MIXTAPE : Home made 04 by Aki

Quatrième mixtape de notre série Home made spéciale sélections de tracks hip-hop.

01 - Shyheim - Here Come The Hits
02 – Mobb Deep - Get Away
03 - Black Sheep - Grew up
04 - Das EFX - Set it OFF
05 - kidz in the hall -Black out(feat.. DJ G.I Joe)
06 – C-Rayz Walz - Walk Through (Feat. Rob Sonic)
07 - Boosie Badazz - Window Of My Eyes
08 - Blue Sky Black Death & Jean Grae – Strikes
09 – Anti Pop Consortium – 9.99
10 – Jedi Mind Tricks - Omnicron (feat. Apathy The Alien Tongue & The Sun Pharaoh)
11 – Ill Bill – Overkill
12 – Leak Bros. – Waterworld
13 – DJ Muggs VS GZA - Unprotected Pieces
14 – Necro - Beautiful Music For You To Die For
15 – Bleubird – Drunk on movement
16 – Dabrye – The stand
17 – K-The-I ??? – Marathon man (feat. Thavius Beck)
18 – ONYX – Raze it up


Cannibal Ox (Feat. MF DOOM) - Iron Rose

cann_ox

Que se passe-t-il quand deux mythes du hip-hop s'affrontent sur le ring? En résulte forcement un match de légende laissant pleuvoir uppercuts, crochets et cross-counter. Un affrontement digne de la rencontre entre Ali et Frazier. Car plus qu'une collaboration Iron Rose, premier extrait de Blade of the ronin, dernier opus en date à paraitre en Mars des rappeurs sacrés de Cannibal Ox, oppose le duo New-yorkais à l'inébranlable et toujours surprenant MF DOOM. En résulte un track bien old-school, vicié et vicieux, rappelant les grandes heures de The Cold Vein. Un titre puissant, qui décolle la membrane cérébrale comme un putain de direct en pleine tempe. Un album qui risque de marquer les esprits si le reste est à la hauteur de ce premier titre à la fois sombre et agressif, rappelant l'age d'or du label Def Jux, et plus simplement l'underground new-yorkais des nineties, et son hip-hop indé marginal mais toujours efficace.

Track

https://soundcloud.com/ihiphop-distribution/cannibal-ox-iron-rose-feat-mf-doom


Sylvain Bertot l'interview

Il n'est pas aisé de trouver un bon livre sur l'histoire du rap. Contrairement à d'autres genres, celui qui naquit dans le Bronx au milieu des années 70 n'a finalement suscité que peu et de trop de mauvaises analyses, certains le réduisant au travers d'essais pseudo sociologiques à sa seule dimension sociétale tandis que d'autres, tentant d'emprunter une perspective esthético-historique certes louable, se fourvoyaient dans d’innombrables lieux communs. Aujourd'hui, seuls quelques ouvrages discrets peuvent prétendre être essentiels. Seulement, ces derniers ont été écrit il y a déjà quelques années, ne sont pas traduits et restent difficiles à se procurer. Il est d'ailleurs invraisemblable qu'en France, où pourtant les amateurs avertis de rap ne manquent pas, au-delà de ses faiblesses et ses partis-pris discutables, le néanmoins excellent Can’t Stop Won’t Stop du critique américain Jeff Chang (URB, Vibe, Spin) reste encore à ce jour la seule véritable référence littéraire. Heureusement, ceux qui ont grandi avec le rap, qui ont suivi de près son évolution, ont aujourd'hui la maturité et le recul nécessaires pour éviter au genre le vide littéraire qui lui était jusqu'à lors promis.

Le récent ouvrage (Rap, Hip-hop - Trente années en 150 albums de Kurtis Blow à Odd Future, Le Mot et le Reste) que consacre Sylvain Bertot au rap est donc à plus d'un titre un petit évènement. D'abord parce qu'il est le premier à venir combler cette longue période de disette, ensuite parce qu'il est écrit par le plus éminent critique du genre en activité  et enfin parce que sa forme permet à la fois aux néophytes et aux connaisseurs de ressortir de sa lecture avec une vision apaisée, affinée et constructive du hip-hop. Après une longue, documentée et exigeante introduction en forme d'analyse pertinente sur l'évolution du rap et qui donnera à ceux qui en doutaient encore une belle leçon sur l'importance de l'influence de ce dernier sur l'évolution de la musique moderne, notre auteur s'immerge ensuite au cœur de son sujet au travers une sélection de 150 albums  qu'il commente, chronique et met en relief avec une plume minutieuse, addictive et pédagogique. La longue interview qui suit  est à l'image de ce livre et finira j'en suis sûr par vous convaincre de plonger tête baissée dans cet ouvrage pour le moins indispensable.

Qu'est-ce qui t'a décidé à publier ce livre ?

C’est venu progressivement, il n’y a pas eu d’élément déclencheur. Il y a dix ans déjà, au temps du webzine hip-hop que j’animais alors, toute la rédaction avait eu l’idée de capitaliser ce qu’on avait découvert et écrit par un livre. Un peu plus tard, à la fin des années 2000, je me suis mis à lire de plus en plus d’ouvrages sur la musique. Le Web devenant de plus en plus gadget, de moins en moins riche en articles de fond, et la presse musicale papier suivant la même pente, ces livres sont devenus indispensables aux fans de musique, je crois. J’avais notamment beaucoup aimé ceux de Philippe Robert. En les lisant, ainsi que d’autres ouvrages parus dans la même collection, je m'étais déjà plus ou moins dit : « Pourquoi pas moi ? ».

Vers 2010, j’ai donc commencé à écrire un premier livre, sur la base de mes articles passés, que j’ai proposé à Yves Jolivet de Le Mot et Le Reste, courant 2011. C’était à l’origine un livre focalisé sur une époque récente, sur cette scène indé que j’ai suivie de vraiment près ces dernières années. Yves Jolivet, voyant que ma culture rap était sans doute plus large que cette niche, m’a encouragé à étendre le périmètre à toute l’histoire du hip-hop.

Au-delà des différences de choix, qu'est-ce qui distingue ta liste de celles que l'on peut retrouver dans les ouvrages d'Olivier Cachin (Hip-hop : L'authentique histoire en 101 disques essentiels) ou Philippe Robert (Great Black Music) ?

Olivier Cachin est le Monsieur Rap de la presse française, et à ce titre, il s’adresse à un public beaucoup plus large. Ce qui est aussi une contrainte : il doit se faire plus consensuel, faire une place plus large au rap français, déborder sur les musiques noires en général. Mon angle d’attaque, au contraire, c’est le rap et rien que le rap, et mon point de vue est international : pour ces raisons, je ne vais pas chroniquer de disque des Last Poets, aussi précurseurs soient-ils, et la place que je réserve au rap français est à sa mesure : marginale.

En ce qui concerne Philippe Robert, la différence est encore plus nette. Son livre parle de l’ensemble des musiques black, le mien ne parle que du rap. Aussi, dans ce livre, je le trouve un peu court sur le hip-hop, et je voulais justement corriger cela. Il cite quelques gros classiques seulement, comme les disques de BDP, Eric B. & Rakim, Public Enemy (j’en parle aussi), et des gens comme Mos Def et Saul Williams. Tout ça, c’est un peu trop adult rap, c’est du hip-hop pour la critique rock. Je ne conteste pas ce choix, il est logique, il a choisi des disques rap qui prolongent une certaine tradition black américaine. Mais dans mon livre, je m’inscris un peu contre ça : le rap comme prolongement de la great black music, c’est en partie un mythe, une reconstruction. C’est en fait beaucoup plus compliqué et plus subtil que ça. Et personnellement, je voulais aussi parler de tout, du gangsta rap, de g-funk, du rap sudiste, de l’horrorcore, du rap bling-bling, de l’emo rap de Blanc, du party rap, etc. Bref, de tout.

S'il en existe un, quel serait le point d'achoppement entre ces 150 albums que tu as sélectionnés ?

Pas certain de comprendre la question… Tu veux parler des difficultés rencontrées quand j’ai préparé cette liste ? Il y en a eu plein. C’était vraiment un casse-tête. Il fallait trouver citer des albums importants historiquement, mais aussi de vrais bons disques qui s’écoutent toujours avec plaisir aujourd’hui. Je voulais parler des incontournables, mais aussi défendre quelques chouchous. Et quelquefois, pour un artiste précis, il était difficile d’identifier le bon album. Avec OutKast par exemple, comment choisir le bon disque, quasiment tous sont excellents !

Avec Tech N9ne aussi. Impossible de zapper un tel personnage, mais il n’est pas forcément évident d’identifier sa grande œuvre, son opus magnus.

Quels sont selon toi les albums qui ont de par leur approche stylistique novatrice permis au genre de se renouveler ?

Oulah. Tous ou presque, vu que cette approche novatrice a été un de mes critères de sélection. S’il faut vraiment en choisir, je risque de lister les albums que tout le monde connaît : Critical Beatdown, It Takes A Nation Of Million et 3 Feet High & Rising pour l’usage du sample, Breaking Atoms et The Chronic pour la richesse de la production, Enta Da Stage et Enter The Wu-Tang qui ont défini le hardcore new-yorkais. Funcrusher Plus pour le rap indé. Il y en a tellement.

Et s'il fallait n'en retenir qu'un ? Objectivement et subjectivement, donc deux finalement ?

Tu veux dire, mon disque de rap préféré ? Ce n’est pas si difficile, et là non plus, je ne serai pas très original. Je dirais soit Enter The Wu-Tang (36 Chambers), soit Liquid Swords de Genius/GZA. Je suis un enfant du Wu-Tang Clan, c’est eux qui m’ont fait passer de fan de rap occasionnel à fan de rap acharné. Je n’ai jamais aimé un groupe davantage que celui-ci, ni avant, ni après, tous genres musicaux confondus. Quant à en citer un sur des critères objectifs, je ne pense pas que cela soit possible. L’objectivité n’existe pas en matière de musique.

Les vrais bons livres qui interrogent le rap en tant que genre musical ou mouvement esthétique ne sont finalement pas légions et surtout anglophones. À l'inverse, les publications prétendues universitaires qui appréhendent le rap comme phénomène endogène d'une certaine crise sociétale remplissent les rayons des bibliothèques. Pourquoi selon toi une telle contradiction ?

C’est une question de temps et de recul. À l’origine, les fans de rap étaient jeunes. Ils n’avaient pas les moyens pratiques, relationnels, voire intellectuels de défendre leur genre de prédilection selon leurs propres critères d’appréciation. Ce sont donc des gens qui ne l’ont pas compris, ou qui ont utilisé les mauvaises grilles de lecture, qui l’ont fait. Mais maintenant que les anciens fans de rap sont trentenaires ou quadragénaires, maintenant qu’ils ont le pouvoir, ça change. Et puis la dimension sociale existe aussi dans le rap, ce genre dit quelque chose sur nos sociétés, il ne faut pas la nier. Et cette dimension est digne d’être étudiée. Les lectures sociologiques sont légitimes, il est juste dommage qu’elles aient été surreprésentées.

Enfin, il y a bien sûr le côté provocateur du rap, son côté verbeux, ses messages ou, au contraire, son nihilisme. Pour quelqu’un qui n’a pas la clé d’entrée, qui ne comprend pas comment on peut aimer une telle musique, qui n’a pas grandi avec, c’est la seule chose visible. Il pense que ce n’est que cela, du texte, un cri du ghetto ou je ne sais quoi d’autre. Il ne se rend pas compte de la diversité stylistique et thématique du genre. Ce qui est marrant, c'est qu'au début des années 80, quand le hip-hop était encore une musique festive qui suscitait l’intérêt et la curiosité des artistes de tous poils, il était jugé principalement sur des critères esthétiques. Ce n’est qu’après Public Enemy et la phase gangsta, à partir de la fin des années 80, quand les rappeurs ont voulu dire quelque chose, qu’on s’est engagé à outrance dans les considérations politiques et sociales.

Au fond qu’est-ce qu’a apporté le rap à l'histoire de la musique moderne ?

Tout. Absolument tout. Le DJ transformé en musicien, c’est le rap. Le principe du do it yourself en musique, c’est le rap. La réconciliation du matérialisme et de la musique, la fin du discours idéaliste hypocrite des années 60 et 70, c’est le rap. La désacralisation de la musique et du mythe de la propriété intellectuelle, c’est le rap. Tout cela avait été annoncé par le punk à la fin des années 70, mais c’est le rap qui l’a réalisé.

Je te connais pour cette passion que tu voues au hip-hop indé dont tu es l'un des principaux exégètes, plus précisément de ses formes les plus atypiques et inventives. Pour autant, peu de ces albums sont représentés dans cette sélection.

En effet. Le sujet de ce livre, c’est le rap en général, pas le rap indé. J’ai dit que j’avais voulu remettre le rap français à sa vraie place et ne pas le sur-représenter : j’ai voulu en faire autant avec le rap indé. Même si, pour la petite histoire, le premier projet que j’avais soumis à l’éditeur tournait davantage autour du rap indé, projet auquel je n’ai pas renoncé d'ailleurs. Aussi, il y a quand même beaucoup de chouchous indé dans la sélection, sans doute bien plus que n’importe quel autre auteur en aurait sélectionnés !

Je me suis spécialisé sur le rap indé dans mes chroniques, par sensibilité, sans doute, et parce qu’il devient difficile de parler de tout le rap aujourd’hui, tellement il est vaste. Mais je ne veux surtout pas m’enfermer là-dedans. J’aime tout le rap. Je trouve de bonnes choses à manger dans tous ses sous-genres. Aussi, pour rebondir sur tes propos, l’inventivité n’est pas, je crois, l’exclusivité du rap indé, loin s'en faut. Le rap sudiste, par exemple, a été extrêmement inventif de 1995 à 2005 au moins. Le rap grand public a lui-même été souvent plus audacieux qu’un rap indé engoncé dans sa bonne conscience underground.

Sur les trente années que tu retraces à travers cette discographies sélective, la dernière décennie, proportionnellement aux deux autres, semble être sous-représentée. Cela traduit-il selon toi un essoufflement du genre ? Et comment l'analyserais-tu ?

Ce n’est pas tout à fait exact. La décennie 2000 est nettement mieux représentée que la décennie 80 dans mon livre. Mais il est vrai que la décennie 90 se taille la part du lion. Et c’est normal, c’est la phase classique du rap, son véritable âge d’or. Un peu comme la fin des années 60 pour le rock. Ceci dit, même si le thème de la mort du rap a été pas mal de mise dans les années 2000, je ne pense pas que le genre ait décliné, bien au contraire. Je pense juste qu’il y a trop de productions, trop de disques et de mixtapes, trop de scènes diverses et concurrentes pour identifier aussi facilement et rapidement qu’avant ses chefs-d’œuvres. Ça demande un travail de patience acharné aux critiques, et aux fans. Ils doivent trier.

Aussi, crois-tu en un possible réveil du genre ? Les rénovateurs sont-ils d'ailleurs déjà à l’œuvre ?

Le réveil a déjà bien sonné, et ce n’est pas moi qui le dis. L’année 2011, de l’avis général, a été un excellent cru. De nombreux critiques l’ont dit, le magazine Spin en a même fait une couverture à la fin de l’année dernière, mentionnant Curren$y, A$AP Rocky, Odd Future, Main Attrakionz, G-Side, Lil B, Danny Brown, Kendrick Lamar du collectif Black Hippy (Jay Rock, Ab-Soul, Schoolboy Q…) et beaucoup d’autres, auxquels j’ajouterais personnellement des gens aussi différents qu’Action Bronson, SpaceGhostPurrp et son Raider Klan, Nacho Picasso. Le hip-hop des années 2010 est très excitant, très divers, très créatif, beaucoup plus que son concurrent rock j’oserais même dire.

Quelles sont selon toi les grandes dates de l'histoire du rap ?

La plus évidente c'est bien sûr 1979. C'est la date des premiers enregistrements rap, notamment celle de Rapper's Delight. C'est vraiment à partir de là que le rap va devenir une musique pour de bon, que ses premiers acteurs vont réaliser qu'ils peuvent sortir des disques, rencontrer le succès, que le hip-hop peut connaître le même sort que le rock, le funk, etc. C'est un déclic.

1984 est une autre date importante avec le premier album de Run-D.M.C. C'est la première fois qu'un groupe de rap sort un album vraiment 100% hip-hop, bon de bout en bout, sans remplissage, et par ailleurs assez dur, assez minimaliste. C'est la fin de l'ère old school et du recyclage d'instrumentaux funk ou disco, comme chez Sugar Hill Records. À partir de là, le rap n'est plus seulement un genre à singles, mais aussi un genre à albums.

Chacune des années de la décennie 80 après celle-là est importante. Avec l'émergence de LL Cool J, des Beastie Boys, de Rakim, de Boogie Down Productions, de Public Enemy, de De La Soul, de N.W.A., le hip-hop connaît une révolution tous les six mois, il progresse à une vitesse folle.

1992 est une autre date importante avec la sortie de The Chronic, de Dr. Dre. Son succès marque la sophistication croissante de la production rap, le hip-hop devient plus riche musicalement, et également plus mélodique.

1996/1997 sont d'autres années importantes. C'est l'apogée commerciale du rap (enfin presque, 1998 sera sa meilleure année en termes de vente, je crois), mais en même temps, c'est la fin de son ère classique, des grands albums fondateurs qui plaisent à tous. C'est aussi la plongée dans le cauchemar, avec les meurtres traumatisants de 2Pac et Biggie. À partir de là, le rap canal historique deviendra de plus en plus éclatant et inaccessible. C'est l'ère de Jay-Z et du bling-bling. C'est aussi celle de l'émergence du hip-hop indé, avec notamment Fondle'em, et en parallèle c'est la montée en puissance du rap sudiste.

Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais je rajouterais aussi 2011 parmi les dates importantes. Après des années 2000 que beaucoup ont jugé décevantes, l'année dernière a marqué un regain d'intérêt de la critique pour le rap, et l'émergence d'un nouvel underground, symbolisée par la hype autour d'Odd Future. J'ignore comment ça se traduit en chiffres de vente, mais depuis quelques mois ou années, les gens semblent avoir à nouveau envie d'écouter du rap.

Pour ceux qui souhaitent après la lecture de ton livre approfondir la chose, quels autres ouvrages leur conseillerais-tu ?

Trois ouvrages en anglais, dont seul le premier a été traduit en français :

Jeff Chang, Can’t Stop Won’t Stop : tout n’est pas parfait, ça finit par des considérations politico-sociales un peu lourdes, on y trouve un peu un souci inutile de légitimer ou respectabiliser le rap. Mais la description des débuts du hip-hop dans les années 70 et 80 est très bien et très détaillée.

Nelson George, Hip Hop America : une série d’articles thématiques sur le hip-hop, par un célèbre journaliste new-yorkais, pionnier de la critique rap. Un peu daté, un peu trop concentré sur New-York, un peu « papy anti-gangsta », mais tout de même très éclairant.

Dan Charnas, The Big Payback : le meilleur des trois. Le rap a décomplexé le rapport de la musique à l’argent, et ce journaliste en fait de même. Il retrace une histoire du rap en donnant leur vraie place à tous ses acteurs de types entrepreneur, promoteur, distributeur, maison de disque, journaliste, qui y ont autant participé que les rappeurs eux-mêmes.

Pourrais-tu sélectionner un mix de 10 morceaux issus de ta sélection  et nous la présenter ?

Une sélection de 10 morceaux, c'est vraiment une grosse gageure. Déjà que j'ai eu du mal à me limiter à 150 albums ! Le mieux est peut-être que, comme la plupart des rappeurs, je parle à la première personne, et que je cite des titres issus d'albums qui ont vraiment marqué mon histoire personnelle avec le hip-hop.

Playlist

De La Soul – Me, Myself & I

Le premier groupe rap pour ceux qui n'aiment pas le rap. Le trio semblait alors marcher à contre-sens, comparé au reste du hip-hop : une production luxuriante, fini les boîtes à rythmes squelettiques ; une incroyable diversité de samples ; des blagues potaches qui étaient tout le contraire du "I am serious as cancer" de Rakim ; un déni complet de l'égo-trip et du moi-je à la base même du rap, notamment avec ce titre manifeste. Pour ceux qui peinaient encore à accepter le rap dans ses propres termes, De La Soul était bien sûr le point d'entrée idéal.

Ol' Dirty Bastard - Shimmy Shimmy Ya

Comme je l'ai dit plus tôt, le Wu-Tang Clan est le groupe qui m'a fait passer de fan occasionnel à aficionado du rap. Et en particulier ce titre d'ODB. J'ai découvert son premier album via ce titre complètement barjot, et celui-ci m'a fait ensuite plonger corps et âme dans tout l'univers du Wu. Simon Reynolds, le fameux critique anglais, avait dit un jour qu'il adorait quand une musique qui paraissait la veille absolument inécoutable, se mettait de manière inexplicable à séduire le plus grand nombre. Et bien le Clan, c'était ça. Voir ODB faire un duo avec Mariah Carey un peu plus tard, c'était juste invraisemblable.

 Genius/GZA – 4th Chamber

Le truc de fou avec le Wu-Tang en 1994/95, c'est que tout marchait à l'envers. D'habitude, beaucoup de rappeurs donnaient tout dès le début, mais après ils s'épuisaient progressivement, sortant des disques de plus en plus anecdotiques. Mais avec le Clan, c'était tout le contraire. Si on met de côté Enter The Wu-Tang, qui reste tout en haut, chaque album solo était meilleur que le précédent. Le Tical de Method Man était pas mal, mais c'était pas un chef-d'œuvre. Après il y a eu l'ODB, un classique, malgré quelques imperfections. Puis le Raekwon, sensationnel. Et enfin le Liquid Swords de GZA, qui est l'un des meilleurs disques de rap de tous temps. C'était juste dingue de vivre ça.

Company Flow – The Fire In Which You Burn

Parmi les premières lignes que j'ai pu lire sur Co-Flow, l'une d'elles, celle qui m'a le plus marqué, disait que c'était du Wu-Tang Clan puissance 10. Forcément, ça a attiré mon attention. C'était bien ça Co-Flow, c'était bien du Wu-Tang, mais en dix fois plus dur, dix fois plus sombre, dix fois plus bizarre. Et, pour le meilleur comme pour le pire, sans fun (funcrusher, hein). Au début, j'ai eu du mal. C'est surtout ce titre, The Fire In Which you Burn, avec ses sitars, que je trouvais le plus saillant. Et puis après, l'album a gagné en impact après chaque écoute. On parle souvent de groupes qui ont changé la vie de gens. Chez la plupart des gens, ça n'est souvent qu'une expression. Mais pour moi, vu comment je me suis plongé dans l'indie rap après, je crois que ca a bel et bien été le cas avec Company Flow.

Buck 65 – Sleep Apnoea

Au tout début de la vague rap indé, au milieu de années 90, tu avais des trucs excellents, comme les sorties Fondle'Em, Company Flow, etc. Mais ça a vite tourné en eau de boudin avec tout cet underground ennuyeux de puristes hip-hop aux idées courtes, des trucs comme Encore, les Dilated Peoples, la plupart des artistes Rhymesayers, etc. Ceux qui ont vraiment su rénover cette filière et la rendre à nouveau intéressante, lui apporter de l'air frais, c'est les artistes Anticon et tous ceux qu'ils ont su fédérer autour d'eux, comme les Canadiens Buck 65 et Sixtoo. C'était principalement des Blancs, c'est vrai, mais c'est précisément parce qu'ils avaient un autre profil qu'ils apportaient quelque chose de plus au hip-hop. C'était toute cette Amérique blanche qui avait été exposée à part égale à N.W.A. et à Nirvana, qui avait une double sensibilité rock/rap, et qui restituait tout ça, autrement que par les trucs lourds habituels à la Rage Against The Machine. Un titre aussi bon que Sleep Apnoea, avec son sample d'Amon Duul, personne n'aurait eu l'idée de le faire dans le rap canal historique.

Slumplordz – DethBlow

Le grand malheur du hip-hop, en France, c'est qu'il a été longtemps pris en sandwich entre des fans de base étroits d'esprit, et des généralistes aux idées soi-disant larges, genre abonnés à Wire (bon magazine au demeurant), mais qui n'ont jamais vraiment adhéré au hip-hop. Résultat, les trucs un peu entre les deux ont toujours eu un peu de mal à se trouver une place. C'est ainsi qu'un album curieusement bien distribué en France comme celui de Slumplordz s'est empilé bien vite dans les bacs à soldes. C'était trop bizarre pour le fan de boom bap ou de rap français, franchement trop sale, abrupt et infréquentable pour les autres, et trop lo-fi pour beaucoup. C'était pourtant absolument excellent.

OutKast – Bombs Over Baghdad

Je disais que le Wu-Tang avait fait fort en sortant à chaque fois des albums supérieurs aux précédents. Il en a bien sûr été de même avec OutKast. Comme avec le Wu, comme avec Public Enemy aussi, on y trouvait un groupe capable de faire des trucs audacieux, voire carrément inconcevables, mais absolument irrésistibles. Dans le genre, Bombs Over Baghdad, c'était un pur OVNI. Comme souvent avec OutKast, il y avait ce côté baroque, exubérant, franchement too much, mais en plus amplifié encore. Pense donc, un single où tu retrouves des raps à 100 à l'heure, des guitares rock, des chœurs gospel, de la drum'n'bass, et qui pourtant tient parfaitement debout. C'était miraculeux. C'était génial.

EiboL – Ask?'s

Je vais encore citer Simon Reynolds. Sa grande théorie concernant le post-punk, c'est que le mouvement punk n'a pas été si intéressant que ça en lui-même, qu'il vaut surtout pour ce qu'il a permis après. C'est contestable et de mauvaise foi, mais c'est une idée qu'on peut appliquer au hip-hop et à sa filière rap indé. Pour moi, la grande époque du rap indépendant, c'est le milieu des années 2000, quand ce mouvement semblait déjà loin derrière nous. Tous ces trucs de rap de puriste, de rap conscient ou de rap de science-fiction de la fin des années 90 ont super mal vieilli, mais ils ont décomplexé plein d'artistes absolument inconnus qui ont su sortir plus tard de très bons disques, délectables pour qui se donnait la peine de chercher. EiboL, c'était l'exemple même de cela.

La Caution – Thé à la Menthe

Il y a un reproche que j'anticipe, concernant ce bouquin : certains vont noter qu'il parle très peu de rap français. La raison officielle, c'est que le livre parle du hip-hop à l'échelle globale, et qu'à ce niveau, notre rap à nous ne compte pas pour grand chose. La raison un peu plus profonde, c'est que je ne l'aime pas beaucoup, ce rap français. J'ai quand même cité quelques rappeurs locaux comme les gens de La Caution, un groupe qui tente des choses, mais qui en même temps reste fondamentalement du rap de rue. Pas un truc expérimental creux, quoi. Et il y a aussi un côté habité chez eux, notamment chez Hi-Tekk, qui est vraiment un écorché, un artiste avec un grand "A". Ça se ressent. Ah, sinon, sur scène c'est aussi très bien La Caution.

ABN - Umm Hmm

Le rap sudiste, mis à part pour les incontournables comme OutKast et Goodie Mob, ceux qui avaient été adoubés très tôt par l'intelligentsia new-yorkaise, je m'y suis mis tard. C'est pas par désintérêt, ni par snobisme, je ne crois pas. C'est juste que tu n'as pas toujours le loisir de tout creuser. J'ai donc dû me rattraper vers le milieu des années 2000. Et en fait, dans toute la production pléthorique du Sud, ce que je préfère, c'est sans doute les sorties tardives de Rap-A-Lot, tous ces trucs assez lents et sombres apparus après DJ Screw. Devin the Dude, Tela, Hi-C (pas vraiment un artiste du Sud, il est vrai) ont tous sorti des classiques sur Rap-A-Lot dans les années 2000. Et bien sûr les cousins Trae et Z-Ro avec ce génial disque d'ABN.


SPVCXGHXZTPVRRP – God of black

Un pavé dans la mare supplémentaire à mettre au profit des petites frappes du hip-hop (le gamin a tout juste 21 ans). God of black s’éloigne des productions un brin bling-bling pour vomir toute la noirceur dormante au tréfonds de la psyché torturé de son auteur, dépeignant un Miami bien loin des plages ensoleillés de Bai Harbour et de ses cocotiers. Une structure brutale de beats bricolés homemade rencontrant le flow vénéneux de notre rappeur inquiétant, à la voix lourde et asthmatique. Il se dégage de ce God of black une atmosphère étouffante et sinistre, saisissant d’effroi l’auditeur qui osera s’y plonger.

Mixtape à télécharger gratuitement ici.

Audio

SPVCXGHXZTPVRRP – Raider Prayer

Vidéo

Tracklist

SPVCXGHXZTPVRRP – God of black (Self Released, 2011)

1.SPVCXGHXZTPVRRP - MXXXXXXX MXXX | MYSTICAL MAZE PROD BY SPACEGHOSTPURRP
2.SPVCXGHXZTPVRPP - EXXXXXX | ELEVATE PROD. BY SPACEGHOSTPURRP
3.SPVCXGHXZTPVRRP - RXXXXX PXXXXX | RAIDER PRAYER PROD. BY SPACEGHOSTPURRP
4.SPVCXGHXZTPVRRP - DXXX GXXX V DXXX | DONT GIVE A DAMN PROD. SPACEGHOSTPURRP
5.SPVCXGHXZTPVRRP - TXX BXXXK GXX | THA BLACK GOD PROD BY SPACEGHOSTPURRP
6.SPVCXGHXZTPVRRP - SXXX V DXXK 2012 AFTER PARTY | SUCK A ***K 2012 AFTER PARTY PROD. BY SPACEGHOSTP
7.SPVCXGHXZTPVRRP - BXXXX DXXXXXXX PXXXXX | BLVCK DIAMONDS PEARLS PROD. BY SPACEGHOSTPURRP
8.SPVCXGHXZTPVRRP - MXXXY PXXXR RXXXXXX FREE B.G. | MONEY POWER RESPECT
9.KLVN VMBER LONDON - LXX MF KXXY | LOW MF KEY
10.METRO ZU X SPVCXGHXZTPVRRP - MXXK RXX | MINK RUG
11.KLVN RAVEN x LIL UGLY MANE - TXXXXXX | TWISTIN


Casey l'interview

casey-3-webDans un contexte où le rap français semble faire du surplace depuis plus de dix ans, les rendez-vous estivaux Fnac Indétendances étaient l'occasion pour Hartzine de se frotter à la plus digne héritière d'un genre qui fit la gloire de l'underground durant les années 90, Casey. Elevé au hip-hop hexagonal  depuis que celui-ci a pris naissance derrière chez moi, j'étais impatient de découvrir l'auteur d'un Libérez La Bête sale et brutal, et affronter une MC réputée pour sa grande gueule.  Confiant j'allais affronter la gentille Casey sans mon gilet pare-balle et sans savoir que j'allais en prendre pour mon matricule. L'habit ne fait pas le moine, dit-on.  Parfois pour être crédible il faut savoir enfiler un [survêt'] peau de pêche et se raser la tête. Le tacle dans la bonne humeur, c'est par ici...

Contrairement à beaucoup de rappeurs brassant les mots de manière facile, tu manies le verbe avec dextérité et à des fins parfois peu orthodoxes... Le vocabulaire, c'est ton terrain jeu ? C'est ton artillerie ?

Je ne sais pas bien comment répondre à cette question... Je sais pas... Je ne me suis pas scrutée, je me suis pas assez disséqué ou brossé le nombril depuis un bout de temps pour te répondre. Je sais pas... Après c'est toi qui interprète à ta sauce. Je peux te dire que j'aime bien écrire, après le reste... Après le reste c'est les goûts et les couleurs...

Tu sembles avoir un vrai goût pour l'écriture...

Oui, j’aime bien écrire. Mais je ne me lève pas non plus à six heures en regardant le soleil, avec une chemise à col à jabot et tout, tu vois…Ce genre de trucs… Mais oui, j’aime bien écrire.

Qu'est-ce qui t'as donné envie de rapper, c'est d'abord la musique ou l'envie de prendre position ?

Bah déjà quand j’ai commencé j’avais treize piges, donc j’étais pas dans la prise de position. A treize-quatorze ans, t’es dans le mimétisme. J’écoutais du rap français, il y en avait à Nova, des rappeurs américains à la télé. Et ce qui m’a fait tripper quand j’étais plus jeune, c’était l’intellect mais cool. C'est-à-dire que les gens disaient des choses tout en étant en baskets et en paraissant cool. Tu pouvais dire des trucs sans être un bouffon du club d’échec. Tu vois t’es cool, le rap c’est vraiment bien. Surtout en France, pays très littéreux. Ecrire ou dire des trucs, c’est tout de suite de la branlette… C’est tout de suite très haut-perché. Donc ouais le rap, ça m’a un peu réconciliée avec le fait de pouvoir dire des choses sans forcément être dans une sphère littéreuse. C’est ça qui est terrible, tout le monde peut écrire. Alors effectivement, on n'est pas tous égaux devant l’écriture, tu vois. Mais ce que j’aime dans le rap, c’est que tout le monde écrit, tu ne te pose pas la question de savoir si t’as fait khâgne-hypokhâgne, si tes parents sont instits… T’as envie d’écrire un texte, t’écris un texte. C’est encore l’une des rares musiques comme ça. Il y a pas de limites, après il y a des choses bien et des choses moins bien… Quoiqu'on adore taper sur la médiocrité du rap mais dans le rock, ça ne dit pas grand-chose non plus. Franchement… A part se retirer la poche des yeux, ça dit rien. Et le hard, je t’explique même pas.Des mecs qui gueulent, qui braillent, qui sont énervés comme pas possible et qui disent rien. Je sais pas, j’arrive pas à me congestionner le cerveau pour dire aussi peu, tu vois. Tu sais, ça me soûle aussi un peu.Que moi je dise des trucs sur le rap, ça me regarde, c’est mon milieu, j’ai le droit de le remettre en cause, pour moi j’ai le droit de lui taper dessus. Des mecs qui viennent de l’extérieur qui viennent critiquer le pe-ra en aimant le rock où ça dit rien, ça me fatigue un peu, souvent (soupirs !)… Parce que dans le rock, ça dit rien, franchement ça dit que dalle… Passer des après-midi chez mamie, pareil que dans la chanson française. Et le hard, pareil. Ils égorgent des poulets, ils invoquent Satan à descendre sur Terre… Des trucs concrètement qui ne veulent rien dire. Donc voilà, le rap, c’est encore une des rares musiques où t’as une feuille, t’as un stylo, t’as envie de dire des trucs, tu les dis quoi… Donc c’est ce que je te disais, le côté intellect, mais cool, en mâchant du chewing-gum.

Justement, sans aller au clash, tu dézingues beaucoup de monde par la force de ton propos. C'était voulu dès le départ ?

Non, c’est pas… C’est con de répondre à ce truc-là si c’est voulu… T’écris ce qui te passe par la tête. Croquer la connerie, oui. C’est à la portée de tout le monde, on le fait tous. On a tous un bouc émissaire, on a toujours son imbécile du coin, son gros con… On a de quoi s’appuyer pour se forger sa personnalité et croquer la personnalité des autres.Doncça c’est des sujets infinis - l’outrecuidance, l’arrogance, la bêtise, tu vois ? Et c’est relatif, chacun a la sienne. Et voulu… Non pas spécialement, c’est donner un avis. Comment c’est perçu, ça, ça me regarde pas vraiment… Oui je donne mon avis sur deux-trois trucs… Pas lourds en plus. Laissez la banlieue tranquille, laissez les immigrés tranquilles… Foutez-nous la paix… Laissez le rap tranquille… La tranquillité, la sérénité, la quiétude, tranquille… Qu’on puisse s’allonger à Paris-Plage et manger des glaces (rires). C’est à peu près ça…

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Malgré ça, on te colle quand même une étiquette hardcore que tu intensifies à travers l'image de tes albums, de tes clips... C'est intentionnel...

Bah oui, qu’il y ait une esthétique, oui c’est clair que j’aime pas les esthétiques vert pomme… Après c’est les goûts… Comme dans le gothique ou le hard métal…Chaque musique a son esthétique. J’aime pas ce qui est lisse. Maintenant est-ce que c’est volontairement tout le temps entretenu ? Pas spécialement. Mais justement, tout en n’aimant pas le lisse, par opposition on se doit d’aller vers autre chose. Pis ça colle peut-être avec les musiques, avec la lourdeur, avec… Peut-être… Mais ce n’est pas une marque de fabrique en soit non plus. C’est un univers t’as vu, grisaille, béton… C’est plutôt nos quotidiens, non ? J’aurais peut-être fait du rap à Acapulco, j’aurais pas dit qu’un p’tit short à fleurs ça l’aurait pas fait (rires)… Un cocktail avec une paille fluo…Mais banlieue parisienne, 9-3, le short fluo, ça va pas passer.


Quels sont les choses qui te fâchent dans le rap hexagonal ?

Bah rien qui change avec ce qui pourrait me fâcher au quotidien, je te l’ai dit… Souvent t’as des mecs qui sont super contents en pensant qu’on va taper sur le pe-ra. Que moi je tape sur le pe-ra, ça me regarde. Mais quand je rencontre des gens qui ne sont pas de cette musique, qui sont contents et qui pensent, parce qu’on va être d’accord sur deux-trois trucs, qu’on va être des copains, non tu vois ? T’es du rock et tu tapes sur cette musique sans remettre en cause ton propre milieu, tu vas te faire enculer tout pareil. Ça me regarde moi de taper sur cette musique. Mais si toi (ndlr : moi ?), tu tapes sur cette musique et que tu la connais pas, je suis pas ton amie. Ça me regarde… J’aime pas les gens qui tapent sur le rap. Le rap a sa bêtise, le rap a sa médiocrité, mais comme d’autres musiques… Pour avoir fait un petit tour dans le rock, je peux te jurer que là aussi, il y a des trucs à croquer. De l’imposture, t’en as tout pareil… Des postures de branleurs, tu vois ce que je veux dire ? Qui pensent à rien d’autre qu’à leur nombril et je sais même pas s'ils vont acheter une baguette de pain les mecs. Ils te racontent des trucs insignifiants au possible, tu vois ? Mais dans des postures de mecs déchirés, écartelés par la vie… De la branlette. Donc voilà, le rap à ses postures aussi, des postures de gansters, des postures de cailleras… Le rock et le métal, pareil… Des postures de « Ahhhhh, je veux mourir… » mais je le dis quand même… De la posture, si tu veux c’est croquer la connerie… Moi si tu veux dansla musique, il y a une sorte de ligne de démarcation où il y a deux camps. Et dans les deux camps, il y a toutes les musiques mais je sépare ça avec la posture et les gens qui font ça sans préméditation, avec des raisons tout à fait louables. C'est-à-dire déjà avec un plaisir personnel, ensuite de l’expérimentation, une forme de vérité, d’authenticité… Ils ne sont pas dans le regard d’autrui, ils cherchent… Et voilà, c’est ce que j’apprécie. Dans ce camp-là, il y a de tout. Et dans l’autre camp, le camp des trous-du-cul, là aussi, il y a de tout. Donc moi ça me regarde, c’est mon milieu le rap, je le connais, ça fait un bout de temps que je suis dedans, que je lui tape dessus, ça me regarde… Ça me créée pas pour autant de la concordance avec d’autres qui n’y connaissent rien, et qui vont venir me dire : « C’est bien ce que tu dis »… Je t’emmerde, je t’encule… Si la seule raison pour toi de me mettre un coup de coude complice en disant : « Vas-y, c’est bien tape-leur dessus », c’est parce que toi-même tu n’aimes pas le rap, que tu n’y connais rien et donc tu vas te faire enculer tout pareil. Voilà donc je tape sur le rap, parce qu’il y a plein de choses qui ne me plaisent pas mais comme plein d’autres musiques. Mais je parle de ce que je connais, tu vois ? Je vais te parler de mon milieu, je ne vais pas te parler de la médiocrité dans le chant lyrique. Je ne connais pas le chant lyrique. Je ne suis pas dans ce monde-là. Je te parle de ma petite micro-société dans laquelle j’évolue et qui est le prisme à travers lequel je vois la bêtise, le vice, la vertu, enfin plein de choses quoi… Enfin c’est juste ça, t’enlèves le rap, il reste ça. Comment je regarde le monde en général. Après chacun sa petite lorgnette. Moi, le rap en fait partie.

Libérez La Bête est un album très dur, dans quel contexte et dans quel état d'esprit l'as-tu écrit ?

Ça aussi ça reste relatif, je ne trouve pas que ce soit dur. Parce qu’on se connaît pas et qu’on ne traîne pas ensemble toute la journée (rires). Avec mes potes c’est le genre de rap qu’on écoute, pas celui-là spécialement. Pour moi si tu me demandes mon avis, c’est un album normal. Après dans quel contexte… Normal. Je ne me suis pas enfermée au fond d’une cage à trois cents mètres sous le niveau de la mer… Donc normal, à un moment donné t’écris tes textes, tu prends ton p’tit cahier, ton stylo et t’écris quoi… Et la dureté, c’est un point de vue, ça dépend de quel point de vue tu te places.Par contraste peut-être avec d’autres musiques plus entertainment, ça peut passer comme ça. Mais mis en parallèle avec plein d’autres rappeurs, c’est un disque qui va passer… C’est un disque normal.

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(Rires) Donc je pense que dans ce contexte ma dernière question va te sembler un peu déplacée...

Non vas-y, dis...

Donc si je te dis que Libérez La Bête est le seul disque de rap français que j'ai réussi à écouter entièrement sans me lasser et réellement apprécié depuis presque dix ans (ndlr : La Rumeur - L'Ombre sur la Mesure, 2002), ça te fait quoi ?

Bah écoute… Bah rien… Tu vois ? Ça me fait rien. Je me dis que c’est dommage parce que d’autres groupes de rap français, j’en connais d’autres qui sont bien mais on n'a peut-être pas les mêmes goûts. Je sais que t’as plein de gens qui ne sont pas du rap et qui ont écouté ce disque et qui viennent me dire, tu sais… Si tu t’es fâché avec le rap, je ne suis pas responsable. J’aime bien celui-là, mais pas les autres… Y'en a peut-être que toi t’aimes pas mais que moi j’aime bien. Parce qu’on n'évolue pas dans les mêmes milieux, on n'a peut-être pas les mêmes goûts, les mêmes indulgences… Pour moi, ça me fait plaisir que d’autres personnes, qui viennent d’autres milieux musicaux, qui ont d’autres cultures, écoutent peut-être ce disque et essayent de décloisonner quelque chose… Pour eux… J’espère au moins que ça te permettra de te dire qu'il se passe aussi des choses dans le rap, voilà… C’est juste ce que ça me fait. Après j’espère que t’en restera pas là… Et que tu vas dire, tiens je vais tentez le coup… Parce que, ce que je veux dire c’est que ce que tu n’aimes pas dans le rap, c’est peut-être ce que je n’aime pas dans plein d’autres musiques. J’aime pas ce qui passe à la radio, je trouve ça dégueulasse, la chanson française, je trouve ça dégueulasse. Et si c’est pas deux-trois potes qui m’ont pas fait écouter autre chose, des mecs qui ont vendu genre six cents disques durant toute leur vie, où il y avait des morceaux qui mettaient des claques incommensurables, alors là je pouvais continuer à prétendre que je connaissais, mais sans connaitre. Mais il y a plein de styles de musique comme ça, je trouve ça dégueulasse, et je sais que j’y connais rien. Le rap, je me tape plein de gens qui pensent savoir, qui pensent connaitre, et qui connaissent rien… Ils allument la radio, la télé, ils voient des indigènes en train de gigoter … Y'en a c’est pas bien et y'en a d’autres c’est bien. Même un enfant de sixième, il fait cet effort intellectuel de se dire, il y a des trucs que je connais et d’autres que je ne connais pas. Donc mon seul degré de jugement, c’est pas uniquement ce que je connais. De tout ce que je connais comme musique, j’y connais que dalle, tu vois ? Non moi aussi, je me lâche et je me permets de dire ça, ça pue, ça c’est dégueulasse. Par exemple la chanson française, c’est le truc qui me fait délirer tu vois ? Mais dans le fond, je sais que j’y connais rien et qu’il doit bien y avoir un ou deux pelos quelque part qui font des vrais trucs. Mais c’est pas ceux que je me coltine quand j’allume la télé, tu vois. Mais c’est pas suffisant pour condamner une musique ou un genre. Le rap, c’est un peu pareil tu vois ? Et puis ce qui me soûle aussi… Ça c’est pas pour toi…Mais ce qui me soûle à travers le rap, c’est que t’en as qui vont aller vers le rap parce que c’est le bon vecteur conscient et politiquement correct pour taper sur l’immigration, la banlieue, tu vois ? Y'a aussi ce truc-là, c’est pour ça que je me méfie des « j’aime pas le rap ». Parce que c’est qu’un genre musical, ça nécessite pas autant d’énergie de haïr cette musique… Souvent il y a un truc derrière, tu vois ? Un truc un peu puant et xénophobe. Renvoie ces indigènes jouer dans leur cour, on comprend pas ce qu’ils veulent, on comprend pas ce qu’ils gigotent… J’aime pas. Et ça c’est clair et net, que tout le monde aille se faire enculer. En général, il y a souvent ce propos derrière qui me dérange. Il y a souvent un truc pas net à taper allègrement sur le rap car c’est qu’un genre musical, et puis voilà. Quand je vois les BB Brunes, je trouve ça dégueulasse, mais je me dis pas qu’ils incarnent à eux seuls la bourgeoisie et le sarkozysme. Pourquoi le rap, lui, subit ça ? A travers le rap, quand on tape sur le rap, on tape sur ça. Ça vient grossir tous les autres maux de la société. C’est plus ça qui me dérange en fait. J’espère que si t’aimes pas le rap, t’aimes pas juste un genre musical, ça peut arriver. Mais merci pour le compliment, c’est gentil.

Photos nb © Emeline Ancel-Pirouelle


Soso - Tinfoil On The Windows

crbst_cover4Si on pouvait labelliser les genres comme on labellise certains de nos breuvages favoris, pour sûr l’indie rap canadien mériterait une Appellation d’Origine Contrôlée tant il nous apparaît depuis l’éblouissant Vertex de Buck 65 singulièrement différent de ce que nous catégorisons de coutume sous le terme "hip-hop". En effet au pays des caribous, l’idéal-type du b-boy est à mille lieux de l’iconographie hiératique du bad boys Angelinos. Aussi, de ce côté-ci des Grands Lacs, dans la province du Saskatchewan, là où l’ennui des prairies sans fin remplace celle des quartiers sans horizon, le rappeur est souvent blanc, peut avoir comme modèle Johnny Cash, porter des chemises en laine en plus d’être à carreaux, détester le Moët, les blunts, les putes au fessier aussi rebondi que les suspensions d’un Monster Truck en action et leur préférer le whisky sans âge, la clope sans filtre et les femmes sans seins ; écouter le Wu-Tang les pieds vissés dans la boue, une canne à pêche dans une main, un livre de Burroughs dans l’autre ; sentir la paille humide plutôt que le bitume froid et croire encore que sa musique à une âme.
Ce type ainsi défini a son maître. Un homme au nom de scène à la syllabe redondante, soso , fondateur en 99 avec son pote poivre et sel Epic de l’indispensable Clothes Horses Records et instigateur d’une musique qui, bien que formellement se définisse comme du rap, a su à la manière de ses cousins éloignés d’Anticon, bâtir un style inédit et anticonformiste plutôt que de s’efforcer à vainement reproduire un genre toujours profondément ancré dans ses fondements urbains et délibérément exégète de l'histoire de la musique noire dont elle est naturellement originaire. Bref Troy Gronsdahl de son vrai nom conçoit un rap non orthodoxe, lo-fi, sans fard ni paillettes, capable avec toute la simplicité et l’humilité qui caractérisent ses productions autant que l’homme qui les compose, de construire des ponts entre le songwriting dylanien, la noirceur lumineuse de My Bloody Valentine ou encore la frange la plus honorable du hip-hop made in US (Sage Francis, Ceschi Ramos, Astronautalis, Otem Relik).
soso
Le décor ainsi planté, on louera donc la belle initiative de la structure clermontoise Kütu Folk Records de ressortir- 3 ans après sa parution confidentielle sur le label montréalais Endemik - Tinfoil On The Windows,  dernier album en date du natif de Saskatoon. Initiative qui, on l’espère enfin, aura pour conséquence heureuse de détourner quelque peu ce hip-hop mutant du relatif anonymat dans lequel il semblait être à jamais réduit. Faisant suite aux essentiels Birthday Song et autre Tenht Street and Clarence, cet album avec l’apport (parfois trop prégnant) des guitares noisy de son compatriote Maybe Smith pousse ainsi la formule éprouvée jusqu’alors - celle du mélange opportun entre une rythmique minimaliste, véritable éloge à la lenteur, l’intelligente trivialité des paroles et l’épure mélodique de l’ensemble - vers une étrange radicalité, presque post-rock, renforcée par cette ambiance hallucinée de fin du monde qui s’en dégage.
Seulement tutoyer ainsi l’extrême aurait pu être fatal à cet ultime effort si soso n'avait pas feint d’ignorer la beauté fantomatique de l’esprit folk qui était au cœur même de ses précédents albums. Or soyez rassurés, le piano désaccordé de saloon poussiéreux aux sonorités cafardeuses et poignantes résonne toujours. Les cordes rêches et tendues de sa veille guitare acoustique, vestige d’un passé musical encore bien vivant, poursuivent leur quête ancestrale. On perçoit aussi ici un bel accordéon, là des bruits familiers, parfois des chœurs tout en retenue et c’est toujours cette même écriture sondeuse, dépouillée et cette manière si particulière de la chanter qui sont une nouvelle fois à l'œuvre ; prouvant enfin que le rap peut être tout aussi poignant, sérieux et poétique qu’une chanson de Will Oldham et ce, même revisitée par Bark Psychosis.

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Soso - Company of Chairs

Soso - Your Mom is in the Next Room

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Tracklist

Soso - Tinfoil On The Windows (Kütu Folk Records, 2010)

01. Rubber Rings
02. Company of Chairs
03. All The Useless Things These Hands Have Done
04. The Names of all the Trees
05. Your Mom is in the Next Room
06. Floorboards and
07. One Eye Open
08. For a Girl on a Faraway Hill


Cypress Hill - Rise Up

cypresshill-riseupIl y a des jours comme ça, où le Seigneur dans sa toute puissance se penche sur votre épaule, et vous fait un cadeau. Aujourd’hui en l’occurrence, c’est Rise Up, l’inespéré nouvel album du crew hispano hip-hop le plus influent de la côte Ouest, j’ai nommé Cypress Hill. Mettant fin à un silence de près de six ans, la main du tout puissant me guide, moi, tremblotant, à insérer le disque dans ma platine. Il ne me reste qu’à prier et à me mettre à genoux, tandis que Dieu dans sa bienveillance m’invite à communier, m’adressant ces quelques mots : « Suck my dick ! »… Hey c’est bon, on a le droit aux insultes, il y a un Parental Advisory sur la pochette alors allez vous faire #µ%+^¨~h… D’ailleurs mix entre une illustration de BRUTE et d’OBEY, cette nouvelle pochette de Cypress Hill fait dans le minimalisme mais garde une teneur vindicative et radicalement politique… C’est donc bien fini l’horrorcore…
Passée la petite intro, les basses ronflantes de It Ain’t Nothin, premier single, font trembler les murs de mon appartement. On monte le son donc juste pour voir. Retrouvailles bien violentes pour B-Real et Sen Dog qui joutent du flow et effacent la présence du pauvre Young De'. On ne rigole pas avec les poids lourds. D’ailleurs, dans ce duel de bulldozers on retiendra Take My Pain, avec en feat le toujours hispano Everlast, mais qui avait largement délaissé la discipline depuis qu’House of Pain avait mis la clé sous la porte. Un titre bien fat, délétère et nerveux qui rappelle la grande époque du Cypress. Et si Muggs est toujours aux manettes, il doit cette fois-ci les partager avec Pete Rock, Snoop Dogg, il fallait s’y attendre, et Tom Morello ?... Si sur le papier l’idée semble alléchante, puisque rappelons-le depuis ses débuts Cypress Hill a toujours été un groupe hardcore (plus fort que t’es mort…), n’hésitant pas à ajouter un peu de gratte par-ci par-là, mais la présence du scratcheur de cordes n’était peut-être pas une si bonne idée que ça. Pire encore, Rise Up est juste un bordel sans nom (euh merci quand même les percus !), la ligne de guitare de l’ex-génie de Rage Against The Machine n’apporte rien au morceau qui n’ait déjà été mille fois entendu… Bon et puis la fusion, c’est un peu dépassé non ? On fera donc le même constat sur Shut’ Em Down, et que dire de la prestation de Mike Shinoda ? Attendez, mais Rise Up est un album de néo-métal en fait ? Non, parce que la mélodie de Get It Anyway me fait plus penser à une chanson d’Evanescence qu’aux excursions solo de B-Real sur Psycho Realm. Heureusement le crew se rattrape sur des bombes bien huileuses comme Bang Bang ou Pass The Dutch, épaulé de grosses pointures comme The Alchemist et Evidence des Dilated People.
Rise Up reste un album mi-figue mi-raisin, qui voit sa cote chuter pour de bêtes erreurs de casting. Avouez qu’il y a de quoi être rageur. Le trio original, lui, se livre à 200%, voire même plus et fait péter la dynamite sur les tracks labellisés par le crew californien. Cet album est comparable au 8 Diagrams du Wu-Tang, on l’aime bien quand même, car après six ans d’attente, ça nous ferait trop chier de lui cracher dessus. Restent quelques balles, et celles-ci sont des dum-dum, je peux vous l’assurer. On remonte le volume, caisson de basse à pleine puissance et hop, chaise d’ordi en mode lowrider… Boom tchack !

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Cypress Hill – Light it up

Cypress Hill – Bang Bang

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Tracklist

Cypress Hill - Rise Up (Priority, 2010)
1. It ain’t nothin’ (feat Young De’)
2. Light it up
3. Rise up (feat. Tom Morello)
4. Get it anyway
5. Pass the dutch (feat. The Alchemist & Evidence)
6. Bang Bang
7. K.U.S.H
8. Get’em up
9. Carry me away (feat. Mike Shinoda)
10.Trouble seeker (feat. Daron Malakian)
11. Take my pain (feat Everlast)
12. I Unlimited
13. Armed & Dangerous
14. Shut’ them down (feat. Tom Morello)
15- Armada Latina (feat Pitbull & Marc Anthony)


Javelin - No Más

javelin_no_mas_ Voilà 4 ans, voilà déjà 4 ans que Jay Dee a creusé jusqu'à l'usure son dernier sillon, 4 ans que je n'ai plus écouté un seul morceau à la formule rythmique imparable capable de vous faire bouger la tête telle une chaise balançoire en arborant un sourire béat de grand abruti qui rencontre pour la première fois le plaisir. Et puis sans crier gare, un soir de mars, alors qu'à première vue rien ne présageait le retour en grâce des musiques hédonistes, No Más - premier album officiel du duo de producteurs new-yorkais Javelin - a remis quelques gouttes de produit antirouille aux alentours des cervicales de votre serviteur et fait repartir de plus belle la machine à dire mécaniquement oui ou non suivant le tic dont vous êtes atteints. Seulement là où l'ex Slum Village se contentait avec génie d'exhumer et de questionner les trésors cachés de la musique populaire noire américaine, George Langford et Tom Van Buskirk n'ont eux pas hésité à pousser cet art du sampling  dans ses derniers retranchements, là où justement le collage et la juxtaposition de sons existants, maîtrisés comme ils se doivent, servent à produire de l'originalité plutôt qu'à desservir l'œuvre originale.  A l'instar des classiques de leurs époque que sont Entroducing de Dj Shadow et Since I Left You de The Avalanches, Javelin a donc su composer un album à la souplesse d'esprit rarement entrevue ces dernières années, dévoilant, titre après titre,  une musique hors norme en forme de grand écart; grand écart où le pied gauche caresse la fin chaleureuse des 60's, le droit les débuts lumineux des 80's tandis que la main droite  soulève le voile d'ignorance que déposa sur le hip-hop de papa la vague mainstream pendant que la gauche sort de leur grenier cosmique certaines vieilleries Italo disco. No Más vous évoquera enfin les plus grands délires de The Go! Team, les envolées solaires de Jackie Mitoo, les productions complexes d'un Madlib ou d'un Deadelus supervisées par l'oeil avant-gardiste de Bords of Canada. Mais bien qu'ultra référencé, il s'imposera surtout à vous comme un objet musical unique qui, pour seule finalité, ambitionne d'assouvir cette gageure qu'est le désir rare et louable d'authenticité.

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Javelin - Oh! Centra

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Tracklist

Javelin - No Más (Luaka Bop, 2010)

1. Vibration
2. Mossy Woodland
3. Oh! Centra
4. On It On It
5. Intervales Theme
6. We Ah Wi
7. Tell Me, What Will It Be?
8. Moscow 1980
9. The Merkin Jerk
10. C Town
11. Off My Mind
12. Susie Cues
13. Shadow Heart
14. Dep
15. Goal/Wide


RAAAAAAAANDY

azizdavesitekDave Sitek a quitté New-York et rejoint Los Angeles pour, entre autre chose, mettre au service des stars locales son génie et sa coolitude absolue. L'une des premières personnalités à bénéficier de ses talents de producteur est le nouveau Jerry Seinfeld à savoir Aziz Ansari dont vous avez pu croiser dernièrement la tronche dans le film Funny People de Judd Apatow et qui tient depuis un an maintenant le rôle phare de la série qui marque des points outre atlantique Parks and Recreation. Non content de faire admirer son sourire délicieusement narquois aux téléspectateurs américains, voilà que le bonhomme se met au stand-up et brûle les planches sous le nom de Randy. C'est d'ailleurs sous ce même nom, avec tout de même une flopée de A en plus, que le comédien s'est associé à la tête pensante de TV on the Radio pour une collaboration qu'ils nous promettent sous forme de mixtape et dont le premier extrait AAAAAAAANGRY -  sorte de bande annonce - nous fait entendre tout l'écœurement d'Eminem, DOOM, Jay-Z, Kanye West et consorts de ne pas figurer sur ce projet.

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Raaaaaaaandy & Dave Sitek - AAAAAAAANGRY.mp3

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Busdriver - Me Time

busdriver

Busdriver prête sa gouaille diabolique de ténor du rap indie à un pantin désarticulé qui fait basculer un goûter d'anniversaire d'adorables jeunes têtes blondes dans l'horreur.

Video

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retour sur Soso

soso1Cette semaine, une fois n'est pas coutume, nous vous proposons de revenir sur un artiste pour lequel votre webzine ne se lasse pas de dire du bien. Le micro label canadien de rap indépendant, Endemik,  nous propose un mix en forme d'hommage à la carrière du plus grand songwriter, j'ose l'écrire, que le hip-hop connaisse sans le savoir. Depuis 99 et la création de son label, Clothes Horse Records, le natif Saskatoon (petite ville sans importance et capitale de la province de Saskatchewan) à la syllabe redondante (Soso), nous distille au compte-gouttes, seul ou accompagné, son hip-hop dont lui seule à le secret, mélange discret de sons surannés et de beats casses-gueule,  le tout emmené par un flow de trentenaire bien élevé. Bref, vous l'aurez compris, mélange à mille lieux des ambiances putassières et de la vague consumériste dont suffoque le genre et qui donne à cette musique toute sa beauté attractive.

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Soso - Transmission


Speech Debelle - Speech Therapy (Big Dada)

speecharchLe rap féminin avait plutôt tendance ces derniers temps à nous exaspérer et il fallait soit, se plonger dans les bas-fond de l'indie  pour trouver quelques voix féminines capables à la fois de nous prendre aux tripes tout en nous garantissant un haut degré de satisfaction poétique soit, privilégier des rencontres moins orthodoxes quitte à se fourvoyer  dans le putassier.
A l'écoute de Speech Therapy, la première chose qui nous frappe c'est d'abord et avant tout l'élégance avec laquelle mademoiselle Debelle a su retrouver le chemin de la maison mère, maison jadis habitée par d'autres rappeuses (Bahamadia, Jean Grae) ayant su, elles-aussi, se libérer du joug de l'omnipotente tutelle masculine qui pèse depuis toujours sur le hip-hop. Ce qui frappe ensuite, c'est que la jeune fille du south London a fait le choix d'une production léchée, imaginée en partie par le chef d'orchestre Wayne "Lotek" Bennet et à contre-courant de l'esprit minimaliste qui règne en maître depuis l'avènement des Dirty South,  musique de Bal et autre Grime. Ce qui frappe enfin c'est tout simplement que la présence d'instruments, joués live, permettent aux propos crus et politiques de Speech d'être entourés d'une antinomique légèreté, manière lumineuse de conter sans misérabilisme les chroniques ordinaires de  son existence tourmentée tout en évitant l'écueil de se prendre pour le rhapsode de l'humaine condition.
En définitive avec cet album, Speech Debelle, en archéologue averti, déterre les symboles les plus antiques qui ont fait la gloire du hip-hop de son enfance, en exhume les codes et les traditions et les dépoussières avec un pinceau fin et efficace d'inentendu, empêchant ainsi et pour un temps sa course inexorable vers le déclin.

Benoît

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Speech Debelle - Better Days  Featuring Micachu

Tracklist

SPEECH DEBELLE - Speech Therapy (Big Dada, 2009)

01.    Searching
02.    The Key
03.    Better Days  Featuring Micachu
04.    Spinnin'
05.    Go Then, Bye
06.    Daddy's Little Girl
07.    Bad Boy
08.    Wheels In Motion  Featuring Roots Manuva
09.    Live And Learn
10.    Working Weak
11.    Buddy Love
12.    Finish This Album
13.    Speech Therapy

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The Returners - Powerless (video)

2mex1La première vidéo de l'album Break Up Your Make Up des The Returners, projet collaboratarif autour du film d'horreur du milleu des 90's Cemetery Man avec l'imbuvable Ruppert Evret et le Garçon Boucher François Hadji-Lazaro (si, si..). Au-delà de cette anectdote excusable, la rencontre du vétéran de la scène californienne 2mex avec le emcee Die Del Amor et de la chanteuse punk Stacey Dee, s'avère curieusement bien agréable grâce notamment aux productions du beatmaker de la Bay Area Deeskee qui retrouve enfin son mordant d'antant (Audiobiograffiti). Au passage Break Up Your Make Up convie une grosse partie de meilleurs emcee de la scène indie rap actuelle (P.O.S., Busdriver, Grayskul, Awol One, Akuma...), 2mex voulant sans doute faire plaisir à Sage Francis dont cet LP sort sur son label Strange Famous Records.

VIDEO

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TRACKLIST

The Returners - Break Up Your Make Up (Strange Famous Records, 2009)

01. Welcome to Buffalora
02. From the Desk of La2thebay
03. De La Muerte Del Amor
04. First Kill
05. She Just Thinks
06. Return of the Walking Dead Fea
07. Inter(Course)Lude
08. Powerless
09. Beautiful Mourner
10. Paradise
11. I Promise Feat. P.O.S.
12. Go to Hell Feat. Awol One, Akuma
13. Behind the Door Feat. Onry Ozzborn

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K-THE-I??? - Yesterday, Today & Tomorrow

ktheiK-THE-I??? - Yesterday, Today & Tomorrow (Big Dada, 2008)

Croire encore en des lendemains qui chantent, voilà bien une sentence qui en ces temps minés par un hiver trop long n'est plus vraiment d'actualité. Pour autant, il est des hommes qui, malgré la longueur sans fin de leur chemin de croix, gardent toujours en tête l'espoir d'une arrivée prochaine.  K-THE-I??? fait parti de ceux-là ! A mille lieu d'une existence paisible -  hier encore il cherchait à panser les plaies d'un amour déçu - notre natif de Cambridge, toujours emprunt au doute,  poursuit malgré tout sa recherche de la vérité  au travers d'un nouveau disque en forme d'ultime exutoire.

Exilé à Los Angeles, notre ami a su très vite trouver chaussure à son pied afin d'éviter à ses coups de gueule, aussi pertinents soient-ils,  de se perdre dans le marasme urbain. Ainsi l'apport du génie de Thavius Beck à la production  de ce Yesterday, Today & Tomorow, permet à K-the-I??? de garder le cap de la réussite et de ne pas enfiler les perles. Morceaux après morceaux, nous avançons vers ce qui aujourd'hui ce fait de mieux dans le hip-hop, à savoir le contrepoint parfait entre la pertinence du verbe et la puissance du son, sans que l'un ne prenne le pas sur l'autre.  Les lois du featuring sont ici respectées,  les invités , parmis les meilleurs éléments que compte la scène californienne, ne servent pas à boucher les trous ou à éviter à son concepteur le ridule. Au contraire, Busdriver, Nocando et autres Mestizo et Subtitle, en bons duettistes, font de chaque morceaux  de cette album un moment singulier, tel 'Never Heard It Done Like This'  qui en trois petites minutes va vous faire plier les genoux.

Benoît

AUDIO

K-THE-I??? - Never Heard It Done Like This