication des concerts - avec notamment l'instigation de la MIDI Night le samedi soir. Le MIDI Festival est-il amené à changer de nature et d'ampleur ? Le cadre de la Villa Noailles - bien que partie prenante de l'identité du festival - est-il toujours adéquat ?

La Villa Noailles est l'emblème du MIDI Festival, c'est un endroit unique de liberté et de création qui permet au festival de s'épanouir. Avec cette jauge de huit cent personnes nous sommes arrivés au maximum, notamment le samedi soir. MIDI festival ira sur d'autres spots à terme, comme cette année avec la MIDI Night (plage de l'Almanarre). Sans oublier les lieux comme la Villa Noailles, le festival se développera en additionnant de nouveaux sites et de nouveaux programmes dès 2011. En 2010 c'est plus de trois mille deux cents spectateurs...

Les dates de la toute première édition hivernale du MIDI Festival sont connues (les 10 et 11 décembre) ainsi que sa toute première tête d'affiche (Young Marble Giants). Celle-ci est-elle conçue comme un prolongement de l'édition estivale ou bien telle une nouvelle aventure à part entière (avec un lieu différent, etc...) ?

Ce sera un MIDI Festival urbain. L'opéra de Toulon nous accueillera le 10 décembre pour un concert des Young Marble Giants + Guests, mais aussi la piscine, la salle de concert "Les Variétés" et un "MIDI bar" éphémère. Le projet de MIDI Festival de décembre aura pour ambition d'occuper toute la ville de Toulon et son port, quel pied... ! On peut rêver...?

Même si j'ai ma petite idée, le MIDI Festival est-il un îlot musical isolé, temporellement et géographiquement, ou, au contraire, fait-il partie d'une effervescence toute particulière de ce côté-ci de la French Riviera ?

Si tu as ton idée je te laisse répondre (sourire). Je pense que nous avons une position singulière mais pas isolée... Ce coin c'est la Californie française, c'est sûrement pour ça que nous sommes amis avec Ariel Pink et Girls.. hahaha... !

[Pour exposer ma petite idée, je ne ferai que citer, à brûle-pourpoint, Mina May, Get Back Guinozzi!, Appletop, Hifiklub, Saturnians, Newfoundland, Viking Dress ou encore le Festival International des Musiques d’Ecran et le Rockorama...entre autres.]

Comment imagines-tu le MIDI Festival dans dix ans ?

Une destination, sur une semaine avec cinq ou six lieux, dont la villa Noailles... Une profusion de nouvelles musiques à côté de légendes... dans des endroits incroyables... !

Avec de tels projets, as-tu encore du temps à consacrer à la multiplicité de tes projets musicaux (Get Back Guinozzi !, The Wicked Witches Of The South...) ? Quelle est ton actualité musicale proche ?

J'adore tout ça... plus il y a de projets mieux je me sens... En ce moment, nous travaillons sur le deuxième album de Get back Guinozzi ! avec mon amie Eglantine Gouzy (et il y aura des invités)... et sur l'album de The Wicked Witches Of The South avec Régis Laugier, R. Stevie Moore et Mike Watt... ! Sinon, j'aimerais tellement monter une radio - mon rêve - et un MIDI bar...

Merci Frédéric.


On y était - Midi Festival 2010 / Jour 3

midi31Midi Festival, Jour 3, 25 juillet : Air Waves, Clara Clara, Yuck, The Stanges Boys, Lonelady

J'obstrue certains détails. 15h. L'œil torve, le ventre noueux. Le petit dej' ressemble à un fichu Macdo péniblement avalé. Le thermomètre n'est pas prêt de flancher. 15h45, l'équipe de choc est sur le près. On cherche les Clara Clara qui la veille nous avaient promis une fantasque session acoustique... Pourquoi pas une reprise de Bob Marley au djembé ? On les croise, mais ils sont affairés à balancer leur set puis à répondre à un kilomètre d'interviewers. Et ce n'est pas que l'on se refuse nous aussi à prendre un ticket pour faire partie de cette file d'intéressés. C'est surtout qu'on les a déjà fait longuement parler en mars dernier (voir par là). Pour la peine, on s'en va flairer le Yuck. Il n'en reste qu'un, esseulé à l'ombre, s'ennuyant paisiblement. Les autres sont partis à la plage. Logique. On ne se prive donc pas d'embrigader Daniel Blumberg, son teint diaphane et sa chevelure bouclée vénitienne dans une entrevue au frais dans les loges. Là, il nous parle de Silver Jews, de Teenage Fanclub et de Dinosaur Jr - ses trois références ultimes - en sus de son ancien groupe, Cajun Dance Party. De bon augure donc. Le sentiment léger du devoir accompli, on gagne l'herbe verte, histoire de se requinquer dans le calme relatif de la Villa. Une heure plus tard, on se réveille cerné de toute part. Les Mina May sont assis là et me conseillent une tisane bien chaude avec beaucoup de miel : ma voix s'extirpe passablement d'outre-tombe.

airePhotos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Air Waves ouvre ce dernier jour, ce dernier souffle. Outre une marque de chewing-gum en un mot et un hommage à Robert Pollard, membre des Guided by Voices et monument de ma douce enfance, le trio emmené par Nicole Schneit se matérialise jusqu'à présent à nos oreilles par une unique vidéo artisanale, Circle Of Nomes et un EP éponyme discrètement paru en 2008 via Underwater Peoples (en bonne compagnie de Real Estate et Ducktails). On se presse donc pour voir les anti-charismatiques Air Waves fendre l'atmosphère de leur pop tranquille et maculée de soleil. Remémorant les standards nineties, où les cordes sont rêches, la batterie sourde et le chant benoîtement guttural, les New-Yorkais entichent le spleen mordoré de Gems, Kingdom et surtout Keys de nouvelles chansons un brin plus rythmées. Les premières gorgées de bière siéent à merveille avec ces relents mélancoliques colportés par le groupe, et l'on se prend à gamberger : ce soir, il en sera fini de cette édition 2010.

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Mais l'égarement est de courte durée. L'autre groupe français programmé cette année, Clara Clara, remet rapidement les pendules à l'heure et le moral à l'endroit. Si une qualité se dégage de l'iconoclaste trio, c'est bien de cette spontanéité trempée de sueur dont il s'agit. Débarrassé du micro portatif sur lequel on avait pas mal glosé lors d'un passage à Paris pour les dix ans de Clapping Music (report), François Virot est debout derrière ses fûts, au centre de la scène, prêt à en découdre. Dès les premiers cognements de caisse claire et de cymbale, et les premiers riffs de basse assénés par Charles, on jauge fiévreusement de la puissance rythmique dégoisée par les frangins. Le clavier d'Amélie et la voix de François en sont les contrepoints mélodiques, défiant l'équilibre et la justesse tel un acrobate se tapant une pointe de vitesse sur un fil de verre. D'entrée de jeu, ils exécutent un nouveau morceau chanté en français, puis enchainent avec ferveur leurs hymnes foutraques et cadencés (Under the Skirt, One On One et Paper Crowns), déversant sur les braises d'un public remuant l'essence d'une noise-pop déroutante mais efficace. Il est encore tôt, une lumière abondante baigne nos yeux écarquillés, peinant à reconnaître celui qui se trouvait seul, lors de l'édition précédente, au même endroit, recroquevillé sur sa guitare et pétri d'une timidité presque attendrissante. Les copains, ça aide.

yuck

On en est là, entre spleen et remue-ménage, quand le quatuor Yuck, tout droit issu d'une fourmillante blogosphère, s'apprête à étrenner sur le sol français une réputation pour le moins taillée dans le velours d'unanimes louanges. Car que ce soit avec ou sans parenthèses (Y(u)ck / Yuck), avec ou sans électricité, les Londoniens subjuguent et magnétisent tout un petit monde s'étant déjà épris de leur split single sur le label-blog Transparent, Georgia, en sus de leur cassette Weakend, sur Mirror Universe Tapes. En somme, un autre bon pari sur l'avenir après ceux sur les Mancuniens d'Egytian Hip Hop et de Wu Lyf. Daniel Blumberg nous avait prévenu, ce soir, il n'est pas question de chichis, ni de parenthèses, de piano, ni de douceur, mais bien de guitares, de saturations et advienne que pourra. L'ex-Cajun ne ment guère, le début comme la moitié et la fin du set ne déméritant pas dans l'art d'envoyer à vau-l'eau d'immédiates distorsions dans la plus pure tradition alternative rock chère aux années quatre-vingt-dix (décidément). Pas de doutes, Jay Mascis et Lou Barlow ont dû apprécier ce bel hommage lors du dernier festival All Tomorrow’s Parties : jouant en compagnie de Built to Spill et de Dinosaur Jr, les Yuck ont dû en mettre plein la vue et les oreilles à leurs prédécesseurs, bien obligés de leur passer la main. Mais s'il y a quelque chose d'attrayant à voir l'infatigable Coubiac touffu s'affairer derrière une batterie, qui semble miniature, quelque chose ne colle pas avec le lieu et nos attentes. Trop heavy, trop consistant, trop rugueux, à tel point que l'attention reflue, on commence à s'enquérir de la fin de soirée d'untel, de celle d'un autre, qui avait l'air en grande forme, etc... Peut-être tout simplement une incompatibilité d'humeur. L'essentiel étant que l'on puisse tirer ça très vite au clair : à savoir en octobre au Point FMR (là) et au festival dijonais Novosonic, en première partie de Veronica Falls. C'est dit.

strangeboys

Avec The Strange Boys, me voilà en territoire connu. Point de martingale foireuse et point d'avant-propos inutile, j'avais déjà tout dit, ou presque, de ce que m'inspiraient ces joyeux drilles texans (ici). Et rien pour me faire mentir : les accords crapoteux de Night Might retentissent tel un appel au grabuge, le public s'empressant, dans un véritable nuage de poussière, à exhumer ses dernières forces. Surpris d'un tel accueil, la petite bande, aux visages poupins et à l'allure négligemment débraillée, ne s'embarrasse que de peu de ses comptines pour faire sauter et slammer les premiers rangs, muni d'un garage rock aux forts accents blues. Be Brave et A Walk On The Beach finissent de convaincre toute l'assistance à tressaillir et répudier le lendemain dans la frénésie de rythmiques endiablées, substantiellement agrémentées d'un harmonica éraillé, de guitares enrhumées et d'un saxo à la volatilité extatique. On pense à Chuck Berry violenté par les Seeds ou aux Wave Pictures efflanqués des turbulents Black Lips. La communion avec Ryan Sambol et ses ouailles se fait totale, chacun ayant au moins renversé sa bière sur le voisin, quand ce n’est pas sur soi-même. Le rappel est scandé, le rappel ne viendra pas, la paix des braves. Be Brave mec. Juste le temps de me siffler un verre prohibé et de cracher la terre inhalée que Virginie m'empoigne avec conviction : tâchons de ne pas louper pour de bon les Clara Clara. Cela va loin, trop loin. Ma voix fait de la peine à entendre, les réponses sont imbibées mais censées : François trouve le moyen de nous causer de Reveille, son troisième (récent) projet. L'année prochaine au Midi ? Chiche.

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Blague à part, Lonelady est déjà en piste. Faut dire, elle n'a pas trop envie de s'éterniser. Celle adoubée par la presse telle l'anti-La Roux, dans sa manie à ne garder des eigthies que du noir et du gris, traîne depuis déjà une demi-heure son mal-être délétère lorsque je pointe le bout de mon nez au beau milieu d'un auditoire passablement refroidi. Je ne retiendrai pas grand chose de la prestation de Julie Campbell et de son acolyte aux machines - mise à part sa jolie marotte post-punk Nerve Up et ce goodbye, glacial et sans appel, lancé à un parterre en droit d'en attendre plus. Léger malaise. Surtout lorsque l'on se remémore les touches finales apportées à l'édition 2008 et 2009 par Zombie Zombie et Skeleton$. Il est minuit et Virginie nous quitte. Patrice, le teint blafard m'implore de ne pas trop le tancer. Je n'ai ni la voix, ni la force de m'y risquer. On se laisse glisser dans la nuit non sans avoir préalablement remercié toute l'équipe du festival réunie autour de cubitainers de rosé, LE péché mignon du coin.

Qu'il est dur de ne pas tomber dans l'instantanée nostalgie. Le train qui m'arrache dès le lendemain midi à ce sud varois pétri de bonnes intentions aurait eu moult raisons pour me savater le moral. Mais je garde en tête cette petite lueur qui sera peut-être mon soleil de décembre : pour la première fois le Midi aura son édition hivernale, les 10 et 11 décembre. Les explications avec les mots de la fin de Frédéric Landini ici.

Merci à Frédéric Landini et à toute l'équipe du MIDI Festival, en particulier à Lætitia pour sa patience et sa disponibilité.
Merci aussi à tout ceux qui nous ont si bien reçus et accompagnés : Hervé, Flo, Julien, Vinz, Sofia, Nadia & tous les autres...

Relire / Midi Festival jour 1 ; Midi Festival, jour 2 .

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On y était - Midi Festival 2010 / Jour 2

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Midi Festival, Jour 2, 24 juillet : Kptmichigan, Mina May, Kindness, Wu Lyf, Memory Tapes, Richard Sen, Andrew Weatherall

15h. Réveil douloureux. Je gis dans une forêt de grolles et de sacs. Le sang irrigue violemment ma boîte crânienne, mes tempes cognent, annihilant toute tentative de remobilisation. Tel du verre brisé, je rassemble soigneusement mes fragments de mémoire. Une bouteille de rosé lichée à dix du mat' sur la plage, un 4x4 embourbé, le soleil qui détonne, puis l'affaissement somnolent. Une faible voix anéantit ce pénible instant de solitude... Mec, il est où mon sac ? Patrice émerge, cherche mollement son appareil photo. Ressac. Putain la Midi Plage ! Nos rendez-vous (Toro y Moi, Memoryhouse) ?! Affalé sur le canapé, Pat brode laconiquement une réponse... Mec, il est où mon sac ? Mon téléphone ne s'allume plus, je cherche le foutu sac - finalement retrouvé une heure plus tard dans le coffre d'une des voitures. Une fois désensablé, mon portable daigne donner signe de vie. Lætitia au bout du fil. Les concerts de l'après-midi sont annulés pour cause de grand vent. Autrement dit, on avait tout le loisir de faire parler Chazwick Bundick, Evan Abeele et la fluette Denise Nouvion, à la peau d'albâtre et au visage séraphin. Le coche est loupé. On file à la Villa pour essayer de choper les Toulonnais de Mina May. De peu, ils nous filent entre les doigts, trop occupés avec les confrères de la Blogo. Y'a des jours comme ça.

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Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Le soleil n'en démord pas, les alizés perdent de leur ténacité, la chaleur inonde paisiblement mon front. Celui qui a été quasiment de tous les Midi (cinq fois sur six), Kptmichigan, investit la scène sous les yeux de légende Lee. La rumeur court comme quoi ce dernier se serait fait voler son archet. Vérifie-t-il si son alter ego germain est à l'origine du larcin ? Probablement pas, il semble ne pas perdre une once des divagations polymorphes et électro-acoustiques d'un Michael Beckett arborant un panama de toute beauté. Celui qui traina ses guêtres en (bonne) compagnie de Dirk Dresselhaus (Schneider TM) et Christian Fennesz, et qui l'année passée mixa le Carpet Madness de Get Back Guinozzi !, bâtit consciencieusement un spectre de distorsions léchant nos oreilles à la manières de vaguelettes caressant nos orteils en éventail. On s'éprend lascivement de ce tapis sonore au confort vaporeux, on divague à la périphérie du tourbillon de la veille, suspendu aux saturations blêmes de l'Allemand, quand celui-ci se lève et nous remercie d'un éclatant sourire pour notre attention. Le public pour le moment clairsemé applaudit tandis que les derniers plagistes bercés au son du Magic Krew refluent tranquillement à l'orée de la pinède. Le houblon coule à nouveau à flot.

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Si certains regrettent que le Midi ne fasse pas assez de place à la création musicale française (n'est-ce pas François V. ?), les productions toulonnaises sont néanmoins régulièrement mises en avant. 2008 fut l'année d'Hifiklub et de sa mitraille tellurique instiguée par Régis Augier, par ailleurs administrateur de la Villa Noailles. 2009 fut celle des précités Get Back Guinozzi !, formés autour d'Églantine Gouzy et de Frédéric Landini, directeur du festival. 2010 est celle du quatuor Mina May qui ne s'en prive pas pour déployer, devant un parterre de plus en plus dense, une pop psyché mâtinée d'électronique et de rythmiques motorik - troublante réminiscence d'un krautrock cher à Neu !. Ayant récemment étoffé leur discographie d'un séminal disque éponyme, écoutable et légalement téléchargeable sur le bandcamp du label Silverstation Records, après l'extended play Skylarking paru l'année passé, le groupe emmené par Flashing Teeth, officiant aussi seul sous ledit pseudonyme et dont la voix flirte avec les intonations d'un Thom Yorke en échappée belle, assène sans coup férir d'intenses déflagrations ciselées de guitares roboratives et de claviers ressuscitant, l'espace de quelques morceaux, l'ardeur scénique des Anglais de Clinic. On reste suspendu à leurs cordes et, dès la fin du set, Virginie m'empoigne pour une nouvelle tentative d'interview à l'arrache. La tactique est payante.

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Une fois défloré, tout mystère perd de son sel. La curiosité se détourne inlassablement vers d'autres insondables secrets au parfum de fruits défendus. C'est ce que l'on croit et c'est ce que figure à merveille Adam Bainbridge, grand échalas démantibulé, et son Kindness de groupe. Un single évanescent, Gee Up, et une foultitude de reprises : voilà le seul plat de consistance à disposition de notre boulimie auditive. Pas Byzance quoi. Et il n'y eut pas franchement de quoi picorer plus. Psalmodiant solitairement sur un gloubiboulga mollement débité par un laptop, on croit à la blague, à la redite Yacht, l'humour et la spontanéité en moins, les cheveux filasses en plus. Quand un guitariste et un bassiste se pointent, on s'imagine le set fin prêt à prendre de l'ampleur. Retentissent alors les premiers accords d'une reprise de Girls exécutée sans une once d'originalité. Il n'en fallait pas plus pour laisser le bar m'aimanter. Paraît-il le public s'est amusé. Franchement c'est tout le mal qu'on lui souhaite.

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J'ai presque envie de me paraphraser, histoire de me contredire. Une fois défloré, tout mystère perd de son sel ... World Unite / Lucifer Youth Foundation (WU LYF) incarne l'exact contrepoint de cette péremptoire affirmation. Car même s'il jouèrent à visages découverts, s'ils donnèrent leurs premières interviews écrite (là) et filmée (pour Hartzine !) et s'ils acceptèrent - à contre cœur - diverses séances photos, les quatre Mancuniens ont légué à nos yeux ébahis autant d'interrogations que de certitudes marquées au fer rougeoyant de leur intensité scénique. Car autant le dire tout de suite, sans risquer de se faire houspiller par quiconque présent ce soir-là, WU LYF est la grande révélation de cette édition 2010. Précédés d'un trouble halo numérique, occultant leur identité par autant d'indices que de fausses pistes marinant dans un remugle de phrasé religieux et d'icônes séculaires, seuls quelques morceaux, enluminés de quelques films ou photo-montages saisissants, laissaient présager d'une telle épiphanie sonore et visuelle. Car si la fin du monde s'invite dans nos calendriers plus tôt que prévu, la bande-son de son accomplissement fuligineux est toute trouvée. La voix éraillée d'Ellery Roberts, tout en nerfs devant son orgue, prend dès les premiers instants aux tripes, dispensant, du haut de ses vingt balais, une catatonie soul et garage amplement magnifiée par la puissance rudimentaire et acérée de l'instrumentation. Les signes s'inversent, la déroute des sens est totale, le calme se meut en profonde inquiétude (Heavy Pop, Concrete Gold), quand l'explosion s'écrit révolution, liberté et déchainement (Lucifer Callin'). Ainsi le parallèle avec les reformés God Speed You! Black Emperor se dessine de lui-même, mais selon des traits imparfaits, car persiste ce timbre rocailleux et vociféré, distillant de sombres élucubrations ulcérées dénigrant toute tentative de comparaison. Brinquebalée et décontenancée, la foule ne délite en rien sa densité, réclamant corps et âmes un hypothétique rappel. En vain. Des cris rauques résonnent dans la nuit sauvage, le blanc de mes yeux s'injecte d'un sang pourpre. Mais l'essentiel gronde déjà ailleurs : la tourneboulante cabale engendrée par la Lucifer Youth Foundation n'est pas prête de s'arrêter en si bon chemin. Reste à savoir jusqu'où tonnera-t-elle. Et si le disque promis - vertement annoncé par un 7" vendu par ici en guise d'adhésion à l'énigmatique LYF - traduira dans le sillon cette magistrale gifle.

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Le cerveau noyé d'endorphine, rabrouée d'une telle tension névrotique, mes pieds refusent mes pas, n'assumant plus qu'une fuite hédoniste. Le moment s'avère idéal pour découvrir les chrysalides électroniques du taciturne Dayve Hawk et de son projet Memory Tapes. Stakhanoviste du remix et récent promoteur d'un album, Seek Magic, paru en février dernier sur le label Something in Construction, l'Américain, accompagné de l'altruiste métronome Matt Maraldo, fait partie de cette caste d'artistes divisant le public en deux fractions bien distinctes : l'une médusée, endoctrinée et transportée, l'autre de marbre et impatiente d'en finir. Inutile de préciser de quel côté je me situe sur cet échiquier élémentaire tant la dentelle discoïde, mariant beats hypnotiques et fulgurances synthétiques, insuffle une euphorie douce et frivole. Les guiboles feignent le clubbing au rythme des comptines interstellaires du ténébreux Dave (Bicycle, Stop Talking, Plain Material), transcendées d'une guitare omnisciente, quand les sourires ne font qu'ébaucher les méandres d'une imperturbable dérive noctambule. C'est altéré d'une candeur insoupçonnée que l'on gagne l'Almanarre, non sans faire l'erreur de prendre en auto-stop l'un des mecs les plus noircis et abrutis d'alcool. Deux minutes suffirent pour le regretter, mais la voiture est lancée.

La plage est obscurcie d'un tapis humain recouvrant chaque parcelle de sable de sa masse mobile et agitée. Après l’Amateur, résident du coin, et Richard Sen, pionnier du graffiti anglais et dj house londonien, que l'on aura à peine eu le temps d'entrevoir, Andrew Weatherall s'installe derrière les platines. Difficile de dire de quoi était fait le public, mais l'on s'étonne de la faible emprise de la légende sur celui-ci, préférant la jactance intempestive, savamment agglutiné au bar. C'est sans doute cette même question qui taraude l'ancêtre moustachu qui exécute un set efficace à défaut de révolutionner quoi que ce soit. Qu'importe, les bribes de mémoire se racornissent à mesure que l'on plonge dans la nuit et très vite l'amitié prend le dessus sur une éthique journalistique mettant définitivement genoux à terre, le visage balayé d'embruns.

A suivre / Samedi 28 août
Relire le report du jour 1

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On y était - Midi Festival 2010 / jour 1

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Midi Festival, Hyères, Villa Noailles, 23, 24 et 25 juillet 2010.

Je décèle ce petit rictus moqueur s'accrochant à vos bouilles réfléchissant la lumière crue de l'écran. Ah oui, Hartzine... on se la coule douce hein... on va au Midi Festival et on sifflote au vent tout l'été en attendant le soupçon d'inspiration... Et bien non. Et tant pis si certains de nos confrères sont de valeureux guerriers, insensibles à la gouache délétère du manque cruel de sommeil, postant ça et là leurs papiers respectifs les 26, 30 juillet, 1 et 2 août. Pour ma part, à ces dates, j'étais encore en train de récupérer à coup de nuits de dix-huit heures bien empaquetées sur l'oreiller, tout en me gavant de miel et de grogs bien chaud, histoire de pouvoir user à nouveau de cordes vocales à peu près décentes. Recouvrer son corps et ses esprits donc. Mais pas que. Car s'il nous a fallu du temps, de la patience et de l'abnégation pour préparer ce qui suit, c'est avant tout pour retranscrire au mieux, selon nos intimes convictions, l'excellence d'un festival qui comme chaque année sut tenir ses promesses tout en affichant de nouvelles ambitions - préalablement évoquées par ici - en terme de fréquentation (passer de six cents festivaliers par soir à huit cents) et d'organisation (pour la première fois est organisée une Midi Night sur la plage de l'Almanarre). Ainsi, prenez cette logorrhée admirative - mais non complaisante - telle une tentative de se hisser au niveau de ce qui nous a été proposé durant ces trois jours de juillet, baignés d'un soleil incandescent et dardés d'un vent parfois inconvenant. Autant dire que pour Virginie, Patrice et moi-même, l'épreuve est rude. L'Everest est incommensurable. Pour autant ce n'est biaiser d'aucun raccourci inopportun la marque de fabrique estampillée "Midi", que de s'essayer à contenir celle-ci en un faisceau de mots à la fraîcheur insoupçonnée pour tout néophyte tentant l'aventure. On met alors bout à bout richesse et défrichage d'une programmation bien sentie, proximité et disponibilité d'artistes tout heureux d'être là, sens de l'accueil et affabilité sans pareille d'un staff à la hauteur de l'événement, et pêle-mêle, chaleur estivale, sable fin, amitiés, retrouvailles, cigales et ivresse de jours sans fin. Rien de moins.

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Mon train de migrant parisien tonne vers le sud à vive allure que déjà s'impose à moi cette vision rêvée de la french riviera. Troisième année consécutive à cavaler vers les hauteurs de Hyères, à m'affranchir d'une grisaille sans nom, bifurquant d'un quotidien délesté de temps morts. La joue collée à la vitre, je contemple les nuages se soustraire à mes yeux subrepticement embués. La joie joue de drôles de tours, sans doute l'émotion de regagner les pénates de quelques virées ubuesques, de revoir ces visages inextricablement liés à cette collection d'instantanés à jamais gravés dans les limbes de ma mémoire. L'informité sombre et éventrée d'un rideau de pluie dense se dissipe, laissant place à l'immaculé bleutée opérant cette jonction céleste entre ciel et mer. Les wagons s'enfilent sur les rails longeant la Mare Nostra qu'inflexiblement le thermomètre grimpe vers cet Olympe centigradé à trente-huit. D'autres arriveront à la fraîche, à moi le cagnard. Mes deux pieds à peine jetés sur le quai d'arrivée - Toulon, deux minutes d'arrêt - que me voilà déjà embarqué vers la plage jouxtant le port et dentelée de roches brunies par le soleil. Un verre de Ricard à la main, le corps englouti de cette eau presque trop chaude, le compteur invisible refait surface, martèlant sa latence : il y avait trois cent soixante-deux jours à attendre, il n'y en a plus qu'un. Le soulagement laisse place à l'éthyle désir de cramer les étapes, la nuit gagne et se poursuit jusqu'à l'aube : je suis choyé et bien accompagné.

Midi Festival, Jour 1, 23 juillet : Clock Opera, Fergus and Geronimo, Lee Ranaldo, Vivian Girls, Egyptian Hip Hop.

Mon téléphone défaillant indique quatorze heures. Je suis à la bourre, logique, et c'est à toute blinde que je rejoins Virginie sur les hauteurs de Hyères. Les femmes sont réputées pour penser à tout, mais là, penser à prendre une bouteille de flotte relève carrément de la providence. N'ayant aucunement effleuré cette drôle d'idée, c'est gorge asséchée et langue pendante que je remercie ma bienfaitrice - qui s'amuse déjà de mon allure dégingandée. Nous nous dirigeons alors prudemment vers le site du festival. Prudemment car le parking situé vers le château surplombant la Villa bénéficie d'un chemin d'accès des plus hasardeux. On infiltre la Villa Noailles, on cherche et on trouve notre rendez vous, Lætitia qui nous indique la marche à suivre, le planning et le point presse : un joli pigeonnier tapi de coussins emmitouflé dans le brouhaha des cigales. Première immersion pour Virginie dans le cadre idyllique de la Villa. Celle-ci, l'une des premières bâtisses de style moderne que la France ait connue, édifiée en 1923 par l'architecte Robert Mallet-Stevens, fut la commande d'un certain Vicomte de Noailles, aristo mécène et intime de Man Ray. Fonctionnelle et lumineuse, elle accueille - outre une imposante queue de festivaliers pressés de soulager vessie et lanterne gorgées de houblon - le renommé Festival International de Mode et de Photographie. Mais comme chaque année à pareille époque, la Design Parade investit les lieux et c'est tant mieux : on se promet d'y faire un tour.

On ne flâne pas de trop, car il y a du pain sur la planche. Si légende Lee esquive poliment les interviews du haut de ses cinquante-cinq balais poivre et sel, ce n'est pas le cas des minots d'Egyptian Hip Hop, qui, entre une partie de chat-bite et une adaptation trash de la cabane au prisonnier, acceptent de répondre à nos questions. On avait eu droit lors du Mo'Fo', en février dernier, au choc des cultures avec Take It Easy Hospital, là, c'est tout bêtement celui des générations. Et bim !, la trentaine dans les dents. Idéal avant goût pour se fader gentiment les mutiques Vivian Girls, friandes de bouillabaisse - seule exclu arrachée non sans peine par Virginie, en sus des adorables Clock Opera, un temps perdus dans la nature par l'organisation. Et si la bande du charismatique Guy Conelly a crocheté par le sud, en plein cœur de sa tournée estivale, ce n'est en aucun cas pour épaissir sa collection d'araignées - à la demande express du batteur, nous avons péniblement élu un endroit dénué d'arachnides - mais bien pour remplacer au pied levé les défectueux Dominant Legs, groupe intimement lié à Christopher Owens et ses Girls qui avaient jeté, d'un même élan, les bases de sa carrière et celles d'une édition 2008 des plus réussies. La boucle sera bouclée une autre fois. Les secondes s'égrainent passablement vite - 18h30 - et voilà que le vent dessine, au grand dam de nos yeux rouges de poussière, ses premières circonvolutions aussi sournoises qu'impromptues. Un petit tour du côté de la Summer House 2, réalisée par l'artiste Marc Turlan, installation amoncelant des photos de musiciens ayant participé au Midi, puis, dans le prolongement, je fouine de mes petites mains dans les imposants bacs à vinyles disposés près du bar. Malin. J'embraye donc sur la première pinte quand résonne dans la pinède les premiers accords dispensés par Clock Opera. 19h15, le quart d'heure méridional quoi.

fergus1Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Accepter à l'arrache d'ouvrir le festival, n'y rester que quelques heures et détaler - à leur grand regret - dès le petit matin suivant, voilà le tour de force opéré par les Londoniens de Clock Opera. Les nouveaux pensionnaires du jeune label parisien Maman Records - étrennant tout juste leur seconde sortie physique, A Peace of Strings, après un 7" paru l'année dernière sur Pure Groove Records - avaient donc de quoi flipper, d'autant que le public fait encore la queue au portillon, l'arrivage groupé ne permettant pas à tout le monde d'être o'Clock. Qu'à cela ne tienne, Guy Conelly, sa barbe bien taillée et ses acolytes entament leur set avec ce rien de gêne délicatement murmuré par un sourire en coin. A dire vrai, on s'attendait plus à se repaître d'électronique vaporeuse que de pop gracile, les garnements proposant, dans le feu doux de leurs compositions, de subtils collages sonores tout en étant les rois du remix en vogue (Marina & The Diamonds, Au Revoir Simone, Baby). Et si l'alchimie peine à prendre, la voix à la pureté d'opale de l'ami Guy, variant sans état d'âmes des graves aux aigus, finit de saisir au thorax en scotchant définitivement notre évasive attention sur les cavalcades aériennes du groupe. Mariant nappes de clavier, basse tranchante et guitare parcimonieuse, le tout mâtiné de rythmiques propulsives, les Clock Opera terminent comme ils n'ont pas commencé, en jouant fort, dignes de leur statut d'irrésistible révélation.

Denton, Texas, c'est foutrement loin de Cap Canaveral. Alors les montées ascensionnelles chères à leurs prédécesseurs, ils n'en ont cure : l'occasionnel quatuor Fergus and Geronimo est avant tout là pour envoyer au fin fond de nos esgourdes une soul pop encrassée d'un cambouis garage révérencieusement chipé aux compils Nuggets. Pas de round d'observation donc pour ceux que l'on avait découverts via l'influent blog-label Transparent (voir par là), les guitares éraillées grommellent tandis qu'Andrew Savage, par ailleurs membre de Teenage Cool Kids, et Jason Kelly se relayent au chant, l'un et l'autre renfrognés dans leur propre style. Et s'il est indéniable que la palme de la coolitude et de la disponibilité leur revient de droit - la petite bande vivotant durant ces trois jours en plein cœur d'un public ravi de faire leur connaissance - on est quelque peu mal à l'aise quant au rendu scénique de leur prestation : proches cousins du trio d'Austin, Harlem, les Fergus and Geronimo ne sauraient faire jeu égal avec les inénarrables Black Lips, maîtres incontestables du rock poussiéreux et braillards, insufflant de véritables bouffées catatoniques à quiconque s'éprenant de leurs concerts. Et que dire, lorsque Jason pète sa corde et fout en l'air le concert. Là où les Géorgiens pochetronnés n'auraient reculé devant rien pour entonner à gorges déployées leurs hymnes débraillés (Drugs, Bad Kids, la liste est longue), les chétifs Texans perdent le fil et l'assistance d'un même mouvement. Dommage. C'est parfois embarrassant de jouer dans le même registre d'aînés si encombrants.

leeronaldo

Le vent se lève une bonne fois pour toute et avec lui un nuage d'incertitudes quant à la tenue des concerts du lendemain à la plage de l'Almanarre. Peu importe, j'enchaîne les pintes - bien relayé dans l'exercice par toute une fratrie désormais au complet. Perpétuant cette filiation / tradition avec l'underground new-yorkais, ayant vu se succéder James Chance en 2008 et Arto Lindsay en 2009, Lee Ranaldo - échappé de ses Sonic Youth de toujours - s'assoit benoîtement sur une chaise seulement entourée d'une huitaine de pédales d'effets. Et il l'avoue sans peine, un tel dénuement, qui plus est devant un public bien trop visible, voilà sa "carte blanche", son expérimentation d'un soir. Ceux craignant un déluge de saturations sinusoïdales sont rassurés, celui qui fut l'auteur d'une des plus belles chansons de l'un des groupes les plus influents de ces trente dernières années - Eric's Trip en l'occurrence - jalonne son set de son timbre fragile et touchant, sa guitare n'incisant qu'acoustiquement son intimité mise à nue. Loin des frasques d'alors et dégagé du couple mythique que forment Thurston Moore et Kim Gordon, Lee se révèle d'une humanité sans nom, tatillon et hésitant, mais toujours sidérant. En témoigne ce nouveau répertoire lorgnant vers un blues rock digressif ou ces relectures minimalistes d'Hey Joni (Daydreem Nation) et de Karen Revisited (Muray Street). Et là où les mauvais esprits ne voient qu'un maigre sosie de Patrick Juvet (sic) s'échinant à garder les yeux ouverts, malgré les bourrasques terreuses ramassées en pleine poire, je reste coi, humectant ma mémoire de cette jeunesse éternelle, pierre angulaire d'une culture musicale entamée avec Goo et Dirty, puis Daydreem Nation et Experimental Jet Set Trash and No Star. Signe qui ne trompe pas, je n'ose l'approcher durant ses deux jours de présence, missionnant Patrice, histoire de le shooter discrètement. Une légende est une légende. A chacun ses icônes.

vivians

La question peut prêter à sourire : tu crois que Cassie Ramone des Vivian Girls est la fille de Joey Ramone ? Dans la jungle de Brooklyn, on ne sait jamais, je garde la réponse pour une recherche ultérieure. N'empêche, j'ai ma petite idée puisqu'au sein des Dum Dum Girls - sœurs jumelles écumant la Cité des Anges et ayant vu défiler à la batterie Frankie Rose, une ancienne du cru Vivian - Kristin Gundred se fait appeler Dee Dee. Tiens, tiens. Niveau jeu de scène, c'est aussi charismatique que les Dum Dum précitées, mou du genou donc, mais s'agissant de l'électricité dispensée, c'est nettement plus consistant sans être franchement original. Celles qui se sont rencontrées lors d'un concert de Weezer (avant le Green Album, ce n'était pas une insulte), vilipendent sans broncher un public dense et sautillant de leurs frémissantes guitares corrodées, où la science de l'impureté se fait chaleureuse et récréative au rythme d'une batterie galopante. On se doute que les textes sont d'une profondeur aussi abyssale que ceux de Bethany Cosentino, alias Best Coast, et que dans l'apprentissage de leur instrument respectif ne figure que l'essentiel de la base, chaque tentative de solo à la gratte étant un enfer pour les oreilles, mais à dire vrai l'important est ailleurs ; on s'imagine apprivoiser les déferlantes céruléennes non loin d'Honolulu, les Black Tamborine crachant à fond dans le radio-cassette fiché dans le sable... Sans doute la raison pour laquelle les godets de bière passent si bien et que l'ambiance se réchauffe d'un coup d'un seul. Et si de Ramone il n'y a pas l'ombre d'une quelconque paternité, l'esprit en est conservé : les responsables de Everything Goes Wrong, paru l'année passée sur In The Red, exécutent sans ciller ce qu'elles savent faire de mieux : la même chanson en mode low, middle et high tempo. C'est selon.

Éreintée de fatigue et de chaleur, Virginie quitte le navire tandis que Patrice déambule dans le public, saoul comme un marin en permission. Rien à vous montrer donc des Egyptian Hip Hop, étrennant pour la première fois hors de leurs bases britonnes leur discographie réduite pour le moment à peau de chagrin : seul un de leurs deux singles, Wild Human Child, peut se targuer d'une sortie physique via Hit Club (le mutin Rad Pitt étant librement téléchargeable sur The Fader). Du haut de ses dix-sept balais de moyenne d'âge et auréolé d'une hype rappelant celle de ses fluo-congénères Klaxons - un truc pas trop dégueulasse mais largement surestimé -, le quatuor mancunien toise négligemment la nuée de colporteurs prête à lui tomber sur le râble et dynamite sans ménagement les genres et l'espace-temps, faisant cohabiter, dans une nasse synthétique au groove entraînant, l'efficacité mélodique des Cure (Rad Pitt), l'africanisme des Talking Heads et la basse omnisciente de Peter Hook (Wild Human Child). Le clip de Middle Name Period traîne désormais sur le net. Lætitia vient s'enquérir d'un comment ça va chez Hartzine ? pile au moment où Pat' tente de soulever sur ses épaules trois fois son poids en viande détrempée d'alcool. Ça va super ! Les Egyptian font le boulot, non sans maladresse, mais qu'importe : leur carénage math-rock se dilue peu à peu en saillie électro-pop crépitant éminemment dans une nuit à peine entamée. Nul doute que les gamins feront parler d'eux, frappant aussi bien au bas ventre qu'en pleine tête. Un brin sonné par une telle légèreté apprivoisée, le cerveau démantibulé et congédié d'opiacé, je me laisse aller, l'œil hagard, dans cette simili rave embrumée. Le sens commun s'évapore et l'idylle insomniaque fond sur nous à toute blinde : le balai des voitures s'organise quand la destination est toute trouvée. Direction la Moutonne.

A suivre / Mercredi 25 août

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Appletop l'interview

olivierbigN'attendez pas des Appletop qu'ils révolutionnent le rock. Ces trois Varois n'en n'ont ni la prétention, ni l'ambition. Quoique. Croisant avec dextérité et urgence leurs multiples influences propres aux fières années quatre-vingt dix, de l'électricité de Sonic Youth aux envolées lapidaires de Sebadoh, Pierre, Olivier et Nicolas confectionnent des instantanés pop à l'efficacité immédiate et résolument taillés pour la scène. Baroudant depuis 2007 aux quatre coins de l'hexagone avec une gouaille sans pareille, ces jeunes gens n'en oublient pas pour autant leur devenir discographique qui devrait, incessamment sous peu, riper du maxi à l'album. Dans l'attente, Hartzine les a rencontrés. Souriants et décontractés, à l'image de leur musique.

Vous venez de Hyères, antre du MIDI festival, vous avez un son et des influences américaines, alliance contre-nature ou marque de fabrique ? En clair, pouvez-vous expliquer la part de rêve et celle de réalité que constitue votre musique ?

Pierre : J'ai du mal à comprendre la question ! Toujours difficile de commenter sa musique. La réalité réside sans doute dans le message positif qu'on essaie de faire passer dans nos chansons. Le rêve, ça doit être le reste !

Olivier : On pourrait dire marque de fabrique ! C'est juste qu'en fait, nos influences américaines sont plus du coté beatnik, un peu folk, et beaucoup indie-rock, que dans l'idée mainstream et MTV que renvoie l'alliance musique / US. C'était ça la question ? ha ha ha !

Nicolas : Dans notre maigre expérience de la musique, et des relations entre membres de groupes (nos anciennes formations respectives ainsi que des connaissances), on s'est rendu compte qu'il était assez difficile de trouver « chaussures à son pied », soit des gens, des amis même devrais-je dire, avec qui on partage vraiment les mêmes influences, avec qui on partage un bon nombre d'opinions sur la musique en général. En tout cas, notre son, qui certes a beaucoup évolué depuis nos débuts, résulte des diverses influences que nous avons n'est pas du tout une alliance contre nature, bien au contraire. Il résulte tout naturellement de ce qu'on écoute et vient de manière assez naturelle : on le travaille mais il n'est pas mûrement réfléchi comme un choix cornélien avec d'autres styles. En somme, notre musique est une part de notre personnalité et ne trahit en rien nos goûts, nos influences.

Dans le terme « marque de fabrique » il y a, à mon sens, un côté assez artificiel de la chose, du produit, comme quelque chose de réfléchi, monté de toutes pièces pour plaire aux gens. Ma part de rêve aurait été de faire ce qu'on fait actuellement, mais dans les années 90, au moment de Pavement, The Smiths et compagnie. Une époque où la musique était en devenir, une époque où les gens se posaient beaucoup moins de questions qu'aujourd'hui, beaucoup plus ouverts à écouter quelque chose de nouveau.

La réalité est que nous sommes en 2010 et qu'il est beaucoup plus difficile de réussir, avec une société moins ouverte, plus pointilleuse... En tout cas, beaucoup moins curieuse sur ce qu'il se passe, avec des phénomènes de mode où chaque année voit son lot de groupes monter en flèche, puis à la mode suivante, redescendre de la même manière qu'ils sont montés... Les gens se focalisent sur ce qui est « à la mode », et ça c'est la réalité la musique... en général.

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Vous avez sorti en 2008 deux maxis Don’t tell all of your friends et Firekids. Par ailleurs, j'ai pu lire que c'est un format que vous affectionnez. A quoi doit-on s'attendre pour la suite maintenant que vous êtes soutenus dans votre démarche par le label grenoblois Hell Vice i Vicious ?

Pierre : Hell Vice, c'est un peu un « grand collectif ». Les mecs sont très cool et sont devenus de bon copains. Je suis très content de les avoir rencontrés, pour notre album, il est possible que nous travaillions avec une autre structure. Pas parce qu'on ne les aime plus, bien évidemment, mais parce qu'avoir une distribution nationale c'est important et ça aide à pouvoir tourner.

Olivier : Le prochain album sera au format CD c'est certain, après si nous avons la liberté de sortir encore du vinyle on n'hésitera pas bien entendu. C'est effectivement un format qu'on aime ! On a des amis de la scène hardcore qui pratiquent beaucoup le 45T "split", une collaboration entre deux groupes, c'est à dire un disque avec un ou deux titres d'un groupe par face, ça c'est génial ! Je pense que ça fait un disque cool à écouter au final, et on aime affirmer nos amitiés avec d'autres groupes, le coté collectif ! Donc on le fera si c'est possible!

Nicolas : Oui, nous avons sorti Don't Tell.... qui est un maxi sept titres en format Cd, puis à la rentrée 2008, Firekids en vinyle car nous aimons beaucoup l'objet. Le maxi est un format que nous apprécions particulièrement pour plusieurs raisons. Pour commencer, les gens achètent peu un album complet d'artistes ou de groupes qu'ils ne connaissent pas. Le maxi, avec moins de titres et moins cher, est une certaine façon de s'ouvrir à un maximum d'oreilles, et donc de se faire connaître. De plus, c'est un format intéressant car il est possible de pouvoir en sortir à une fréquence régulière, de sorte à maintenir au maximum l'actualité du groupe. On ne fait pas un disque pour faire un disque, pour vendre un maximum. On s'investit jusqu'au bout du produit, c'est à dire qu'il y a la musique, certes, mais qu'on aime tout autant travailler sur l'objet, de la pochette au livret. C'est particulièrement important à l'heure où le téléchargement est à son apogée. Il me semble qu'il faut offrir aux gens qui achètent nos disques la possibilité de nous découvrir plus en profondeur. C'est aussi le cas pour le vinyle. C'est un format qui revient un peu sur le devant de la scène, ce qui n'est pas plus mal. On l'a fait vraiment pour l'objet qu'on affectionne avec une pochette faite à la main et les moyens du bord. On essaie de s'investir au mieux pour chaque produit que nous faisons.

En ce qui concerne la suite, nous sommes en train de travailler sur notre premier album, dont la sortie est prévue courant 2010...

Après un grand nombre de dates aux quatre coins de la France et après pas mal de lieux et de villes écumés… quel est votre souvenir le plus marquant ?

Pierre : Le bout de tournée avec nos copains des Saturnians, à l'automne dernier, huge times !

Olivier : Avec les Saturnians assurément ! À 7 dans un van pour une semaine au quatre coin de la France, c'était cool ! Je me souviens, chaque jour on était vraiment excités par l'arrivée dans une nouvelle ville, et il y en avait toujours un ou deux à la fenêtre pour haranguer les gens et déconner sur les coutumes locales de chaque ville ou les brancher sur leurs joueurs de foot, c'était vraiment marrant...

Nicolas : Mon souvenir le plus marquant, c'était lors de notre toute première tournée. Car si on a fait beaucoup de dates où on a enchaîné deux voire trois concerts, cette tournée était la première où nous partions tous les trois, pendant plus d'une semaine avec un concert chaque soir. Le premier soir, c'était à Clermont-Ferrand avec un groupe qui s'appelle les Niandra Lades. Musicalement c'était pas vraiment un bon concert, ni même pour la fréquentation... mais en revanche on a rencontré des gens vraiment cool, avec qui on a accroché direct. Du coup, trois jours après on les a invités pour un concert à Paris. On reste en contact, on joue le plus possible ensemble. Bref, un premier soir riche en rencontres...

L'idée de dates à l'étranger taraude-t-elle le groupe, ou il y a plus urgent pour le moment ?

Pierre : Nous avons déjà joué en Italie et en Suisse, et on y retourne très bientôt ! J'aimerais aller jouer en République Tchèque !

Olivier : L'urgence est partout : France, Italie, Suisse, Allemagne, toute l'Europe, le monde... Appletop, c'est un groupe très volontaire ! Blague à part, dès que nous avons les moyens de jouer, peu importe les conditions, on fonce !

Nicolas : Pour tout dire, elle nous taraude depuis un bon moment... Mais les contacts sont assez durs à l'étranger. Mais on y songe vraiment sérieusement en ce moment. Car avant, il était assez difficile d'aller en Allemagne pour une date isolée. Certes on travaille sur l'album, mais ce qu'on aime vraiment, c'est partir et jouer, rencontrer des gens, et encore jouer... et conduire.

L'esprit d'Appletop c'est le do it yourself ? Si oui, est-il subi ou revendiqué ?

appletopPierre : Au départ c'était subi, comme n'importe quel groupe qui débute ! Mais aujourd'hui encore, alors qu'on est entouré pour l'enregistrement de notre album et qu'on peut se laisser guider, on veut participer à tout. On aime ça. C'est important, la musique évidemment, mais aussi le son, le choix des amplis, des micros, du visuel... C'est ce qui fait notre identité. Par exemple, même la pochette du sampler promo, que seuls les « pros » auront à été pensée et réalisée par Olivier ; et d'un point de vue artistique c'est remarquable ! Mais bon, je ne peux pas faire trop de compliments, sinon Olivier serait gêné...

Olivier : Le Do It Yourself c'est bien sûr important pour nous, parce que c'est de là qu'on vient et on tient à ne jamais oublier ça. C'est aussi une éthique et une force : on a décidé de faire les choses par nous-mêmes lorsqu'on s'est rendu compte qu'il suffisait de se remuer pour aller jouer partout en France voire en Europe... Aujourd'hui, on a de la chance d'être un peu plus entourés et c'est important pour nous de garder bien plus qu'un simple regard sur ce qui concerne le groupe... et ce sera toujours comme ça je pense !

Nicolas : Ouh malheureux ! Le « do it yourself » est quelque chose de complètement revendiqué... Même maintenant qu'on travaille avec un tour / management, Arsenic et Champagne...

Appletop ? Ça vient d'où ?

Pierre : Ça vient d'un dessin gribouillé comme ça un jour d'ennui... C'était juste une copie involontaire de l'homme à la tête de pomme de Magritte ! Et puis il fallait mettre un nom à ce dessin, apple... head... non... face... nan... apple... top... appletop ! En un seul mot c'est plus cool !

Des projets parallèles à déclarer ?

Olivier : Conquérir le monde, ça arrive bientôt !

Des amis à remercier ?

Pierre : Toulon indie rockers ! Il y a plein de groupes cool ici, et ailleurs, les gens sur la route... On ne cite personne en particulier de peur d'en oublier. Mais ceux qui nous ont croisés de près ou de loin se reconnaîtront...

Audio

Appletop - O.m.a.r.